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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 18:26

 

 

Burkina: Ban demande aux militaires de faire preuve de retenue


Nations unies (Etats-Unis) AFP / 17 septembre 2015 18h48- Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé jeudi aux militaires burkinabés de faire preuve de retenue et de respecter les droits de l'homme et la sécurité de la population.


M. Ban, cité par son porte-parole, a réitéré sa ferme condamnation du coup d'Etat dans le pays et a estimé que les responsables de ce coup d'Etat et de ses conséquences devaient rendre des comptes.


M. Ban a aussi exigé une nouvelle fois que tous les responsables burkinabés qui sont détenus soient libérés immédiatement et que la transition politique puisse reprendre son cours comme le prévoit la Constitution.


M. Ban a déploré la violence intervenue à la suite du coup d'Etat. Il a souligné que son représentant spécial pour l'Afrique de l'Ouest Mohamed Ibn Chambas reste à Ouagadougou pour tenter de résoudre cette crise en liaison avec l'Union africaine et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest.


Au moins une personne a été tuée par balle et une soixantaine ont été blessées depuis mercredi, selon un bilan d'un médecin du principal hôpital de Ouagadougou.

Un général proche de l'ancien président Blaise Compaoré a pris la tête des putschistes qui ont renversé jeudi les autorités de transition au Burkina Faso. Les militaires d'élite de l'armée quadrillaient la capitale, tirant pour disperser des manifestants hostiles au coup d'Etat.


Le Conseil de sécurité de l'ONU avait condamné mercredi soir le coup et ses 15 membres devaient tenir jeudi après-midi des consultations à huis clos sur la situation.


(©) http://s.romandie.com/news/nbread.php?news=630994

 

Burkina : le président du CNT se déclare chef d'Etat intérimaire et appelle à la résistance

 

APA-Ouagadougou (Burkina Faso) - 2015-09-17 13:43:01 Le président du Conseil national de la transition (CNT) Moumina Shériff Sy a, dans une déclaration rendue publique jeudi, annoncé qu’il assumait les fonctions de chef d’Etat intérimaire et que par conséquent il appelle le peuple à la résistance.


‘'Depuis hier mercredi 16 septembre 2015, des éléments du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) ont fait irruption dans la salle de conseil des ministres au palais de Kosyam et ont pris en otage le Président de la Transition, son Premier ministre et ses ministres'', a affirmé M.Sy dont la déclaration est reprise par certains sites d'informations dont Lefaso.net.


Selon le président du CNT, malgré le dialogue engagé avec les putschistes, durant toute la nuit par la haute hiérarchie militaire pour amener les éléments du RSP à la raison, ceux-ci ont persisté sur la voie d'un putsch sans issue.


‘'Manifestement la volonté de ce groupe armé n'est pas de dialoguer, mais de prendre le pouvoir justement en connexion avec les partis politiques de l'ancien régime'', a-t-il déploré.


Pour Shériff Sy, vu que le chef de l'Etat et le Premier ministre et le gouvernement sont actuellement séquestrés, il assume désormais les pouvoirs dévolus au chef de l'Etat. 

‘'Et c'est à ce titre que j'invite le chef d'Etat major des armées et les chefs d'Etat-major des différentes régions militaires à prendre immédiatement toutes les dispositions pour que cette forfaiture soit arrêtée puisque c'est un groupe armé qui s'oppose à la volonté du peuple, c'est pour cela j'en appelle aux forces républicaines, militaires'', a-t-il indiqué.


‘'La nation est en danger'', selon M. Sy qui ajoute : ‘'aucun sacrifice ne doit être trop grand pour préserver les acquis de la marche vers le renouveau que notre peuple a acquis de haute lutte à l'issue de l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014''.


Le président de la Transition exprime sa reconnaissance à ‘'l'Organisation des nations unies, à l'Union européenne, à la France, à l'Union Africaine, à la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour leurs soutiens sans faille qu'elles continuent de manifester aux institutions de la transition''.

 

http://apanews.net/news/fr/article.php?id=834049#sthash.fwQCr0P8.dpuf

 

 

Coup d'Etat au Burkina: les militaires français sur place n'ont pas à interférer


Saclay (France) AFP / 17 septembre 2015 13h41 - Le contingent militaire français présent au Burkina Faso n'a pas à interférer dans les évènements en cours à Ouagadougou, où des militaires putschistes ont renversé les autorités de transition, a déclaré jeudi le président français François Hollande.


Ce contingent sur place, fort de 220 soldats des forces spéciales qui participent à l'opération antiterroriste Barkhane au Sahel, n'a pas à interférer, a dit à la presse M. Hollande, en marge d'un déplacement en banlieue de Paris.


Je condamne ce coup d'Etat, je le condamne fermement parce qu'un processus électoral était en cours, les dates étaient arrêtées, le corps électoral était recensé et il y avait donc un processus, a-t-il souligné.


Il ne peut pas être expliqué que des groupes puissent empêcher cette transition démocratique qui était en cours. J'appelle donc ceux qui ont commis cet acte à libérer les personnes qui sont retenues, et notamment le président de la transition qui encore aujourd'hui est pris en otage, et j'appelle ces groupes à cesser immédiatement leur action, a ajouté François Hollande.


Des élections présidentielle et législatives étaient prévues le 11 octobre au Burkina pour mettre un terme à la transition mise en place depuis que la rue a chassé l'ex-président Blaise Compaoré en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir. 


La France a une relation d'amitié à l'égard du Burkina Faso et la France ne peut pas laisser faire ce qui se produit aujourd'hui, a aussi déclaré le chef de l'Etat français sans autre précision sur ce que Paris peut faire.


Toutes les mesures sont prises pour s'assurer de la sécurité des ressortissants français dans le pays, a-t-on précisé dans son entourage.


Le ministère des Affaires étrangères avait appelé dans la matinée les Français résidant à Ouagadougou à rester confinés à leur domicile. L'ambassade de France sur place a par ailleurs annoncé la fermeture, pour la journée de jeudi, des établissements scolaires français dans la capitale et à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays.


Le nombre de Français recensés au Burkina, une ancienne colonie française, est de 3.500 personnes, dont 92% d'expatriés, qui vivent pour la plupart dans la capitale, selon le ministère des Affaires étrangères. De nombreux Français se rendent également chaque année au Burkina, destination privilégiée pour les associations et ONGs.

En octobre 2014, lors de la chute de Blaise Compaoré, Paris avait assuré ne pas avoir fait intervenir ses militaires. La France avait reconnu ensuite avoir facilité la fuite de M. Compaoré vers la Côte d'Ivoire.



(©)

 

 

L'UA rejette la «destitution» du président de la Transition au Burkina Faso 

 

APA-Abidjan (Côte d'Ivoire) 2015-09-17 18:44:23 La Présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma, a rejeté comme « nulle et de nul effet » l’annonce par des militaires de la «destitution» du Président de la transition au Burkina Faso Michel Kafando et du Premier Isaac Yacouba Zida, soulignant que « l’enlèvement et la séquestration des responsables de la Transition constituent un acte terroriste ».


« La Présidente de la Commission réitère la ferme condamnation par l'UA de cet enlèvement injustifiable et la séquestration continue des responsables de la Transition, qui constituent un acte terroriste à tous égards, ainsi que de la tentative inacceptable de remise en cause totale de la Transition engagée au Burkina Faso depuis novembre 2014 », indique un communiqué.


Mme Dlamini-Zuma, souligne que ces actes sont d'autant plus répréhensibles qu'ils interviennent à moins d'un mois des élections présidentielles et législatives qui doivent marquer l'aboutissement de la Transition.


Par ailleurs, elle se félicite de la condamnation unanime par la communauté internationale de ces actes, qui constituent une menace grave à la paix, à la stabilité et à la sécurité pour le Burkina Faso, la région et le reste du continent, appelant tous les Etats membres de l'UA et la communauté internationale dans son ensemble à faire échec à cette tentative de remise en cause de la Transition. 


L'UA rejette, ajoute le texte, comme nulle et de nul effet l'annonce par des militaires de la « destitution » du Président Michel Kafando et la prétention de lui substituer de « nouvelles autorités ».


« La Présidente de la Commission exige la libération immédiate et inconditionnelle des responsables de la transition et leur rétablissement dans leurs fonctions. Elle souligne que les éléments du RSP impliqués dans cette situation seront tenus responsables de leurs actes et de toute atteinte à l'intégrité physique des personnalités qu'ils retiennent », poursuit le communiqué.


La Présidente de la Commission, rappelant les instruments pertinents de l'UA, y compris la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, saisira le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA, qui se réunit vendredi, de la grave situation qui prévaut au Burkina Faso pour permettre au CPS de prendre toutes les mesures qu'appelle cette situation.


La Présidente de la Commission réitère l'impératif de la soumission des forces de défense et de sécurité à l'autorité politique. Elle souligne que les tentatives répétées de déstabilisation dont se sont rendus coupables des éléments du RSP depuis le début de la Transition mettent en relief la nécessité d'une réforme du secteur de la défense et de la sécurité au Burkina Faso dans le cadre des efforts visant à approfondir la démocratie et à renforcer l'état de droit dans ce pays.


La Présidente de la Commission réaffirme en outre, l'engagement de l'UA, œuvrant de concert avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les Nations unies et l'ensemble de la communauté internationale dans le cadre du Groupe international de soutien et d'accompagnement de la transition au Burkina Faso (GISAT-BF), à continuer d'apporter son appui total aux autorités actuelles de la Transition et au peuple burkinabé, en vue d'assurer l'aboutissement du processus engagé dans leur pays dans les délais convenus.

 

 http://apanews.net/news/fr/article.php?id=834086#sthash.eaw0TKQv.dpuf

 

 

Burkina: l'ex-chef d'état-major de Blaise Compaoré à la tête des putschistes


Ouagadougou - Le général Gilbert Diendéré, ancien chef d'état-major de l'ex-président Blaise Compaoré, a été placé jeudi à la tête du Conseil national de la Démocratie (CND), nouveau pouvoir mis en place par les militaires putschistes qui ont renversé les autorités de transition du Burkina Faso.


Les putschistes ont chargé le général de brigade Gilbert Diendéré d'assumer la fonction de président du CND, selon un communiqué lu à la télévision publique par le lieutenant-colonel Mamadou Bamba.


Un couvre-feu est instauré de 19 heures à 6 heures, et les frontières terrestres et aériennes sont fermées jusqu'à nouvel ordre, selon ce communiqué.


Les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), corps d'élite de l'armée burkinabè, avaient annoncé plus tôt avoir dissous les institutions de transition du pays. Ils retenaient toujours en otage jeudi le président Michel Kafando, le premier ministre Isaac Zida et le gouvernement.


Le général Diendéré est un compagnon d'armes de Blaise Compaoré depuis leur jeunesse. A ses côtés lors du coup d'Etat de 1987, lorsque M. Compaoré avait renversé le président Thomas Sankara, le général Diendéré avait pris la direction du RSP.


Homme de l'ombre du régime Compaoré, il en était considéré comme le militaire le plus influent.


Il avait été limogé l'an dernier, quelques semaines après la chute de M. Compaoré. 


(©AFP / 17 septembre 2015 12h56)

 

 

Burkina: Diendéré dénonce une grave situation d'insécurité pré-électorale, promet de libérer les dirigeants de la transition


Paris AFP / 17 septembre 2015 13h33- Le chef des putschistes au Burkina Faso, le général Gilbert Diendéré, a justifié jeudi le coup d'Etat dans ce pays par une grave situation d'insécurité pré-électorale, et promis de libérer les dirigeants de la transition, dans un entretien avec l'hebdomadaire Jeune Afrique.


Une grave situation d'insécurité pré-électorale régnait au Burkina, a-t-il dit par téléphone au journal, en soulignant qu'il fallait empêcher la déstabilisation du pays.

Quant au président de transition Michel Kafando et son Premier ministre Isaac Zida, séquestrés depuis 24 heures par des militaires putschistes, ils ont été placés en résidence surveillée, ils vont bien et seront relâchés, a-t-il assuré.


L'ancien chef d'état-major particulier de l'ex-président Blaise Compaoré, renversé il y a un an après 27 ans de pouvoir, a aussi affirmé que des mesures d'exclusion (avaient été) prises par les autorités de transition et que c'était pour cette raison que ses hommes étaient passés à l'acte.


Des élections auront lieu, a aussi promis l'officier putschiste. Nous souhaitons discuter avec tous les acteurs politiques pour repartir sur de bonnes bases. Des élections auront bien lieu, mais nous devons d'abord nous concerter, a-t-il expliqué.

Enfin, il affirme que les putschistes ne font pas front commun avec le Congrès pour le progrès et la démocratie (CDP), le parti de Blaise Compaoré exclu des élections par les autorités de transition. Nous avons des amis au CDP comme dans tous les autres partis politiques. Mais cette proximité avec le CDP n'est pas la raison de notre passage à l'acte, assure Gilbert Diendéré.



(©)

 

 

Communiqué de presse conjoint

Burkina Faso : la société civile condamne le coup d’État militaire et réclame la restauration des autorités de transition
 

 

Ouagadougou, Paris, le 17 septembre 2015 – La FIDH, le MBDHP et les organisations membres de la coalition, condamnent le coup d'État opéré par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l'arrestation du président Michel Kafando, du Premier ministre Isaac Zida et de deux autres membres du gouvernement, ainsi que la répression des manifestations populaires et les attaques contre les médias indépendants. Nos organisations appellent le général Gilbert Diendéré, le chef de la junte militaire putschiste du Conseil national pour la démocratie (CND) et membre du RSP, qui s'est proclamé chef d'une nouvelle transition, à la plus grande retenue envers les manifestants pacifiques, à procéder à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées, et à remettre le pouvoir dans les plus brefs délais aux autorités de la transition afin de permettre la reprise du processus électoral et l'élection démocratique d'un président.


« C'est un coup d’État militaire de plus au Burkina Faso : le CND a pris le pouvoir par la force, a décrété la mise en place d'un couvre-feu, occupe les artères et places stratégiques de la capitale tout en dispersant à balles réelles le peuple sorti spontanément manifester pour le respect de la démocratie. Les putschistes doivent immédiatement remettre le pouvoir aux autorités légitimes de la transition afin que les élections, tant attendues, puissent se tenir comme prévu et que le processus démocratique suive son cours », ont déclaré nos organisations.

Mercredi 16 septembre 2015, autour de 14h30, des membres du RSP se sont introduits dans le palais présidentiel de Kosyam, ont interrompu le conseil des ministres en cours et pris en otage Michel Kafando, président de la transition, Isaac Zida, Premier ministre, René Bagoro, ministre de l'Urbanisme et Augustin Loada, ministre de la Fonction publique. D'après plusieurs sources, les éléments du RSP ont alors entamé des « négociations tendues » avec ces derniers, tandis que la haute hiérarchie militaire a immédiatement tenu une réunion de médiation afin de trouver une issue à la crise. Parallèlement, des éléments du RSP se sont déployés sur les principaux axes stratégiques de Ouagadougou, ont renforcé leurs positions devant le siège de la radio-télévision nationale et des tirs nourris commençaient à retentir dans la capitale burkinabè. Toute la nuit, des tirs de dissuasion à l'encontre des manifestants ont été entendus dans plusieurs quartiers de Ouagadougou.

 

D'après les informations recueillies par nos organisations, des membres du RSP auraient violemment réprimé les manifestations populaires organisées dès mercredi soir, notamment en faisant un usage excessif de la force pour disperser les centaines de manifestants pacifiques réunis à la place de la Nation et en bastonnant plusieurs dizaines de personnes. Les émetteurs de Radio France internationale (RFI) ont été coupés et les équipes de  Radio Omega ont été intimidées par des éléments du RSP leur intimant l'ordre de suspendre leurs programmes. Jeudi 17 septembre, un jeune aurait été abattu au centre-ville de Ouagadougou et le corps transporté vers une destination pour le moment inconnu. Des dizaines de blessés continuent d'être transportés vers les principaux hôpitaux de la ville. Alors que les tirs retentissaient encore, des éléments du RSP ont annoncé à la télévision nationale ce matin la « démission » du président de la transition, la dissolution du gouvernement et du Conseil national de transition, et la mise en place d’une concertation en vue de la formation d’un nouveau gouvernement de cohésion nationale par notamment la création d'un Conseil national pour la démocratie (CND). Quelques heures plus tard, la télévision nationale a annoncé que le général Gilbert Diendéré, un proche de l'ancien président Blaise Compaoré, était le président du CND, la junte militaire putschiste maintenant au pouvoir, ainsi que la mise en place d'un couvre-feu de 19h à 6h et la fermeture des frontières.


Les tensions entre les autorités de transition et les membres du RSP n'ont cessé de s'aggraver ces derniers mois. Elles ont été exacerbées ces derniers jours avec la publication, lundi 14 septembre, du rapport final de la Commission de réconciliation nationale et des réformes qui préconise « la dissolution de ce régiment et le redéploiement de ses éléments à des missions autres que celles d'assurer la sécurité du président du Faso, dans le cadre de la refondation de l'Armée nationale et de son commandement ». Dans la déclaration lue ce matin par Mamadou Bamba, porte-parole du CND, et annonçant la dissolution des autorités de transition, le CND dénonçait la « déviance » du régime de transition, notamment la loi électorale excluant toute personne qui aurait soutenu, en octobre 2014, le projet de loi portant révision de l'article 37 de la Constitution burkinabè visant à supprimer la limitation des mandats présidentiels et qui devait ainsi permettre à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, de briguer un cinquième mandat en 2015. Dans les faits, plusieurs proches de Blaise Compaoré étaient donc écartés de la présidentielle prévue le 11 octobre prochain.


L'annonce du coup d'État en cours au Burkina Faso a très rapidement suscité de vives protestations de la part de la société civile, de certains partis politiques et des membres des autorités de transition. Les appels à manifester pour la sauvegarde de la démocratie et contre le coup d'État, dont celui de la Coalition Contre la Vie Chère (CCVC), se poursuivent et la population est fortement mobilisée malgré la répression exercée par l'armée.  


