Centrafrique : Amnesty International dénonce des atrocités contre les civils dans la Basse-Kotto
PAR FRIDOLIN NGOULOU LE 11 SEPTEMBRE 2017
BANGUI, 11 septembre 2017 (RJDH)–L’Amnesty International, dans son rapport publié le 8 septembre a dénoncé des graves violations des droits de l’homme, commises par des éléments de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) de Ali Darass dans la Basse-Kotto au sud du pays.
Le Rapport de l’Amnesty International intervient alors que pays enregistre au moins 600.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et 438.700 réfugiés dont au moins 25.000 vers les villes de la République démocratique du Congo (RDC), voisines de la préfecture de la Basse-Kotto.
L’UPC de Ali Darass avait quitté Bambari sous pression de la Minusca pour s’installer dans la Basse-Kotto, une préfecture de la RCA. Sa présence dans cette partie du sud du pays a aussi tôt enregistré des attaques et exactions sur la population civile.
En août dernier, l’Amnesty International a mené une enquête de terrain qui lui a permis de révéler une flambée terrifiante des actes de torture, des pillages et des déplacements forcés imputables à l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), une des factions de l’ex Séléka.
« La population de la Basse-Kotto est laissée à la merci de l’UPC. Des femmes sont violées, des hommes sont tués, des villages sont détruits et la force de maintien de la paix des Nations-Unies s’avère incapable d’enrayer ces violences », a déclaré Joanne Mariner, conseillère principale sur la réaction aux crises à Amnesty International.
Pour l’Amnesty International, les civils ne sont pas des victimes accidentelles de ce conflit mais des cibles directes. « Pour que le mandat des Nations-Unies en République Centrafricaine ait un sens, il faut qu’ils (NDLR : civils) soient mieux protégés», soutient cette organisation avant d’ajouter que les casques bleus n’ont pas empêché les violences contre des civils malgré qu’ils sont arrivés un jour après le début des violences.
Aussi, « face à la vague de violences, notamment de viols et d’homicides systématiques de civils, que la République centrafricaine connaît actuellement, il faut que les Nations-Unies renforcent la protection de la population », déclare l’Amnesty International.
Selon les témoignages recueillis auprès de 30 personnes qui ont fui les violences, les attaques du 8 mai auraient fait 130 morts à Alindao. Ces rescapés ont donné les noms de 47 personnes tuées par l’UPC et des informations permettant de les identifier.
Amnesty International appelle à revoir les capacités de la MINUSCA, notamment en ce qui concerne la formation, l’équipement, la coordination et les effectifs en uniforme et en civil, de sorte qu’elle puisse remplir son mandat.
Centrafrique : Un panel d’experts réuni à Bangui sur la feuille de route de l’Union Africaine
PAR JEAN FERNAND KOENA LE 11 SEPTEMBRE 2017
BANGUI, 11 Septembre 2017(RJDH)—Quatre pays et organisations sous régionales se sont réunis sur initiatives de l’Union Africaine pour lancer l’équipe de facilitation et de dialogue entre le gouvernement et les groupes armés en faveur de paix de façon définitive, ce 11 septembre à Bangui.
Il s’agit de l’Angola, du Tchad, du Congo Brazzaville, du Gabon et des organisations telles que la CRGL, la CEEAC, la Minusca. Cette rencontre portée par l’Union Africaine intervient après la signature de la feuille de route le 17 juin 2017 à Libreville au Gabon. Cette feuille de route qualifiée de seul cadre de discussions consensuelles.
Charles Armel Doubane, ministre centrafricain des Affaires Etrangères qualifie de point de départ l’approche mutuelle en faveur de paix, « aujourd’hui, nous devons jeter les bases d’une initiative mutuellement conçue, portée et qui sera appliquée pour ramener nous l’espérons définitivement la paix en République Centrafricaine. Cette initiative est pour nous la dernière des initiatives pour créer les conditions d’une accalmie durable devant déboucher forcement sur la paix de laquelle dépend la relance, le relèvement, puis le développement de la RCA », a-t-il indiqué.
Jean Claude Gakosso ministre des Affaires étrangères du Congo Brazzaville considère cette rencontre comme un rendez-vous d’identification des pistes pour le dialogue et fait des recommandations suivantes, « les bonnes volontés ayant montré leurs limites, nous devons passer à l’action…, mais je voudrais vous recommander la cohésion, la probité morale, la neutralité, un engagement sans faille, à tout épreuve, parce que ce n’est pas un engagement facile mais surtout la persévérance », a-t-il exhorté.
Selon le constat RJDH, les experts membres du panel ont une mission définie par la feuille de route à savoir la facilitation de recherche en vue d’un consensus et compromis entre les parties centrafricaines, faire observer les principes directeurs édictés dans la feuille de route et favoriser un climat de paix.
Des recommandations sont attendues à l’issue des deux jours de travaux. L’initiative de l’Union Africaine est lancée dans un contexte où les violences armées sont signalées dans plusieurs villes à l’intérieur du pays malgré l’accord de San’t Egidio et le lancement du projet pilote sur le DDRR.
