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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:47

 

 

 

 

Par Laurent Correau, Olivier Fourt 05-12-2014 à 12:14

 

Il y a un an, le 5 décembre 2013, la France lançait l’opération Sangaris en Centrafrique. Une opération censée être courte. Objectif : stopper les violences contre les civils le temps que la force africaine Misca monte en puissance. Un an plus tard, la mission est toujours déployée. Et présente un bilan mitigé. Le bain de sang a été évité à Bangui, le calme est revenu dans certaines zones en province mais les groupes armés n’ont pas réellement été maîtrisés.

 

Un bref grésillement. D’une voix posée, le lieutenant Sébastien lance des instructions dans son talkie. « A 13, suivi de 11… en avant ». Bangui. Quartier de Combattant. Décembre 2014. Petites lunettes sous son casque lourd, l’officier français conduit ses hommes dans ces rues situées près de l’aéroport. Patrouille à pied dans un quartier qui avait été témoin de nombreuses violences, il y a un an.

 

Un an plus tard, la situation a bien changé. Des clients sont rassemblés autour de quelques tables en bois éclairées au néon : « Il est 23h00, constate le lieutenant Sébastien, il y a des cafés qui sont encore animés. La sécurité revient ». L’ambiance dans le bar n’est pourtant pas franchement légère. Les hommes qui sont là tiennent plus des piliers de bar que des Banguissois prêts à se détendre.

 

Bref échange avec un client. Qui confirme que tout est calme ce soir. Un peu plus loin dans la pénombre, un homme se tient un peu en retrait, un arc traditionnel à la main. Doit-il être désarmé ? « Il n’y a rien qui interdit d’avoir un arc et des flèches », tranche l’officier français.

 

Ce soir-là, la patrouille française n’aura pas à intervenir. « Le calme est revenu ici, estime le commandant Laurent de Sangaris. Les marchés ont rouvert, les étals sont bien achalandés ». L’officier reconnaît toutefois que certains commerçants de Combattant n’ont pas réinvesti leur magasin. En l’occurrence les musulmans, qui se disent toujours menacés.

 

Montée de la criminalité

 

Bangui stabilisée ? Il y a un an, la ville était au bord du gouffre. L’entrée des anti-balaka dans la capitale le 5 décembre a failli transformer les quartiers en gigantesques champs de bataille. Il y a eu des combats. Puis des représailles de la Seleka dans les quartiers. Un millier de morts au bas mot. Mais le déploiement de Sangaris a probablement permis d’empêcher que le bilan augmente encore.

 

Un an après cette bataille de Bangui, la capitale reprend vie. Mais la ville n’est pas à l’abri d’une rechute, comme l’a montré la poussée de tension d’octobre. L’assassinat d’un homme qui avait lancé une grenade sur un marché bondé a provoqué de nouveaux actes de violence et de représailles. Des anti-balaka ont dressé des barricades en ville. Selon les Nations unies, les événements ont fait 11 morts, 229 blessés et 7 500 nouveaux déplacés.

 

Il y a aussi dans Bangui une montée de la criminalité, symptomatique de la situation actuelle de lente sortie de crise. Car des armes, il en reste encore dans la capitale. Armes à feu, grenades. Certains n’hésitent pas à s’en servir. « Ce sont des agressions, c’est du racket, explique le commandant Laurent de Sangaris. Les ONGs, on le sait, en sont parfois victimes ». « Le jour ça va, mais la nuit on a encore peur », confie pour sa part un habitant. Restaurer la confiance reste un défi, y compris dans la capitale, Bangui où certains quartiers sont toujours vidés de leurs habitants.

 

Des armes, Sangaris en a saisies et les a mises hors d’état. Bangui, Kilomètre 25. En quelques secondes, cent kilos de munitions viennent d’être transformés en poussière, détruits par les démineurs du 3e régiment du Génie. « Depuis un an, explique le lieutenant-colonel Jérôme, 300 000 munitions de petit calibre ont été récupérées et détruites, mais aussi plus de 6 000 grenades et 4 500 roquettes et obus ». Sur le camp militaire de Mpoko, on détruit de vieux fusils à coup de marteau, de disqueuse et de chalumeau. Près de 8 000 armes ont été saisies depuis un an.

 

Il reste encore cependant de nombreuses caches dans la capitale. « La question de la réalisation du mandat de désarmement de Sangaris est posée, estime Thierry Vircoulon, chercheur à ICG (International Crisis Group). Il n’y a jamais eu autant d’armes en circulation à Bangui qu’à l’heure actuelle ».

 

Résultats mitigés

 

A l’intérieur du pays, Sangaris a joué un rôle de stabilisation dans certaines zones. Comme dans la ville de Bouar, dans l’Ouest, où elle a réussi à calmer le jeu. « Il y avait, au sein des groupes miliciens d’autodéfense, beaucoup d’éléments incontrôlés qui pensaient s’offrir un butin de guerre par des pillages et des exactions, explique le père Toussaint Zoumaldé, le directeur de la radio Siriri de Bouar. Pratiquement tous les jours on entendait des tirs. Lorsque Sangaris est arrivée et a commencé les patrouilles, ça a permis de contenir certaines velléités ».

