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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 12:56

 

 

 

 

GRIMARI, 17 avril 2014 (AFP) - Les enfants se mettent à courir, les yeux fous, au son de la rafale d'arme lourde : les combats entre ex-rebelles Séléka et miliciens anti-balaka bouleversent la paisible Grimari, bourgade fanée du centre de la Centrafrique.

 

Les villages sont vides, portes et fenêtres closes, à des kilomètres à la ronde. De rares poules ébouriffées rappellent que la vie, il y a peu encore, suivait normalement son cours.

 

Mardi, de petits groupes d'anti-balaka pro-chrétiens, reconnaissables à leurs multiples grigris censés les protéger des blessures, se rendaient à la queue leu-leu à Grimari (250 km au nord-est de Bangui), avait constaté l'AFP. Certains, très jeunes, portaient des machettes, d'autres de vieilles pétoires rouillées.

 

Mercredi, ce sont des véhicules des Séléka, ex-rébellion pro-musulmane en treillis beige, qui rejoignaient de nuit cette petite sous-préfecture, lance-roquette et fusils d'assaut à la main.

 

Depuis trois jours, Grimari, dont les bâtiments administratifs à un étage constituent autant de cartes postales pittoresques d'une cité coloniale oubliée, vit un cauchemar - auquel la force française Sangaris, aux blindés omniprésents, tente de mettre fin.

 

Quelque 4.600 chrétiens se sont réfugiés dans la paroisse de briques rouges de Notre-Dame de la Liesse, évidemment saturée.

 

Tous s'affolent lorsque des tirs, proches, se font entendre. Les femmes hurlent. Des enfants pleurent. Des rumeurs d'invasion de peuls armés jusqu'aux dents attisent les pires paniques. Les combats ont déjà fait plusieurs victimes.

 

Madeleine Kidjango dit avoir perdu sa nièce mardi. "Elle a voulu s'enfuir en voyant les phares des voitures des Séléka, son bébé sur son dos. Ils ont tiré sur elle", raconte la vieille dame de 80 ans, agrippée à sa canne en bois.

 

"Elle a fait 300 mètres jusqu'à chez nous. Elle pleurait, ses intestins sortaient. Elle est morte au bout de douze heures", poursuit-elle calmement.

 

Quatre orphelins demeurent, leur père étant également décédé l'an passé. Chancela, 10 ans, au t-shirt en morceaux et à la jupe jaunâtre, deviendra bientôt chef de famille, tant sa grande-tante semble peu vaillante.

 

"Mais je ne sais pas comment faire", murmure-t-elle en portant la petite Suzanne, 18 mois, finalement sauvée par sa mère.

 

- "Sortir la Centrafrique de la boue" -

 

La famille vit avec une centaine d'autres personnes dans la salle qui accueillait auparavant 53 élèves de CM2, comme l'indique le tableau noir.

 

On y lit une récitation, intitulée "le travail est notre ami", dont certains vers frappent : "Travaillez donc, travaillez... Les pauvres sont des charges pour l'humanité".

 

Assise sur un rebord de pierre, une commerçante au chômage forcé appelle la communauté internationale à "sortir la Centrafrique de la boue" et demande à la mission Sangaris de "laisser les anti-balaka chasser les Séléka".

 

"Pourquoi souffrons-nous comme ça? Pourquoi les chrétiens, toujours les chrétiens?", se lamente-t-elle.

 

A ses côtés, tous critiquent "les peuls" et "les Séléka", regroupée sous l'étiquette de "musulmans", peu importe si tous les musulmans n'ont pas pris les armes et si d'autres souffrent, comme eux, de la guerre.

 

Il n'y a pas si longtemps, les deux groupes vivaient pourtant en bonne entente à Grimari. "Des années durant, il n'y a jamais eu de bagarre interconfessionnelle", se rappelle le Père Sylvain, curé de la paroisse.

 

Mais depuis, les combats ont démarré. Et les réfugiés chrétiens, qui ne se nourrissent que de "mangues pourries", selon l'un d'eux, manquent de tout. La quartier musulman, trop dangereux, n'a pu être visité par l'AFP.

 

"Il y a déjà du paludisme. Après 72 heures de pluies, les diarrhées vont commencer", s'alarme Michel Fefionam, le chef du centre de santé de Grimari, dont les services devaient rouvrir mercredi soir, après trois jours de fermeture.

 

Plusieurs ONG et programmes onusiens sont arrivés sur place.

 

Au moins une trentaine de civils auraient péri de la main des Séléka, selon le recoupement de témoignages de plusieurs villageois. Ce que le capitaine Daoud, en poste à Grimari, qualifie de "mensonge".

 

"On a fait que répondre aux anti-balakas", qui ont attaqué les premiers et "tué des civils", explique-t-il.

 

Une source proche de Sangaris n'a pu communiquer aucun bilan.

