Alain Barluet http://www.lefigaro.fr/ Mis à jour le 25/02/2014 à 21:11
DÉCRYPTAGE - Le rapport Ban Ki-Moon devrait proposer une force de 10.000 hommes, considérablement plus que les 2000 Français de l'opération «Sangaris» et les 500 à 1000 Européens annoncés.
L'avenir de la Centrafrique passe par l'ONU. Le constat s'est imposé comme une obligation pressante, à mesure que l'opération «Sangaris», «difficile mais nécessaire», selon les mots mardi de Jean-Marc Ayrault, s'avérait au fil des semaines plus complexe et plus floue en termes d'échéances. Le mot d'ordre a donc été rappelé par le premier ministre à la tribune de l'Assemblée nationale qui débattait de la prolongation de l'intervention française : les Nations unies doivent prendre «rapidement le relais» en Centrafrique. La France espère de cette transition qu'elle soulagera la pression croissante qu'elle endure - sur la question des effectifs, des moyens mais aussi des modalités et des finalités de l'intervention. Une perspective onusienne largement approuvée, à droite comme à gauche. Ban Ki-moon est sur la même longueur d'onde, pour d'autres raisons. Le secrétaire général de l'ONU est hanté par le spectre du Rwanda et d'un dérapage génocidaire qui replacerait l'Organisation sous le feu des critiques. Redoutant plus que tout d'être taxé d'inaction, M. Ban multiplie les initiatives et rendra public vendredi un rapport proposant le déploiement de Casques bleus en Centrafrique. Le Conseil de sécurité devrait ensuite être saisi et une résolution votée le mois prochain, selon l'ambassadeur français à l'ONU, Gérard Araud.
Une bouffée d'oxygène
La bouffée d'oxygène attendue de ce passage de flambeau est d'ordre militaire, humanitaire, financier et logistique. Dans son rapport, Ban Ki-moon devrait proposer une force de 10.000 hommes, considérablement plus que les 2 000 Français de «Sangaris» et les 500 à 1000 Européens annoncés. Ces Casques bleus devraient être largement issus des rangs des forces africaines de la Misca - 6000 hommes actuellement qu'il faudrait donc étoffer sans attendre, avec 3000 militaires supplémentaires, comme vient de le proposer le secrétaire général des Nations unies. D'autres pays (classiquement le Pakistan ou le Bangladesh) pourraient également être sollicités, selon une source onusienne. Prise en charge par le budget de l'ONU, l'opération bénéficierait aussi d'un commandement mieux coordonné, là où la Misca demeure pour une bonne part une juxtaposition de contingents. Surtout, le passage à une opération de maintien de la paix (OMP) de l'ONU permettrait de donner à l'intervention une véritable dimension civile, enjeu essentiel dans un pays en lambeaux où l'État est entièrement à rebâtir.
La mise sur pied d'une OMP en Centrafrique rencontrera certes quelques obstacles, mais ceux-ci devraient être surmontés. Les États-Unis sont réticents à donner leur aval à une opération commandée par l'ONU. L'Union africaine, drapée dans sa fierté, fait valoir qu'elle a sa préférence pour une solution issue du continent. Toutefois, «le rapport de Ban Ki-moon remettra tout le monde sur les rails de l'OMP», anticipe un diplomate français.
Reste la question de fond: l'ONU est-elle en mesure de remédier au profond marasme centrafricain? Tandis que l'urgence apparaît flagrante sur le terrain, la mise sur pied d'une OMP prendra au mieux cinq à neuf mois, pas avant l'automne 2014 donc, rendant indispensables des mesures d'accompagnement transitoires. «Le temps est notre principal ennemi», concèdent les militaires. Au-delà, ce qui est en jeu, c'est la capacité, maintes fois prise à défaut, d'une opération onusienne d'ancrer la paix dans un pays où les haines intercommunautaires ont désormais pris le dessus. Dans cette équation improbable, un paramètre sera tout particulièrement à considérer: la mobilité. Véhicules et hélicoptères font actuellement défaut dans un pays plus vaste que la France. C'est en renforçant ces moyens que l'ONU tiendra une des clés du succès.