11 août 2011 par Juliette Abandokwe
Devant les graves débâcles
socio-économiques en Afrique Centrale notamment, au Cameroun, en République Centrafricaine, au Congo dit démocratique, et ailleurs, nous nous posons la question qu’on n’ose même plus poser à voix
haute : A quoi sert donc le chef de l’Etat, quel est son devoir, et quel est le résultat réellement sur le terrain, puisque c’est cela qui compte finalement.
Les systèmes judiciaires restent pratiquement inexistants tant ils sont assimilés au système d’un Etat asservi par la corruption et le vice à l’extrême. Un combat efficace contre l’impunité qui à
son tour entretient les grossières atteintes aux droits de l’Homme, semble de plus en plus globalement illusoire.
En République Centrafricaine, le fils du chef de l’Etat, également ministre de la Défense, détourne une somme de 5,5
millions d’euros destiné par l’Union Européenne au paiement des rentes des militaires et gendarmes retraités. Une fois la forfaiture découverte, le fils du chef de l’Etat fait tout d’abord mettre
sous les verrous le journaliste responsable de la dénonciation, alors que le délit de presse est aboli depuis 2005. Une fois le journaliste relâché sous la pression internationale, la forfaiture
du fiston indélicat n’est même plus dénoncée et encore moins sanctionnée. Et lorsque les bénéficiaires lésés se révoltent, ils sont ensuite assaillis par la Garde Présidentielle, et forcés de
demander pardon pour s’être révolté. Le détournement constaté, un de plus par le clan Bozizé, il restera donc impuni comme tous les autres
crimes économiques commis par le clan au pouvoir. La responsabilité du chef de l’Etat centrafricain envers son peuple est d’un cynisme qui n’a pas de nom. Les complices pullulent seulement.
Au Cameroun, une escroquerie électorale de plus se prépare pour le 9 octobre prochain, avec une violation systématique annoncée de la Constitution, entre des candidats qui ont volé le droit
d’être candidat, une commission électorale indépendante qui n’a absolument rien d’indépendant, une opposition minée par la division et la médiocrité, une population complètement excédée par les
crimes économiques massifs d’un pouvoir sans la moindre vergogne, des conditions socio-économiques inhumaines et une répression des récalcitrants de plus en plus brutale par des milices
entraînées pour tuer. L’ennemi no 1 du pouvoir de Paul Biya c’est le peuple Camerounais. Le chef de l’Etat n’éprouve pas le moindre sens de la responsabilité envers un peuple à qui il interdit de
dire NON.
En République Démocratique du Congo, les viols et les meurtres continuent à grande échelle, commis autant par l’armée
congolaise que par les groupes armés dans l’Est du pays, constituant des crimes de droit international, au nez et à la barbe de la communauté internationale toute entière. L’impunité règne en
maîtresse, les responsables ricanent, et les crimes continuent.
Où est la responsabilité de l'Etat congolais et de son chef Joseph
Kabila?
Sa responsabilité n'est-elle pas de protéger et de promouvoir le peuple qui l'a "librement et démocratiquement" élu? Où
sont donc par conséquent les actes qu'il est sensé poser pour atteindre les objectifs en termes de protection et de promotion? L'invisibilité totale de ces actes n'est-elle pas la meilleure
preuve de son incompétence radiculaire? Et que dire de la responsabilité de Paul Biya, François Bozizé ou Idriss Deby ?
Le peuple Congolais n'a pas voté pour Kabila pour lui permettre
de faire du business sur son dos. Il a voté pour lui, pour lui permettre de faire son travail de chef de l'Etat. L'Etat c'est le peuple Congolais, et un chef est là pour guider son peuple vers un
avenir meilleur. Et pourtant sur le terrain, Paul Biya sert la France à travers Bolloré,
Total, Bouygues et les autres. François Bozizé est maintenu à l’état de larbin par son parrain Idriss Deby, la France aussi le
force à céder les mines d’uranium de Bakouma qui sont devenues un camp retranché militaire français. Le système judiciaire centrafricain n’est là que pour couvrir et justifier les diverses
frasques du pouvoir. Globalement, le sens de la responsabilité pour le peuple, est le cadet des soucis de ces chefs d’Etat profondément criminels.
