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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:13

 

 

 

Boz centrafrique


http://www.humanite.fr    le 2 Janvier 2013


Alors que la coalition rebelle du Séléka a annoncé ce mercredi suspendre son offensive vers Bangui pour participer à des pourparlers de paix avec le gouvernement centrafricain, Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, par ailleurs directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group, décrypte la crise centrafricaine. 

 

Quelle est la genèse de la crise en République centrafricaine?

 

Thierry Vircoulon. C’est une crise née des frustrations de la gouvernance du régime. Les groupes armés qui forment le Séléka sont, pour la plupart, des groupes qui avaient déjà signé un accord de paix avec le pouvoir. Mais les conditions de cet accord de paix n’ont pas été appliquées. Notamment tout ce qui concernait le volet « Désarmement/Démobilisation/Réintégration » (DDR) n’a pas été mis en œuvre. L’UFDR [l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement qui, avec la Convention patriotique pour le salut wa Kodro (CPSK) et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), ont créé la coalition rebelle du Séléka début décembre – NDLR] est un mouvement qui avait signé un accord de paix en 2007 prévoyant la démobilisation de ses combattants…

 

Comment analysez-vous la réponse de François Bozizé, qui se dit prêt à négocier et à former un gouvernement dunion nationale?


Thierry Vircoulon. Les rebelles se rapprochent de plus en plus de la capitale. L’armée centrafricaine n’est pas en mesure de les contrer. La déclaration de Bozizé montre que le pouvoir n’a absolument plus d’alternative. Cela traduit sa faiblesse. Il a cédé aux conseils et aux injonctions de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

 

Existe-t-il un lien entre l’opposition à Bangui et la coalition du Séléka?


Thierry Vircoulon. Ils n’ont pas grand-chose à voir. Les mouvements qui forment le Séléka sont composés de groupes armés du nord-est du pays et qui ont très peu de liens avec l’opposition démocratique qui se trouve à Bangui. Les revendications du Séléka, axées sur le DDR, n’ont pas grand-chose à voir avec un agenda politique plus large.

 

La crise centrafricaine est-elle le révélateur de tout un tas de crises qui éclatent en ce moment en Afrique, et particulièrement en Afrique centrale?

 

Thierry Vircoulon. C’est révélateur de l’extrême faiblesse d’un certain nombre de régimes en Afrique centrale dont celui de la République centrafricaine où les mêmes événements se répètent. Des rebelles qui défient le gouvernement et sont plus forts que lui sur le terrain, on a déjà connu ça. Le général Bozizé lui-même est arrivé au pouvoir par un putsch en 2003. Ce qui se passe est, en réalité, la conséquence logique du non-règlement de problèmes de fond.

 

Bozizé est-il lâché par tous ceux qui le soutenaient peu ou prou?

 

Thierry Vircoulon. On sent cela. La France n’interviendra pas. Maisla région est beaucoup plus décisionnelle que Paris sur ce qui se passe en République centrafricaine. On a senti, lors de la réunion le 21 décembre de la CEEAC à N’Djamena, que les présidents de la région étaient très mécontents et ont pris la crise en main en imposant une feuille de route au gouvernement centrafricain, à savoir les négociations et le renforcement de la mission Micopax (Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine, sous la responsabilité de la CEEAC). Mais ils ne veulent pas la chute du régime Bozizé.

 

Si la crise perdure, quelles pourraient être les conséquences régionales?

 

Thierry Vircoulon. Les conséquences seraient importantes parce que c’est un test pour les capacités de la région à gérer les crises. Ce serait un discrédit et un défi forts lancés à la CEEAC et à l’Union africaine par les rebelles. On se retrouverait dans une situation de face-à-face entre la mission de la Micopax, les rebelles et l’armée tchadienne. Car à l’heure actuelle, le verrou qui protège Bangui, c’est Damara où se sont positionnés l’armée tchadienne et le reste de l’armée centrafricaine, la Micopax étant positionnée en protection directe de Bangui. Si les rebelles arrivaient jusqu’à Bangui, on risquerait de retrouver les heures sombres de 1996, 1997 ou 2003: la guerre dans la capitale.

 

Vous avez fait allusion à la faiblesse de larmée et, paradoxalement, stationnent en République centrafricaine des bataillons de larmée française là officiellement pour «défendre les ressortissants français», dixit François Hollande. Mais à lorigine quelle est la mission de ces troupes françaises?

 

Thierry Vircoulon. La mission actuelle du détachement sur place est essentiellement une mission de soutien aux troupes de la Micopax. La France y contribue également financièrement. La présence française en République centrafricaine a diminué fortement depuis des années. La dernière intervention militaire française date de 2007. Le pouvoir centrafricain a cru qu’il pouvait de nouveau contraindre Paris à l’aider. Mais François Hollande a clairement donné une fin de non-recevoir. La France ne fera qu’évacuer ses ressortissants. La main est vraiment laissée à la région pour la gestion de cette crise. Ce qui est testé, c’est l’architecture de paix et de sécurité en Afrique où les Occidentaux ne sont là qu’en appui. Les Africains doivent gérer la crise.

La France en réserve. Si François Hollande s’en tient à la ligne du « dialogue » intercentrafricain, refusant d’apparaître comme le sauveur de François Bozizé, ceux qui assurent la sécurité du président contesté sont… des Français. L’instructeur attitré de la garde présidentielle est un certain Francis Fauchart, passé par le Gabon. Il est lié à la société de mercenariat EHC, dirigée par un ex-général français, Jean-Pierre Pérez. Cette firme spécialisée dans les « services de sécurité » a récemment ouvert un « bureau de liaison » à Bamako, ses prestations dans le Mali en crise allant de la simple escorte jusqu’aux missions de conseil.

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview