http://afrique.latribune.fr/ Par Ibrahima Bayo Jr. | 18/11/2016, 10:45
L'objectif de la levée de fonds sur trois ans a été largement dépassé lors de la conférence des donateurs. Mais il sera insuffisant pour le plan de redressement du pays sur cinq ans. Les attentes des Centrafricains seront-elles prises en compte avec cette enveloppe conséquente de billets verts ?
L'« Archange » Faustin est-il celui qui aura la divine providence d'amorcer la relance de son pays ? Lorsqu'il se rendait hier jeudi 17 novembre à la conférence des donateurs à Bruxelles, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra tablait sur une mise de 3,1 milliards de dollars d'aides sur cinq ans. Mais lorsqu'il sort de cette réunion des bailleurs de fonds dans la capitale de l'Union européenne, le chef de l'Etat centrafricain estime que "la conférence a tenu toute sa promesse".
Une enveloppe pour financer les priorités de l'heure...
C'est en effet de promesses qu'il s'agit. Les donateurs promettent à la Centrafrique, sans encore signer les carnets de chèques, une enveloppe de 2,2 milliards de dollars pour financer la relance du pays. La barre du 1,6 milliard de dollars en trois ans qu'espérait atteindre le pays a été dépassée de 141%. Parmi les promesses, la Banque mondiale avance une enveloppe de 500 millions de dollars contre 450 millions de dollars pour la commission européenne. Le reste est répartie entre des institutions et des donateurs issus du secteur privé. D'autres institutions, non représentées à la réunion de Bruxelles ou empêchées par leurs procédure interne, devraient annoncer le poids de leur enveloppe dans les semaines à venir.
Toujours est-il que cette enveloppe permettra de lancer des réformes prioritaires pour les trois prochaines années. Le pays doit se relever d'un long épisode de guerre ethno-religieuse. L'amorce de la réconciliation nationale, l'investissement dans une armée forte pour le désarmement des milices rebelles qui occupent une bonne partie de la population et la réforme de la justice devraient se tailler une bonne part de l'enveloppe finale.
« Grâce à vous, notre plan de relèvement va prendre vie et ces objectifs pourront devenir la réalité de la vie centrafricaine de demain. Je tiens donc à saluer cet engagement renouvelé et encore accru des partenaires techniques et financiers à nos côtés. Nous le considérons comme un signal fort de la confiance que vous portez à la fois à nos ambitions, à notre détermination pour les atteindre et à notre approche pour les concrétiser. », remercie Faustin-Archange Touadéra.
... mais insuffisante sur 5 ans
Même si le président centrafricain et la délégation qui l'a accompagné à Bruxelles insistent sur la marque de confiance par cette levée de fonds, l'enveloppe sera insuffisante pour financer le plan de redressement du pays ravagé par des années de guerre civile et une longue période d'instabilité politique. Ce sombre portrait se dessine avec en toile de fonds une reprise de la violence par les milices dans les campagnes, le départ de la force française Sangaris et une Minusca de plus en plus décriée face à l'insécurité grandissante.
Pour relever le pays de sa comateuse léthargie, le gouvernement Touadéra a présenté un vaste plan quinquennal pour relancer l'économie. Les prévisions de croissance du pays en 2016 sont passées de 5,2% en 2016 à 4,5%, selon les chiffres du FMI qui a soumis le pays a un test de solidité économique. Les projections pour 2017 ne sont guère optimistes avec 5 % de croissance pour 2017, loin des 5,5% espérés, selon l'institution monétaire internationale.
Mais pour l'heure, l'urgence est à rétablir les services de première nécessité tels que l'approvisionnement en eau et en électricité ainsi l'accès aux denrées de premières nécessités. Plus que les perfusions financières, les Centrafricains attendent le retour de la paix !
Plaidoyers multiples pour la Centrafrique à la veille de la conférence de Bruxelles
Bangui AFP / 17 novembre 2016 01h16 - L'Union européennes (UE), les Nations unies et de grandes ONG ont multiplié mercredi les plaidoyers en faveur de la Centrafrique, à la veille d'une conférence de donateurs à Bruxelles pour financer le relèvement de ce pays ruiné par la guerre et l'anarchie.
Nous nous engagerons ensemble à maintenir la République centrafricaine au centre des préoccupations internationales, promettent dans une tribune conjointe le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, la chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini, le vice-secrétaire général des Nations unies Jan Eliasson et le vice-président de la Banque mondiale Makhtar Diop.
Les besoins en matière de relèvement économique et de consolidation de la paix sont estimés à 1,5 milliard de dollars au cours des trois prochaines années, soulignent-ils dans cette tribune diffusée sur internet.
A New York le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'initiative de la France une déclaration unanime qui souligne l'importance majeure de cette conférence.
Celle-ci doit permettre d'exprimer le ferme soutien politique de la communauté internationale et de mobiliser des ressources essentielles afin de permettre au pays de mettre en oeuvre les tâches prioritaires en matière de relèvement et de stabilisation au cours des trois à cinq années à venir, souligne les 15 pays membres dans la déclaration.
Le Conseil exprime le vif espoir que des contributions seront versées afin de soutenir les efforts visant à répondre aux besoins humanitaires les plus élémentaires en RCA.
- Chaos -
Le président Touadéra doit présenter jeudi à Bruxelles un plan national quinquennal pour restaurer la paix, reconstruire l'armée et l'administration de l'Etat, assurer des services sociaux de base et relancer l'économie.
La communauté internationale peut et doit soutenir le gouvernement dans la mise en oeuvre de ce plan, insistent les signataires de la tribune.
Les ONG soulignent pour leur part l'urgence de financer des besoins humanitaires encore plus immédiats.
Le financement humanitaire pour répondre à la crise en Centrafrique a été déplorablement faible: moins d'un tiers des 532 millions de dollars nécessaires ont été levés cette année, s'alarment dans un communiqué commun Action contre la faim (ACF) et le Comité norvégien des réfugiés (RNC).
Les donateurs doivent fournir les fonds immédiatement, insiste pour sa part Oxfam.
Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) appelle de leur côté la conférence de Bruxelles à mettre les enfants en avant dans le plan de relève, en donnant la priorité aux services sociaux de base comme la santé et l'éducation.
Les ONG rappellent que près de la moitié des 4,5 millions de Centrafricains ont besoin d'assistance humanitaire et que le pays compte près de 850.000 réfugiés ou déplacés internes.
Dix-sept organisations de défense des droits de l'homme ont enfin appelé les donateurs à soutenir la mise en place de la Cour pénale spéciale (CPS) qui doit juger les crimes de guerre commis en Centrafrique.
Les bailleurs de fonds devraient apporter un soutien technique, financier et politique à la CPS, selon ces organisations dont la Fédération internationale des droits de l'homme, Amnesty International et Human Rights Watch.
Les besoins de la CPS sont estimés à 37 millions de dollars sur cinq ans, avait indiqué à l'AFP une source judiciaire à Bangui.
La Centrafrique a sombré dans le chaos début 2013 avec le renversement de l'ex-président François Bozizé par les rebelles de la Séléka prétendant défendre la minorité musulmane, entraînant la contre-offensive des milices anti-balakas.
Sans Etat, ni économie, avec des groupes armés encore à l'oeuvre, le pays tente de se relever sous la tutelle d'une Mission des Nations unies (Minusca) dont certains contingents sont critiqués.
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