Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 03:01

 

 

 

 

Ndoutingaye

Par VOA | Washington, DC  Vendredi, 20 Juillet 2012

Sylvain Ndoutingaï au micro de Chérubin Dorcil

S.N : Il y a beaucoup de versions d’autres disent que je suis déjà en prison à Bossembélé , d’autres disent résidence surveillée, bon j’ai écouté aussi que je suis en fuite, ce matin j’ai lu dans la presse écrite que j’étais en fuite vers Botswana et j’ai été intercepté là-bas à Botswana bon c’est tout, c’est depuis deux trois mois, moi je sais pas pourquoi puisque le président de la République lui il ne parle pas bon moi je suis là…moi j’ai dit lors de ma passation de service que je m’occupe de mes activités religieuses, et je reviens je reste avec ma famille et chaque fois on dit que demain y aura arrestation, demain on va l’arrêter, je demande au parquet est ce qu’il y a un dossier, le parquet ne dit rien, mes conseils les avocats demandent,  le parquet dit qu’il n’y a aucun dossier, sauf si comme on a fait avec mon chauffeur, une arrestation arbitraire d’un autre âge où on a couru derrière le chauffeur pour le ramasser et disparaître avec, peut-être mais tant qu’il n’y a pas un dossier introduit au niveau du parquet de façon régulier moi je suis tranquille je suis là, j’attends.

VOA : Donc si je comprends bien vous n’êtes pas en résidence surveillée ?

S N : Mais il n’y a aucun dossier. Pour que quelqu’un soit en résidence surveillée, on te notifie et tu es surveillé, tu as la gendarmerie à côté de toi et tu ne circules pas selon ta volonté. Mais moi je sors je vais dans mes églises je vais partout, au champ, je vois la famille et je reviens. Je ne comprends pas les résidences surveillées qu’on parle depuis. Et laissez-moi vous dire que j’ai mes aides de camp qui sont à côté de moi depuis que je suis avec eux, depuis neuf ans, je suis là, on m’a jamais interpellé en un mot. Jamais on a perquisitionné ma maison mais ça été dit pendant un mois, Demain on va l’arrêter mais on ne dit pas pourquoi. Bon complot de coup d’Etat, tout le monde parle….

VOA : Donc vous niez toute implication dans cette présumée tentative de coup d’Etat ?

SN : Ecoutez, j’ai rencontré le PR et je lui ai dit clairement. Et je ne lui ai pas dit à seul. Il était avec le PAN, le PM le Président du Parti, je leur ai dit que depuis que je travaille, pour lui, il est mon père. Et il y a un lien sanguin qui est là où le mal ne viendra jamais de moi. Et j’ai annoncé lors de ma passation de service que le mal ne viendra jamais de moi et ni en pensée, je n’ai  jamais pensé quoi que ce soit et je demande qu’on me colle la paix, parce que durant des années je ne me suis pas occupé de ma famille et de mes activités religieuses et je ne sais pas pourquoi les gens ne veulent pas me laisser la paix. Et je ne sais pas qui parle de ce complot, de ce coup d’Etat, que le dossier est avec le chef de l’Etat, mais puisque c’est le chef de l’Etat qui prend la décision, j’ai été devant lui, j’ai dit c’est lui qui a tous les appareils de l’Etat pour sortir quelqu’un. Pendant qu’il m’a reçu, le ministre de la défense, son fils était là, j’ai demandé mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’il y a ? Mais personne, sauf que le ministre de la défense a dit non, ce qu’il peut me reprocher, c’est que je suis gonflé et orgueilleux. Alors de ce point de vue je me suis dit : ok c’est bon ! Une activité gouvernementale, on a mis fin à cela, c’est normal. Et puis je suis là, je m’occupe d’autres choses.  

VOA : Vous sentez-vous en sécurité ?

S.N : Mais, du moment où il y a des réactions, comment, je ne sais plus comment qualifier pour arrêter mon chauffeur qui est en course d’état-civil, il y a de quoi s’inquiéter.

VOA : Je vous remercie beaucoup M. Ndoutingaï.

S.N : Merci M. Dorcil.  

 

NDLR : On retiendra de cette interview que les contradictions entre Ndoutingaï et celui qu’il appelle « le ministre de la défense, son fils » parlant de Francis Bozizé, ont atteint un seuil de non-retour. Selon nos informations, au sein du KNK, Ndoutingaï en a voulu et a pris dans son collimateur tous ceux ? y compris Francis Bozizé, qui  ont osé désapprouver sa désignation comme Directeur National de Campagne (DNC) en 2010 par Bozizé à l’époque.

