AFP Par Charles BOUESSEL à Bangui, Amaury HAUCHARD à Libreville
Est-il possible de ramener la paix en Centrafrique? C'est l'objectif ambitieux d'un dialogue entre une quinzaine de groupes armés présents sur le territoire et le gouvernement, qui s'ouvre jeudi à Khartoum sous l'égide de l'Union africaine (UA).
Dans ce pays d'Afrique centrale de 4,5 millions d'habitants en guerre depuis 2013, pas moins de sept accords de paix ont été signés en cinq ans, sans qu'aucun n'aboutisse au retour de la stabilité.
Le dialogue à venir, préparé depuis juillet 2017 par l'UA et soutenu par les principaux partenaires de Bangui, se veut plus ambitieux que les précédents: à la table de négociations se réuniront les principaux chefs de groupes armés ainsi qu'une importante délégation gouvernementale.
"Ces pourparlers pourraient se poursuivre deux à trois semaines. Il n'y a pas de date de fin spécifique", a indiqué à l'AFP Al-Dierdiry Ahmed, ministre soudanais des Affaires étrangères.
Le dialogue se tiendra à Khartoum, capitale du Soudan voisin en proie depuis plusieurs semaines à une vague inédite de contestations du pouvoir en place.
Le Soudan est "une des principales plateformes d'approvisionnement en armes des groupes armés centrafricains", note un observateur de la crise à Bangui qui s'inquiète de la partialité de ce pays.
- "Pas confiance" -
Ce dialogue "n'inspire pas confiance", affirme à l'AFP un cadre du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), l'un des principaux groupes armés dont le leader, Noureddine Adam, sera néanmoins présent à Khartoum.
"On voulait que ce soit dans un pays neutre, à Addis-Abeba (Ethiopie) ou à Kigali (Rwanda), mais les Russes ont poussé pour Khartoum", ajoute-t-il.
Le Soudan, allié de Moscou, a déjà abrité une tentative de médiation parallèle fin août, que les principaux partenaires de Bangui ont condamné. Le dialogue "doit se faire sous l'égide de l'UA" et non de la Russie, a plusieurs fois martelé la France.
La Centrafrique regorge de ressources - uranium, or, diamants, bétail - situées dans des zones sous influence de groupes armés, qui combattent entre eux pour leur contrôle, mais aussi contre les Casques bleus de la mission de l'ONU (Minusca).
La principale interrogation avant ce dialogue est la question de l'amnistie des chefs de guerre, réclamée par tous les groupes armés comme prérequis à un arrêt des hostilités, ce que Bangui a toujours refusé.
Les autorités "auront du mal à arracher des concessions" à ce sujet, pense le cadre du FPRC dont les principaux chefs sont fréquemment cités dans des rapports de l'ONU pour violations des droits de l'homme.
Une branche des antibalaka, milices autoproclamées d'autodéfense, se dit de son côté prête à faire des concessions "si c'est dans l’intérêt du pays", selon Igor Lamaka, représentant des antibalaka emmenés par Patrice-Edouard Ngaissona, récemment transféré à la Cour pénale internationale (CPI).
- L'absence d'Ali Darassa -
Si Noureddine Adam sera bien à Khartoum, Ali Darassa, leader d'un autre groupe armé important, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), sera absent.
Il a estimé que les récents combats mi-janvier entre l'UPC et des soldats de l'ONU à Bambari ne "permettent pas" sa présence au dialogue, mais son groupe y sera malgré tout représenté.
Une interrogation subsiste autour de la mise en place annoncée d'un comité de suivi si un accord est trouvé.
"Comment le gouvernement pourra contraindre les groupes armés à respecter leurs engagements?", se demande un homme politique centrafricain d'opposition.
"La paix est nécessaire et elle l'est maintenant", martèle Anicet Nemeyimana, directeur pour la Centrafrique de l'ONG Catholic Relief Services. "L'accès humanitaire dans certaines régions est devenu complètement coupé".
"Il faut dialoguer pour sauver ce qui peut encore l'être", abonde Martin Ziguélé, ancien Premier ministre (2001-2003) et président d'un parti de la majorité qui participera au dialogue.
La dernière médiation en date remonte à 2017, sous l'égide de l'Eglise catholique: les groupes armés avaient repris les armes moins de 24 heures après la signature d'un accord, et une centaine de personnes avaient été tuées à Bria (centre).
Pour l'heure, seules les médiations locales, notamment menées par l'Eglise, semblent aboutir. "Il serait plus utile de renforcer les processus de dialogue et de médiation au niveau local", corrobore le groupe d'analyse International Crisis Group (ICG).
L'ICG déplore le "peu d'effet" des médiations internationales, notant qu'elles ont néanmoins "l'avantage de mobiliser l'attention internationale sur la crise centrafricaine".
