Bozizé, ici à côté du
cercueil du général André Kolingba
L’histoire de la RCA retiendra que c’est le président François Bozizé qui, à force de le persécuter et le
harceler, a fini par tuer son prédécesseur Ange-Félix Patassé. Pour cela, quoiqu’il fasse, il ne convaincra
personne de n’avoir été pour rien dans la mort du célèbre « Barbu national » intervenu dans un hôpital au Cameroun. Le monde entier a suivi avec une grande indignation et une
émotion bien compréhensible la triste affaire du refus inhumain et puéril opposé à plusieurs reprises par Bozizé aux tentatives de sortie du territoire centrafricain du président
Patassé que tout le monde savait pourtant bien malade, à l’exception de Bozizé et son clan qui étaient plutôt persuadés qu’il ne s’agissait que
de « simulation », d’aller se faire soigner.
Bozizé et son clan qui viennent d’être sévèrement rappelés à l’ordre par la mort de Patassé.
Ils croyaient jusqu’ici à tort que la politique ne serait qu’un vaste cirque ou des clowns s’en donnent à cœur joie. C’est la raison pour laquelle il ne s’est entouré que de bouffons courtisans
et pitres tels que Fidèle Ngouandjika, le général d’opérette Jules Bernard Ouandé, Sylvain Ndoutingaï et autres Aurélien Zingas, Thierry
Maléyombo pour ne citer que ceux-là. Martin Ziguélé qui était apparu comme un redoutable challenger de Bozizé avait plusieurs fois fait l’objet, sur la
base de mensongères fiches de prétendus renseignements, de nombreuses et fantaisistes accusations de vouloir renverser Bozizé par coup d’Etat avec la
« complicité de blancs ». Cela fera aussi bientôt un an qu’ils avaient accusé le président Patassé de vouloir faire un coup d’Etat qu’ils ont
prétendu avoir déjoué. Jusqu’à la mort de ce dernier, ils n’ont pas été à même d’apporter le moindre début d’éclaircissement sur cette grotesque et vilaine plaisanterie et doivent sans doute
tabler sur l’indulgence et la propension des Centrafricains à l’oubli.
A-t-il voulu et s’est-il donné les moyens d’en être correctement informé ? Il faut croire évidemment que non. Les
péremptoires et fantaisistes allégations de son porte-parole Fidèle Ngouandjika selon lesquelles Patassé, Ziguélé et Tiangaye ne ferait que de
la simulation pour qu’on parle d’eux peut en attester. Pourtant, hormis les enfants de Bozizé et autres sécurocrates du pouvoir présents qui n’y ont vu que de la comédie et des
« singeries » de la part de Patassé et des opposants du FARE, tous ceux qui ont pu voir le président Patassé à l’aéroport Bangui Mpoko
lors de sa première tentative de prendre le vol régulier de Kenya Airways le 23 mars dernier confirment qu’il était visiblement très mal en point.
Si Bozizé qu’on sait au demeurant aussi malade, refuse exprès d’être soigné par des médecins, il n’hésite
pourtant pas lui, à sauter dans des avions pour se rendre chez ses « guérisseurs traditionnels » béninois pour y recevoir néanmoins des soins. On ne compte
plus le nombre de ses maîtresses qui, une fois enceinte, sont coûteusement envoyées pour accoucher aux USA et en France. Enfermé dans son obsession à voir partout des projets de coups d’Etat visant à le renverser et en proie à son inqualifiable paranoïa, il a indiscutablement sous-estimé et pour le moins mal évalué l’état réel de santé
du président Patassé.
Un détail extrêmement capital à verser au dossier. Selon l’entourage familial du « Barbu
national », les médecins de l’Hôpital Général de Douala où on a dû le conduire de toute urgence dès le dimanche 3 avril donc au lendemain même de son arrivée de Bangui, ont
déjà dû pratiquer d’intenses massages cardiaques au président Patassé pour le ranimer. En effet, il avait immédiatement fait un arrêt cardiaque lorsqu’il avait appris de Malabo
que Bozizé avait dépêché un émissaire avec un prétendu document compromettant qu’il aurait signé de sa main propre, auprès de certains chefs d’Etat d’Afrique centrale et de
l’Ouest dont celui de Malabo où il était précisément en train de vouloir se rendre, afin de les dissuader de l’accueillir chez eux. On le voit, il n’y a pas l’ombre d’un seul doute ; c’est
bel et bien Bozizé qui l’a achevé. Est-ce un clin d’œil du sort si Patassé est revenu mourir sur
le même sol camerounais où le coup d’Etat de Bozizé qui l’avait renversé avait contraint son avion qui revenait de Niamey n’avait pu se poser à Bangui, à atterrir le 15 mars
2003.
