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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 02:02
En Centrafrique, la rébellion se replie mais ne cède pas
En Centrafrique, la rébellion se replie mais ne cède pas

Lu pour vous

 

https://www.la-croix.com/ Anne-Bénédicte Hoffner, le 17/01/2021 à 18:32 

 

Explication 

 

Deux semaines après en avoir pris le contrôle, les rebelles centrafricains ont quitté la ville de Bangassou samedi 16 janvier. Mais ils continuent à contester la légitimité de la réélection du président Touadéra.

 

Quelle est la situation militaire en Centrafrique ?

Les rebelles centrafricains ont finalement quitté Bangassou, une dizaine de jours après l’avoir conquise. La ville est « sous le contrôle total de la Minusca »a déclaré samedi 16 janvier dans la soirée son porte-parole. Les rebelles « ont abandonné les positions qu’ils occupaient (depuis le 3 janvier) et fui la ville dans la nuit ».

De nombreux habitants de cette ville, située à 750 km à l’est de la capitale Bangui, s’étaient réfugiés en République démocratique du Congo. « C’est une grande joie », a déclaré à l’AFP Mgr Juan Jose Aguirre, évêque de Bangassou. « Après treize jours à dormir à la belle étoile, les gens vont pouvoir rentrer chez eux ».

L’ultimatum de l’ONU et l’arrivée de renforts - composés de contingents de la mission des Nations unies en Centrafrique et de centaines de militaires rwandais et de paramilitaires russes dépêchés par leurs pays au début de l’offensive rebelle ont fait leur effet. Mais les forces présentes sur place restent « en alerte pour prévenir toute action des groupes armés visant la population civile, l’autorité de l’État et les Casques bleus ou le retour des rebelles dans la ville ».

Juste avant leur départ, les rebelles ont lancé quelques opérations de « pillages » à Bangassou. Une pratique qui, pour le premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada, révèle « l’un des objectifs de ces mercenaires étrangers : piller nos richesses et les biens de notre peuple ».

Quel lien avec les élections de décembre ?

La situation en Centrafrique ne cesse de se dégrader depuis décembre. Plutôt que de calmer la contestation, les élections, organisées le 27 décembre, ont précipité la reprise des hostilités.

L’accord de Khartoum, qui avait été signé en février 2019 entre quatorze groupes armés et le gouvernement du président en place, Faustin Archange Touadéra, a permis l’intégration d’une partie d’entre eux au gouvernement : des postes souvent honorifiques ont été confiés à certains de leurs membres. Mais il n’a pas suffi à calmer leurs ambitions en termes de répartition des richesses : minerais, or ou bétail.

Le 17 décembre 2020, les six plus puissants des groupes armés - occupant les deux tiers de la Centrafrique en guerre civile depuis huit ans - se sont alliés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), avant d’annoncer deux jours plus tard une offensive pour empêcher la réélection du président Touadéra.

L’élection s’est tenue le 27 décembre 2020 mais moins d’un électeur inscrit sur deux a pu se rendre dans les bureaux de vote en raison de l’insécurité dans tout le pays en dehors de Bangui. Faustin Archange Touadéra a été déclaré vainqueur mais l’opposition réclame l’annulation de la présidentielle.

Quelles suites possibles ?

Les violences risquent de se poursuivre au moins jusqu’au 19 janvier, date à laquelle la Cour constitutionnelle doit valider ou rejeter le résultat de l’élection.

Les experts se montrent très sévères avec le président Faustin Archange Touadera, qui a tenu coûte que coûte à ce que les élections présidentielles et législatives se tiennent le 27 décembre, soutenu dans son entêtement par le « groupe des cinq » (l’ONU, l’Union Européenne, la France, les États-Unis et la Russie). « Quand une élection se déroule dans ces conditions, cela pose forcément un problème de légitimité pour celui qui se déclarera vainqueur », souligne Thierry Vircoulon, coordinateur de l’observatoire Afrique centrale et australe à l’Institut français de relations internationales (IFRI).

« Une démocratie ce n’est pas juste un protocole électoral, c’est tout un système d’État de droit », appuie Nicolas Normand, ancien diplomate et spécialiste de l’Afrique. « Il faut être en capacité de préparer le vote dans de bonnes conditions. Qu’il soit inclusif, fiable, transparent, et qu’il ait du sens, quitte à ne pas respecter les délais ».

Depuis décembre, 60 000 Centrafricains ont fui les violences, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat aux réfugiés à Genève qui « appelle à une cessation immédiate de toutes les violences » et « au retour immédiat de toutes les parties à un dialogue significatif et à des progrès vers la paix ».

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 01:39
Les Casques bleus reprennent le contrôle de Bangassou
Les Casques bleus reprennent le contrôle de Bangassou

 

Centrafrique : les Casques bleus reprennent le contrôle d'une ville occupée par les rebelles

17/01/2021 22:12:55 -          Bangui (AFP) -          © 2021 AFP

Deux semaines après en avoir pris le contrôle, les rebelles centrafricains qui mènent depuis décembre une offensive contre le régime du président Faustin Archange Touadéra ont quitté la ville de Bangassou, à 750 km à l'est de la capitale Bangui, après un ultimatum de l'ONU.

La ville est "sous le contrôle total de la Minusca" et les rebelles "ont abandonné les positions qu'ils occupaient (depuis le 3 janvier, NDLR) et fui la ville dans la nuit de vendredi à samedi" après avoir reçu un ultimatum de l'ONU, a déclaré samedi soir Vladimir Monteiro, porte-parole de la mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca).

La force de l'ONU "reste en alerte pour prévenir toute action des groupes armés visant la population civile, l'autorité de l'Etat et les Casques bleus ou le retour des rebelles dans la ville", a-t-il souligné.

"Des incidents impliquant des tentatives de pillages ont eu lieu dans la soirée et le matin (vendredi et samedi, NDLR), et la force est intervenue pour y mettre fin. La situation est calme et sous contrôle, et les positions initialement occupées par les éléments armés ne le sont plus", a déclaré à l'AFP le lieutenant-colonel Abdoulaziz Fall, porte-parole de la composante militaire de la Minusca.

"Le pillage de la ville de Bangassou par les rebelles (...) avant leur retrait à l'arrivée des renforts constitués des éléments du contingent rwandais de la Minusca est révélateur d'un des objectifs de ces mercenaires étrangers: piller nos richesses et les biens de notre peuple", a fustigé sur Facebook le Premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada.

Le 17 décembre, les six groupes armés les plus puissants qui occupaient les deux-tiers de la Centrafrique en guerre civile depuis huit ans se sont alliés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), puis ont annoncé le 19, huit jours avant les élections présidentielle et législatives, une offensive dans le but d'empêcher la réélection du président Touadéra.

Ils se sont jusqu'alors heurtés à des forces bien supérieures en nombre et lourdement équipées - l'armée centrafricaine, la Minusca, déployée depuis 2014 et forte de près de 12.000 soldats et des centaines de militaires rwandais et de paramilitaires russes dépêchés par leurs pays, au début de l'offensive rebelle, à la rescousse de M. Touadéra.

Ce dernier a été déclaré réélu mais à l'issue d'un scrutin pour lequel moins d'un électeur inscrit sur deux a pu se rendre dans les bureaux de vote en raison de l'insécurité dans tout le pays, en dehors de Bangui. Ce que l'opposition invoque pour réclamer l'annulation de la présidentielle, en plus de "fraudes massives", selon elle.

Dimanche, une coalition de partis d'opposition a demandé à l'ONU d'enquêter sur son représentant, Mankeur Ndiaye, l'accusant sans apporter de preuves de soutenir "ostensiblement" le président Faustin Archange Touadéra.

