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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 18:28


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(Le Temps.ch 25/02/2010)


Le Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, basé à Genève, a besoin d’environ 15 à 18 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs. La décision doit tomber cet automne. Interview de son directeur, le Français Michel Kazatchkine

«D’ici à 2015, on devrait pouvoir dire: c’est le début de la fin des épidémies de sida, tuberculose et paludisme!» estime Michel Kazatchkine. Cela pour autant que les Etats accordent au Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, qu’il dirige, les budgets nécessaires. Ceux-ci vont être débattus en octobre, lors de sa séance de reconstitution de fonds pour les trois prochaines années. Un rendez-vous qui constituera donc une étape déterminante pour cet acteur principal dans l’aide développement.

Constitué en 2001 dans la foulée du sommet du G8 de Gênes, le Fonds mondial (FM) est basé à Genève, où son secrétariat emploie 568 personnes de 97 nationalités. Son modèle de fonctionnement? Un partenariat public-privé, qui vise à collecter, puis à allouer des ressources financières. «Nous ne menons pas nous-mêmes d’action sur le terrain, dit Michel Kazatchkine. Nous soutenons des programmes élaborés par les pays eux-mêmes, sur un mode orienté vers les résultats: nous ne débloquons les fonds pour chaque phase que si les objectifs proposés pour la précédente ont été atteints», en termes par exemple de personnes séropositives mises sous médicaments antirétroviraux (ARV), du nombre de tuberculeux ayant accès aux soins, ou de pourcentage de gens disposant de moustiquaires imprégnées. «Ce concept change profondément la vision politique de l’aide au développement et son appropriation par les pays concernés», souligne le directeur général du FM.


Le Temps: A mi-chemin vers les Objectifs du millénaire pour le développement, qui visent notamment à réduire d’ici à 2015 l’extrê­me pauvreté et la mortalité infantile, comment voyez-vous l’année cruciale qui s’ouvre pour le FM?

Michel Kazatchkine: Après l’échec mondial à la Conférence de Copenhague sur le climat, j’espère que la mondialisation ne se résumera pas à une suite d’opportunités économiques avant tout – c’est la direction que semblent prendre les dirigeants du G20, qui détiennent 85% du pouvoir économique mondial. Je souhaite qu’en 2010 le développement prenne vraiment pied dans les discussions politiques. Et que, avec dans le viseur les Objectifs du millénaire qui seront évalués en septembre par l’ONU, la santé reste aussi importante que les autres sujets proprement techniques liés au développement.

Il suffit de regarder la période 2000-2010: les progrès accomplis dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme se mesurent à une échelle que même les spécialistes n’imaginaient pas. Un exemple? En 2004, seules 200 000 à 300 000 personnes séropositives suivaient un traitement ARV. Aujourd’hui, 4 millions y ont accès. Rien qu’en Afrique, 40 à 45% des individus vivant avec le VIH prennent les médicaments dont ils ont besoin. Ce sont là des constats que parfois les gens des pays riches n’entendent pas: tout le monde n’a pas fait la transition entre les images de désolation et l’espoir.

Ce qui ne doit pas simplifier votre message…

– Il est ardu pour moi de bien cibler mon plaidoyer. Si je suis trop optimiste, l’opinion publique se distancie de ces problématiques, estimant qu’elles sont suffisamment prises en charge. Mais si j’insiste trop sur les aspects tragiques – 2 millions de morts par an du sida; 430 000 enfants qui naissent infectés chaque année dans les pays pauvres, alors que rien qu’en France il n’y en a eu que quatre en 2009 –, cela décourage les politiciens, qui pensent que leurs contributions ne sont qu’une goutte d’eau dans la lutte contre ces maladies.

Au final, je vais tout de même axer mon discours sur les progrès qui ont généré beaucoup d’espoirs et montré qu’il serait possible, d’ici à 2015, de mettre fin à la transmission du VIH de la mère à l’enfant – il faut pour cela 600 millions à 1,3 milliard de dollars par an d’ici à 2015. Cela ouvrirait la porte à une génération sans sida, une étape symboliquement très forte!

Concernant le paludisme, le FM a permis la distribution de 104 millions de moustiquaires à ce jour. Et il s’est engagé à en financer 250 millions d’autres. Or il en faudrait 300 à 320 millions, pour un coût de 2 à 3 milliards de dollars par an, afin d’atteindre une couverture dite «universelle» – on considère qu’avec une couverture de 60% des besoins la mortalité des enfants de moins de 5 ans baisse de 50 à 70% dans l’année qui suit. On serait donc théoriquement capable de rendre possible un monde sans paludisme d’ici à 2015, alors qu’il y a trois ans un enfant en mourrait toutes les 30 secondes en Afrique.


– On comprend donc qu’il vous manque de l’argent. Les Etats tiennent-ils leurs engagements?

– Au sommet du G8 de Gleneagles en 2005, qui avait été très porteur autour du développement et de l’Afrique, des engagements avaient été pris. Aujourd’hui, seuls 40% des fonds promis ont été accordés. J’en conclus que si les citoyens se disent vraiment concernés par la mondialisation (on peut s’en assurer lors de chaque catastrophe de grande ampleur), cela ne se traduit pas chez les politiciens par une priorité suffisante donnée au thème du développement.

