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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 14:50

 

 

 

 

Par Olivier Fourt RFI  vendredi 5 décembre 2014

 

Il y a un an démarrait l'opération Sangaris. Une opération d'intervention de l'armée française destinée à éviter un bain de sang en Centrafrique. Désarmer, cantonner les combattants, protéger les populations. La mission Sangaris, qui devait initialement être de courte durée, attend aujourd'hui que les Casques bleus soient pleinement déployés pour envisager un désengagement progressif. Quel bilan peut-on tirer du travail de Sangaris ? Qu'y aura-t-il après Sangaris ? Le patron de la Force, le général Eric Bellot des Minières répond à Bangui, aux questions de RFI.

 

RFI : L’année dernière, quand l’opération Sangaris a commencé, on nous parlait d’une opération courte qui devait durer de quatre à six mois, cela fait un an. Finalement, qu’est-ce qui explique que ça ait duré si longtemps ?

 

Eric Bellot des Minières : Lorsque l’opération a été mise en place, elle a été mise en place dans l’urgence pour palier à une situation exceptionnelle et éviter, sans doute des massacres en tout cas, un désastre humanitaire ici à Bangui. L’idée générale de cette opération était d’assurer un tulage avec une force multinationale, qu’elle soit européenne ou qu’elle dépende directement de l’ONU. Il a fallu un peu de temps pour assurer cette montée en puissance de la force que nous accompagnons maintenant depuis quasiment trois mois, et qui devrait être pleinement opérationnelle à échéance d’avril prochain. Au-delà des six mois envisagés initialement, pour autant, on commence à voir une certaine succession à cette opération Sangaris, qui permettra peu ou prou pleinement aux opérations de la Minusca de prendre le lead sur l’ensemble de l’action qui est menée ici en Centrafrique. Sangaris ou une opération post-sangaris assurant simplement une mission plus compacte, plus concentrée, de réserve, agissant dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité.

 

On parle d’élections pour juillet-août 2015, est-ce que la force Sangaris ne devra pas rester à un niveau élevé jusqu’à ces élections pour garantir, pour accompagner ces élections ?

 

Pour l’instant, rien ne le dit. Pour l’instant ce que l’on constate, c’est que la Minusca réussit de manière assez remarquable son déploiement. De ce fait, tout est vert pour qu’une pleine capacité opérationnelle soit prononcée fin avril et qu’à priori les choses s’apaisent et permettent d’assurer une montée en puissance totalement normale des élections et du processus politique centrafricain. Si maintenant besoin était, la France a démontré jusqu’à présent qu’elle était capable d’avoir des actions et des forces à géométrie variable et je pense que les études nécessaires seraient faites pour savoir s’il faut intervenir différemment.

 

Un an après les évènements du 5 décembre, quel est aujourd’hui le visage de cette ville de Bangui ?

 

L’ambiance à Bangui est sans commune mesure avec celle qu’il y avait en décembre dernier. Vous vous rendez compte que les marchés sont pleins, vous vous rendez compte qu’il y a une circulation folle, vous vous rendez compte que l’école a repris, vous vous rendez compte que les églises, les temples, les mosquées, tout ceci fonctionnent, vous vous rendez compte qu’il y a des vraies discussions entre quartiers. Il y a des initiatives locales qui ont été prises par les maires, par les chefs de quartiers, les chefs d’arrondissements, des comités de surveillance, des gens qui parlent entre eux, de différentes communautés. Tout n’est pas parfait. Ceci étant, il y a une véritable évolution positive, me semble-t-il, de la situation. Alors on craint toujours des tas de choses, légitimement. Il reste encore des affaires toujours un peu délictueuses à traiter.

 

On voit bien que cette criminalité est au cœur des préoccupations des habitants de Bangui, aujourd’hui, on est moins dans des affrontements interethniques ou interreligieux ou entre groupes armés, mais réellement sur du grand banditisme ?

 

Ce qui est sans doute le signe d’ailleurs que la mission des armées est presque terminée. Le banditisme, la criminalité, les délits sont régulièrement traités dans tous les pays du monde plutôt par des forces de police et de gendarmerie. C’est bien le sens des travaux suscités par l’Union européenne pour former ces gendarmes depuis sept ou huit mois et qui ont permis de restaurer quelque part cette force de police centrafricaine dans Bangui, avec laquelle nous travaillons régulièrement. Le simple fait aujourd’hui de parler de crimes et délits est bien le signe tangible que les opérations militaires passent en arrière de la scène, ce qui est le signe, peut-être, d’une amélioration de fait de la situation centrafricaine.

 

Bangui n’est pas la Centrafrique, vous avez évoqué la manière dont Sangaris avait contenu notamment les mouvements ex-Selekas. Contenus seulement, ça veut dire que la menace pèse toujours ?

 

Bangui n’est pas la Centrafrique, mais Bangui représente un cinquième de la Centrafrique. Bangui n’est pas la Centrafrique, mais toute personne de Bangui a une accointance avec un village, une maison, une région en Centrafrique. Bangui n’est pas la Centrafrique, mais Bangui est la caisse de résonance de la Centrafrique, la capitale de la rumeur. Alors maintenant à l’extérieur, comment cela se passe t’il ? Vous le savez, à l’Ouest l’administration reprend ses droits. Au Nord et à l’Est, il y a toujours quelques cohues pilotées par la Seleka le plus souvent, auxquelles nous essayons de faire face conjointement avec l’ensemble des forces internationales. Vous vous rendez compte que dans l’extrême Est, les choses sont relativement stables. Donc, nous sommes particulièrement vigilants sur ces derniers soubresauts qui pourraient faire vaciller le pouvoir et les autorités de transition. Pour autant, vous vous rendez compte qu'en Centrafrique, le dialogue politique, la vie d’une manière générale reprend et reprend, me semble t’il, assez librement.

 

Est-ce qu’on note un certain retour, dans certains quartiers, de populations musulmanes qui ont dû fuir ces derniers mois ? Bangui s’est aussi vidé de ses populations musulmanes, on le sait assez bien.

 

Est-ce qu’on observe des chrétiens qui reviennent dans les zones musulmanes, des musulmans qui reviennent dans les zones chrétiennes ? Oui. On observe un certain nombre de retour à une certaine normalité, c’est long. C’est long et c’est lent. C’est long et c’est lent tout simplement parce que ceci fait suite à quasiment deux années d’exactions, de douleurs, de souffrances fraternelles entre des communautés pour lequel le distinguo religieux n’a jamais eu de sens véritablement. On parle, en général, en Centrafrique beaucoup plus de problèmes ethniques que de problèmes religieux. Il y a une vraie volonté de ces populations de retrouver le mode de vie qu’elles avaient auparavant dans lequel le sujet religieux, qu’ils soient protestants, catholiques, musulmans, animistes ou autre, ne soit pas un sujet de division. Je souhaite que les Centrafricains puissent se remettre au travail librement, leur fortune est dans leur terre, leur fortune est dans l’aptitude de cette population à travailler et dès qu’ils reprendront véritablement la voie du travail, l’économie s’améliorera, l’économie s’améliorant, la paix reviendra et la discussion politique sera apaisée.

 

En quelques secondes, 100 kilos de munitions viennent d’être transformés en poussière.

Destruction des stocks d’armes à Bangui 05/12/2014 - par Olivier Fourt

 

RCA: le général Bellot, commandant de l'opération Sangaris, sur RFI

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