Par ailleurs, Ndoutingaï a du mal à digérer son limogeage du gouvernement même s’il prétend que c’est normal. Il est en outre agacé voire irrité plus que tout que Bozizé puisse demeurer mutique et n’intervienne pas publiquement pour ordonner que le parquet ouvre une enquête judiciaire s’il a des preuves contre lui ou le disculper s’il n’y a rien mais son silence en tant que chef de l’Etat devient insupportable pour lui. Ce faisant, Bozizé ne le pousse-t-il pas à la faute ? On peut se le demander. Ndoutingaï est également ulcéré par le sort fait à son chauffeur enlevé des geôles de l'OCRB et amené à une destination inconnue. 

Les Centrafricains ont d’autres chats plus importants à fouetter pour l’heure que les affaires réelles ou supposées de révolution de palais de Bozizé et ses parents Ndoutingaï , Findiro, Sinféi notamment, qui commencent sérieusement à empoisonner la vie du pays alors que les conditions de vie de leurs concitoyens ne cessent de ses dégrader chaque jour davantage.  

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 15:23

 

 

 

 

 

Ndoutingaï S

L'ancien ministre en disgrâce a déclaré à la VOA ne pas savoir qu'il est en résidence surveillée

Par Voix de l’Amérique (VOA) Washington, DC Jeudi, 19 Juillet 2012

Le colonel Sylvain Ndoutingaï, qu’on croyait avoir pris la fuite de sa résidence surveillée, est sorti de son silence jeudi pour apporter un démenti formel, non seulement aux rumeurs d’évasion, mais au fait même qu’il serait assigné à résidence à Bangui.

Rappelons que l’ancien ministre centrafricain des Finances et du Budget avait été démis de ses fonctions sans aucune explication officielle, le 1er juin dernier.

Dans un entretien exclusif avec le service francophone de la VOA, M. Ndoutingaï a aussi rejeté toute implication dans un présumé complot de coup d’Etat qui aurait été à la base de sa disgrâce.

Sylvain Ndoutingaï au micro de Chérubin Dorcil

http://www.voanews.com/french/news/rca-ndoutingai-interview-163114596.html

Download: MP3
Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 23:06

 

 

 

 

Ch-Ndouba.JPG

 

 

Centrafric Matin : Monsieur Christophe Ndouba, Bonjour. Le président François Bozizé tend la main à l’opposition qu’est-ce que vous en pensez ? Et quelle est la position du MLPC votre parti ?

Christophe Ndouba : Je suis au regret de constater que ce que vous appelez « main tendue » n’est qu’un exercice au forceps auquel Bozizé s’astreint la corde au cou. A la lumière de sa prestation le 15 mai dernier au Palais de la Renaissance, il n’y a aucune ambigüité à ce constat car l’initiative ne vient pas de son tréfonds. Le MLPC ne pense pas autre chose que ce que je vous dis.

 CM : Après un an et deux mois du deuxième quinquennat du président de la République quel bilan à mi-parcours faites-vous aujourd’hui ?

Christophe Ndouba : Ici encore, je suis au regret de constater comme beaucoup de Centrafricains que non pas à mi-parcours mais au 1/5ème de son mandat, le bilan est des plus catastrophiques. Le paiement du salaire - à quelques 20 mille fonctionnaires sur 4 million d’âme - qui est l’arbre qui veut cacher la forêt de la misère, n’arrive plus à cacher la crise de la viande, des denrées de première nécessité et la flambée de leurs prix, la rareté des aliments de base sur toute l’étendue du territoire, l’état de délabrement des infrastructures routières, l’absence chronique d’eau potable et d’électricité, etc. La famine est là et un drame s’annonce à l’horizon. Malheureusement nos gouvernants n’en n’ont pas conscience et jouent à l’autruche, englués dans les scandales politico-financiers.

CM : Beaucoup de gens pensent que la RCA traverse une crise socioéconomique, voire institutionnelle ; partagez-vous cet avis ?

Christophe Ndouba : Je suis tout à fait d’avis eu égard aux éléments que je viens d’évoquer auxquels je peux rajouter le manque de confiance des bailleurs de fonds résultant de l’auto proclamation de Bozizé comme unique gestionnaire de la super structure de l’Etat Centrafricain et ses démembrements.

 CM : Quelles sont les pistes de solutions que le MLPC peut proposer pour une sortie de crise ?

Christophe Ndouba : La RCA appartient à tous ses filles et fils. La prétention à se replier exclusivement sur son ethnie et/ou son clan pour régner sur 4 millions d’âmes est la pire des visions. Il est impératif de prendre en toute humilité, sincérité et honnêteté langue avec les compatriotes organisés et reconnus afin de parler du pays qui est aux bords du précipice. Je suis convaincu que d’une telle rencontre jailliront les solutions que chacun a dans un coin de sa tête. Se refuser à cet exercice est suicidaire et irresponsable en l’état actuel du pays.

