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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 23:15

 

 

 

 

DES CAUSES DU DESASTRE ET DES PROPOSITIONS EN VUE DE LA STABILISATION ET LA RELANCE ECONOMIQUE DE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE SUR UNE PERIODE DE VINGT QUATRE (24) MOIS EXECUTABLE SUR RESSOURCES PROPRES

 

Avantages du Projet : Simplicité, Réalité, Efficacité

 

Conditions pour sa mise en œuvre et sa réalisation : Esprit de sacrifice, volonté politique

 

PREMIERE PARTIE : DES CAUSES DU DESASTRE

 

I/ INTRODUCTION

 

La RCA peine depuis plus de trente (30) années à se frayer un chemin vers le développement par la faute de ses propres fils qui, mal inspirés ont confondu la gestion d’une Nation à un exercice où seuls comptent l’intérêt personnel, l’essor du clan, de la famille….

 

Depuis lors plusieurs régimes se sont succédé avec pour caractéristiques principales la transmission d’une maladie congénitale à savoir la reproduction des mêmes erreurs des prédécesseurs. Cela est rendu possible par le fait que celui qui prend le pouvoir croyant jouer la carte de la réconciliation reconduit pratiquement les mêmes individus pourtant reconnus comme les acteurs du précédent chaos. Nous ne négligeons pas le poids des partenaires extérieurs (l’ancienne puissance tutélaire principalement et les puissances régionales accessoirement), l’influence des mouvements sectaires (Francs maçons, Rose-croix, …) dans le maintien de cette élite sans vision de développement mais plutôt  occupés à mobiliser tout ce qui peut contribuer à consolider sinon pérenniser leur présence dans les hautes sphères de décision. Ainsi va naître au milieu des années quatre vingt cette nouvelle race d’hommes d’Etat qui vont pendant trente ans ternir l’image de l’intelligentsia centrafricaine par des comportements frisant le ridicule, la bouffonnerie ; ces hommes d’Etat avec petit « h » qui n’ont ni couleur, ni saveur.

 

II/ DU REGIME KOLINGBA (1982-1993)

 

Arrivé à la magistrature suprême de l’Etat à la suite d’un coup d’Etat, le Président Kolingba a géré le pays  sur deux périodes :

 

A/ DE 1982 à 1985

 

Durant cette période, à la tête d’un Comité Militaire de Redressement National (CMRN) composé de militaires, le Président Kolingba en essayant certaines réformes, a su maintenir un certain niveau de vie aux centrafricains, une certaine cohésion nationale car au sein du CMRN, de par sa composition les centrafricains de toutes les régions pouvaient s’y reconnaître.

 

Le « coup d’Etat radiophonique » de 1982 viendra mettre un terme à cette cohésion gouvernementale (nationale). Le reflexe identitaire et ethnique voit le jour et du coup, deux régions non pas des moindres (l’Ouham et l’Ouham-Péndé) seront mis à l’index par le pouvoir à cause des origines des deux présumés auteurs du « coup d’Etat » à savoir François BOZIZE (originaire de l’Ouham) et Ange Félix PATASSE (originaire de l’Ouham-Péndé). C’est la période des purges au sein de l’Administration, de l’armée, du départ en exil de plusieurs fils du pays fuyant la répression. L’instinct de conservation va amener le Président Kolingba à se replier sur sa famille en faisant régner la terreur sur toute l’étendue du territoire, inaugurant ainsi pour la première fois dans l’histoire de la RCA le tribalisme en système de gestion étatique.

 

B/ DE 1985 à 2013

 

C’est dans cette ambiance de terreur, de gestion clanique du pouvoir que Kolingba créera le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC) parti politique avec l’aide des « intellectuels petits bourgeois » essentiellement d’essence universitaires. Ces « universitaires » idéologues  du parti, mal inspirés vont cautionner les dérives tribalistes du régime et le pousser à sa perte. Les villages brulés dans les régions de l’Ouham et l’Ouham-Péndé, les meurtres et assassinats politiques, la gestion calamiteuse des deniers publics au seul profit du clan et des courtisans vont allumer la flamme de la contestation qui aboutira avec l’effet du discours de la Baule à l’organisation des premières élections démocratiques reconnues par tous et qui va porter Ange Félix PATASSE à la tête du pays.

 

   III/ DU REGIME PATASSE (1993-2003)

 

Ancien Premier Ministre de Bokassa, intellectuel de gauche, bon orateur, le Président Patassé a séduit la masse populaire par son discours. Ces atouts ont fait de lui le favori des premières élections démocratiques qu’il a fini par remporter. La gestion du pouvoir Patassé a également été caractérisée par deux périodes :

 

A/ DE 1993 à 1996

 

Cette période a été caractérisée par l’apprentissage de la gestion du pouvoir longtemps convoité et acquis par les urnes. Dans l’euphorie de la victoire populaire, le Président Patassé dans sa volonté de ratisser large a pris dans sa nasse la seconde vague « d’intellectuels » sans vision politique, des revanchards qui voulaient en découdre avec les dignitaires de l’ancien régime. Pendant que le Président prêchait l’unité nationale, il ne faisait  pas fait attention au comportement de son entourage qui par la violence de leur langage, l’arrogance affichée, le mépris des militants du parti l’ayant porté au pouvoir, le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) vont fragiliser ses assises populaires et l’éloigner du peuple. Les discours nationalistes mais qui manqueront cruellement de réalisme surtout envers l’ancienne puissance vont contribuer à isoler son régime du reste du monde. Isolement diplomatique, embargo économique et financier ont ouvert la voie aux premières contestations armées du pouvoir. Remis dans le contexte de l’époque le régime de Patassé serait caricaturé de la même manière que le Président François Hollande le fait pour le Président de transition Djotodjia nous paraphrasons : « le Président Patassé n’a rien pu faire ou à laisser faire », la suite on le sait... Le Président Patassé a montré ses limites par son incapacité à écarter de son entourage les irresponsables, les détourneurs des deniers publics, les partisans de la haine tribale. A titre d’exemple au plus fort de la troisième mutinerie, le Président Patassé réunit toute la classe politique nationale en présence des diplomates et fait la déclaration suivante : « la récréation est terminée ». Il a été chaleureusement applaudi  mais au journal radio télévisé du soir tout le monde s’attendait à la lecture de décret relevant de leurs fonctions les « indélicats » pourtant connus de tout le monde, mais rien…et jamais… décuplant l’arrogance de ces derniers et le mécontentement populaire.

 

B/ DE 1996 à 2013

 

Pour dire vrai, le Président Patassé n’a géré le pays que pendant trois ans (de1993 à 1996). Durant cette période, il réussissait sur ressources propres et sans aides extérieures à honorer les fins du mois aux fonctionnaires de l’Etat. A partir de 1996 à sa chute, l’obsession sécuritaire s’est emparée du régime à partir de la première mutinerie de 1996. Les maigres ressources de l’Etat au lieu de servir aux dépenses essentielles (salaires) ont plutôt servi à renforcer les assises sécuritaires engendrant les premiers arriérés de salaires. C’est dans ce contexte que survient la deuxième mutinerie qui loin d’être corporatiste va s’avérer beaucoup plus politique avec la demande de démission du Chef de l’Etat démocratiquement élu. La destruction du maigre tissu économique, le pillage des entreprises et des unités de production concrétiseront la volonté de couper les seules ressources provenant du paiement des droits et taxes à l’Etat. La troisième mutinerie, le coup d’Etat du 28 Mai 2001, la rébellion  calamiteuse de Bozizé et le coup d’Etat de Mars 2003 vont achever le processus ayant conduit à la chute du régime Patassé.

 

IV/ DU REGIME BOZIZE (2003 à 2013)

 

Présenté comme un « sursaut patriotique », le coup d’Etat du 15 mars 2003 a été désastreux pour l’économie. Le parcours de la rébellion de Bozizé a été jonché de cadavres et de destruction de l’économie centrafricaine : pillage des outils de production (bœufs de culture acheminés au Tchad), destruction systématique des unités de production (usines d’égrenage de coton), des projets de développement dans l’Ouham-Péndé (ACDA, DROP, KAJIMA…). Ce tableau triste une fois de plus va laisser apparaître la faiblesse de la classe politique centrafricaine qui au lieu de jouer son rôle de gardien de la démocratie a plutôt applaudi la prise de pouvoir par Bozizé. Mais très vite, cette classe politique va se rendre compte qu’elle a été roulée dans la farine par Bozizé. En effet le Président Bozizé a laissé croire aux leaders de l’opposition de l’époque qu’en tant que militaire il n’avait pas pour vocation de s’éterniser au pouvoir, mais qu’une fois la tâche de « libération » accomplie il s’engageait à organiser les élections au bout d’une transition de six mois et regagner la caserne. C’est sans compter avec la boulimie pouvoiriste de Bozizé qui, après un coup d’Etat manqué en 1982 à une mésaventure électorale en 1993 (1%), a pu atteindre le même objectif au moyen du raccourci de putsch militaire. Naïfs, ces hommes politiques assisteront impuissants à l’instauration d’une dictature familiale. Gagnés par la faim et la misère, ces « hommes politiques » sans conviction vont se laisser manipuler par Bozizé et sa famille pendant dix ans. Ainsi selon son humeur il pouvait céder un fauteuil de ministre à un membre de l’opposition en vue de fragiliser tel parti politique. Mal inspirés ces « leaders politiques » vont l’accompagner dans la consolidation de sa dictature à travers leur participation aux mascarades électorales de 2005 et 2011.Les « hommes politiques » centrafricains sous le régime BOZIZE sont inconséquents dans leur choix politiques. L’exemple le plus frappant est la mise en place du FARE 2011 (Front pour l’Annulation et la Reprise des Elections de 2011). Comment comprendre que les responsables de cette structure de contestation par excellence qui  officiellement demandaient l’annulation des élections présidentielles, c’est-à-dire ne reconnaissaient pas l’élection de BOZIZE, puissent au cours des réunions publiques convoquées par ce dernier commencer leurs discours par « Monsieur le Président de la République ???… suprême aberration et inconséquence politique ». Il en a été de même pour la cacophonie et le manque de cohésion qu’ils ont affichées pendant les assises du Dialogue politique inclusif de 2008 où un de leur porte parole demandait à la tribune la démission de BOZIZE au nom de l’opposition avant de se retrouver seul avec le démenti des autres partis d’opposition qui avaient compris après coup que la stratégie n’allait pas fonctionner. Le Président BOZIZE ayant pris conscience de cette faiblesse de l’opposition va en profiter au maximum pour installer sa dictature.  Le régime Bozizé est de tous les régimes centrafricains celui qui a bénéficié de l’aide massive de la communauté internationale qui elle également mal renseignée va soutenir un régime vomi de l’intérieur. Toute l’aide extérieure atterrissait directement dans les poches des dignitaires du régime Bozizé et de sa famille. Rassasié ainsi que sa famille et ses proches courtisans, le Président Bozizé s’imaginait que tout allait bien pour le peuple. Le Président Bozizé fait partie de ces dirigeants centrafricains qui aiment à être chanté sinon déifié. Ainsi plus vous faites l’éloge de Bozizé ou de ses enfants, mieux vous êtes assurés d’avoir les miettes. Ce système a contribué à faire émerger cette classe « d’hommes politiques caméléons » qui ont l’art de glisser facilement dans la peau d’un nouveau régime. Bozizé l’apprendra à ses dépens au lendemain de la perte de son pouvoir. L’entêtement, l’arrogance, l’agoraphobie, l’ostracisme et la volonté de noyauter l’administration, l’armée, le milieu associatif, l’opposition afin d’étouffer les différences et les contradictions, la violence verbale et physique vont faire le lit à la séléka et à l’amener jusqu’au palais de la Renaissance où Bozizé est obligé de s’enfuir pour céder sa place à Djotodjia.