Qui peut oublier que c’est ce Bozizé qui a obligé
Patassé à un second exil togolais de sept ans à l’issue de ce coup d’Etat du 15 mars 2003 ? Qui peut oublier que durant ce second et dur exil, Patassé que
le même Bozizé avait aussi déjà fait poursuivre en justice pour crimes de guerre et détournement de plus de 70 milliards de F CFA de deniers publics, avait connu les pires affres
de l’exil jusqu’à perdre son épouse Angèle sur le sol togolais. La santé de Patassé s’est également davantage détériorée. Sauf à être vraiment de mauvaise foi,
Bozizé ne pouvait l’ignorer.Bozizé aura réussi dans son programme de gouvernement : division nationale, humiliation, assassinats et prédation et
pillage des ressources nationales.
C’est pourquoi, en le tenant pour « personnellement responsable » de la mort de son
prédécesseur, la Coordination des comités de soutien à la candidature de Patassé et la famille du défunt, n’ont fait en réalité que traduire le sentiment quasi général des
Centrafricains à l’heure actuelle par rapport au comportement inhumain, puéril et délibérément cynique de Bozizé qui a persisté à prendre pour de la simulation, les tentatives
désespérés de Patassé de quitter le pays pour se rendre chez un des rares chefs d’Etat qui a continué à lui témoigner de l’estime dans l’espoir de s’y faire soigner, à savoir le
président équato-guinéen.
On a enjoint à Bozizé ainsi qu’à son gouvernement, son cabinet, son parti et sa famille, de ne pas prendre part
aux funérailles du défunt président Ange-Félix Patassé. Celles-ci qui seront organisées dans quelques jours, à cause du meurtrier Bozizé et pour
ne pas qu’il vienne faire le malin en versant des larmes de crocodile sur sa dépouille, Patassé, l’ancien chef d’Etat qu’il fut, sera privé de funérailles officielles, une
première mondiale de mémoire d’homme mais l’opinion internationale et tous les Centrafricains qui ont suivi et été témoins des tracasseries stupides et barbares faites à Patassé
par Bozizé le comprendront. Obsèques nationales ou pas, personne ne pourra empêcher les Centrafricains d’aller massivement rendre hommage à Patassé.
Ses tentatives et manœuvres tendant à vouloir imposer des obsèques officielles pour lui permettre de venir se moquer encore de
la dépouille de Patassé qu’il a tué ne peuvent tromper personne. C’est à peine si le pouvoir de Bozizé n’avait pas accusé le Pr Grézenguet président de la
Commission national d’évacuation sanitaire ainsi que le ministre de la santé, qui ont émis un avis favorable pour que Patassé puisse quitter le pays afin d’aller se faire soigner
à l’étranger, de complicité d’atteinte à la sûreté de l’Etat et de participation à un projet de coup d’Etat. On était en plein
délire paranoïaque ! Pour quelqu’un qui est arrivé lui-même au pouvoir par un putsch, c’est quelque peu fort de café ! La Coordination nationale des comités de soutien de
Patassé, structure de campagne électorale a coupé l’herbe sous les pieds du gouvernement qui avait cru devoir annoncer imprudemment dès le lendemain de la mort de l’ancien
président et sans la moindre concertation avec la famille du défunt, la mise en place d’un comité d’organisation de ses obsèques.
On se souviendra qu’après le décès du président André Kolingba dont la dépouille devait arriver de Paris, sa
veuve Mireille n’avait pas souhaité que le calendrier de ses obsèques soit dicté par l’agenda du président de Bozizé qui avait initialement voulu que les choses
attendent qu’il soit revenu de son déplacement au Qatar. Finalement, eu égard aux manœuvres de Bozizé et devant diverses pressions, Mireille avait fini par céder
pour se conformer au cérémonial d’obsèques officielles. Pour quelqu’un comme Bozizé qui aime humilier ses adversaires politiques, qui déclarait lors de sa dernière investiture
que la « récréation était terminée » en roulant les mécaniques et en jouant au matamore, il faut l’avouer, c’est un cinglant camouflet et le comble des
humiliations. Il aura cherché la très embarrassante situation dans laquelle il se trouve maintenant.
Pour une fois que l’auteur du crime et la causalité de la mort de quelqu’un sont bien connus et ne sont donc plus à rechercher
comme d’habitude, dans des considérations d’ordre mystique ou des raisons de fétiches et autres, on ne doit pas se priver de montrer clairement du doigt le meurtrier comme étant sieur
François Bozizé. Au moment d’inhumer son épouse Angèle au cimetière municipal de Lomé le 19 janvier 2008, Ange Félix–Patassé Patassé avait
solennellement et officiellement déclaré pour la première fois depuis qu’il a été renversé du pouvoir, reconnaître désormais Bozizé comme président de la République
centrafricaine. Lors du Dialogue Politique Inclusif de décembre 2008, il avait encore, du haut de la tribune de cette importante assemblée, réitéré cette reconnaissance, prouvant ainsi qu’il
était vraiment sincère mais Bozizé par contre, jusqu’au bout, ne l’aura jamais été. Aujourd’hui, même mort, l’ombre de Patassé hantera à jamais les nuits et l’esprit de Bozizé.
Rédaction C.A.P.