« Dans les archives secrètes du Quai d'Orsay » révèle une cinquantaine de dépêches diplomatiques, surprenantes, prémonitoires ou insolites. Florilège.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
Modifié le 04/12/2017 à 09:24 - Publié le 04/12/2017 à 08:59 | Le Point.fr
C'est une petite note manuscrite glissée dans le dossier concernant le couronnement impérial de Jean-Bedel Bokassa, qui deviendra le 4 décembre 1977 Bokassa Ier, empereur de Centrafrique. C'était il y a 40 ans, jour pour jour. L'intitulé en est « Demandes de Bangui ». Il s'agit d'une liste de courses où la France est priée d'apporter son concours.
On dirait un inventaire à la Prévert : envoi de la musique de la garde républicaine, détachement d'un officier pour l'organisation du défilé, location d'avions transatlantiques pour transporter le carrosse et les chevaux blancs, garantie bancaire pour assurer l'achat de 25 CX Citroën, 211 Peugeot, 69 Renault, 74 Renault-Saviem, et last but not least, couronne de diamants (admission temporaire, est-il précisé) fournie par la maison Arthus-Bertrand. Ces diamants sont exquis quand on songe aux quelques brillants qui transiteront dans l'autre sens, Centrafrique-France, et qui coûteront bientôt très cher au président français.
Bangui est le théâtre d'un spectacle tragi-comique dont nous suivons, parfois amusés, le plus souvent inquiets, les péripéties.
Il y a 40 ans exactement, le 4 décembre 1977, Bokassa Ier ceignait donc la couronne impériale avec l'aide financière de la France. L'ouvrage Dans les archives secrètes du Quai d'Orsay publie cette note extraite du dossier du couronnement, accompagnée d'une dépêche de l'ambassadeur de France en Centrafrique, Robert Picquet, cinq semaines auparavant, qui annonce les détails de l'événement. Dépêche franche du collier qui débute par un « N'est-ce pas un peu trop ? » et qui, après le descriptif, se poursuit par une réflexion ironique sur le protagoniste : « Depuis bientôt 12 ans, Bangui est le théâtre d'un spectacle tragi-comique dont nous suivons, parfois amusés, le plus souvent inquiets, les péripéties. On peut se demander si déjà, le héros n'a pas poussé trop loin son avantage car le public est las, pour ne pas dire plus, d'un spectacle qui depuis 1966 est représenté au seul bénéfice du premier rôle. »
Comme en termes choisis ces choses-là sont dites pour signifier que le peuple est tout près de faire un malheur et que le coup d'État menace. Picquet se permet du reste de préciser que la sécurité est la préoccupation numéro un de Bokassa, à tel point qu'il songe à « demander à un ami » de lui prêter quelques avions de combat pour se prémunir de tout désagrément.
Il ne se passe presque jamais rien en décembre
Il y a deux ans, un premier ouvrage paru à L'Iconoclaste, retraçait, archives à l'appui, cinq siècles de diplomatie française. Cette fois-ci, on réduit la palette temporelle sur la période 1945-2001, mais on élargit avec force illustrations le spectre géographique en exhumant des documents qui témoignent de la réaction de la France face aux grands événements de la planète. Il y en a une cinquantaine et ils sont parfois fort intéressants. Puisque nous sommes en décembre, nous avons regardé s'il y en avait qui s'étaient déroulés ce mois-là. Et là, à notre grande surprise, nous avons découvert une nouvelle loi historique que nul n'aurait subodorée. Il ne s'est pratiquement jamais rien passé d'important en décembre, à part Noël bien sûr, l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS – le 27 décembre 1979 – et donc le couronnement de Bokassa. Comme si l'année épuisée par tant de péripéties décidait de s'accorder une pause, un peu de calme, un peu de paix, histoire de bien préparer Noël. Ou sont-ce les hommes qui ont décidé de mettre les pouces à l'orée de l'hiver et des grands froids ? En tout cas, il y a une place à prendre à cette période de l'année, effet de surprise garanti.
Comme on n'allait pas vous laisser sur ce seul couronnement, on a décidé de lire tout l'ouvrage avec un regard un peu déformé par l'actualité. De quels pays parle-t-on beaucoup ces derniers mois ? Quels sont les chouchous des médias, ceux qui suscitent tous les fantasmes ? La Corée du Nord, évidemment, mais aussi la Turquie.