Publié le 20.08.2022 à 12h18 par APA
Pour le gouvernement de transition malien, la force française Barkhane était un frein dans la reconquête d’une grande partie du territoire des mains des groupes jihadistes. Une nouvelle ère pour l’armée malienne ? Cinq jours après la fin du processus de retrait de la force française Barkhane du Mali, les autorités de la transition ne s’inquiètent pas sur les conséquences de la lutte contre les groupes terroristes qui occupent une grande partie du pays depuis plusieurs années. Selon Bamako, Paris a longtemps constitué un obstacle pour les militaires maliens sur le terrain jihadiste.
« Le gouvernement de la transition prend acte de ce retrait définitif de la force Barkhane et rassure la population malienne que grâce à la montée en puissance des vaillantes Forces Armées Maliennes (FAMa), plus de succès seront engrangés contre les groupes terroristes, la sécurité des populations sera considérablement améliorée et les biens ne faibliront point », a indiqué le colonel Abdoulaye Maïga, le porte-parole, dans un communiqué reçu à APA samedi.
Le gouvernement malien « souligne que la détérioration de la situation sécuritaire au Mali et dans le Sahel est une conséquence immédiate de l’intervention de la France et ses alliés en Libye ». Bamako réitère ainsi les accusations formulées mercredi contre Paris en saisissant le Conseil de sécurité des Nations unies.
Le chef de la diplomatie malienne avait dénoncé les violations de l’espace aérien de son pays par la France. Il affirme détenir des preuves de soutien en « armes » et en « renseignements » de Paris aux groupes terroristes opérant au Mali, et plus généralement dans la région sahélienne.
La France n’a pas tardé à réagir, rejetant les accusations portées par le Mali dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies. « La France n’a évidemment jamais soutenu, directement ou indirectement, ces groupes terroristes, qui demeurent ses ennemis désignés sur l’ensemble de la planète », a indiqué sur Twitter l’ambassade de France au Mali, rappelant que 53 soldats français étaient morts dans ce pays au cours des neuf dernières années.
« C’est particulièrement insultant de voir que l’on puisse penser qu’on alimente des terroristes », a noté de son côté le général Bruno Baratz, le commandant de la force française Barkhane, redéployée aujourd’hui au Niger, voisin du Mali.
Malgré la brouille avec la France, le gouvernement de transition malien « réitère sa disponibilité à coopérer avec tous les Etats du monde en vue de juguler la menace terroriste, à condition que cette relation s’inscrive dans le (…) respect de la souveraineté du Mali », le respect de ses « choix stratégiques opérés » et « la défense des intérêts du peuple malien dans les décisions prises ».
Barkhane, Sentinelle : repenser les Opérations de l'armée française
LA DÉPÈCHE
Plus de neuf ans après avoir été accueillis au Mali comme des « sauveurs » face aux groupes jihadistes, les militaires français ont achevé lundi leur retrait du pays, dans un climat d’acrimonie avec les colonels au pouvoir et d’hostilité grandissante de la population locale. Ce retrait, ordonné le 17 février par le président Emmanuel Macron, met un terme à près d’une décennie d’intervention militaire française au Mali, probablement le dernier engagement de cette ampleur avant longtemps. La présence militaire au Sahel, qui a mobilisé jusqu’à 5 500 hommes sur le terrain en 2020, sera divisée par deux d’ici la fin de l’année, à environ 2 500 militaires. Le Niger a accepté le maintien d’une base aérienne à Niamey et l’appui de 250 soldats pour ses opérations militaires à la frontière malienne. Les interventions militaires françaises – les fameuses Opex, opérations extérieures – vont évoluer vers des « dispositifs moins posés et moins exposés », avait affirmé Emmanuel Macron le 13 juillet.
Au-delà du redimensionnement de Barkhane et des Opex qui coûtent environ 1,4 milliard d’euros, l’exécutif va devoir se prononcer sur l’opération Sentinelle, mise en place en 2015 après les attentats terroristes contre Charlie Hebdo et qui représente au total 10 % des forces opérationnelles terrestres. Dans un rapport sur la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 publié en mai dernier, la Cour des comptes suggère, en effet, de revoir l’opération Sentinelle. « En 2020, le surcoût au titre des missions de sécurité intérieure s’est élevé à 140 M€. À ce chiffre, il convient d’ajouter les dépenses de personnel (environ 200 M€ chaque année) », écrit la Cour.
« Au-delà de la charge budgétaire, la mission Sentinelle présente surtout l’inconvénient majeur de perturber le cycle d’entraînement des militaires et de réduire l’attractivité du métier pour les militaires du rang, qui se trouvent employés sur une mission de sécurité de basse intensité très éloignée de leurs savoir-faire » constate la Cour. Reste que réviser la très symbolique opération Sentinelle est risqué politiquement. Le 14 juillet 2016, François Hollande annonçait : son allègement après la fin du Tour de France. Le soir même survenait l’attentat islamiste de la promenade des Anglais à Nice.