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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 00:55

 

 

Saragba F

 

 

 

Indépendance cha-cha  tozuwi ye ! Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi, Oh Table Ronde cha-cha ba gagné oh! , Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye !  (En lingala, « Nous avons obtenu l’indépendance ! Nous voici enfin libres, À la Table Ronde nous avons gagné ! Vive l’indépendance que nous avons gagnée » Tour à tour ce refrain est repris en lingala puis en tshiluba et en kikongo, trois des langues principales qui sont parlées au Congo.

Pour les plus âgés d’entre-nous africains et centrafricains qui s’en souviennent encore, c’est bien sûr Joseph Kabassele Tshamala dit le « grand kallé », fondateur de l’african Jazz. Un tube mémorable, historique composé par Roger Izeidi et interprété officiellement  pour la première fois à l’hôtel plazza de Bruxelles par Kallé  pour clôturer la fin des travaux d’une harassante table ronde qui eût lieu du 20 janvier au 20 février 1960, entre d’une part onze partis politiques congolais et d’autre part, les autorités belges. Table ronde dont les résultats ont consacré et ont scellé définitivement l’indépendance du Congo voisin en ce début d’années 1960. Une année qui a vu l’accession à l’indépendance de treize autres pays africains dont la république centrafricaine le 13 août.
Refrain inoubliable qui vient se graver dans la riche quotidienneté d’une Afrique déjà éternelle, puisque berceau de l’humanité. Refrain mémorable, cri de victoire et de ralliement  jadis chanté sur tous les tons et dans toutes les langues sur tout le continent avec vigueur et triomphalisme dans l’euphorie des indépendances. Quelquefois, il était fredonné d’une manière erronée par ceux qui ne comprenaient pas le lingala comme berceuse ou encore roucoulé d’une manière langoureuse. Le tout sur  un rythme de rumba à deux tempos inspiré du fameux cha-cha-cha argentin à trois tempos des années 1950.

Que d’espoir suscité et vite déçu ! Que d’espérance en l’avenir ! Les colons sont partis, vivent les néo-colons, vive la françafrique. Cinquante ans « d’indépendance », cinquante ans de dépendance. Tel est sans complaisance le constat  immonde d’un demi-siècle d’une prétendue indépendance que l’on pourra désormais qualifier sans forfaiture de mirage.

LE CAMOUFLAGE DES ORIPEAUX DE LA PRATIQUE COLONIALE SOUS LA BANIERE DE L’INDEPENDANCE. LES INTERÊTS DES COLONS SONT DIAMETRALEMENT OPPOSES A CEUX DES COLONISES.

En effet, « L’indépendance » octroyée à contre cœur et avec rancœur par les anciennes puissances coloniales aux pays africains  se révèle être un mirage. Elle n’a jamais été effective. En Assénant d’une manière aussi sèche cette vérité, elle dégomme tout et invite le peuple africain à s’affranchir définitivement de l’asservissement colonial et postcolonial. Désormais les africains doivent  élaborer  par eux- mêmes d’une manière indiscutable les canevas d’un meilleur dessein. Lesquels canevas ne pourront qu’instaurer une véritable indépendance pour les cinquante années à venir.

L’indépendance ne se décrète pas, ni ne se donne.  Elle se conquiert par des luttes, elle s’arrache dans la douleur d’un îlot de sang et de flots de larmes. Une vérité que nous autres n’avons jamais voulu l’accepter. A tort, nous réfutons cette réalité. Nous pensions conquérir notre vraie indépendance en troquant l’essentiel contre les promesses et autres approximations sans opérer une rupture. La logique, les intérêts des colonisés sont diamétralement opposés à ceux des colons. Nier cette évidence, c’est tout simplement se résigner, se soumettre à la volonté et au bon vouloir du colon, pire, c’est se renier en tant que homme. Pourtant l’histoire de l’humanité, des rapports entre les hommes, des pays et des peuples colonisés est là pour témoigner. Aucun pays  ou  peuple qui a colonisé un autre depuis la nuit des temps  ne l’a fait par générosité, aucun de ces pays n’a gagné non plus son indépendance de part la générosité de ses envahisseurs. Que cela soit clair. Toute autre lecture est erronée et blasphématoire. 

