Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:13

 

 

 

 

(Le Nouvel Observateur) 09/04/14

 

Alors que les forces militaires de l'Union européenne doivent se déployer peu à peu à Bangui, la situation sur le terrain demeure préoccupante, malgré la présence de 2.000 hommes de la force française Sangaris et de 6.000 hommes de la force africaine, la Misca. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, ne rate plus une occasion pour alerter la communauté internationale des exactions perpétrés dans le pays et à la pousser vers une plus grande mobilisation pour stopper "l'épuration ethnico-religieuse" qui vise les musulmans.

 

Les soldats français ont commencé la semaine dernière à se déployer dans l'est du pays, après s'être concentrés à Bangui, puis à l'ouest du pays pour sécuriser l'axe Cameroun-Bangui, vital pour l'économie du pays et pour protéger les populations. L'arrivée de l'Eufor-RCA doit permettre aux Français d'accélérer ce déploiement dans l'est et le nord du pays. "Il y a encore beaucoup de travail. Il est vrai qu'à Bangui, tout n'est pas sécurisé. Il est vrai aussi qu'un certain nombre de musulmans, par peur partent vers l'est et vers le nord, qu'ils fuient des groupes de bandits qui mettent à feu et à sang une partie du territoire", a constaté le 7 avril le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian dans une interview à "Jeune Afrique". De plus, le départ immédiat des militaires tchadiens, qui constituaient le plus important contingent de la Misca (850 soldats), risque de peser sur la situation et sur les très légers succès engrangés.

 

Tueries à l'arme blanche

 

En attendant le déploiement d'une opération de maintien de la paix de l'ONU prévue à l'automne, et dont la résolution doit être votée au Conseil de sécurité ce jeudi 10 avril, les forces en présence ne peuvent pas assurer le maillage d'un territoire 1,5 fois plus grand que la France. Certes, elles ne font plus face à des grands combats à l'arme lourde comme il y en a eu en décembre. Elles s'en sont pris aux plus extrémistes des anti-balaka, ces milices (qui se disent) chrétiennes et qui se sont constituées pour se défendre des exactions des anciens Séléka qui avaient pris le pouvoir l'année dernière, mais qui ont sombré dans une extrême violence, faisant l'amalgame entre Séléka et musulmans. Certes, la force Sangaris a ramené un peu de calme à Bangui, bien que la situation reste tendue. Les ex-Séléka ont, pour la plupart d'entre eux, été cantonnés ou sont partis vers le nord.

 

Mais les tueries à l'arme blanche persistent, des corps sont brûlés et mutilés, notamment en dehors de Bangui. Human Rights Watch a rapporté, le 4 avril, que plusieurs massacres ont eu lieu dans des villages reculés , notamment dans le sud-ouest du pays. Dans le village de Guen, 72 hommes et garçons musulmans, certains âgés de seulement 9 ans, ont été tués par des anti-balaka le 1er et le 5 février. Une veuve à Guen a raconté à Human Rights Watch : "Mon mari s'est enfui avec notre fils âgé de quatre ans et demi... mais il [le mari] a reçu une balle dans l'estomac. J'ai couru chercher notre enfant et les anti-balaka se sont jetés sur lui [le mari] avec des machettes. Je voulais rester avec mon mari, mais mon frère m'a entraînée dans la brousse."

 

Un père de famille d'un enfant de 10 ans raconte lui aussi: J'ai emmené mon fils lorsque les anti-balaka ont attaqué. Alors que nous nous enfuyions, les anti-balaka lui ont tiré dessus. La balle l'a atteint à la jambe droite et il est tombé, mais ils l'ont achevé avec une machette. Je n'avais pas d’autre choix que de continuer à courir. J'avais été touché moi aussi. Plus tard, je suis revenu voir son corps, et il avait été frappé à la tête et au cou."

A 30 kilomètres de là, à Yakongo, le 22 février, une attaque menée par des combattants des ex-Séléka cette fois, soutenus par des éleveurs de bétails Peuls, ont tué 19 personnes, affirme Human Rights Watch. Même lorsque les populations fuient, qu'elles se réfugient, elles sont pourchassées.

 

Des soldats impuissants

 

A chaque fois, les forces étrangères ne sont qu'à quelques heures. Ainsi l'ONG explique que les deux villages sont situés sur la route principale qui relie les villes de Boda et Carnot, où sont déployés les Français et les soldats de l'Union africaine. "Elles ne patrouillent pas régulièrement sur la route. Une aide minimale est fournie aux villages de la région pour empêcher les attaques contre les civils", souligne Human Rights Watch.

 

Pour l'ONG, qui cite des survivants, ces villages sont pris pour cible "en raison de leur emplacement dans une zone de production de diamants et de la richesse présumée de ses habitants musulmans". Un jeune homme de Boda interrogé par RFI confirme ce sentiment : "Les chantiers appartiennent aux autochtones, pas aux musulmans. On n'a jamais vu un musulman ou un Tchadien creuser un trou pour chercher les diamants. Mais le problème est qu'ils ont monopolisé ce commerce il y a longtemps [...] Les musulmans vivent de notre ressource minière. Mais les Centrafricains sont aussi capables de gérer ça."

 

Villages enclavés

 

Autre phénomène tout aussi inquiétant : la multiplication d'enclaves musulmanes. A Bangui, la plupart des musulmans ont fui. Ils sont quelques centaines dans les quartiers PK5 et PK12 à ne pouvoir s'aventurer hors de leur ghetto. Peter Bouckaert, responsable de la cellule urgence de Human Rights Watch a également attiré l'attention sur la ville de Boda, où le 29 janvier, il y a eu en une semaine plus de cent morts dans des combats entre anciens amis des deux confessions arrêtés par l'arrivée d'un détachement de la force Sangaris, le 5 février. Là, 14.000 musulmans, dont des réfugiés des villages avoisinants, sont assiégés par les anti-balaka. Un journaliste de l'AFP décrit "un village entouré de petits ponts en bois qui enjambent trois canaux aux eaux sales. Après les ponts, un no man's land de maisons incendiées, musulmanes, chrétiennes." Ils ne peuvent pas fuir sous peine de se faire tuer, et certains sont affamés. Les distributions de nourriture sont trop rares. RFI raconte également que les anti-balaka empêchent les chrétiens de commercer avec les musulmans pour qu'ils partent.

 

Dans ce contexte, l'ONU pousse à une évacuation humanitaire d'urgence. Le général Francisco Soriano, chef de l'opération française s'y est opposé. "Ma réponse est claire: je m'y refuse. Notre rôle est de protéger les populations et de tout faire pour qu'elles puissent vivre là où elles ont toujours vécu", a-t-il assuré.

 

Charles Malinas, ambassadeur de France en Centrafrique, lui a été plus nuancé : "Notre position est simple : nous essayons d'aider ces populations à rester chez elles comme elles le souhaitent. Il y a cependant des situations très difficiles, des situations de détresse dans lesquelles il faut des mesures appropriées. Parfois ces mesures peuvent correspondre à l'évacuation des populations. Eh bien, nous pouvons contribuer à cela et protéger les populations", a-t-il dit sur RFI. Par exemple, se pose la question des Peuls, regroupés à PK12, ce quartier de Bangui à 12 kilomètres du centre. Les agences sont en train de travailler à l'endroit où ces personnes pourraient être accueillies. Nous avons dit que nous étions tout à fait disponibles à les aider. Mais il ne faut pas être systématique. Il ne faut pas dire que tous les musulmans de telle ou telle région doivent partir."

 

Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/centrafrique/20140409.OBS3131...

Centrafrique: des villages assiégés, des populations affamées

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com