Dans un tweet publié dimanche soir, Mankeur Ndiaye a déclaré que la Minusca "continuera à oeuvrer pour le dialogue politique et social entre tous les acteurs sans exclusive".

La Cour constitutionnelle doit valider ou rejeter le résultat de l'élection d'ici le 19 janvier.

Offensive sur Bangui

Après l'offensive des groupes armés, de nombreux habitants de Bangassou s'étaient réfugiés en République démocratique du Congo.

"C'est une grande joie", a déclaré à l'AFP Juan Jose Aguirre, évêque de Bangassou, à la suite de la reprise de la ville par la Minusca. "Après treize jours à dormir à la belle étoile, les gens vont pouvoir rentrer chez eux", a-t-il ajouté.

Lors de l'attaque de Bangassou - la 5e ville de Centrafrique avec environ 30.000 habitants -, "les corps de cinq éléments armés ont été retrouvés", avait twitté la Minusca, sans plus de précisions. Une quinzaine de blessés avaient été transportés par Médecins sans frontières.

Depuis la mi-décembre, les rebelles se livrent à des attaques sporadiques mais parfois violentes, généralement loin de la capitale. Mais mercredi, environ 200 membres des groupes armés ont tenté deux incursions simultanées aux portes de Bangui. Ces assauts ont été repoussés à l'issue de combats qui ont fait une trentaine de morts parmi les rebelles, selon le gouvernement et des sources onusiennes, et un Casque bleu rwandais a été tué.

Vendredi, un Casque bleu burundais a été tué dans une embuscade d'"éléments armés des groupes coalisés" près de Grimari, à 300 km au nord-est de Bangui, au cours d'une "opération de sécurisation" des environs de cette ville par des Casques bleus burundais et bangladais, selon la Minusca. Deux soldats bangladais ont été légèrement blessés.

Depuis décembre, quelque 60.000 Centrafricains ont fui les violences, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève. Pour la seule journée du 13 janvier, ce sont 10.000 personnes qui ont traversé le fleuve Oubangui pour trouver refuge en République démocratique du Congo.

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 01:33
Nouvelles nationales sur RFI
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Centrafrique : les évêques condamnent les offensives rebelles

https://www.rfi.fr/ 17/01/2021 - 19:48 Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Alexandra Brangeon

En Centrafrique, alors que des opérations militaires continuent au nord de la capitale, Bangui, pour déloger les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) - coalition de groupes armés qui a annoncé marcher sur Bangui le mois dernier - des opérations dites de ratissage ont encore eu lieu, ce dimanche 17 janvier après midi. C’est dans ce contexte que les évêques du pays se sont réunis cette semaine.

Les évêques de la République centrafricaine, réunis en assemblée plénière, ont condamné les offensives rebelles. Dans un communiqué signé par les neuf évêques du pays, ils félicitent les Centrafricains qui sont allés voter pour la présidentielle, le mois dernier, et dénoncent l’insécurité.

Ils dénoncent également les divisions de la classe politique qui laisse le pays à la « merci des prédateurs et des mercenaires », selon Monseigneur Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, ville située à 300 km au nord de Bangui, joint par RFI.

« Aujourd’hui, le pays vit malheureusement aux dépens d’hommes politiques "aigris", d’hommes politiques, je ne dirais pas corrompus mais nous ne sommes pas loin de cette réalité. Chacun cherche à asseoir son autorité, non pas pour le bien de la population, non pas pour le développement socio-économique de la nation… on s’acoquine avec des personnes de toute moralité pour continuer à exploiter le pays. Dans tout cela, la population est prise en otage », dénonce-t-il.

« Nous faisons du sur-place »

« À ces hommes politiques et à ces groupes armés, nous leur disons que la République centrafricaine n’est pas la propriété d’un individu, d’un clan, d’un groupe d’intérêts quelconque. Cela fait huit ans que nous vivons avec la crise militaro-politique. Plusieurs propositions de sortie de crise, au moyen de différents accords, ont été conclues mais nous faisons du sur-place. Nous avons fait part, dans notre message, au dialogue mais encore faut-il que ce dialogue-là soit franc et fraternel. Combien de fois, des dialogues ont été tenus mais personne ne tient compte des résolutions de ces dialogues-là. C’est ce qui qui nous manque aujourd’hui », alerte Monseigneur Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa.

 

Centrafrique: l'insécurité continue de faire flamber les prix

  17/01/2021 - 04:07 Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Alexandra Brangeon

Les prix se sont envolés ces dernières semaines en raison de l’insécurité, rapporte l’Institut centrafricain des statistiques et des études économiques et sociales. Selon cet institut, les produits alimentaires importés ont enregistré une hausse allant jusqu’à 240% pour certains produits. Cette flambée est due à la paralysie des transports de marchandises en provenance du Cameroun.

Sur le marché central de Bangui, c’est la grogne. Pour cette habitante du quartier de Gobongo venue faire ses courses pour 15 personnes, tout est devenu trop cher« Tout a augmenté sur le marché, les produits de première nécessité, les oignons, la viande, le poisson, les œufs, le sel, les arachides… Tout a augmenté. »

En deux semaines, le prix d’un œuf est passé de 75 à 150 CFA. Le prix d’un oignon a été multiplié par 4. Car l’essentiel des produits sont importés du Cameroun explique ce vendeur. « Beaucoup de nos produits viennent de Cameroun, on n’a rien ici à part les légumes. Si les prix augmentent c’est ça cause de la fermeture de la route. Les convois ne rentrent pas. »

Depuis plusieurs semaines la route allant de Bangui à la frontière est coupée par les groupes rebelles. Les camions ne passent plus et la capitale n’est plus approvisionnée, explique cette vendeuse dans une supérette. « Le sucre vient du Brésil, ça arrive via le Cameroun par la route mais on peut vendre un peu pendant une semaine, mais après une semaine, il n’y a plus de stocks, donc on ne sait pas comment on va faire. »

Auparavant, les soldats des Nations unies escortaient chaque semaine des dizaines de camions de transport de marchandises mais l’offensive des rebelles fin décembre a tout interrompue.

 

 

Centrafrique: un premier convoi de camions reprend la route pour le Cameroun

 

https://www.rfi.fr/ 16/01/2021 - 00:44 Avec notre correspondante à Bangui, Charlotte Cosset

Cela fait désormais près d’un mois que l’axe qui ravitaille Bangui depuis la frontière camerounaise est bloqué. Plus de 250 camions sont en attente à Bangui, plus de 600 à la frontière camerounaise. Mais ce vendredi matin, après de multiples reports et négociations, un premier convoi d’une trentaine de camions est parti de Bangui pour retourner au Cameroun.

C’était un préalable des syndicats camerounais. Une trentaine de camions ont finalement pu quitter Bangui ce matin sous escorte des Nations unies.