A Grimari, Centrafrique, les groupes armés s'affrontent, la population en plein cauchemar
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 12:52

 

 

 

 

L'ONU et ses partenaires appellent à un don humanitaire pour les réfugiés en Centrafrique

 

NEW YORK (Nations Unies), 17/04/14 (Xinhua) -- Les agences humanitaires des Nations Unies et leurs partenaires ont lancé mercredi un appel de 274 millions de dollars pour aider les personnes qui ont fui le conflit en République centrafricaine (RCA) depuis décembre dernier.

 

Quatorze agences des Nations Unies, dont le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et des ONG partenaires ont demandé mercredi aux bailleurs de fonds de financer des opérations d'aide d'urgence destinées aux civils qui fuient le pays depuis décembre 2013, a déclaré le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarrac lors d'un point de presse quotidien.

 

"Les agences cherchent 274.000.000 dollars pour le plan d'intervention régional en République centrafricaine afin de financer les opérations de cette année", a déclaré M. Dujarric.

La communauté humanitaire estime que les personnes ayant fui la RCA pourrait être 362.200 à la fin 2014, et c'est pour cette raison qu'elle recherche cette somme dans le cadre d'un plan régional d'aide, a expliqué le porte-parole.

 

"Toutes les agences travaillant dans la région sont dramatiquement sous-financées", a déclaré, pour sa part, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Antonio Guterres lors de la présentation du plan régional d'aide à Genève.

 

"Le HCR dépense déjà trois fois plus d'argent que le montant reçu ou promis pour cette opération d'urgence et c'est toujours largement insuffisant pour répondre aux vastes besoins de cette population. Cela ne peut pas durer", a-t-il indiqué.

 

Selon lui, des financements sont nécessaires pour satisfaire les besoins urgents en matière d'abri, de nourriture, d'eau et d'installation d'assainissement, de soins de santé, d'éducation et de besoins essentiels.

 

La crise en République centrafricaine a commencé en décembre 2012 lorsque les rebelles seleka ont lancé, dans le nord du pays, un soulèvement qui a mené à la chute du régime en mars 2013. Les combattants seleka, pour la plupart des musulmans, se sont opposés à de jeunes chrétiens regroupés dans le mouvement anti-balaka, qui vise désormais les communautés musulmanes dans la capitale Bangui et dans l'ouest du pays.

 

La violence intercommunautaire a eu un effet dévastateur sur les civils des deux communautés, avec plus de 600.000 personnes qui sont toujours déplacées à l'intérieur du pays. Ce sont principalement des femmes et des enfants ayant fui les atrocités en RCA qui arrivent dans les pays voisins.

 

 

 

(La Voix de l'Amérique 17/04/14)

 

Des agences des Nations Unies (ONU) et des ONGs ont lancé cet appel mercredi aux bailleurs de fonds, les invitant à financer des opérations d'aide d'urgence destinées aux civils qui abandonnent la Centrafrique depuis plusieurs mois.

 

Près de 200.000 personnes ont fui la violence en République centrafricaine (RCA) ces quatre derniers mois, et l’ONU estime qu’ils seront plus de 360.000 d’ici à la fin de l’année. Ces déplacés cherchent à recommencer leur vie au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo (RDC) et au Congo-Brazzaville.

 

« Toutes les agences travaillant dans la région sont dramatiquement sous-financées », a déclaré Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), António Guterres.

 

« Le HCR dépense déjà trois fois plus d'argent que le montant reçu ou promis pour cette opération d'urgence, et c'est toujours largement insuffisant pour répondre aux vastes besoins de cette population. Cela ne peut pas durer », a-t-il estimé.

 

Parmi les besoins les plus criants: des abris, des vivres, de l’eau potable, des installations d'assainissement, les soins de santé et l'éducation.

 

http://www.lavoixdelamerique.com/content/article/1894831.htm...

 

 

Centrafrique : les agences des Nations unies lancent un appel aux bailleurs de fonds

 

http://www.adiac-congo.com/   Jeudi 17 Avril 2014 - 12:24

 

Alors que les violences se poursuivent en Centrafrique, plusieurs agences du système des Nations unies ont demandé aux donateurs, le 16 avril à Genève (Suisse), de financer les opérations d’aide d’urgence destinées aux civils qui fuient le pays depuis décembre 2013

 

Des financements sont nécessaires pour satisfaire les besoins urgents en matière d'abri, de nourriture, d'eau et d'installation d'assainissement, de soins de santé, d'éducation et de besoins essentiels.

 

La communauté humanitaire estime que le nombre de 362 200 réfugiés pourrait être atteint fin 2014. C’est la raison pour laquelle la communauté internationale recherche la somme de 274 millions de dollars dans le cadre d’un plan régional d’aide.

 

L’ONU estime à près de 200 000 le nombre de personnes ayant déjà fui ces quatre derniers mois la violence en Centrafrique. Elles luttent désormais pour recommencer leur vie au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo et en République du Congo. Outre les Centrafricains, les rapatriés et les ressortissants de pays tiers se comptent par milliers avec, parmi eux, des Camerounais, des Tchadiens et des Congolais qui vivaient en Centrafrique depuis des générations avant que la crise actuelle ne les ait forcés à retourner dans des pays où ils n’ont plus aucune attache, ce qui les rend vulnérables.

