Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 00:55

 

 

 

 

 

http://www.lefigaro.fr/   Renaud Girard  Mis à jour le 17/02/2014 à 23:28

 

INTERVIEW - Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, s'est toujours beaucoup impliqué dans la diplomatie interne au Continent noir.

 

Né en 1943 dans un village pauvre, à l'orée de la forêt vierge du nord du Congo, interne à l'école normale de Dolisie, puis formé dans les écoles d'officiers de Bouar, Cherchell et Saint-Maixent, Denis Sassou-Nguesso appartient à la dernière génération de la méritocratie africaine formée par le système colonial français. Cofondateur du Parti congolais du travail (marxiste-léniniste), il est président de 1979 à 1992. Après une traversée du désert de cinq ans, son abandon du communisme et sa victoire dans la guerre civile d'avril-octobre 1997, il revient à la tête de ce petit État d'Afrique centrale (trois millions et demi d'habitants), riche de pétrole (quatrième producteur d'Afrique subsaharienne) et de forêts d'essences tropicales. Président de l'Union africaine en 2006, Sassou s'est toujours beaucoup impliqué dans la diplomatie interne au Continent noir. Le président du Congo-Brazzaville a reçu le Figaro dans son palais climatisé, situé au bord du grand fleuve, dont le parc était jadis celui du gouverneur de l'Afrique équatoriale française.

 

LE FIGARO - Quand avez-vous alerté le président Hollande sur les risques mortels que courait votre voisin, la République centrafricaine (RCA)?

 

Denis SASSOU-NGUESSO - Dès avril 2013. J'avais été frappé par la nature des incidents ayant émaillé la course de 1800 km que la coalition rebelle de la Séléka avait réalisée, de la frontière soudanaise à Bangui. Des croix avaient été arrachées, des églises avaient été profanées, des prêtres avaient été molestés. Quand, reçu à l'Élysée, j'en ai parlé, le président français et ses collaborateurs m'ont écouté très attentivement. Plus tard, les faits m'ont donné raison. J'avais perçu les prémices d'un conflit confessionnel, aujourd'hui généralisé en RCA.

 

La France n'aurait-elle pas dû, en mars 2013, stopper militairement la Séléka, avant qu'elle ne parvienne à Bangui?

 

Mais comment voulez-vous qu'elle l'ait fait? La France ne disposait que de 400  parachutistes, sécurisant l'aéroport de Bangui. Elle n'avait, pour agir, aucun mandat des Nations unies. À l'exception d'opérations d'exfiltration de ses ressortissants, la France n'intervient jamais militairement sans feu vert du Conseil de sécurité, et elle a raison.

 

Une fois que la Séléka a pris Bangui et que Djotodia s'est proclamé président, qu'avez-vous fait?

 

Nous, les pays de la CEEAC (Communauté économique des États d'Afrique centrale), nous avons eu pas moins de six réunions avec lui à N'Djamena. Nous avons d'abord constaté le fait accompli, qui était la fuite de l'ancien président Bozizé et l'installation d'un gouvernement de la Séléka. Nous avons été obligés de prendre le train en marche. Nous avons ensuite ramené ce gouvernement dans l'axe du protocole que nous avions négocié à Libreville en 2012, qui prévoyait une période de transition et une réconciliation nationale. La Séléka avait déjà commis de graves crimes, mais elle l'a accepté. Nous avons donc eu un Parlement de transition, une Charte faisant office de Constitution, et nous avons tenté de remettre sur pied le système judiciaire.

 

N'avez-vous pas aussi aidé Djotodia financièrement?

 

Pas la personne, mais le pays. Nous avons fait un prêt de 50 millions de dollars à la RCA, afin qu'elle puisse payer ses fonctionnaires. Ils menaçaient d'ajouter du désordre, et il y en avait déjà beaucoup!

 

Les observateurs soulignent le professionnalisme des forces congolaises dans le maintien de l'ordre. Seriez-vous prêt à envoyer davantage de soldats en RCA?

