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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 02:59

 

 

 

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Pour espérer voir la RCA aller de l’avant c’est-à-dire aspirer à de lendemains meilleurs, nous devons sérieusement faire un état des lieux de notre pays, notre autocritique en posant un regard très lucide et sans complaisance sur l’état de notre société et les comportements qui ont cours de tout temps.


Car, si les actes d’anti valeurs existaient de façon marginale, ils sont, aujourd’hui, monnaie courante et par conséquent doivent être bannis de l’espace public. Sans quoi, notre pays sera longtemps condamné à tenir la queue de peloton dans le concert des nations marqué par une mondialisation et une globalisation implacables. Ce qui serait d’autant plus préjudiciable au destin de notre pays qu’ils sont de nature à compromettre gravement l’avenir des jeunes générations et des générations futures.


L’on doit impérativement se préoccuper de laisser à nos jeunes un pays viable où il fait réellement bon vivre au plan des mœurs politiques, économiques et sociaux. Rien ne serait plus répréhensible que de léguer une société où prévaudrait le règne de l’impunité et de l’arbitraire.


Dans cette optique, l’Etat doit, en permanence, s’ériger en une sorte de Vigie pour insuffler et promouvoir les valeurs cardinales de probité, de méritocratie, de défense des droits de l’homme et de stricte observation de la loi.

 

Mon diagnostic et mon analyse résultent de ce que malheureusement, aujourd’hui, la corruption et subsidiairement la fraude (1), le crime organisé (2), la remise en cause ou la tentative de remise en cause de l’ordre établi (3), l’emprisonnement arbitraire (4) sont érigés en mode de gouvernance. Et donc, n’émeut quasiment plus personne.

 

  1. Sur la corruption

 

       Afin de lutter efficacement contre la corruption ; à savoir les deux visages et deux modalités de la corruption (j’entends la corruption active et la corruption passive), cette hydre des temps modernes, qui fait florès sous nos cieux, j’avais déjà préconisé dans le texte-projet de société - destiné à juguler le marasme politique, économique et social de notre pays - que j’avais rédigé surtout à l’intention de nos pouvoirs publics de prévoir la mise en place de deux structures distinctes en charge de la question.


D’un côté, une structure constituée sous forme d’une Autorité administrative indépendante (AAI) aux moyens matériels et humains adéquats et chargée de réduire sensiblement le crime de corruption. De l’autre, et toujours au nom de l’impératif et de l’objectif tolérance zéro corruption et zéro fraude, je préconisais la création d’une Cour de répression des crimes économiques et financiers (CRCEF) pour juger et prononcer des sanctions contre les auteurs, coauteurs et complices de cette incrimination pénale.


Force est de reconnaître que nos administrations et notre système judiciaire - loin d’être épargnés par le fléau - sont gangrénés par le phénomène de la corruption.


La corruption étend ses tentacules à tous les niveaux de l’espace public.


En RCA, tout s’achète oupeut s’acheter moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.


Le service public censé être rendu gratuitement aux usagers est souvent payé. Il suffit de soudoyer pour obtenir une décision de justice à son avantage.


Il faut savoir que ce fléau fait perdre chaque année, des milliards de francs CFA, à nos finances publiques. Ce qui vient amoindrir d’autant la part déjà maigres de nos recettes publiques.


La corruption tue et annihile l’esprit d’entreprise et décourage l’introduction de l’investissement en RCA et notamment l’investissement en provenance des partenaires extérieurs. Elle est l’une des principales causes du chômage endémique dans notre pays.


C’est pourquoi, elle doit être impérativement éradiquée. En effet, c’est l’une des conditionnalités fixées par les bailleurs de fonds (FMI, Banque mondiale, BAD, Union européenne etc..) pour que le pays puisse bénéficier de leurs financements et des concours extérieurs.


La jurisprudence dite Balladur devenue, par la suite, doctrine Balladur-Jospin qui imposait aux pays demandeurs d’aide budgétaire de souscrire préalablement une convention avec les bailleurs de fonds multilatéraux pour prétendre bénéficier de l’aide financière dans le cadre de la coopération bilatérale notamment avec la France, notre partenaire historique, est aussi passée par là.