Un soulagement pour El Hadji Oumarou, le coordonnateur général du bureau de gestion du fret terrestre camerounais. « Nous sommes heureux, contents qu’il y ait enfin un départ. Nous sommes sereins, mais en même temps il y a de l’inquiétude, de l’appréhension. Et nous espérons que, cette fois-ci, les 30 camions partis de Bangui arriveront à bon port au Cameroun. Dès qu’ils arrivent, ça va nous réconforter, ça va décrisper la situation et nous pourrons donc sereinement nous mettre en route. »

Nous avons tous peur. Ce qui nous inquiète le plus aujourd’hui ce n’est pas tant la matériel, c’est beaucoup plus la vie de nos chauffeurs

El Hadji Oumarou, coordonnateur général du bureau de gestion du fret terrestre camerounais

Guy est coincé à Bangui. Depuis plus d’un mois il dort sous son camion. Il espère faire partie du prochain départ. « C’est une très bonne nouvelle puisque des confrères sont déjà partis. On nous a dit que demain nous pourrons partir. Donc c’est une joie pour nous de rejoindre nos familles au Cameroun. Comme des personnes sont parties, nous saurons s’il y a la sécurité sur la route. On appelle de temps en temps nos confrères chauffeurs qui sont en route. »

Les transporteurs connaissent bien la dangerosité de ce tronçon. El Hadji Oumarou déplore la mort de 15 chauffeurs ces dernières années.

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 01:26
Attaques de Bangui : L’ONU va-t-elle enfin sortir l’artillerie lourde ?

 

Lu pour vous

 

ATTAQUES DES GROUPES ARMES DANS LA PERIPHERIE DE BANGUI:L’ONU va-t-elle enfin sortir l’artillerie lourde ?

https://lepays.bf/ 14 janvier 2021

Rien ne semble venir à bout de la détermination des groupes armés en République centrafricaine (RCA), qui continuent leur progression vers la capitale Bangui. Ni la présence des nombreuses troupes étrangères ni les menaces de poursuites judiciaires brandies par la communauté internationale et les autorités centrafricaines ne semblent émousser l’ardeur des spadassins de François Bozizé, qui viennent de réussir le tour de force de perpétrer des attaques à quelques encablures de la capitale centrafricaine. Même si, pour l’instant, ces assauts  lancés par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) ont été repoussés, il n’en demeure pas moins qu’ils sont symptomatiques du péril qui se rapproche lentement mais sûrement du siège des institutions de la République. La question que l’on est en droit de se  poser suite à cette mutation récente de la géographie des combats dans le pays, est la suivante : les alliés militaires de Faustin Archange Touadéra jouent-ils franc jeu?

On n’est pas loin du syndrome du Mali

Il est difficile de répondre avec certitude à cette question par la négative, mais il existe de nombreux doutes face à des questions qui, pour l’instant, restent sans réponse. La principale de ces interrogations est la suivante : d’où viennent les équipements militaires des rebelles alors que le pays est sous embargo partiel d’armes depuis bientôt une décennie ? Tout se passe comme si certaines intelligences étrangères tirent profit de cette situation de  ni guerre ni paix   propice à  l’exploitation des ressources minières, notamment les minerais diamantifères  dont dispose le pays. Elles ont, pour ce fait, adopté la stratégie de la souris qui mord tout en soufflant. Si fait qu’en RCA,  l’on n’est pas loin du syndrome du Mali qui a l’un des plus forts taux de densité militaire au monde avec cependant une introuvable paix.

En tout cas, le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est réuni, hier, pour évoquer la présence des troupes étrangères et de mercenaires dans le pays, de même que la question de l’embargo sur les armes, semble avoir pris la mesure de la situation. L’on est donc en droit d’espérer  qu’à l’issue de la série des réunions prévues sur huit jours, l’ONU décidera, enfin, devant l’urgence, de muscler le mandat des Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA). En tout cas, c’est le souhait du gouvernement de Faustin Archange Touadéra qui, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, souligne par la même occasion,  « la nécessité urgente d’accorder aux partenaires et amis de la Centrafrique, une levée temporaire de l’embargo » sur les armes. Même s’il existe des réticences au sein du Conseil dont certains membres craignent,  comme l’ont indiqué les experts de l’ONU en charge du contrôle de l’embargo, que les armes légalement importées tombent entre les mains des groupes armés qui défient le gouvernement, l’urgence du moment  indique que c’est l’unique solution pour stopper l’avancée de la rébellion et lancer la traque contre François Bozizé dont la tête doit être mise à prix. Et c’est maintenant qu’il faut le faire car plus tard, ce sera trop tard.

C’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort

Il serait, en tout cas, dommage que Bozizé parvienne à s’emparer, à nouveau, du pouvoir en renvoyant comme un malpropre, à défaut de le faire pendre comme un bandit de grand chemin au bout d’une corde, un président issu des urnes. Ce serait dommage pour la démocratie en RCA, mais ce serait la consécration d’un cycle infernal de violences. Ce serait aussi une bien mauvaise récompense pour la communauté internationale qui, depuis plus de 5 ans, investit d’immenses ressources financières et militaires pour que le pays renoue avec la stabilité.

Mais en attendant que les grands de ce monde et les politiques centrafricains trouvent la solution à cette difficile équation de la paix dans leur pays, c’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort. En effet, selon l’ONU, les violences survenues dans le contexte des élections ont déjà poussé sur les chemins de l’exil, plus de 30 000 personnes qui ont trouvé refuge dans des pays voisins tandis que des dizaines de milliers d’autres constituent des réfugiés à l’intérieur de leur propre pays. A cette situation humanitaire catastrophique, il faut ajouter l’indicible souffrance née des huit années de guerre civile qui ont ravagé le pays et l’ont mis sous coupe réglée des groupes armés qui contrôlent et  exploitent ses richesses minières.

Face à une telle situation, l’on peut se poser cette question : comment François Bozizé espère-t-il gouverner  s’il parvient à prendre le pouvoir par les armes ? Et si, par extraordinaire, il restait quelques poignées de Centrafricains après les massacres de populations qui pourraient joncher le chemin de son ascension au trône, l’on peut se poser cette autre question : comment parviendra-t-il à  gouverner avec l’hostilité des populations résiduelles et de la communauté internationale ? Mais il est vrai que dans la logique des dictateurs, la maxime bien connue est la suivante : « Qu’ils me haïssent s’ils veulent, pourvu qu’ils me craignent ». Reste à savoir si, en ce 21e  siècle, la communauté internationale est prête à supporter une réincarnation de Néron, fût-il en République centrafricaine où vécut un certain Jean Bédel Bokassa.

« Le Pays »  

https://lepays.bf/ 14 janvier 2021

Rien ne semble venir à bout de la détermination des groupes armés en République centrafricaine (RCA), qui continuent leur progression vers la capitale Bangui. Ni la présence des nombreuses troupes étrangères ni les menaces de poursuites judiciaires brandies par la communauté internationale et les autorités centrafricaines ne semblent émousser l’ardeur des spadassins de François Bozizé, qui viennent de réussir le tour de force de perpétrer des attaques à quelques encablures de la capitale centrafricaine. Même si, pour l’instant, ces assauts  lancés par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) ont été repoussés, il n’en demeure pas moins qu’ils sont symptomatiques du péril qui se rapproche lentement mais sûrement du siège des institutions de la République. La question que l’on est en droit de se  poser suite à cette mutation récente de la géographie des combats dans le pays, est la suivante : les alliés militaires de Faustin Archange Touadéra jouent-ils franc jeu?

On n’est pas loin du syndrome du Mali

Il est difficile de répondre avec certitude à cette question par la négative, mais il existe de nombreux doutes face à des questions qui, pour l’instant, restent sans réponse. La principale de ces interrogations est la suivante : d’où viennent les équipements militaires des rebelles alors que le pays est sous embargo partiel d’armes depuis bientôt une décennie ? Tout se passe comme si certaines intelligences étrangères tirent profit de cette situation de  ni guerre ni paix   propice à  l’exploitation des ressources minières, notamment les minerais diamantifères  dont dispose le pays. Elles ont, pour ce fait, adopté la stratégie de la souris qui mord tout en soufflant. Si fait qu’en RCA,  l’on n’est pas loin du syndrome du Mali qui a l’un des plus forts taux de densité militaire au monde avec cependant une introuvable paix.

