Un ex-chef de la diplomatie sénégalaise et un ancien premier ministre de Hongkong sont soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin aux chefs d’Etat contre des avantages commerciaux.
Par Christophe Châtelot LE MONDE Le 21.11.2017 à 17h40
Les noms des présidents tchadien, Idriss Déby Itno, et ougandais, Yoweri Museveni, apparaissent en rouge dans un acte d’inculpation dressé le 16 novembre par la justice américaine dans le cadre d’une vaste affaire de corruption. Les faits incriminés s’étalent sur « plusieurs années » et portent « sur plusieurs millions de dollars » pour le compte d’une société pétrolière chinoise.
L’ancien ministre sénégalais des affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio (61 ans), ainsi qu’un ancien ministre de l’intérieur de Hongkong et secrétaire général d’une ONG fondée par le pétrolier chinois en question, Chi Ping Patrick Ho (68 ans), ont été arrêtés samedi 18 novembre aux Etats-Unis, officiellement inculpés et entendus par un juge. Ils sont soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin aux deux chefs de l’Etat africains en échange d’avantages commerciaux illicites.
Pots-de-vin de 2 millions de dollars
L’accusation la plus spectaculaire liée à des faits remontant à octobre 2014 concerne Idriss Déby Itno. Le chef de l’Etat tchadien, au pouvoir depuis 1990, aurait perçu des mains de Cheikh Tidiane Gadio un pot-de-vin présumé de 2 millions de dollars.
Le ressort de cette affaire est l’ambition commerciale d’une société pétrolière chinoise privée. Bien qu’elle ne soit pas nommée dans les documents américains, tout désigne la CEFC China Energy, une société de Shanghaï dirigée par Ye Jianming. Acteur récent sur la scène pétrolière internationale, relativement inconnu mais très introduit dans les cercles du pouvoir chinois, il a défrayé la chronique, début septembre, en rachetant pour 9 milliards de dollars 14,6 % de la major pétrolière russe d’Etat, Rosneft, détenus jusqu’alors par un fonds du Qatar et le groupe suisse Glencore. La CEFC détient des blocs pétroliers au Tchad ainsi que dans plusieurs Républiques d’Asie centrale.
Selon la plainte américaine, « Patrick Ho a engagé Cheikh Tidiane Gadio – qui avait une relation personnelle avec le président tchadien – pour aider la Compagnie d’énergie à avoir accès au président tchadien ». « L’objectif initial » des deux hommes, selon les enquêteurs, était de résoudre un différend opposant le gouvernement tchadien et la Compagnie pétrolière d’Etat chinoise (CPC) à laquelle la CEFC a finalement racheté des blocs d’exploitation gaziers et pétroliers au Tchad en 2016. « L’objectif ultime, ajoutent-ils, était d’obtenir des opportunités pétrolières pour la Compagnie [la CEFC] au Tchad. »
L’acte inculpation explique que Patrick Ho, agissant sur les conseils de Cheikh Tidiane Gadio, a incité, par courriel, la [CEFC] à gratifier le président tchadien « d’une belle enveloppe ». En fait, un pot-de-vin de 2 millions de dollars, sous couvert de « don pour des causes caritatives ». L’ancien ministre sénégalais (de 2002 à 2009) aurait perçu 400 000 dollars, virés en deux fois sur un compte à Dubaï, pour ses services rendus.
« “Don” à la réélection de Museveni »
Le dossier ougandais s’ouvre également en octobre 2014 à New York par un discret rendez-vous dans les couloirs du siège des Nations unies, entre Patrick Ho et le ministre ougandais des affaires étrangères de l’époque, Sam Kutesa. Mandaté par son pays, il présidait alors pour une année la 69eassemblée générale de l’ONU. Histoire de lever l’ambiguïté portant sur l’identité de la « compagnie d’énergie chinoise basée à Shanghai » citée dans l’acte d’inculpation, une photo diffusée à l’époque par Radio Chine Internationale montre Sam Kutesa et Ye Jianming, souriants, après la nomination de ce dernier en tant que « conseiller spécial honoraire » du premier.
