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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 22:36

 

 

 

« On peut dire que les membres disparates de l’ancienne coalition Seleka reprennent des forces sur une ligne qui traverse la RCA du nord-est vers le sud-ouest. On sent que les tensions sont de plus en plus fortes entre les ex-Seleka qui se réarment et des anti-balaka qui sont toujours très présents. Donc, il y a une ligne de front qui est particulièrement inquiétante sur cette diagonale-là. »

 

Au nord-ouest de la Centrafrique, depuis quatre jours, une colonne de tueurs sème la mort et la désolation sur son passage. Samedi 26 avril, à l’hôpital de Nanga Boguila, cette bande armée a froidement assassiné seize civils centrafricains, dont trois employés de l’ONG Médecins sans frontières (MSF). Le Français Alain Coutand est le directeur des opérations de l’ONG Action contre la faim pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’ouest. Il connait bien cette région et témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

 

RFI : La tuerie de Nanga Boguila, est-ce un pillage qui a mal tourné ou un crime planifié ?

 

Alain Coutand : C’est actuellement très difficile à dire et aucune option n’est a priori à rejeter. Ça semble relativement planifié malheureusement et c’est extrêmement préoccupant pour la suite des opérations. Le nord de Bossangoa, jusqu’à la frontière du Tchad, c’est une zone qui est particulièrement tendue et sur laquelle des actions peuvent avoir lieu à chaque moment. [Une frontière] que nous connaissons bien puisqu’on y travaille depuis des années.

 

Dans son communiqué d’hier soir, MSF accuse des membres armés de l’ex-Seleka. Peut-on parler d’un retour en force des combattants de l’ancienne rébellion ?

 

Depuis quelques jours et quelques semaines en tout cas, on peut dire que les membres disparates de l’ex-Seleka reprennent des forces sur une ligne Paoua-Boguila-Bouca-Bambari, qui traverse du nord-est vers le sud-ouest. On sent que les tensions sont de plus en plus fortes entre des ex-Seleka qui se réarment, des anti-balaka qui sont toujours très présents. Donc il y a une ligne de front qui est particulièrement inquiétante sur cette diagonale-là.

 

Mais il y a déjà des humanitaires qui ont été tués dans cette région l’année dernière, non ?

 

Deux personnes ont été tuées à Bossangoa, deux personnes de l’ONG Acted, en juin 2013. A l’époque, la zone était occupée par les ex-Seleka. C’est une zone où être humanitaire n’est pas une protection et on le sait. C’est une zone extrêmement dangereuse.

 

Là où les trois humanitaires de MSF ont été tués, le lieu était clairement identifié. Il y avait le drapeau MSF…

 

Le lieu était identifié, les personnes étaient identifiées comme telles, les gens qui ont sans doute envahi la base le savaient. C’est une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de protection pour toutes nos activités.

 

Est-ce qu’au contraire, il n’y a pas volonté de donner à ce crime le maximum de publicité ?

 

Eventuellement, ce qui serait encore plus inquiétant dans une volonté de déstabiliser encore plus la région, de refroidir encore plus les ardeurs des acteurs humanitaires de venir en aide à toutes les populations. Si c’est ça le signal, oui c’est un point marquant dans la crise de la RCA.

 

Dans cette région, nous sommes dans une zone où se côtoient beaucoup de chrétiens et de musulmans, non loin de la frontière tchadienne. Est-ce que c’est une zone à risque ?

 

C’est une zone à risque traditionnellement en Centrafrique depuis des années puisque c’est une zone aussi où se confrontent différentes ethnies, mais aussi des nomades peuls avec des gens plus sédentaires. La ligne de fracture n’est pas seulement religieuse, mais elle est aussi traditionnelle par rapport à des zones de pâturage. Donc c’est exacerbé par des mouvements de population musulmane, les exactions depuis décembre 2012 d’un côté et des cycles de représailles de l’autre.

 

Donc au sud du Tchad, cette bande est le lieu de pas mal de convoitises de différents groupes. Elle a toujours été convoitée justement pour des problématiques d’éleveurs et de nomadismes.

 

Dans cette région, il y a très peu de soldats des forces africaine et française, Misca et Sangaris. Est-ce que ces deux forces internationales ont commis une erreur tactique en n’y envoyant pas suffisamment de troupes ?

 

Difficile à dire tant les enjeux de répartition des troupes sur un pays aussi grand que la RCA, avec aussi peu de troupes [sont importants]. Comment couvrir toutes les zones où il y a potentiellement des exactions ? Je ne pourrais pas me prononcer. Il est clair en tout cas que les forces internationales présentes ne permettent pas de couvrir toutes les zones et que malheureusement d’autres zones actuellement de la RCA pourraient donner lieu à ce même type d’exactions.

 

Ce dimanche, avec plusieurs autres ONG, Action contre la faim a facilité le déplacement de quelque 1 300 musulmans de la ville de Bangui vers le nord du pays. Mais apparemment le gouvernement centrafricain n’est pas du tout content. Il affirme qu’il n’a pas été consulté et que ces re-localisations risquent de couper le pays en deux…

 

Notre position, c’est que les enjeux humanitaires doivent primer, notamment si c’est la volonté des personnes en question. C’est le cas : de nombreux musulmans étaient et sont en danger actuellement sur Bangui et c’était leur volonté de vouloir être évacués. Nous n’avons pas facilité, parce que ce n’est pas notre rôle, mais nous avons porté leur message. Et c’est notre rôle de porter le message de ces gens qui se sentent extrêmement en danger dans des zones enclavées de Bangui.

 

Pourtant, ça ne doit pas être pris comme une solution sur le long terme. Et nous entendons tout à fait les messages politiques qui sont de dire qu’il faut continuer à travailler sur la réconciliation. Ce sont des propositions temporaires qui doivent permettre aux esprits de se calmer, de retrouver des espaces de dialogue et nous l’espérons in fine de permettre le retour de ces populations si elles le désirent et dans des conditions qui soient dignes.

 

Mais est-ce que qu’à court terme, ce type d’opérations n’accentue pas la partition religieuse du pays et ne met pas à mal la réconciliation ?

 

Je ne le pense pas. La réconciliation ne peut se faire que sur des bases saines, de dialogues, d’entente communautaire. Actuellement lorsque vous avez quelques centaines de personnes qui se sentent en danger de mort, - et avec des preuves puisque de nombreux morts ont été répertoriés dans ces quartiers de Bangui depuis des semaines -, il n’y a pas de possibilité de dialogue, de réconciliation. Ce n’est pas le bon moment. Le bon moment, c’est de sauver des vies parce que c’est leur demande, encore une fois.

 

Après le drame de Nanga Boguila, est-ce que ACF va retirer ses humanitaires de Centrafrique ?

 

Absolument pas. Nous restons en Centrafrique et nous resterons à Bossangoa à quelques dizaines de kilomètres au sud de Boguila. Nous faisons notre métier d’humanitaire et nous sommes absolument de tout cœur avec MSF sur ce qui vient de se passer, mais nous restons solidaires de la communauté humanitaire, et nous resterons. Sans céder à la peur mais tout en gardant une extrême prudence dans notre gestion de la sécurité.

 

 

Drame de Boguila : Alain Coutand, directeur des opérations de l’ONG ACF

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