 

Lors de la présentation du plan régional d’aide, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a déploré le manque de fonds pour faire face aux besoins urgents. « Toutes les agences travaillant dans la région sont dramatiquement sous-financées. Le HCR dépense déjà trois fois plus d’argent que le montant reçu ou promis pour cette opération d’urgence et c’est toujours largement insuffisant pour répondre aux vastes besoins de cette population. Cela ne peut pas durer », a-t-il souligné.

 

La crise centrafricaine a commencé en décembre 2012, lorsque les rebelles séléka ont lancé, dans le nord du pays, un soulèvement qui a débouché sur la chute du régime de François Bozizé en mars 2013. Pendant des mois, les combattants séléka, pour la plupart des musulmans, ont commis des atrocités contre les chrétiens. Regroupés dans le mouvement anti-balaka, ceux-ci, à leur tour, visent les communautés musulmanes tant à Bangui, la capitale, que dans l’ouest du pays.

 

Ces violences intercommunautaires ont eu un effet dévastateur sur les civils des deux communautés, entraînant le déplacement de 600 000 personnes à l’intérieur du pays. Ce sont principalement des femmes et des enfants ayant fui les atrocités en Centrafrique qui arrivent dans les pays voisins.

 

Outre des ONG, les agences des Nations unies participant à ce plan régional sont : le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

Nestor N'Gampoula

 

RCA: l’ONU et des ONGs réclament 274 millions de dollars pour aider les déplacés
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 12:25

 

 

 

 

 

17/04/14 (La Voix de l'Amérique)

 

Le conflit en République centrafricaine (RCA) pourrait menacer la sécurité de toute la région, a estimé mercredi le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende. Des milliers de Centrafricains fuyant le conflit dans leur pays ont traversé la frontière avec la République démocratique du (RDC), a souligné le ministre de l'Information, en ajoutant que le gouvernement de Kinshasa œuvre avec les états membres de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) pour aider la RCA à stabiliser la situation.

 

« Ce conflit nous préoccupe davantage parce que nous partageons 1.600 kilomètres de frontière avec la République centrafricaine » a dit M. Mende à la Voix de l’Amérique (VOA). « Donc, tout ce qui peut arriver dans ce pays, peut affecter notre sécurité », a-t-il ajouté dans une interview avec Peter Clottey. « C'est pourquoi nous sommes impatients d’aider à stabiliser la situation là-bas ».

 

La RDC a envoyé un bataillon de soldats et une unité de policiers en civil en Centrafrique, a poursuivi M. Mende, l’avantage étant que la plupart de ces militaires parlent les langues locales. Ce qui leur permet de raisonner plus facilement avec les factions rivales, a fait valoir le ministre. « Parce que nous partageons leur culture, nous partageons leurs langues, donc c’est très facile pour nous d'essayer d'aider quand le moment de négocier arrive », a déclaré M. Mende.

 

Il s’exprimait après qu’Antonio Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ait averti mercredi que le conflit en RCA pourrait déstabiliser la région et menacer la sécurité mondiale.

 

http://www.lavoixdelamerique.com/content/mende-le-conflit-en...

 

 

Lambert Mende: le conflit en Centrafrique, une menace à la sécurité de la région
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 17:24

 

 

 

 

 

GENÈVE, 16 avril 2014 (AFP) - Attirer l'attention des gouvernements et des opinions sur la gravité de la crise en République centrafricaine et les dangers qu'elle provoque pour la région demeure difficile, a souligné mercredi Antonio Guterres, le Haut Commissaire pour les Réfugiés des Nations unies.

 

"La République Centrafricaine a le potentiel de générer une insécurité sur le plan régional qui la mette au niveau des autres grandes crises", comme le Soudan ou la République démocratique du Congo, a indiqué à l'AFP M. Guterres.

 

Environ le quart des 4,6 millions d'habitants de la RCA ont été déplacés, en majorité des musulmans qui constituent environ un cinquième de la population.

 

Environ 200.000 personnes ont fui le pays, en majorité vers le Tchad et le Cameroun voisins. Le nombre de réfugiés pourrait atteindre 360.000 d'ici la fin de l'année, selon l'ONU.

 

Les agences onusiennes ont lancé mercredi un appel pour 274 millions de dollars (241 millions d'euros) afin de prévoir les opérations dans les pays voisins, mais un appel précédent pour les opérations en RCA de 550 millions de dollars n'a été couvert que pour 200 millions.

 

"Notre présence sur le terrain dépend à la fois de la sécurité et des financements", a rappelé William Swing, qui dirige l'Organisation internationale pour les migrations.

 

Difficile mobilisation internationale pour la Centrafrique (Guterrres)
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 17:23

 

 

 

 

 

BANGUI 16/04/14 (Reuters) - Des milliers d'habitants de Boguila, une ville située à environ 500 km au nord de Bangui, ont fui des combats entre miliciens anti-balaka et soldats tchadiens qui escortaient un convoi de civils musulmans fuyant la Centrafrique la semaine dernière, annonce Médecins sans Frontières.

