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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 22:25


 


Triste journée pour la démocratie en Afrique. Au Niger, l'un des pays les plus pauvres de la planète, le président Mamadou Tandja a obtenu de pouvoir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir. Au terme d'un référendum dont les résultats ont été publiés vendredi 7 août, plus de 90 % des Nigériens se seraient prononcés en faveur d'une prolongation de trois ans du mandat présidentiel. A cette échéance, M. Tandja, 71 ans, sera libre de se représenter autant de fois qu'il le souhaite. Le Parlement avait tenté de s'opposer au projet du chef de l'Etat ; il a été dissous. La Cour constitutionnelle avait invalidé le décret de convocation du corps électoral ; ses membres ont été limogés.


Malheureusement, le président Tandja n'est pas le premier chef d'Etat africain à procéder à ce genre de coup d'Etat constitutionnel. Les exemples abondent. A la tête de son pays depuis plus de vingt ans, le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali a ainsi instauré une présidence à vie en Tunisie. Plus récemment, en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika a sollicité et obtenu un troisième mandat, que la Constitution, modifiée pour l'occasion, lui interdisait auparavant. Oubliant leurs promesses, Idriss Déby au Tchad, Paul Biya au Cameroun ont, eux aussi, changé les textes fondamentaux et se cramponnent à leur siège sans que la communauté internationale y trouve à redire.


Cette indifférence ne peut qu'inciter d'autres chefs d'Etat à faire de même. C'est bien ce qui risque de se produire à Djibouti, où le président Ismaël Omar Guelleh a annoncé qu'il allait briguer un troisième mandat, au mépris de la Constitution. La situation est plus caricaturale encore au Burkina Faso, pays voisin du Niger, où les proches du président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d'un putsch, commencent déjà à évoquer l'idée d'un changement de la Loi fondamentale pour autoriser un cinquième mandat présidentiel en... 2015.

Cette quête artificielle de légitimité est de mauvais augure pour les pays africains où une élection présidentielle doit prochainement permettre une sortie de crise. C'est le cas en Guinée et, surtout, en Côte d'Ivoire.

Après le président Barack Obama, Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, n'avait évidemment pas tort de rappeler, le 5 août à Nairobi, que la "bonne gouvernance" est une condition indispensable, sinon suffisante, du développement économique du continent. Cela commence par le respect des règles institutionnelles et démocratiques que chaque pays s'est données.

Article paru dans l'édition du 09.08.09.



© Copyright Le Monde



Le président Mamadou Tandja obtient par référendum le pouvoir de rester à la tête du Niger

 


Le président Mamadou Tandja est arrivé à ses fins. Selon les résultats annoncés vendredi 7 août par la commission électorale indépendante (Céni), 92 % des électeurs ont dit oui au référendum du 4 août sur la nouvelle Constitution permettant au chef de l'Etat, aux pouvoirs renforcés, de prolonger de trois ans son mandat - le deuxième - qui arrivait à échéance fin décembre. Le président, âgé de 71 ans, aura la possibilité ensuite de se représenter autant de fois qu'il le souhaite.


Référendum controversé au Niger


La commission a précisé que le oui l'avait emporté sur fond de participation élevée (68 %) exception faite de la capitale, Niamey, où il a été relativement faible. "Ce scrutin a été aussi bon que nous pouvions l'espérer", a commenté le ministre de la communication, Mohamed Ben Omar, un proche du président.


Jeudi, à la veille de la publication des résultats, des affiches placardées dans les rues de la capitale annonçaient déjà la victoire du chef de l'Etat. On y voyait une photo de M. Tandja accompagnée d'une phrase : "Pour votre confiance à tous, MERCI."


L'opposition a dénoncé un référendum plébiscite, selon elle, illégal. "Ce référendum viole la Constitution. Il est rejeté par le peuple nigérien et n'a aucune légitimité", a fait valoir la Coordination des forces pour la démocratie et la République (CADR). Selon elle, la participation n'a pas dépassé 5 % sur l'ensemble du territoire. Le fait est que, en organisant le referendum, le chef de l'Etat est passé outre l'avis de plusieurs institutions étatiques. Ainsi, le Parlement (pourtant contrôlé jusqu'alors par M. Tandja) s'était opposé au projet. Il l'avait payé d'une dissolution en mai. Depuis, le pays est gouverné par décrets. Le Conseil constitutionnel s'était également mis en travers du projet présidentiel en invalidant le décret convoquant le corps électoral. Fin juin, ses membres avaient été remplacés par des personnalités plus souples.

La communauté internationale - l'ONU, l'Union africaine, les Etats-Unis et la France, ancienne puissance coloniale - avait également critiqué le projet, mettant en garde contre ses conséquences.

L'Union européenne a déjà suspendu le versement d'une tranche d'aide budgétaire et mis en garde contre les "graves conséquences" d'une prolongation du mandat présidentiel pour les relations entre l'UE et le Niger. Mais le chef de l'Etat avait prévenu qu'il ne céderait pas aux pressions, qu'elles soient intérieures ou qu'elles viennent de l'étranger.


Pour justifier son maintien au pouvoir, qui contredit la promesse maintes fois répétée de s'effacer à la fin de l'année 2009, Mamadou Tandja, un ancien militaire, a mis en avant la volonté du peuple de le voir mener à bien les grands chantiers lancés par lui. Parmi eux figure un projet de raffinerie, la construction d'un barrage hydroélectrique et, surtout, l'exploitation en pays touareg d'une mine d'uranium par le groupe français Areva, qui devrait faire du Niger le deuxième exportateur mondial d'uranium en 2012.