 

V/ DU REGIME DJOTODJIA AM NON NDROKO (Du 24 Mars 2013 au 10 Janvier 2014) 

 

A la tête d’une coalition créée de toutes pièces, le Président de transition Michel Djotodjia Am Non Ndroko a pris le pouvoir à Bangui le 24 mars 2013 après une rébellion toute aussi calamiteuse car couteuse en terme de pertes en vies humaines qu’en infrastructures et édifices publiques, privées et religieuses. Lors de sa progression vers Bangui, pendant que ces  « hommes politiques » pactisaient avec la rébellion, nous faisions partie des rares qui manifestions notre scepticisme et émettions publiquement nos doutes quant à la capacité de la séléka à ramener la quiétude au sein de la population. Nous l’avions affirmé clairement au cours de l’interview que nous avions accordé le 27 décembre 2012 à la chaîne de radio BBC, soit deux semaines après le déclenchement des hostilités. Lors de cette interview nous rappelions les évènements qui ont suivi la rentrée le 15 mars 2003 de la meute zaghawas à Bangui et ses conséquences sur la population. Nous étions pour le maintien de la séléka au delà de la ligne rouge de Damara en entendant de voir clair dans la composition de cette structure. Malheureusement la brèche a été ouverture et la séléka a fait son entrée triomphale à Bangui et dans la foulée en affichant son visage hideux. Nous découvrirons que cette coalition n’était composée pour sa partie « forte » que de mercenaires étrangers sans connaissances des us et coutumes centrafricains. C’est cette catégorie de combattants qui a terni l’image de la séléka en multipliant les actes répréhensibles vis-à vis de la population; malheureusement ces derniers continuent de bénéficier de la protection du Chef d’Etat de transition. Comment peut-on comprendre le Chef d’Etat de transition lorsqu’il affirme que ce sont des éléments incontrôlés qui commettent des exactions sur la population civile ? A supposer que cela soit vrai, qu’a-t-il fait pour que les « éléments contrôlés » puissent voler au secours de la population en désarmant les « éléments incontrôlés » ? Pourquoi attendre que la France arrive pour procéder à ce qui devait apparaître comme étant une tâche revenant au Gouvernement de transition et à son chef sinon aux « éléments contrôlés » ? Devant ce constat, le Président de transition doit avoir cette faiblesse d’admettre qu’il y a eu faillite au sommet. Pareille reconnaissance venant de sa part devait le placer en position de Président au dessus de la mêlée  et non de chef de la séléka cherchant chaque fois à justifier maladroitement les actes posés par ces « éléments incontrôlés » qui ont fini par affaiblir son autorité. Or, il y a un leurre qui caractérise ce rythme, notamment les velléités identitaires de ces populations du Nord-Est qui estiment être lésées dans la mise en valeur du territoire et la répartition du revenu national depuis les indépendances à ce jour. Guidée par ce sentiment, la Séléka est parvenue au pouvoir de l’Etat sans projet politique et sans chaîne de commandement d’où les conséquences ci-dessus énumérées. La suite de l’histoire, nous la connaissons…le sommet de Ndjamena… et la chute.

 

  Le mal étant fait et la fracture étant consommé, nous en appelons à tout ceux qui ont encore une parcelle de responsabilité dans ce drame afin qu’un véritable sursaut patriotique puisse enfin nous emporter dans un élan national à recoller les parties. C’est de ça que nous parlerons dans la deuxième partie de notre Manifeste qui n’est autre chose qu’un chapelet de propositions réalistes, débarrassées de convictions politiques, idéologiques et d’intérêts personnels.

 

DEUXIEME PARTIE : DES PROPOSITIONS POUR UNE STABILISATION ET UNE REPRISE DU CHEMIN DE LA CROISSANCE

 

POSTULAT N°1 : « Lorsque vous ne savez où vous allez, rappelez-vous d’où vous êtes venu » Proverbe sénégalais.

 

De l’indépendance acquise en 1960 jusqu’au début des années 70, nous étions un peuple fort, nous avions une armée forte, une économie prospère et enviable dans la sous région. Faisons de cette période notre point de départ.

 

POSTULAT N°2 : Nous ne devons pas miser sur une aide extérieure pour relever les défis qui sont dressés par nous-mêmes sur notre chemin. Cela suppose l’imposition par tous et à tous  les centrafricains d’un esprit de sacrifice et d’une dose de bonne volonté politique.

 

PROBLEME N°1 : LA SECURITE NATIONALE

 

Le format actuel de notre armée a montré ses limites et son incapacité à assurer la sécurité collective. Les causes de la déliquescence de notre armée sont lointaines et nombreuses, mais peuvent être résumées en une seule expression : la corruption sous toutes ces formes de l’élite militaire (galons immérités, détournement des ressources financières et matérielles par l’élite corrompue, fuite de responsabilité de l’élite militaire, concussion avec l’ennemi, manquement au sens de l’honneur, trahison, mission détournée vers la sécurité du Chef de l’Etat au détriment du peuple)

 

SOLUTION AU PROBLEME N°1 : PURGE ET REFONDATION DE L’ARMEE NATIONALE

 

  1. Nous recommandons le reversement dans la fonction publique de tous les officiers qui ont failli à leur devoir depuis le grade de Général jusqu’au grade de Commandant. Ils ont démontré leur incapacité à gérer l’armée comme l’a fait le Capitaine BOKASSA. Ils peuvent être affectés à des fonctions civiles d’Ambassadeurs pour ceux qui en ont l’aptitude, de Préfets, etc.
  2. La reconstitution d’une Armée nationale capable avec l’aide de la France et de la MISCA. Le plus haut gradé aura le grade de Capitaine comme en 1962. Les botanistes savent que lorsqu’un arbre est trop vieux, il faut l’étêter pour permettre aux bourgeons de repousser.
  3.  

PROBLEME N°2 : LE TRAIN DE VIE DE L’ETAT

 

Le problème des dirigeants centrafricains, c’est de vivre comme si la RCA était un Etat normal (trop de célébrations, financement de missions couteuses à l’étranger, …).

SOLUTION AU PROBLEME N°2 : DIMINUER LE TRAIN DE VIE DE L’ETAT ET AFFECTER LES RESSOURCES DISPONIBLES AUX DEPENSES PRIORITAIRES

 

Pour relancer l’économie, il faut prioriser les dépenses destinées : à la sécurisation du pays, à réparer les pistes rurales, à la santé, à la relance de l’agriculture et à l’éducation.

 

PROBLEME N°3 : LA REDISTRIBUTION DES RESSOURCES NATIONALES

 

En Centrafrique, tout le monde croit que le mot réussite rime avec l’accession aux postes de Ministre, de Député, de Directeur Général de société ou encore être fonctionnaire des régies financières. Pire encore on fait croire à la jeunesse que la seule issue qui lui reste est le métier des armes. Une main d’œuvre qui  devait être canalisée vers des activités de production est entraînée pour tuer. Le spectacle désolant des jeunes entrains de courir chaque matin dans les rues de Bangui après le 24 mars 2013 en est une illustration parfaite. Un peu pays peut être fort et respecté sans une armée forte. Le contraire est une porte ouverte vers un régime totalitaire reposant sur la force.