Centrafrique : Des entérobactéries résistent aux antibiotiques comme les moustiques aux insecticides
PAR FRIDOLIN NGOULOU LE 11 SEPTEMBRE 2017
BANGUI, 11 Septembre 2017 (RJDH)–Deux études menées par l’Institut Pasteur de Bangui les conclusions de ces études révèlent que les moustiques développent des résistances aux insecticides ainsi que des entérobactéries aux antibiotiques. Ces deux cas deviennent inquiétant pour la santé publique en République Centrafricaine. C’est ce qui ressort d’une interview exclusive des experts ayant mené l’enquête du RJDH avec les spécialités de ces études.
RJDH : En mai 2017, l’Institut Pasteur avait publié une étude qui relève que les moustiques résistent aux insecticides à Bangui. Que peut-on retenir en plus de cette étude ?
IPB : Effectivement, des données sur la sensibilité des moustiques et plus précisément, sur les moustiques vecteurs des parasites qui causent le paludisme ont été publiées au mois de mai 2017. Nous profitons de cette seconde opportunité pour rappeler une fois de plus que le poids du paludisme en République Centrafricaine est très important et surtout chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans si on se réfère aux données du Ministère de la Santé. A cet effet, le paludisme reste un défi à relever en RCA comme dans les autres pays de l’Afrique sub-saharienne.
Ce qu’on peut retenir de plus de l’étude sur l’évaluation de la sensibilité des vecteurs du paludisme, c’est qu’elle constitue déjà un point de départ pour l’orientation des stratégies de lutte contre les anophèles en RCA, néanmoins, elle doit être étendue sur l’ensemble du territoire.
La résistance aux insecticides n’est pas un fait nouveau mais nécessite d’être évaluée dans l’espace et le temps car elle n’est que la résultante ou encore de la conséquence de l’action de l’homme dans l’environnement y compris les moustiques par exemple qui peuvent causer de nuisance ou encore des maladies. En effet, l’homme en essayant de réduire ou encore d’éliminer les moustiques, ces derniers développent de la résistance dans le but de survivre. En d’autres termes, la résistance à un insecticide peut se définir comme la faculté pour les moustiques à survivre lorsqu’ils sont exposés à des doses d’insecticides qui auraient normalement dû lui être fatales.
Il faut également savoir que les causes de l’émergence de la résistance sont multiples mais la principale reste l’utilisation intensive et prolongée d’insecticides aussi bien sur les vecteurs ravageurs dans le domaine de l’agriculture que ceux d’importance médicale.
RJDH : Les données publiées concernent quelles villes ?
IPB : Les données qui ont été publiées en mois de mai de cette année ne sont que pour la ville Bangui, la capitale et les quartiers environnants. Elles témoignent ou confirment les points de vu de la population banguissoise que nous avons relevés lors des prospections entomologiques qui ont été menées durant la période d’étude. En effet, le constat est unanime chez les personnes qui ont bien voulu répondre à nos questions, leur point de vue est le suivant : « Quelque soit l’insecticide que nous utilisons pour faire de la pulvérisation intra-domiciliaire, il n’y a aucun effet sur les moustiques et on ne sait plus quoi utiliser ». Certes, le constat est inquiétant et nécessite déjà des campagnes de sensibilisation auprès des populations et à tous les niveaux (au niveau des quartiers, écoles, marchés etc.) sur les moustiques et leur implication dans la transmission des maladies. Pour exemple, nous avons remarqué que dans les quartiers situés en périphérie de la ville, la majorité des gîtes larvaires répertoriés est constituée des gîtes crées par des types d’activités comme la riziculture, les cultures maraîchères, l’exploitation des terres pour la fabrication des brique etc., lesquels sont préférentiellement exploités par des anophèles.
RJDH : L’institut Pasteur de Bangui et les chercheurs avaient proposé à ce que de nouvelles études soient menées rapidement pour identifier de nouvelles stratégies de lutte contre le paludisme en RCA. Quelle est la suite ?
IPB : Le principal objectif du service d’entomologie médicale de l’IPB est de mener des activités visant à prévenir ou contrôler certaines arboviroses d’importance médicale et susceptibles d’émerger ou de ré-émerger à l’instar de la dengue, du Chikungunya et de Zika mais aussi de mettre en place, en commun accord avec le ministère de la Santé, des stratégies nouvelles et durables de lutte contre les vecteurs du paludisme. Dans le cas de la RCA, et ne fusse que pour la ville de Bangui, la résistance mise en évidence même avec les pyréthrinoïdes qui sont censées être les insecticides recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé nous interpelle à adopter autres méthodes de lutte anti-vectorielle.
