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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 23:49

 

 

www.lopinion.fr  mardi 13 octobre à 10h57 par Jean-Dominique Merchet

 

Dans le camp militaire de Bangui, un monument rappelle le prix récemment payé par les soldats français en Centrafrique : quinze morts depuis 1980, dont quatre au cours de l'actuelle opération Sangaris, déclenchée fin 2013. La RCA (République centrafricaine) colle à l'armée française comme le sparadrap aux doigts du capitaine Haddock. Elle essaie une nouvelle fois de partir et ce n'est pas gagné, comme la récente éruption de violence dans la capitale l'a montré.

 

«Zéro !» assure un grand chef militaire lorsqu'on l'interroge sur les effectifs qu'il compte maintenir, à terme, dans le pays. «Il faut tourner la page et perdre l'habitude de conserver des soldats français sur place. Et s'il le faut, on peut revenir à partir d'Abidjan, de N'Djaména ou de Djibouti», explique-t-il.

 

Les militaires français sont actuellement un peu plus de 900, essentiellement dans le camp M'Poko, à proximité de l'aéroport de Bangui. Au plus fort du déploiement, au printemps 2014, ils étaient 2400 et l'objectif affiché avant les troubles du 26 au 29 septembre était de baisser rapidement à 600. Il faudra sans doute attendre un peu.. «Pour l'instant, nous sommes stabilisés à 900 et nous agissons au profit des casques bleus de la Minusca», indique-t-on à Paris.

 

Le nom même de l'opération témoigne de la volonté de l'état-major de ne pas s'éterniser sur place, alors que d'autres théâtres d'opération - le Sahel et le Levant - mobilisent d'importants moyens : Sangaris désigne un papillon d'Afrique centrale, rouge vif... et très éphémère. Un retrait rapide permettrait également d'économiser plus de 100 millions d'euros, ce que devrait coûter Sangaris cette année.

 

L'essentiel du contingent français est fourni, pour quelques semaines encore, par la Légion étrangère. Le lieutenant-colonel Laparra, chargé des opérations, résume la manoeuvre qu'il conduit depuis son arrivée avant l'été: «Décroître et se désengager». Les «emprises» en province ont été évacuées, à l'exception d'une seule, à Sibut, où un dispositif léger est maintenu.

 

Moins d'hommes, mais la puissance de feu reste très sérieuse : sept hélicoptères, dont deux Tigre - un hélico de combat - et une soixantaine de véhicules blindés, dont les gros VBCI de près de 30 tonnes. Et les Rafale de l'armée de l'air, basé au Tchad, sont à une heure de vol.

 

Alors que la situation était «globalement calme» depuis des mois, mardi 29 septembre, les militaires français ont dû ouvrir le feu à Bangui, alors que des manifestations violentes avaient lieu aux abords de l'aéroport et de la base française. Un hélicoptère de combat a même utilisé son canon de 30 mm. Les violences, qui ont fait une soixantaine de morts et de nombreux blessés, avaient débuté le samedi précédent, lorsque le corps égorgé d'un jeune homme a été découvert devant une mosquée. Des affrontements inter-communautaires entre chrétiens et musulmans - minoritaires et concentrés dans certains quartiers - s'en sont suivis, virant aux pillages et à des manifestations contre les forces étrangères (Français et Casques bleus) ou le pouvoir de transition, explique une source militaire française. Les choses se sont apaisées dès le retour précipité à Bangui de la présidente Catherine Samba-Panza, qui s'était rendue à l'assemblée générale des Nations unies.

 

Sa présence à New York s'expliquait par la tenue d'un sommet international sur les opérations de maintien de la paix. La Centrafrique est en effet l'une des principales en Afrique, avec le Mali ou la RDCongo. La Minusca (1) doit progressivement prendre le relais des Français de Sangaris. Pour l'heure, «nous sommes une force de réaction à son profit», explique-t-on à l'état-major de Sangaris, où l'on assure que «depuis juin, nous ne menons aucune action sans la Minusca».

 

Contrairement à Sangaris, la Minusca s'inscrit dans la longue durée - «10 à 20 ans» avancent les plus optimistes - et avec des moyens humains très importants : actuellement 9500 militaires et 1600 policiers chargés du maintien de l'ordre. Beaucoup de contingents sont africains. Ainsi ce sont des Sénégalais qui assurent la sécurité de l'aéroport international. Comme sur tout le continent, les Africains ne rechignent plus à engager leurs troupes dans des opérations militaires de maintien de la paix. Une évolution notable depuis une dizaine d'années.

 

En revanche, la France et ses militaires ne veulent plus porter le casque (ou le béret) bleu, à la seule exception du Liban. L'expérience très négative de la Bosnie (1992-1995) a traumatisé toute une génération d'officiers. La doctrine française, pas explicitement formulée, est la suivante: on engage des troupes sous commandement français et on les place «en appui» des forces de l'ONU. Ce fut le cas en Côte d'Ivoire avec Licorne soutenant l'Onuci - et aujourd'hui au Mali et en RCA.

 

Cela n'empêche pas de placer des officiers à quelques postes de responsabilité chez les Casques bleus. A Bangui, on trouve huit Français au sein de la Minusma, tous à des postes stratégiques, dont celui de chef d'état-major (l'homme qui fait tourner la boutique), le général de Lapasse. Un autre général français, Philippe Bény, officiellement en retraite, est conseiller auprès de la présidente Samba-Panza pour les affaires de défense et de sécurité. En revanche, depuis la mi-septembre, ce n'est plus un général, mais un simple colonel qui commande la force Sangaris. Une manière de montrer que, pour les Français, le point de gravité se déplace vers l'ONU et les autorités locales.

 

Le retrait militaire français est aujourd'hui conditionné à la tenue d'élections, initialement prévues pour début 2015 mais dont il n'est pas certain qu'elles puissent avoir lieu avant la fin de l'année, même si le recensement des électeurs est en bonne voie. L'empressement français à partir vite est critiqué par certains experts, comme Thierry Vircoulon, chercheur à l'Ifri et à l'International crisis group (2) : «En retirant prématurément le pilier sécuritaire de la transition, Paris risque de compromettre l'objectif qu'il veut atteindre». Partir trop vite, c'est pour les militaires français, l'assurance d'être contraint de revenir.

 

(1) Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République centrafricaine.


(2) Dans Ramsès 2016, publié par l'Institut français des relations internationales.

 

Lu pour vous : En Centrafrique, l’armée française cherche la porte de sortie
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