 CM : Pourquoi ce silence assourdissant du MLPC par rapport à l’arrestation de César Achellam, le N°4 de la LRA de Joseph Kony ?

Christophe Ndouba : Qui ne dit rien consent ! Tout ce qui concoure au bien-être des populations et/ou du Peuple Centrafricain trouve l’assentiment du MLPC, parti des masses. Mais notre joie ne sera totale que le jour où le dernier élément de LRA sera capturé. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui et il faut savoir demeurer prudent car beaucoup de César Achellam sillonnent encore notre pays où Bozizé les a importés.

 CM : Le MLPC étant membre de l’international socialiste et ami du parti socialiste français attend quoi de la part de François Hollande pour l’Afrique en général et pour la RCA en particulier ?

Christophe Ndouba : Le MLPC attend de M. François Hollande qu’il aide l’Afrique en général, la Centrafrique en particulier à exister et à fonctionner comme un « Etat normal » c’est-à-dire de droit, respectueux des standards internationaux comme les autres et où la démocratie tient toute sa place. Son développement est à ce prix.

CM : La présence de Martin Ziguélé dans la campagne de François Hollande a défrayé la chronique à Bangui pourtant le MLPC est resté comme de marbre sur cette question. Qu’est ce qui justifie la présence de Ziguélé dans la campagne de François Hollande et le silence du MLPC ?

 Christophe Ndouba : Le MLPC est l’un des 177 pays membre de l’Internationale socialiste, parrainé par le PS français. Le Président du MLPC a bien sa place aux côtés de ses camarades socialistes en France pendant leur campagne électorale. M. Tanor Dieng du Parti Socialiste sénégalais était aussi en France dans la même période sans que cela défraie des chroniques chez lui. Cependant, lorsque des Ouvriers et ouvrières d’un parti dont je tairai le nom passent le plus clair de leur temps en Chine, ça ne défraie pas les chroniques. Tout ça c’est de la diversion pour détourner l’opinion des problèmes graves du pays. On est décidément dans un pays bien singulier en Centrafrique.

Je vous remercie

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 16:47

 

 

 

 

Pr-Nguerekata-Mandata.JPG

 

In Afrique Nouvelle n° 002 de mai 2012

Professeur Gaston Mandata Nguérékata 


« 
Résoudre l’équation du sous-développement de la République Centrafricaine » 

 

Journée ordinaire en Guadeloupe, en ce lundi 2 avril 2012, sous une chaleur supportable. Ici, rien n’indique qu’un professeur de mathématiques de nationalité centrafricaine, formé aux États-Unis et au Canada, passé par la case politique, est l’invité d’honneur de la Faculté des Sciences de l’Université des Antilles et de la Guyane. L’homme qui nous reçoit dans un chic restaurant du coin et se veut serein, a de la pugnacité à revendre. Il ne manque pas non plus d’ambition pour son pays.

Moins d’un mois après l’anniversaire de l’investiture du président centrafricain François Bozizé, le 15 mars, le professeur Gaston Madanda Nguérékata, candidat à l’alternance, parle pour la première fois de sa ferme volonté de succéder au pouvoir KNK. L’après-Bozizé qui passe son second et dernier mandat, rébellions du Nord, situation économique du pays… le ton est mesuré mais ferme. L’homme s’est assagi, et le politique a mûri.

Mais que fera cet homme de sciences qui enseigne à l’Université Morgane, aux États-Unis, si jamais il est porté par ses compatriotes à la tête de la République Centrafricaine ? Il a sa petite idée qui se résume en quatre mots : « Résoudre l’équation du sous-développement ».

   

Question : Pourquoi avoir choisi depuis plusieurs années de vivre aux États-Unis ?

 

GMN : À la fin de mes études au début des années 80, je suis rentré en République Centrafricaine, et je me suis mis au service de mon pays. Je considérais cet engagement comme un sacerdoce. J’y ai mis du cœur et de l’énergie jusqu’à l’avènement du changement d’octobre 1993, dont les lendemains ne s’annonçaient guère enchanteurs. C’est alors que je reçus une ancienne proposition de poste d’enseignant-chercheur. J’ai donc accepté cette confiance, histoire de prendre du recul nécessaire, de faire le bilan, le mien, car nous venions  avec le président Kolingba et le RDC de passer quasiment douze années aux affaires.

 

Question : Un handicap, cet exil, même volontaire, parce qu’il vous éloigne des réalités du pays ?