 

Selon MSF, les soldats tchadiens conduisaient au Tchad les 540 derniers habitants musulmans de la ville de Bossangoa, au nord-ouest du pays, lorsqu'ils ont été attaqués par les miliciens chrétiens.

 

Les combats ont fait au moins trois blessés et ont conduit la majorité des habitants de Boguila, soit environ 7.000 personnes, "à fuir dans la brousse dans un mouvement de panique", a précisé Stefano Argenziano, le chef de mission de MSF en Centrafrique dans un communiqué publié mardi.

 

MSF dit ne pas être en mesure de fournir un bilan plus précis faute d'avoir accès à cette région du nord de la Centrafrique où les miliciens anti-balaka se vengent sur la population musulmane des exactions menées l'an dernier par la Séléka, l'ex-alliance rebelle majoritairement musulmane qui avait chassé du pouvoir le président François Bozizé.

 

Les soldats tchadiens déployés dans le cadre de la mission de l'Union africaine (Misca), qui tente de stabiliser le pays aux côtés des soldats français de l'opération Sangaris, ont escorté des dizaines de milliers de civils musulmans hors de Centrafrique ces derniers mois.

 

Le président Idriss Déby a annoncé leur retrait au début du mois en raison des fréquents accrochages avec la population chrétienne et animiste, qui les accuse de protéger les ex-Séléka.

 

(Tangi Salaün pour le service français)

 

Des milliers de civils ont fui de récents combats en Centrafrique
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 17:21

 

 

 

 

 

SARH, 16 avril 2014 (AFP) - Le Tchad a annoncé mercredi avoir achevé le retrait de Centrafrique de l'ensemble de son contingent au sein de la force africaine (Misca), lors d'une cérémonie à Sarh (sud) présidée par le Premier ministre Pahimi Deubet Kalzeubé, a constaté un correspondant de l'AFP.

 

"Le dernier soldat a traversé la frontière le 13 avril à 20 heures", a déclaré lors de la cérémonie le chef du contingent tchadien auprès de la Misca, le colonel Souleyman Adam, en présence du Premier ministre qui s'est félicité d'un retrait "ordonné et discipliné".

 

Ce retrait avait été décidé le 3 avril par le président Idriss Déby Itno après que l'ONU eut accusé les soldats tchadiens d'avoir tiré sur des civils à Bangui.

 

Au total, 833 soldats ont traversé la frontière avec armes et bagages, à l'issue d'un engagement dans la Misca qui a coûté la vie à 15 des leurs, selon le gouvernement de N'Djamena.

 

Fustigeant "ceux qui s'emploient obstinément à vouloir ternir l'image de nos vaillantes forces de défense et de sécurité", le Premier ministre a notamment demandé aux forces française Sangaris et à la Misca "d'assurer la sécurité de ceux de nos compatriotes encore restés en Centrafrique".

 

Début avril, le gouvernement tchadien avait annoncé le retrait de ses quelque 850 soldats de la Misca (6.000 hommes au total) en dénonçant une "campagne malveillante" contre ses soldats, à nouveau mis en cause après avoir tué 24 civils à Bangui.

 

Une décision "irrévocable", avait affirmé ensuite le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat, jugeant que son pays était victime d'un "lynchage systématique" et avait "suffisamment encaissé".

 

Mardi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a dit espérer que ce retrait du contingent tchadien "n'est pas une option définitive".

 

Souvent associée à la coalition rebelle Séléka, majoritairement composée de musulmans et de mercenaires étrangers, et qui avait pris le pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014, l'armée tchadienne avait mauvaise réputation auprès de la communauté chrétienne de Centrafrique.

 

La communauté musulmane, en revanche, tenait particulièrement à la présence de ce contingent pour la protéger des exactions des milices chrétiennes "anti balaka" qui n'hésitent pas à s'attaquer aux civils musulmans, qu'ils accusent de connivence avec l'ex-rébellion Séléka.

Le Tchad annonce avoir retiré toutes ses troupes de Centrafrique
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 13:12

 

 

 

 

16/04/14 (Jeune Afrique ) Pierre Boisselet, envoyé spécial à Bangui

 

Les violences intercommunautaires dans la capitale centrafricaine réveillent de douloureux souvenirs chez les soldats rwandais de la Misca. Qui tentent d'utiliser leur expérience pour apaiser les tensions.

 

"Je dis merci aux Rwandais qui nous défendent contre les anti-balaka. Ils sont très disciplinés, organisés, et ils respectent nos valeurs africaines." Dans la cour d'une maison du quartier PK12, où se sont rassemblés quelques-uns des derniers musulmans de Bangui, Ibrahim Alawad n'a pas de mots assez forts pour exprimer sa gratitude envers le contingent rwandais de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca). Ce sont ses soldats qui ont la responsabilité du quartier, comme de la moitié de la capitale centrafricaine.