Il n’y a pas une indépendance gagnée pacifiquement. Elle est le fruit d’âpres déchirements qui imposent respects puis collaboration. C’est toujours au  prix d’énormes sacrifices consentis sur l’autel de nos héros, martyrs de la nation qu’elle doit se gagner. Ainsi, elle prend possession de chaque âme pour s’incruster définitivement dans la conscience collective. Elle est quotidienneté du fait qu’elle est la marque d’une évolution temporelle subie et partagée. L’adhésion et le consentement à cette quotidienneté ne laisse pas de doute. Elle est patrimoine de la nation. Elle prend racine dans les profondeurs de nos terres, de nos rivières, de nos fleuves, à travers nos morts pour s’ériger sous la bienveillante vigilance des aïeux en un héritage pour les générations futures.  Elle est au quotidien parce qu’elle se vit, se respire quoique imperceptible parce qu’elle n’en fait désormais qu’une avec l’identité nationale, intégratrice d’un « habeas corpus » qui tend vers l’universel. Elle n’est pas conquête définitive, elle s’entretient avec beaucoup d’allant, de dignité et d’ardeur. Elle se préserve par un comportement responsable, par un état de veille perpétuel. Elle  recommande et exige d’être gardée jalousement par le sacrifice d’authentiques patriotes épris de liberté à chaque instant, à chaque moment  des tentatives déstabilisatrices de l’extérieur.

L’ORDRE ETABLI ET REGNANT  N’EST QUE LE RESULTAT  D’UN CONCENSUS DE VAINQUEURS.

Les états sont ce qu’ils sont. Ne nous trompons pas, les plus forts ne vivent que sur la dépouille des plus faibles. C’est ainsi que les états « forts » ont bâti au fil du temps leur renommé, leur réputation, leur grandeur sur le socle de valeurs faussement universalistes. Les rapports qui existent entre les états sont des rapports de force et de domination qui tournent autour de quelques agrégats décrétés par les vainqueurs. Ces invariants dans une analyse empirique se traduisent par la force militaire, la puissance économique et une influence culturelle dont la normalité est imposée. L’ordre  établi et imposé par les plus forts dans un consensus de vainqueurs ne souffre d’aucune contradiction et ne tolère aucune remise en question, même en condition d’échec. Ces états détenteurs d’une civilisation prétendument supérieure, bien que décadentes imposent une norme industrielle, spirituelle et culturelle comme la seule norme. Celle-ci vient heurter, déstabiliser, pervertir  les mentalités. Elle transgresse et dérègle tout l’écosystème dans sa diversité. Elle finit par influer et déséquilibrer l’espace cosmique sacré pour mettre en danger toute l’humanité.

L’expérience de « l’indépendance » vécue ces cinquante dernières années par les états africains révèle une vérité qui n’est que le constat d’une triste réalité. La colonisation directe, brutale et génocidaire infligée aux africains avant 1960 a fait place à une néo colonisation sournoise tout  aussi dévastatrice. Elle est en vigueur dans les pays africains. On a voulu pour les nécessités du moment ajuster la belle et scintillante camisole de la « dame indépendance »  par-dessus les oripeaux de la pratique coloniale. Sous des appellations soporifiques et lénifiantes, la colonisation a pris le visage de la coopération, d’immuables accords de défense, d’aide au développement, du commerce équitable, d’immigration choisie, des ONG… Elle utilise par substitution des dictateurs et autres potentats locaux amnésiques, assoiffés de pouvoirs, bêtes et méchants qui sont de véritables collaborateurs, bourreaux de leur peuple respectif.

UNE VERITE QUI MET A NU LE DISCOURS DE BRAZZAVILLE ET DE DAKAR. ELLE DEVOILE LE CARACTERE DESUET ET COLONIALISTE DE LA PARTICIPATION DES CHEFS D’ETATS AFRICAINS ET DES TROUPES AFRICAINES AU DEFILE DU 14 JUILLET 2010 SUR LES CHAMPS-ELYSEES.