Des gouvernants qui ne sont qu’un échec massif pour le peuple qu'ils sont sensé gouverner, puisque celui-ci n'y trouve
aucun avantage. Le lot douloureux quotidien de ces peuples sont les violences d’état en tous genre et les abus de pouvoir, une lutte incessante contre la maladie et la mort, le manque d'eau et
d'électricité, le manque d'éducation et d'instruction civique, le manque surtout d'une vie décente, alors que le sous-sol est si scandaleusement riche.
C’est bien ce sous-sol qui finalement est à la base des crimes économiques monumentaux ambiants. Vendre des biens qui ne nous appartiennent pas c'est du VOL ; du PILLAGE quand il s'agit de
masses de biens volés de manière systématique et stratégique. Pour ceux qui acquièrent ces biens, il s'agit de RECEL. En Afrique centrale nous assistons à des rouages terriblement bien huilés de
collaboration étroite entre les pilleurs et les receleurs que sont les puissances étrangères. Les populations congolaises de l'est du Congo en sont les plus grandes victimes. Un peuple de plus
qui ne rencontre qu'une indifférence mondialisée, un silence coupable assourdissant, le silence de gouvernements occidentaux responsables ou complices de crimes massifs contre l’humanité. Faute
de sanctions et d’instance de justice pour juger de ces crimes, l’impunité mondialisée est omniprésente.
Les peuples des Kabila, Biya, Bozizé, ou Deby ne sont pas seuls.
Sont aussi des grands lésés les peuples de Sassou, de Bongo, et de Nguema. Que dire encore des peuples du delta du Niger, du désert Touareg (en attendant les réformes promises par le nouveau président nigérien), ou des
peuples de Côte d'Ivoire, pour ne citer que ceux-là. Tous sont victimes de crimes économiques et politiques de grande envergure, sans aucune instance solide pour prendre leur parti.
Des peuples que l’on comprime dans le déficit et l’insuffisance essentielle, et dont on empêche institutionnellement le développement des capacités.
La culture de l'impunité, de l'enrichissement illicite indécent, et du pouvoir par la terreur, entretenue par des
receleurs sans scrupules, doit cesser de toute évidence. Malheureusement, les complices sont très nombreux, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, entre ceux qui sont aujourd’hui à la mangeoire,
et tous ceux qui militent frauduleusement dans les oppositions, le sang aux yeux, et obsédés par l’idée de la mangeoire. L’arrogance et l’autoglorification, les manipulations et les sabotages
d’initiatives citoyennes, sont à l’image des pouvoirs que l’on combat soi-disant, s’accompagnant de sectarisme et d’ethnocentrisme fabriqués pour diviser les esprits. Les débats détournés de
l’essentiel par des pseudo-opposants en mal de pouvoir et d’argent, animés parfois simplement par des contentieux personnels et d’historiques de pouvoirs déchus, jalonnent les forums et autres
espaces de réflexion.
A défaut de savoir quoi faire, dans une situation extrêmement désespérante, il est déjà bon de chercher à démasquer les
pourfendeurs de la notion de service à la communauté et du bien public, et à les dénoncer inlassablement. Car la dénonciation et la découverte des activités illicites et subversives fait très mal
à ceux qui cherchent par tous les moyens à dissimuler leurs exactions. Les manigances restent nuisibles surtout la nuit, mais quand le jour vient, les margoulins perdent leurs forces et leurs
moyens.
Tout d’abord, qui ne dit mot, consent. Garder le silence, c’est être complice de l’inacceptable, et c’est surtout
contribuer à préserver le voile pesant de la nuit sur l’irresponsabilité de chefs d’Etat pourris, qui pensent qu’ils peuvent éternellement garder leur peuple dans l’inconscience et le
coma.
Et ensuite, comme le disait Martin Luther King « Vient un temps où le silence est trahison ».
Il faut dénoncer à tout prix, avec toute la force des plumes valides. C’est aussi un devoir de mémoire que nous avons à l’égard de ceux qui ne peuvent plus parler. Rien de l’histoire de
l’Humanité ne doit rester vain. Nous sommes responsables de l’héritage que nous transmettons à nos enfants.
A bon entendeur.