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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 03:58

 

 

 

Etienne Tshisékédi

 

L’enjeu du “deuxième tour dans la rue”

 

8 décembre 2011


Alors que la proclamation des résultats est imminente, Kinshasa tétanisée par l’attente vit toujours au ralenti.

Les écoles sont fermées, ceux qui le peuvent s’abstiennent d’aller travailler en ville, la police est omniprésente, particulièrement visible du côté de Limete, fief des « combattants » de Tshisekedi. Le vice-président de la Commission électorale indépendante, Jacques Ndjoli, (issu de l’opposition) a tenté de rassurer l’opinion, déclarant qu’il n’y avait pas de vide du pouvoir et que le président actuel (dont le mandat expirait le 6 décembre) restait en fonctions jusqu’à l’installation du nouveau président.

 

Il apparaît que Joseph Kabila a de fortes chances de se succéder à lui-même, avec une avance de 13% sur son rival Tshisekedi.  Ces chiffres continuent à faire  hurler l’opposition :  elle crie à la fraude généralisée,  relève que la CENI n’a pas communiqué les taux de participation et que, dans plusieurs provinces (Bandundu, les deux Kivu et même le Katanga)  les résultats finaux diffèrent fortement des premières estimations communiquées le soir même des élections.

 

Afin de désamorcer la contestation, la CENI a cependant accepté la suggestion de l’Eglise catholique et de l’Union européenne, et, non contente de se référer aux procès-verbaux des centres locaux de compilation des résultats, elle tiendra compte des PV établis directement dans les bureaux de vote. Ces derniers peuvent être considérés comme la source la plus crédible, car ils ont été rédigés immédiatement après la clôture du vote et contresignés par tous les témoins présents, majorité, opposition et société civile.

 

Malgré le calme apparent, se déploie aussi une intense activité diplomatique : la Cour pénale internationale a fait savoir que ses équipes au Congo actaient et enregistraient tout, les faits mais aussi les déclarations incendiaires des uns et des autres, Roger Meece, le représentant de l’ONU à Kinshasa ainsi que les principaux ambassadeurs accrédités ont rencontré plusieurs ministres et plaidé pour la transparence, tandis que mercredi, les ambassadeurs de Belgique, de France et de Grande Bretagne se sont rendus à Limete, pour communiquer à Etienne Tshisekedi leur préoccupation face aux manifestations violentes qui se sont tenues à Matonge-Bruxelles, Paris, Londres ainsi qu’en Afrique du Sud. Au Cap, le consulat français a été attaqué et un membre du personnel diplomatique a trouvé la mort. Dans la capitale française, l’ambassade a été attaquée et occupée durant plusieurs heures.


Les diplomates européens ont clairement demandé au leader de l’UDPS de lancer un appel pressant à ses partisans pour leur demander de ne pas se livrer à des actes de violence. Mais M. Tshisekedi, critiquant vivement le président de la CENI, le pasteur Mulunda qu’il accuse de fraudes, n’a pas désavoué les « combattants » et il a estimé qu’il s’agissait d’ « expressions de la colère populaire » et d’ « actes spontanés ».

 

Cette spontanéité est cependant mise en question. En effet,  dans les capitales où la diaspora congolaise a exprimé son rejet des résultats présumés du scrutin, on s’interroge sur le caractère simultané de ces diverses manifestations, qui pourraient aussi répondre à un plan bien orchestré. A Bruxelles en effet, les observateurs ont été surpris de retrouver, au-delà de figures connues et de « bataillons » de jeunes révoltés, des membres de la diaspora venus de Paris ou de Londres, qui se trouvaient en arrière des casseurs. Une telle organisation permet de se demander si, utilisant sur la colère des jeunes manifestants mobilisés par la lecture d’Internet et des militants de l’UDPS convaincus de la victoire de leur leader, -même avant le vote-, une « main invisible »  n’aurait pas été tentée de perturber le jeu.

 

La manœuvre passe par les combattants de l’UDPS convaincus de la légitimité de leur action et poussés à l’avant plan,  mais aussi par d’autres, qui essayeraient d’organiser, dans la rue, un « deuxième tour » des présidentielles.

 

Ceux qui ont suivi de près les évènements de Bruxelles relèvent que certains de ces « manifestants sans frontières » auraient déjà participé, en septembre dernier, aux démonstrations organisées à Paris pour protester contre la visite du président rwandais Paul Kagame et qui s’étaient également traduites par des violences (voiture brûlée sur le périphérique, jeune femme Tutsie arrosée d’essence…) A Paris, cette semaine, des manifestants s’en sont à nouveau pris à l’ambassade du Rwanda et les services anti terroristes ont été sollicités.

 

Les services de sécurité craignent que ces manifestants violents, qui ont des relais à l’intérieur du Congo, ne jouent la provocation afin d’inciter les forces de l’ordre à faire des victimes. A Kinshasa déjà, le samedi 26 novembre, lorsque des  manifestants avaient lancé des pierres sur des voitures officielles se dirigeant vers l’aéroport de N’Djili où le président Kabila était censé atterrir, des coups de feu étaient partis de la foule, ce qui avait amené les forces de l’ordre à tirer sur les civils, faisant plusieurs morts (18 selon Human Rights Watch, un chiffre contesté par les autorités qui ont ouvert une enquête.) Si, au moment de la publication des résultats, les forces de l’ordre, provoquées ou non, ouvrent le feu et font des victimes, le vainqueur verra sa légitimité érodée davantage encore que par les accusations de fraude.

 

La but de ce « deuxième tour dans la rue » pourrait être d’obliger le candidat gagnant,  au nom de la réconciliation nationale, à « ouvrir son jeu » et à inclure certaines forces d’opposition dans le pouvoir. Bref, opérer enfin le tour de table que Kabila récusait avant les élections, expliquant que c’est précisément pour éviter cette négociation qu’il tenait tant à ce que le scrutin ait lieu dans les délais prévus !

Signalons cependant qu’Etienne Tshisekedi, convaincu de sa victoire complète, ne se sent pas concerné par ce scenario du partage du pouvoir. Reste à savoir si son parti, qui compte beaucoup de députés nouvellement élus, partagera le radicalisme de son leader.

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