 

Silencieux, les officiers rwandais l'écoutent, avec un sourire un peu gêné. Les compliments ne peuvent, bien sûr, que les réjouir. Mais ils ne voudraient pas donner l'impression qu'ils prennent parti pour cette communauté, alors que la majorité des habitants de la ville sont chrétiens et, pour beaucoup, désormais hostiles aux musulmans, ne fussent-ils plus que quelques centaines. Or les miliciens chrétiens anti-balaka, prompts à voir tous ceux qui leur résistent comme des ennemis, considèrent les Rwandais comme des "musulmans" - à tort, évidemment. Les opérations de ces derniers se déroulent donc souvent dans un climat très tendu. Les soldats rwandais doivent régulièrement faire usage de leur arme pour tenir la foule à distance et subissent parfois des jets de grenade. Depuis le début des opérations, en janvier, dix d'entre eux ont déjà été blessés, pour la plupart dans ce type d'attaque.

 

Et puis il y a l'histoire de leur pays, qui résonne avec une force particulière sur les rives de l'Oubangui. Vingt ans après le génocide des Tutsis, la vue de miliciens armés de machettes dressant des barricades et traquant les membres d'un groupe minoritaire ne peut que faire remonter de douloureux souvenirs chez ces soldats qui, pour la plupart, ont vécu les événements de 1994. Nombre d'entre eux, en particulier parmi les officiers, viennent des rangs de l'Armée patriotique rwandaise (APR, branche armée du Front patriotique rwandais), cette rébellion issue de la minorité tutsie qui a combattu les forces génocidaires jusqu'à prendre le pouvoir, le 4 juillet 1994.

 

C'est par exemple le cas du commandant du contingent, le lieutenant-colonel Jean-Paul Karangwa, et de certains de ses adjoints, comme le major Jean-Bosco Muhizi. En juin 1994, ce dernier était un simple rebelle de l'APR se battant depuis trois ans contre les Forces armées rwandaises (FAR, hutues), régulièrement soutenues par l'armée française. Lui et ses compagnons d'armes étaient sur le point de faire tomber le régime génocidaire quand Paris a déclenché l'opération "militaro-humanitaire" Turquoise, qui a pris le contrôle du sud-ouest du pays et leur a barré la route. "Nous avons dû attendre le départ des Français pendant longtemps avant de pouvoir prendre le contrôle de tout le territoire. Nous avions reçu l'ordre de ne pas les combattre", se souvient Muhizi, sans animosité.

 

Des officiers bilingues pour faciliter la communication

 

Il y a donc quelque chose d'assez extraordinaire à voir les soldats rwandais prendre la défense de l'armée française à Bangui. Comme cet officier qui répond, près de la mosquée centrale, à un jeune musulman tendant les photos de ses proches massacrés et accusant les Français de l'opération Sangaris d'avoir laissé faire. "Il faut essayer de comprendre : ce ne sont pas les Français qui tuent. On ne peut malheureusement pas protéger tout le monde", explique-t-il calmement.

 

Le rapprochement qui a mené les deux armées à collaborer sur le terrain pour la première fois en vingt ans s'est amorcé en juin 2013, avec la nomination du Rwandais Jean-Bosco Kazura à la tête de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma). Depuis, ce dernier coordonne à Bamako son action avec la force française Serval.

 

En Centrafrique, afin de faciliter la communication avec les Français et les autres armées francophones de la Misca, des officiers bilingues ont été sélectionnés pour commander le bataillon d'infanterie mécanisé de 850 hommes, qui dispose notamment de plusieurs blindés légers. Le très courtois et diplomate chef de contingent, Jean-Paul Karangwa, se réunit presque quotidiennement avec ses homologues et avec le commandant de la force, le général camerounais Martin Tumenta Chomu. "Nous n'avons pas de problème de communication avec eux, assure-t-on à Paris, où la première préoccupation est de trouver des alliés fiables pour partager le fardeau centrafricain. Les relations entre les deux armées sont très bonnes. Les Rwandais sont très professionnels et font partie des bons contingents de la Misca." Le discours officiel est le même du côté rwandais. Mais en privé, certains officiers font part de frustrations sur la gestion de l'opération. Il y a eu par exemple, mi-février, ce convoi escorté par les Rwandais depuis la frontière camerounaise (comme ils le font une fois par semaine depuis, en alternance avec les Burundais) et repris en main par la force Sangaris avant son entrée dans la capitale. "Nous avons eu l'impression que les Français s'attribuaient le crédit d'une opération que nous avions menée, se souvient un officier rwandais. Nous étions vraiment remontés. Mais nous n'avons rien osé dire à cause de l'histoire trop sensible entre nos deux pays. Depuis, nous avons décidé d'avoir un dialogue plus franc avec eux. C'est beaucoup mieux ainsi."

