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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 23:32

 

 

 

Ava Djamshidi | 01 Mai 2015, 20h36 | MAJ : 01 Mai 2015, 20h49

 

Au bout du fil, sa voix est agacée. Ghislain Grésenguet, procureur de la République de Bangui a découvert en même temps que le grand public le scandale qui éclabousse l’armée française. C’était mercredi, lorsque le quotidien britannique «The Guardian» a dévoilé le contenu d’un rapport explosif de l’ONU faisant état de l’exploitation sexuelle d’enfants centrafricains par des militaires français. Entretien.

 

Vous venez d’ouvrir une enquête à Bangui. Pour quelle raison ?

 

GHISLAIN GRESENGUET. Nous avons été très surpris d’apprendre mercredi sur les ondes de RFI qu’un rapport interne des Nations Unies faisait état d’accusations de viols d’enfants centrafricains par des soldats français entre décembre 2013 et juin 2014. Ces faits, d’une extrême gravité, ne pouvaient pas nous laisser insensibles. Nous avons immédiatement ouvert une enquête pour viols sur mineurs et pédophilie. L’enquête a été confiée à une section de recherche et d’investigation de la police judiciaire centrafricaine. Nous sommes impatients de faire la lumière sur cette affaire. Si elle venait à se confirmer, elle discréditerait totalement l’armée française en Centrafrique.

 

Etes-vous en colère contre la France ?

 

Nous avons toujours été dans une parfaite coopération judiciaire avec la France. Là, on se demande pourquoi nous n’avons pas été associés dès le départ. D’autant que beaucoup de déplacés ont quitté le camp M’Poko (où seraient déroulés les faits NDLR) depuis. La question mériterait d’être posée à l’armée française : pourquoi les autorités judiciaires centrafricaines n’ont pas été informées de l’ouverture d’une enquête au parquet de Paris.

 

Comment l’expliquez-vous ?

 

Une enquête doit se faire dans la transparence. Nous sommes les autorités judiciaires centrafricaines habilitées. On devrait pouvoir contribuer à la manifestation de la vérité ! J’ai entendu le porte-parole de l’Etat-Major de l’armée françaises dire que la justice étant saisie, il se devait de garder le silence pour la laisser faire son travail. Mais nous sommes aussi la justice de la Centrafrique ! On devrait nous laisser faire notre travail.


Avez-vous eu des contacts avec vos homologues français ?


Une rencontre est prévue dans les prochaines heures à l’ambassade de France à Bangui.

Que vous inspire cette affaire ?

 

En tant que magistrat, une telle affaire me laisse le coeur serré. Nous sommes dans un processus de lutte contre l’impunité. Les différentes crises qui ont secoué la République centrafricaine ont occasionné des violations massives des droits de l’homme. Aujourd’hui, il est temps de les réprimer et permettre à la justice de s’instaurer dans le pays.


Quel message adressez-vous aux autorités françaises ?

 

Je leur lance un appel. Je me réjouis d’entendre François Hollande affirmer qu’il sera «implacable» si les faits étaient avérés. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Mais je demande que nous puissions œuvrer main dans la main. Que les éléments dont dispose la justice française puissent être communiqués au parquet de Bangui. Nous recherchons le même but. Nous devons être dans une parfaite collaboration pour que la justice triomphe.

 

De quelles peines sont passibles les faits de viols sur mineurs en Centrafrique ?

 

Les peines peuvent aller au-delà de 10 à 15 ans de prison ou de travaux forcés. Nous avons des accords de coopération judiciaire avec la France. Je souhaiterais que les militaires soient jugés à Bangui. S’il y avait un procès, il vaudrait mieux qu’il se tienne à Bangui, là où les faits ont été commis et où se trouvent les victimes.

Lu pour vous : Viols en Centrafrique : la colère du procureur de Bangui

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