« La situation est extrêmement volatile et nous craignons qu’elle ne dégénère, causant de graves violations des droits humains. Le peuple burkinabè semble déterminé à défendre sa démocratie, la société civile et les partis politiques sont mobilisés. En face, l'armée s'organise et continue de réprimer les manifestants. Nous appelons toutes les parties au calme pour éviter tout bain de sang. Les putschistes du CND doivent regarder comment ont fini les juntes militaires dernièrement au Mali et en Guinée et ils doivent en tirer toutes les conséquences : rendre le pouvoir ou, à terme, finir en prison », ont déclaré nos organisations.

Enfin, nos organisations exhortent la communauté internationale, qui a exprimé son indignation et condamné la prise du pouvoir en cours, à prendre toutes les mesures nécessaires afin de permettre une solution rapide et apaisée de la crise politique et sécuritaire en cours, en vue de la reprise du processus électoral. Plus particulièrement, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l'Union africaine (UA), les Nations unies (ONU), l'Union européenne (UE) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)  doivent tout mettre en œuvre pour garantir la libération immédiate du président et des ministres de la transition encore détenus ainsi que la sécurité des populations civiles. Le cas échéant, ils devront mettre en branle les mécanismes de suspension et de sanction prévus par leurs textes respectifs.


Entre 2014 et 2016, 52 élections dont 25 élections présidentielles doivent se tenir dans 27 pays africains. Pour éviter les manipulations, fraudes et violences dues aux élections tronquées, la société civile africaine et internationale a décidé de se mobiliser au sein de la coalition « Mon vote doit compter ». Les sociétés civiles exigent des gouvernants qu'ils respectent leur droit légitime à choisir librement leurs représentants à l'occasion d'élections régulières, libres, et transparentes, par une mobilisation publique, des actions de terrains et un plaidoyer politique en amont de chaque scrutin jusqu'en 2016.


-FIN-

Contacts presse :


Arthur Manet (français, anglais, espagnol) - Tel: +33 6 72 28 42 94 (Paris) - press@fidh.org
Audrey Couprie (français, anglais, espagnol) - Tel: +33 6 48 05 91 57 (Paris) - press@fidh.org

La FIDH est une ONG internationale de défense des droits humains qui fédère 178 organisations dans près de 120 pays. Depuis 1922, la FIDH est engagée dans la défense de tous les droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels tels que définis dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La FIDH a son siège à Paris et des bureaux à Abidjan, Bamako, Bangkok, Bruxelles, Conakry, Genève, La Haye, New-York,  Pretoria et Tunis.

 

 

 

Le Burkina Faso, un pays abonné aux coups d'Etat  

 

APA-Ouagadougou (Burkina) 2015-09-17 12:29:02 - Le Burkina Faso vient de connaître, ce jeudi, avec le renversement du pouvoir de transition par le Régiment de sécurité présidentielle, son sixième coup d’Etat depuis son indépendance en 1960.


Le premier coup d'Etat a été perpétré le 3 janvier 1966, après un soulèvement populaire qui a renversé le président du pays, Maurice Yaméogo, alors que le Burkina Faso s'appelait Haute volta.


Quatorze années plus tard, en 1980, le général Sangoulé Lamizana est renversé par un autre militaire, le Colonel Saye Zerbo (25 novembre 1980-7 novembre 1982) qui, lui, fera deux ans au pouvoir.

Le 7 novembre 1982, Saye Zerbo est renversé par le médecin-commandant Jean Baptiste Ouédraogo dont le règne dure à peine une année.


C'est le capitaine Thomas Sankara qui va renverser Jean-Baptiste Ouédraogo lors du coup d'Etat du 4 août 1983. Il instaure la Révolution avec plusieurs réformes dont le changement du nom du pays qui devient Burkina Faso, le changement du drapeau, de l'hymne national, etc.


Quatre ans plus tard, le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est tué lors d'un coup d'Etat qui a propulsé son ami et compagnon d'armes, le capitaine Blaise Compaoré, au pouvoir.


Celui-ci, qui fera 27 ans à la tête du Burkina Faso, a quitté le pouvoir le 31 octobre 2014, suite à une insurrection populaire consécutive à sa volonté de modifier la constitution afin de briguer d'autres mandats présidentiels.


Après sa chute, des organes de transition ont été mis en place avec comme président de la Transition le diplomate Michel Kafando, pour une période d'un an.

Alors que l'on s'acheminait vers les élections couplées (présidentielle et législatives) le 11 octobre prochain, et qui devraient mettre fin à la période transitoire, les espoirs ont été brisés entre mercredi et jeudi.


Des militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont pris en otage, mercredi, le président Michel Kafando, le premier ministre Isaac Yacouba Zida et annoncé jeudi leur coup d'Etat. Ils ont également déclaré avoir dissout les organes de la Transition et mis en place, ce 17 septembre, le Conseil national de la démocratie, dirigée par le général de brigade Gilbert Diendéré, un proche de Blaise Compaoré.

 

http://apanews.net/news/fr/article.php?id=834028#sthash.y2et52lV.dpuf

Burkina - Faso : A propos du coup d'arrêt au processus démocratique
Centrafrique-Presse.com
17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 02:17
Lu pour vous : MARTIN ZIGUÉLÉ SE LIVRE SANS TABOU

 

 

 

@LESPLUMES DE RCA 16 SEPTEMBRE 2015

 

« Le rôle du Chef, et c’est ce que je ferai si les Centrafricains me font confiance, est de se donner les moyens nécessaires pour faire respecter absolument la loi par tous dans le pays… » Dixit Martin ZIGUÉLÉ président du MLPC et candidat aux prochaines élections présidentielles

 

Propos recueillis par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE

 

A quelques mois des élections groupées de 2015, la Centrafrique fait toujours face à une escalade de violence, au point que le commun des mortels doute aujourd’hui du respect de l’actuel calendrier électoral.

Aussi, les sujets polémiques ou qui divisent les centrafricains ne manquent pas. D’ailleurs ces derniers temps, on entend des voix s’élever contre la création du futur Sénat et l’on se demande ce que sera la Centrafrique de demain. Avec la tenue des futures élections, l’espoir est certainement permis. Puisque notre site, Les plumes de RCA « LPRCA » a décidé de placer le gril de la transparence médiatique sur chacun des candidats à la magistrature suprême dans notre pays, nous espérons qu’à travers ce lampadaire de la raison critique, chaque potentiel locataire du Palais de la Renaissance pourra convaincre les électeurs sur sa vision d’une nouvelle Centrafrique permettant la communauté de vie et de destin de tous les Centrafricains sans exception. C’est dans cette optique que nous vous tendons aujourd’hui le micro du peuple de la même manière que nous l’avions fait il y’a quelques jours à certains de vos concurrents.

 

LPRCA : Monsieur Martin Ziguélé (MZ) Bonjour

 

MZ : Bonjour et je salue également vos lecteurs et lectrices.

 

LPRCA : La Centrafrique fait face aujourd’hui à une recrudescence de violences un peu partout. La vie des centrafricains n’a visiblement aucune importance pour les trublions qui n’hésitent pas à commettre ce qu’il convient d’appeler des actes terroristes. Ces derniers temps, à Bangui et en province, il y’a eu des milliers de morts et de blessés. Nous entendons également plusieurs bruits de bottes dans l’arrière-pays. En dépit du récent forum de la paix qui s’est tenu à Bangui, les choses vont toujours de mal en pis. Monsieur Martin Ziguélé quelles lectures faites-vous de la situation actuelle ?

 

MZ : Le constat est en effet amer. L’espoir suscité par les différents accords de paix est rituellement suivi de pics de violences qui endeuillent cruellement notre pays. Après le Forum de Brazzaville, les lendemains furent difficiles en dépit de la signature de l’Accord dit de Brazzaville par les protagonistes de notre crise. Plus récemment encore, à la sortie du Forum National de Bangui, nous revivons la même situation malgré la signature en grande pompe de l’Accord de Paix et de DDR, qui prévoyait un délai d’un mois pour le désarmement volontaire, à l’issue duquel ce désarmement deviendrait forcé. Jusqu’ici, cela n’a pas fonctionné sans qu’on nous en explique les causes.

Bien évidemment, quand les mêmes causes produisent les mêmes effets à des périodes différentes, cela signifie objectivement que les processus mis en œuvre par ces différents accords comportent des insuffisances sur les plans des moyens politiques, diplomatiques, matériels et militaires nécessaires à leur respect et surtout à leur application. Il ne faut pas annoncer ce qu’on ne peut pas tenir car l’espoir suscité peut se transformer en défiance, puis en colère.

Il faut ajouter à cela la question de la représentativité sinon de la crédibilité des protagonistes lorsqu’on observe ces différentes scissiparités qui précèdent ou suivent rituellement la signature de ces Accords. Si vous ajoutez à cela l’absence de sanctions en cas de violation délibérée de ces Accords, les blocages actuels s’expliquent objectivement… !

 

LPRCA : Pensez-vous que la multiplication des dialogues directs entre les autorités de Bangui, les belligérants de la crise et toutes les forces vives de la nation favoriserait une issue apaisée à ce regain de tension ? Où il faut une application pure et simple de la résolution 2149 de l’ONU imposant le désarmement de gré ou de force.

 

MZ : Je comprends le doute de nos compatriotes devant tous ces fora dans lesquels ils fondent des espoirs mais qui finissent par des lendemains plus difficiles. Cela peut inciter au découragement. Cependant il ne faut pas perdre de vue que dans toute situation de crise, il est impératif que le dialogue soit systématiquement tenté afin de créer le consensus et l’adhésion nécessaires à une sortie apaisée de cette crise. On ne peut pas dans son principe affirmer que le dialogue est superfétatoire.
Cependant, comme je le disais tantôt, force est de constater que cette politique de dialogue comporte naturellement des limites lorsque certains acteurs ne manifestent pas ou peu la volonté d’aller à la paix ou « font jouer la montre » comme on dit couramment. Personne ne conteste aujourd’hui la nécessité d’avancer de manière critique dans le processus de pacification du pays, notamment par l’application des résolutions pertinentes des Nations Unies sur notre pays, et en se donnant les moyens de lancer effectivement le processus de désarmement. Chaque fois que des incidents violents et sanglants surviennent comme à Bambari, à Batangafo ou ailleurs, les populations en détresse s’interrogent sur la pertinence de ce qui se fait actuellement. Soyons clairs: beaucoup de progrès a été accompli notamment par les forces internationales pour la paix et la sécurité dans notre pays et nous devons le reconnaître et les remercier, mais c’est justement ce progrès indéniable qui rend insupportables pour l’opinion, les irruptions des violences provoquées par des groupes armés.

 

LPRCA : La création d’un Sénat figure dans le projet de la future constitution centrafricaine. Cela défraie la chronique et fait la « une » des médias nationaux et internationaux. Vous aviez eu l’opportunité par le passé de conduire un gouvernement et vous connaissez la santé financière du pays. Avec tous les défis qui s’imposent à la Centrafrique, pensez-vous que la création d’un sénat en ces temps de crise constitue une offre politique adaptée ?

 

MZ: D’abord, je voudrais relever de manière anecdotique que tout le monde parle d’un sénat budgétivore alors même que le nombre de sénateurs n’est pas encore arrêté, et donc son budget non déterminable.

Sur le fond, mon parti soutient et salue l’idée de création d’un Sénat pour une raison très simple: à l’occasion de la crise actuelle et devant l’effondrement de notre administration civile et sécuritaire, nous avons tous fait le constat de l’absence de relais fiables à la base entre les populations et le pouvoir central. Nous avons vu qu’en l’absence d’autorités de « terrain » ni d’autorités traditionnelles, recours a dû être fait aux autorités religieuses-et j’en profite pour les féliciter et les remercier- afin de garder la flamme vacillante et « recoller les morceaux » d’une nation déchirée. Je pense que les institutions doivent être des réponses pérennes à notre vivre- ensemble, et le Sénat en tant que chambre haute issue des collectivités locales peut et doit jouer ce rôle.

 

LPRCA : Nombreux sont ceux qui pensent que ce Sénat sera purement et simplement une « maison de retraite dorée » de tous les anciens présidents, anciens premiers ministres, anciens ministres, anciens députés et autres dignitaires centrafricains. Que dites-vous de cela ?

 

MZ: Un sénat est composé d’élus locaux et comme nous n’avons pas pu organiser et mener à leur terme des élections locales depuis notre indépendance, ce sera un renouveau démocratique que d’avoir des maires et des conseillers régionaux élus, qui seront éligibles à ce Sénat. Je ne vois donc pas comment ce Sénat pourrait être une maison de retraite dorée pour des anciens dignitaires. Je pense que cette critique, au-delà de son aspect passionné, révèle plutôt une connaissance imparfaite de cette institution.

Par contre, je pense que cette institution doit faire l’objet dans la future constitution d’un délai de mise en place plus long puisqu’il faut d’abord organiser des élections locales.

 

LPRCA : Vous serez candidat cette année pour la troisième fois consécutive et vous semblez disposez une nouvelle offre politique qui se résume à votre slogan des trois « R ». Pourriez-vous nous parler brièvement de cette technique d’approche ?

 

MZ : C’est vrai que mon parti me présente aux élections présidentielles pour la troisième fois cette année, et j’espère que comme pour François Mitterrand cette troisième fois sera la bonne. Plus sérieusement, les 3 « R » est une offre politique tirée de la vision que le MLPC et moi-même avons de l’avenir de notre pays.
En effet tout le monde sait que le MLPC est le seul parti politique parvenu au pouvoir par les urnes dans notre pays depuis notre indépendance. Même si la gestion de cette victoire démocratique relève de l’Histoire, il faut reconnaitre que cela confère une expérience de la gestion de la chose publique. Dans ce cadre, quand j’étais Premier ministre j’avais effectué une longue tournée par route dans toutes les préfectures de la moitié ouest de notre pays et dans la Ouaka pour connaitre in situ les problèmes de notre pays et de nos populations. De même, comme Président du MLPC, j’ai sillonné de 2007 à 2011 toute la RCA par route d’est en ouest et du nord au sud. Je peux affirmer que je connais de l’intérieur, la RCA profonde.
Certes, avec cette crise, le pays a changé mais en pire. Devant la détresse générale, nous avons pensé au MLPC que le seul programme politique centrafricain qui vaille doit se définir autour de ce triptyque: Réconciliation, Rassemblement et Reconstruction. C’est un concept qui exalte la restauration du bien vivre-ensemble, de l’unité nationale mise à mal par les velléités de partition et la dilution des frustrations inhérentes à la paupérisation ambiante.

Pourquoi la Réconciliation ? Lorsqu’on a vécu et connu les déchainements de haine et de violences de ces trois dernières années, il est évident que ce qu’il nous faut d’abord et avant tout en Centrafrique c’est la Réconciliation, sans laquelle rien, nulle part, ne peut se construire.

Ensuite, le Rassemblement doit être notre leitmotiv car ce pays est victime de reflexes communautaristes divers, ethniques et confessionnels, qui ont été instrumentalisés. Pour cela, il faut donc nous rassembler autour des valeurs de la République : les Centrafricains doivent se considérer d’abord comme des citoyens égaux en droit et en devoir, nonobstant toute autre considération.

Enfin, le pays est économiquement effondré et il nous faut nous atteler sans fioritures à sa Reconstruction. Nous devons entreprendre des réformes drastiques, douloureuses et déterminées pour redresser notre pays. Pour cela, nous devons travailler avec opiniâtreté et honnêteté pour développer note pays sur tous les plans car la misère et la captation illicite des ressources publiques, ont constitué le lit de l’instabilité en RCA. J’ai déjà, comme Premier Ministre, initié l’opération « mains propres » que je ne peux qu’amplifier demain.

 

LPRCA : On sent une certaine adversité qui ne dit pas son nom entre vous et l’ancien président Bozizé. Comment parviendrez-vous à réussir le rassemblement et la réconciliation entre vous et Bozizé et par ricochet entre vos militants respectifs ?

 

MZ : C’est le Président Ange Félix Patassé qui m’a présenté le Général Bozizé en 1979. Nos relations ont toujours été bonnes et quand il était Chef d’Etat-Major général des Armées et moi-même Premier Ministre ces relations étaient excellentes. Lorsqu’il a eu des problèmes avec le Président Patassé en novembre 2001, j’étais le seul responsable gouvernemental à demander ouvertement au Président Patassé son retour au pays et sa réhabilitation.

Quand il a pris le pouvoir le 15 mars 2003, j’étais en fonction et je me suis réfugié à l’Ambassade de France dans l’intention d’en sortir après le calme pour me mettre au service de mon pays car je suis fonctionnaire du Ministère des finances. Mais j’ai dû m’exiler en France parce que son entourage a réussi à le convaincre de me poursuivre en justice pour au moins quatorze chefs d’accusation. L’éventail des accusations allait de prétendus détournements de deniers publics à d’imaginaires complicités de l’arrivée des banyamulenge en RCA. Le Tribunal de Grande instance de Bangui a prononcé un non-lieu en ma faveur mais le gouvernement de l’époque a immédiatement interjeté appel de cette décision. Les enquêtes ont repris à zéro et tous mes anciens collaborateurs civils et militaires ont été entendus dans le cadre de l’instruction en appel. En novembre 2004, la Chambre Criminelle de la Cour d’Appel de Bangui a confirmé le non-lieu et m’a totalement blanchi de ces accusations fantaisistes. Si vous le souhaitez, je tiens à votre disposition et à celle de vos lecteurs les copies de ces deux jugements.

