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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 22:28

 

 

 

 

 

 http://francislaloupo.wordpress.com/   par Francis Laloupo le 7 septembre 2014

 

L’ouragan de violences qui déchire les communautés humaines du berceau des bantous continue d’opposer une farouche résistance à un prisme unique d’analyse. Ceci est loin de constituer une particularité centrafricaine. Dans l’histoire des déchirements de toute communauté humaine, chaque fois qu’il faut « historiser » les origines d’une crise, on soulève la question de la fenêtre d’entrée pertinente. C’est d’ailleurs ce qui caractérise l’Histoire des hommes racontée par les hommes, et surtout lorsque cette histoire est politique et que cette politique n’a aucun référentiel. Ce qui s’est passé à Brazzaville au début de la quinzaine du mois de juillet illustre à merveille ce constat. Les accords de cessez-le-feu de Brazzaville n’étaient que de l’esbroufe dont l’objectif était le partage de postes ministériels dans une patrie factice. Sans verser dans le procès d’intention, il faut bien constater que les milliers de victimes innocentes centrafricaines de la folie meurtrière, les stigmates et autres polytraumatismes qui marqueront de façon indélébile les survivants n’ont pas semblé préoccuper les plénipotentiaires de l’autoproclamation. Ils ont, dans la précipitation, mis en veilleuse leurs antagonismes mortifères, pour mieux accéder au partage du butin.

 

Brazzaville a réuni les maçons des murs de la séparation et non des bâtisseurs de ponts… Poser la patrie sur des fondations inébranlables doit devenir la force motrice de la nouvelle architecture nationale, à la place des dérivatifs de Brazzaville. Il faut disséquer notamment les champs sémantiques et sémiologiques des interventions des ateliers de la rencontre à Brazzaville et les critères de légitimité requis, pour réaliser le profond mépris affiché à l’égard des suppliciés et des survivants. La nouvelle idylle de ceux qui ont endeuillé et polytraumatisé la patrie a amené ces derniers à sacrifier la paix et l’unité du territoire au profit de décisions cosmétiques. Les interventions à Brazzaville ne se fondaient sur aucun postulat socio-économique, aucun postulat politico-militaire consistant à mettre en perspective le positionnement de ce pays dans le contexte premier de la CEMAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). En Centrafrique, l’action politique se confond avec la haine de l’autre et se réduit à la gestion des intérêts égoïstes des protagonistes. Les différentes tribunes de Brazzaville ont remis en mémoire le tristement célèbre DPI (Dialogue Politique Inclusif) de décembre 2008, et sa principale bénéficiaire, à savoir Catherine Samba Panza, l’actuelle présidente de la Transition. Au regard de la crise politique, qui peut oser, à l’aube de ce 21e siècle prétendre, par sa seule initiative, produire des transformations dans un pays ? Quel groupe ou quel mouvement militaro-politique pourrait prétendre réussir des transformations socio-économiques par la seule force de la baïonnette et du bâillon ?

 

Fallait-il ou pas aller à Brazzaville ? L’effondrement actuel de la patrie est imputable à l’incurie de l’Etat. Face cette réalité, la rencontre de Brazzaville a été utilisée par certains comme un paratonnerre, quand d’autres y ont vu l’occasion d’évaluer les rapports de force et les éventuelles connivences pour le partage du butin. A ceux-là, se sont ajoutés d’autres qui, en désertant ce forum, ont choisi la stratégie de l’embuscade. Au vu des atrocités commises et de la ruine du tissu social, comment expliquer à la génération d’écoliers des « années blanches », qu’il faut déconstruire les logiques dominantes qui ont conduit à la situation actuelle, et impulser de nouvelles dynamiques en construisant des logiques alternatives ? Les interventions à Brazzaville devraient être les esquisses de nouvelles architectures de base pour l’avenir, en prenant à témoin la communauté internationale. Au lieu de raser les murs et faire allégeance aux puissances tutélaires que sont devenus les Etats voisins, c’était l’occasion, plus que jamais, de s’engager à renoncer aux déchirements, de dénoncer les quincailleries politiciennes et les autocraties en tout genre, puis d’énoncer des orientations sociopolitiques post-conflit. Renouer le dialogue autour de la problématique de protection des êtres humains et déminer les foyers où fleurit la spéculation sur l’ignorance des gens : tels sont, à nos yeux, les grands enjeux. Au lieu de cela, les organisations politiques associés aux groupes armés ont fait manquer à la patrie son rendez-vous avec le projet de la reconstruction en se prévalant de dérivatifs et en préconisant des poncifs. Jamais les « décisions » de Brazzaville n’ont pris en compte le sort des polytraumatisés et les stigmates de la violence : amputations, destruction des liens sociaux, haine et esprit de vengeance, le règne de la peur et la perte de repères. Pour reconstruire, il ne suffit plus de s’atteler à la refonte du système de sécurité. Il faut surtout mettre en œuvre des politiques de reconstruction physique et morale des individus et des communautés humaines, notamment en matière de résilience…