 

Sangaris a aussi effectué un long travail de sécurisation de la route qui permet l’approvisionnement entre le Cameroun et Bangui, celle que l’on appelle parfois la MSR (Main supply road). Même si les transporteurs déplorent la persistance des pillages quand un véhicule doit sortir de l’escorte, en cas de panne par exemple.

 

Les groupes que l’armée française devait neutraliser, conjointement avec la force africaine Misca, n’ont en revanche pas réellement pu être désarmés. Les éléments de l’ex-rébellion Seleka ont par exemple conservé leur force militaire et continuent à agir comme bon leur semble dans des régions entières du pays. Selon le dernier rapport sur la RCA présenté au conseil de sécurité de l’ONU, « En dehors de Bangui, un cycle ininterrompu de provocations et de représailles commises par des groupes armés animés de motivations politiques ou criminelles a continué à peser sur la situation sécuritaire, et notamment sur la sûreté et la sécurité de la population civile ».

 

Les humanitaires expliquent, eux, qu’un an après le lancement de Sangaris, ils ont toujours des difficultés à travailler. Les convois d’aide humanitaire restent attaqués, rançonnés. « Sangaris a des moyens qui sont limités, constate Thierry Dumont, chef de mission à MSF (Médecins sans Frontières). Je pense qu’ils ont essayé de faire pour le mieux avec les moyens dont ils disposaient mais ça n’a pas changé la face des choses en Centrafrique ».

 

Envoyée pour protéger les civils, l’opération française n’a pas réussi enrayer la vague de violence qui a visé la communauté musulmane. En partie parce que ces violences ont été perpétrées par des acteurs « insaisissables ». Mais aussi parce que le mouvement n’a pas été suffisamment pris en considération lors des débuts de l’opération. Suite aux lynchages et aux pillages, de très nombreux musulmans ont en tout cas dû fuir vers le Tchad ou le Cameroun. Selon le HCR, près de 420 000 Centrafricains sont aujourd’hui réfugiés dans les pays voisins.

 

« Sangaris n’a pas protégé les musulmans »

 

Les opérations de désarmement, dans les premiers jours de l’opération, ont surtout visé les Seleka et ont ouvert, malgré elles, les vannes de violences populaires contre les musulmans. « Sangaris a fait une mauvaise entrée », se souvient Ahmat Déliris, le 2e vice-président de la communauté musulmane de Centrafrique qui se lamente sur le sort réservé à sa communauté : « Sangaris n’a pas protégé les musulmans. Elle a laissé aller les choses. Il y a eu des morts. On a perdu des biens, des mosquées ».

 

Peter Bouckaert, de l’ONG Human Rights Watch, a suivi l’évolution de la situation sur le terrain. Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, il racontait en février dernier un incident « particulièrement choquant » auquel il a assisté dans Bangui : « Nous avons été horrifiés de voir une foule hilare mutiler le corps d'un civil musulman, lui couper les parties génitales et les lui mettre dans la bouche, sous les yeux d'enfants qui se tenaient à proximité. Des soldats français de la force Sangaris étaient stationnés à environ cinquante mètres, mais ils n'ont rien fait. Quand nous avons demandé à des officiers français pourquoi leurs troupes n'étaient pas intervenues, ils nous ont répondu à plusieurs reprises qu'elles ne devaient pas être perçues comme prenant parti pour l'un des deux camps ».

 

Pour Thierry Vircoulon d’ICG, l’armée française a manifestement sous-estimé, au début de l’opération, la complexité de l’environnement centrafricain et la menace que constituaient les anti-balaka : « Avec l’attaque de Bangui, estime l’analyste, les stratèges de l’état-major se sont rendus compte que l’environnement était beaucoup plus mouvant qu’ils ne l’imaginaient et qu’ils se trouvaient dans le pire des contextes : être dans une zone de violence sans avoir d’ennemi clairement identifié ».

 

Les plus amers des musulmans centrafricains vont jusqu’à accuser Sangaris d’avoir fait le jeu des anti-balaka, car des mouvements de miliciens ont été signalés parallèlement au déploiement français vers l’est du pays. Des accusations rejetées par des officiers de Sangaris, selon qui il n’y a pas eu en tant que tel de « progression vers l’Est » des anti-balaka, mais plutôt l’apparition de milices dans des régions qui n’en avaient pas connu au début de la crise.

 

« Petites lunettes sous son casque lourd, le lieutenant Sébastien conduit ses hommes dans le quartier de Combattant, non loin de l’aéroport. »

Patrouille nocturne avec Sangaris à Bangui 05/12/2014 - par Olivier Fourt

Sangaris en RCA: un an après, un bilan en demi-teinte

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