Lu pour vous
Les châteaux de l'empereur Bokassa, sa première entourloupe
https://www.ledauphine.com/ Par Le Dauphiné Libéré - Aujourd'hui à 10:12 | mis à jour aujourd'hui à 10:20
L'homme d'affaires décédé dimanche avait fait parler de lui pour la première fois lors du rachat de sept châteaux et hôtels français appartenant à l'ancien dirigeant centrafricain Jean-Bedel Bokassa. Une vente au rabais négociée de façon audacieuse par Bernard Tapie, qui lui avait valu une première condamnation.
C’est la première des frasques de Bernard Tapie. À 36 ans, alors qu’il est encore méconnu du public, l’homme d’affaires, décédé dimanche 3 octobre, s’illustre par une drôle d’entourloupe. En 1979, il réussit à convaincre Jean-Bedel Bokassa, autoproclamé «empereur à vie» de Centrafrique mais détrôné quelques semaines plus tôt, de lui vendre sept châteaux et hôtels situés en France à prix bradés.
Les sept châteaux et hôtels de Bokassa
Le château d'Hardricourt et un domaine à Mezy (Yvelines) ; un domaine à Neuvy-sur-Barangeon (Cher) ; le domaine de la Cotencière à Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher) ; une partie de la propriété de Villemorant et une maison à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher) ; une propriété du quartier de Saint-Antoine à Nice (Alpes-Maritimes).
Spécialisé dans le rachat des entreprises en dépôt de bilan, Bernard Tapie fait ainsi croire à l’ancien chef d’État que le fisc français s’apprête à saisir ses propriétés immobilières. Il s’appuie pour cela sur un sondage dans lequel une majorité de Français se serait déclarée en faveur d’une confiscation. «Il dit qu’il est mandaté par l’Élysée, qu’une loi va être votée», complète Jean-Barthélémy Bokassa, le petit-fils de l’«empereur» au micro de BFM TV.
Également connu dans l’Hexagone pour avoir offert des diamants à Valéry Giscard d’Estaing, Bokassa tombe dans le panneau et s’empresse de céder ses biens, à prix réduits. «ll faut être très culotté, grince son petit-fils. Aller voir quelqu’un qui est à terre pour essayer de le piéger de cette façon-là, je trouve ça un peu facile. C’est affligeant.»
10% de la valeur réelle
C’est ainsi que le futur ministre de la Ville rachète l’ensemble des résidences pour seulement 12,5 millions de francs, soit moins de deux millions d’euros. Un prix estimé à 10% de la valeur réelle des biens. L’affaire fait la Une du New York Times lorsque Tapie se mue en mécène en annonçant mettre le lot aux enchères au profit du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
Un dessein réfléchi en amont de la transaction et qui aurait été soumis au président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. «Vous vous discréditez aux yeux des Français en abritant Bokassa, et plus encore en tolérant - alors que vous le nourrissez - qu'il garde ses biens en France, lui aurait ainsi lancé Bernard Tapie. Je propose de les racheter pour faire cadeau de leur contre-valeur à l'Unicef.» L’opération philanthropique est finalement annulée lorsque Bokassa saisit le subterfuge et traîne l’affaire devant le tribunal d’Abidjan.
Le 10 décembre 1981, le tribunal civil de Paris rend la peine prononcée en Côte-d’Ivoire exécutoire en France : Bernard Tapie doit rendre les propriétés et est condamné à verser 100 000 francs (38 000 euros) de dommages et intérêts à Jean-Bedel Bokassa.
Ce que le New York Times disait de Bernard Tapie le 27 octobre 1979
- "L'histoire de M. Tapie, qu'il a racontée lors d'une interview à la Galleria, un luxueux immeuble d'habitation du centre de Manhattan, est un récit d'aventure avec tous les éléments d'un thriller. Il interrompt fréquemment sa narration en français pour se plaindre de l'inefficacité des politiciens français face à M. Bokassa, qui, selon les groupes de défense des droits de l'homme, a participé au massacre d'une grande partie de son peuple, y compris des enfants".
- "M. Tapie a insisté sur le fait qu'il n'était pas un militant politique et qu'il était désenchanté par la politique des partis en France. Mais il n'a pas nié que ses actions audacieuses impliquant M. Bokassa pourraient servir à le lancer dans une carrière politique et a admis que s'il obtenait une notoriété politique en conséquence, cela "ne ferait pas de mal".