 

 Cette vue est malheureusement vraie en Centrafrique car à force d’injustice dans la redistribution des ressources, nous assistons à une transhumance dans les fonctions administratives et politiques. Les fonctions nobles comme les fonctions enseignante, médicale pour ne citer que celles-là sont abandonnées pour celles citées ci-haut sensées procurer le bien être à son occupant sinon un raccourci vers le bonheur, en sango « nguinza iyo » ou « l’argent rapidement ». La redistribution du revenu national suppose en amont, une bonne maîtrise des deniers de l’Etat d’où l’importance du rôle de l’Inspection générale d’Etat, de l’Inspection Générale des Finances, de la Cour des compte et de la loi de règlement.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°3 : REDUIRE LES ECARTS DANS LES REMUNERATIONS DANS LES FONCTIONS TANT POLITIQUES QU’ADMINISTRATIVES

 

Pour une période transitoire de deux ans, car au bout de cette période, nous espérons une nouvelle ère pour l’essor de l’économie, une réconciliation entre l’élite  et la classe populaire, nous proposons la grille simplifiée suivante :

Fonctions

Rémunération nette simplifiée

Observation

Président de la République

1500000 FCFA

 

Président de l’Assemblée Nationale

1000000 FCFA

 

Premier Ministre

800000 FCFA

 

Ministres

600000 FCFA

 

Députés

500000FCFA

 

Magistrats

500000 FCFA

 

IGE

500000 FCFA

 

IGF

450000 FCFA

 

Directeurs Généraux

400000 FCFA

 

 

Nous avions mis ici en exergue, les hautes fonctions de l’Etat, car c’est l’une des conditions pour restaurer la confiance entre l’élite qui doit conjuguer clairement ici le verbe servir. En effet, comme ils l’affirment eux-mêmes, « ils sont venus servir et non se servir ». Le taux d’abattement applicable à la grille ci-haute doit servir pour corriger les rémunérations dans les autres fonctions y compris dans les sociétés paraétatiques et l’armée nationale.

 

Par contre nous recommandons l’augmentation dans une proportion de 10%, des salaires des enseignants du Primaire et du Secondaire, du corps médical pour redonner vie et espoir à ces fonctions nobles selon une étude et une simulation à faire en tenant compte des effectifs.

 

Le reste sans changement.

 

PROBLEME N°4 : UNE POLITIQUE SANITAIRE MAL ADAPTEE

 

La politique sanitaire menée à l’heure actuelle est favorable aux couches aisées qui sont une minorité dans le pays. Comment voulons-nous ou acceptons-nous dans un pays où les arriérés de salaires sont légion, ou le pouvoir d’achat est faible qu’on puisse instaurer des frais de consultation dans un centre aussi vital que le complexe pédiatrique ? Quelle est la part de ces frais de consultation dans le budget de ce complexe ? Aussi infime qu’elle pourra paraître, elle est sans commune mesure avec le nombre de décès d’enfants qui meurent à leur arrivée au complexe pédiatrique par faute de prise en charge pour le fait que les parents ne peuvent débourser le montant de ces frais de consultation. La notion d’urgence n’existe pas dans cette structure qui ressemble beaucoup plus à un mouroir qu’à un centre de soin.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°4 : RENDRE LES SOINS D’URGENCE ACCESSIBLES A TOUT LE MONDE

 

Dans l’immédiat et pour la période transitoire, nous recommandons la suppression des frais de consultation au complexe pédiatrique et dans les urgences des hôpitaux Communautaire et de l’Amitié. Prévoir une subvention de l’Etat en faveur de ces structures pour pallier à cette suppression.

 

PROBLEME N°5 : LE SYSTEME EDUCATIF N’EST QUE L’OMBRE DE LUI MEME

 

Le système éducatif actuel va dans dix ans produire un déficit chronique en terme de besoin de compétences. La corruption a fait son lit au sein du système à tel point qu’on s’interroge sur la qualité des cadres formés et la crédibilité des diplômes délivrés dans nos centres de formation et universités.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°5 :   REHABILITER LE SYSTEME EDUCATIF

 

Faire de l’éducation nationale une priorité absolue avec un regard spécial sur son administration. Il faut créer les conditions d’une bonne administration de l’éducation nationale par une révision des conditions de travail et du cadre de travail. L’Etat doit se fixer comme objectif la construction sur ressources propres de dix salles de classe par Préfecture et par an.

 

PROBLEME N°6 : L’EXISTENCE D’UN DIVORCE ENTRE LES DIRIGEANTS ET LE PEUPLE

 

Tous les hauts dirigeants du pays une fois nommés ont pour première préoccupation les voyages à l’extérieur dilapidant ainsi les maigres ressources du pays. Mêmes les missions improductives  et sans valeur ajoutée sont financées par le budget national. Les missions à l’intérieur du pays sont négligées. Combien de missions ministérielles peut-on répertorier depuis trente ans dans l’arrière pays ? Ce déficit a provoqué le sentiment d’abandon auprès des paysans. Même lorsque des rares missions sont organisées à l’intérieur du pays, c’est pour dépouiller les paysans de leurs derniers cabris et poulets qui sont sacrifiés pour la réception  du Ministre et autre représentant gouvernemental. La conséquence palpable c’est l’absence de l’autorité de l’Etat et cette absence cède la place aux coupeurs de routes, braconniers et autres bandits d’imposer leur loi. Les fonctionnaires étatiques qui sont affectées dans l’arrière pays (Préfets, Sous Préfets, Commandant de Brigades de Gendarmerie, etc.) vivent dans des conditions tellement méprisables qu’ils manquent de l’autorité devant leur permettre de se placer au dessus de la mêlée. De quelle autorité pourra disposer un Sous Préfet, représentant de l’Etat, lorsque pour faire une tournée dans sa zone de juridiction, il doit quémander le véhicule du commerçant de sa localité ?  Que dire de ceux qui vont en tournée sur une bicyclette ? Beaucoup sont obligés de vivre sur le dos de la pauvre population qu’ils dépouillent de leurs produits agricoles à la moindre occasion. D’où le manque de considération pour ces autorités qui sont le plus souvent victimes d’humiliations et railleries de la part de leurs administrés. Au terme de cette transition, devront être jetées les bases d’un programme de décentralisation et de régionalisation traduit par un transfert effectif de compétence afin de renforcer la proximité entre gouvernants et gouvernés et la mise en valeur des potentialités spécifiques aux régions. 

 

SOLUTION AU PROBLEME N°6 : RECONCILIER LES DIRIGEANTS AVEC LE PEUPLE

 

L’une des raisons de la résurgence de l’insécurité dans l’arrière pays est l’abandon de celle-ci par l’élite politico-administrative qui privilégie les voyages à l’extérieur du pays au détriment des missions à l’intérieur. Chaque membre du Gouvernement doit soumettre son programme de mission dans les seize Préfectures de la RCA ainsi que les résultats attendus. Ces missions doivent être prioritaires et financées pour qu’au moins dans une période d’un mois chaque Préfecture ou Sous préfecture puisse recevoir la visite d’un membre du Gouvernement. Ce sentiment aura pour conséquence de réconcilier le peuple avec ses dirigeants,  de remettre le monde rural au travail et de freiner l’exode rural des jeunes.   

 

PROBLEME N°7 : UN DEFICIT DE NATIONALISME DE L’ELITE POLITIQUE

 

Nous sommes le seul pays de la région où les « intellectuels » ne savent pas défendre les intérêts de leur pays. On accepte tout sans broncher. Comme des bébés, nous avalons tout. Nous bradons tout. Même s’il ne mettait pas en pratique ce qu’il disait, le Président Bozizé avait raison d’affirmer que : « ce sont les intellectuels qui tue la RCA ». Finie la belle époque où Bokassa avant de signer un Accord demandait avant tout aux autres partenaires où se trouvait l’intérêt de son pays. Avec notre génération, c’est le Tchad qui dicte sa loi ; c’est l’Elysée qui fixe les orientations ; C’est le Gabon… L’orgueil national a disparu et c’est l’étranger qui compte. Tapis rouge à la corruption et tant pis pour la République. Beaucoup oublient même que leurs enfants ou petits enfants paieront plus tard  le prix de leur irresponsabilité.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°7 : RALLUMER LA FLAMME DU NATIONALISME

 

Nous estimons que c’est le prix à payer pour recouvrer une certaine respectabilité à l’extérieur. Pour parvenir à attirer l’estime de l’extérieur, le Burkina Faso de Thomas Sankara a retroussé les manches pour démontrer que même les rails des chemins de fer peuvent être remplacés sans aides extérieures. Pour restaurer notre dignité nationale, nous devons apprendre à compter avant tout sur nos propres capacités sans quoi, toute aide du FMI ou de la Banque Mondiale n’y fera rien. Cela passe par notre capacité à innover et à démontrer que certaines valeurs comme l’Unité nationale, l’Amour de la patrie et sa défense sont indispensables à toute mise en œuvre de réformes et n’ont pas de prix.

 

PROBLEME N°8 : LA RELANCE DE L’AGRICULTURE

 

Après avoir résolu le problème de la sécurité, la question reste celle de la relance de l’agriculture. C’est en prévision de cette relance que nous avions privilégié plus haut les économies budgétaires sur les plus hautes rémunérations en termes de sacrifice à consentir et de solidarité nationale en temps de crise.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°8 : SUBVENTIONNER LES AGRICULTEURS

 

Si nous simulons la valeur de l’acquisition d’une paire de bœufs et d’une charrue à 400000 FCFA, l’Etat peut subventionner pour cette période transitoire de deux ans l’acquisition de 1000 paires de bœufs soit quatre cent millions pour les communautés villageoises durement touchées par les pillages de leur cheptel. Ce montant est raisonnable, réaliste et réalisable sur fonds propres pourvu qu’il y ait de la volonté politique.

 

Le même montant pourra être alloué pour l’achat des engrais et des pesticides.

 

PROBLEME N°9 : LE DESENCLAVEMENT INTERIEUR

 

Si nous faisons montre de sérieux et de réalisme nous pouvons chaque année réparer au moins 1000 kilomètres de pistes rurales.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°9 : PRIVILEGIER LES MESURES LES MOINS COUTEUSES

 

Quelle honte que de voir un Etat pour réparer un pont de moins de dix mètres (cas du pont sica-castors)  attendre l’aide de l’Union européenne pour le faire. Nous disposons de bois rares et résistants qui peuplent nos forêts et il fallait simplement les abattre pour en faire des ouvrages d’arts. Commençons par réparer les tronçons devenus impraticables avant de penser aux solutions durables.