Les nouvelles stratégies font recourt par exemple à l’usage des bio-insecticides comme le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) qui sont des toxines bactériennes très toxiques pour les larves des moustiques. Contre les moustiques adultes, envisager l’utilisation d’autres insecticides que les pyréthrinoïdes et ceux que nous avons déjà pour la pulvérisation intra-domiciliaire. Néanmoins, l’idéal pour le moment est de faire recours à des méthodes mécaniques et écologiques, basées sur l’assainissement de l’environnement (suppression des gîtes de reproduction des moustiques), et l’usage de barrières de protection contre les piqûres de moustiques à l’instar des moustiquaires imprégnées d’insecticides. L’aménagement de l’environnement consiste à supprimer des gîtes larvaires, en d’autres termes à éliminer toute eau stagnante dans les domiciles et dans les alentours des habitations.
En RCA, les campagnes de distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide lancé en 2006 par le Programme National de Lutte contre le paludisme constitue déjà un moyen considérable de prévention du paludisme. Néanmoins, il est aussi primordial d’évaluer leur efficacité dans le temps et le contexte local. Dans cet ordre d’idée, une étude visant à évaluer l’impact de la transmission résiduelle du paludisme, définie comme toutes formes de transmission du paludisme pouvant persister après la réalisation de la couverture universelle complète avec les moustiquaires imprégnées à longue durée d’action et/ou Pulvérisation Intra-domiciliaire efficaces est en cours d’étude.
Les nouvelles stratégies à mettre en place dépendront de la collecte de toutes des données obtenues au laboratoire mais également sur le terrain lesquelles doivent être représentatives pour l’ensemble du territoire centrafricain.
RJDH : Aujourd’hui, c’est un nouveau cas où la quasi-totalité des antibiotiques commercialisés en Centrafrique sont impuissants face à des souches d’Entérobactéries. Pouvez-vous nous expliquer en plus les résultats de cette étude ?
IPB : Les résultats de cette étude pilotée par le Laboratoire de Bactériologie de l’Institut Pasteur de Bangui montrent à quel point la résistance des entérobactéries aux antibiotiques est devenue inquiétante pour la santé publique en République Centrafricaine. Les perforations typhiques de l’intestin grêle étant des maladies graves, leur prise en charge thérapeutique devient naturellement compliquée lorsqu’elles sont associées à des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques (BMR). En effet, l’utilisation intensive des antibiotiques en milieux communautaires et hospitaliers a généré une pression de sélection sur les bactéries, qui ont développé des systèmes de défense extrêmement performants contre les antibiotiques. Les mauvaises conditions d’hygiène et la mauvaise utilisation des antibiotiques, passant par l’automédication, le commerce irrationnel des antibiotiques, les traitements trop courts ou trop longs, parfois mal dosés s’affichent aussi en facteurs favorisant l’émergence des BMR. A l’heure actuelle, les BMR sont devenues plus fréquentes depuis une dizaine d’années à Bangui et ne cessent d’acquérir de nouveaux mécanismes de résistance aux antibiotiques. Elles sont essentiellement des bactéries intestinales (Enterobactéries) qui sécrètent deux types d’enzymes dites BLSE (Bêta-lactamase à spectre élargi) ou céphalosporinase qui sont capables de détruire la quasi-totalité les dérivés modernes de la pénicilline. Ce phénomène est mondial et touche à des degrés divers tous les pays de l’Afrique subsaharienne.
RJDH : Quelles sont les pistes de solution que l’Institut Pasteur de Bangui propose aujourd’hui vis-à-vis de ce cas ?
IPB : La dissémination des BMR et l’absence de nouveaux antibiotiques font courir un risque d’impasse thérapeutique de plus en plus fréquent. Afin de prévenir cette situation, l’Institut Pasteur ne peut pas promouvoir une solution permettant d’éviter l’apparition de résistances, car les bactéries trouveront toujours un moyen de s’adapter. Il convient plutôt de préserver le plus longtemps possible l’efficacité des antibiotiques disponibles.
En effet deux études récentes menées par notre Laboratoire de Bactériologie ont démontré l’existence de portage intestinal de BMR en milieu communautaire et en milieu hospitalier (Personnels soignants). Au regard de ces données, des mesures élémentaires comme le lavage systématique des mains en sortant des toilettes restent fondamentales pour éviter la diffusion d’entérobactéries résistantes. En revanche, en milieu hospitalier, nous avons vivement encouragé les personnels soignants à respecter la pratique du lavage des mains entre chaque consultation afin de réduire la dissémination inter-patients.
Par ailleurs, il est nécessaire de réduire la consommation excessive d’antibiotiques par des plans de rationalisation des prescriptions et des campagnes de sensibilisation destinées au grand public. Dans ce contexte, il est important que les médecins puissent distinguer les infections bactériennes des infections virales qui ne nécessitent pas l’usage des antibiotiques.
RJDH : Je vous remercie
IPB : Merci
IPB : Plusieurs experts ont répondu à nos questions pour le compte de l’Institut Pasteur de Bangui
Propos recueillis par Fridolin Ngoulou