 

GMN : Les réalités dites-vous ?  Même si les actuels dirigeants font le maximum pour que la République Centrafricaine demeure une banlieue oubliée de la planète, afin que ces derniers continuent de saper en toute quiétude le destin de la nation, il n’en demeure pas moins que grâce à la vigilance de nombreux Centrafricains, la crise que traverse notre pays n’est plus silencieuse. Les réalités ? Ce sont 2/3 du territoire national qui échappent au contrôle effectif des autorités centrales. Ce sont Joseph Kony et ses hommes qui font la loi sur 1/3 de notre territoire. Ce sont deux millions de Centrafricains en grande détresse. Les réalités ? C’est le tribalisme outrancier de ce régime. C’est le retour au parti unique, à la pensée unique, à l’exclusion. Non, je partage les mêmes peines, les mêmes douleurs et épreuves que vivent les Centrafricains au quotidien.

 

 

Question : Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’avoir préféré les jeunes américains aux étudiants centrafricains qui ont le plus besoin de vos compétences de Mathématicien ?

 

GMN : C’est un faux débat. À 27 ans en 1980, après mon Ph. D., alors que de nombreuses opportunités m’étaient offertes au Canada et aux USA, je vous l’ai dit, j’ai fait le choix de rentrer en Centrafrique pour y travailler. J’y ai servi comme enseignant, vice-recteur et doyen de la Faculté de Droit et Sciences Économiques. Et lorsque j’intégrai la présidence et le gouvernement, j’ai continué à régulièrement dispenser mes cours à l’Université de Bangui, et ceci jusqu’à mon départ. Ne faites pas non plus l’impasse sur ce que j’ai été et suis toujours : un « rôle model », et donc l’émulation que j’ai suscitée depuis et encore auprès des jeunes élèves et étudiants centrafricains, dont beaucoup ont décidé de se lancer avec succès dans les carrières scientifiques et techniques.

 

Question : Le grand sujet du moment, à Bangui, c’est la dissolution des Conseils d’Administration des sociétés étatiques et paraétatiques, désormais placées sous la responsabilité d’un comité présidé par le président  Bozizé. Qu’en pensez-vous ?

 

GMN : C’est un pas de plus franchi par notre pays dans la confiscation du pouvoir par un homme et un clan en violation de toutes les dispositions légales. Et comme leur bilan économique ne plaide pas en leur faveur, ceux qui ont actuellement le pouvoir de l’État entendent saigner au maximum les ressources du pays afin de s’assurer des lendemains tranquilles. Non, il faut réhabiliter au plus vite ces Conseils. On ne peut pas être à la fois juge et partie. Le pays possède de nombreux cadres compétents et intègres, prêts à le servir. Il faut faire appel à ceux-ci, quelle que soit leur appartenance ethnique ou conviction politique.

 

Question : Pourtant, l’objectif proclamé de ces dissolutions en cascade est la restructuration des sociétés. A-t-il des chances d’être atteint ?

 

GMN : Ce n’est pas en s’octroyant les pleins pouvoirs sur ces sociétés que l’on parviendra à leur redonner un nouveau souffle. Il est évident que la politique de management  du pays est un cuisant échec. Cette Présidence du comité de trésorerie que s’est octroyé le président Bozizé en violation des textes réglementaires est déjà à l’origine de tant de difficultés. Je vous fais remarquer que ceux qui gouvernent en ce moment sont ceux-là même qui ont nommé les responsables de ces sociétés, par conséquent c’est à eux qu’incombe la responsabilité de ces difficultés.

 

Question : Quel principal reproche faites-vous au Président Bozizé ?

 

GMN : D’avoir sorti la RCA de la salle des soins intensifs où elle était au matin du 15 mars 2003 pour la conduire au cimetière. Les crises sociale, économique, sécuritaire, alimentaire, sanitaire, politique, identitaire, scolaire, etc. se sont accrues en volume et complexité au point de faire de la RCA, la 2ème Somalie d’Afrique. Un seul homme, par sa gestion brouillonne, brutale, clanique, familiale caractérisée par les prébendes, en est le principal responsable. Il est de tous les chefs d’État de l’histoire du pays celui qui aura le plus œuvré non pas pour son développement, mais sa régression.

 

Question : Pour l’instant, différentes rébellions écument le territoire centrafricain créant une situation d’insécurité. Qu’est-ce que cela vous inspire et quelle est la solution, selon vous, pour régler ce problème ?

 

GMN : Récemment, le gouvernement, avec l’appui généreux et efficace des forces armées tchadiennes, était parvenu à reprendre le contrôle des bases opérationnelles de Baba Laddé. Six années après l’apparition de la 1èrerébellion, le temps du dialogue et des conciliabules est fini. Il faut donc que d’une part, les différentes parties engagées dans le processus de paix respectent les engagements pris, et d’autre part, le gouvernement  fasse la guerre totale pour reconquérir le territoire national. C’est le moins que l’on puisse demander à cette oligarchie de militaires installée au pouvoir par et pour les liens du sang.