Après le contingent français (1600  hommes), c'est le contingent congolais qui est le plus important, avec ses 1000 hommes. Nous avons déployé des blindés et même un hélicoptère!

 

Quelle est votre analyse de la situation en RCA?

 

C'est un pays où l'insécurité règne partout, à Bangui comme à l'intérieur. Je suis très ferme là-dessus: il faut réussir le désarmement. Il faut entièrement désarmer à la fois la Séléka et les milices Anti-Balaka. Il y a, en outre, un défi humanitaire très important: c'est plus d'un million de personnes qui ont fui leurs maisons et se trouvent à camper dans la brousse, dans des camps de regroupement ou dans les pays voisins. Il y a aussi des défis politiques. Il n'y a plus d'État en RCA! Il y a un gouvernement, mais il n'y a plus d'administration nulle part. Pas d'armée, pas de police, pas de gendarmerie! Les autres institutions démocratiques, n'en parlons pas! Il y a un défi judiciaire aussi…

 

Comment s'y prendre?

 

Il faudra remonter la pente une marche après l'autre. Tout en relevant les défis sécuritaires et humanitaires - les plus urgents -, il faudra donner les moyens financiers et logistiques de fonctionner au gouvernement de transition. Sans argent, ce dernier ne pourra rien faire. Ses fonctionnaires sont dispersés. Beaucoup d'entre eux sont revenus dans leurs villages! Voilà pourquoi, sur ma proposition, les États de la CEEAC ont décidé de donner 100 millions de dollars, en soutien à la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) et au gouvernement de transition.

 

La France devrait-elle mettre davantage de forces en RCA?

 

Oui, mais pas seulement elle! Pour avoir une présence dans tout le pays, il faudrait un contingent international d'au moins 10.000 hommes en tout, contre 6000 actuellement. Ce ne sont pas les soldats qui manquent dans le monde! Il y en a 17.000 actuellement en RDC (République démocratique du Congo), dans le cadre de la Monusco.

 

Les frictions entre l'Islam et la chrétienté ne sont-elles pas en train de s'aggraver rapidement en Afrique?

 

Ce sont les faits. Mais ces frictions ne sont pas nouvelles. Pensez au Nigeria, pensez à Aqmi dans la bande sahélienne. Et puis, il y a les conséquences de l'anarchie qui a succédé en Libye à Kadhafi…

 

Les Occidentaux ont-ils eu tort d'éliminer ce dernier?

 

Je me demande s'ils avaient ou non réfléchi à l'avance, s'ils avaient ou non une solution de remplacement. On ne peut pas dire qu'elle brille de tous ses feux… Notre solution pacifique n'a pas été choisie. Est-ce dommage? Les faits parlent d'eux-mêmes… Que sont devenues toutes les armes que Kadhafi passait son temps à acheter?

 

Vous avez connu tous nos présidents depuis Giscard. Quelle est votre analyse de la politique africaine de la France?

La France n'a pas d'amis permanents en Afrique ; elle a des intérêts permanents. Certes, la coopération bilatérale n'est plus ce qu'elle était du temps du général de Gaulle, car c'est maintenant l'Union européenne qui l'a prise en charge en grande partie. Mais les liens affectifs tissés à travers l'histoire restent bien sûr très forts.

 

L'intervention de la France au Mali a-t-elle été bien pensée?

 

Dans ma longue expérience d'homme d'État africain, c'est la première fois que je vois tous les pays de l'OUA saluer une intervention militaire française. Au Mali, la France a fait ce qu'il fallait faire.

 

La France devrait-elle en faire encore davantage en Afrique?

 

Il faut arrêter de croire que le destin de la France est d'être le gendarme de l'Afrique, de lui mettre sur le dos tous les problèmes. Il est grand temps pour les États africains d'assumer leurs responsabilités sur leur continent!

 

Lu pour vous : Sassou-Nguesso : «Il faut plus de troupes en Centrafrique»

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com