Après l’épisode judiciaire je suis rentré au pays pour participer aux élections de mars 2005. Après ma défaite au second tour, j’ai appelé le général François Bozizé pour le féliciter et j’ai participé à son investiture malgré l’opposition de mes camarades du Parti. Je l’ai assuré de ma disponibilité à l’aider mais sans participer au gouvernement car je ne voulais pas et ne veux pas de mélange des genres. Je ne pense pas qu’on peut à la fois être dans l’opposition et au Gouvernement.
Mais dès 2006 son entourage a commencé à le dresser contre moi sous des prétextes divers et variés. J’étais régulièrement accusé, convoqué au tribunal ou devant le Premier Ministre pour des accusations de préparation de coups d’Etat ou de distribution d’armes. Il refusait obstinément de me recevoir pour me justifier. Son entourage qui était absolument irresponsable l’a donc dressé contre moi sans raisons fondées. C’est pour cela que je vous affirme que je n’ai rien contre lui ni contre ses militants, et surtout je ne lui en veux absolument pas. Demain l’histoire et Dieu jugeront.

S’agissant de ses militants, ils sont des filles et des fils de ce pays, et donc mes frères et sœurs. Le MLPC prône depuis toujours la Réconciliation et le Rassemblement. Je n’oublie pas que le MLPC est aussi le fruit de leurs propres combats depuis 1979 et qu’ils sont pour beaucoup d’entre eux, les artisans de notre victoire en 1993 et en 1999. Notre Parti et nos cœurs sont ouverts à tous. Que personne n’ait crainte !

 

LPRCA : Le vivre ensemble, la justice sociale et la bonne gouvernance sont autant de défis qui s’imposeront aux prochaines autorités de Bangui. Vu la gravité et l’urgence de la situation, que proposez-vous concrètement comme palliatif face à ces véritables défis de société ?

 

MZ: Lorsqu’un navire est en haute mer ou qu’un avion est dans le ciel, on se demande comment il s’oriente dans ce vide sidéral. Pourtant, il arrive à destination parce qu’il dispose d’une boussole et qu’il suit un plan de vol. Notre boussole, c’est la Constitution centrafricaine, et notre plan de vol ce sont les lois et règlements de la République.
Le rôle du Chef, et c’est ce que je ferai si les Centrafricains me font confiance, est de se donner les moyens nécessaires pour faire respecter absolument la loi par tous dans le pays. Un chef doit rester ferme sur les principes légaux et réglementaires, et veiller à ce que force reste toujours à la loi. Je veillerai au respect de l’intérêt général. C’est la seule condition d’un vivre-ensemble harmonieux, de la justice sociale et de la bonne gouvernance. Tout le monde sait que nos deux principaux ennemis sont l’incivisme et l’impunité. Je n’accepterai pas le désordre.

 

LPRCA : Si vous accédez au pouvoir, que feriez-vous durant vos 100 premiers jours ?

 

MZ : Si les centrafricains me font confiance, mes premières actions correspondront à leurs principales préoccupations: la paix et le pain. En effet dès après la mise en place d’un gouvernement représentatif de la diversité centrafricaine, dirigé par un Premier ministre convaincu de la nécessité et de l’urgence de réformes drastiques dans tous les secteurs, nos actions se focaliseront les cent premiers jours sur les points suivants :

La remise en route efficace de l’administration dans son ensemble, avec un accent particulier sur la remontée en puissance des Forces de Défense et de Sécurité dans tout le pays dans le cadre de la réforme du Secteur de sécurité et du DDRR ;

La relance rapide des filières agricoles comme celles du coton et du café, de fait abandonnées, ainsi que la réhabilitation des pistes et routes en milieu rural ;

La reprise en mains des finances publiques ;

La fourniture immédiate des services sociaux de base et la facilitation de l’accès aux facteurs de production (eau, électricité, téléphone, transports, postes, etc.)

 

LPRCA : Sur un échantillon de 15 000 étudiants, seuls 2000 sont boursiers. La grande majorité des étudiants abandonnent les études faute de soutiens scolaires. Aviez-vous dans votre valise politique une solution idoine pour lutter contre le décrochage scolaire ?

 

MZ : Je suis un produit de l’Université de Bangui et j’en suis fier. En 1975 nous étions 200 étudiants et tous boursiers. Aujourd’hui, l’Université de Bangui a 15 000 étudiants, dont 2000 sont boursiers. Cette déplorable situation est la conséquence de l’état général de notre pays. Je pense qu’il faut créer d’autres centres universitaires en régions et ne réserver l’Université de Bangui que pour les Masters et les doctorats. Des efforts pourraient alors être faits pour la qualité de l’enseignement et aussi les conditions de vie des étudiants.
Pour lutter contre le décrochage scolaire, beaucoup d’actions doivent être conjuguées. Elles vont de la revalorisation des enseignants au respect des calendriers scolaires en passant par une adaptation de la formation aux possibilités d’emplois.

 

LPRCA : L’injustice sociale a occasionné le déferlement de la coalition séléka sur Bangui. Il se pourrait que les victimes de « Tongo Tongo » (LRA de Joseph Kony) en fassent autant d’ici demain. Puisque, gouverner c’est prévoir, que préconisez-vous si jamais vous deveniez le prochain président centrafricain ?

 

MZ : Chaque crise a sa genèse et pour notre pays vous avez raison d’affirmer que celle que nous visons est née de l’injustice sociale. Je vous compèterai en ajoutant que notre crise est globalement née de la mauvaise gouvernance. Gouverner c’est prévoir et tout gouvernement doit pouvoir anticiper les crises.
Notre premier problème structurant est que nous devons donner des réponses républicaines à la question de la citoyenneté. Nous devons faire en sorte que la citoyenneté soit affirmée au-delà et en dehors des particularismes régionaux, ethniques et confessionnels, afin que tous les citoyens soient égaux en droits et en devoirs. C’est cela la République.

Ensuite ce pays a été construit sur l’improvisation : nous devons avoir une « programmation » pour ne pas dire une « planification » de notre développement, une vision stratégique partagée de la RCA sur 15 ou 20 ans pour que nos compatriotes sachent où nous allons et quel sera notre futur partagé.

Enfin il faut changer nos méthodes de travail et d’action : le gouvernement et l’administration doivent fonctionner selon des procédures écrites et avec des objectifs qualitatifs et quantitatifs définis, afin de pouvoir être audités. Naturellement, toutes les formes de corruption et de laxisme doivent être combattues.
C’est à la qualité des services fournis aux citoyens sur les plans de la sécurité et du bien-être que tiendra le contrat social qui garantira la paix et l’ordre.

 

LPRCA : Dans le passé, certaines progénitures et autres parents des anciens présidents et dignitaires centrafricains, ont eu des comportements inadmissibles voire irrespectueux envers le peuple. Partant de ce constat, Les plumes de RCA a décidé de braquer son radar sur les familles des candidats. On raconte par-ci et par-là que votre épouse est le socle de votre engagement. A ce titre, quel rôle joue-t-elle auprès de vous aujourd’hui et dans votre campagne ?

 

MZ : Ma femme est une militante de longue date du MLPC comme moi, loyale et respectueuse de la hiérarchie du Parti. Elle me soutient et me suit dans tous les combats politiques au sein du Parti, en militante. Elle est conseillère de la Fédération Europe du Parti grâce à la confiance de ses camarades, et aujourd’hui au pays elle est conseillère du mouvement des femmes du Parti, le MLFC (Mouvement de Libération de la Femme Centrafricaine). Elle poursuit son engagement en s’occupant dans la mesure de nos maigres moyens, des minorités de notre pays notamment des pygmées. Je pense que le niveau de conscience politique de chacun détermine aussi son comportement républicain et citoyen. Il n’y a pas de crainte parce que ma femme et mes enfants sont des militants comme les autres militants du MLPC et j’y veille.

 

LPRCA : Quel rôle jouera-t-elle comme Première Dame si vous accédez à la magistrature suprême ? Et quelles actions comptera-t-elle mener ?

 

MZ : Si le peuple me fait confiance, elle doit continuer à s’occuper des franges de notre peuple les moins médiatisées mais les plus exposées aux souffrances. Je pense aux minorités de notre pays. Naturellement elle devra aussi se mettre à la disposition des femmes dans leurs combats de tous les jours.

 

LPRCA : Qu’en sera-t-il de vos enfants et autres membres de votre famille ? Devons-nous craindre qu’une fois au pouvoir, eux aussi contracteront le « virus » des enfants et parents des présidents centrafricains ? Nous voulons parler de la propension des proches des présidents centrafricains à s’arroger certaines prérogatives au mépris des règles de l’état de droit et l’interférence dans la gestion de la chose publique. Seront-ils des centrafricains avec les droits et devoirs que les autres, notamment le respect des institutions ? Respecteront-ils le peuple ? Donneront-ils l’exemple ?

 

MZ : Si vous me connaissez un peu vous n’auriez pas ces inquiétudes. Je suis un fils de gendarme, qui a vécu les premières années de sa vie dans les casernes de gendarmerie, puis je suis entré à l’âge de 11 ans au Petit Séminaire Saint-Jean de Bossangoa, dirigé par des pères capucins. Je suis ensuite entré en seconde au Lycée d’Etat des Rapides où j’ai vécu en internat jusqu’en terminale avec des collègues comme Honoré Nzessioué, Joseph Agbo, Marmier Dédé Patrick, Mboe Gervais, Kalambani Fulbert et d’autres encore. Je n’ai donc pas découvert la discipline sur le tard. J’ai dit à mes enfants que le seul héritage que je peux leur laisser ne sera ni l’or ni l’argent, parce que tout cela se dilapide facilement. Je leur ai toujours dit que la seule richesse que je tente de leur transmettre par l’éducation est le respect qu’ils doivent à l’Autre.

 

LPRCA : Votre dernier mot s’il vous plaît

 

MZ : J’ai toujours l’habitude de rappeler à nos compatriotes cette phrase célèbre de Sylvanus Olympio « quelle que soit la longueur de la nuit le jour se lève toujours ». Je suis un militant politique et je sais que l’histoire d’un pays n’est jamais un long fleuve tranquille. Le rôle du militant est de garder et de rallumer l’espoir, pour que la RCA réconciliée et rassemblée puisse se reconstruire pour le bien de doutes ses filles et de tous ses fils sans exclusive ni exclusion.

 

LPRCA : Merci monsieur Martin Ziguélé

 

MZ : Je vous remercie également

 

Centrafrique-Presse.com
17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 02:01
Communiqué ANE Ambassade RCA au Maroc

 

 

COMMUNIQUE N°002

 

L’Autorité d’Ambassade des Elections du Maroc informe la communauté centrafricaine du Maroc qu’une mission de recouvrement pour les enregistrements sur la liste électorale sera effectuée dans les localités citées ci-dessous à compter de ce vendredi, 19 Septembre 2015.

 

 

PLANNING DE RECOUVREMENT

 

Jour

Date

Ville

Lieux de rencontre

Heure

Vendredi

18 Sept 2015

Kenitra

Ville haute (Maison Blanche) 

 

10h-14h

 

Salé-Doha

Sis domicile du compatriote Parfait NGAMBA

15h-18h

Samedi

19 Sept 2015

Mohammédia

Sis  Riad Salam au domicile du compatriote SERVICE Crépin

10h-18h

Dimanche

20 Sept 2015

Casablanca

Sera indiqué

10h-18h

 

Par ailleurs une partie de l’équipe du centre d’enregistrement sera disponible sur place à la chancellerie de l’Ambassade de la République Centrafricaine à Rabat sise 65, rue 29 Youssoufia Est- Extension, Lotissement de l’Etat.

 

Le bureau profite à cet effet de rassurer tous les compatriotes des autres villes non mentionnées, qu’un planning est encours d’élaboration afin de permettre l’enrôlement de toute la communauté centrafricaine du Maroc dans les prochains jours.

 

                                                              Fait à Rabat, le 16 Septembre 2015

 

                                                                          Le Rapporteur Général

 

                                                                              Patrice NGAFONEÏ

Centrafrique-Presse.com
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 16:01
Nouvelles nationales sur RJDH et RNL
Nouvelles nationales sur RJDH et RNL
Nouvelles nationales sur RJDH et RNL

 

 

MSF suspend une campagne de vaccination suite au braquage de son équipe à Paoua

 

http://rjdh.org/  PAR NAÏM-KAÉLIN ZAMANE LE 15 SEPTEMBRE 2015

 

Tout est parti du braquage à main armée d’un véhicule de MSF qui se rendait le 14 septembre dans l’un des sites de vaccination dans la Sous-Préfecture de Paoua. C’est suite à ce, « grave incident », selon MSF que la vaccination préventive multi-antigène de masse, débutée le 29 août 2015, « a dû être suspendue ».

 

Dans un communiqué de presse publié le 15 septembre 2015, le Chef de Mission MSF, Ernesto Herrera, tout en exprimant« notre profonde inquiétude et indignation face à ce type d’incident »,  a noté que «  des actes criminels comme celui-ci ont de lourdes conséquences sur l’accès aux soins essentiels de la population ».

 

Il a rappelé dans le document que « MSF a pour unique objectif de répondre aux besoins médicaux et humanitaires des populations à qui elle apporte son aide. MSF appelle tous les groupes armés de RCA à respecter la sécurité  des civils et du personnel sanitaire et humanitaire – tant centrafricain qu’international. Cette condition absolue permet la délivrance de notre aide, la conduite de nos activités et l’accès aux soins de la population centrafricaine ».

 

Sans indiquer le montant, le communiqué a relevé  la question d’une somme d’argent récupérée par les malfrats« Alors que l’équipe MSF circulait sur l’axe Paoua-Bozoum, des individus armés ont intercepté leur véhicule et dérobé le peu d’argent à bord ».

 

La campagne de vaccination interrompue devrait permettre aux « enfants âgés de moins de 5 ans (de se faire) vaccinés contre pas moins de 9 maladies infantiles et bénéficient, en plus, de mesures de santé préventives comme le déparasitage ou encore la distribution de moustiquaires ».

 

La Sous-Préfecture de Paoua fait partie des régions de la République Centrafricaine qui n’ont pas connu de problèmes sécuritaires durant les dernières crises. Pour preuve, musulmans et chrétiens y vivent encore et toujours en symbiose

 

Clôture des opérations électorales à Bria centre

 

http://rjdh.org/ PAR NARCISSE JAUBERT LE 16 SEPTEMBRE 2015

 

Les inscriptions sur la liste électorale dans la ville de Bria centre ont pris fin  ce mercredi 16 septembre. Cependant, dans les autres régions de la préfecture de la Haute Kotto, l’enregistrement traine encore.

 

Débuté depuis  le 19 août dernier à Bria, les agents enregistreurs ont totalisé 22 jours pour faire les enregistrements. « Pour des raisons techniques, les inscriptions vont prendre fin d’ici le 25 septembre dans les zones périphériques », a confié un membre de l’autorité sous préfectorale pour les élections à Bria.

 

Selon la même source, le problème de paiement des frais des agents enregistreurs est la cause principale du retard accusé lors de ces enregistrements.

 

Les opérations de recensement dans la région se déroulent sous la protection de  la Minusca.

 

La destruction des tuyaux entraine la pénurie d’eau potable à Bouar

 

http://rjdh.org/  PAR SANDRINE MBAGNA LE 16 SEPTEMBRE 2015

 

La dégradation des canaux d’eau de la Société de distribution d’eau en Centrafrique (SODECA), entraine la pénurie d’eau potable dans la ville de Bouar. Un agent de cette société a annoncé la réhabilitation de ces tuyaux dans les mois prochains.

 

D’après le constat fait par le RJDH, les secteurs les plus touchés sont  les quartiers Herman, Camp de Roux et Haoussa.  Les ménagères s’alignent par centaine devant un point d’eau pour se ravitailler. Certaines, pour éviter des disputes,  sont obligées d’aller loin pour puiser l’eau de source située à plus de 2 ou 3 Kilomètres.

 

Roger Gabaye  au service commercial de la Sodeca a annoncé qu’ « une nouvelle pompe commandée en Europe et financée par l’Unicef sera bientôt à la disposition de la Sodeca pour qu’elle puisse relancer la distribution de l’eau pour toute la ville ».

 

« L’équipe des travaux de plomberie est déjà en route pour la ville de Bouar. Avec les efforts déployés par le chef de projet intérimaire de la Sodeca, ce service sera opérationnel d’ici début octobre prochain pour y remédier», a-t-il prévu.

 

Ces tuyaux ont été détruits lors des travaux de réhabilitation de route. Une activité menée à l’époque par la  société Satom.

 

Des Casques bleus accusés d'actes de pornographie

 

http://www.radiondekeluka.org/  mercredi 16 septembre 2015 13:17

 

Des soldats du contingent camerounais de la Minusca détachés dans la sous-préfecture de Batangafo, préfecture de l'Ouham, dans le nord de la Centrafrique, sont soupçonnés d'être coupables d'actes de pornographie. Les images de leurs forfaits sillonnent la ville à travers des téléphones portables. Les autorités sous-préfectorales annoncent ouvrir une enquête pour vérifier l'exactitude des images. 

L’affaire fait un véritable boom à Batangafo. Sur les téléphones portables, les ébats sexuels de ces casques bleus camerounais avec des filles de Batangafo, dont certaines sont des femmes au foyer, sont visibles, à en croire nombreuses sources sur place. 


L’affaire a explosé en public dès que le 1er contingent accusé d’être à l’origine de ces forfaitures a été relevé. Les motivations réelles de ces actes ne sont pas connues, mais les conséquences commencent à se faire ressentir. A titre d'illustration, une scène de divorce dans un foyer est signalée dans la ville. Certains hommes, dont les femmes sont suspectées d’être les « actrices principales » de ces scènes de pornographie, sont devenus la « risée » des habitants. Jusque-là, aucune des « actrices » n'a encore avoué les faits.


Jointe par Radio Ndeke Luka, une autorité locale annonce l'ouverture d'une enquête qu'elle diligente elle-même et qui qui suit son cours. Il est question d’écouter les « actrices » suspectées pour vérifier si c’est réellement elles qui apparaissent dans les séquences fragmentées de ce film pornographique en circulation dans la ville.

Pour l'heure, l'affaire fait des remous et les relations entre la population locale et les nouveaux soldats onusiens de nationalité camerounaise, qui ont remplacé le contingent ''spécialisé'' dans la pornographie, risquent de devenir invivables.