 

PROBLEME N°10 : LA RCA EST MALADE DE SES PARTIS POLITIQUES

 

La difficulté de gérer les querelles politiques est le fait des partis politiques. Nous nous interrogeons sur la place et le rôle du Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation dans la gestion des partis politiques reconnus. Les critères objectifs ne semblent pas guider les autorités en charge dudit Ministère dans l’octroi des agréments (Siège social, Composition du Bureau, Représentation nationale, Idéologies défendues, …)

 

A/ DES SIEGES SOCIAUX

 

Beaucoup de partis politiques ne disposent même pas de siège social. Comment peut-on donner la parole à de telles entités, si ce n’est injurier la Démocratie ?

 

 

B/ DE LA COMPOSITION DU BUREAU

 

Beaucoup de partis politiques reconnus peinent même à combler tous les postes de responsabilité prévus dans leurs Statuts, preuve que leurs dirigeants sont des imposteurs à la tête de bureaux fantômes.

 

C/ DE LA REPRESENTATION NATIONALE

 

Beaucoup de partis politiques n’ont de représentation qu’une ceinture qui ne dépasse même pas la limite  de leur famille nucléaire ou leur village. Les causes des crises actuelles trouvent leur origine dans la non prise en compte de cet aspect essentiel pour agréer un parti politique afin d’éviter de tomber dans le piège du repli identitaire avec son corolaire à savoir le régionalisme, le tribalisme…

 

D/ DES IDEOLOGIES DEFENDUES

 

Beaucoup de partis politiques ont cette faculté exceptionnelle de se reconnaître dans tous les pouvoirs politiques qui s’installent en RCA quelque soit leur obédience. Ainsi, dès qu’un régime tombe, ils se replacent automatiquement dans celui qui succède peu importe l’idéologie prônée par le nouveau pouvoir.

 

SOLUTION AU PROBLEME N°10 : REEXAMINER LES DOSSIERS D’AGREMENT DES PARTIS POLITIQUES

 

Le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation doit revoir la liste et les dossiers d’agrément des partis politiques reconnus en vue de juger de leur conformité avec les dispositions de Loi portant Organisation des partis politiques.

 

VI/ CONCLUSION

 

Plus qu’un débat, ce document est ouvert à tout compatriote désireux d’apporter sa contribution à la réconciliation nationale, à la relance de notre économie et à la stabilisation de notre pays et de nos institutions. Il vise à ramener la confiance entre fils et filles du pays. Ce document s’adresse également aux futurs candidats aux élections présidentielles. Nous leur soumettons ce plan de relance et nous leur disons que notre soutien à leur candidature reste conditionné par leur appropriation du présent plan. Il s’agit d’un appel au réalisme économique, à la solidarité nationale à travers une meilleure redistribution des ressources nationales dans un monde caractérisé par les égoïsmes des nations.

 

 En comptant sur nous-mêmes, nous allons donner des gages d’un engagement sérieux et certainement espérer bénéficier de la solidarité internationale qui viendra en soutien à l’effort national.

Fait à Bangui, Janvier 2014

 

 

Sosthène GUETEL DILAMKORO

 

Personnalité politique indépendante

RCA : DES CAUSES DU DESASTRE ET DES PROPOSITIONS EN VUE DE LA STABILISATION ET LA RELANCE ECONOMIQUE par Sosthène GUETEL DILAMKORO

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 19:53

 

 

 

 

 

http://www.camer.be

 

Expert des questions internationales, cet universitaire chevronné, donne des grilles de compréhension sur la démission de Michel Djotodia et lève un coin de voile sur le rôle joué par la France, le Cameroun et les autres pays de la sous-région.

 

Dites-nous professeur, comment analysez-vous la démission de Michel Djotodia, le président de la transition centrafricaine et de son premier ministre Nicolas Tiangai?


Vous voulez parler de la façon dont les deux ont été remerciés et forcés de vider les lieux ou de ce qui adviendra après eux? Dans les deux cas, il est important de préciser que c'est la France et elle seule, qui est à la manœuvre à Bangui et d'ailleurs dans l'ensemble de la sous-région dorénavant. Nous sommes revenus exactement à la situation qui prévalait aux premières heures des indépendances formelles, pour ne pas dire factices.

 

Faut-il comprendre selon vous, que tout est arrangé par la France?


Mais bien évidemment, et il n'y a aucun mal ni aucun doute à cela, eu égard à la fragilité des régimes de la sous-région, et à leur état de gouvernance télécommandé de même que leur absence presque totale de légitimité. Lorsque l'on ne peut pas jurer par son peuple pour tenir son pouvoir de son peuple, on devient prisonnier voire marionnette et esclave des maîtres extérieurs. Appelez cela colonialisme, néocolonialisme ou impérialisme, et dans tous les cas, vous avez raison.

 

Qu'est-ce qui vous rassure tant dans cette affirmation ou du moins cette présentation des choses. On a bien vu que ce sont les Centrafricains eux-mêmes qui ont voté la déchéance des deux dirigeants non?


Voilà où la blague atteint des sommets d'ignominie attentatoire à la dignité, à l'honneur et à la santé mentale pas seulement du peuple centrafricain, mais des peuples africains en général. Je dois d'abord vous dire que Idriss Déby n'est autre chose que le sous-gendarme trouvé par la France ces dernières années, et que ses actions dans l'ensemble, correspondent aux objectifs géopolitiques élaborés par l'Elysée. Ce qui s'est passé à Ndjamena est pitoyable et représente une grossière violation de la souveraineté populaire de la Centrafrique. IL faut bien distinguer entre la notion de souveraineté de l'Etat en tant qu'institution, et la souveraineté populaire en tant que socle d'expression de la personnalité d'une nation, d'une entité territoriale portant des emblèmes sacrés de représentation. On a tout simplement pris en otage des représentants du peuple centrafricain et leur imposé une démarche, un résultat, voulu par le colonisateur impérial, le même qu'hier, et malheureusement le même qu'aujourd'hui.

 

Comment dans ce cas expliquez-vous la passivité ou la collaboration servile des Etats de la Cemac?


De quels Etats parlez-vous encore? Existe-il un seul parmi eux qui jouit encore de la moindre indépendance, de la moindre crédibilité, de la moindre respectabilité? Nous sommes en présence d'un amoncellement de dictatures qui ont perdu toute légitimité et toute liberté d'action au plan national, sous-régional, régional et international. Je vous rappelle que les gens ne se cachent même plus pour montrer à quel point ils dominent le continent et nous traitent en esclaves, à cause de la qualité de nos dirigeants. La réunion, plutôt la mascarade de Ndjamena s'est tenue après une tournée dans les capitales par le ministre français de la Défense venu donner des ordres à ses obligés. C'est tellement humiliant et honteux que j'ai de la peine à en parler.

 

Et le Cameroun dans tout cela, comment expliquez-vous sa position?


La réalité c'est que le Cameroun n'a aucune position, et jouerait même au contraire le jeu de l'épouse dans un mariage polygame qui fait tout pour apparaître tantôt comme la plus belle femme, tantôt comme la plus servile, et tantôt comme la confidente disposée à tout donner, à tout sacrifier de sa dignité et de ses bijoux, mais dans une logique solitaire et particulière. Yaoundé est prête à tout livrer à la France jusqu'à son âme, mais en se montrant par ailleurs insolente, condescendante et distante à l'égard des autres capitales de la sous-région.

 

Quelles sont selon vous les conséquences d'une telle attitude?


C'est effroyable, désolant et porteur à terme de perte totale d'influence. Les positions diplomatiques que nous perdons aujourd'hui seront très difficiles à reconquérir. Il ne suffit pas de se montrer disposé à payer tout le temps des milliards pour les otages français, alors que des éleveurs camerounais sont enlevés tous les jours et personne ne dit rien. Cette politique est très critiquée et ouvrira bientôt un lourd contentieux avec le Nigeria voisin. Nous jouons avec le feu et les lendemains sont chargés de dangers multiples. Par ailleurs, l'image du pays où on glorifie le Blanc en négligeant le Noir est en passe de nous coller à la peau, parce qu’avec consistance, notre président est présent à tous les sommets qui ont lieu en Europe, mais jamais à ceux qui se tiennent en Afrique, quelle qu’en soit l'importance. Voyagez un peu partout en Afrique et vous entendez les commentaires, vous avez honte d'être Camerounais.

 

Concrètement, croyez-vous comme disent certains, que la France tire le Cameroun pas le nez dorénavant?


Mais pourquoi voulez-vous que des constats ne soient pas faits sur la base du comportement de nos dirigeants? Les deux voyages de Fabius à Yaoundé pour repartir avec les otages libérés ont pris l'allure de balade d'un grand patron dans sa ferme privée. Cela, vous ne pouvez pas le contester. Plus grave, la base installée par les Français à Ngaoundéré participe d'un plan de positionnement stratégique plus large avec des projections de long terme cachés qui échappent à la perception immédiate. La France à des plans contingents pour le Cameroun, mais alors lesquels? Nous avons là la preuve de l'Etat de république bananière qui nous colle au dos.

 

Professeur, vous nous descendez complètement avec ce qualificatif de République bananière.


Mais non, pas du tout. Il faut être réaliste. Dans quel pays au monde, respectable, crédible, démocratique et tant soit peu respectueux des sentiments de ses citoyens et citoyennes, peut-on implanter ainsi une base militaire sans passer par un débat devant les instances parlementaires? C'est tout simplement terrible, et ceux qui trouvaient dans ce machin de Sénat un renforcement ou une avancée de la démocratie devraient comprendre une fois pour toute que nous n'avons ni dignité ni démocratie ni représentation populaire. Nous ne sommes rien du tout, parce que tout peut se faire, se décider, se tramer dans le pays sans la consultation directe ou indirecte de la population. C'est le sommet de l'infantilisation du citoyen et de la perdition du destin collectif. Nous sommes dans une dictature et il faut se résoudre à accepter la vérité, sans chercher à l'habiller par des faux semblants.

