Mines Uranium : Pékin, chevalier blanc du minerai jaune
13/02/2012 à 16h:14 Par Michael Pauron Jeune Afrique
Avec un programme de 27 réacteurs nucléaires, la Chine permet au secteur de ne pas déprimer. Si bien que, malgré la
catastrophe de Fukushima, les experts prévoient une hausse de la demande en uranium.
Où va la filière uranium ? Certes, l'accident de Fukushima, en mars 2011, au Japon, et la fin programmée du nucléaire en
Allemagne - notamment - ont fait chuter les prix du minerai de 70 dollars la livre avant la catastrophe à 50 dollars en fin d'année. Certes, le français Areva, empêtré dans le scandale du rachat d'Uramin, a décidé de suspendre ses projets en Namibie et en Centrafrique pour au moins deux ans. Certes, sa mine d'Imouraren, au Niger, l'une des plus importantes du monde, pourrait par ailleurs ne pas démarrer avant 2016...
Pénurie
Areva empêtré avec Uramin
Le secteur a eu son drame avec Fukushima, et son scandale avec Areva : en rachetant en 2007, pour 1,8 milliard d'euros, la société
canadienne Uramin, propriétaire de trois sites en Afrique du Sud, en Centrafrique et en Namibie, le groupe français a fait la plus mauvaise affaire de son histoire. Surévaluées, les mines se révèlent décevantes et chères à développer. Un rapport de 2010
établissait déjà clairement qu'il s'agissait d'une « opération douteuse » et « potentiellement frauduleuse ». L'ancienne patronne, la charismatique Anne Lauvergeon, est-elle coupable ? Une nouvelle enquête devrait déterminer la chaîne des responsabilités. M.P.
Mais, à y regarder de plus près, il y a des signes encourageants. Et l'un des plus significatifs vient de Chine. Le
géant asiatique prévoit la construction de 27 réacteurs nucléaires, et d'aucuns prédisent même une pénurie de combustible à moyen terme. Pour Steve Kidd, directeur général adjoint de
l'Association mondiale du nucléaire, « l'impact sur l'approvisionnement se fera sentir dans cinq
ans ». La production d'énergie nucléaire devrait ainsi atteindre 777,8 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2020 et plus de 1 milliard de tep en 2030. Selon
le groupe pétrolier BP, « la plus grande part de la croissance de la production d'énergie nucléaire
viendra de la région Asie-Pacifique ».
Patience
Avec le plus grand programme nucléaire mondial, la Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements. Chargée de ce plan,
la firme publique China Guangdong Nuclear Power Corporation (CGNPC) a ainsi finalisé en décembre, après presque un an de tractations, le rachat de Kalahari Minerals (basé et coté à Londres), pour
989 millions de dollars (près de 750 millions d'euros). La patience du groupe chinois a payé : avant Fukushima, CGNPC avait fait une proposition de 1,23 milliard de dollars...
Surtout, Pékin s'offre, à travers cette acquisition, 42,5 % d'Extract Resources, une société australienne qui développe la mine d'uranium namibienne de Husab et dont l'autre actionnaire
principal n'est autre que Rio Tinto, avec 14 %. Faute d'expérience dans les mines (il est davantage un producteur d'énergie), il est fort probable que CGNPC désigne Rio Tinto comme
opérateur.
Extract Resources a peut-être eu de la chance en voyant arriver les Chinois. Ces derniers pourraient bien être, en cette
période d'incertitude, les seuls à vouloir encore investir sur le long terme. Jonathan Leslie, patron de la société australienne, ne cachait d'ailleurs pas son pessimisme au lendemain de la
catastrophe japonaise : « Les nouveaux projets auront du mal à trouver des financements », disait-il. C'était compter sans l'empire du Milieu.
Areva : nouveaux éléments sur Uramin
Europe1.fr
13 février 2012 à à 22h04
A la veille de la remise d'un rapport sur "les conditions d’acquisition et d’exploitation" de la société minière Uramin,
deux documents sèment le trouble à la direction d'Areva, rapporte Le Parisien.
