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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 16:03




FAO : lutter contre l’injustice, lutter contre la pauvreté

Un milliard d’affamés : On en parle quand par Denis Metzger *

LEMONDE.FR | 19.11.09 | 18h52  •  Mis à jour le 19.11.09 | 18h53

Tandis que les banquiers de Wall Street s'agitent pour battre le record historique des bonus qu'ils se payent à eux-mêmes, tandis que Goldman Sachs s'apprête à payer 11 milliards de dollars de bonus à ses cadres pour le premier semestre 2009, les plus déshérités sont broyés par la crise dans la plus grande indifférence.

La crise financière de 2008 et la crise économique qui lui succède depuis 2009 ont fait disparaître des esprits, et donc des médias, la crise alimentaire. Tout récemment, les cris de joie des banquiers saluant le retour des profits et des milliards de bonus ont couvert par leur vacarme insolent les cris des centaines de millions de pauvres qui n'ont pas les moyens de s'offrir plus d'un repas maigre par jour.

Au-delà du caractère inique et révoltant des bonus des banques, c'est le système lui-même qui nous interpelle. En 2008, au moment même où le monde crie famine, un tiers du revenu net de Goldman Sachs provient de ses interventions sur les matières premières (Wall Street Journal, 19 novembre 2008). Aujourd'hui, plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim, soit cent millions de plus qu'en 2008, cent cinquante millions de plus qu'en 2006 !

Il n'est pas de meilleur moment pour le réveil des consciences, car au-delà du sentiment d'injustice qui nous saisit, on entrevoit la solution dans le problème même. Il s'agit bien d'une question de juste répartition et non d'un problème de pénurie de biens ou de capitaux.

Au Niger en 2005 les politiques agricoles imposées par Washington ont ruiné les paysans modestes, entraînant des milliers de morts dans l'une des grandes famines de notre temps. En 2008, les taux de malnutrition se sont ponctuellement détériorés dans la région nord de la Côte d'Ivoire ; ils ont alors presque doublé pour atteindre 17,5 % (sources : ministère de la santé, Unicef, FAO). Les exploitations d'hévéa, qui produisent du caoutchouc pour l'automobile, ont dû licencier par milliers, de même que les exploitations de forêts produisant pour la filière bois de construction. Les cours se sont effondrés alors que le prix des denrées alimentaires reste stabilisé à son plus haut niveau. Tributaires des marchés, les petits producteurs des zones rurales et les ménages pauvres sont poussés dans les zones urbaines où l'accès à la nourriture leur est très difficile. Le taux d'extrême pauvreté, longtemps maintenu à 10 %, a explosé à 48,9 % en 2008 selon une enquête menée par le gouvernement ivoirien.

En 2009, dans le silence, on meurt aussi de faim en République centrafricaine, pays où 67 % de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté et où un ménage sur deux ne consomme qu'un repas de farine de manioc par jour. C'est dans ce contexte de misère chronique que la Société d'exploitation forestière de Centrafrique a dû licencier 50 % de ses salariés. Avec le ralentissement des activités minières et commerciales, qui constituent le moteur de l'économie locale, les foyers se trouvent dans l'incapacité d'acheter de la nourriture, que les prix maintenus élevés par les cours mondiaux ont rendu inaccessibles. A Berberati, où ACF s'est installé en urgence, plus de 1 100 enfants sont au seuil de la mort, victimes de cette maladie de la honte qu'est la malnutrition aiguë sévère. Ventres ballonnés par le kwashiorkor, côtes décharnées par la faim, extrêmes images, encore et encore, d'un insoutenable scandale.

Si nous ne prenons pas garde, le monde qui a commencé à se révolter contre nos valeurs se révoltera pour de bon contre nous. Car plus que le manque, c'est l'injustice qui fomente les révoltes. Oui, le monde a faim de pain mais plus encore de justice.

A la veille du sommet mondial pour la sécurité alimentaire, nous lançons un appel aux Etats présents à Rome pour qu'une réponse concrète à cette urgence de santé publique mondiale soit enfin apportée. Eradiquer la malnutrition est possible. Il suffit de le vouloir.


*Denis Metzger, président d'Action contre la faim (ACF)

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Centrafrique-Presse.com - dans Humanitaire