© 2019 AFP Mise à jour 22.01.2019 à 10:00
En Centrafrique, treize morts avant des négociations de paix
Le Monde avec AFP Publié hier à 14h45, mis à jour hier à 14h45
Cette nouvelle vague de violences intervient avant le début d’un dialogue entre les autorités et les groupes armés, jeudi, à Khartoum, au Soudan.
Treize personnes ont été tuées dimanche 20 janvier dans l’ouest de la Centrafrique par des hommes armés avant l’ouverture de pourparlers de paix, jeudi, au Soudan, a appris mardi l’AFP de sources locale et onusienne. « Il y a eu treize morts, dont un pasteur et un gendarme. Nous avons procédé à un déplacement sur place qui a confirmé ces faits », a déclaré une source à l’ONU, confirmant une information d’une source proche de la communauté peule locale.
« Il y a eu des violences créées par des Fulanis [Peuls] armés », a pour sa part indiqué le porte-parole de la mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca), Vladimir Monteiro, ajoutant qu’une patrouille de la mission et des forces de sécurité intérieures (FSI) ont été dépêchées sur place. Les treize personnes ont été tuées dans le village de Zaoro Sangou par des Peuls armés présumés membres du groupe 3R (Retour, réclamation, réconciliation), selon la source à l’ONU. Ce groupe armé, dirigé par un certain Sidiki, qui prétend protéger les Peuls, est établi dans l’ouest du pays depuis sa création fin 2015.
Un pays en guerre depuis 2013
« Ce sont les éléments de Sidiki qui [ont] tiré sur les gens », a affirmé, mardi, un habitant de la localité à la radio centrafricaine Ndeke Luka. Cette nouvelle vague de violences intervient avant le début jeudi à Khartoum d’un dialogue entre les autorités et les groupes armés opérant en territoire centrafricain. Sidiki et des représentants du groupe 3R sont partis mardi matin de Bangui pour Khartoum afin d’assister à ces pourparlers.
Les groupes armés contrôlent une large majorité du territoire, où ils combattent entre eux et contre l’ONU, pour le contrôle des immenses ressources du pays – uranium, or, diamants, bétail. Ce dialogue, qui devrait durer plusieurs semaines, est censé ramener la stabilité dans ce pays en guerre depuis 2013, où sept accords de paix ont déjà été signés en cinq ans, sans succès.
Liste Officielle des participants au Dialogue de Khartoum
CEEAC.
1- Adolphe NAHAYO, Représentant du secrétaire général de la CEEAC à l’Initiative Africaine
2- Zakaria GARBA, Conseiller en sécurité
3- Eddy MBONA, Assistant spécial et conseiller politique de l’ambassadeur NAHAYO
Gouvernement de la République centrafricaine
1- Firmin NGREBADA, Ministre d’Etat, Directeur de cabinet du Président de la République, Chef de délégation
2- Marie Noëlle KOYARA, Ministre de la Défense et de la reconstruction de l’Armée.
3- Sylvie BAIPO-TEMON, Ministre des Affaires étrangères et des Centrafricains de l’Etranger
4- Flavien MBATA, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme
5- Virginie BAIKOUA, Ministre de l’Action humanitaire et de la réconciliation nationale
6- Isidore Alphonse DIBERT, Conseiller politique à la Présidence
7- Colonel Noel Bienvenu SELESSON, Conseiller chargé du DDRR à la Présidence
8- Gaétan KATOUKA, Protocole à la Présidence
9- Rémy VONDROUMADE, Protocole à la Présidence
10- Constant César MOKALO, Directeur adjoint du Protocole d’Etat
11- Sergent-chef, Thierry Evelyn KOMOKOINA, Aide-camp
12- Wilson BION ARTIS, Aide-camp
13- Lucie SERVICE, Chef du secrétariat du ministre d’Etat, directeur de cabinet du chef de l’Etat
14- Jonas DEPANDA, Directeur administratif et financier
15- Colonel Joachim SYLLA, Expert à la Défense Nationale
16- Sébastien NATHUGA (ACCORD)
17- Freddy NKURIKIYE (CDH)
18- Jean WILLYBIRO- SAKO, Conseiller à la Présidence chargé du DDRR/RSS
19- Léonie BANGA-BOTHY, Coordonnatrice de la RSS
Partis politiques
Opposition
1- Honorable Anicet-Georges DOLOGUELE (URCA)
2- Honorable Benjamin KAIGAMA
Majorité
1- Honorable Martin ZIGUELE (MLPC)
2- Honorable Mathurin DIMBELET-NAKOE (KNK)
