(Les depeches de Brazzaville 29/05/2008)
Jean-Pierre Bemba n'aura vécu, politiquement parlant, que le temps d'une élection présidentielle, perdue avec un score honorable de 42 % des suffrages, et d'un exil politique forcé qui s'est
commué en une détention dont on ne connaîtra pas l'issue avant longtemps.
Pour la première fois les instances judiciaires internationales ont utilisé une méthode pour le moins curieuse, parce que très secrète, pour arrêter un criminel présumé. Le monde entier savait
que la tête de Slobodan Milosevic était mise à prix depuis plusieurs années et bien avant sa « capture », il y a quelques années, l'ancien président libérien Charles Taylor, actuellement jugé à
la Haye, avait été placé sous les feux croisés de l'actualité. Pour ne citer que ces deux exemples.
Car si Jean-Pierre Bemba, indexé à l'époque pour le rôle joué par ses hommes en Centrafrique en 2001, se savait menacé d'une mise à l'ombre, il aurait évité de se hasarder dans les rues de
Bruxelles. Mais depuis son départ au Portugal dans les conditions que l'on sait, il n'avait nullement été question pour lui d'une telle issue. Et l'on peut, devant cette accélération des
événements, s'interroger doublement sur le rôle joué par l'ancienne puissance colonisatrice du Congo-Kinshasa, la Belgique, et sur les fruits que pourrait cueillir le pouvoir de Kinshasa du fait
de cette situation.
A première vue, lier une éventuelle partition jouée par Bruxelles sur l'arrestation de Bemba au bénéfice à tirer par le président Joseph Kabila paraît hasardeux. Même si, en effet, les deux
challengers de la présidentielle de l'année dernière en République Démocratique du Congo se haïssent, l'évolution récente de la relation Kinshasa-Bruxelles, qui a vu les plus hauts dirigeants des
deux pays se rencontrer, ne laissent pas prévoir que la Belgique s'efforce de choyer la RDC. A moins de croire, mais ceci n'est pas facile à prouver, que la tempête était nécessaire avant
l'embellie.
Au regard de ce qui s'est passé, en tout cas, les adversaires de Jean Pierre Bemba à Kinshasa peuvent lui prédire le pire. A 46 ans, ce qui arrive au leader du Mouvement pour la libération du
Congo (MLC), ancien vice-président de la République et chef de l'opposition parlementaire dans son pays est particulièrement déroutant. Pour lui, pour sa famille naturelle et pour sa famille
politique.
Pourra-t-il se défendre en démontrant qu'il n'a jamais personnellement pris part aux exactions de ses hommes partis défendre un pouvoir légitime qui vacillait sous la menace d'une tentative de
coup d'Etat ? Ou en rappelant qu'il avait, à l'époque, sanctionné ceux de ses miliciens qui étaient impliqués dans des violations des droits humains en République centrafricaine ? Que fera donc
sa formation politique, le MLC, qui a jusqu'ici tenu la place qui lui revient dans l'opposition parlementaire en RDC ?
Autant de questions qui vont continuer à trottiner dans les têtes tant l'arrestation de Jean-Pierre Bemba, opéré dans le plus grand secret, a surpris.
Gankama N'Siah
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