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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 16:42

 

 

Boutef.jpg

 

Slate.fr 14/02/2011

Soumises à une pression internationale depuis 48 heures, les autorités algériennes n'ont pas l'intention de céder.

Habituellement très discret, Mourad Medelci, le ministre des Affaires étrangères algérien, est sorti de son bureau pour tenter de réagir à la pression internationale accrue depuis le rassemblement de l'opposition du 12 février. Un mouvement qui a été réprimé par la police.

La communauté internationale réagit

Il y a deux jours en effet, au soir des manifestations réprimées à Alger, alors qu'un député français exigeait de Sarkozy de condamner «fermement les dérapages du régime de Bouteflika», le président du Parlement européen a critiqué «le maintien de l'état d'urgence». Il a demandé la libération de tous les prisonniers politiques. Le 13 février, Barack Obama annonçait qu'il allait suivre la situation de près, en prévision de la prochaine marche de l'opposition, prévue pour le samedi 19 février: 

«Nous réaffirmons notre soutien aux droits universels du peuple algérien, y compris les droits de réunion et d'expression. Ces droits s'appliquent sur Internet.»

Le même jour, ce fut au tour du chef de la diplomatie allemande d'interférer dans le débat: 

«Nous condamnons toute forme de recours à la violence», ajoutant, sans voile, «nous sommes, en tant que démocrates, du côté des démocrates. Je l'ai déjà dit en ce qui concernait la Tunisie et l'Égypte.»

Puis, en direction de l'Algérie:

«Je le redis maintenant en allusion à d'autres pays».

Le régime d'Abdelaziz Bouteflika, coincé entre deux feux, intérieur et extérieur, a immédiatement réagi. Il a annoncé par la voix de son ministre des Affaires étrangères sa décision de «lever l'état d'urgence dans quelques jours». Une déclaration qui fait suite à la promesse du président Bouteflika faite il y a deux semaines, au lendemain des émeutes nationales de janvier 2011.

Le but: désamorcer les pressions de l'opinion nationale et internationale. Même si l'argumentaire de Medelci reste très léger, d'abord avec le classique «l'Algérie n'est ni la Tunisie ni l'Egypte», ensuite avec un mépris mal placé, en dénigrant des partis d'opposition présents à la marche. Il souligne que leurs scores électoraux «stagnent depuis des années». Contrairement à celui de Bouteflika, qui se rapproche à chaque scrutin du 100%.

De l'énergie à revendre

Le régime algérien, dirigé par un vieux briscard de la politique internationale —Bouteflika était déjà ministre des Affaires étrangères à 24 ans, à la fin des années soixante—, est fort, dans le sens où il a résisté à toutes les crises. Emeutes d'octobre 88, terrorisme des années 90, les crises internationales, les guerres avec le voisinage et le dangereux pourrissement de la situation sécuritaire au Sahel.

L'Algérie «digne et forte», pour reprendre le dernier slogan de campagne du président Bouteflika, dépense une énergie considérable à contrer toutes les manœuvres internationales et à déjouer calculs et stratégies de l'opposition interne. Mais elle dépense aussi de l'énergie tout court, étant le 14e producteur de pétrole et le 4e exportateur mondial de gaz naturel.

Et c'est grâce à ces ressources que les menaces extérieures risquent d'être sans effet, particulièrement de la part des Etats-Unis dont la politique d'approvisionnement énergétique dépasse largement les intérêts purement éthiques sur l'imposition de la démocratie partout dans le monde.

Les Etats-Unis ont lâché l'Algérie

Sauf qu'il y a un malentendu: en 2009, afin de s'assurer du soutien des Etats-Unis pour sa troisième réélection, le président Bouteflika avait promis d'aller plus loin dans le partage des hydrocarbures. Il avait ainsi concocté une loi privatisant une grande partie des de ces ressources au profit des grosses compagnies pétrolières américaines —pratiquement le seul secteur où elles sont présentes en Algérie.

Pour ce faire, il s'était rapproché de Chakib Khelil, un Algérien possédant la nationalité américaine et présent dans le domaine énergétique aux Etats-Unis. Chakib Khelil, ministre de l'Energie, surnommé le «Derrick US» à Alger, avait fait passer cette loi au Parlement dès 2010. Mais sous la pression de l'opinion interne, scandalisée par ce bradage du patrimoine national, et l'intervention expresse d'Hugo Chavez (à la tête du Venezuela), le président avait fait marche arrière. Il a annulé cette loi qui privait les générations futures du seul capital national que possède l'Algérie.

Depuis, les Américains ont perdu confiance en Bouteflika, roublard et changeant. Ils ne le soutiennent plus —ce dont le président algérien est parfaitement conscient. Mais la bataille est rude. Car le pétrole est d'abord une arme énergétique entre ses mains habiles : elle sert également à acheter un semblant de paix sociale au plan interne, contrairement à la Tunisie ou l'Egypte.

Bouteflika a des idées et du pétrole. Et il ne lâchera pas si facilement ses gisements.

Chawki Amari

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