A Bangui, il n'y a encore pas de réaction, ni de la Minusca, ni des autorités gouvernementales de transition, à ce nouveau soupçon d’abus sexuel. 


Cette nouvelle accusation vient s'ajouter aux 17 cas d’allégations d’exploitation et d'abus sexuels commis par le personnel de l'ONU en Centrafrique.

Centrafrique-Presse.com
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 09:27
Le FMI alloue une aide de $11,8 mls à la Centrafrique

 

 

 

WASHINGTON, 16 septembre 2015 02h56 (Reuters) - Le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a donné son accord au déblocage d'une aide financière de 11,8 millions de dollars en faveur de la République centrafricaine, annonce mardi l'organisation.

 

Cette aide, allouée dans le cadre d'une facilité de crédit rapide, doit permettre au gouvernement de faire face à des besoins urgent en matière de balance des paiements et l'aider à mener à bien son programme de relance de l'économie, précise le FMI dans un communiqué.

 

Une facilité de crédit rapide de 7,9 millions de dollars lui avait déjà été allouée en mars.

 

La République centrafricaine a sombré dans le chaos en mars 2013 lorsque les rebelles musulmans de la Séléka ont pris le pouvoir. Leurs exactions leur ont ensuite valu les représailles des milices chrétiennes anti-Balaka et l'armée française a dû intervenir dans le cadre de l'opération Sangaris pour mettre fin aux massacres.

 

Des élections présidentielle et législatives qui doivent permettre de tirer un trait sur le conflit auront lieu le 18 octobre.

 

(Eric Beech, Jean-Philippe Lefief pour le service français)

 

© Thomson Reuters 2015 Tous droits réservés.

Centrafrique-Presse.com
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 00:47

 

 

 

15/09/15 (Cameroon-Tribune)

 

La réunion des chefs de police d’Afrique Centrale s’ouvre mardi à Yaoundé dans un contexte marqué par l’insécurité et d’autres formes de crimes. Ce serait un doux euphémisme que de dire que les chefs de police de la sous-région d’Afrique centrale ont du pain sur la planche au moment où ils se retrouvent ici à Yaoundé dans le cadre de la 16e session du Comité des chefs de police d’Afrique centrale (CCPAC). Tant la mobilité des malfaiteurs et l’accroissement de la criminalité transfrontalière connaissent un certain regain de vitalité.

 

Ceci est surtout favorisé par des phénomènes comme l’insécurité en République centrafricaine, les actes de la secte terroriste Boko Haram qui, bien qu’ayant sa base au Nigeria, touche des pays de la sous-région à l’instar du Cameroun et du Tchad. Sans pour autant mettre à l’abri les autres pays voisins. Ce qui met donc en éveil les différents services de sécurité de l’Afrique centrale. Ceux-ci sont ainsi appelés à adopter des mesures concertées en vue de parvenir à des solutions durables. Une préoccupation qui sera donc au centre des assises qui se tiennent dans la capitale camerounaise du 15 au 18 septembre 2015. Car, il convient peut-être de le rappeler, l’une des missions fondamentales du CCPAC reste la recherche de solutions aux problèmes de criminalité et de sécurité publique.

 

Des missions qui sous-tendent déjà la création de cette structure qui a vu le jour à Brazzaville au Congo le 10 avril 1997 et qui se veut le fruit d’une volonté affirmée de coopération entre l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC-Interpol) et l’ensemble des pays de la sous-région en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière. Et il faut dire que les problèmes sont nombreux en la matière. Outre les deux principaux cas évoqués plus haut, l’on peut citer le grand banditisme et les trafics de toutes sortes qui ont cours entre les bandes criminelles et qui touchent parfois plusieurs Etats (véhicules, stupéfiants, organes humains), les prises d’otages, la cybercriminalité, les enlèvements de personnes, la pédophilie…

 

La rencontre de Yaoundé ne pouvait pas mieux tomber au regard des défis auxquels sont appelées à faire face les forces de défense et de sécurité, au rang desquelles les forces de police ont un rôle important à jouer. Il est de plus en plus question pour les pays concernés d’œuvrer pour une meilleure coordination de leurs actions. Celles-ci passent notamment par la définition d’une stratégie de lutte contre la criminalité ; l’identification de nouvelles formes de criminalités ; la coordination des activités de coopération en matière de lutte contre la criminalité à l’échelle sous-régionale ; la mise à la disposition des autorités nationales et sous-régionales en charge des questions de sécurité des informations et des programmes envisagés contre le fléau.

 

Tout ceci, afin de parvenir aux objectifs assignés au Comité et dont les moindres ne sont pas : l’amélioration de la coopération entre les services de police de pays de la sous-région ; le renforcement de leur efficacité dans le domaine de la prévention et de la lutte contre la criminalité transfrontalière dans la sous-région ; l’efficacité dans les différentes interventions de la police, tout en respectant les lois et règlements, ainsi que les droits de l’homme. Au regard des chantiers qui s’ouvrent à nos différentes polices nationales, il y a lieu de penser que la rencontre de Yaoundé arrive à un moment opportun pour les huit pays membres du CCPAC (République centrafricaine, Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-Principe, Tchad et Cameroun).defile-police

Lu pour vous : Les polices d'Afrique centrale en ordre de bataille contre la Criminalité transfrontalière
Centrafrique-Presse.com
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:58

 

 

 


Libreville - AFP / 15 septembre 2015 22h27 - La Mission des Nations unies en Centrafrique a été informée d'un nouveau cas d'abus sexuel commis par un membre de son personnel civil, a-t-elle annoncé mardi dans un communiqué reçu à Libreville.


La Minusca a été informée le 12 septembre 2015 d'un cas d'allégation d'exploitation sexuelle commise par un civil travaillant pour la mission en Centrafrique.


La Minusca a informé les autorités centrafricaines de cette allégation et le Bureau des services de contrôle interne des Nations unies a immédiatement pris des mesures pour enquêter (...), conformément à la politique de tolérance zéro du secrétaire général Ban Ki-moon sur les actes d'exploitation et d'abus sexuels, poursuit le communiqué.


Le Représentant spécial du secrétaire général, Parfait Onanga-Anyanga, s'est entretenu de ce nouveau cas avec le Haut-commissaire aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al-Hussein, et le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, ajoute le texte.


Actuellement, 17 cas d'allégations d'exploitation et d'abus sexuels commis par le personnel de l'ONU en République Centrafricaine ont été signalés à la Minusca.

Le cas révélé mardi est le premier impliquant un membre du personnel civil. Il émane d'une femme âgée d'une trentaine d'années qui a révélé son histoire samedi. Celle-ci a affirmé avoir été exploitée sexuellement il y a environ six mois.


Le porte-parole des Nations unies, Stephane Dujarric, a ajouté que l'homme, dont la nationalité n'a pas été précisée, est toujours dans le pays et n'est pas autorisé à le quitter pour le moment.


Les membres du personnel civil ne sont pas sujets aux mêmes règles que leurs collègues militaires et policiers chargés du maintien de la paix: selon les règles de l'ONU, c'est aux Etats membres d'enquêter et de poursuivre leurs soldats. Mais comme ce nouveau cas concerne un civil, le bureau d'enquête interne des Nations unies et les autorités centrafricaines ont été averties pour donner suite à l'affaire.

Sur les 17 cas d'allégations d'abus sexuels commis par le personnel de l'ONU en Centrafrique, treize impliquent des militaires, l'un porte sur des allégations contre notre police, un cas implique un civil et pour deux autres cas l'identité des auteurs est inconnue, a repris la Minusca.


Hervé Ladsous, de retour de Centrafrique, a estimé que les accusations contre les membres de la Minusca étaient catastrophiques. Il avait annoncé le 12 septembre que les Nations unies avaient suspendu les paiements de soldes de Casques bleus venant de neuf pays participant à la Minusca.


M. Ban avait décrit les accusations d'abus sexuel contre les forces de maintien de la paix comme un cancer dans notre système.


Suite à ces scandales, le secrétaire général de l'ONU a nommé Parfait Onanga-Anyanga, un Gabonais, à la tête de sa mission en Centrafrique, après la démission du Sénégalais Babacar Gaye.



(©) http://s.romandie.com/news/nbread.php?news=630262 

Centrafrique: nouveau cas d'abus sexuel par un civil de la Minusca
Centrafrique-Presse.com
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 18:19

 

 

Source : http://afrilex.u-bordeaux4.fr/ 

 

En prenant ses fonctions de Président de l’Autorité Nationale des Elections (ANE), Dieudonné Kombo-Yaya rappelait fort opportunément que la mauvaise gestion des élections était à l’origine de nombreux conflits armés1. L’ancien diplomate centrafricain avait probablement en mémoire les crises postélectorales au Kenya (2007), au Zimbabwe (2008) et en Côte-d’Ivoire (2010). Il pourrait maintenant y ajouter la crise qui vient de naître au Burundi 2, sans oublier les causes de la révolution au Burkina Faso 3. A chaque fois, les fondations de l’Etat ont été mises en péril et le vouloir-vivre collectif a connu de sanglantes remises en cause.

 

En Centrafrique, les périodes électorales ont toujours été périlleuses avec le risque permanent du réveil des antagonismes ancestraux et l’exacerbation des vieilles rivalités politiciennes, jamais éteintes par des scrutins peu conformes aux standards internationaux.4 Loin de légitimer le pouvoir de François Bozizé et de permettre une timide apparition de la démocratie électorale5, les élections de 2011 ont fortement contribué à l’embrasement du pays.

 

Malheureusement, les leçons du passé sont rarement mises à profit. L’absence de mémoire institutionnelle des précédents processus électoraux et les difficultés traditionnelles pour maîtriser le temps dans un chronogramme électoral harmonisé, conduisent aux mêmes errements. 1 Mot de bienvenue de Dieudonné Kombo-Yaya, lors de sa prise de fonction le 16 décembre 2013: «…la plupart des conflits armés qui ont secoué et secouent encore le continent africain trouvent leurs origines dans la mauvaise gouvernance en général et la mauvaise gestion des élections en particulier.

 

Ces conflits surviennent avant le scrutin lorsque les règles du jeu ne sont pas clairement établies. Ils surviennent aussi pendant le scrutin lorsque les règles définies sont détournées au profit d’un candidat ou d’un parti politique. Ils surviennent après le scrutin lorsque les résultats des élections sont contestés par un ou plusieurs candidats, parce que tronqués... » cf. le site de l’Autorité nationale des élections : www.a-n-e-rca.org/ 2

 

En contrevenant à la constitution et aux Accords d’Arusha, Pierre Nkurunziza s’est présenté à l’élection présidentielle du 21 juillet 2015, pour un troisième mandat présidentiel. Son élection a suscité la condamnation de la communauté internationale et des violences dans le pays. 3 Au pouvoir depuis 27 ans, le Président Blaise Compaoré entendait modifier la constitution pour se représenter une troisième fois. Trois jours de révolte populaire ont été suffisants pour que le médiateur patenté des crises africaines, prenne piteusement la fuite, le 31 octobre 2014. 4 Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 25) de 1966, la Déclaration universelle des droits de l’homme (articles 20 et 21) de 1948 proclament que les élections démocratiques doivent être périodiques, libres, honnêtes, ne pas restreindre le droit d’être élu, le suffrage doit être universel et égal, le vote doit être secret et la libre expression de la volonté des électeurs doit être respectée. La Déclaration de l’OUA/UA de 2002 régissant les élections démocratiques en Afrique pose les 13 principes concernant les droits et obligations à respecter. 5

La démocratie électorale n’est qu’une des conditions d’un régime démocratique. Elle concerne la dévolution du pouvoir qui s’effectue à l’issue d’un vote remplissant les conditions posées par les normes internationales communément admises. L’exercice du pouvoir sera lui apprécié selon les règles de la gouvernance démocratique. 2

 

Les élections présidentielle et législatives de 20116 ont été caractérisées par de nombreuses irrégularités tant au niveau de l’organisation que des résultats. Ces nouveaux rendez-vous manqués avec les citoyens centrafricains ont mis en évidence le cynisme et la mauvaise foi du clan présidentiel, la cupidité des responsables nationaux de l’élection et la complicité des experts internationaux, mobilisés à grands frais. Les innombrables infractions aux règles élémentaires du code électoral et de la comptabilité publique7, les manipulations des résultats avec la complicité d’une Commission électorale peu indépendante8 et la timidité de la Cour constitutionnelle ont été constatées, avec une certaine indifférence, par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

 

Si, en dépit des infractions constatées, le PNUD a été atteint de cécité en qualifiant ces élections de « libres, démocratiques, inclusives et apaisées»9 , en revanche, l’Union européenne et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ont dénoncé cette mascarade électorale. Devant ce qu’ils ont considéré comme un holdup électoral, les partis politiques de l’opposition se sont rapidement regroupés dans un Front pour l’annulation et la reprise des élections de 2011 (FARE 2011), qui sera très actif dans la chute du Président Bozizé, puis dans la mise en œuvre de la Transition. Evidemment, de telles élections n’avaient que peu de rapports avec l’avènement de la démocratie et la réconciliation des citoyens avec les gouvernants. Un peu plus de 18 mois après ces élections ratées, en septembre 2012, la tragédie pouvait se mettre en marche. Les hordes de la Séléka, puissamment aiguillonnées par les pillards Janjawid du Darfour et les vétérans des conflits tchado-soudano-centrafricains, ne pouvaient être arrêtées par l’encre des Accords de Libreville, du 11 janvier 2013. Le sursis accordé à François Bozizé fut vite rompu. Le 24 mars 2013, Michel Djotodia Am-Nondroko, ministre de la Défense, réussissait son coup d’Etat avec le concours décisif des seigneurs de la guerre soudano-tchadiens, rompus aux razzias. Sans réaction de l’Union africaine et de l’ONU, la descente aux enfers du peuple centrafricain a été interminable. Elle a été avivée par les massacres interconfessionnels avivés par des bandits, sans foi ni loi, abusivement désignés comme étant musulmans (Séléka) et chrétiens (anti-balaka). Grâce à l’intervention diplomatique puis militaire de la France, la mobilisation internationale a pu commencer, mais une année après les premières hostilités 10. 6 Le premier tour des élections présidentielle et législatives a eu lieu le 23 janvier 2011, avec un taux de participation de 54,04 %. Le Général Bozizé a été réélu avec 64,34 % des voix devant Ange-Félix Patassé (21,43%), Martin Ziguélé (6,80%), Raymond Nakombo (4,61%) et Jean-Jacques Demafouth (2,79%) (Décision de la Cour constitutionnelle du 12 février 2011). 7 Les listes électorales étaient rarement affichées. Le contrôle des votants était souvent bienveillant pour les candidats soutenus par le pouvoir. Sur 4618 bureaux de vote, les résultats de 1262 bureaux n’ont pas été pris en compte. Une vingtaine de parents du Président Bozizé ont été élus députés. 8 Le pasteur Joseph Binguimalé, ancien employé chez Renault, à Boulogne-Billancourt, et ancien chef du garage de l’empereur Bokassa, avait été nommé président de la Commission électorale indépendante. 9 Le rapport final sur les élections de 2011 du PNUD, Bangui, 15 août 2012, 57 pages. 10

 

La Résolution N° 2127 du 5 décembre 2013 du CS de l’ONU autorise l’Opération Sangaris à intervenir en soutien logistique à la MISCA puis, avec la Résolution 2149 du 10 avril 2014, à la MINUSCA. 3 Quelques évidences et inquiétudes peuvent être rappelées avant de s’interroger sur le processus électoral en cours. On peut se demander si la mission de bons offices confiée à la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) est de nature à permettre une consultation nationale conforme aux standards internationaux, alors que ceux-ci sont ignorés dans l’espace CEEAC. La confiance accordée aux présidents du Tchad puis du Congo et maintenant du Gabon pour sortir de la crise centrafricaine n’est-elle pas la marque de la lassitude de l’ONU, de l’Union européenne et de la France envers un pays installé durablement dans la crise ?

 

Les autocraties et la mauvaise gouvernance dans la CEEAC ne la prédestinaient pas à être le relais de l’ONU dans un pays où les notions d’intérêt général et de service public ont disparu depuis des décennies. Même si les prochaines élections centrafricaines sont le produit de paramètres d’un pays en voie de désintégration, on ne peut occulter le contexte si particulier de la CEEAC dans lequel les élections générales sont avant tout cosmétiques. (I- La CEEAC, mal placée pour faciliter la fin de la Transition centrafricaine)

 

Après l’élection présidentielle qui a déclenché la crise nationale au Burundi, les élections en Centrafrique ne vont-elles pas prendre place dans une chaîne d’étincelles qui provoqueront des déflagrations dans la plupart des Etats de la CEEAC ? De même, peut-on se satisfaire des modalités de désignation des autorités de la Transition qui sont loin de répondre aux exigences de légitimité, de compétence et d’intégrité qu’il est normal d’attendre de responsables politiques chargés de mener à bien un processus électoral démocratique ? L’aveuglement bienveillant des responsables du Groupe international de contact (GIC-RCA) et la cécité sélective de ses représentants à Bangui (G8-RCA)11 a permis au premier chef de l’Etat de la Transition, Michel Djotodia Am-Nondroko, de ruiner l’économie et de rompre l’unité nationale. Quant à son successeur, Catherine Samba-Panza, elle a bénéficié d’un quasi blanc-seing, ce qui lui a permis de jouer le rôle d’une présidente de la République, que ne lui reconnaissait pas la Charte constitutionnelle de la Transition, et d’engager l’Etat pour le long terme12.