 

Comment expliquez-vous donc cette nouvelle montée du colonialisme français, en dépit des déclarations sur la mort de la Françafrique ?

Vous êtes libres de rêver de la mort de la Françafrique. Elle ne s'est jamais aussi bien portée et manifestée depuis trente ans. Hollande fait le corrigé de Sarkozy et reste dans une logique de la politique étrangère de la France qui considère l'Afrique comme une contrée de singes et d'attardés qui ne méritent finalement aucune considération. Vous avez bien noté que c'est de Paris qu'on nous annonça les dates des échéances électorales au Mali. La Centrafrique n'est pas une répétition, c'est une normalité, tout comme le sera le Cameroun bientôt.

 

Que voulez-vous insinuer ? Soyez plus clair.


Voyons ! dans un pays en pleine transition, on vous implante une base militaire, qui curieusement, fait le tampon entre le nord et le sud du pays, et vous persistez à ne pas comprendre ce qui se trame. Qui vivra verra. La facilité de la régularité avec laquelle les prises d'otage ont lieu, ajoutées à la disponibilité des rançons, sont révélatrices de trop d'agendas dont la programmation n'est pas gratuite. Personnellement en analyste érudit, j'y vois une étroite relation de cause à effet, c'est à dire entre les évolutions géopolitiques et l'animation des groupuscules officiellement dits terroristes. Il n'est pas exclu que prochainement ces supposés seigneurs de guerre asymétrique viennent chercher leurs proies (otages) plus en profondeur ou plus au cœur, à Yaoundé ou à Douala. Je fais certes confiance à nos diverses forces de sécurité et de défense, mais l'absence de coordination, le sous-équipement, le tribalisme et pire l'indiscipline, les fragilisent cruellement.

 

Que dites-vous enfin de la proposition de placer la Centrafrique sous la tutelle de l'Onu?


C'est une grossière hérésie et une vue trop facile qui ne cadre aucunement avec l'évolution de la gestion des crises. Ceux qui émettent ce genre de propositions font tout simplement preuve soit d'incompétence, soit de complicité avec des forces impérialistes de domination sans rapport avec les intérêts des peuples en souffrance. Le problème sur place n'est pas celui de la mise en cause de la souveraineté territoriale . La situation en Centrafrique résulte de la politique ancestrale d'un maître sectaire, raciste, impérial et glouton, en l'occurrence la France. Depuis le bouffon Bokassa que la France intronisa et fit empereur, personne d'autre n'a de responsabilité là-bas qu'elle. Elle doit assumer et éviter de crier sur les toits qu'elle appelle à l'aide. Nous n'allons pas recommencer une autre conférence de Berlin pour partager l'Afrique. L'idée de tutelle vient de nos juristes, de non historiens et de non diplomates réels qui pressent le pas vers des notions et des concepts classés depuis belle lurette dans les archives.

 

Et ce leadership du Tchad...


Pourquoi ne parlez-vous pas aussi du leadership du Burkina. Compaoré n'est-il pas ou n'était-il pas en Afrique de l'Ouest ce qu’Idriss Déby est aujourd'hui en Afrique centrale? C'est vrai qu'en dépit des critiques, il faut saluer la forte personnalité de ce dictateur qui en vrai guerrier sait se montrer décisif, déterminant et indispensable dans les situations de crise. Malheureusement tant que son pouvoir n'émane pas de la légitimité populaire résultant de l'expression libre du peuple par la voie des consultations électorales libres et transparentes, il reste et restera une potiche, un phénomène aux mains de puissances extérieures qui ont un intérêt à l'utiliser et à l'user comme bras séculier pour des buts et objectifs loin des préoccupations des Tchadiens.

 

Le monsieur magnifie à la perfection, un genre d'homme d'Etat opportuniste qui sait quand même jouer dans le concert diplomatique et obtenir en retour des gains substantiels pour le renforcement de son pouvoir, la garantie de sa longévité. Il a réussi à éteindre Sassou Nguesso, à faire oublier Paul Biya, et à devenir l'ami d'Obiang Nguema dont on connaît la nouvelle auréole nationaliste et panafricaniste. C'est donc tout à fait logique que l'on évoque voire que l'on constate son leadership. Je comprends que les Camerounais le regardent avec une certaine jalousie, hélas!  Déby est un vrai militaire et un chef de guerre dont le seul égal dorénavant sur le continent est Paul Kagamé du Rwanda. Que l'on les aime ou pas, il faut les respecter. C'st aussi cela la démonstration de l'expertise, c'est à dire l'honnêteté sur le jugement porté sur les gens, leurs moyens, leur politique, leurs alliances, leur capacité d'initiative et leurs actions concrètes.

 

Quel est selon vous l'enjeu majeur?


Ecoutez, dans moins de dix ans, tous les régimes, je dis bien tous les régimes sans exception d'Afrique centrale, auront été balayés, soit pacifiquement, ce que je doute fort, soit par la violence, ce qui est à peu près probable compte tenu de leur caractère de poudrière. C'est déjà maintenant que les pions se mettent en place sur le grand échiquier et c'est la seule explication de la base militaire française à Ngaoundéré. Je vous signale qu'il y en a déjà au Gabon, au Tchad et en Centrafrique. Voilà la clé de lecture incontestable, et voilà l'enjeu majeur.

 

© Le Messager : Alain NJIPOU

 

Lu pour vous : CAMEROUN : SHANDA TONME, APRÈS LA CENTRAFRIQUE, « LA FRANCE A DES PLANS CONTINGENTS POUR LE CAMEROUN »

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 19:34

 

 

 

 

Bangui, 13 janvier 2014 (CAP) -  Martin ZIGUELE, Président du MLPC a été élu ce lundi à Bangui Président de l'Alliance des Forces Démocratiques de la Transition (AFDT), plateforme qui regroupe les partis de l'ancienne coalition de l'opposition démocratique, et qui est composé des partis suivants:

 

L’Alliance  pour la Démocrate et le Progrès (ADP)

L’Alliance pour la Solidarité et le Développement (ASD)

La Convention Républicaine pour le Progrès Social (CRPS)

Le Mouvement de Libération du Peuple Centrafrique (MLPC) 

Le Parti Africain pour une Transformation Radicale et l’Intégration des États (PATRIE)

Le Rassemblement Démocratique  Centrafricain (RDC)

L’Union Démocratique du Peuple pour le Progrès (UDPP) 

 

Le Président Louis-Pierre GAMBA, du RDC, Parti de l'ancien Président André KOLINGBA, a été élu Porte-Parole. Martin ZIGUELE succède ainsi à l’ancien Coordonnateur, Me Nicolas TIANGAYE, pour un mandat de six mois non renouvelable. Cette élection est incontestablement une preuve de confiance envers le MLPC et son Président à un moment où la RCA traverse une grave crise et sa classe politique fait l’objet de toutes les critiques et est traitée de tous les noms d’oiseaux.  

Martin ZIGUELE élu Président de l’Alliance des Forces Démocratiques de la Transition (AFDT)

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 19:32

 

 

 

 


BANGUI - AFP / 13 janvier 2014 19h17 - Au moins 97 personnes ont été tuées et plus d'une centaine blessées depuis vendredi dans de nouvelles violences intercommunautaires à Bozoum, dans le nord-ouest de la Centrafrique, a-t-on appris lundi auprès de la Croix-Rouge centrafricaine.


A Bozoum, au nord-ouest, la Croix-Rouge centrafricaine a dénombré depuis vendredi dernier 97 morts, 107 blessés, et 14.000 déplacés, a affirmé à l'AFP le président de la Croix-Rouge centrafricaine (CRCA), le pasteur Antoine Mbaobogo, précisant qu'il s'agissait principalement de civils.


Au moins 912 maisons ont été incendiées, a ajouté le responsable de la Croix-Rouge.

Il y a eu des affrontements entre les (milices chrétiennes) anti-balakas et les Séléka (ex-rebelles majoritairement musulmans) , et comme toujours ce sont les civils qui sont les victimes, a expliqué le pasteur Mbaobogo sans préciser leur nombre exact.

Les évènements se sont produits alors que la plupart des civils manifestaient leur joie après la démission du président (Michel) Djotodia vendredi, dégénérant en scènes de violences entre autochtones et musulmans, a-t-il ajouté.


Par ailleurs, la Croix-Rouge a ramassé depuis vendredi 25 corps à Bangui, et acheminé vers les hôpitaux 26 blessés, et dénombré 5 morts et 100 maisons incendiées à M'Bata (sud-ouest du pays), où des scènes de liesse à l'annonce de la démission de Djotodia ont également dérapé en affrontements entre chrétiens et musulmans

Au total, au moins 127 personnes ont trouvé la mort en Centrafrique depuis vendredi, alors que les estimations partielles de plusieurs ONG samedi faisaient état de huit morts et une centaine de blessés dans la capitale.


Le président Djotodia, accusé par la communauté internationale de passivité face aux violences interreligieuses dans son pays, a démissionné vendredi à N'Djamena sous la pression des dirigeants d'Afrique centrale qui l'y avaient convoqué pour un sommet extraordinaire.


Depuis le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka, dirigée par M. Djotodia, la Centrafrique a été emportée dans une spirale de violences communautaires et interreligieuses sous le regard impuissant des institutions de transition.