« Patrick Ho et le ministre ougandais des affaires étrangères ont discuté d’un “partenariat stratégique” entre l’Ouganda et la [CEFC] pour diverses entreprises commerciales, formées une fois (…) de retour en Ouganda », peut-on lire dans le document à charge. En février 2016, « après qu’il eut repris ses fonctions de ministre et que sa belle-famille ait été réélue à la présidence de l’Ouganda, il a fait virer 500 000 dollars par l’intermédiaire d’une banque à New York. Dans ses communications, Ho a diversement qualifié ce paiement de “don” à la campagne de réélection du président de l’Ouganda ». En fait, ce paiement était un pot-de-vin afin de permettre à la CEFC d’obtenir des avantages commerciaux et autres contrats dans le secteur financier (rachat d’une banque) et énergétique en Ouganda.
Inculpés pour corruption et blanchiment d’argent, Patrick Ho et Cheikh Tidiane Gadio sont passibles de plusieurs dizaines d’années d’emprisonnement.
Afrique, la guerre entre Trump et la Chine
https://mondafrique.com Par Aza Boukhris 21 novembre 2017
La guerre économique Etats-Unis-Chine est désormais déclarée en Afrique. Donald Trump a ouvert la chasse en Afrique à la prédation, au blanchiment et à la corruption, impliquant la Chine.
On comprend que certains chefs d’Etat et ministres de haut rang répugnent désormais à se rendre aux États Unis, même pour assister à une Assemblée générale des Nations Unies.
Les lobbyistes africains pro-chinois sont dans la ligne de mire de l’administration Trump. Les personnalités africaines de haut rang ne sont pas épargnées.
En août 2017, l’ancien ministre guinéen des mines, Mahmoud Thiam avait déjà écopé de 7 ans de prison, pour corruption, pots-de-vin et blanchiment au bénéfice de sociétés minières chinoises. Vendredi 17 novembre 2017, Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères (2000-2009), a été arrêté à New York et mis en détention.
Fréquentant assidument les cercles onusiens et familier de la Banque mondiale, ce sulfureux lobbyiste, à qui l’organisation du Forum de la Paix et de la Sécurité de Dakar avait été retirée en 2014, est toujours le président de l’institut panafricain de stratégies de Dakar, ce qui lui donnait un laisser-passer dans les présidences africaines et à l’Union africaine. Ayant la double nationalité, sénégalaise et américaine, Cheikh Tidiane Gadio risque jusqu’à 20 ans de prison. La collaboration avec les Chinois aura désormais son prix.
L’Administration américaine mobilisée
Le FBI, la CIA et la justice fédérale ont décidé de s’attaquer au système de corruption des sociétés chinoises et du conglomérat étatique la China National Petroleum Corporation, très implanté au Tchad, en Centrafrique, au Congo et au Cameroun. Même le Département d’Etat s’est mobilisé, sous la haute autorité du Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, l’ancien patron d’Exxon qui n’a guère oublié les déboires de sa société pétrolière avec le Tchad d’Idriss Deby Itno. On se rappelle que certains avaient été surpris de voir le Tchad inscrit sur la liste noire d’interdiction de voyager aux États Unis d’Amérique. C’était vite oublier que les intérêts privés américains guident la politique étrangère des Etats Unis d’Amérique. C’est encore plus vrai avec Donald Trump. Les chantres du slogan” l’Afrique aux Africains”, souvent très corrompus et prédateurs, ne pèsent pas devant l’ “América first”de Trump.
Les présidents du Tchad et de l’Ouganda, visés aussi par la justice fédérale, et Cheikh Tidiane Gadio, vont voir étalées dans les médias leurs relations privilégiées avec la China National Petroleum Corporation et la société de lobbying Énergy Company.
Cheikh Tidiane Gadio devra justifier, à la fois, les 2 millions de dollars apportés au Tchad pour éviter une douloureuse amende à ses protecteurs chinois et les 400 000 dollars pour sa rémunération. D’autres pots-de-vin et faits de corruption seraient aussi dans les mains de la justice fédérale et pas seulement pour les gisements tchadiens.
Armes, matières premières, agro-alimentaire
La China National Petroleum Company est présente dans plusieurs États de l’Afrique centrale, surtout par ses satellites. Elle est de plus en plus présente dans l’agro-alimentaire, le commerce des armes et les matières premières stratégiques.