Cette vérité annihile toute l’aura humaniste et la générosité d’une mission prétendument civilisatrice dont on a voulu  recouvrer l’une des plus grandes victoires du peuple africain sur les puissances coloniales. La vraie histoire travestie par les vainqueurs pour les besoins du moment s’affiche au grand jour. Cette victoire historique dont la paternité et le mérite ne peuvent qu’échoir seulement et seulement aux seuls  hérauts, pères de nos indépendances ainsi qu’à notre peuple, héros meurtri par des siècles de résistance. Une vérité qui met à nu le caractère trompeur et revanchard du discours de Brazzaville. Discours dans lequel, le général Charles De gaulle, qui, exaspéré et dépité par les velléités indépendantistes des africains finira par déclarer : « L’indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt, la métropole ne s’y opposera pas ». Discours qu’il réitéra quelques jours après à Dakar en des termes encore plus exaspéré et sans équivoque «  Vous voulez l’indépendance ? Mais prenez-la donc.  Cet aveu d’impuissance qui donne finalement raison à l’audace du président Sékou Touré dans sa diatribe prononcée à Conakry à l’endroit de la mère patrie en présence du général De gaulle « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ».

Autrement dit, cette invitation à l’indépendance cachait en réalité une stratégie fine, insidieuse, non avouable encore plus destructrice que la colonisation elle- même. Elle met en place aussitôt une stratégie déstabilisatrice qui consiste à faire en sorte que ces africains prétendument indépendants ne réussissent jamais. On se congratulait alors de satisfecit dans les états majors coloniaux du fait que tout s’était relativement passé dans l’amitié en attendant néanmoins ces africains au tournant pour leur faire ravaler leur orgueil. Un discours qui contrastait avec le discours officiel d’une France généreuse, prête à accompagner sincèrement les africains dans leur quête d’indépendance.  Cet affront ingrat de ces africains à qui la métropole a amené la civilisation devra être payé d’une manière ou d’une autre. Le premier qui a osé relever ouvertement et officiellement les hostilités en ces années post indépendances  était « l’insolant » Sékou Touré de la Guinée par conséquent il doit payer. Bien avant Sékou Touré d’augustes et héroïques africains qui ont  combattu et montré le chemin de la liberté: Tchaka zoulou, Soundiata keité, Samory… Ces pionniers ont transmis le flambeau de cette lutte pour la liberté aux héros de l’indépendance qui ont pour noms : Kwamé khruma,  Barthélémy Boganda, Patrice Lumumba, Modibo Keita, Mandela… Ce sont d’authentiques africains qui font désormais partis de notre quotidienneté et de la mémoire collective. Leurs noms sont gravés à jamais au panthéon de la lutte pour l’indépendance et l’émancipation du peuple noir. Les guinéens  paieront l’audace de Sékou Touré, ce crime de lèse majesté, cette liberté de ton à l’égard de la métropole. C’était une question d’honneur. L’on ne parle pas ainsi à la France et encore moins à son illustre représentant, héros de la deuxième guerre mondiale en la personne du général de Gaulle.  En définitive, les controverses provoquées plus-tard par le régime despotique du président Sékou Touré ne sont que les conséquences d’un isolement dû au lâchage des autres présidents africains  encore sous le joug et sous la pression de la métropole ?  On a pu intégrer dans la tête de ces africains que sans la France, les africains n’arriveront à rien. Aussi l’échec du régime de Sékou Touré  donnait raison à la France et légitimerait son retour et sa présence sur le territoire africain d’où  elle était  repartie  humiliée et contre sa volonté.

Cinquante années après les indépendances, nous avons sans doute changé d’époque mais pas de registre. Les pratiques sont toujours là. Lorsqu’un président de la république est bon pour son peuple, même lorsqu’il est élu, il n’est jamais bon pour les anciennes puissances coloniales. Tout est alors fait pour saboter son régime et le compromettre. Des postes de ministre se négocient encore à Paris. De plus en plus de nombreux Africains commencent à comprendre cela et c’est très bien ainsi. On préfère installer des présidents médiocres, irresponsables et impopulaires à la place de ceux qui sont brillants.

LES LIMITES DE LA PRETENTION DES PHILOSOPHES DU SIECLE DES LUMIERES A APPORTER LA CIVILISATION AUX AFRICAINS

La prétention à apporter aux Africains l’œuvre civilisatrice décrétée par  les philosophes des lumières à la seule vision d’un monde dominé par le prisme d’un européocentrisme exacerbé a montré ses limites. Les idéaux européocentriques des philosophes du siècle des lumières, le dogme de religions révélés et distillés parcimonieusement au peuple animiste d’Afrique ainsi que les principes élaborés de gouvernement transposés aux états africains ne sont que les bras séculiers d’une certaine aliénation donc de la colonisation.