En conséquence de tout ce qui précède, j’invite instamment le nouveau gouvernement à s’atteler résolument à ce combat de lutte sans merci contre la corruption, condition sine qua non de notre développement et de notre crédibilité. Et, subséquemment, condition pour stopper l’hémorragie injustifiée de nos finances publiques. Cette hémorragie financière empêche, évidemment, l’Etat de mettre en œuvre ses programmes sociaux dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des infrastructures.

 

  1. Sur le crime organisé

 

En raison particulièrement des nombreux soubresauts qui ont secoué  notre pays, ces dernières années, des pans entiers de nos territoires sont devenus des lieux d’insécurité et des zones non droit mettant à mal la vie de nos paisibles populations.


Nos populations sont quotidiennement harcelées, mises en coupe réglée par des bandits de grands chemins et des délinquants sans foi ni loi.


Plus grave encore, la tentative de mise à mort d’autrui en se faisant parfois justice soi-même ne doit être tolérée sous aucun prétexte. Car, la vie humaine n’a pas de prix.


Si cette situation d’insécurité permanente est dommageable au climat d’apaisement de notre société, elle contribue profondément à dégrader et affaiblir le climat des affaires. Un tel contexte est de nature à décourager tout projet d’entreprise.


En contrepartie des sujétions auxquelles nos populations sont soumises, celles-ci sont en droit d’attendre de nos pouvoirs publics un environnement de sureté.


Afin de combattre le banditisme et le crime organisé, sous toutes leurs formes, sur l’ensemble de notre territoire national, j’avais opportunément suggérais la mise sur pied d’une véritable Brigade anti criminalité (BAC) dotée de moyens matériels et humains adéquats ainsi que d’un système judiciaire performant afin de répondre efficacement au défi de l’insécurité. L’impératif de sécurité est au premier rang des droits de l’homme.


L’autorité de l’Etat ne saurait être continûment bafouée.


Les criminels doivent être mis hors d’état de nuire. A l’égard des malfrats, la loi doit être exercée dans toute sa rigueur. La maxime latine ci-après nous enseigne que « Dura lex sed lex  ». En d’autres termes « la loi est dure mais c’est la loi » dit-on.

 

  1. De la remise en cause ou de la tentative de remise en cause de l’ordre établi

 

Souvenons-nous que Barack Obama, lors de son premier séjour sur le continent noir (Ghana) en tant que Président nouvellement élu des Etats-Unis, avait lancé à l’adresse des Africains que « l’Afrique a besoin d’institutions fortes et non pas d’hommes forts ».


Cette phrase empreinte de sagesse et qui sonne comme une admonestation suggère le mode démocratique de dévolution et de l’exercice du pouvoir en Afrique.


Retenons que le choix du Ghana par Barack Obama ne s’est pas fait par hasard mais s’expliquait davantage par la mise en œuvre réussie de la politique de bonne gouvernance politique et économique dans ce pays frère. Nous pouvons donc, sans complexe, nous inspirer du modèle ghanéen pour amorcer la pente ascendante.


En Centrafrique, on doit apprendre à respecter la loi et singulièrement la loi fondamentale (Constitution) et les textes connexes.


Il est important de souligner ici que, chez nous comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays africains, la plupart des chefs d’Etat sont arrivés au pouvoir par effraction c’est-à-dire par des voies non constitutionnelles même si certains pronunciamiento ont été qualifiés parfois pompeusement de coup d’Etat démocratique, salutaire ou salvateur notamment en raison de la pratique néfaste et partant de la nature devenue illégitime du pouvoir qui vient d’être évincé. Haro donc sur la pratique non constitutionnelle du pouvoir.


La Constitution, loi fondamentale de notre pays, doit être impérativement respectée. C’est pourquoi, toute tentative de tripatouillage de celle-ci doit être évitée sous peine de mettre en péril l’équilibre du pays et la paix civile.