 

(©) 

Centrafrique: massacre intercommunautaire dans le Nord-Ouest

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:34

 

 

 

 

RFI   lundi 13 janvier 2014 à 13:42

 

Mardi, les 135 conseillers du Conseil national de transition (CNT) doivent être convoqués pour une session extraordinaire de 10 jours, au cours de laquelle, ils devront élire le prochain chef d'Etat de la Centrafrique, en remplacement de Michel Djotodia. Une élection dont la date n'a pas encore été fixée, mais qui sera supervisée par le médiateur de la crise centrafricaine, le président congolais Denis Sassou-Nguesso. Depuis vendredi, c'est le président du CNT qui assure l'intérim à la tête du pays. Alexandre-Ferdinand Nguendet répond aux questions de Pierre Pinto.

 

RFI : Quelles doivent être les qualités, quel doit être le profil du prochain président de la transition ?

 

Alexandre-Ferdinand Nguendet : Aujourd’hui le pays a besoin d’un compatriote qui a le sens élevé de l’Etat, un rassembleur qui peut fédérer toutes les tendances, pour permettre au pays de retrouver la paix, l’unité et la concorde nationale. En très peu de mots, ce sont ces qualités qui doivent servir de repère pour la future élection dans les prochains jours.

 

Etes-vous candidat vous-même, au poste de chef d’Etat de la transition ?

 

Aujourd’hui, en tant que chef de l’Etat intérimaire, l’urgence pour moi, c’est la sécurité à rétablir. L’urgence, pour moi, c’est la visite que j’ai effectuée sur certains sites, à nos compatriotes qui ont abandonné leur domicile et qui vivent dans des conditions inacceptables. L’urgence pour moi aujourd’hui, est de tout mettre en œuvre avec nos partenaires au développement, pour payer quelques mois de salaire, afin que nos compatriotes puissent reprendre le travail. Et l’urgence pour moi est de tout faire pour que les Centrafricains retrouvent une quiétude totale.

 

Votre candidature est-elle totalement exclue ou est-ce une option envisageable ?

 

La priorité, c’est de savoir ce que je vais faire avec les compatriotes qui continuent à vivre dans des conditions inacceptables ? Qu’est-ce que je vais faire des compatriotes qui ne peuvent pas passer la nuit en toute sécurité ? Qu’est-ce que je vais faire des fonctionnaires qui ne sont pas payés depuis trois, quatre mois ? C’est pourquoi je profite de votre micro pour lancer un appel à une aide budgétaire exceptionnelle, pour permettre au gouvernement de transition de payer les salaires et les bourses des pensions.

 

Dans une adresse à la nation samedi, vous avez promis aux combattants anti-balaka et Seleka qui le souhaitent, une intégration dans l’armée. N’est ce pas un peu rapide de votre part ?

 

Dans mon adresse j’avais apporté la précision : parmi les anti-balaka, nous avons des soldats qui sont régulièrement recrutés dans nos forces armées centrafricaines. Et même parmi les ex-Seleka. Mais ceux qui ne sont pas des éléments recrutés régulièrement parmi nos forces de défense et de sécurité, leurs cas seront appréciés dans le cadre du DDR (le désarmement). C’était le sens de mon message. Et ce message a été suivi, vers la sortie PK9 de Bangui : il y a eu une réconciliation sincère entre les anti-balaka et les ex-Seleka. Donc c’est un signal fort.

 

En annonçant la reprise du programme DDR est-ce que vous n’êtes pas sorti de votre rôle ?

 

Mais ça fait partie des objectifs fixés par la transition. La première crise centrafricaine est l’insécurité. A ce niveau, il est de mon devoir de donner les bonnes orientations à nos compatriotes qui sont concernés par ce programme de DDR pour leur permettre d’avoir une visibilité de la transition, afin que la sécurité puisse revenir au niveau de Bangui, à l’intérieur de Bangui, pour nous permettre d’aller aux élections au plus tard en février 2015. Donc j’y veillerai personnellement, pour que les élections aient lieu au plus tard en février 2015.

 

Pourquoi demandez-vous aussi aux militaires centrafricains, aux FACA, de regagner leur caserne ?

 

La sécurité du peuple centrafricain revient en premier lieu à nos forces de défense et de sécurité. Et cet appel a été suivi. J’ai eu une brève concertation avec tous les officiers généraux. Même ceux qui sont partis à la retraite étaient présents à cette réunion de concertation. Et nous allons approfondir la réflexion, pour nous permettre d’avoir une armée digne de ce nom, pour permettre la refondation de l’armée nationale centrafricaine. C’est de manière ponctuelle que nous sommes assistés en ce moment par nos frères de la sous-région et notre amie de tous les jours, la France. Donc la sécurité du pays revient en premier lieu à nos forces de défense et de sécurité.

 

Vous avez dit que votre objectif c’était de faire tomber la violence et les pillages d’ici une semaine.

 

D’ici une semaine, je vous promets qu’il n’y aura pas un seul coup de feu à Bangui. Le compatriote qui prendra le risque de poser des actes de vandalisme trouvera les forces de défense et de sécurité. Il y aura une réponse appropriée pour ceux qui ne veulent pas respecter le bien des compatriotes centrafricains. Donc l’appel a été suivi et le calme est revenu. Mais ceux qui veulent s’entêter, dans le délai fixé, avec la Misca et les Sangaris, d’ici 72 heures maximum, la gendarmerie et la police vont être impliquées dans le processus de désarmement. Et d’ailleurs, je vais sillonner tous les arrondissements de Bangui pour rassurer les compatriotes. C’est terminé l’anarchie, le chaos, c’est terminé.

Alexandre-Ferdinand Nguendet: «D’ici une semaine, il n’y aura pas un seul coup de feu à Bangui» (RFI)

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:24

 

 

 

 

 

 

13.01.2014 à 08h59( Xinhua )

 

Le gouvernement béninois a accepté d'accueillir sur son territoire, le président dé missionnaire de la Centrafrique, Michel Djotodia, suite à la requê te formulée par les présidents et chefs de gouvernement des pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a déclaré samedi après-midi le ministre béninois des Affaires étrangères et de l'Intégration africaine, le Prof Nassirou Arifari Bako.


S'exprimant devant la presse à l'aéroport international Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou, le chef de la diplomation béninoise a estimé que l'acceptation de l'ancien président centrafricain au Bénin par le gouvernement béninois, s'inscrit dans le cadre de la recherche de solution pour les grands problèmes qui minent la paix et la stabilité dans la région africaine.


"Nous espérons que ce geste du gouvernement béninois contribuera au début de la fin de la grande crise qui déchire actuellement le peuple centrafricain", a-t-il indiqué.


Rappelons que le président démissionnaire de la Centrafrique, Michel Djotodia, s'est marié à une Béninoise, de nom de Chantal Tohouégnon.


Le président démissionnaire de la Centrafrique, Michel Djotodia, est arrivé samedi après-midi à Cotonou, pour un exil politique.

Bénin : Le gouvernement béninois accepte d'accorder l'exil politique à Michel Djotodia

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:10

 

 

 

 

 

 

ADDIS ABEBA, Ethiopie, 13 janvier 2014/African Press Organization (APO)/ -- La Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) poursuit ses efforts tendant à la mise en œuvre effective de son mandat tel que fixé par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA dans son communiqué du 19 juillet 2013 et le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2127(2014) du 5 décembre 2013.

 

Depuis qu'elle a pris la relève de la Mission de consolidation de la paix de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale en République centrafricaine (MICOPAX), la MISCA a pris nombre de mesures pour renforcer sa présence et l'efficacité de son action sur le terrain. C'est dans ce cadre que la MISCA a mis en œuvre une stratégie de sectorisation de la ville de Bangui, en collaboration avec les forces françaises de l'opération Sangaris, pour contribuer à la protection effective de la population centrafricaine. 

 

Le dispositif mis en place a été renforcé à la veille du Sommet extraordinaire de la CEEAC tenu à Ndjamena, les 8 et 9 janvier 2014, lequel a adopté d'importantes décisions visant à faire avancer la cause de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de la réconciliation en RCA. La MISCA se félicite de ce que la situation sécuritaire n'a pas connu la dégradation que certains redoutaient. Il convient, toutefois, de noter que quelques incidents sont intervenus en certaines parties de Bangui, y compris des actes de pillage et de vandalisme, qui ont occasionné des pertes en vies humaines. Mais la MISCA et les forces de l'opération Sangaris ont réussi à contenir la situation. Depuis samedi, Bangui a retrouvé un calme relatif. La MISCA et les forces de l'opération Sangaris conduisent des patrouilles régulières pour rassurer la population. 

 

Dans le cadre des efforts visant à consolider cette évolution encourageante, le Conseil national de sécurité s'est réuni aujourd'hui, à Bangui, à l'initiative du Représentant spécial de la Présidente de la Commission de l'UA. Cette réunion s'est déroulée sous la présidence du Président par intérim, avec la participation des représentants des Forces armées centrafricaines (FACA) et des responsables de l'ex-Seleka et des anti-Balaka, du Représentant spécial de la Présidente de la Commission de l'UA et du représentant du Médiateur de la CEEAC, ainsi que d'un représentant de l'Ambassade de France en qualité d'observateur.

 

La réunion avait pour objectif d'arrêter les mesures relatives à la cessation des hostilités et au désarmement des groupes armés, en prélude aux opérations de démobilisation et de réinsertion. A cette occasion, les représentants des ex-Seleka et des anti-Balaka se sont engagés à coopérer pleinement en vue du désarmement de l'ensemble de leurs éléments. 

 

La MISCA, avec l'appui de l'opération Sangaris et en collaboration avec les nouvelles autorités centrafricaines de la transition, poursuivra les efforts engagés en vue de la restauration durable de la paix et de la sécurité, de manière à permettre aux populations de retrouver une vie normale et aux institutions de transition de reprendre leur fonctionnement.