Cette vision européocentrique par conséquent erronée d’un monde pourtant multiple dans sa diversité, portée par des philosophes, soutenues par les hommes politiques belliqueux pour des besoins expansionnistes a pris un coup. Les Africains ont compris le sens de cette indépendance qui n’en était vraiment pas une. Ce n’était qu’un mirage.

Ni l’Angleterre, ni l’Espagne, ni le Portugal, ni la Belgique, ni la France ne se sont remis de cet affront des peuples colonisés en la prétention toute légitime de ceux-ci  à vouloir s’émanciper. Dorénavant, Ils aspiraient à prendre leur  destinée en main. Le vent  de la liberté puis des « indépendances » qui a soufflé depuis la découverte des territoires riches d’Afrique par les forces d’occupations occidentales a redoublé de puissance en cette année 1960. Quinze ans après la participation des troupes coloniales à la libération de la métropole qui sera aussitôt secouée par la guerre d’Indochine puis par celle  d’Algérie, elle se trouvait complètement affaiblie. Et c’est en connaissance de cause que, pour éviter une évidente contagion des guerres d’indépendance, la France a accepté de céder devant les revendications  insistantes d’indépendance des pays africains francophones. Le rapport de force était alors du côté des colonisés.

 Cinquante années après,  les revendications panafricanistes d’un Barthélemy Boganda, d’un Lumumba,  d’un N’khruma, d’un Modibo Keita…ou les velléités indépendantistes   d’un Sékou Touré, d’un Nyerere, d’un Kenneth Kaunda résonnent encore de toute leur force. Face à autant d’adversités, le rapport de force ainsi créé par les pays colonisés a eu raison des timides tentatives d’intimidations et de massacre comme au Cameroun (l’upc) et les partisans de Félix Mounier, « la disparition dans un accident d’avion » de Barthelemy Boganda,  l’élimination physique de Patrice Emery Lumumba, de Mounier et d’autres anonymes ensevelis au camp de thiaroye ou d’ailleurs.

LA VRAIE INDEPENDANCE RESTE A CONQUERIR. L’URGENCE D’OPERER UNE RUPTURE RADICALE POUR LES CINQUANTES ANNEES A VENIR S’IMPOSE.

La véritable indépendance reste à conquérir pour les Etats africains anciennement colonisés. Celle-ci passe nécessairement et inévitablement par la mise en place d’un canevas pour les cinquante années à venir. Conscient que les valeurs véhiculées depuis le siècle des lumières a conduit l’humanité dans une impasse. 1960 a été le début de la prise de conscience de la situation des peuples africains. En cinquante années, beaucoup d’africains ont compris. C’est pourquoi l’heure est venue d’opérer une rupture radicale et prendre définitivement son indépendance.

Cette vraie indépendance passe nécessairement et inévitablement par la démystification et la désacralisation de doctrines et dogmes occidentales désormais en panne. Nul ne doute que la véritable indépendance des pays africains dépendra de  l’homme africain lui-même. L’homme africain doit s’affranchir des chaines invisibles de la colonisation version « indépendance » qui le rend dépendant  en tout et pour tout au point d’attendre et de s’en remettre désespérément à d’hypothétiques aides au développement. Il doit désormais penser par lui et pour lui pour se sortir de ce cercle infernal de tutorat et de l’assistanat qui l’infantilise et le chosifie comme dirait aimé césaire.Cette indépendance passe nécessairement par l’émancipation de l’homme africain. Pour être indépendant, il faut s’émanciper. Pour s’émanciper, faut-il  encore être conscient de la situation dans laquelle on se trouve pour pouvoir décider de s’affranchir des chaines invisibles de l’aliénation. Par une prise de conscience, l’africain doit se réapproprier son histoire à travers les programmes scolaires mais également à travers une éducation populaire. Apprendre à nos enfants l’histoire des empires et royaumes africains avant celle de la Grèce antique, des Romains ou encore celle de la révolution française. Plutôt leur faire connaitre les sagesses africaines que les citations des philosophes classiques ou du siècle des lumières.

En définitive, nos enfants, nos hommes politiques doivent avoir confiance en eux, aux nôtres. Le monde occidental n’est pas le monde, il fait parti du monde. Apprendre à nos enfants à prendre en compte la réalité du monde qui est basée seulement et seulement sur des rapports d’intérêts. Il n’y a pas de colonisation ni de mission civilisatrice désintéressée, il n’y a pas non plus une véritable indépendance acquise sans rupture.

 

Franck SARAGBA

« de l’esprit Fini kodé »

 

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