 

Officiellement, Sangaris n'est là que pour "appuyer" les troupes africaines de la Misca. Et la coordination avec des Français parfois réticents à faire courir des risques à leurs hommes est souvent lourde. Lorsque des habitants du quartier Miskine (placé sous le contrôle du contingent rwandais) ont érigé des barricades sur l'une des artères de Bangui, il a ainsi fallu attendre plus de deux jours avant qu'une opération conjointe entre Sangaris et la Misca soit déclenchée pour les enlever...

 

Français et Rwandais ont également des analyses quelque peu différentes concernant les Forces armées centrafricaines (Faca). Pour les premiers, il est hors de question de réarmer ces soldats exclusivement chrétiens et peu disciplinés. Au contraire, certains officiers rwandais estiment qu'il faut accélérer leur réintégration. "De toute façon, ce sont eux qui devront, à terme, assurer la sécurité de leur pays. Bien sûr, il ne faut pas leur faire une confiance aveugle. Mais nous pourrions commencer par tester certaines unités pour voir comment elles se comportent", plaide l'un d'eux.

 

Ces soldats qui ont intégré dans leurs rangs d'anciens membres des FAR, leurs adversaires d'hier, voient sans nul doute dans leur armée un modèle à suivre pour la Centrafrique. "Pendant nos patrouilles de sensibilisation, nous parlons aux habitants de ce qu'a connu le Rwanda et de la réconciliation, explique le lieutenant-colonel Karangwa dans le mess des officiers du camp Socati, principale base rwandaise. Si aujourd'hui des ex-FAR se battent avec nous, pourquoi cela ne pourrait-il pas arriver ici ?" Derrière lui, des militaires du génie s'activent pour terminer la construction de bâtiments en dur avant la saison des pluies. Ces hommes, arrivés il y a trois mois, savent qu'ils sont là pour un an. Au moins.

 

http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2778p020.xml6/rwanda-c...

 

Lu pour vous : Rwanda - Centrafrique : à Bangui, le passé résonne dans l'esprit des soldats rwandais
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 12:57

 

 

 

 

 

 

PARIS, 15 avril 2014 (AFP) - Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a espéré mardi que le retrait du contingent tchadien de la force africaine d'interposition en République centrafricaine (RCA) n'était pas définitif.

 

"J'espère que ce n'est pas une option définitive parce que ce sont de bons combattants et en plus, il y a une question géographique parce que le Tchad et la RCA sont limitrophes et il y a d'autres pays à côté, le Soudan etc. Et il faut quand même que la protection soit assurée", a déclaré le ministre devant des députés.

 

"Le président tchadien Idriss Déby considère qu'il met à disposition des hommes et (fait) des efforts sur le plan humain, parfois au prix de la vie, et des efforts financiers, et il (m'a) dit" n'avoir rien en retour, a souligné le ministre devant la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

 

Début avril, le gouvernement tchadien a annoncé le retrait de ses quelque 850 soldats de la force interafricaine Misca (6.000 hommes) en dénonçant une "campagne malveillante" contre ses soldats, à nouveau mis en cause après avoir tué 24 civils à Bangui. Une décision "irrévocable", avait affirmé ensuite le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat, jugeant que son pays était victime d'un "lynchage systématique" et avait "suffisamment encaissé".

 

"D'une part, les Tchadiens ont été très engagés mais d'autre part, ils se sont trouvés dans une situation extrêmement difficile parce que la population leur a reproché d'être partisans et de ne s'intéresser qu'aux musulmans et d'être durs avec les anti-balaka" (milices d'auto-défense à majorité chrétienne), a rappelé M. Fabius.

 

"Militairement, les choses sont organisées pour pallier cette absence mais je maintiens, tout en reconnaissant l'extrême difficulté et le fait qu'il faut que les forces soient impartiales, que les Tchadiens ont constitué un apport globalement en Afrique qui est utile. Là aussi, la diplomatie est à l'action ", a déclaré le ministre français.

Centrafrique: Fabius espère que le retrait du contingent tchadien n'est pas définitif
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 12:30

 

 

 

 

 

http://www.euractiv.fr/ 

 

A l'issue d'une visite en Centrafrique, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon appelle la communauté internationale à réagir rapidement face à l'urgence de la situation dans le pays.

 

Le Conseil de sécurité a approuvé ma proposition de déployer une mission de maintien de la paix en République centrafricaine, ouvrant la voie à l’envoi de 10 000 militaires et de quelque 2 000 policiers pour rétablir un semblant d’ordre dans une nation en ruines.

 

Je viens de rentrer d’une visite enCentrafrique où j’ai pu me rendrecompte par moi-même de ce qui s’ypasse. Dire que la situation est désespérée est un euphémisme.

 

Dans ce pays de la taille du Texas, plus de la moitié de la population a besoin d’aide pour survivre. Un Centrafricain sur quatre a été arraché à son foyer. Dans les camps de fortune installés à l’aéroport de Bangui où je me suis déplacé, jusqu’à 500 personnes doivent partager un sanitaire. Et les conditions ne vont faire que s’aggraver avec l’arrivée de la saison des pluies.