Jean-Pierre Tuquoi


Article paru dans l'édition du 09.08.09.

© Copyright Le Monde

 

REFERENDUM AU NIGER  vers le score préfabriqué de Tandja


(Le Pays 06/08/2009)


 Le référendum constitutionnel au Niger devait être une formalité, il l’a été. Le pouvoir a atteint son objectif d’envelopper dans un processus dit démocratique le coup de force visant à perpétuer le règne de Mamadou Tandja. Une fois la consultation organisée, reste à opérer une deuxième manipulation, celle de faire en sorte que le taux de participation épouse la volonté du peuple de voir Tandja terminer ses chantiers.

Le résultat du référendum doit être le reflet fidèle de la mobilisation populaire –du moins selon la propagande du régime- en faveur du Tazarché. Et les chiffres ont commencé à être distillés. On évoque déjà un taux de 75 %. Sur les 6 millions d’électeurs recensés donc, 75% d’entre eux se seraient rendus aux urnes le 4 août dernier. Et quel bulletin croyez-vous qu’ils auraient majoritairement introduit dans les urnes ? Le « oui » bien sûr. C’est la troisième étape de cette mascarade électorale. La Commission électorale, aux mains du pouvoir, ne fera qu’entériner les scores qu’on lui dictera.


 Et voilà le tour joué ! Il ne restera plus au président Tandja, vêtu de ses nouveaux boubous « démocratiques », qu’à remercier le peuple pour la confiance placée en lui et à s’installer confortablement dans le trône qu’il s’est confectionné. Qui peut dire qu’il n’est pas légitime, lui à qui le peuple a massivement demandé de continuer à diriger le pays ? Bref, aidé par des acteurs, des scénaristes et des metteurs en scène, des sbires qui lui sont tout dévoués et qui veulent continuer à bénéficier des privilèges du pouvoir, Tandja a parfaitement réussi son remake tragi-comique souvent vu en Afrique : "L’art du coup d’Etat démocratique".

Mais ce passage en force a un arrière- goût amer de défaite pour Tandja sur bien des plans. D’abord, il a dû faire face à une forte opposition des démocrates du pays qui, au péril de leurs postes (pour les responsables d’institutions, les magistrats et les membres de la CENI) et même de leur vie, ont résisté jusqu’au bout. Ensuite, les témoignages de la presse internationale et indépendante, en dépit des dénégations du pouvoir, font état d’une faible mobilisation des électeurs. Enfin, les observateurs de diverses organisations, si prompts à accourir aux quatre coins du continent, partout où se tiennent des élections, ont boudé le référendum de Tandja. Ils ont refusé de lui servir de caution pour sa machiavélique entreprise. Car on sait que l’étranger n’a pas le regard affûté des autochtones, pour déceler les fraudes électorales et toutes les manœuvres visant à faire gagner coûte que coûte un candidat.

Il s’agit donc d’un scrutin à huis clos avec comme seuls témoins des journalistes que l’on tient bien à l’œil. En somme, on a assisté à une rencontre de football avec une seule équipe, sans adversaire qui, devant des camps vides et sans un arbitre, marque autant de buts qu’il veut. C’est le lieu de saluer l’opposition et la société civile nigériennes dont la lutte pour une véritable démocratie au Niger est exemplaire sur le continent. Certes, dans le présent cas de figure, les partis et les associations et syndicats opposés au référendum mènent le même combat, mais ils ne visent pas forcément tous le même objectif. Les partis ont d’abord vocation à conquérir le pouvoir. Ils ne peuvent de ce fait que s’opposer à un adversaire dont le dessein est de s’éterniser au pouvoir.


L’autre face de la médaille nigérienne est incarnée par tous les supporters du président Tandja, en particulier les élites. Le président nigérien n’aurait jamais pu concevoir et mettre en œuvre une telle opération de sape des institutions sans les conseillers occultes ou non qui gravitent autour de lui. Le drame de l’Afrique, c’est l’émergence de cette nouvelle race de griots, prêts à tout faire pour montrer au chef qu’il est adulé par le peuple et que seul lui peut satisfaire ses aspirations. Ils sont juristes, diplomates, politologues, constitutionnalistes, journalistes, économistes, etc., et ont décidé de mettre leur intelligence au service de dirigeants pris par le vertige du pouvoir. Il ne faut donc pas s’étonner que l’Afrique soit un laboratoire permanent de toutes les formes plus ou moins élaborées de confiscation du pouvoir politique. Mamadou Tandja, à 71 ans, a décidé de forcer le destin pour rester aux affaires.

Il lui a suffi de faire part de ses projets aux gourous du tripatouillage, pour qu’on lui concocte cette idée de référendum constitutionnel pour prolonger son mandat de trois ans. En quelques mois, l’affaire a été ficelée. Comme dans d’autres pays, les coups de force de ce type sont toujours une simple formalité, les achats de conscience, la corruption, les fraudes, la complicité du syndicat des chefs d’Etat, aidant.


"Le Pays"


© Copyright Le Pays

 

(Le Monde 08/08/2009)(Le Monde 08/08/2009)

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