Un an après le massacre de Paoua, des familles centrafricaines encore sans réponse
http://www.rfi.fr/ 21/05/2020 - 14:44
Il y a un an, le premier gros massacre commis depuis la signature de l’accord de paix était commis dans la région de Paoua en Centrafrique. Les villages de Lemouna et Koundjili font l’objet d’une descente d’un groupe armé, les 3R, qui va exécuter plus de 30 civils. La plupart regroupés, ligotés et exécutés sous les manguiers des villages. Un an après, les familles peinent à s’en remettre.
Rosaline était présente sur les lieux ce jour-là… Elle a assisté impuissante à l’exécution de son fils : « Je suis allée vers eux pour qu’ils me tuent avec ma fille, je ne pouvais pas m’enfuir. »
Les éléments du groupe armé lui laissent la vie sauve. Depuis elle vit à Paoua, elle ne veut pas rentrer au village : « À cause de la mort de mon enfant, je ne peux pas supporter de vivre là-bas. Je ne peux pas rester là-bas, je fais juste des aller-retour. Je ne peux pas oublier ça. À tout moment quand je vois un manguier c’est comme si je revivais ce qu’il s’est passé. Ça me fait trop mal. »
« C’est quoi la raison de ces tueries ? »
Son mari triture une pochette transparente. À l’intérieur des photos de leur fils et son acte de décès. Des souvenirs soigneusement conservés. La colère de Jean-Denis ne s’estompe pas : « Je suis très en colère. Je suis très en colère parce qu’ils ont tué le directeur de l’école. Ils ont aussi tué le président de la jeunesse. Le chef de Lemouna et de Koundjili ont aussi été tués. Beaucoup de gens ont été tués même mon frère cadet. Pourquoi ils les ont tués ? C’est quoi la raison de ces tueries ? »
Depuis les 3R ont livré 3 personnes qui ont participé à ces massacres. La cour pénale spéciale s’est saisie du dossier. La procédure judiciaire est en cours.
RCA: un rapport accablant pour les 3R après le massacre de Paoua
http://www.rfi.fr/ 20/07/2019 - 11:48
Vendredi 19 juillet, l'ONG Human Rights Watch a rendu publique son enquête sur le massacre d'au moins 46 civils, le 21 mai dernier, dans trois villages de la région de Paoua, dans le nord-ouest de la Centrafrique. Basé sur de nombreux témoignages de survivants, ce rapport est accablant pour le groupe armé des 3R de Sidiki Abbas.
Ce rapport met à mal la version des 3R, qui ont parlé tout de suite après ce massacre d'un acte commis par des « combattants agissant de leur propre chef ». Le groupe armé s'est contenté de livrer trois hommes présentés comme les responsables de ce crime. Après avoir enquêté sur le terrain dans la province d'Ouham Pendé, HRW parle d'un « crime de guerre » et estime qu'il s'agit de « tueries planifiées ».
Pour Lewis Mudge, responsable Afrique centrale de Human Right Watch, il n’y a aucun doute : « Ce n’est pas une coïncidence que les trois endroits aient été attaqués presque à la même heure. Par contre, la veille de l’attaque, le 20 mai, le chef des 3R, Sidiki Abbas, a annoncé dans un rendez-vous accompagné de plusieurs responsables, qu’ils allaient attaquer très bientôt le village de Bohong et tuer les gens. »
RCA: les 3R disent avoir livré les coupables du massacre de la région de Paoua
http://www.rfi.fr/25/05/2019 - 03:10Modifié le : 27/05/2019 - 12:33
En Centrafrique, l'heure semble être à l'apaisement, après le massacre de civils dans la région de Paoua. Au moins 34 personnes ont été tuées dans ce massacre attribué au groupe armé des 3R, selon les chiffres de la Minusca rendus publics dès mercredi. Une tuerie qui a fait planer de sérieuses menaces sur l'accord de paix de Khartoum, alors que le gouvernement leur avait donné 72 heures pour qu'ils livrent les coupables. Smaïl Chergui, le président de la Commission paix et sécurité de l'Union africaine et l'un des parrains de cet accord, a été le premier à tenter de calmer le jeu dès vendredi en annonçant sur RFI que les 3R étaient prêts à livrer les coupables. C'est chose faite, a assuré un peu plus tard le porte-parole de ce groupe armé.