En tout cas, le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est réuni, hier, pour évoquer la présence des troupes étrangères et de mercenaires dans le pays, de même que la question de l’embargo sur les armes, semble avoir pris la mesure de la situation. L’on est donc en droit d’espérer  qu’à l’issue de la série des réunions prévues sur huit jours, l’ONU décidera, enfin, devant l’urgence, de muscler le mandat des Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA). En tout cas, c’est le souhait du gouvernement de Faustin Archange Touadéra qui, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, souligne par la même occasion,  « la nécessité urgente d’accorder aux partenaires et amis de la Centrafrique, une levée temporaire de l’embargo » sur les armes. Même s’il existe des réticences au sein du Conseil dont certains membres craignent,  comme l’ont indiqué les experts de l’ONU en charge du contrôle de l’embargo, que les armes légalement importées tombent entre les mains des groupes armés qui défient le gouvernement, l’urgence du moment  indique que c’est l’unique solution pour stopper l’avancée de la rébellion et lancer la traque contre François Bozizé dont la tête doit être mise à prix. Et c’est maintenant qu’il faut le faire car plus tard, ce sera trop tard.

C’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort

Il serait, en tout cas, dommage que Bozizé parvienne à s’emparer, à nouveau, du pouvoir en renvoyant comme un malpropre, à défaut de le faire pendre comme un bandit de grand chemin au bout d’une corde, un président issu des urnes. Ce serait dommage pour la démocratie en RCA, mais ce serait la consécration d’un cycle infernal de violences. Ce serait aussi une bien mauvaise récompense pour la communauté internationale qui, depuis plus de 5 ans, investit d’immenses ressources financières et militaires pour que le pays renoue avec la stabilité.

Mais en attendant que les grands de ce monde et les politiques centrafricains trouvent la solution à cette difficile équation de la paix dans leur pays, c’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort. En effet, selon l’ONU, les violences survenues dans le contexte des élections ont déjà poussé sur les chemins de l’exil, plus de 30 000 personnes qui ont trouvé refuge dans des pays voisins tandis que des dizaines de milliers d’autres constituent des réfugiés à l’intérieur de leur propre pays. A cette situation humanitaire catastrophique, il faut ajouter l’indicible souffrance née des huit années de guerre civile qui ont ravagé le pays et l’ont mis sous coupe réglée des groupes armés qui contrôlent et  exploitent ses richesses minières.

Face à une telle situation, l’on peut se poser cette question : comment François Bozizé espère-t-il gouverner  s’il parvient à prendre le pouvoir par les armes ? Et si, par extraordinaire, il restait quelques poignées de Centrafricains après les massacres de populations qui pourraient joncher le chemin de son ascension au trône, l’on peut se poser cette autre question : comment parviendra-t-il à  gouverner avec l’hostilité des populations résiduelles et de la communauté internationale ? Mais il est vrai que dans la logique des dictateurs, la maxime bien connue est la suivante : « Qu’ils me haïssent s’ils veulent, pourvu qu’ils me craignent ». Reste à savoir si, en ce 21e  siècle, la communauté internationale est prête à supporter une réincarnation de Néron, fût-il en République centrafricaine où vécut un certain Jean Bédel Bokassa.

« Le Pays »  

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 01:19
Une aventure dangereuse

Lu pour vous 

 

Une aventure dangereuse

 

https://www.cameroon-tribune.cm/ Par Paul EBOA 15 Janv. 2021 11:14

 

Les combats ayant eu lieu aux portes de Bangui, la capitale centrafricaine, avant-hier, confirment la volonté des groupes armés opposés à la réélection du président Faustin Archange Touadéra, de s’emparer du pouvoir par les armes.

Formée en mi-décembre 2020 et réunie sous la bannière de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), cette rébellion armée n’a jamais fait mystère de sa volonté de « marcher sur Bangui ». On sait que l’ancien président François Bozizé soutient cette rébellion. On sait également les anti-balaka, qui en font partie, sont réputés proches de l’ancien chef de l’Etat.

Ayant été mis au courant des manœuvres déstabilisatrices de François Bozizé, au cours du mois de décembre dernier, la communauté internationale avait dépêché auprès de l’ancien président et des groupes armé, deux émissaires. Le président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, Gilberto Da Piedada Verissimo et le représentant du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies en Afrique centrale, François Louncény Fall, étaient venus auprès de François Bozizé et des représentants des groupes armés pour se rassurer que l’intention de « marcher sur Bangui » qu’une certaine opinion leur prêtait était dénuée de tout fondement. Les interlocuteurs locaux avaient rassuré les émissaires internationaux que rien ne se tramait contre le processus électoral. La progression des rebelles jusqu’aux portes de Bangui montre que ceux-ci ont menti. Non seulement, ils persistent dans leur tentative de s’emparer du pouvoir, mais aussi, ils sont toujours soutenus par François Bozizé. Ce dernier est pourtant sous le coup d’un mandat d’arrêt international, pour avoir été l’un des acteurs principaux de la crise ayant ébranlé la République centrafricaine de 2013 à 2016. On se demande comment il a pu regagner le pays natal. Et surtout comment il demeure libre de ses mouvements.


Toujours est-il que les coups d’Etat sont interdits, en Centrafrique, comme ailleurs. « Le berceau des bantous » ne peut plus se permettre des coups d’Etat qui constituent une aventure dangereuse. Lui qui, par le passé, a déjà été ébranlé par une demi-douzaine de coups d’Etat parmi lesquels celui qui avait porté Francois Bozizé au pouvoir et le coup d’Etat de Michel Djotodia ayant chassé l’ancien président dudit pouvoir. Le moment semble indiqué pour tourner la page de ce passé ténébreux et taire les querelles intestines qui minent la stabilité du pays.  

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 20:31
CONFLITS : DERRIÈRE L’ÉCHEC DES INTERVENTIONS INTERNATIONALES

Lu pour vous

 

CONFLITS : DERRIÈRE L’ÉCHEC DES INTERVENTIONS INTERNATIONALES, LA CRISE DU MULTILATÉRALISME TRIBUNE

- Copyright ID4D, https://ideas4development.org/conflits-urgence-inventer-nouveau-modele/- Copyright

ID4D, https://ideas4development.org/conflits-urgence-inventer-nouveau-modele/

Dans un contexte géopolitique en plein bouleversement et face à l’échec des interventions internationales, il est urgent de changer d’approche pour tenter de résoudre les conflits d’aujourd’hui.

Des Casques bleus uruguayens de la force de l’ONU déployée dans l’est de la République démocratique du Congo (la MONUSCO) sur leur base de Fataki (province de l’Ituri), en octobre 2020. (Photo © ALEXIS HUGUET / AFP) Depuis les années 1990, les interventions internationales visant à résoudre les conflits reposent toujours sur le même modèle : négociation d’un accord de paix, déploiement d’une force de maintien de la paix par l’ONU et élections sous supervision internationale. Or si en Afrique certaines interventions ont effectivement abouti à la paix et des régimes stables (Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire), on note la persistance de régimes instables et de conflits de basse intensité dans plusieurs pays : République démocratique du Congo (RDC), Soudan du Sud, Mali, Centrafrique, Somalie, etc. Après s’être essoufflé, le peace template ne fonctionne tout simplement plus.