 

« Qui accepterait de vivre ici ? », m’a lancé une femme. « Mais nous risquerions nos vies en restant   nous vivions. »

 

La majorité de la communauté musulmane du pays a fui pour échapper à la terrible vague de violences interconfessionnelles qui a coûté la vie à de nombreux innocents de part et d’autre. Et les atrocités continuent. Le système judiciaire s’est effondré. Le nettoyage ethnoreligieux est une réalité. Ce sont des communautés entières quisont démantelées.

 

Parmi les nombreuses privations que connaît la Centrafrique, c’est le temps qui lui fait le plus défaut. Il faudra au moins six mois pour que la mission de maintien de la paix soit opérationnelle. En attendant, la population du pays doit lutter chaque jour pour survivre.

 

Je me suis arrêté en République centrafricaine avant de me rendre au Rwanda à l’occasion du vingtième anniversaire du génocide. Au Rwanda, j’ai exprimé ma profonde tristesse devant l’inertie dont la communauté internationale a fait preuve lorsque le pays était dans la détresse.

 

Mais quid des crises qui se déroulent sous nos yeux ? La communauté internationale va-t-elle intervenir maintenant ou s’excuser dans 20 ans de ne pas avoir fait ce qu’il fallait quand elle en avait les moyens ? Les dirigeants de la planète vont-ils tirer les enseignements du passé et agir pour empêcher un nouveau Rwanda ?

 

Le centre de l’un des quartiers les plus touchés de Bangui que nous avons traversé n’est plus qu’une agglomération de carcasses de maisons et de magasins. Nous avons croisé une multitude de camions pleins à craquer de pots, de casseroles, de bidons d’eau, dernières possessions d’une population en fuite.

 

Femmes et hommes nous ont fait le récit poignant des violences sexuelles, des enlèvements et des menaces qui pèsent constamment sur leur vie. Les voilà devenus des prisonniers en puissance qui n’ont plus qu’une idée en tête : fuir. Les écoles, les hôpitaux et même les cimetières leur sont fermés, m’ont-ils raconté. « Nous ne pouvons même pas nous occuper de nos morts », a déploré l’un d’entre eux.

 

En ce moment, il faut nous occuper des vivants. Pour ce faire, nous devons agir, et vite, sur trois fronts.

 

La sécurité, d’abord. Les forces de l’Union africaine et les forces françaises travaillent d’arrache-pied pour rétablir la paix et la sécurité. L’arrivée des premiers soldats de la force de l’Union européenne est un renfort bienvenu. Mais des troupes supplémentaires sont nécessaires pour contenir la violence et protéger les civils. J’ai demandé que 3 000 militaires et policiers supplémentaires soient déployés immédiatement pour préparer l’arrivée de la future mission de maintien de la paix des Nations Unies.

 

Ensuite, le gouvernement a besoin d’aide pour rétablir les fonctions les plus essentielles de l’État, et notamment pour remettre la police, la justice et l’administration pénitentiaire au travail. La chef d’État de la transition, Catherine Samba-Panza, est déterminée à restaurer l’autorité de l’État. Mais, les caisses du pays étant vides, sa capacité d’action est fortement limitée. Le financement de l’aide humanitaire est également insuffisant : seuls 20 % des contributions annoncées ont été reçues.

 

Enfin, la nouvelle opération de maintien de la paix ne pouvant être qu’une partie de la solution, il est indispensable que s’engage un processus politique inclusif. Les chefs locaux et religieux ont un rôle fondamental à jouer : promouvoir la tolérance, la non-violence et le dialogue. Il est indispensable pour la paix que les auteurs de crimes odieux répondent de leurs actes. Le peuple centrafricain doit voir que l’état de droit vaut pour tous, quelle que soit leur croyance, des dirigeants aux combattants.

 

Ce sont là des éléments essentiels pour parvenir à la réconciliation et veiller à ce que les réfugiés et les déplacés puissent rentrer chez eux. Faute de quoi, on assistera à une partition de fait, qui sèmera les germes du conflit et de l’instabilité en ce cœur fragile de l’Afrique pour des années, voire des générations.

 

Au cours de ma visite, la responsable d’une association de femmes pour la paix m’a confié : « Notre tissu social est en lambeaux. Les liens qui nous unissaient sont rompus. Plus rien ne nous relie. Mais vous êtes là, vous qui représentez la communauté internationale. Nous savons maintenant que nous faisons partie du monde. » J’ai été très touché par sa confiance, mais je suis conscient que nous devons agir pour la mériter.

 

La République centrafricaine est un pays riche en ressources naturelles et en terres fertiles. Depuis des générations, le pays était un carrefour de cultures où coexistaient pacifiquement plusieurs communautés.

 

Il appartient à la communauté internationale de prouver, par ses actes, que le peuple centrafricain fait bien partie de notre humanité commune et de notre avenir partagé. Un peu d’aide fera grand bien. Il est de notre responsabilité collective d’agir maintenant pour ne pas avoir à se confondre en regrets dans 20 ans.