– La Suisse est-elle un bon contributeur du FM?

– La Suisse, souvent vue comme terre d’accueil ou siège des organisations internationales, reste un des faibles donateurs, en proportion. Le pays alloue 0,4% de son produit national brut (PNB) à l’Aide publique au développement (APD), et 0,34% de celle-ci au Fonds mondial – soit 6 millions par an en 2008 et 2009. Les gros contributeurs du FM, comme la France, lui allouent jusqu’à 3% de leur budget de l’aide au développement; tous les Etats s’étaient engagés à allouer à l’APD 0,7% de leur PNB. Certes, la Suisse soutient nombre d’actions d’aide au développement, mais en mode bilatéral, à travers la Direction du développement et de la coopération (DDC). Ce qui lui permet d’acquérir une certaine visibilité.

Or on peut se demander jusqu’à quel point les programmes bilatéraux menés par les pays peuvent vraiment changer la donne des épidémies mondiales. Je ne dis pas qu’il faut cesser ces derniers, mais que l’un ne doit pas exclure ou trop amoindrir l’autre. Et qu’il faut définir précisément qui doit faire quoi. Les programmes bilatéraux ciblés s’avèrent, par exemple, très utiles pour apporter une aide technique en cas de flambée d’une épidémie.


– Etes-vous inquiet pour la suite?

– Oui. Lors du sommet du G8, l’an dernier à L’Aquila, les sujets de la santé et du développement ont largement été passés sous silence. Dans la presse, complètement. Je souhaite que le premier ministre canadien, qui organise le prochain G8 en juin, mette spontanément le sida, la tuberculose et le paludisme dans les discussions sur la santé, car ces trois maladies sont parmi les principales causes de mortalité chez les femmes et les enfants. Par contre, le prochain G20 a lieu en Corée du Sud en novembre. Et cet Etat, qui figurait parmi les plus pauvres quand il a été institué en 1948, est désormais très engagé dans le développement, puisqu’il est contributeur du FM. Cela dit, dans l’immédiat, je ne suis, c’est vrai, pas très optimiste.

– Les contributions des puissances naissantes, telle la Chine, sont-elles à la hauteur de vos espérances?

– La grande question est de savoir si la Chine, jusque-là récipiendaire «nette» de fonds du FM, et qui ne veut pas (encore) être vue comme un pays riche, va se muer en donatrice du FM. Car la Chine ne peut pas vouloir entrer politiquement dans la gouvernance mondiale sans s’engager aussi dans les efforts de solidarité globaux. Le risque est alors que les grands donateurs du FM deviennent petit à petit hésitants s’ils voient que ces puissances naissantes ne soutiennent pas le FM. Mais il semble que le gouvernement chinois y travaille. Car il y a eu un précédent intéressant: en 2007, après le G8 de Saint-Pétersbourg, la Russie s’est engagée à «rembourser» l’équivalent des fonds (plus de 220 millions de dollars) dont le pays avait bénéficié du FM, et qui ont aidé le pays à lutter contre la tuberculose et le sida en mobilisant les ONG de la société civile. C’est là une transition très intéressante, prélude d’un changement profond dans la perspective du développement des économies émergentes.

– Ces derniers mois, la grippe A(H1N1) a accaparé l’attention (médiatique). Au détriment des fléaux contre lesquels lutte le FM, et de vos soucis de finances?

– Je tire deux conclusions de tout cela: d’abord, l’apparition d’une nouvelle épidémie, communiquée à souhait par l’Organisation mondiale de la santé, a permis d’ancrer dans l’opinion publique le fait que la santé est une affaire globale, et non nationale. Toutefois, cela a aussi montré que, dans la panique, on s’occupe d’abord de soi; les politiciens se sont rués sur les vaccins pour leur pays. Et la presse a nourri les angoisses des gens, et vice versa. Ainsi, personne ne se préoccupait de la situation au… Laos. Les pays en développement ont disparu de l’écran-radar… Même si, là-bas, la question de la grippe porcine reste à des lieues de leurs préoccupations en matière de santé, malgré les progrès d’éducation et d’information…
Tout cela aura-t-il un impact sur la reconstitution de nos fonds pour les trois prochaines années? L’échelle à laquelle nous agissons est différente. Il faut au FM environ 15 à 18 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs. Nous allons présenter divers scénarios aux donateurs. La crise économico-financière est un très gros problème, car les Etats n’hésitent pas à couper d’abord dans les budgets de l’aide au développement. D’un autre côté, malgré la crise, je sens des vents favorables. Certains gros contributeurs (Etats-Unis ou Japon) ont indiqué qu’ils accroîtraient leur part. Cela dit, je sais que ce n’est pas en m’adressant aux ministres des Finances des pays riches que j’atteindrai le budget prévu. Car il est clair qu’il s’agira uniquement de décisions éminemment politiques. Celles-ci détermineront l’échelon sur lequel se trouvera le monde en 2015, dans les domaines du développement et de la santé.

Olivier Dessibourg

© Copyright Le Temps.ch

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