 

Question : L’opinion centrafricaine s’interroge encore sur les raisons pour lesquelles vous revenez en politique, ces derniers mois, après plusieurs années d’absence. Peut-on en savoir plus ?

 

GMN : Notre pays a pris depuis quelques années un dangereux virage, celui d’une Somalisation qui risque d’aboutir à son implosion prochaine. Une menace aussi pour la stabilité de la sous-région. Face à ce péril, chaque fils et fille de Centrafrique, soucieux de la pérennisation du destin commun, du legs politique, territorial et social aux prochaines générations, se doit de participer à l’œuvre de reconquête de notre démocratie mis en charpie au service d’un clan, et de notre territoire sauvagement violé par des hors-la-loi à cause de l’incapacité d’un homme et de sa famille qui ont pris par la force le pouvoir, et confisqué par les urnes, tous les leviers de l’administration de notre communauté de destin.

 

Il faut pour vaincre cette fratrie, redresser le pays, réconcilier les Centrafricains et redynamiser l’économie, et que chaque fille et fils de Centrafrique y participent. C’est donc pour faire face à mes responsabilités de Citoyen Centrafricain que j’œuvre à l’émergence d’une alternative capable de fusionner les forces et les intelligences pour les mettre au service de cette grande ambition qu’est la Renaissance Centrafricaine. Je ne reviens pas en politique, je suis dans la continuité de mon engagement, dont la genèse se situe à mon retour au pays à l’aube de la décennie 80.

 

Question : Vous avez été un élément actif du Rassemblement démocratique centrafricain, ex-parti unique au pouvoir du général André Kolingba. Aujourd’hui, vous vous présentez comme une alternative au pouvoir KNK. Avez-vous vraiment des convictions ? Et pensez-vous que vos compatriotes vont vous suivre ?

 

GMN : Je crois en notre communauté de destin. Je crois qu’il est possible d’avoir une justice équitable pour tous les citoyens. Je crois qu’aucune ethnie ne doit asservir les autres. Je crois que la République doit garantir l’accès à l’éducation à tous et pour tous. Je  crois que la santé doit être garantie à tout le monde. Je crois que nous pouvons bâtir un état moderne, prospère où règnent l’équité, la justice et la fraternité. C’est parce que je crois en cela que non seulement je suis immédiatement rentré au pays après mes études pour le servir et aussi son peuple, mais c’est aussi parce que je crois en cela que je me suis engagé à faire de la politique il y a presque une trentaine d’année.

 

La problématique de l’alternative au KNK et ses leaders dépasse le cadre du RDC, parti au sein duquel j’ai fait mon engagement politique. Le récent changement de régime au Sénégal qui a fait la fierté de toute l’Afrique, est intervenu parce qu’au moment crucial, les différentes familles politiques sénégalaises ont fait taire leurs divergences et oppositions pour se concentrer sur l’essentiel à savoir la constitution d’une force alternative. Ce dépassement de soi a fait défaut chez nous en 2011 et a favorisé des élections aux résultats toujours contestés à ce jour.

 

Il n’est pas ici question que le peuple me suive. Il est question de la mise en place d’une dynamique globale à l’intérieur de laquelle le peuple se reconnaîtra. C’est cette dynamique que le peuple suivra. C’est cette nouvelle offre politique que le peuple suivra. C’est ce souffle qui emportera le KNK et ses leaders que la nation suivra. Lorsqu’il y a une nouvelle méthode, une nouvelle pédagogie axée sur un renouvellement profond de l’offre en termes de contenant et de contenu, je ne doute pas un seul instant que le peuple travaillera à imposer la Renaissance par le renouvellement  des institutions de la République.

 

Question : Pour être président de la République, il faut en plus de l’ambition, une machine politique… où est la vôtre ?  

 

GMN : Pour résoudre l’équation du sous-développement  de la RCA, la seule et véritable machine sur laquelle il faut compter, c’est le peuple. Sa mécanique est l’unique possibilité pour atteindre d’abord les objectifs de l’alternance, ensuite ceux du redressement, et enfin ceux de la réconciliation. Depuis le changement d’octobre 1993 et celui du 15 mars 2003, nous avons vu les dégâts que des approches purement partisanes ont produits. L’engagement qui est le mien dépasse ceux-ci et s’appuie sur le peuple, sur son espoir, ses rêves et ses ambitions.