 

Le pouvoir exécutif de la Transition a vite perçu son intérêt de faire durer cette période exceptionnelle, dans laquelle l’exercice du pouvoir est sans aucun contrôle. Pour les autorités de la Transition, le retour à un ordre constitutionnel favorisant la restauration d’un Etat de droit et l’organisation d’un processus électoral crédible ne paraissent pas avoir le même degré d’urgence que celui que partagent l’ONU et la France. (II- Une Transition peu réactive et qui s’éternise) 11 Le GIC-RCA a été créé à Brazzaville, le 3 mai 2013. Il est co-présidé par la Commission de l’Ua et le Congo. Les membres sont les Etats de la CEEAC, l’ONU, l’Ue, l’OIF, l’OCI, les Etats Unis d’Amérique et la France. Une structure réduite de coordination appelée G8-RCA se réunit périodiquement à Bangui pour assurer la préparation et le suivi du GIC-RCA. Le G8 est présidé par le Médiateur de la CEEAC, Denis Sassou-Nguesso tandis que le rapporteur est le Secrétaire général tchadien de la CEEAC. 12

 

A titre d’exemple, citons le décret du 24 août 2015 attribuant, après appel d’offres international, une concession d’exploitation forestière, portant sur 270 000 hectares, accordée au Groupe Rougier, pour une durée de 25 ans. 4 Comme la plupart des opérations onusiennes de maintien de la paix, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA) pèse peu sur la sécurisation du pays et se limite à un aspect « ordre public » minimum, en négligeant les volets politique et développement économique et social. Les causes de l’insécurité sont toujours présentes, aussi est-il illusoire d’attendre que « l’incendie » s’éteindra de lui-même. Les seigneurs de la guerre règnent sur leur territoire et continuent de s’enrichir en toute impunité, les milices devenues des gangs criminels ne sont pas désarmées, le programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) n’est pas financé, le commerce des armes est florissant, les sites aurifères et diamantifères sont contrôlés par des rebelles avec des connexions étrangères et les commandants des régions militaires, ex-Séléka nommés par Michel Djotodia, continuent à pratiquer la prédation et à imposer leur tyrannie sur les populations13 .

 

Constituée de bric et de broc, avec des contingents disparates et souvent non francophones, frappée par des scandales à répétition, la MINUSCA apparaît de plus en plus aux yeux des Centrafricains comme une armée d’occupation. N’est-il pas temps de constater que le vieux logiciel onusien de sortie de crise, avec la mise en place d’une traditionnelle et onéreuse opération de maintien de la paix, qui ne met pas fin à l’insécurité, et l’organisation d’élections générales, qui ne débouchent pas sur une gouvernance démocratique, ne donne pas les résultats escomptés ? Le processus électoral mis en place, avec l’appui de la MINUSCA et des rares partenaires de la Centrafrique, fait clairement apparaître l’impéritie de la MINUSCA et l’incurie des autorités de la Transition. (III- Un processus électoral mal maîtrisé et irréaliste) Les élections centrafricaines, sans cesse repoussées, ne vont-elles pas voir s’éloigner davantage les espoirs d’un début de transition démocratique et plonger le pays dans une tragédie sans fin 14 ? 13 Le décret N°13-406 du 8 octobre 2013 portant nomination des officiers aux différents postes de responsabilité dans les régions militaires, signé par Michel Djotodia et Maître Nicolas Tiangaye, nomme les commandants des régions militaires.

 

Tous ces commandants de régions militaires sont d’anciens chefs de l’ex-Séléka. La plupart sont toujours en poste, en septembre 2015. Certains se sont signalés par leurs atrocités, notamment dans l’Ouham, l’Ouham-Pendé, le Nana-Gribizi et la Ouaka. Le commandant Ali Darass n’est pas étranger aux violences qui traumatisent la région de Bambari, notamment en août- septembre 2015. Son arrestation a été réclamée notamment par les Etats-Unis d’Amérique. Le Représentant du Secrétaire général de l’Onu, chef de la Minusca a fait valoir l’absence d’abrogation du décret N° 13-46 pour ne pas procéder à son arrestation… 14 D. Niewiadowski « Les illusions perdues », La revue géopolitique Diploweb, http://www.diploweb.com, 17 Juin 2015. 5 I-

 

La CEEAC, mal placée pour faciliter la fin de la Transition centrafricaine Si d’une manière générale, dans les Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les progrès de la démocratie, avec des élections crédibles et des alternances politiques, sont indéniables15, en revanche, dans les Etats de la CEEAC et plus particulièrement dans la zone CEMAC16, la dévolution du pouvoir ne se fait pas par des élections crédibles, libres et transparentes. Dans cette Afrique centrale, si riche en ressources naturelles et peu atteinte par les changements climatiques, les élections ne sont que des mirages de la démocratie17. Le suffrage universel direct, au niveau national, aboutit aux résultats inverses de ceux que l’on espérait attendre.

 

Au niveau local, le suffrage universel direct est inconnu. I-1 Des élections cosmétiques confortant le pouvoir en place En zone CEMAC, la pérennisation du pouvoir présidentiel au profit d’un clan est une constante. Afin de se maintenir au pouvoir, la plupart des chefs d’Etat pratiquent, sans vergogne, les répressions de l’opposition, les manipulations électorales et les infractions constitutionnelles. Jusqu’à maintenant, les pressions internationales, les menaces de sanctions, les manifestations de la société civile et les alertes des réseaux sociaux ont été vaines 18 .

 

Les risques encourus sont balayés par ces chefs d’Etat, souvent du troisième âge19 , cloîtrés dans leur palais présidentiel ou dans leur village natal. Il est vrai que la présidence à vie les prémunit des comptes à rendre auxquels ils ne manqueraient pas de s’exposer, à l’issue de leur mandat présidentiel. Ce sont pourtant ces mêmes chefs de l’Etat qui ont été missionnés pour guider la Transition politique en Centrafrique et valider un processus électoral devant aboutir à des élections, libres, crédibles et transparentes. 15 Dans la CEDEAO, les élections démocratiques sont de plus en plus nombreuses comme en témoignent les dernières élections au Cap-Vert, au Sénégal, au Ghana et récemment au Nigeria avec des alternances politiques apaisées. 16 La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale est composée du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo, de la Guinée Equatoriale, du Gabon et du Tchad.

 

La CEMAC est membre de la zone franc, ce qui la lie au Trésor français et à l’euro. 17 Voir Vincent Darracq et Victor Magnani « Elections en Afrique : un mirage démocratique » Politique Etrangère, 4/2011, p 838-850. 18 Voir la problématique des élections africaines exposée par Patrick Quantin « Les élections en Afrique : entre rejet et institutionnalisation » CEAN/IEP Bordeaux, 14 P. 19 Les années de naissance des présidents de la CEEAC sont les suivantes : Paul Biya (1933), Pinto Da Costa (1937), Eduardo Dos Santos et Teodoro Obiang Nguema (1942), Denis Sassou-Nguesso (1943), l’ancien président François Bozizé (1946), Idriss Deby Itno (1952), Paul Kagame (1957), Ali Bongo Ondimba(1959) et Joseph Kabila (1971). 6 - Des présidents « hors sol » ignorant les mutations de la société Dans les Etats de la CEEAC, où plus de 50 % de la population a moins de 18 ans, la jeunesse aspire à mettre fin aux présidences à rallonges. Les jeunes, très souvent sans emploi, sont de moins en moins soumis à la fatalité qui règne depuis l’indépendance. Le « printemps arabe » et «le dégagement » de Blaise Compaoré leur ont démontré que des régimes trentenaires pouvaient être balayés en quelques semaines20. Le scénario est maintenant bien connu.

 

Les tentatives de manipulations constitutionnelles font entrer la jeunesse en ébullition ce qui entraîne l’embrasement de la société civile provoquant le départ précipité du chef de l’Etat, constamment réélu. Aujourd’hui, la jeunesse n’est plus isolée et soumise aveuglément à leurs aînés, encore marqués par la période coloniale. Grâce à internet, les jeunes urbains sont connectés aux réseaux sociaux. Ils sont des familiers des ONG internationales humanitaires et de défense des droits de l’homme. Les mauvaises pratiques gouvernementales et les atteintes aux droits de l’homme ont désormais un écho mondial. Bénéficiant de soutiens et de conseils venus des divers horizons de la société civile mondiale, les jeunes réfractaires, structurés horizontalement donc difficilement contrôlables, jouent de plus en plus le rôle joué jadis par les militaires dans le renversement des pouvoirs autocratiques. La politique de paupérisation de l’Armée nationale a certes prémuni les chefs d’Etat d’éventuels coups d’Etat, mais elle les a aussi fragilisés devant des mouvements populaires insurrectionnels.

 

Ces profonds changements ne semblent pas décourager les présidents du Burundi, du Congo, de RDC et du Rwanda de rendre la constitution davantage accommodante, afin de leur permettre de poursuivre leur règne. Il est peu probable que la jeunesse de ces pays accepte encore ces tours de passe-passe. En RDC, le président Joseph Kabila devra compter avec le mouvement Filimbi et au Congo, le président Denis Sassou-Nguesso ne devrait pas négliger le mouvement Ras-le-Bol qui acceptera difficilement un nouveau mandat présidentiel. Comme François Bozizé et Blaise Compaoré ont pu le constater à leurs dépens, les présidents africains en perdition, en raison de leur gouvernance, ne peuvent plus compter sur la France pour éteindre l’incendie et se maintenir au pouvoir21 .

 

En Centrafrique, comme en 2011, les lendemains de l’élection présidentielle risquent de ne pas être de tout repos pour le candidat élu, surtout si celui-ci a un passé politique encombrant, ce qui pourrait constituer un des motifs de mobilisation d’une jeunesse devenue réfractaire. 20 Le mouvement sénégalais Y en a marre, en 2012, et le mouvement burkinabé balai citoyen, en 2014, ont pris une part importante dans l’échec d’Abdoulaye Wade et de Blaise Compaoré dans leur scénario de se maintenir au pouvoir. 21 Dès l’automne 2012, François Bozizé a appelé, à plusieurs reprises, l’aide de la France. L’abrogation, en 2010, des accords de Défense de 1960 et leur remplacement par un accord de partenariat n’autorisait plus une intervention militaire de la France.

 

Avec l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, les relations franco-africaine ont changé de nature avec la suppression du ministère de la coopération, la rétrogradation de la cellule africaine de la présidence, les nominations de diplomates moins africanistes en corrélation avec la montée en puissance de l’influence des officiers généraux en raison des crises au Sahel, dans le Bassin du Lac Tchad, en Centrafrique, en RDC et en Somalie . 7 - Des élections au suffrage universel sans effet sur la mauvaise gouvernance Même si les statistiques sont à prendre avec précaution, on ne peut pas les négliger lorsqu’elles émanent d’une Fondation internationale aussi réputée que Mo Ibrahim et d’une organisation onusienne, non susceptible de manipulations. Ainsi, l’indice de la Fondation Mo Ibrahim 2014, qui mesure la gouvernance dans 52 pays africains, est accablant pour les Etats africains au chevet de la République centrafricaine 22 .

 

Sans surprise, la République centrafricaine prend place au 51ème rang (note de 24,8/100). Elle vient après l’Erythrée (50ème avec une note de 29,8/100) et ne devance que la Somalie, classée dernière (52ème avec une note de 8,6/100). Il est vrai que l’absence de l’autorité de l’Etat sur une grande partie du territoire, la disparition de l’Etat de droit avec un système judiciaire en jachère, une économie en ruine et des droits de l’Homme constamment violés, sont des réalités trop souvent occultées. Le dernier indice de développement humain du PNUD est également révélateur. Sur 188 Etats classés, à l’exception du Gabon (113ème), les Etats de l’Afrique centrale occupent les dernières places23 .

 

En 2015, si elle est encore classée, la République centrafricaine occupera probablement le dernier rang mondial. Les élections dans ces Etats, dont les résultats sont généralement cautionnés par l’ONU et l’Union africaine, n’apportent aucune amélioration dans la gouvernance et dans les conditions de vie de la population. Au contraire, elles permettent aux chefs de l’Etat de se maintenir indéfiniment au pouvoir24. Les prochaines élections centrafricaines, organisées alors que la crise est loin d’être terminée, permettront probablement le retour au pouvoir de politiciens ayant bien assimilé les ressorts d’une élection, dite pudiquement « post-conflit ». La crise pourra repartir de plus belle, alimentée par de nouvelles frustrations et par la reprise des fragmentations de l’unité nationale. 22 Dans le classement 2014 de l’indice de la Fondation Mo Ibrahim, les Etats de la CEEAC occupent les derniers rangs. Seul le Gabon obtient la moyenne de 50/100, mais occupe la 27ème place (51/100) sur 52 pays. Le Cameroun est à la 34ème place (47,6/100), le Congo à la 41ème place (43,4/100), l’Angola à la 44ème place (40,9/100), la RDC à la 47ème place (34,1/100) et le Tchad, à la 49ème place (32,3/100). 23 L’indice de développement humain 2013, publié en 2014, place les Etats d’Afrique centrale aux derniers rangs : la Guinée Equatoriale est 145ème (0,556), le Congo est 146ème ( 0,564), l’Angola est 150ème (0,526), le Cameroun et le Nigeria respectivement 153ème et 154ème (0,504), le Tchad est 185ème (0,372), la République centrafricaine est 186ème (0,341), la RDC est 187ème ( 0,338) tandis que le Niger ferme le classement (0,337). 24

 

En Afrique centrale, les élections sont surtout des artifices permettant de se maintenir au pouvoir. La règle de la limitation du nombre des mandats présidentiels est un antidote pour l’opposition et un calmant pour la communauté internationale. Elle n’est pas respectée. Les années d’accession au pouvoir sont les suivantes: 1975 pour le Président santoméen Manuel Pinto da Costa (avec une interruption de 1991 à 2011), 1979 pour le Président congolais, Denis Sassou-Nguesso (avec une interruption de 1992 à 1997) 1979 pour le Président angolais, Eduardo Dos Santos, 1982 pour le Président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema, 1982 pour le Président camerounais, Paul Biya, 1991 pour le Président tchadien Idriss Deby Itno, 2000 pour le Président rwandais, Paul Kagame, 2001 pour le Président de RDC Joseph Kabila qui succéda à son père Laurent-Désiré Kabila et 2009 pour le Président gabonais Ali Bongo Ondimba qui succéda à son père, Omar Bongo Ondimba, qui avait accédé au pouvoir, en 1967. 8 I-2

 

L’action désordonnée et improductive de la CEEAC Au sein de la CEEAC, les chefs des Etats voisins de la République centrafricaine ont d’abord pris à leur compte la gestion de la crise centrafricaine. Le Groupe international de contact (GIC-RCA)s’est accommodé de cette intervention régionale, sans trop peser sur le suivi de la crise, en se cantonnant dans une politique de prudente réaction. L’implication des présidents tchadiens et congolais s’est vite estompée, à la fois en raison de la mauvaise volonté des autorités centrafricaines et de la priorité qu’ils ont donnée au règlement de leurs problèmes internes qui connaissent une dangereuse escalade. - Les responsables de la CEEAC davantage spectateurs que facilitateurs La CEEAC n’a jamais vraiment maîtrisé la crise centrafricaine.

 

L’initiative de réunir les protagonistes de la crise à Libreville, le 11 janvier 2013, afin de signer un accord politique et un accord de cessez-le-feu, fit long feu. A la suite du coup d’Etat du 24 mars 2013, la Conférence des chefs de l’Etat et de gouvernement de la CEEAC se contenta de la Déclaration de Ndjamena du 18 avril 2013 qui valide l’abrogation de la Constitution de 2004, reconnaît le nouveau pouvoir exécutif et accepte la création d’un Conseil National de la Transition, peu représentatif. Ce n’est que sous la pression de l’ONU et de la France que la CEEAC s’est résolue à obtenir la démission du tandem Djotodia-Tiangaye, totalement discrédité, dans des conditions inédites en Afrique25. Le Conseil National de la Transition (CNT), créé par le pouvoir déchu, fut néanmoins maintenu. La CEEAC ne pesa nullement sur ce CNT, peu représentatif, pour l’élection de Catherine Samba-Panza. Le désintérêt de la CEEAC a surtout été la conséquence du désenchantement du président tchadien Idriss Deby Itno, alors président en exercice de la CEEAC. Le mécontentement du président tchadien envers les autorités centrafricaines, alimenté par d’incessantes accusations sur l’activisme tchadien, se manifesta concrètement par le retrait du contingent tchadien de la Misca, par son mépris envers les autorités centrafricaines 26 et par son effacement au profit du président congolais 27 dont le passé politique et le projet d’accommoder la constitution pour sa réélection ne le prédestinaient pas à devenir le Médiateur international de la crise centrafricaine. –

 

L’échec de la médiation congolaise 25 Sous l’injonction de la CEEAC, Michel Djotodia et Nicolas Tiangaye ont été contraints de se rendre, le 10 janvier 2014, à Ndjamena pour remettre leur démission qui sera validée par les membres du CNT, transportés, de manière comminatoire, à Ndjamena. 26 En marge du Sommet de l’Union africaine de Malabo, le 27 juin 2014, Idriss Deby Itno avait organisé une réunion consacrée à la Centrafrique, à laquelle Catherine Samba-Panza, avait été admise avec beaucoup de réticences et de manière désobligeante. 27 Le 6ème Sommet des chefs de l’Etat et de gouvernement de la CEEAC du 10 janvier 2014, à Ndjamena, a confié la médiation internationale de la crise centrafricaine au Président Denis Sassou-Nguesso. 9 Le président congolais n’a pas eu l’autorité et la confiance qu’avait eues jadis Omar Bongo, dans une précédente médiation. Il est probable que les bons offices de Denis Sassou-Nguesso ne soient pas sans arrière-pensées. Le président congolais a probablement espéré rendre plus flexible la position française dans l’affaire dite des « biens mal acquis » et dans son projet de modification de la constitution congolaise afin de solliciter un nouveau mandat présidentiel. Le président congolais n’a pas eu d’actions décisives pour stopper la spirale des affrontements interconfessionnels. Il ne fut d’aucun secours aux autorités de la Transition pour amorcer un dialogue politique avec les principaux responsables de la Séléka et des anti-balaka. Il fut absent pour la préparation et l’organisation du processus électoral. Il ne pesa pas dans les choix de Catherine Samba-Panza et accepta son diktat dans la nomination de Mahamat Kamoun. L’Accord de Brazzaville du 23 juillet 2014, pour lequel il avait mis tout son poids et mobilisé tous ses réseaux, n’a pas eu les effets escomptés. L’Appel de Rome du 27 février 2015, qu’il avait suscité curieusement avec le concours de la communauté chrétienne Sant’ Egidio, est passé inaperçu. Dans une ultime tentative de réconciliation nationale et avec la mobilisation des autorités kényanes, il avait tenté d’organiser une « paix des braves » entre les ex présidents Bozizé et Djotodia. Sans surprise, l’accord de Nairobi entre les deux principaux protagonistes de la crise centrafricaine ne fut reconnu ni par les autorités centrafricaines ni par le G8-RCA28.