Lu pour vous : Un trou au cœur de l’Afrique
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 12:14

 

 

 

 

 

Bangui (AFP) - 16.04.2014 08:41 - Par Jean-Pierre CAMPAGNE

 

Un membre des rebelles de l'ex-Séléka avec son arme en bois devant la statue de l'ancien empereur Jean-Bedel Bokassa à Berengo, le 3 mars 2014

 

Ils ne le proclament pas, mais lorsqu'ils sont interrogés sur "l'époque Bokassa", la plupart des Centrafricains disent regretter "l'ogre" de Bangui, celui qui commit nombre de crimes, se proclama empereur, offrit de vénéneux diamants à un président français, avant de sombrer en exil.

 

"Kolingba est venu, il n'a rien construit. Patassé est venu, il n'a rien construit. Bozizé est venu, il n'a rien construit. Djotodia est venu, il n'a rien construit...". Après avoir récité la litanie des présidents centrafricains renversés, Daniel Nganazouri, en verve, poursuit, bras pointé tout autour de lui: "Le bâtiment là, le goudron, même le poteau électrique, c'est Bokassa. Même s'il volait, il a fait du bien".

 

Les autres jeunes de Bangui qui l'entourent approuvent. "Bon, c'était quand même un dictateur", relève Faustin.

 

Jean-Bedel Bokassa était d'emblée né, en 1921, sous le signe de la fantaisie. Son prénom était tiré de la réduction du nom du saint "Jean Baptiste de la Salle" comme l'on peut encore le voir sur les calendriers. Sorti capitaine après des années dans la coloniale depuis 1939, Indochine et Algérie inclus, il réussit un coup d'Etat de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 1965.

 

Aimablement qualifié de "soudard" par le général de Gaulle, célèbre pour des tortures et exécutions sommaires auxquelles il a été accusé de participer mais fidèle pilier de la Françafrique, il se proclame président à vie, maréchal, se convertit à l'islam, et puis organise son sacre d'empereur, sur le modèle de Napoléon 1er.

 

Aucun chef d'Etat, mais un ministre français participa à la grandiose cérémonie : 60.000 bouteilles de champagne et de Bourgogne, un défilé en carrosse pendant lequel deux chevaux, sur les six de l'attelage importé de France, crevèrent sous la chaleur équatoriale.

 

Le président français d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, grand chasseur de fauves et de gazelles, le fréquenta longtemps. "L'affaire des diamants" donnés par Bokassa, révélée par l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné, contribua vraisemblablement à sa défaite contre François Mitterrand en 1981.

 

"Les gens étaient payés sous Bokassa. L'armée centrafricaine était stable, c'était même un exemple pour d'autres pays africains", assure un serveur de l'Oubangui hôtel. Maintenant, aux abords de cet ancien grand hôtel qui semble partir en morceaux dans le fleuve Oubangui, ce sont des forces internationales, africaines et françaises, qui patrouillent.

 

Pas loin de la résidence présidentielle et... de l'ambassade de France.

 

-"Ca ira mieux quand il reviendra"-

 

L'armée centrafricaine est, elle, en lambeaux, minée par des rébellions depuis des décennies, achevée par la dernière offensive en mars 2013 de la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia, finalement contraint à la démission de la présidence centrafricaine en janvier 2014 pour n'avoir pas arrêté la spirale de tueries intercommunautaires et interreligieuses dans son pays.

 

"J'étais trop jeune sous Bokassa, mais mon père me disait du bien de lui, que c'était un bon président, un vrai nationaliste", dit la directrice du musée national de Bangui, Albertine Ouaboua, dans son bureau sans porte ni fenêtre, comme le reste du bâtiment dévasté au cours des violences et fermé au public.

 

Elle ne touche aucun salaire depuis cinq mois, mais comme tous les autres "impayés" vient au travail de peur d'être licenciée

 

"Ah, il a beaucoup tué quand même", tempère Dania, fille de diplomate et hôtesse d'accueil sans salaire.

 

Dans cette capitale provinciale aux rues trouées, aux ponts écroulés, quelques édifices encore debout surnagent, comme le "stade 20.000 places" construit par les Chinois, et la cathédrale catholique en briques rouges, au milieu desquels des vendeurs de rues proposent au passant des exemplaires du Journal officiel de l'Empire ou des tomes de la "Philosophie de l'opération Bokassa", témoignages de la mégalomanie sanglante de empereur ayant survécu aux pillages successifs de la capitale.

 

En novembre 1996, un reporter de l'AFP, venu pour une énième mutinerie dans l'armée, et qui couvrait les obsèques de l'ex-empereur rentré d'exil au pays pour y mourir, eut cet étrange échange à la sortie de la cathédrale.

 

Emu, un fidèle de Bokassa, lui confia: "Ca ira mieux quand il reviendra".

Le journaliste répondit: "Mais il est mort!".

 

"Oui, je sais", répondit le Centrafricain, "mais ça ira bien mieux quand il reviendra".

 

© 2014 AFP

 

Centrafrique : la nostalgie Bokassa, de l'empire fou au chaos
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