 

 Gaston-Nguerekata.JPG

 

Question : Qui connaît Gaston Nguerekata en dehors de ses compatriotes ?

 

GMN : C’est à vous de me le dire, puisque je ne fais pas un concours de notoriété.

 

 

Question : La question était de savoir si vous disposez d’un réseau d’amitié dans la     sous-région et si vous vous êtes approché des chefs d’État de la CÉMAC ?

 

GMN : Vous conviendrez avec moi que les questions de stratégie et de diplomatie politiques sont par nature muettes. Le moment venu, vous verrez. Mais avant de se prévaloir d’une amitié, c’est d’abord celle du peuple centrafricain qui légitime. Et c’est celle-là que je revendique, que je recherche.

 

Mais pour satisfaire votre curiosité, sachez qu’en tant que citoyen de la CÉMAC, je connais tous les chefs d’État de la région et l’expression de leur constante générosité et fraternité pour le peuple centrafricain, qu’il s’agisse de l’aide à la réconciliation nationale à travers le Dialogue Politique Inclusif, ou du combat contre l’insécurité via la MICOPAX par exemple, ou encore des différents concours financiers dont la RCA a bénéficié au cours de ces dernières années. Encore une fois, le moment venu, je vais m’enrichir de leurs expériences en vue de la Renaissance Centrafricaine.

 

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 15:35

 

 

 

Martin-Z.JPG

 

Martin Ziguélé : « Le contexte africain est en train de changer positivement et très rapidement »

(Agence Ecofin) - Pour Martin Ziguélé, homme politique, ancien premier ministre de Centrafrique et expert dans le secteur des assurances, la clé du succès, pour investir efficacement et durablement en Afrique, est la juste évaluation de la capacité de l’Etat à respecter sa signature.

Entretien avec Guy Gweth, conseil en intelligence économique chez Knowdys.

Guy Gweth : Monsieur Ziguélé, la communauté des affaires vous connaît surtout comme l’ancien Premier ministre (2001-2003) arrivé en troisième position lors de l’élection présidentielle de 2011 en République Centrafricaine. Qu’offrez-vous exactement aux investisseurs qui vous sollicitent ?

Martin Ziguélé : Avant d’être Premier ministre, en même temps que ministre des Finances et du Budget de mon pays, la République Centrafricaine, entre avril 2001 et mars 2003, j’ai toujours travaillé dans le secteur privé comme cadre d’une entreprise d’assurances dans mon pays, puis dans une société multinationale africaine de réassurance basée à Lomé au Togo, pendant une douzaine d’années. A ce poste, j’ai beaucoup voyagé dans les pays africains, et hors d’Afrique, ce qui m’a permis de beaucoup observer les politiques économiques et leurs résultats dans divers pays. Puis j’ai terminé comme directeur national de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) pour la République centrafricaine. Pendant mon stage de préparation à cette haute fonction, que j’ai effectué auprès des directeurs nationaux de la BEAC du Tchad, à Ndjamena, du Cameroun, à Yaoundé (à l’époque l’ancien Premier ministre Sadou Hayatou), et aux services centraux à Yaoundé, j’ai pu, grâce à l’exceptionnelle documentation économique et financière de cette institution, sur l’Afrique centrale en particulier, apprendre davantage sur les réalités, les contraintes mais aussi les opportunités économiques de cette zone plus que jamais auparavant.

Pendant l’exercice de mes fonctions de Premier ministre, cumulativement avec celles de ministre des Finances et du Budget, mon passage à la Banque centrale m’a beaucoup aidé dans la gestion de nombreux et délicats problèmes de développement. L’expérience et la connaissance du terrain, acquises dans l’exercice de ces différentes fonctions, la pratique des institutions nationales et internationales, ainsi que la collaboration avec des femmes et des hommes qui les animent, tant sur le plan national qu’international, m’autorisent à apporter une plus-value directe et particulière à la facilitation des investissements en Afrique centrale et de l’Ouest.

Guy Gweth: Notre enquête de mars 2010 sur le lobbying en Afrique (Les Afriques n°111, page 9) a montré que les Etats africains s’adressent davantage aux anciens dirigeants européens et américains pour défendre leurs intérêts à l’international. Pourquoi sont-ils peu nombreux à faire confiance aux lobbyistes africains ?

Martin Ziguélé : S’il est vrai que les dirigeants africains s’adressent davantage aux anciens dirigeants européens et américains pour défendre leurs intérêts à l’international, il faut néanmoins reconnaître que ces mêmes anciens dirigeants africains n’ont pas toujours le reflexe d’offrir leurs services dans ce domaine précis du lobbying et de la facilitation. La tendance est plutôt pour les anciens dirigeants africains de rechercher des « postes » salariés à l’international, et donc à revenir au «salariat», plus sécurisant ou plus habituel.