 

La Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine poursuit ses efforts de stabilisation

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:08

 

 

 

 

 

 

http://observers.france24.com  13/01/2014 / CENTRAFRIQUE

 

La veille de l’annonce officielle de la démission de Michel Djotodia, des hommes de la Séléka ont incendié neuf villages dans le nord-ouest de la Centrafrique. Une stratégie de la terre brûlée de la part des anciens maîtres du pays, selon notre Observateur sur place.

 

 La Centrafrique a entamé une nouvelle période de transition vendredi après la démission du président Michel Djotodia, issu de la Séléka. Alexandre-Ferdinand Nguendet, le président du Conseil national de transition, a deux semaines pour organiser une élection présidentielle et espérer stabiliser politiquement le pays.

 

 La semaine dernière, nos Observateurs dans plusieurs villes de province nous racontaient que les soldats de la Séléka, apparemment livrés à eux-mêmes par leur hiérarchie, étaient devenus incontrôlables.

 

"Des convois venus de Bangui ont affirmé mener des 'opérations de pacification'"

 

Dans la région de Bozoum, la situation s’est aussi dégradée. Les 9 et 10 janvier, des villages, majoritairement chrétiens, ont été dévastés. Selon nos Observateurs, ces exactions auraient été perpétrées par des soldats de la Séléka peu après l’arrivée dans la région d’un haut gradé de la police, proche de l’ancien président, venu de Bangui.

 

 Mercredi [8 janvier], on a entendu des tirs et des cris de joie à Bozoum après l’arrivée d’un contingent d’une petite dizaine de voitures. C’était le convoi d’Adoum Rakis [le directeur général adjoint de la police de Bangui, nommé fin mai par Michel Djotodia, ancien chef des Forces unies pour le changement, un mouvement rebelle opposé à Idriss Déby, le président tchadien, NDLR] qui nous a affirmé être là dans le cadre d’une "opération de pacification" de la région de Bozoum. En fait, il s’agissait d’une opération pour chasser les anti-balaka très présents ici.

 

Dès le lendemain, on a entendu des tirs et vu d’épais nuages de fumée aux alentours. Je me suis rendu le lendemain avec la Croix-Rouge pour constater les dégâts. Près de 700 maisons de villages sur la route entre Paoua et Bocaranga et 600 autres sur la route vers Bangui ont été incendiées. Une dizaine de personnes ont péri dans ces attaques.

 

On ne sait pas bien si cela a quelque chose à voir avec la démission de Michel Djotodia, mais ce qui est sûr, c’est que cette politique de la terre brûlée était préméditée. La preuve : dès le lendemain, ces Séléka avec le DGA de la police sont repartis en convoi vers le Tchad, d’autres vers Bangui en emmenant des civils musulmans avec eux. Ces convois ont été attaqués par des anti-balaka qui ont fait au moins deux morts et une dizaine de blessés.

 

Ces exactions semblent toutefois pour l’instant des cas isolés. D’après nos Observateurs à Ndélé [nord-ouest], Berbérati [sud-ouest], Alindao [est], la situation est calme dans leur ville.

 

 Si vous avez des informations ou des images sur les événements en Centrafrique, contactez nos journalistes : observateurs@france24.com

 

 

 

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.

 

Lu pour vous : En province, la Séléka passe à une "stratégie de la terre brulée"

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:04

 

 

 

 

 

 

Plus de chef d’Etat ni de Premier ministre, des combats intercommunautaires... la Centrafrique est minée par la violence. Ce pays peut-il sortir de la crise? Et comment? Thomas Hofnung, journaliste au service monde de «Libération» a répondu à vos questions.

 

Jérôme. Qui gouverne la Centrafrique?

 

Thomas Hofnung. La question mérite d’être posée. Le pays est censé être dirigé par le président du Conseil national de transition (CNT) Alexandre-Ferdinand Nguendet après la démission, vendredi dernier, de Michel Djotodia. J’ai bien dit censé, car dans la réalité le président par intérim dirige un Etat fantôme. Il n’y a plus d’armée, plus d’administration, plus d’argent. Le pays est dans un état catastrophique. Disons, que ce nouveau chef représente le visage d’un Etat centrafricain à reconstruire.

 

Le pays n’est pas dirigé, les forces de sécurité étrangères tentent pour l’heure de stopper les affrontements quasi quotidiens à Bangui. Pour le reste, la population est livrée à elle-même. Il y a donc urgence à reconstruire un début d’Etat en Centrafrique.

 

Adrien. Comment la Centrafrique va-t-elle pouvoir organiser une élection présidentielle dans un délai si court, alors que le pays est à feu et à sang?

 

T. H. Entamé à l’été dernier, le régime de transition devait courir jusqu’à début 2015, date à laquelle des élections présidentielle et législatives seraient organisées. Mais on est face à un vide total du pouvoir et de l’administration.

 

Effectivement, on peut se demander comment organiser à cette date des élections fiables et transparentes dans un pays à la fois faiblement peuplé et vaste, puisqu’il est plus grand que la France. Le dilemme c’est qu’il faut pourtant aller vite pour mettre fin à ce vide politique qui laisse la place aux groupes armés de toute obédience. Paris voudrait une sorte de compromis: des élections avant la fin de cette année. Difficile de savoir si cette proposition est réaliste. En tout cas, il y a urgence.

 

Gewurzt. Au vu du rôle du Tchad dans la situation en Centrafrique, alors que ce pays est un grand allié de notre pays, peut-on parler de double jeu de la France?

 

T. H. Vous avez raison de pointer les ambiguïtés de la France. Mais, je ne parlerais pas de double jeu. Je pense que la France est quelque part coincée vis-à-vis du Tchad. Elle est sans illusion sur le rôle pour le moins trouble joué par N’Djamena en Centrafrique, mais elle sait bien qu’elle ne peut stabiliser ce pays sans le soutien du Tchad. Par ailleurs, il est vrai que Paris a un besoin crucial de ce même Tchad au Mali. Ce qui explique le silence prudent de la France sur les responsabilités d’Idriss Déby dans la crise en Centrafrique.

 

Yacou68. La France a-t-elle voulu surfer sur le succès relatif de son intervention au Mali pour intervenir en Centrafrique et maintenir son influence militaire et économique?

 

T. H. Je suis d’accord avec la première partie de votre question. La France a sans doute péché par orgueil en Centrafrique suite à ses succès militaires et politiques enregistrés au Mali. Elle a pensé qu’il suffisait d’envoyer 1600 hommes sur, je cite,«une période de quatre à six mois», pour ramener la paix civile en Centrafrique. Ce faisant, elle a gravement sous-estimé la profondeur et l’intensité des haines intercommunautaires.

 

Mais, je ne crois pas qu’elle soit intervenue pour sauvegarder des intérêts économiques qui n’existent pas. Certes, la Centrafrique est potentiellement riche de ses diamants, de son or et de son uranium. Mais ce ne sont pas les Français qui les exploitent, bien au contraire, Areva, qui, un temps, avait été intéressé par l’uranium centrafricain a préféré se désister, au vu du contexte sécuritaire.

 

En revanche, il est clair que Paris cherche à maintenir son influence dans la région et son rang sur la scène internationale. Or, la Centrafrique est nettement dans une zone où Paris peut encore influer sur le cours des événements.

 

Centrafriquedebout. Personne n’est dupe à l’idée que la France ne fait rien sans contrepartie…

 

T. H. Si vous voulez, nous ferons le point dans six mois, et nous verrons si les entreprises françaises ont décroché moult contrats en Centrafrique

 

Centrafriquedebout. Je suis centrafricain, j’ai été à Bangui il y a quelques mois, les musulmans centrafricains n’avaient rien contre leurs frères chrétiens. Ce sont des mercenaires tchadiens et soudanais qui violaient, tuaient, sans impunité sous Djotodia…

 

T. H. Revenant moi-même de Bangui, je dirais que, hélas, ce clivage entre chrétiens et musulmans est aujourd’hui une réalité. Ce qui est terrible c’est que, comme vous le dites, il est très récent. D’après ce que j’ai compris sur place, les deux communautés ont vécu en bonne intelligence depuis toujours. Ce que démontre le conflit actuel, c’est que la concorde et la paix civile sont des vertus éminement fragiles, et qu’on peut, à des fins politiques, manipuler les communautés et les dresser rapidement les unes contre les autres. J’insiste sur ce point, pour moi le conflit en Centrafrique est avant tout de nature politique. Ce qui est en jeu c’est le contrôle du pouvoir.

 

Salomé. Y a-t-il des risques de génocide? Que pensez-vous de la comparaison avec le Rwanda ?

 

T. H. Avant de me rendre sur place, je pensais que le discours distillé par les diplomates, français et américains sur un risque de génocide en Centrafrique était exagéré. Et même que Paris utilisait cette rhétorique pour mieux justifier son intervention militaire. A l’épreuve des faits, il s’avère que la Centrafrique n’en était pas loin. Les communautés étaient tellement exaspérées, ulcérées et révoltées, qu’elles en étaient quasiment à souhaiter le départ, voire plus, de l’adversaire. D’ailleurs, vous avez pu vous-même l’entendre dans des reportages, certains affirment par exemple: «On ne veut plus des musulmans, on ne peut plus vivre avec eux!» On ne peut donc imputer à l’intervention française un risque de massacre à grande échelle qui lui préexistait.

 

En revanche, ce qui est terrible, c’est que dans un premier temps, cette intervention s’est traduite par davantage d’affrontements et de violences sur le terrain. Car le camp anti-Séléka a cru que l’heure de la revanche avait sonné. La comparaison avec le Rwanda ne me paraît donc pas pertinente.

 

N. Quelle portion du territoire est sécurisée aujourd’hui? Y a-t-il toujours des combats, des exactions? Dans quelles zones? Entre quels combattants ?