La Centrafrique est l’une des proies des intérêts chinois. Les champs pétrolifères de Boromata, en bordure du Tchad, ont été confiés aux intérêts de la China National Petroleum Corporation. Le lobbying fut intense en faveur des Chinois, après les déboires de l’ancien propriétaire des permis, l’américain Jack Grynberg, victime collatérale du coup d’Etat de François Bozizé contre Ange-Félix Patasse. Déjà, l’ancien ministre des mines, Sylvain Ndoutingaï, est sur les tablettes de la justice fédérale. D’autres personnalités centrafricaines, revenues au pouvoir avec le président Touadera, auraient peut-être intérêt à éviter le sol américain.
Il est possible aussi que Cheikh Tidiane Gadio, doivent rendre compte de son rôle d’envoyé spécial, à partir de 2014, de l’Organisation de la Coopération Islamique en Centrafrique et de ses relations avec les autorités tchadiennes.
La chasse ne fait que commencer.
La justice américaine inculpe Cheikh Tidiane Gadio pour corruption
http://www.bbc.com 21 novembre 2017
Chi Ping Patrick Ho, 68 ans, et Cheikh Gadio, 61 ans, sont accusés d'avoir corrompu pendant plusieurs années des hauts responsables de ces pays afin d'obtenir des avantages pour une entreprise pétrolière chinoise.
Les pots-de-vin représentent plusieurs millions de dollars, selon un communiqué des autorités judiciaires américains publié lundi.
L'ancien ministre sénégalais a été arrêté vendredi à New York et présenté devant un juge le lendemain, tandis que M. Ho a été arrêté samedi et présenté à un juge lundi.
La justice américaine inculpe un ex-ministre sénégalais de corruption
https://www.tsa-algerie.com Par: AFP 20 Nov. 2017 à 22:14
Le responsable d’une ONG basée à Hong-Kong et en Virginie, dans l’Est des Etats-Unis, ainsi qu’un ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères ont été inculpés par la justice américaine dans une affaire de corruption de hauts responsables au Tchad et en Ouganda.
Chi Ping Patrick Ho, 68 ans, et Cheikh Gadio, 61 ans, sont accusés d’avoir corrompu pendant plusieurs années des hauts responsables de ces pays afin d’obtenir des avantages pour une entreprise pétrolière chinoise. Les pots-de-vin représentent plusieurs millions de dollars, selon un communiqué du ministère américain de la Justice publié lundi.
“Des responsables au plus haut niveau des gouvernements des deux pays sont soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vin”, a indiqué le ministre adjoint de la Justice Kenneth Blanco, citant le président du Tchad et le ministre ougandais des Affaires étrangères sans communiquer leur nom.
Le ministère n’a pas non plus dévoilé le nom de l’entreprise chinoise pétrolière.
L’ancien ministre sénégalais a été arrêté vendredi à New York et présenté devant un juge le lendemain, tandis que M. Ho a été arrêté samedi et présenté à un juge lundi.
M. Blanco a ajouté que la justice américaine était déterminée à poursuivre ceux qui compromettent la compétitivité des entreprises.
“Leurs pots-de-vin et leurs actes de corruption portent tort à notre économie et minent la confiance dans un marché libre”, a-t-il également commenté.
Les personnes inculpées sont soupçonnées d’avoir, entre autres, fait transiter près d’un million de dollars par l’intermédiaire du système bancaire new-yorkais.
En échange d’un pot-de-vin de deux millions de dollars, le président du Tchad aurait offert à l’entreprise pétrolière chinoise des droits pétroliers dans le pays sans passer par un appel d’offres international. L’ancien ministre sénégalais aurait joué un rôle central dans cette affaire.
M. Ho aurait également distribué des cadeaux tout en promettant d’autres avantages, dont le partage des profits d’une société commune ainsi que l’acquisition potentielle d’une banque en Ouganda, en vue d’obtenir des avantages pour l’entreprise de l’énergie pour laquelle il jouait le rôle d’intermédiaire.
Fin août, la justice américaine avait condamné l’ancien ministre guinéen Mamhmoud Thiam à sept ans de prison pour avoir blanchi de l’argent de pots-de-vin reçus d’entreprises chinoises.
M. Thiam, ex-ministre des Mines en Guinée, avait été reconnu coupable en mai. Il avait notamment utilisé les 8,5 millions de dollars reçus pour payer l’école de ses enfants et acheter une maison de 3,75 millions près de New York.