 

Comment faire, à nouveau, de la Centrafrique une terre nourricière ouverte au monde, émancipée, pétrie de valeurs réaffirmées ? La République Centrafricaine est devenue, depuis les mutineries de 1996, le passager clandestin par excellence de la communauté internationale par le nombre des résolutions de l’ONU portant sur la sécurisation du territoire, et mises en œuvre par divers dispositifs militaires ayant pour sigles MISAB, MINURCA, BONUCA, FOMUC et FOMAC, MICOPAX, BINUCA, MISCA et bientôt MINUSCA. Pas moins de quatre résolutions ont été prononcées en l’espace d’une année: Résolution 2121 (2013), Résolution 2127 (2013), Résolution 2134 (2014), Résolution 2149 (2014), qui sera mise en oeuvre en Septembre 2014. Question : ce territoire a-t-il vocation à n’être que le terrain des échecs successifs des expérimentations onusiennes et de ses institutions ? Comment analyser l’ampleur de ce fiasco ? Comment expliquer aussi que la Croix-Rouge internationale, l’association Médecins Sans Frontière et autres ONG se retrouvent prises dans des sables mouvants, dès lors qu’elles interviennent dans ce pays ? Pour ne pas allonger la liste des échecs, nous n’osons pas aborder les champs d’action du PNUD… La Résolution 2149 comporte de nombreux volets permettant de produire les leviers d’une reconstruction post conflit. On relève dans cette panoplie d’instruments, certains dont l’efficience dépend des missions traditionnelles de l’Etat : protection des populations et du territoire, sécurité des transactions de toute nature, et d’autres dont les effets induits dépendront de la capacité des populations et des collectivités territoriales à capter les externalités positives. Les tribuns et autres chefs de guerre, présents ou pas à Brazzaville n’ont vu dans cette résolution que l’opportunité de se rendre « incontournables » afin échapper à d’éventuelles poursuites devant la Cour pénale internationale. En effet, l’une des dispositions de la Résolution prévoit la mise en oeuvre d’une enquête pour crimes de guerre… Il est vrai que l’impunité est la première vertu des virtuoses de la politique en Centrafrique.

 

Pour les organisations revendiquant leur appartenance à la société civile ainsi que les forces politiques, la Résolution 2149 constitue une opportunité pour repenser l’Etat, notamment en ce qui concerne ses relations avec la population, la conduite de l’économie nationale, la gestion des finances publiques dans un climat social apaisé. Par ailleurs, dans le cadre de la sacro- sainte refondation du système de sécurité, nous en appelons à la refonte de la carte militaire et de la gendarmerie à partir de la grille des six régions. Enfin, il s’agit d’ouvrir les vrais chantiers d’un pacte républicain, en libérant la Centrafrique de la culture de la défiance et de l’instrumentalisation de la religion par les politiques. La mise en oeuvre de la Résolution 2149 dans ses différentes dimensions requiert à la fois technicité et audace. L’enjeu est de faire de la Centrafrique un nouvel espace d’expérimentation de la relance d’un processus démocratique fondé sur l’émancipation citoyenne.

 

* Gervais Douba et Orphée Douaclé sont Membres du « Forum de Reims »

Tribune Libre : « Reconstruire la Centrafrique » – Par Gervais Douba et Orphée Douaclé*

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