Il ne faut pas occulter également ce qu’on peut considérer comme un «déficit de confiance» des dirigeants africains envers les anciens dirigeants africains pour diverses raisons : certains estiment que les lobbyistes africains n’étant pas des Occidentaux, ils n’auraient ni la crédibilité, ni l’efficacité nécessaires pour pénétrer les lieux de pouvoir et de décision dans les pays occidentaux pour régler des questions politiques et/ou économiques.

Pour être «prophète chez soi» c’est aux anciens dirigeants africains de se «vendre» et de se rendre utiles et même indispensables, car ils ont bien évidement une connaissance plus intime des réalités et des attentes en Afrique. Au demeurant, dans ce domaine comme dans d’autres, des synergies doivent se construire entre différents intervenants, occidentaux et africains, pour avoir la plus grande efficacité, chacun apportant ses connaissances et ses expériences, sinon son influence. Cette synergie, aussi bien nécessaire que souhaitable, peut se faire à l’initiative des responsables politiques africains, mais je pense qu’il revient d’abord aux anciens dirigeants africains qui ont une «plus-value» certaine dans cette activité, de faire connaître leur expertise, de se faire connaître, et enfin de trouver les canaux les plus crédibles pour mettre à disposition leurs offres.

Guy Gweth : Pour vous qui avez été numéro 1 du gouvernement, qui êtes opérateur économique et leader de parti politique aujourd’hui, et probablement candidat à la prochaine présidentielle centrafricaine, qu’est-ce qui freine l’émergence d’une vraie diplomatie économique africaine ?

Martin Ziguélé : Je pense que beaucoup de facteurs ont freiné jusqu’ici l’émergence d’une vraie diplomatie économique africaine, mais heureusement, le contexte politico-économique africain est en train de changer positivement, et très rapidement.

Il faut se rappeler que les cadres africains, depuis l’indépendance, ont majoritairement été formés pour travailler dans la haute administration. De là, beaucoup ont fini dans des fonctions politiques, et y ont fait carrière, au gré des fortunes. De ce fait, et par habitude, la plupart de ces responsables ne se sont jamais imaginés descendre dans l’arène, pour se mettre au service de la promotion des investissements. Le développement du secteur privé comme moteur de la croissance n’était pas évident pour tous les décideurs.

C’est avec la dévaluation du franc CFA en 1994, consécutive à l’échec des politiques du « Tout-Etat », et devant la nécessité de mettre le secteur privé au centre des politiques de croissance et de développement, que s’est progressivement imposé la nécessité de développer une vraie diplomatie économique, afin de maximiser les investissements directes extérieurs. C’est donc le principe de réalité qui est à la base du développement du lobbying économique, car, en plus des défis économiques et sociaux, il était devenu vital pour nos pays d’obtenir des financements extérieurs concessionnels et d’améliorer leurs rapports politiques avec les pays occidentaux, au même moment où ils devaient amorcer la démocratisation de nos pays après le discours de la Baule et la chute du Mur de Berlin.

Aujourd’hui, aucun pays africain n’ignore le lobbying économique et politique, même si le recours à des intervenants africains reste marginal.

Guy Gweth : Alors que la concurrence fait rage sur la scène internationale, quels arguments présentez-vous aux investisseurs internationaux qui s’interrogent sur l’attractivité réelle de l’Afrique centrale ?

Martin Ziguélé : Sur le plan macroéconomique, les prévisions du Fonds monétaire international pronostiquent pour 2013 un taux de croissance du PIB en Afrique de 5,5% devant toutes les régions du monde. L’Afrique est donc un continent en forte croissance économique, et il n’est un secret pour personne que le taux de retour sur investissements en Afrique est l’un des plus élevés au monde.

Et dans cet environnement global positif, l’Afrique centrale est l’une des régions les plus dotées de l’Afrique en ressources minières, énergétiques, agricoles, forestières et halieutiques : le pétrole et le gaz y sont exploités dans presque tous ses pays membres, l’uranium, le manganèse, le fer, le cuivre, le cobalt, le diamant et l’or y sont abondants, des millions d’hectares de terres cultivables y sont en jachère, l’hydrographie y est exceptionnelle, son bassin forestier est le second de la planète après celui de l’Amazonie. Elle dispose d’une monnaie commune, le franc CFA, et son unité linguistique s’est faite autour du français. Elle offre donc de très grandes opportunités d’investissements dans tous ces secteurs et dans les infrastructures de tous types.

Les besoins de ces pays sont immenses, et les investissements directs étrangers y sont attendus. Bien sûr que des contraintes et des risques existent, mais la volonté politique de créer un environnement attractif pour les IDE est proclamée.