 

Le Médiateur international ne joua aucun rôle dans la préparation et le déroulement du Forum de Bangui de la réconciliation nationale (4-11 mai 2015)29. Le désintérêt de plus en plus prononcé du Médiateur international a donné une grande liberté aux autorités de la Transition, notamment pour la mise en place d’un processus électoral, peu réaliste et source de tensions supplémentaires. II- Une Transition peu réactive et qui s’éternise Depuis la promulgation de la Charte constitutionnelle, le 18 juillet 2013, on était en droit d’attendre des autorités chargées de la Transition qu’elles soient totalement mobilisées pour restaurer l’autorité de l’Etat et pour créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections, aussi crédibles que possibles. Plus de deux années se sont passées et le bilan de la Transition est loin des objectifs qui lui avaient été assignés.

 

Le territoire national est peu sécurisé comme en témoignent les incessantes violations du cessez-le-feu et les violences aussi bien dans les centres urbains que 28 Les chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC, réunis à Addis Abeba le 31 janvier 2015, avaient interdit « toute démarche parallèle pouvant compromettre les efforts en cours de la communauté internationale visant à rétablir la paix, la sécurité et la stabilité en République centrafricaine ». 29 Si Denis Sassou-Nguesso était présent à l’ouverture du Forum de Bangui, en revanche, il renonça aux débats et ne participa pas à la cérémonie de clôture. Il avait été cruellement désavoué par les participants qui ont constaté l’impossibilité de tenir les élections avant le 17 août 2015, alors qu’il prônait encore cette exigence. 10 dans les zones rurales. Les ONG rapportent que les crimes et délits restent impunis, que la route menant de la frontière camerounaise à Bangui est toujours aussi périlleuse et que les multiples enclaves autogérées ou protégées par la Minusca s’installent dans la durée.

 

En dépit des déclarations irréalistes et inopportunes des principaux responsables du GIC- RCA, il était évident que des élections ne pouvaient pas être organisées dans les délais de la Charte constitutionnelle de la Transition 30. Le Forum de Bangui (4-11 mai 2015) a été obligé de constater cette incurie. Il revenait à la Conférence des chefs de l’Etat et de gouvernement de la CEEAC d’examiner la situation et de proposer une nouvelle échéance de la Transition 31. Alors qu’aucun changement n’a été apporté à la gouvernance de la Transition, ce nouveau délai accordé pour organiser des élections crédibles sera-t-il suffisant ? Quelques rappels sur l’exercice du pouvoir par les autorités de la Transition permettent de mesurer les inquiétudes que l’on peut légitimement avoir sur la crédibilité du calendrier électoral proposé et sur le risque d’un nouveau fiasco pour des élections, de plus en plus sujettes à caution. II-1 Un Conseil national de la Transition, peu légitime et en sommeil Le Conseil National de la Transition (CNT) a été constitué sur les bases du nouveau paysage politique créé par le coup d’Etat du 24 mars 2013. Le CNT, faisant fonction de pouvoir législatif, n’est pas une assemblée d’élus de la Nation. Ses 135 membres ont été nommés par deux arrêtés d’avril 201332 du tandem Djotodia-Tiangaye. En grande majorité, les conseillers sont d’anciens compagnons de route des ex-Séléka et des nostalgiques des présidences Kolingba et Patassé. L’article 50 de la Charte constitutionnelle de Transition institutionnalise le CNT mais n’apporte aucune modification, en ce qui concerne les modalités de sa composition33 . Par sa création et sa composition actuelle, le CNT peut difficilement exprimer la souveraineté nationale et engager l’avenir du pays, comme il l’a fait avec l’adoption d’une proposition de constitution34.

 

Sans réaction du GIC-RCA, le CNT a conservé sa composition originelle et le même Bureau. Frappé par un fort absentéisme et largement composé d’opportunistes, peu 30 L’article 102 de la Charte constitutionnelle dispose : « La durée de la Transition est de 18 mois, portée à 24 mois sur avis conforme du Médiateur. En cas de nécessité, la durée de la Transition peut être examinée par la Conférence des chefs de l’Etat et de gouvernement de la CEEAC sur proposition conjointe et motivée du chef de l’Etat de la Transition, du Premier ministre et du Président du CNT… » 31 Par une Décision N°76/CEEAC/CCEG du 30 juillet 2015, au nom de la CEEAC, le Président Ali Bongo Ondimba a prorogé la Transition politique du 18 août 2015 au 30 décembre 2015. 32 Le CNT a été créé par l’arrêté N° 005 du 13 avril 2013 et complété par l’arrêté N°007 du 30 avril 2013. 33 L’article 50 de la Charte constitutionnelle précise simplement que le CNT est composé de « représentants les différentes catégories politiques et socio-professionnelles ». 34 L’article 55 de la Charte constitutionnelle de la Transition lui attribue le pouvoir constituant. 11 motivés par l’intérêt national, le CNT n’a pas exercé le suivi de l’exécution de la Feuille de route de la Transition concernant le processus électoral. Il mettra dix-neuf mois pour proposer, le 16 février 2015, un avant-projet de constitution qu’il adoptera définitivement le 30 août 2015, pour être ensuite soumis à un référendum. Les seules actions législatives notables du CNT concernent l’adoption des lois de finances de l’année, sans véritables modifications des projets de loi gouvernementaux 35, la création d’une Cour pénale spéciale, due au ministère de la justice et aux experts internationaux et la validation législative du code électoral par la loi n°13-003 du 13 novembre 201336 .

 

Le code électoral a été toiletté par la loi n°15-004 du 25 août 2015, afin de tenir compte des difficultés rencontrées dans le processus électoral. Ce texte portant dérogation à certaines dispositions du code électoral concerne essentiellement l’organisation du vote des réfugiés et une actualisation du calendrier électoral. L’article 2 de la loi adoptée par le CNT, promulguée par la chef de l’Etat et publiée sur le site de l’ANE est symptomatique de l’incurie exceptionnelle des autorités chargées de la Transition. Il dispose que « Les présentes dispositions ne s’appliquent qu’aux consultations et élections générales organisées à l’issue de la Transition ». Comme l’expression « à l’issue » signifie « à la fin », peut-on en déduire un machiavélisme non dissimulé des autorités de la Transition ou plus sûrement une incompétence rarissime ? Le CNT a surtout conforté les intérêts personnels des membres du Bureau et servi l’ambition politique de son président qui fut l’un des premiers politiciens à se rallier à Michel Djotodia Am-Nondroko, ce qui lui valut d’être élu président du CNT, dès le 16 avril 201337 . II-2 Un pouvoir exécutif peu consensuel et attentiste Une fois élue par le Conseil National de la Transition38, Catherine Samba-Panza est vite tombée dans les travers du népotisme et du pouvoir personnel. Avec la complaisance du G8- RCA et du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, la chef de l’Etat de la Transition multiplia les nominations et les promotions de parents Banda-Gbanziri et de ses amies de l’association des femmes juristes qu’elle présida pendant quelques années39 . 35 Pour la loi de finances 2015, le CNT n’a adopté que deux amendements et a réaffecté la ligne de crédits de 228 674 euros, initialement prévue pour le ministère du tourisme afin d’« organiser l’élection de Miss Centrafrique 2015 » ! Le ministre du Tourisme sera, par la suite, inculpé de viol sur mineure. 36 L’article 55 de la Charte constitutionnelle impose curieusement au CNT « d’adopter en l’état le projet de loi sur le code électoral convenu par consensus le 21 septembre 2012 ». Afin de tenir compte du nouveau contexte politique, la loi de 2013 sera amendée lors de la session extraordinaire du CNT, en août 2015. 37 Alexandre-Ferdinand Nguendet est devenu musulman sous le nom de Salim Yenguinza. Bien qu’originaire de Bossangoa, fief de François Bozizé, il fut un opposant notoire au général-président. Candidat à la députation à Bambari, en 2011, il fut déclaré battu par la Cour constitutionnelle, alors qu’il était arrivé en tête. Il a été chef de l’Etat intérimaire de la Transition, du 10 au 20 janvier 2014. 38 La présidente de la Délégation spéciale de la ville de Bangui (maire), Catherine Samba-Panza a été élue au deuxième tour de scrutin, le 20 janvier 2014, par 75 voix sur 135. 39 Il est reproché à Catherine Samba-Panza d’avoir placé ses parents ou ses amis(es) dans le gouvernement, à la présidence de la délégation spéciale de la ville de Bangui, aux directions de sociétés 12 L’affaire du « don angolais », l’important contrat signé par un ministre, en dehors des procédures de comptabilité publique40, et la boulimie d’achats de biens immobiliers illustrent les mauvaises pratiques reprochées à Catherine Samba-Panza qui s'est mise dans la peau d'une Présidente de la République, élue de la Nation, qu'elle n'est pas41 . Le quasi « limogeage » du Premier ministre André Nzapayéké, alors qu’il devait rester en fonction jusqu’à la fin de la Transition42 et son remplacement par Mahamat Kamoun ont été faits en prenant des libertés avec la Charte constitutionnelle 43.

 

Le choix de l’ancien directeur de cabinet de Michel Djotodia est loin de faire consensus. En raison de la règle de l’inéligibilité44, le gouvernement est essentiellement composé d’anciens ministres qui avaient fait leur deuil de la vie politique et d’ambitieux, sans expérience, mais proches de la Chef de l’Etat ou du Premier ministre. A l’exception de quelques ministres des secteurs régaliens, dignes d’éloges, le gouvernement ne réunit pas des personnalités politiques compétentes jouissant d’une bonne réputation. Plus grave, plusieurs ministres du gouvernement de Mahamat Kamoun ont leur nom attaché à des affaires qui ont, jadis ou récemment, défrayées la chronique judiciaire. Avec une opposition morcelée et atone, des médias nationaux, peu professionnels et à l’audience quasi confidentielle, des représentants du Groupe international de contact-RCA (GIC-RCA) adeptes de la politique de l’autruche et la CEEAC confrontée à ses propres problèmes, la chef de l’Etat de la Transition et son Premier ministre ont bénéficié de circonstances exceptionnelles pour s’installer dans la durée, en bénéficiant de la manne internationale pour payer les agents publics, restaurer les bâtiments publics et rénover les infrastructures routières et aéroports secondaires.

 

Aucun président centrafricain n’a eu autant de sollicitude, bénéficié d’une telle bienveillante appréciation de l’ONU et de la France et joui d’une aussi grande protection internationale contre tout éventuel mouvement de contestation. d’Etat, dans les administrations financières notamment à la direction générale des douanes et dans les cabinets présidentiel et ministériels. 40 le site de Jeune Afrique publie, le 11 mai 2015, un accord cadre entre le ministère chargé de la sécurité publique et la société Cofrexport, portant sur des équipements d’écoutes et d’interception, en s’affranchissant des règles élémentaires de gestion gouvernementale et des marchés publics. 41 L’article 104 alinéa 1 de la Charte constitutionnelle de la Transition rappelle que « Le chef de l’Etat de la Transition ne porte pas le titre de Président de la République.. . » 42 L’article 104 alinéa 2 de la Charte constitutionnelle de la Transition précise que « Le Premier ministre reste en place jusqu’à la nomination de son successeur par le futur Président élu démocratiquement… » 43 L’article 29 de la Charte constitutionnelle précise : « le Chef de l’Etat de la Transition entérine la désignation du Premier ministre, chef du Gouvernement, conformément à l’Accord politique de Libreville du 11 janvier 2013 ». Le terme « entériner » ne signifie pas « choisir en toute liberté ». 44 L’article 106 de la Charte constitutionnelle rappelle que « Le chef de l’Etat de la Transition, le Premier ministre de Transition, les membres du Gouvernement de Transition et les membres du Bureau du CNT sont inéligibles aux élections présidentielle et législatives, organisées durant la Transition... » 13 II- 3

 

L’embrouillamini, méthode érigée en système de gouvernement Le chemin vers la réconciliation nationale est sinueux et semé d’embûches. La faute en incombe évidemment d’abord aux belligérants anti-balaka et ex Séléka, désormais divisés en factions rivales. Le pouvoir exécutif n’est pas aussi exempt de reproches. L’un des objectifs du pouvoir exécutif, conforté par le CNT, est d’éloigner, autant que possible, la fin de la Transition. Les chausse-trappes, les consultations plus ou moins nécessaires, la multiplication des comités de pilotage ou de suivi, toujours chronophages et budgétivores, et la multiplication de centres de décision concurrents sont devenus un art de gouverner afin de ralentir habilement le processus devant mener à la mise place de nouvelles institutions, après des élections libres, crédibles et transparentes. - La profusion de titres ministériels et un gouvernement-bis Les chevauchements entre les attributions des ministres membres du gouvernement et celles, plus occultes, des ministres-conseillers de la chef de l’Etat et du Premier ministre polluent l’action politique. Le titre de ministre est aujourd’hui porté par une cinquantaine de personnalités alors que le gouvernement Kamoun III, du 20 juillet 2015, est constitué par 32 ministres. Dans ce méli-mélo politique, il est difficile de dégager les responsabilités des uns et des autres et d’apprécier la légalité de leurs actes. Afin de traiter les affaires nationales importantes, comme le dialogue politique, la réconciliation nationale, le DDR, les prises d’otages, l’organisation de réunions nationales comme le Forum de Bangui, la recherche de financements, c’est tantôt le membre du gouvernement en charge du département ministériel concerné, tantôt le ministre-conseiller de la chef de l’Etat ayant compétence sur ce même secteur et même parfois le conseiller sectoriel du Premier ministre qui est chargé de la mission, en l’absence de toute communication interne au sein du pouvoir exécutif. Certains ministres-conseillers de la chef de l’Etat ont davantage de pouvoirs que les ministres du gouvernement chargés de ces secteurs 45 . Ce gouvernement-bis, placé auprès de la chef de l’Etat de la Transition, ne constitue pas une nouveauté. Durant sa présidence, François Bozizé en avait largement abusé46. La cacophonie est d’autant plus forte qu’il n’y a pas un véritable Secrétariat général du gouvernement, organe essentiel du fonctionnement de l’Etat pour la coordination interministérielle, la publication du Journal Officiel, l’harmonisation des politiques publiques et le contrôle a priori de la légalité des actes administratifs.

 

En Centrafrique, le Secrétariat général du 45 Les ministres-conseillers les plus interventionnistes, coiffant les ministres sectoriels, sont Jean-Jacques Demafouth, du DDR, de la Réforme de sécurité et des relations avec la Minusca et Sangaris, Anicet Guiyama-Massogo, chargé du dialogue politique et social, Antoinette Montaigne-Moussa avant son limogeage, qui était chargée de la communication et de la réconciliation nationale et Léon Diberet chargé de l’administration territoriale et du processus électoral. 46 Cf. D. Niewiadowski « La République centrafricaine : le naufrage de l’Etat et l’agonie d’une Nation » publiée dans la revue Afrilex du CERDRADI de l’Université de Bordeaux, le 20 janvier 2014, 67 p. 14 gouvernement ne fonctionne pas depuis des décennies. C’est l’une des causes de la disparition de l’Etat de droit. - .

L’inflation de comités aux compétences concurrentes La création de structures, dites de pilotage ou de suivi, rend encore moins lisible la gouvernance de la Transition et contribue à retarder le processus électoral. Ces comités sont souvent dirigés par des ministres ou ministres-conseillers et permettent d’orienter une partie des financements internationaux. S’il faut saluer la consultation populaire dans les seize préfectures, préparatoire au Forum national de Bangui, en revanche, la préparation et l’organisation de ce forum illustre bien la mainmise du pouvoir exécutif sur le processus de réconciliation nationale. Alors que la Commission préparatoire du Forum faisait consensus, la chef de l’Etat a décidé de la dissoudre et de créer, par des décrets du 3 avril 2015, un comité technique et un présidium chargés de l’organisation du Forum.

 

La nomination de nombreux parents et de proches dans ces structures a suscité un rejet d’une partie de la classe politique et la désapprobation du GIC-RCA. Finalement, la nomination à la tête du présidium du Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Afrique centrale a permis d’éviter le fiasco du Forum national de Bangui. L’imbroglio est tout aussi remarquable dans le processus électoral. Pas moins de cinq structures ont été créées soit environ une centaine de membres. Ces structures sont le comité de pilotage du processus politique de l’après accord de Brazzaville47, le comité de suivi du Forum de Bangui48, le Cadre de concertation du processus électoral49, le comité stratégique de suivi des élections et l’Observatoire national des élections. Ces organes plus ou moins officiels entrent en concurrence non seulement entre eux et avec les services ministériels dédiés au processus électoral mais également avec l’Autorité Nationale des Elections (ANE). II-4 La limitation des pouvoirs de l’Autorité Nationale des Elections L’ANE a été instituée par l’article 6 de la Loi N°13 003 du 13 novembre 2013 portant code électoral50. Pour la première fois en Centrafrique, un organe dédié aux élections est 47 Le décret N°15 005 du 8 janvier 2015 crée le comité de pilotage du processus politique de l’après Forum de Brazzaville. 48 Le décret N°15 201 du 23 mai 2015 crée le comité de suivi du Forum de Bangui. 49 Le Cadre de concertation a été institué par l’article 24 de la N°13-OO3 du 13 novembre 2013 portant code électoral et organisé par le décret N° 14-095 du 29 mars 2014. 50 Le décret N° 14 211 du 24 juin 2014 fixe l’organisation et le fonctionnement de l’ANE.