Centriste
1- Honorable Jean-Michel MANDABA (PGD)
2- Honorable Franck Urbain SARAGBA (Indépendant)
Assemblée Nationale
1- Honorable Jean Symphorien MAPENZI
2- Honorable Michelle Gina SANZE
Conseil National de la Médiation
1- Dr Jacques MBOSSO
2- Eric Freddy BENINGA
Plateforme des Confessions Religieuses
1- Pasteur Nicolas GUEREKOYAME-GBAGOU (Président de l’AEC)
2- Imam Omar KOBINE LAYAMA (Président de la CICA)
3- Mme Brigitte IZAMO (Représentante de la Conférence Episcopale Centrafricaine)
Associations des Victimes
1- Hervé Sévérin LIDAMON
2- Apollinaire MOKOTEMAPA
Conseil National de la Jeunesse Centrafricaine
1- Huguet Francis MONGOMBE, Président du CNJ
2- Moustapha YOUNOUS, Président de la JICA
Syndicat
1- Michel LOUDEGUE, Secrétaire général de l’OSLP
2- Noel RAMADAN, Secrétaire général de l’USTC
Organisation des Femmes Centrafricaines
1- Guilaine MINANG, Vice-présidente du Comité exécutif de l’OFCA
2- Albertine DEMENDJOU, Secrétaire générale de l’OFCA
Organisations des Droits de l’Homme
1- Me Mathias MOROUBA
2- Hyacinthe GBIEGBA
Presse Nationale
1- Freddy SEBOUTH, Cameramen
2- Edouard KASSYA, Photographe
Groupes Armés
RJ/SAYO
1- Armel NINGATOLOUM SAYO
2- Victor DINGAOTAR
3- Emmanuel NDOYAM
RJ/BELANGA
1- Touby Esaie MALEKIAN
2- Simon-Pierre PASSI INGAM
3- Laurent BEBETI
FPRC
1- Herbert Gontran DJONO-AHABA
2- HAMAT MAL-MAL ESSENE
3- DAMANE ZACKARIA
UFRF
1- Dieu-Béni Christian KIKOBET GBEYA
2- Maxime MBAINANI
3- Régis NGBENZI
UFR
1- Philippe WAGRAMALE
2- Auguste ALDAM
3- Aimé GBODO MAXIMIN
FDPC
1- Martin KOUMTA-MADJI
2- Marcel BAGAZA
3- Jean Rock SOBI
MLCJ
1- Gilbert TOUMOU BEYA
2- Achille GODET MODJEKOSSA
3- DJEME RACHID
UPC
1- Ali DARASSA MAHAMAT
2- AMADAMA CHAIBOU
3- ABOULKASSI ALGO TIDJANI
Séléka Rénovée
1- Akacha ALHISSENE
2- Ali ISSAKA
3- Ferdinand NDJERAYOM
Antibalaka/Mokom
1- Maxime MOKOM
2- Théophile GBEI
3- Jean de Dieu NGAISSONA
Antibalaka /Ngaissona
1- Dieudonné NDOMATE
2- Bérenger Igor LAMAKA
3- Arsène FEISSONA
Addis-Abeba, 18 janvier 2019
Source: Union Africaine
RCA: les délégations en route pour le grand dialogue national sous l’égide de l’UA
Par RFI Publié le 23-01-2019 Modifié le 23-01-2019 à 05:59
Les délégations de chefs de groupes armés mais aussi les représentants du gouvernement sont parties mardi 22 janvier de Centrafrique pour Khartoum où a lieu le 24 janvier l’ouverture du grand dialogue national centrafricain tant attendu, sous l’égide de l’Union africaine.
C’est l’effervescence devant le carré VIP de l’aéroport. Ils sont nombreux à avoir répondu au rendez-vous. Parmi eux, le chef du groupe armé RJ, Armel Sayo, qui assure de sa bonne volonté dans ce processus : « Notre disponibilité a été marquée déjà par l’adhésion à ce processus DDR. C’est ce qui se réaffirme maintenant par notre présence pour le forum de Khartoum. Le seul souhait que nous attendons nous le disons bien; au retour de ces assises, c’est que le vivre ensemble soit obtenu et qu’une voie de sortie définitive de crise soit scellée. »
Un processus entamé avec 14 groupes armés. Ils ont rendu leurs revendications au panel de l’Union africaine en préalable à l’ouverture du dialogue.
Mais il existe encore des inconnues quant à la présence de certains leaders à Khartoum. Firmin Ngrebada, ministre d’Etat et directeur de cabinet du président Touadera : « Aujourd’hui, la démarche c’est de leur dire quelles sont les réponses que le président de la République apporte aux revendications exprimées par les groupes armés. Mais si certains groupes ne viennent pas, comment nous allons faire ? C’est ça la problématique. Donc notre vœu c’est que tous les groupes armés soient présents pour qu'ensemble nous puissions voir qu’est-ce qu’on peut faire ensemble dans le cadre de la recherche de la paix, la réconciliation nationale chère au pays. »
Un dialogue national qui intervient alors qu’environ 80% du territoire est aujourd’hui aux mains des groupes armés et que des incidents et des combats sont encore réguliers.