Il y a deux jours, le porte-parole du groupe armé des 3R assurait encore qu'ils n'étaient pas responsables des massacres commis dans la région de Paoua mardi et qu'à ce titre, ils ne pouvaient « livrer des coupables qu'ils ne connaissent pas ».
Changement de ton dès vendredi. Le général Siwo a annoncé que leur haut commandement avait envoyé sur place une mission d'enquête qui a établi la responsabilité de trois de leurs combattants qui auraient agi de leur propre chef.
Ils ont donc été remis à la Minusca et au représentant du gouvernement centrafricain dès hier dans la ville de Paoua.
« Les auteurs de cette attaque, ceux qui ont tiré sur les civils, explique le général Siwo, nous les avons déchargés aux mains de la Minusca et des autorités nationales. C’est notre habitude, ce n’est pas la première fois que nous livrons des gens qui se comportent de cette façon. »
Le gouvernement centrafricain avait également donné 72 heures au groupe armé pour qu'il « démantèle ses bases et barrières illégales ».
« Nous n'avons jamais eu de barrières », assure aujourd'hui le porte-parole des 3R. Quant à leurs bases ? « Nous allons voir avec la Minusca et le gouvernement comment régler tous les problèmes », a-t-il ajouté.
Officiellement, ce sont 34 personnes qui ont été tuées mardi dans le nord-ouest du pays, mais des sources diplomatiques parlent désormais d'une cinquantaine de victimes. « On n'en parle pas pour le moment afin de ne pas mettre de l'huile sur le feu », selon l'une de ces sources.
■ Témoignage
Lucien Mbaïgoto, député de la première circonscription de Paoua, était à Bangui lors des massacres qui ont eu lieu mardi. Il est en train d’organiser son retour à Paoua où il prévoit de rendre visite aux familles des victimes. Il prévoit aussi l’organisation d’une messe de requiem. Il réagit aux évènements. Il ne s’attendait pas du tout à cette poussée de violence.
Je suis vraiment en colère. C'est un acte de barbarie, un acte horrible...
Massacre de Paoua: la République centrafricaine promet que justice sera faite
http://www.rfi.fr/ 22/07/2019 - 11:18Modifié le : 22/07/2019 - 11:34
En Centrafrique, le gouvernement réagit au rapport de l'ONG Human Rights Watch sur le massacre, il y a deux mois, de plus de 30 civils dans la région de Paoua. Le rapport avait conclu vendredi 19 juillet qu’il s’agissait d’une tuerie planifiée. Il avait appelé Bangui à ouvrir une enquête rapide et indépendante sur les responsabilités de ce massacre.
Le gouvernement centrafricain a pu prendre connaissance du rapport de Human Rights Watch (HRW) sur le massacre de plus de 30 civils dans la région de Paoua. Par la voix de son ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, il a réagi à ce rapport. D’après Ange-Maxime Kazagui, le document est fouillé et crédible, et le ministre promet que justice sera faite.
« Cette question a été remise à la justice qui est en train, évidemment, d’enquêter. Cela veut dire connaître tous les ressorts de ce crime odieux, en identifier tous les auteurs, les co-auteurs, les complices… et surtout, le ou les commanditaire(s). Et c’est ce que le gouvernement, à travers la justice, est en train de faire », a assuré Ange-Maxime Kazagui au micro de RFI.
« Quand nous le disons ainsi, ce ne sont pas que des mots. Il s’agit pour nous de faire toute la lumière sur l’assassinat odieux de nos compatriotes, poursuit le ministre. Surtout après que nous ayons négocié et signé des accords avec les différents groupes armés. »
« Bien sûr, ajoute-t-il, nous pouvons aujourd’hui simplement lister les personnes qui ont été évoquées dans les différents rapports, y compris celui de Human Rights Watch. Mais quoi qu’il en soit, il faut aller vers la justice. Et je crois que ces éléments qui sont mis à disposition, à travers le rapport de Human Rights Watch, sont déjà à disposition du procureur de la République. »
Le gouvernement est déterminé à aller vers la paix. Le gouvernement centrafricain, dans la fragilité de la situation dans laquelle il est, a estimé que la meilleure, si ce n’est la seule voie pour aller vers la paix, ce n’était pas la belligérance, mais c’était une négociation
Ange-Maxime Kazagui, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain
Alexandra Brangeon