Cette inefficacité est due à trois raisons principales : la transformation du maintien de la paix en un outil de statu quo militaire, l’échec des élections pour renouveler la classe politique et l’absence de leadership international.   Interventions internationales : le maintien mortifère du statu quo militaire Loin de mettre en œuvre leur mandat « multidimensionnel » et « robuste » (selon la terminologie onusienne), les missions de maintien de la paix de l’ONU se contentent de maintenir un statu quo militaire entre rebelles et gouvernants et de veiller à ce que les lignes de démarcation entre eux soient plus ou moins respectées.

En RDC, les 15 000 Casques bleus de la MONUSCO (créée en 1999) sont concentrés dans l’est du pays où le conflit a débuté et où opèrent toujours plus d’une centaine de groupes armés dans une impunité quasi totale. Depuis huit ans, les seules vraies réactions militaires de la MONUSCO ont eu pour objectif de maintenir le statu quo dans les Kivu après des tentatives de conquête de villes par des groupes armés : lors de la prise de Goma en 2012 par le groupe armé M23 et lors de la tentative de conquête d’Uvira en 2017 par un autre groupe armé, les Mayi-Mayi Yakutumba.

En Centrafrique et au Mali, les Casques bleus servent essentiellement à sécuriser les capitales et quelques grandes villes. À défaut d’éviter la progression des groupes armés ainsi que les exactions sur les civils commises aussi bien par les rebelles que par les forces gouvernementales, les Casques bleus assurent dans les faits le gardiennage du régime en place. La plupart des contingents restreignent le « mandat robuste » qui leur est confié par le Conseil de sécurité à une interposition passive. Celle-ci constitue l’assurance vie du gouvernement face aux rebelles – comme l’a illustré l’assaut récent d’une coalition de rebelles en Centrafrique que les Casques bleus ont contribué à repousser. Ce n’est pas le cas quand le danger vient de l’intérieur, comme lors du putsch au Mali contre le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020.  

Au Mali, la politique première victime du coup d’État du 18 août  

L’échec des élections en trompe l’œil Alors que ces conflits mettent en évidence un besoin de rupture politique et de gouvernance démocratique, les élections organisées à la va-vite et sans souci de transparence par les internationaux échouent à faire émerger une alternative politique. Ces scrutins reconduisent très souvent au pouvoir une classe politique vieillissante et rétive à l’État de droit démocratique. Grâce à la manipulation du cadre légal, la corruption et l’utilisation des moyens financiers et coercitifs de l’État, l’élite politique parvient à contrer la demande populaire de changement, quitte à se « réinventer » en développant des stratégies politiques caméléonesques et en cooptant des opposants.

Ainsi la liste des candidats aux élections en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, etc., se lit comme le Who’s Who des régimes précédents. La fermeture du marché politique et l’acceptation par les bailleurs d’une compétition électorale fondamentalement déséquilibrée et d’un décompte des votes opaque consacrent ainsi l’impossibilité de l’alternance par les urnes. Avec la reconduction d’un personnel politique dont l’ethos est dominé par la corruption et l’autoritarisme, la démocratisation postconflit aboutit à une mascarade électorale. Elle équivaut à essayer de créer des démocraties sans démocrates. Il ne faut donc pas s’étonner de son échec systématique (RDC, Centrafrique, Soudan du Sud).

Parfois, après un hold-up électoral légal, la frustration populaire explose comme l’a montré au Mali le Mouvement du 5 juin qui, en 2020, fut à l’origine de la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta réélu pour un mandat de trop, deux ans auparavant.   Trop de bonnes volontés internationales tuent la bonne volonté Enfin, le conflit attire trop de « bonnes volontés ». De très nombreux acteurs se bousculent pour soutenir les processus de paix : des organisations multilatérales, des églises, des ONG spécialisées dans la médiation, la justice transitionnelle, la gestion des conflits, etc. Sur le terrain, l’afflux d’intervenants extérieurs aux rôles redondants et aux intérêts différents crée de la confusion politique. Il permet aux acteurs locaux de les mettre en concurrence pour les salaires, les financements, les voyages et autres avantages.

Cet afflux transforme le processus de paix en un désordre où chacun essaie de se donner le beau rôle, quitte même à créer plusieurs processus concurrents : en Centrafrique, en 2018, l’Union africaine et la Russie avaient chacune son initiative de négociation entre le gouvernement et les groupes armés simultanément à des processus religieux et communautaires. Cet excès de bonnes volontés, pas toujours désintéressées, ne serait pas contre-productif si le marché de l’aide était régulé et coordonné. Or l’inflation des intervenants va de pair avec une très faible coordination. Dans la « famille onusienne », la coordination s’incarne à travers l’idée de one mission qui met sous une direction unique – le « coordonnateur résident » et son équipe – toutes les agences onusiennes intervenant dans le pays.

Or malgré une débauche de réunions de coordination, chaque agence continue de mener sa politique et de défendre jalousement ses prérogatives. Au Sahel, les plus importants bailleurs ont décidé de travailler ensemble pour fournir une réponse de développement cohérente à la crise politico-sécuritaire, sous la bannière de « l’Alliance Sahel », « une plate-forme de coopération internationale pour intervenir davantage et mieux au Sahel ». Autrement dit : il s’agit de coordonner les actions de 14 bailleurs selon les priorités définies par les pays du Sahel. Mais là aussi, l’objectif est loin d’être atteint.

Au lieu d’aboutir à une priorisation et une coordination des interventions, l’Alliance Sahel s’apparente à un exercice de compilation d’une liste d’environ 800 projets classés en six secteurs prioritaires. Loin de fournir l’exemple d’une aide internationale focalisée sur des problèmes et des zones spécifiques, l’Alliance Sahel reflète son éparpillement brouillon.   Le logiciel du multilatéralisme oligarchique est dépassé Si le logiciel international de la résolution de conflit semble cassé, c’est parce que les conditions politiques de sa réussite n’existent tout simplement plus. Conçu au temps de la pax americana et de l’hyperpuissance américaine des années 1990, il est dépassé.

Ce logiciel reposait sur le multilatéralisme oligarchique qui existait à l’époque de sa conception, quand le club des cinq membres permanents du Conseil de sécurité était de facto réduit à trois. Or les dix dernières années ont rendu évidents la contestation des régulations de l’ordre international, le retour d’un nationalisme belliqueux et l’avènement d’un désordre mondial conflictogène. Les puissances émergentes remettent en cause ouvertement les règles du multilatéralisme établies à la fin du xxe siècle, dont l’idée de la démocratie et des droits de l’homme comme normes internationales et la légitimité d’une juridiction pénale internationale.

Elles s’efforcent d’asseoir leur rang par tous les moyens et stratégies, y compris en jouant au pompier-pyromane dans certains conflits (Somalie, Yémen, Libye, Centrafrique, etc.).   A LIRE AUSSI :  Face aux nouveaux conflits, mieux coordonner l’intervention des acteurs internationaux   Sans un minimum de consensus international et de convergence des politiques étrangères, tous les outils du peace template sont en panne : les sanctions de l’ONU sont votées par des États qui les violent ou les laissent violer impunément ; la réforme du maintien de paix est impossible ; il n’y a plus d’accord sur une lead-nation pour conduire et coordonner l’intervention et l’aide internationales. De nos jours, les embargos sur les armes décidés au Conseil de sécurité sont allègrement violés par des acteurs privés et publics sans la moindre conséquence (en Libye, au Soudan, etc.).

Un temps à l’agenda du Conseil de sécurité, la réforme du maintien de la paix est complètement enterrée.   La réforme du maintien de la paix aux oubliettes Depuis quinze ans, les solutions pour améliorer le maintien de la paix par les Nations unies ont été exposées dans une myriade de rapports empilés sur le bureau des secrétaires généraux. Mais le consensus politique nécessaire pour faire le saut qualitatif du maintien à l’imposition de la paix fait défaut. Deux membres permanents du Conseil de sécurité (la Chine et la Russie) s’y refusent ainsi que la plupart des pays contributeurs de troupes. Le Conseil de sécurité vote donc des « mandats robustes » tout en sachant pertinemment qu’ils ne seront pas appliqués.

