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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 14:49

 

 

 

 

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Le Point.fr - le 29/12/2012 à 09:40

 

Les denrées alimentaires de base, comme le manioc, ont fortement augmenté et les habitants craignent l'arrivée prochaine des rebelles.

 

"On ne mange plus convenablement. Le manioc est devenu cher, tout est devenu plus cher", se plaint Angèle Bodero, une commerçante du marché Sambo, le plus grand Bangui, où l'avancée des rebelles a fait flamber les prix des denrées alimentaires. L'alliance Séléka, qui menace de renverser le régime du président François Bozizé, a lancé une offensive le 10 décembre dans le nord de la Centrafrique. Depuis, elle a pris plusieurs villes stratégiques se rapprochant dangereusement de Bangui, la capitale. Cette crise est venue s'ajouter aux difficultés de vie des Centrafricains qui figuraient déjà parmi les populations les plus pauvres de la planète.

Pagne délavé et usé pour couvrir ses jambes, gouttelettes de sueur perlant à son front, Angèle, assise sur un minuscule tabouret, vend des condiments. Ses trois bassines - noire, rouge, vert - sont posées à même le sol. Elle vit avec entre 1 500 francs CFA et 2 000 francs CFA par jour (2,2 à 3 euros). "Avec le même argent, on achète moins", souligne-t-elle, expliquant que la vie était déjà dure avant. Avec la rébellion, "les déplacements [hors de Bangui] sont difficiles. Donc, l'approvisionnement est plus difficile. Certains font de la surenchère", explique-t-elle.

Le manioc a augmenté de 50 %

À la flambée des prix s'ajoute désormais la peur. "J'ai peur comme tout le monde. Si les rebelles arrivent, où est-ce que je peux aller ?" s'interroge-t-elle. Des milliers de personnes se faufilent dans tous les sens entre échoppes, vendeurs à la sauvette, tables ou bidons sur lesquels sont posées des marchandises allant des gousses d'ail aux claquettes, du manioc aux pyramides d'oeufs frais, du savon sous toutes ses formes aux bidons d'huile...

Les voitures, dont des centaines de taxis jaunes qui chargent clients, grossistes et détaillants, se fraient difficilement un passage dans ce marché de plusieurs kilomètres carrés. Le manioc, l'aliment de base des Centrafricains, a augmenté de près de 50 %, le sachet passant de 13 000 francs CF à 18 000 francs CF (19,80 à 27,40 euros). Ce sachet nourrit une famille entre 15 jours et un mois. L'huile de palme, autre aliment de base, est passée de 15 000 à 17 000 francs CF (22,8 à 25,9 euros). Le gombo, un des condiments vendus par Angèle, de 500 francs CF à 750 (76 centimes à 1,15 euro)...

"Mes enfants ne mangent plus normalement"

"Il y a un impact réel du mouvement rebelle sur nos vies. Tu as une somme pour la nourriture, mais la réalité est là, tu achètes moins et tu manges moins", explique une cultivatrice, femme d'un militaire retraité qui n'a pas touché sa pension depuis six mois. "On tient par la grâce de Dieu", admet-elle. Le mari de Clarisse Nafé est malade et ne travaille plus. Privée de moyens, elle dit vivre grâce à la solidarité de la famille et de membres de son église. "Les prix montent. C'est un combat quotidien. C'est de la souffrance. Mes trois enfants ne mangent plus normalement. Il ne faut pas que le pays s'enlise dans le conflit sinon ce sera encore plus dur", raconte-t-elle.

"Bozizé a été élu [lors d'un scrutin contesté en 2011], que peuvent faire les rebelles de plus que lui ?" s'interroge-t-elle. Un peu plus loin, Jean Gueré, visage creusé par les rides, tente de vendre des tamis à farine qu'il fabrique lui-même au prix de 250 francs CFA (36 centimes d'euro) l'unité. Il affirme vivre avec environ 50 000 francs CFA par mois environ (75 euros), mais craint des jours encore plus difficiles. 

"Quand les gens ont moins d'argent, ils n'achètent que la nourriture. C'est la priorité. Pas mes tamis. Aujourd'hui, c'est la crise. C'est dur. Il faut la paix pour qu'on puisse travailler et s'en sortir", affirme-t-il. Euphrasie Ngotanga vend des produits maraîchers. "Le concombre a augmenté. La tomate surtout... Les gens l'achètent moins. Ils ne viennent plus. C'est la galère pour tout le monde", affirme-t-elle. "Si je parviens à tout écouler, je peux m'occuper de ma famille. Mais si je n'écoule pas tout, ce sera difficile." "J'ai peur que les rebelles arrivent. On ne va pas vendre des produits s'il n'y a pas la paix, lance-t-elle. Et alors, comment donnera-t-on à manger à nos enfants ?"

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Centrafrique-Presse.com - dans Société