 

Ses attributions concernent toutes les opérations relatives au recensement électoral, à la préparation, à l’organisation et à la supervision des élections présidentielles et législatives et des consultations référendaires et d’en assurer la publication des résultats provisoires. L’ANE comprend sept membres répartis en trois représentants des pouvoirs publics, deux représentants des partis politiques et deux représentants de la société civile. Ses membres sont nommés par décret pris en conseil des ministres. 15 permanent, indépendant et neutre par rapport à l’administration publique et aux partis politiques. Cette structure, autonome juridiquement et financièrement, dispose de prérogatives de puissance publique et ne peut être dissoute. Son organisation est déconcentrée, en suivant les différents échelons de l’administration territoriale. Ses démembrements sont constitués par les Autorités régionales des élections dans chacune des sept Régions. Les démembrements se poursuivent au niveau des 71 sous- préfectures et des 175 communes avec le contrôle des Autorités préfectorales et communales des élections. Pour les principales ambassades à l’étranger, l’ANE est représentée par une Autorité d’Ambassade des élections. Bien que l’ANE dispose d’une compétence exclusive en matière d’élections, son champ d’activités est, de plus en plus, investi par le gouvernement par le biais des structures ad hoc créées à cet effet. Son autonomie financière, assurée par un trust fund géré par le PNUD, suscite de nombreuses convoitises51 . –

 

L’ANE et le ministère de l’administration territoriale Les démembrements territoriaux de l’ANE peuvent entrer en conflit de compétences avec les structures de l’administration territoriale, sous l’autorité du ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la régionalisation. Ce ministère régalien a toujours été délaissé par la plupart des partenaires de la République centrafricaine52. Déjà avant la crise, la plupart des préfectures et sous-préfectures étaient dépourvues de moyens de fonctionnement, de logistique et de moyens de communication. Les agents de l’Etat ont toujours répugné à rejoindre leur poste d’affectation dans l’arrière-pays, en raison de la faible couverture sanitaire, des problèmes de la scolarisation des enfants et de l’insécurité ambiante. Avec la crise, près de la moitié des seize préfectures, avec leurs sous-préfectures et leurs communes, sont sans représentants de l’Etat et subissent la tyrannie des hors-la-loi. L’ANE bénéficie de moyens matériels, logistiques et de communication inconnus dans l’administration territoriale, ce qui alimente les convoitises. Les agents de l’ANE font également des envieux chez les agents de l’Etat pour le montant de leur traitement, de leurs primes et de leurs avantages. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’au niveau central et dans les circonscriptions administratives de l’Etat, l’ANE se heurte à de nombreux obstacles qui paralysent ou retardent son action. - L’ANE et le Cadre de concertation 51 Dans le cadre du Programme d’appui au cycle électoral (PACEC) du PNUD, un trust fund a été créé avec des contributions volontaires. Sur les promesses des contributions environ 50 % ont été effectivement réalisées, soit environ 20 millions euros.

 

La France (8 millions euros) et l’Union européenne sont les principaux contributeurs. 52 Seule la France, par son assistance technique et ses financements pour des équipements et des formations, apporte un appui au ministère de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la régionalisation. 16 Le code électoral prévoit une structure permettant de rechercher le consensus. Le Cadre de concertation est un « espace d’échanges d’informations et de suivi entre les différents acteurs du processus électoral » 53. Par sa composition favorable au gouvernement54, cette structure n’a pas vraiment joué le rôle qu’on attendait d’elle. Avec son pouvoir de nomination, le Premier ministre a une maîtrise de plus en plus importante sur le Cadre de concertation55 qui est devenu progressivement un organe de contrôle et de proposition de l’ANE. Le Cadre de concertation s’est notamment immiscé dans les attributions de l’ANE en se prononçant contre le vote des réfugiés, en demandant la modification du calendrier électoral et en faisant des propositions d’amendements au code électoral touchant directement l’ANE. –

 

L’ANE et le Comité stratégique de suivi des élections Le Comité stratégique de suivi des élections n’a pas de fondements constitutionnels ou législatifs. Présidé par le Premier ministre, ce comité « stratégique » ne peut que créer la confusion et empiéter sur les pouvoirs d’une autorité légalement constituée, comme l’ANE ou le Cadre de concertation. Il répond à une préoccupation constante, partagée par tous les pouvoirs exécutifs centrafricains, qui est d’intervenir dans un processus électoral afin de peser sur les résultats des élections. Le Comité stratégique de suivi des élections ne se contente pas de publier des communiqués sur l’avancement du processus électoral, il donne également des instructions à l’ANE et valide ses décisions. - L’ANE et l’Observatoire national des élections L’Observatoire national des élections échappe à la tutelle du pouvoir exécutif. Il a été créé, le 15 avril 2010, par un collectif de la société civile regroupant des organisations syndicales, des organisations de défense de droits de l’homme, des communautés religieuses et des associations de défense des minorités. Grâce à ses réseaux, l’ONE publie des rapports dignes d’intérêt qui constituent de véritables alertes concernant la mise en œuvre du processus électoral et apporte un suivi crédible des opérations confiées à l’ANE. III- Un processus électoral mal maîtrisé et irréaliste En Centrafrique, la mise en place d’un processus électoral répondant aux standards internationaux, s’apparente à une course d’obstacles d’autant plus difficile qu’elle se heurte aux problèmes habituels de recherche de financements extérieurs et aux déviances d’une 53

 

Le Cadre de concertation a été institué par l’article 24 de la loi N°13-OO3 du 13 novembre 2013 portant code électoral et organisé par le décret N° 14-095 du 29 mars 2014. 54 Les douze membres du Cadre de concertation sont nommés par décret pris en Conseil des ministres Ils représentent les pouvoirs publics (4), les partis politiques (4) et la société civile (4). 55 Claude Lenga, universitaire et ancien ministre de François Bozizé, a été remplacé à la tête du Cadre de concertation par Célestin Namkpéa, conseiller du Premier ministre, chargé du processus électoral. 17 gouvernance traditionnellement minée par le clanisme, le népotisme et le clientélisme.56 Depuis l’indépendance, seule l’élection présidentielle de 1993 peut être considérée comme ayant été crédible et transparente 57. Il est difficile d’évoquer la précipitation dans la mise en œuvre du processus électoral, car les opérations électorales sont attendues depuis la publication de la Charte constitutionnelle du 18 juillet 2013.

 

Par leurs plus hauts responsables, l’ONU et la France n’ont cessé de rappeler l’urgence de mettre fin à cette parenthèse constitutionnelle qu’est la Transition. Afin d’obtenir une deuxième prolongation de la Transition, il fallait que la chef de l’Etat de la Transition donne des gages pour organiser des élections en 2015. Avec un certain savoir-faire, tous les signaux ont donc été donnés au GIC-RCA pour apaiser momentanément leur impatience. Dans ces conditions, un chronogramme a été adopté, sans véritable concertation et sans références aux expériences passées. Ce chronogramme, peu réaliste, est évidemment la source de nouveaux problèmes et risque de mettre en péril le processus électoral. III-1 Un calendrier électoral improbable Près de deux mois après le Forum de Bangui (4-11 mai 2015), l’ANE a annoncé un projet de chronogramme électoral, le 18 juin 2015. Validé par le Comité stratégique de suivi des élections, ce chronogramme n’a soulevé aucune interrogation de la part de la MINUSCA et du GIC-RCA.

 

Le calendrier électoral initial s’est vite avéré impossible à tenir. Ainsi le recensement qui devait se terminer le 27 juillet 2015 s’est poursuivi en septembre 2015. Le quiproquo des dates du référendum illustre bien le cafouillage proche du bidouillage. D’abord prévu le 4 octobre 2015, le référendum a été curieusement avancé au jeudi 3 septembre 201558, alors que le code électoral précise que les scrutins doivent avoir lieu normalement un dimanche59 . Sans la moindre explication, le référendum a ensuite été remis au 4 octobre 2015. Finalement, comme les autres scrutins, il sera reporté à une date ultérieure. Les dates du scrutin ne sont crédibles que si toutes les opérations pré-électorales ont été correctement accomplies, dans les délais qui leur sont impartis. L’incurie des autorités 56 Cf. D. Niewiadowski « La République centrafricaine : le naufrage de l’Etat et l’agonie d’une Nation » publiée dans la revue Afrilex du CERDRADI de l’Université de Bordeaux, le 20 janvier 2014, 67 p. 57 Le 19 septembre 1993, au second tour, Ange-Félix Patassé l’avait emporté (53 % des voix) sur Abel Goumba, alors que le Président sortant, le général Kolingba, n’avait fait que 12 % des voix au premier tour et était éliminé de ce fait. Le Président Kolingba dut abandonner le pouvoir non sans avoir essayé de refuser le verdict des urnes. La suspension de la coopération française eut raison de cette velléité. 58 La lettre conjointe des autorités de la Transition, du 17 juillet 2015, sollicitant la CEEAC pour une nouvelle prolongation de la Transition mentionne officiellement, pour la première fois, la date du 3 septembre 2015 pour le référendum constitutionnel. 59 L’article 75 de code électoral précise : « Le scrutin a lieu un dimanche et en cas de circonstances particulières, tout autre jour décidé par l’ANE… »

 

Y-avait-t-il des raisons particulières pour avancer d’un mois ce référendum et l’organiser un jour de milieu de semaine ? 18 chargées du processus électoral, favorisée par l’absence de réaction du GIC-RCA et le rôle transparent de la MINUSCA rendent peu probable l’organisation d’élections avant la fin de l’année 2015. Quelques constats permettent d’émettre ces réserves. - L’ANE n’a pas les moyens humains et financiers pour accomplir sa mission. Les démembrements de l’ANE dans plusieurs régions ne sont pas effectifs, surtout au niveau des sous-préfectures et des communes. - La confection des listes électorales n’a pas réellement commencé. Les déplacés et réfugiés ne sont pas recensés. Outre l’insécurité ambiante et les avatars de la saison des pluies, les inscriptions sur ces listes électorales exigent la production de documents officiels dont la plupart des citoyens n’ont plus la possession. Les rares témoignages des chefs de villages et de quartiers ne peuvent pallier cette difficulté. - Les éventuels recours contre l’inscription ou non sur ces listes électorales « qui ne peuvent être consultées que du 2 janvier au 31 mai de chaque année » (article 38 du code électoral) sont des vœux pieux.

 

La confection et la délivrance des cartes d’électeurs « dont la présentation, au moment du vote, est obligatoire et conditionne la participation au scrutin » (article 47 du code électoral) ne semblent pas avoir commencé, sauf si des candidats ont déjà entrepris leur fabrication frauduleuse. L’article 47 nouveau du code électoral prévoit que l’ANE peut « exceptionnellement autoriser les électeurs n’ayant pas reçu leur carte à voter avec leur récépissé» délivré lors de l’inscription sur la liste électorale. Cette dérogation risque d’être la cause de multiples contestations pour fraude documentaire. - Les délais électoraux sont impératifs. Quelques rappels permettront de montrer qu’une course contre la montre devait être engagée. Le code électoral précise que l’enregistrement des candidatures doit arriver à l’ANE « 25 jours au plus tard avant l’ouverture des campagnes pour l’élection présidentielle… et 25 jours au plus tard avant l’ouverture des campagnes pour les élections législatives » (article 53 nouveau du code électoral). La campagne électorale dure 14 jours et elle est close 24 heures avant le jour du scrutin. La convocation des électeurs pour les scrutins se fait par décret pris en conseil des ministres, sur rapport de l’ANE. Le délais de convocation des électeurs ne sont pas uniformes et peuvent prêter à confusion. Ainsi l’article 60 du code électoral pose la règle, pour tous les scrutins, que « les électeurs sont convoqués au moins 60 jours avant le jour du scrutin» mais l’article 118 nouveau précise que pour l’élection présidentielle «les électeurs sont convoqués au plus tard 45 jours avant le jour du scrutin » tandis que l’article 163 nouveau, concernant le référendum, prescrit, lui, que « les électeurs sont convoqués au plus tard 30 jours avant le jour du scrutin ».

 

Tous ces délais exigent un calendrier fixe et harmonisé, approprié par toutes les parties prenantes. Force est de constater qu’avec les retards accumulés, ces formalités pré- électorales peuvent difficilement être accomplies dans les délais impartis60 . 60 La convocation pour l’élection présidentielle est précisée à l’article 118 nouveau du code électoral : « Sur rapport de l’ANE, les électeurs sont convoqués par décret pris en conseil des ministres au plus tard 45 jours avant la date du scrutin ». Pour le référendum, l’article 163 nouveau du code électoral précise « Sur 19 - Avec l’accord de la CEEAC, la Transition politique doit désormais s’achever le 30 décembre 2015. Aux termes de l’article 119 du code électoral «l’élection présidentielle a lieu 45 jours au moins avant le terme de la Transition ».

 

Ainsi le second tour de l’élection présidentielle ne peut normalement avoir lieu après le 15 novembre 2015. Sauf à méconnaître le droit applicable et à faire preuve de béatitude, il est désormais admis que le nouveau calendrier électoral pourra difficilement tenir dans un trimestre. III-2 Un recensement électoral sujet à polémiques Le recensement électoral a été annoncé le 19 juin 2015 pour être organisé du samedi 27 juin au lundi 27 juillet 2015. Bien que cette durée d’un seul mois soit totalement irréaliste, ces dates initialement retenues ont néanmoins été saluées par la MINUSCA et le G8-RCA.

 

N’était-il pas de notoriété publique que les données du précédent recensement de 2010 avaient été largement détruites, lors des événements de 2013-2014 ? Des dizaines de rapports d’ONG rappelaient que près de 500 000 citoyens centrafricains sont devenus des réfugiés à l’étranger ou des exilés politiques et qu’environ 400 000 déplacés avaient quitté leur domicile pour se réfugier en brousse ou dans des camps. Evidemment ces citoyens n‘ont plus de documents d’identité et ne peuvent être recensés sans le recours à des témoignages, rendus quasiment impossibles, étant donné leur éloignement de leur lieu habituel de résidence.

 

De manière informelle, au gré des situations locales, le recensement a dû être prolongé, sans limitation de durée, remettant ainsi en cause le calendrier électoral. - Les difficultés rencontrées sur le territoire national L’insécurité dans les zones rurales et les pics de violence dans les centres urbains, la saison des pluies et l’impraticabilité des pistes, la grève des agents recenseurs non indemnisés, les défaillances des appareils photos servant à l’identification des électeurs, le nombre insuffisant des formulaires de recensement, l’absence des autorités de l’Etat ont affecté les opérations de recensement. Si l’enrôlement des citoyens semble avoir été à la hauteur des espérances à Bangui et, dans une moindre mesure, dans les huit préfectures de l’Ouest61, en revanche, comme cela était prévisible, les huit préfectures de l’Est, largement sous la coupe des hors-la-loi, ont été peu concernées par ces opérations pré-électorales62. Des dizaines d’enclaves, incontrôlées par l’administration, ont également été exclues du recensement. Il va de soi que l’ANE ne peut organiser ses démembrements dans ces zones de non-droit. Cette rapport de l’ANE, les électeurs sont convoqués par décret pris en conseil des ministres au plus tard 30 jours avant la date du scrutin … » 61

 

La Rapporteuse générale de l’ANE, Mme Marie-Madeleine Nkouet, a annoncé qu’à la date du 4 août 2015, il y avait 511 671 inscrits sur les registres électoraux pour la ville de Bangui et les 8 préfectures de l’ouest du pays. A Bangui, il y avait 314 743 inscrits et dans les 8 préfectures de l’ouest 196 928 inscrits. En revanche, dans les huit préfectures de l’Est, le recensement n’avait pas vraiment commencé. 62 Pour le recensement de 2010, 17 000 agents recenseurs avaient été recrutés pour 4 429 postes et centres de recensement. En 2015, les agents recenseurs ne sont que quelques milliers et de nombreux centres de recensement sont fermés pour causes d’insécurité et de défaillances des démembrements de l’ANE. 20 amputation du corps électoral n’est-elle pas le germe des futures contestations des résultats des scrutins ?

 

Même si la biométrie a été abandonnée, en raison de son coût excessif, il faut constater que des progrès ont été réalisés dans l’identification des électeurs, par rapport au précédent recensement électoral de 2010. Les appuis financiers extérieurs ont permis l’établissement de cartes d’électeur informatisées avec une photo d’identité. Néanmoins, la possibilité, désormais reconnue par le code électoral, de produire un récépissé d’inscription sur une liste électorale, à défaut de carte d’électeur, peut annihiler ces progrès dans l’identification des électeurs. Les agents recenseurs ont été recrutés avec précipitation, sans vérifier leur aptitude. L’illettrisme des agents recenseurs n’est pas rare. Leur formation a été rapide, superficielle et sans directives. Leurs indemnités de formation et leurs per diem se font attendre, engendrant des mouvements de grève.

 

Le mauvais fonctionnement des appareils photo pour l’identification des recensés, les carences dans la fourniture des formulaires d’enrôlement, l’absence des représentants locaux de l’ANE et des partis politiques ont été particulièrement relevés par l’Observatoire national des élections63 . - La question du vote des réfugiés centrafricains Selon les données du Haut-Commissariat aux Réfugiés (UNHCR), au 22 juillet 2015, il y avait 462 191 réfugiés hors de Centrafrique dont environ 21 % pourraient voter64 . La question du vote de ces réfugiés a été posée, le 30 juin 2015, à la suite d’un amendement pris par le Conseil National de la Transition, retirant le droit de vote aux réfugiés, en dérogation aux dispositions de la loi n°13-003 du 13 novembre 2013 portant code électoral. On peut s’étonner de constater que cette question ait été posée après le début du recensement électoral. Les autorités de la Transition avaient largement le temps de régler cette question préjudicielle. Cette incurie est symptomatique de la gestion au jour le jour d’une Transition, sans directive du G8–RCA et sans intervention de la MINUSCA et de ses experts en processus électoraux. Afin de rétablir la paix et de ne pas compromettre la réconciliation nationale, les Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies 2149 (2014) et 2217 (2015) n’envisagent pas d’autre solution que des élections démocratiques et inclusives.