À New York, non seulement la réforme du maintien de la paix est tombée aux oubliettes, mais les antagonismes internationaux rendent même les nominations à la tête des missions de l’ONU de plus en plus difficiles, comme l’a montré récemment le cas de la Libye. Huit mois après la démission de Ghassan Salamé de son poste d’envoyé spécial de l’ONU en Libye, le Conseil de sécurité n’a pas encore réussi à s’accorder sur un successeur. De même la crise du Conseil de sécurité rend caduque l’idée même d’une lead-nation désignée pour coordonner l’intervention de paix – rôle assumé par les États-Unis au Liberia, le Royaume-Uni au Sierra Leone et la France en Côte d’Ivoire.

En lieu et place des lead-nations, il y a maintenant des clubs ad hoc formés par les parties intéressées au conflit (le G5 pour la Centrafrique, le GIC-G pour la Libye, etc.). Malheureusement, la cohésion et la bienveillance de ces groupes de contact sont plus factices que réelles et leurs bons offices sont rarement désintéressés.   Les divisions internationales mises à profit par les régimes prédateurs Les régimes en place, dont la politique prédatrice est à l’origine des conflits, utilisent les divisions internationales pour se créer des marges d’autonomie. Dans un paysage international où les compétitions économiques et stratégiques s’exacerbent et où les guerres d’influence font rage, ces régimes ne manquent pas de soutiens alternatifs aux grandes puissances : Turquie, Arabie saoudite et Qatar au Soudan ; Russie en Centrafrique ; Turquie, Qatar et Émirats arabes unis en Somalie, etc.

Ces nouvelles alliances de circonstances permettent aux régimes faibles de résister à l’injonction de démocratisation des Occidentaux et d’obtenir les ressources économico-sécuritaires sans lesquelles ils ne pourraient pas survivre. Dans le désordre mondial actuel, il ne s’agit donc plus de s’aligner sur un camp ou un autre pour bénéficier de ses largesses, comme du temps de la guerre froide : mettant à profit les jeux de rivalités régionales et internationales, ces régimes pratiquent un clientélisme compétitif sous la forme de partenariats économiques et sécuritaires pluriels. L’exportation de la rivalité qatari-saoudienne en Afrique est sans doute le meilleur exemple du clientélisme opportuniste et de ses effets délétères.   Inventer un nouveau modèle de résolution des conflits

Les interventions de paix sont un des dommages collatéraux de la crise profonde du multilatéralisme qui implique deux conséquences : d’une part, les missions de maintien de la paix sont condamnées à s’enliser. Systématiquement renouvelées par un Conseil de sécurité en crise et trop divisé pour promouvoir une véritable initiative, leur durée de vie et leur coût s’allongent. Leur enlisement en fait une rente pour plusieurs acteurs : les gouvernants en place, l’élite locale qui trouve une source d’emplois, les pays contributeurs de troupes qui n’ont plus à assurer la prise en charge financière de leurs soldats de la paix, etc.

L’inutilité coûteuse de certaines missions est telle que le Conseil de sécurité a fini par annoncer récemment leur désengagement progressif au Darfour (Soudan) et en RDC. d’autre part, la résolution des conflits est compliquée et même, dans certains cas, bloquée par la multiplication des ingérences de l’étranger proche et lointain. Si hier les conflits se régionalisaient, aujourd’hui ils s’internationalisent naturellement, rendant leur règlement de plus en plus improbable. Face à ces échecs répétés dans la résolution des conflits, il revient aux acteurs internationaux responsables d’inventer un nouveau peace template qui soit à l’unisson de notre époque, c’est-à-dire qui s’appuie sur un multilatéralisme renouvelé et non sur quelques idées dépassées de la fin du xxe siècle.

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 20:05
Des avions français ont effectué un deuxième survol du Centrafrique
Des avions français ont effectué un deuxième survol du Centrafrique

 

Par Reuters le 09.01.2021 à 14h06

PARIS/BANGUI (Reuters) - Des avions de chasse français ont effectué ce samedi une seconde mission de survol de la République centrafricaine qui traverse de nouvelles turbulences politiques, annonce un communiqué de l'Elysée.

Cette seconde mission survient alors que des insurgés ont lancé des attaques dans deux villes du pays.

Les attaques des rebelles ont eu lieu à Bouar, à 440 km au nord-ouest de la capitale Bangui, et à Grimari, à 300 km au nord-est de la capitale.

Les assaillants ont attaqué un bourg de Bouar tôt dans la journée et de violents combats ont été signalés dans une base militaire.

"A la demande du Président Touadera, et en accord avec la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine, NDLR), le Président de la République a ordonné la réalisation d’une seconde mission de survol du territoire centrafricain par des avions de chasse, après celle effectuée le 23 décembre", dit ce communiqué.

"Elle marque la solidarité de la France avec le peuple centrafricain et sa condamnation de la poursuite des tentatives de déstabiliser le pays menées par des groupes armés."

Selon des résultats provisoires diffusés lundi par la commission électorale centrafricaine, Faustin-Archange Touadera, a été réélu avec près de 54% des voix dès le premier tour de l'élection présidentielle du 27 décembre.

L'élection a été marquée par des offensives de groupes rebelles essayant de perturber le scrutin après le rejet de la candidature de l'ancien président François Bozizé.

Le vote avait été empêché dans certaines villes après des attaques et la destruction de matériel nécessaire au vote.

François Bozizé et certains de ses alliés font l'objet d'une enquête pour notamment rébellion, assassinat et vol. Son parti a précédemment rejeté les accusations du gouvernement selon lesquelles l'ancien président préparait un coup d'Etat mais certains membres de sa formation ont laissé entendre qu'ils collaboraient avec les rebelles.

Emmanuel Macron "a réitéré sa ferme condamnation des tentatives des groupes armés et de certains leaders politiques, dont François Bozizé, de saper les accords de paix et le processus électoral constitutionnel soutenus par la communauté internationale", dit le communiqué transmis samedi par l'Elysée.

Riche en diamants, bois et or, l'ancienne colonie française a été secouée par cinq coups d'Etat et de nombreuses rébellions depuis son indépendance en 1960.

Les vagues successives de violences depuis le renversement de François Bozizé en 2013 ont fait des milliers de morts et contraint plus d'un million de personnes à fuir.

(Sudip Kar-Gupta, Nicolas Delame à Paris et Antoine Rolland à Bangui, édité par Matthieu Protard)

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 19:53
Le président Faustin Archange Touadera inaugure le 1er Centre de dialyse

 

Numelec L’entreprise Du Camerounais Alain Nkana, Choisie Pour Construire, Équiper Et Entretenir Les Premiers Centres D’hémodialyse Et D’imagerie Médicale De La République Centrafricaine

http://www.icicemac.com/ Last updated Jan 10, 2021

Les nouvelles installations sanitaires achevées viennent d’être inaugurées par un président Faustin Archange Touadera, totalement satisfait du travail réalisé.

 L’expertise camerounaise n’en finit pas d’être sollicitée en République centrafricaine. Après le groupe L’Anecdote du magnat des médias Jean-Pierre Amougou Belinga, qui y a notamment gagné le marché de la rénovation de la radio et de la télévision nationales, c’est au tour d’un autre opérateur économique issu du Cameroun voisin d’être sollicité. Pour la construction et l’équipement des tout premiers centres d’hémodialyse et d’imagerie médicale avec scanners de son pays, le président Faustin Archange Touadera a fait appel au Camerounais Alain Nkana, patron de l’entreprise Numelec Cameroun SA.

Dans un article publié le 8 décembre 2020, le site internet panafricain afrique-infos.com  revient sur la cérémonie d’inauguration  des infrastructures médicales achevées présidée par le chef de l‘Etat centrafricain le vendredi 4 décembre à l’hôpital Général de Bangui, la capitale. Notre confrère indique la présence de «plusieurs invités parmi lesquels des Ambassadeurs accrédités en Centrafrique, des membres du Gouvernement, un invité spécial venue de Russie et du PDG  Alain Nkana de l’entreprise Camerounaise Numelec S.A».

Le journal en ligne ajoute que «le président Centrafricain qui s’est dit très satisfait des travaux réalisés». L’on apprend également que Dr Abdel-Karim Zakaria,  le directeur de l’Hôpital Général qui accueille les nouveaux équipements a plaidé pour que l’entreprise Camerounaise Numelec S.A assure la maintenance et le suivi, tout en formant le personnel Centrafricain. «Une chose est d’avoir ces équipements, une autre chose est d’avoir des hommes compétents pour animer ces équipements et les entretenir pour le bien de la population, insiste le directeur. Le grand problème que nous allons avoir c’est le problème du personnel. Il faudra que nous mettions un accent particulier sur la formation du personnel et le renforcement de leur capacité. C’est vraiment urgent et nous sollicitons encore l’expertise de Numelec S.A pour un accompagnement», a-t-il dit.

En guise de réponse, Alain Nkana a déclaré que son entreprise a les moyens de mener de façon efficace cette autre mission.  «Nous avons l’expertise pour réaliser, mais aussi former à l’utilisation et la maintenance, nous accompagnerons l’hôpital Général et le personnel dans ce sens là, afin de garantir une utilisation optimale et l’amélioration de la prise en charge des patients garantissant une certaine pérennité dans l’activité», a assuré notre compatriote.

L’entreprise Numelec S.A qui a réalisé ces travaux, est spécialisée dans la construction et la fourniture des équipements et consommables médicaux.  Notamment sur des appareils ultramodernes permettant d’améliorer les diagnostics et limitant l’impact sur les corps des patients. Elle a à son actif, plusieurs réalisations dans une dizaine de pays en Afrique et en Europe. On peut citer entre autres la réalisation de 8 Centres d’imagerie et d’hémodialyse du Cameroun et plusieurs expertises de Consultation en conception, montage et réalisation des projets en santé au Gabon, Djibouti, Canton de Genève pour ne citer que ces oeuvres-là.

 Pierre Arnaud NTCHAPDA

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 19:28
Des dizaines de milliers de Centrafricains déplacés par les violences électorales

 

Des dizaines de milliers de Centrafricains déplacés par les violences électorales

 

Les violences survenues dans le contexte des élections en Centrafrique ont poussé plus de 30.000 personnes à fuir vers des pays voisins, et généré des dizaines de milliers de déplacés internes, a indiqué l'ONU vendredi.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) "exprime sa vive inquiétude en raison des violences et de l'insécurité survenues dans le contexte des élections présidentielles et législatives du 27 décembre" en Centrafrique, a déclaré un porte-parole du HCR, Boris Cheshirkov, lors d'un point de presse.

Dans le pays, quelque 185.000 personnes ont fui dans la brousse et la forêt depuis le 15 décembre, principalement à titre préventif. Nombre d'entre elles sont revenues depuis dans leur lieu de résidence, mais l'ONU estime qu'environ 62.000 sont toujours déplacées.

Les violences électorales ont également forcé plus de 30.000 personnes à fuir vers des pays voisins, au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo (RDC) et au Congo.

 

L'opposition centrafricaine conteste un scrutin "discrédité"

 

Près de 24.200 ont traversé le fleuve Oubangui, où le HCR a renforcé sa présence, pour rejoindre les provinces du Bas-Uélé et du Nord-Ubangui en RDC. Au moins 15.000 d'entre elles sont arrivées dans le village de Ndu, à la suite d'attaques dans les villes centrafricaines de Damara et Bangassou les 2 et 3 janvier, selon la même source.

Le HCR se dit préoccupé par les informations faisant état de violations des droits humains en Centrafrique et demande aux pays voisins de continuer à accorder l'accès aux personnes en quête de sécurité.

Ces élections présidentielle et législatives se sont tenues dans un pays en proie depuis 2013 à une guerre civile, très meurtrière jusqu'en 2018, et ravivée depuis près de trois semaines par l'annonce d'une offensive rebelle pour empêcher ces scrutins.

L'opposition conteste la réélection du président Faustin Archange Touadéra, et exige son annulation en invoquant des "fraudes massives" et l'impossibilité pour un électeur sur deux de se rendre aux urnes.

 

 

 

«Les Centrafricains veulent choisir leurs dirigeants par les urnes et non par les armes»

 

https://www.letemps.ch/ Simon Petite * mercredi 6 janvier 2021 à 14:05 *

 

Une semaine après les élections présidentielle et législatives, la capitale de la république centrafricaine oscille entre le soulagement d’avoir pu voter et la psychose d’une attaque des rebelles qui contrôlent désormais la majorité du pays. Le témoignage de Brice Ndangoui, rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka Une semaine après les élections présidentielle et législatives, la capitale de la république centrafricaine oscille entre le soulagement d’avoir pu voter et la psychose d’une attaque des rebelles qui contrôlent désormais la majorité du pays. Le témoignage de Brice Ndangoui, rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka

Le président sortant de la République centrafricaine, l’un des pays les plus pauvres du monde et miné depuis une décennie par l’instabilité, est en passe de rempiler pour un second mandat. Selon des résultats encore partiels annoncés lundi, Faustin Archange Touadéra a obtenu un peu plus de 50% des suffrages lors de l’élection du 27 décembre. Mais l’opposition réclame d’ores et déjà l’annulation de ce scrutin tronqué, puisque la moitié de la population n’a pas pu voter à cause de la situation sécuritaire. La Cour constitutionnelle doit encore valider les résultats d’ici au 19 janvier.

«Aucune loi ne fixe un seuil de participation pour valider les élections, juge Brice Ndangoui, le rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka, premier média du pays fondé et créé par la fondation Hirondelle, basée à Lausanne. De nombreux Centrafricains ont voté malgré les menaces. Les gens ne veulent plus de la guerre, ils sont fatigués, ils veulent choisir leurs dirigeants par les urnes et non les armes.»

Psychose à Bangui

Le scrutin s’est déroulé sans problème majeur dans la capitale, Bangui, mais, dans les zones contrôlées par les groupes rebelles, les électeurs ont été empêchés de voter ou les urnes ont été détruites. Les partis d’opposition dénoncent pour leur part des fraudes et des bourrages d’urnes. La rédaction de radio Ndeke Luka, une trentaine de journalistes basés à Bangui et autant dans le reste du pays, ne dispose pas d’éléments dans ce sens. «Les candidats de l’opposition disent avoir des preuves de ces irrégularités, nous verrons bien», continue Brice Ndangoui.

En attendant, les habitants de la capitale vivent dans la psychose d’une attaque des rebelles. Ces derniers sont en effet «aux portes de Bangui», rapporte le rédacteur en chef de radio Ndeke Luka. «Les activités sont paralysées, certaines écoles et certains commerces n’ont pas ouvert, d’autres ont fermé à la mi-journée», témoignait-il mardi.