 

T. H. Il est très difficile de savoir ce qui se passe exactement à l’intérieur d’un pays où les voies de communications sont quasiment inexistantes. En dehors de Bangui, l’armée française est déployée à Bossangoa, où les chrétiens et les musulmans cohabitent plus qu’ils ne vivent ensemble. D’après les informations parcellaires dont on dispose, certaines zones du pays n’ont pas été trop affectées par les violences intercommunautaires.

 

Ce qui est sûr, c’est que partout la population vit dans une grande détresse. Il n’y a plus d’administration, pas de sécurité et l’activité économique, auparavant déjà faible, est quasiment paralysée. On peut dire que le pays tout entier est dans un état de survie. Espérons que le plus dur est derrière lui et que les futures autorités de transition vont réussir à ramener le calme, avec l’aide active de la communauté internationale. Mais, pour terminer, je dirais: rien ne sera possible sans la volonté des Centrafricains eux-mêmes de vivre ensemble.

Centrafrique: «L'urgence est de reconstruire un début d'Etat»

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Centrafrique-Presse.com
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 16:38

 

 

 

 

 

Le président du Conseil national de transition (CNT), Alexandre-Ferdinand Nguendet commence lundi 13 janvier ses consultations en vue de la désignation d’un président de transition.

http://www.la-croix.com   13/1/14 - 09 H 00

 

Il remplacera le président Djotodia, qui a démissionné vendredi sous la pression de la communauté internationale.

 

Il ne pourra cependant pas être candidat à la présidentielle qui devra se tenir au plus tard au premier semestre 2015.

 

Le président centrafricain contraint de démissionner au Tchad

 

La situation semble temporairement s’apaiser en Centrafrique. Certes des pillages isolés de commerces se sont produits, dimanche 12 janvier dans la matinée dans Bangui, la capitale, après une nuit relativement calme mais sans commune mesure avec les scènes de violences qui avaient suivi l’annonce de la démission vendredi du président Michel Djotodia, qui s’est réfugié dimanche au Bénin. Profitant de ce calme relatif, le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire) va débuter lundi ses consultations avec la classe politique et la société civile en vue de l’élection du successeur du président démissionnaire.

 

L’intérim, 15 jours au maximum, sera assuré par le président du CNT, Alexandre-Ferdinand Nguendet, une fois que la Cour constitutionnelle aura constaté la vacance du pouvoir. La Cour devrait l’annoncer lundi et le président du CNT sera alors chargé d’organiser l’élection d’un président de transition, lors d’une session spéciale : une tâche herculéenne. Il s’agit de trouver une personnalité compétente, intègre et respectée – et non ambitieuse –, qui devra pacifier et remettre en marche en quelques mois un pays très pauvre, déchiré par d’incessantes violences.

 

UN PAYS À LA DÉRIVE

 

La vice-présidente du Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire), Léa Koyassoum Doumta, syndicaliste et femme politique, a dressé dimanche lors d’un entretien avec l’Agence France-Presse un portrait-robot du futur président intérimaire particulièrement exigeant pour remplacer le démissionnaire Michel Djotodia. « Il doit être quelqu’un qui peut unir les Centrafricains, ramener la sécurité, calmer la tension, remettre tout le monde au travail, préparer le terrain à l’organisation d’élections libres, démocratiques, transparentes », a-t-elle expliqué. 

Et d’ajouter : il doit « rassurer les ex-Séléka (NDLR : combattants de Michel Djotodia) et les anti-balaka (NDLR : miliciens opposés à Michel Djotodia), qui sont des produits de la société centrafricaine. Ce sont nos enfants et c’est nous qui les avons créés. » 

 

Le nouveau président va effectivement hériter d’un pays à la dérive : climat de haine intercommunautaire, près d’un million de déplacés – sur une population totale de 4,6 millions d’habitants –, crise humanitaire sans précédent, administrations à l’arrêt, économie totalement désorganisée. Pour accomplir ce travail, et même s’il bénéficie du soutien – politique, militaire, financier – de la communauté internationale, il aura peu de temps.

 

DIFFICILE TRANSITION

Le calendrier de la transition stipule que les élections générales doivent être organisées au plus tard au premier semestre 2015. Mais la France, ancienne puissance coloniale et qui joue un rôle moteur dans la mobilisation de la communauté internationale sur la crise centrafricaine, veut qu’elles se tiennent bien plus tôt, avant la fin 2014.

 

Selon la Constitution de transition, élaborée après la prise du pouvoir en mars de Michel Djotodia qui a démissionné vendredi, le président de transition ne pourra être candidat à la prochaine présidentielle. Tous les ténors de la classe politique centrafricaine ont déjà fait savoir qu’ils ne brigueraient pas le poste de la transition pour cette raison.

 

Si aucun candidat n’était désigné, on aboutirait à une nouvelle paralysie de l’exécutif, après une présidence Djotodia marquée par de très mauvaises relations avec le premier ministre, Nicolas Tiangaye. Ce qui s’était traduit par une incapacité à s’attaquer à la crise qui mine les fondements de la société centrafricaine.

 

D.M. (avec AFP)

 

 

 

La Centrafrique à l'épreuve d'une transition périlleuse

 

Adrien Jaulmes  Le Figaro Mis à jour le 12/01/2014 à 22:14

 

La Centrafrique a un nouveau président pour quinze jours. Dans la salle immense et quasi déserte du Parlement de Bangui, un huissier annonce son entrée solennellement: «Son Excellence, le président de transition par intérim, Alexandre-Ferdinand Nguendet!»

 

Les quelques ambassadeurs et diplomates étrangers encore en poste ont été conviés dimanche à une allocution du nouveau chef de ce qui reste de l'État centrafricain. Après la démission forcée du président Michel Djotodia et de son premier ministre, Nicolas Tiangaye, au cours du sommet extraordinaire de N'Djamena, Alexandre-Ferdinand Nguendet, président du Conseil national de transition, se retrouve par le jeu de l'ordre protocolaire à la tête de la Centrafrique. Il est devenu dimanche le président éphémère d'un pays en complète faillite, déchiré par une guerre confessionnelle et placé de facto sous tutelle internationale. Son mandat ne doit pas dépasser deux semaines, délai imparti pour la nomination d'un nouveau président.

 

Mais Nguendet semble prendre très au sérieux ses nouvelles et brèves fonctions. Reçu à son retour de N'Djamena samedi par une garde d'honneur et un tapis rouge, il a prononcé le soir même un discours solennel à la nation, appelant chacun à déposer les armes. Il s'est rendu dimanche au tribunal de grande instance de Bangui, où la Cour constitutionnelle de transition en manteaux d'hermine a pris acte de la démission de son prédécesseur et l'a chargé de procéder à la nomination de son successeur. Puis traversant la ville en plein chaos à bord d'un puissant 4× 4 noir aux vitres teintées, escorté par des véhicules chargés de soldats en armes, il s'est adressé aux 150.000 déplacés entassés depuis un mois à l'aéroport M'Poko, leur garantissant la sécurité et les appelant à rentrer chez eux.

 

Censé mettre fin à l'incapacité des autorités centrafricaines de transition en remplaçant un président Djotodia détesté et impuissant par une personnalité crédible et efficace, le sommet de N'Djamena n'a réglé que la première partie de l'équation. En acceptant que le CNT sauve la face, en l'autorisant à procéder à Bangui à la désignation d'un nouveau président, les chefs d'État d'Afrique centrale ont contribué à l'ouverture d'une nouvelle phase tragicomique.

 

 

Pendant ce cérémonial, les violences sporadiques ont continué à Bangui, contenues à grand-peine par les soldats français de l'opération «Sangaris» et les contingents panafricains de la Misca. Les troupes sont déployées en ville depuis quatre jours sans discontinuer. Les hommes sont exténués, et seule leur présence a empêché des exactions de grande ampleur. Les unités sont en permanence sollicitées pour disperser des pillards qui entendent fêter le changement de chef d'État par des mises à sac.

 

Sur les avenues, des foules inspectent chaque véhicule, à la recherche de musulmans: ceux qui ne parviennent pas à s'échapper sont aussitôt lynchés. Dimanche, près du carrefour des Nations unies, deux musulmans n'ont dû leur salut qu'à un détachement de la Misca qui les a emmenés à bord de leurs blindés. Leur voiture tout-terrain a été brûlée par la foule joyeuse aux cris de «Chasse à l'homme! Tuez les musulmans!»

 

Dans le quartier à majorité musulmane de PK Cinq, l'atmosphère est moins joyeuse mais presque aussi menaçante. Beaucoup de boutiques restent fermées par des barres de fer cadenassées. Des détachements de soldats burundais ont empêché des pillages massifs, à l'exception de quelques exactions et incendies. Mais les musulmans en veulent à Paris pour son intervention, qui les laisse à la merci de la vengeance du reste de la population.

 

Sur le carrefour, le socle de la statue dorée de Georges Koudoukou, officier de tirailleurs centrafricain de la France Libre tombé à Bir-Hakeim et Compagnon de la Libération, a été recouvert de slogans antifrançais par les riverains musulmans. «Non à la France! Hollande le boucher!» Si les miliciens de l'ex-Séléka sont restés cantonnés dans leurs casernes, des musulmans se sont aussi livrés à des représailles contre des quartiers, comme à Castor, où au moins huit personnes ont été tuées lors du week-end. «On a été réveillés par des bruits d'explosions. Des musulmans jetaient des grenades par les portes des maisons», dit Camille Molti, blessé au dos par une explosion alors qu'il se réfugiait dans l'enceinte de l'hôpital.

 

La nomination d'un nouveau président doit théoriquement permettre de reprendre le processus politique censé enrayer la désintégration du pays. Mais au cours du délai supplémentaire nécessaire à sa désignation, chaque incident risque de faire à nouveau basculer l'accalmie fragile des derniers jours.

Lu pour vous : La République centrafricaine lance un fragile processus de transition

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