- M. Tapie a parlé avec plaisir de son exploit, donnant l'impression qu'il était sûr de pouvoir mener à bien cette opération complexe. Il a déclaré que ses entreprises employaient 2 000 personnes et rapportaient 150 millions de dollars par an".
Les châteaux de Bokassa en 1981
Bernard Tapie doit rendre quatre châteaux à l'ancien empereur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa, après un jugement du tribunal d'Abidjan annulant leur vente, rendu exécutoire le 10 décembre 1981 par la justice française. Il avait acheté ces propriétés très bon marché à Jean-Bedel Bokassa, peu après sa chute en 1979, en le persuadant d'une saisie imminente par l'Etat français.
Les premiers ennuis judiciaires de Bernard Tapie ont pour nom Jean Bedel Bokassa. L’ancien « empereur » de Centrafrique est le premier à avoir traîné l’homme d’affaires devant un tribunal. Bernard Tapie, 37 ans à l’époque, lui avait, en 1980, racheté ses propriétés en France à un prix intéressant en faisant croire que l’État français allait les saisir. Tapie les a vendues aux enchères à New York et a fait don de l’argent à… l’Unicef. Bokassa a récupéré ses châteaux en justice (ils ont été à la fin saisis par l’État centrafricain).
Châteaux à vendre
L'attestation, en date du 22 octobre 1979, est formelle : Me David Kouakou Konan, notaire, ayant son étude 4, avenue du Général-de-Gaulle à Abidjan, en République de Côte-d’Ivoire, certifie et atteste qu'aux termes d'un acte reçu par lui le 9 octobre 1979, " Sa Majesté Jean-Bedel Bokassa, sans profession, demeurant à Abidjan " et " Mme Catherine Martine Denguiade, son épouse, résidant actuellement à Meulan (Yvelines) " ont vendu à la société en nom collectif Bernard Tapie et Cie, 24, avenue de Friedland, à Paris, les biens immobiliers de l'ancien souverain centrafricain en France, à savoir : le château d'Hardricourt, un domaine à Mezy (Yvelines), un autre à Neuvy-sur-Barangeon (Cher), un autre encore - " la Cotencière " - à Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher), une partie de la propriété de Villemorant à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), une autre maison située dans le même village, et, enfin, une propriété du quartier de Saint-Antoine à Nice. La vente desdits immeubles a été consentie moyennant le prix de 627 millions de francs C.F.A. M. Bernard Tapie, acquéreur au nom de sa société, affirme qu'un notaire français, Me Francis Lafond, dont l'étude est sise 8, rue Carnot à Angoulême (Charente), était présent à la vente : mais Me Lafond refuse sèchement de s'expliquer sur le sujet.
Ainsi donc, un ressortissant français de trente-six ans, fils d'un ajusteur de La Courneuve, serait devenu propriétaire de la fortune immobilière française de l'empereur déchu. Et dans quel but ? " Celui de tout revendre pour affecter le produit de la transaction à l'UNICEF ", répond calmement M. Tapie. En fait, ce jeune homme d'affaires, qui s'est spécialisé depuis deux ans dans le rachat de " canards boiteux ", dont il fait à tout coup, affirme-t-il, autant d'affaires florissantes (Il en a relevé onze qui occupent plus de deux mille personnes), ne cache pas qu'il eut envie de " faire un coup " en apprenant à la lecture de la presse, le 4 octobre, dans l'avion qui le conduisait à Abidjan pour d'autres affaires, que les biens de l'ex-empereur en France pourraient être saisis.
Les châteaux de Bokassa (1981):
https://www.lefigaro.fr/ 28/06/2013 à 16:32
L'ancien empereur de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, est le premier à avoir poursuivi Bernard Tapie devant la justice. En cause: la vente contestée de ses quatre châteaux à l'homme d'affaires. Ce dernier lui avait acheté à très bon marché, juste après sa chute en 1979, en lui faisant croire que l'État français allait les saisir. Mais Bokassa se rend compte de la supercherie et attaque l'acheteur. Dans la foulée, le tribunal d'Abidjan annule la vente et oblige Tapie à rendre les propriétés de Bokassa. Le tribunal de grande instance de Paris rend ce jugement exécutoire le 10 décembre 1981.