Dimanche, les insurgés ont attaqué Damara, la ville du président Touadéra, à près de 70 km de la capitale. L’assaut qui a eu lieu dimanche a été repoussé par l’armée centrafricaine, avec l’appui des Casques bleus de l’ONU mais aussi de militaires rwandais et russes, dépêchés avant l’élection du 27 décembre.

Rivalité entre la France et la Russie

La coalition de rebelles avait en effet juré d’empêcher le scrutin. A la veille du vote, l’ancien président François Bozizé, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée, s’est rallié aux rebelles. La justice centrafricaine vient de lancer des poursuites judiciaires contre cet ancien président, qui s’est volatilisé.

En plus d’une guerre civile, la Centrafrique est le théâtre d’une rivalité entre Paris et Moscou. La France, ancienne puissance coloniale et qui était intervenue militairement une énième fois en 2013, voit en effet d’un très mauvais œil la présence de mercenaires russes depuis trois ans.

Le rôle de Moscou est-il stabilisateur ou déstabilisateur? Brice Ndangoui ne se prononce pas sur cette question sensible mais rapporte les justifications du gouvernement. Selon ce dernier, la Centrafrique n’a pas le luxe de pouvoir refuser les mains tendues. Même si celles-ci sont loin d’être désintéressées. La Russie a vendu des armes à la Centrafrique et le pays n’est pas dénué de richesses, en particulier en or et diamants.

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 18:33
« La Centrafrique n’est jamais vraiment passée de la crise à la réconciliation »
« La Centrafrique n’est jamais vraiment passée de la crise à la réconciliation »

Lu pour vous

 

« La Centrafrique n’est jamais vraiment passée de la crise à la réconciliation »

 

https://www.lemonde.fr/ Tribune Jeff Hawkins

 

Pour le chercheur Jeff Hawkins, « le dernier exercice électoral en dit long sur la fragilité du pays », malgré le soutien continu de la communauté internationale.

Tribune. Lundi 4 janvier, l’Autorité nationale des élections (ANE) a annoncé les résultats préliminaires des élections présidentielle et législatives en Centrafrique. Selon l’ANE, Faustin-Archange Touadéra aurait obtenu près de 54 % des voix, écartant la nécessité d’un second tour de scrutin. Le gouvernement centrafricain et la communauté internationale se sont donné beaucoup de mal pour organiser ces élections comme prévu et on peut considérer comme un succès leur déroulement dans un contexte difficile. Mais à bien des égards, la Centrafrique ne semble pas plus proche de la résolution de son interminable crise qu’avant le scrutin ; et le dernier exercice électoral en dit long sur la fragilité du pays.

Lorsque M. Touadéra a commencé son premier mandat, il y a cinq ans, on aurait pu espérer un avenir meilleur pour la Centrafrique. Le pays s’était lentement, douloureusement éloigné d’une catastrophe humanitaire en 2013 et, deux ans après, semblait plus ou moins prêt pour des élections démocratiques. Les forces de maintien de la paix de l’ONU, en collaboration avec l’armée française, avaient apporté une certaine sécurité ; le gouvernement de transition avait accepté d’organiser le scrutin et de rendre le pouvoir au vainqueur ; la communauté internationale s’était chargée de la logistique électorale dans un pays déchiré par la guerre et en grande partie sans infrastructures.

Des groupes armés tantôt rivaux, tantôt alliés

Miraculeusement, les élections de 2015-2016 qui ont porté M. Touadéra au pouvoir ont été largement pacifiques et les observateurs internationaux se sont accordés pour dire qu’elles respectaient globalement la volonté de l’électorat. Quelques mois après le scrutin, lors d’une conférence internationale des donateurs à Bruxelles, la communauté internationale a levé 2 milliards d’euros pour aider à la reconstruction du pays. Quelques années plus tard, en 2019, le gouvernement et une douzaine de groupes armés ont signé à Khartoum un accord de paix sous les auspices de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC).

Malgré les progrès apparents, cependant, la Centrafrique n’est jamais vraiment passée de la crise à la reconstruction et à la réconciliation. Le gouvernement a toujours peiné à étendre son fief au-delà de Bangui, sans jamais toucher de façon significative les populations en dehors de la capitale. Les projets de développement, souvent entravés par des problèmes de sécurité, n’ont pas fourni suffisamment d’emplois aux jeunes. Il est impossible pour la force de maintien de la paix de l’ONU, la Minusca, d’imposer pleinement l’ordre à un pays divisé entre des groupes armés tantôt rivaux, tantôt alliés. Et pendant tout ce temps, ces mêmes groupes armés ont continué de contrôler les mines de diamants et les routes de transhumance, dont les ressources finançaient les conflits plutôt que les services gouvernementaux.

Deux facteurs additionnels expliquent la violence qu’on voit aujourd’hui en Centrafrique. Premièrement, l’accord de Khartoum, qui devait mettre fin aux combats entre groupes armés, était un exercice creux. En 2019, le gouvernement et la communauté internationale avaient clairement démontré qu’ils n’avaient ni les moyens militaires et policiers de rétablir l’ordre dans le pays ni grand-chose à offrir aux groupes armés en échange de l’abandon du contrôle des ressources nationales lucratives. S’attendre à ce que ces groupes – essentiellement des organisations criminelles sans idéologie ni aspiration régionale – baissent les armes en échange de quelques sièges dans les comités de désarmement à Bangui était irréaliste. Il va sans dire qu’il y a eu peu de désarmement réel dans les mois qui ont suivi et que les conflits violents, après une accalmie, se sont poursuivis.

François Bozizé, un facteur de déstabilisation

Deuxièmement, M. Touadéra et la Minusca ont décidé de permettre le retour au pays de l’ancien président François Bozizé. Ce choix désastreux reste inexplicable. M. Bozizé, ancien chef des forces armées centrafricaines, avait pris le pouvoir en 2003 par une rébellion de groupes armés très proches de ceux qui créent tant de problèmes aujourd’hui. Depuis qu’il avait quitté ses fonctions, il vivait en exil, sous sanction internationale. Après son départ du pouvoir, ses relations problématiques avec les milices anti-balaka étaient perçues comme l’une des raisons de l’instabilité. Sa réapparition à Bangui fin 2019 aurait dû conduire à son arrestation immédiate ou à un nouvel exil. Au lieu de cela, M. Touadéra – qui avait été premier ministre sous Bozizé et a besoin du soutien électoral des populations favorables à l’ancien président – a décidé de traiter son ancien patron avec le respect dû à un ex-chef d’Etat. M. Bozizé ne lui a pas rendu la politesse, soutenant l’organisation des principaux groupes armés en un seul mouvement avec l’intention manifeste de perturber les élections par la violence.

Le second mandat de M. Touadéra devrait donc commencer sur une note moins optimiste que le premier. Les violences se poursuivent en Centrafrique, dont certaines près de la capitale, et notamment dans la ville d’origine du président, Damara. L’accord de Khartoum est clairement mort. M. Bozizé reste un important facteur de déstabilisation. Beaucoup de personnalités politiques qui s’étaient présentées contre M. Touadéra aux élections contestent maintenant les résultats. Et même si le vote a eu lieu à Bangui et dans certaines parties du pays, il y a apparemment eu des perturbations importantes dans d’autres régions. Si elle peut se consoler du soutien continu de la communauté internationale, la Centrafrique ne semble guère mieux lotie qu’il y a cinq ans.

Jeff Hawkins est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a été ambassadeur des Etats-Unis en Centrafrique et consul général à Lagos, au Nigeria.

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