Dans une interview télévisée jeudi, Laurent Gbago, président ivoirien, fustige sévèrement les rapports France-Afrique, et dénonce le rôle de la France sur le continent.
Pour évoquer des faits récents, on a encore en mémoire le maintien au pouvoir du président tchadien Idriss Déby, qui a pu
venir à bout d’une coalition rebelle avec l’appui logistique de la France. Ce pays possède aussi au Tchad sa plus importante base militaire dans la région, et Bernard Kouchner, ministre des
Affaires étrangères, a dernièrement défendu avec force la constitution de la force européenne Eufor.
Appelée à compter au final 3.700 soldats, ces forces seront constituées pour près de la moitié par le contingent français. Ladite force Eufor est supposée assurer la sécurité des réfugiés du
Darfour, dans un conflit qui déborde aujourd’hui dans la sous-région, et touche une partie de la Centrafrique et du Tchad, pays pétrolier, tout comme le Soudan, et dont objet comme lorsqu’on
parle de pétrole, d’une attention particulière des occidentaux.
Au vu de la situation qui prévaut dans la région centrale du continent et malgré les dires de Paris sur la fin de la Françafrique, pour beaucoup, la réalité serait autre. Ainsi, lors d’une
rencontre avec la presse il y a quelques jours, le député et opposant tchadien Ngarjely Yorongar a laissé sous-entendre que la situation dans son pays ne pourrait vraiment se stabiliser que si la
France y met du sien.
"Aujourd'hui, la France n'intervient que quand elle pense qu'elle a des intérêts ici et pas là", pour Laurent Gbagbo
En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, ce pays, engagé dans un combat fratricide depuis 2002 avec les rebelles, avait vu plusieurs tentatives de réconciliation menées par la France (Marcoussis), se
solder par des échecs. Mais mars 2007, il aura fallu que les deux frères ivoiriens se retrouvent sous l’égide de Blaise Compaoré à Ouagadougou, pour que le premier accord de paix véritablement
porteur d’espoir, y soit signé.
Un acte qui avait conforté ceux qui pensent que l’Afrique gagnerait à régler elle-même ses conflits, et à se passer des multiples interférences occidentales, dans leur logique. Pour le président
ivoirien Laurent Gbagbo, qui par le passé a eu à avoir des relations assez tendues avec Paris, en lieu et place des accords de défense entre la France et certains pays africains, il faudrait des
accords interafricains pour régler les conflits du continent. Pour lui, ces accords avec la France sont depuis longtemps "dépassés", ajoutant :
"Aujourd'hui, la France n'intervient que quand elle pense qu'elle a des intérêts ici et pas là. Et puis est-ce qu'il est bon qu'elle intervienne?"
Pour Laurent Gbago, les Etats Africains doivent négocier leurs propres accords de défense, car c’est à eux, et non à la France, de régler leurs conflits. Pour aller dans le sens du président
ivoirien, l’exemple du Kenya est encore frais dans les mémoires. Alors que les télévisions du monde entier comme d’habitude nous montraient les images de violences sur le sol africain, les deux
partis en jeu (Kibaki et Odinga), ont clairement dès le départ montré que la résolution du conflit kenyan, sera kenyane, même s’ils étaient d’accord pour écouter les suggestions des uns et des
autres.
Face à la fermeté du Kenya, même les Etats-Unis (qui considèrent ce pays comme un allié de poids en Afrique de l’Est), ont eu une attitude prudente visant à ne pas heurter les sensibilités
kenyanes. En Afrique francophone et centrale notamment, au vu de ce qui a été surnommé nébuleuse de la françafrique, on constate qu’on n’en n’est pas encore là.
Autre propos de Laurent Gbagbo qui ne manquera pas de trouver un écho favorable sur le continent : "Dans nos pays, ce ne sont pas des conflits pays contre pays, Etat contre Etat, mais des
conflits internes à cause du fait que les nations ne sont assez solidement formées". Il a aussi appelé tous les Africains à vraiment faire de l’intégration régionale non pas un vœu pieux, mais
une véritable réalité.
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