 

Saisie par une requête de la chef de l’Etat, le 10 juillet 2015, soit 17 jours avant le terme initial du recensement électoral, la Cour constitutionnelle de la Transition a décidé que l’amendement du CNT n’était pas 63 Rapport préliminaire de l’Observatoire National des Elections du 14 août 2015 concernant l’enregistrement des électeurs sur la liste électorale de l’aire géographique I (Bangui) 64 Le rapport de l’UNHCR du 22 juillet 2015 précise que les 462 191 réfugiés centrafricains se répartissent comme suit : 247 596 (53,8 %) au Cameroun, 97 195 ( 21 %) au Congo, 92 539 ( 20 %) au Tchad et 24 866 ( 5,4%) en RDC.

 

Les déplacés à l’intérieur de la Centrafrique seraient 368 859 et 30 186 seraient encore déplacés dans Bangui. 21 conforme à la Charte constitutionnelle du 18 juillet 201365. En application du principe de l’autorité de la chose jugée, le CNT a été contraint de retirer son amendement66, à la fois anticonstitutionnel et non conforme aux Résolutions précitées du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Avec l’accord des Etats concernés et le concours de l’UNHCR, il faudra désormais, entreprendre le recensement électoral des réfugiés et prévoir les modalités de leur participation aux scrutins référendaire et présidentiel. La prolongation de la Transition se révélera probablement trop juste pour la réalisation de ces opérations chronophages. III-3 Des consultations électorales à risques

 

La fin de la Transition est subordonnée à l’organisation de trois scrutins, avec deux tours pour les élections présidentielle et législatives. D’ores et déjà, le calendrier électoral, proposé en juin 2015, s’avère obsolète. Les nouvelles dates des élections seront difficilement compatibles avec l’échéance du 30 décembre 2015. Un nouveau report des élections ou, pire, des élections tournant à la mascarade, engagera la responsabilité des autorités de la Transition. Cette fois- ci, le déni des réalités des communicants de la MINUSCA et du G8-RCA risque de devenir insupportable au peuple centrafricain et plus particulièrement à sa jeunesse. - Un référendum constitutionnel mal préparé et prématuré La première consultation populaire est le référendum constitutionnel, comme l’a confirmé la Cour constitutionnelle de Transition dans une Décision n° 005/15/CCT du 15 avril 201567.

 

La préparation de ce référendum suscite une indifférence générale car la classe politique a les yeux rivés sur l’élection présidentielle, mère de toutes les prébendes. Seule l’élection présidentielle semble être considérée comme digne d’intérêt par les medias, les partis politiques, l’ANE, les autorités de la transition et le GIC-RCA. Pourtant l’organisation du référendum ne saurait être prise à la légère. Plusieurs conditions préalables doivent être satisfaites. Le projet de constitution soumis au référendum doit faire l’objet d’une publication. L’ANE devra avoir terminé toutes les opérations pré-électorales. Avec le concours de la MINUSCA, le ministère chargé de l’administration du territoire devra préparer le scrutin avec la fourniture du matériel électoral, la formation et la désignation du personnel responsable du scrutin et de son dépouillement.

 

Les délais d’organisation du 65 Dans sa Décision N°008115/CCT du 20 juillet 2015, la Cour constitutionnelle a tenu à préciser « que si les situations complexes du moment mettent en relief les difficultés du vote des citoyens centrafricains déplacés et réfugiés, cette question d’organisation technique et matérielle ne permet pas de dénier aux citoyens centrafricains qui ont craint pour leur vie, leur droit de vote, énoncé à l’article 20 alinéa 6 de la Charte constitutionnelle de Transition du 18 juillet 2013 et réaffirmé fortement par les recommandations du Forum de Bangui du 11 mai 2015 (page 26) ». 66 Le CNT a rétabli le droit de vote des réfugiés, le 20 août 2015, par 60 voix contre 57 67 La Décision N° 005/15/CCT du 15 avril 2015 précise : « Le référendum pour l’adoption de la Constitution et les élections présidentielles et législatives doivent être organisées pendant la période de la Transition…

 

La séquence des scrutins se présente comme suit : le scrutin référendaire pour l’adoption de la nouvelle constitution, est organisée préalablement aux élections présidentielles et législatives groupées. » 22 référendum étant incompressibles, l’espace-temps réservé aux élections présidentielle et législatives sera particulièrement restreint. Par ailleurs, la transformation du référendum en plébiscite concernant la chef de l’Etat de Transition n’est pas à exclure. Dans ce cas, un résultat négatif ouvrirait un nouveau volet de la crise qui affecte la gouvernance de la Transition. - Les élections présidentielle et législatives et les ambitions personnelles Les élections présidentielle et législatives, désormais couplées comme en 2011, seront, comme d’habitude, une compétition entre des personnalités ayant déjà exercé des responsabilités gouvernementales.

 

La plupart des candidats appartiennent à la classe politique, depuis une vingtaine d’années. La confrontation de programmes politiques, avec des projets de société réalistes, ne sera probablement pas, une fois de plus, au rendez-vous. Les quatre-vingt-dix partis politiques recensés68 sont, pour la plupart, beaucoup plus des clubs de supporters que de véritables partis politiques ayant une idéologie propre et un programme politique consistant. A l’exception de deux ou trois partis politiques, les adhérents sont peu nombreux et leur représentation locale est peu significative. Les partis politiques sont souvent le fruit d’une scission avec le départ d’une personnalité ayant refusé de se plier aux règles d’une organisation partisane, sous la domination d’un président, généralement fondateur. En dehors des périodes électorales, ces partis politiques entrent en somnolence et constituent des plates-formes, dirigées par un fondé de pouvoir. Comme toujours en Centrafrique, les contestations électorales sont vives et elles promettent de l’être avec la trentaine de candidats sur la ligne de départ de l’élection présidentielle. De telles élections vont-elles contribuer à la réconciliation nationale et à la restauration de l’autorité de l’Etat ou vont-elles accentuer les tensions inter communautaires et rallumer les velléités sécessionnistes? - Le découpage électoral et les inéligibilités, sources de contestations

 

Le découpage électoral a été tardif et pose le problème de la représentation des régions du nord-est, beaucoup moins peuplées que les régions de l’ouest. Le décret du 30 août 2015 crée 141 circonscriptions électorales, soit 36 circonscriptions supplémentaires par rapport à la carte électorale de 2011. Si Bangui (16), l’Ouham(15) et l’Ouham-Pendé (15) sont bien représentés, en revanche, la Vakaga (3) et le Bamingui (3) le sont beaucoup moins. Ce découpage ne semble pas avoir pris en compte les importants mouvements de population. En privilégiant la démographie, ce découpage pourrait donner des arguments aux adversaires de l’unité du pays. Alors que les Accords de Libreville de 2013, la Charte constitutionnelle de Transition et les déclarations du GIC-RCA sont sans ambiguïté concernant les inéligibilités aux élections durant la Transition, plusieurs personnalités ont eu une interprétation restrictive de cette 68 La liste des partis et associations politiques a été établie par le ministère de l’administration de territoire, de la décentralisation et de la régionalisation, le 15 juillet 2015.

 

On y relève 69 partis et associations politiques reconnus et 21 partis politiques en cours de reconnaissance. Cette liste est publiée sur le site centrafrique-presse.over-blog.com du 6 août 2015. 23 notion d’inéligibilité. La Cour constitutionnelle a été amenée à dire le droit sur cette question. Dans sa Décision n°010/15/CET du 28 août 2015, la Cour a confirmé l’inéligibilité de Michel Djotodia et de Catherine Samba-Panza, des anciens premiers ministres, des membres des gouvernements, du Bureau du CNT, des juges constitutionnels et du Haut Conseil de la Communication, en fonction depuis le 18 août 2013, date du début officiel de la Transition. Les personnalités récalcitrantes accepteront-elles l’autorité de la chose jugée et cesseront-elles leur contestation qui trouble l’ordre public? Que ces élections aient lieu en 2015 ou en 2016, il faut espérer qu’elles ne débouchent pas sur de nouvelles fractures au sein d’une communauté nationale, traumatisée par deux années de tueries, de pillages et de famines.

 

Conclusion

 

Le regain de la violence et des affrontements communautaires, les obstacles de plus en plus évidents pour un bon déroulement du processus électoral, les rapports des ONG humanitaires et les indices internationaux qui confirment la gravité de la situation laissent présager que non seulement la Transition pourra difficilement se terminer le 30 décembre 2015 mais doivent aussi amener à faire le constat que des élections, dans un tel contexte, ne peuvent enclencher un processus de fin de crise. L’aveuglement hautain et l’interventionnisme impuissant des responsables du GIC-RCA doivent aussi cesser d’être un facteur aggravant de la crise multiforme qui s’installe dans la durée. Il appartient aux Centrafricains, non compromis par un passé politique condamnable, de réfléchir à une sortie de cette crise. A mesure que l’échec de la Transition révélera toute son ampleur, il faut espérer que des initiatives réveilleront le débat politique, atone depuis plusieurs années. Déjà, des collectifs politiques s’organisent et exigent de nouvelles modalités de la Transition 69 .

 

Les difficultés rencontrées dans la préparation des élections ne doivent pas occulter la vraie question qui est de savoir si ce vieux logiciel dit de «sortie de crise », imperturbablement et uniformément appliqué quelles que soient les données de la crise, permettra d’éviter un scénario à la somalienne. Un chef de l’Etat, élu « démocratiquement » mais persona non grata hors de Bangui, et des ministres reclus dans des lieux fortifiés de la capitale pourront, certes, faire encore illusion pour attirer la manne internationale, mais les quatre à cinq millions de Centrafricains continueront de vivre leurs tourments et alimenter les flux migratoires. Ce n’est évidemment pas la création d’un Sénat, venant après l’augmentation de 35 % du nombre des députés, qui permettra de mieux prendre en compte les intérêts des citoyens et des collectivités de l’arrière-pays. 69

 

Un collectif d’une cinquantaine de partis politiques et de plusieurs candidats présidentiables a signé un manifeste, le 5 septembre 2015, réclamant de la fin de l’actuelle Transition et la mise en place d’organes transitoires plus légitimes et mieux contrôlés. 24 Il est difficile de sortir de soixante années d’incurie dans la gestion des affaires de l’Etat. La classe politique, constituée par une centaine de personnalités, est surtout mue par les intérêts personnels immédiats. Les pressions claniques et les assauts des prédateurs patentés contribuent également à développer l’impéritie gouvernementale. Au niveau territorial, la gestion des affaires locales peut être mieux suivie et contrôlée par la population concernée. L’emprise des traditions et l’homogénéité de la population facilitent aussi le consensus dans la désignation des dirigeants. Les actions de développement sont souvent mieux appréhendées et mises en œuvre avec davantage de probité.

 

Au niveau des circonscriptions administratives, les chefs de villages, les chefs traditionnels et les autorités morales peuvent avoir un rôle fédérateur que jouent difficilement les députés, souvent éloignés de leur circonscription électorale et davantage motivés par les affaires nationales et les missions à l’étranger. Un nouveau paradigme doit être recherché. La forme de l’Etat avec une organisation fortement décentralisée, un régime politique plus proche du parlementarisme que du régime présidentiel, des modes de scrutin revisités concernant notamment le suffrage universel indirect et les scrutins de listes à la proportionnelle, l’instauration d’un véritable dialogue politique, la réhabilitation d’une Armée nationale, la mise en place d’une fonction de contrôle avec une Cour des comptes efficiente et des corps d’inspection indépendants du pouvoir, la modernisation de l’action gouvernementale avec un Secrétariat général du gouvernement renforcé par de l’assistance technique et des modalités d’interventions de l’ONU plus novatrices peuvent être des pistes de réflexion, avec le concours des forces vives du pays. L’index mondial 2015 des Etats fragiles et faillis du Fonds pour la paix70, publié le 17 juin 2015, classe la République centrafricaine au 176ème rang sur 178. Le Soudan du sud et la Somalie sont considérés comme étant dans une situation plus critique. Dans ces deux derniers pays, l’Etat a disparu, une partie de la population est en route vers l’Europe et les métastases de l’anarchie se propagent dans les Etats limitrophes. Le temps presse pour éviter un tel scénario en République centrafricaine ./.

 

Le 10 septembre 2015

 

Didier Niewiadowski

 

Ancien Conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France à Bangui (2008-2012) 70

 

L’index des Etats fragiles et faillis a été publié le 18 juin 2015 par le magazine américain Foreign policy et The Washington post. L’index est constitué à partir de 12 indicateurs et 100 sous-indicateurs. L’index prend en compte la légitimité du pouvoir, l’effectivité de l’administration, le respect des droits de l’Homme, les interventions transnationales, la sécurité durable et la pauvreté. La RCA fait partie des quatre pays classés dans la catégorie « very high alert ». 25

 

SOMMAIRE

 

Page I- La CEEAC, mal placée pour faciliter la fin de la Transition

5 I-1 Des élections cosmétiques confortant le pouvoir en place

5 · des présidences « hors sol » ignorant la mutation de la société

6 · des élections sans effet sur la mauvaise gouvernance 6 I-2 L’action désordonnée et improductive de la CEEAC

8 · les responsables de la CEEAC plus spectateurs que facilitateurs

8 · l’échec de la médiation congolaise

8 II- Une Transition peu réactive et qui s’éternise 9 II-1 Un Conseil National de la Transition, en sommeil et peu légitime 10 II-2 Un pouvoir exécutif peu consensuel et attentiste 11 II-3 L’embrouillamini érigé en système de gouvernement

12 · La profusion de ministres et le gouvernement-bis

13 · L’inflation de comités aux compétences concurrentes 13 II-4 La limitation des pouvoirs de l’Autorité Nationale des Élections

14 · L’ANE et le ministère de l’Administration territoriale 14 · L’ANE et le Cadre de concertation

15 · L’ANE et le Comité stratégique de suivi des élections

16 · L’ANE et l’Observatoire national des élections 16 III Un processus électoral mal maîtrisé et irréaliste

16 III-1 Un calendrier électoral improbable

17 III-2 Un recensement sujet à polémiques

19 · Les difficultés rencontrées sur le territoire national

19 · La question du vote des réfugiés et déplacés 20 III- 3 Des consultations populaires à risques

20 · Un référendum mal préparé et prématuré

21 · Les élections présidentielle et législatives et les ambitions personnelles

21 · Le découpage électoral et les inéligibilités, sources de contestations

22 Conclusion 23 26

 

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Rapport Afrique n° 167 du 16 décembre 2010 : de dangereuses petites pierres;

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Briefing Afrique n°96 du 2 décembre 2013 Centrafrique : l’intervention de la dernière chance ;

Rapport Afrique n°219 du 17 juin 2014 :la crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation, 41 p. ;

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Les élections centrafricaines : un nouveau mirage de la démocratie dans la CEEAC par Didier Niewiadowski
Centrafrique-Presse.com
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 16:00

 

 

 

http://www.voaafrique.com/  15.09.2015 14:19

 

Tout mouvement de population déplacée doit se conformer aux règles et principes du Droit International Humanitaire et de la Convention de Kampala, rappellent les Nations Unies.

 

Selon les Nations Unies, l'ensemble de la communauté humanitaire en République centrafricaine (RCA) est préoccupée par l'éviction de 114 personnes déplacées internes (PDI) du site de Saint Jean Gabaladja à Bangui le 12 Septembre.

 

«Je tiens à exprimer ma profonde préoccupation concernant l'éviction de ces 114 personnes», a déclaré le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies en Centrafrique, Aurélien A. Agbénonci, qui est cité dans un communiqué de l’ONU.

 

Tout mouvement de population déplacée doit se conformer aux règles et principes du Droit International Humanitaire et de la Convention de Kampala, a-t-il rappelé.

 

Une solution temporaire a été trouvée pour reloger les 46 ménages sur le site de déplacés internes de Benzvi. Toujours selon l’ONU, neuf autres sites de déplacés à Bangui, abritant plus de 2,700 personnes, sont menacés d’éviction.

 

RCA: l'ONU préoccupée par l'éviction de déplacés à Bangui
Centrafrique-Presse.com
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 15:42

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

CP/SPK#043/2015

 

 

Bangui, le 15 septembre 2015 - La Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA) a été informée le 12 septembre 2015, d’un cas d’allégation d'exploitation sexuelle commis par un civil.

 

La MINUSCA a informé les autorités centrafricaines de cette allégation et le Bureau des services de contrôle interne des Nations Unies a immédiatement pris des mesures pour enquêter sur cette affaire, conformément à la Politique de tolérance zéro du Secrétaire Général Ban Ki-moon sur les actes d’exploitation et d’abus sexuels.

 

La MINUSCA condamne dans les termes les plus forts tout cas d’exploitation et d'abus sexuels commis son personnel. Le Représentant spécial du Secrétaire général, Parfait Onanga-Anyanga, s’est entretenu de ce nouveau cas avec le Haut-commissaire aux droits de l’Homme, Zeid Ra'ad Al-Hussein, et le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous.

 

M. Onanga-Anyanga réitère son engagement personnel et celui de l’Organisation à protéger les droits et la dignité des victimes ainsi qu’à ouvrir rapidement une enquête pour que la justice soit rendue.

 

Actuellement, 17 cas d’allégations d’exploitation et d'abus sexuels commis par le personnel de l'ONU en République Centrafricaine ont été signalés à la MINUSCA. Parmi ces cas, treize impliquent des militaires, l’un porte sur des allégations contre notre police, un cas implique un civil et pour deux autres cas l’identité des auteurs est inconnue. Chaque cas a été documenté et une mission d'enquêtes préliminaires a été lancée pour préserver les preuves.

 

LA MINUSCA INFORMEE D’UN NOUVEAU CAS D’ABUS SEXUEL COMMIS PAR UN CIVIL
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