Il est regrettable de relever qu’en 2013, les vieux démons n’ont pas totalement disparu. Les velléités restent encore vivaces de part et d’autre. De la part des tenants du pouvoir qui veulent coûte que coûte y demeurer ad vitam aeternam et des potentiels prétendants au fauteuil qui aspirent à y arriver et à s’y maintenir  durablement.


Nous devons privilégier le mode constitutionnel d’accession au pouvoir. Sans quoi, c’est la porte ouverte à l’aventure et au dommageable saut dans l’inconnue.


Nous devons inscrire notre destin dans la modernité c’est-à-dire dans le processus inversible de démocratisation pour mériter la respectabilité et la confiance de nos partenaires.


Cela passe par le respect de nos engagements internationaux. Cela commence aussi par la primauté accordée au caractère sacral de la parole donnée.


Toute tentative de remise en cause de l’ordre établi sera d’autant plus condamnable et condamnée que la Constitution est élaborée de façon consensuelle. Et donc, respectée dans sa lettre et dans son esprit.

C’est -à-dire que les joutes électorales seront organisées à terme échu et selon le chronogramme républicain.

 

  1. De l’emprisonnement arbitraire

 

L’Etat doit respecter la loi élaborée et adoptée à son instigation en évitant autant que faire se peut de recourir à l’emprisonnement ou à la détention arbitraires. Le mode carcéral doit cesser d’être la règle pour ne devenir que l’exception.


J’estime, pour ma part, que les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas négociables.


L’on ne transige pas avec les droits et les libertés humains sauf si la culpabilité de l’auteur d’une l’infraction pénale est judiciairement établie ou démontrée et sous l’empire d’une procédure débarrassée de  toute organisation d’une parodie de justice. Attention aux peines commandées c’est-à-dire aux peines prononcées, en réalité, sous la dictée d’une autorité politique au détriment de la règle de la séparation des pouvoirs.


L’Etat ne peut et ne doit s’exonérer de toute responsabilité en commettant lui-même l’arbitraire. La RCA doit construire un véritable Etat de droit.


Ainsi, j’invite les pouvoirs publics à désengorger, sans tarder, nos prisons et autres lieux de détention non conventionnels (lieux de détention secret) c’est-à-dire ne répondant pas aux standards internationaux en matière de régime carcéral en procédant à l’élargissement des prisonniers détenus arbitrairement ou coupables de délits d’opinion.


     Je saisis cette opportunité pour demander aux pouvoirs publics d’étudier la suppression pure et simple et la fermeture de ces lieux de détention.

 

Pendant que ces détenus croupissent en prison, les délinquants en col blanc ont, quant à eux, de beaux jours devant eux et ont parfois même pignon sur rue en narguant la population démunie dans son écrasante majorité et à laquelle a été extorquée ces biens pompeusement et scandaleusement exhibés comme un trophée. N’oublions pas que nous sommes dans un pays où plus de 60% de la population tire le diable par la queue, vivant en dessous du seuil de pauvreté c’est-à-dire avec moins de un (1) dollar par jour (moins de 550F CFA). L’enrichissement sans cause doit être sévèrement puni.


Je suis souvent au regret de constater que l’on met un point d’honneur à faire l’apologie et même la promotion de façon éhontée et cynique de cette engeance, coupables pourtant de concussion et de prévarication. La vue du moment de leur fortune insolente suffit à enivrer leurs prétendus laudateurs. Prosaïquement et trivialement appelés« doungourous » ou courtisans dans notre pays.


Les mentalités doivent être changées en Centrafrique. Ainsi, on assiste, aujourd’hui, à ce que j’appellerais une inversion des valeurs. Au préjudice des valeurs nobles que sont la culture de la méritocratie, de l’effort, du travail, du patriotisme, du civisme, de la paix. 

 

Si l’Etat centrafricain veut rendre le pays attractif, par conséquent, favorable au développement et ouvert à l’implantation de richesse et aux investisseurs, il doit s’efforcer de combattre sans merci la culture de l’impunité et de la violation de la loi, l’une des plaies de notre société.

 

Vive la paix en RCA pour que vive et prospère la République

 

 

 

                                                                                                Wilfried Willy ROOSALEM

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