Réalisés en mai 2007 par des ingénieurs d'Areva, les deux rapports portent sur les qualités des trois gisements
d'Uramin, en Namibie, Centrafrique et Afrique du Sud. Or, la deuxième version, "est beaucoup plus engageante dans la perspective d'une acquisition" note le quotidien.
Et le journal de poser la question : l'ancienne direction d'Areva aurait-elle "caviardé" les informations transmises à
l'Etat afin de pousser au rachat de la société Uramin ?
Matthieu Pelloli et Elisabeth Fleury Le Parisien 13.02.2012,
18h07
L’ancienne direction d’Areva a-t-elle «caviardé» les informations transmises à l’Etat, en mai 2007, afin de pousser au
rachat de la société UraMin, indispensable aux yeux des dirigeants de l’époque, pour sécuriser l’approvisionnement du groupe en uranium? A la veille de la remise du rapport de son comité spécial
sur «les conditions d’acquisition et d’exploitation» de cette société minière canadienne, la question taraude les
dirigeants actuels d’Areva.
Deux documents, remis il y a quinze jours au comité spécial d’Areva et que le Parisien a pu consulter, sèment le
trouble. Tous deux synthétisent des études techniques, réalisées en mai 2007 par des ingénieurs d’Areva, sur les trois sites d’UraMin : Trekkopje (Namibie), Bakouma (Centrafrique) et Ryst Kuil
(Afrique du Sud). Dans une première version, des réserves sont émises sur la valeur et les conditions d’exploitations des gisements. Une deuxième version, expurgée d’un certain nombre de
commentaires négatifs, est beaucoup plus engageante dans la perspective d’une acquisition.
C’est cette version, «présentée par Anne Lauvergeon en conseil de surveillance
le 16 mai 2007 et en comité stratégique le 22 mai 2007», affirme-t-on chez Areva, qui a été transmise à l’Agence des participations de l’Etat (APE). En juin 2007, cette dernière donnait son feu vert à l’acquisition des trois sites, pour un
montant d’1,8 milliard d’euros.
DES COMMENTAIRES NEGATIFS SUPPRIMES
A propos du management d’UraMin. La version 1 relève un «manque d’expérience dans le domaine de l’uranium» et une
«planification des projets [qui] paraît optimiste notamment sur Bakouma et dans une moindre mesure sur Ryst
Kuil ». Autant d’éléments qui ne figurent pas dans la version 2.
A propos du gisement de Bakouma. La version 1 insiste : «On est au début de l’étude de faisabilité ; seule une étude
conceptuelle sur la méthode minière est disponible, il y a donc peu de données fiables». La version 2 est beaucoup moins précise : «On est au début de la nouvelle étude de faisabilité». De même, les réserves de la version 1 à propos de l’«absence d’infrastructures et du contexte politique du pays» ne figurent plus dans la version 2.
A propos du gisement de Ryst Kuil. La version 1 évoque un «calendrier du projet [qui] reste
flou». Une mise en garde qui ne figure plus dans la version 2.
LE SENS D’UNE PHRASE MODIFIE
A propos du site de Trekkopje, la version 1 évoque une «incertitude sur le taux de récupération par la méthode
lixiviation en tas alcaline (NDLR : un procédé de collecte de l’uranium) non encore testée en production industrielle». La version 2 dit l’inverse : «Les tests ont permis de conforter la
méthode de récupération par lixiviation en tas alcaline».
«L’Etat actionnaire a été
floué», déplore une source proche d’Areva. Une version fermement contestée par l’ex-présidente du géant nucléaire. «Ces deux documents ne sont que les présentations résumées de travaux, analyses et documents de haute technicité. Or toute
la vraie documentation technique brute a été fournie à l’APE qui a pu s’en faire expliquer les contenus par les ingénieurs d’Areva», minimise Me Versini-Campinchi, l’avocat d’Anne Lauvergeon.
Le Parisien