Guy Gweth : De gros investisseurs étrangers scrutent l’environnement des affaires dans votre pays pour savoir où, quand et comment miser sur son sous-sol avec le moins de risque possible. Quelles sont les clés pour investir efficacement et durablement en République Centrafricaine?

Martin Ziguélé : Tout investisseur recherche un environnement politique et sécuritaire stable pour s’établir et se développer, afin de garantir à ses actionnaires la rémunération de leurs investissements. L’investisseur souhaite également travailler dans un environnement où la sécurité juridique et judiciaire est une réalité. Lorsque ces conditions sont réunies, la diplomatie économique n’en est que plus aisée, et ce, en Centrafrique comme ailleurs.

Ceci posé, et pour répondre à votre question, je pense pour ma part que la clé du succès, pour investir efficacement et durablement en Centrafrique, comme ailleurs en Afrique, est la juste évaluation de la capacité de l’Etat à respecter sa signature. L’appréciation de cette capacité de respecter un contrat synallagmatique, selon le type d’investissement, est la substance même du travail du lobbyiste.

Je conclurai en affirmant qu’outre la transparence des investisseurs, il est de la responsabilité de lobbyistes africains d’œuvrer autant que faire se peut pour l’amélioration du climat des affaires en Afrique, et de démontrer dans leurs pratiques de terrain qu’ils sont en ligne avec ce qui se fait dans d’autres régions du monde, en matière de respect scrupuleux de la réglementation et de l’éthique sociétale, et notamment dans le cadre de la Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:52

 

 

 

Ndoutingai

 

RCA : Sylvain Ndoutingaï, ministre d’Etat aux Finances et au budget : Relancer l’économie nationale

Courrier d'Afrique mardi 28 février 2012   

Attirer les capitaux étrangers pour la relance de l’économie, tel est le credo de Sylvain Ndoutingaï, ministre d’Etat centrafricain aux Finances et au Budget. Dans une interview exclusive, il parle de ses priorités et stratégies de reconquête de la « dignité
financière perdue ».

Courrier d’Afrique : Depuis le sursaut patriotique de 2003, vous avez battu le record de longévité aux fonctions ministérielles, en passant d’un département à un autre dans les différents gouvernements du président Bozizé. Hier, c’était les Mines, aujourd’hui, vous voici aux Finances et au Budget. Monsieur le Ministre d’Etat, quel est votre secret ?

Sylvain Ndoutingaï : Rires… Je vous remercie. S’il y a un secret, je vous dirai simplement que je suis d’abord très attaché à l’église. Je ne fais rien sans mettre Dieu à l’avant-garde.
C’est ce qui galvanise mes actions. Ensuite, je sais aussi fédérer les compétences de mes frères et sœurs de façon à créer une dynamique de réflexion d’un haut niveau autour des questions de développement. Enfin, c’est une question de loyauté envers les chefs que sont le président de la République et les différents chefs de gouvernement. Voilà en résumé, mon secret.

Que retenez-vous de votre passage au ministère des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique ?

Beaucoup de choses dans le cadre des réformes institutionnelles, juridiques et de l’assainissement du secteur, jadis considérés comme le patrimoine d’un groupuscule d’individus, au détriment du peuple. Vous avez certainement entendu parler de ces réformes qui ont créé de nouvelles recettes à l’Etat, en matière de la promotion de la jeunesse et de la lutte contre le chômage.

Monsieur le ministre, qu’est-ce qui vous a valu l’année dernière le prestigieux poste de directeur national de campagne du président Bozizé, alors que la liste des prétendants est longue et bien fournie ?

Rires… rectificatif, je tiens à préciser que j’ai été le directeur national de
campagne des candidats Knk aux élections présidentielles et législatives ; donc ce n’était pas seulement pour le chef de l’Etat mais pour les candidats du parti Knk.

Comment ai-je fait ? C’est le bureau politique, après avoir examiné l’ensemble des dossiers à la candidature aux fonctions de directeur de campagne, qui a porté son choix sur ma modeste personne et, conformément aux textes statuaires du parti, m’a proposé au candidat investi par lui, à l’élection présidentielle qui m’a nommé.

Quelle a été votre stratégie pour faire gagner votre candidat au premier tour ? Six mois avant les élections, vous annonciez déjà la victoire de Bozizé au premier tour, dans la dernière interview que vous avez accordée à Courrier d’Afrique.

La stratégie consistait essentiellement à dire la vérité à l’ensemble de la population en mettant nos électeurs devant les actes concrets du président de la république durant son premier mandat. Mentir au peuple pour nous n’est pas la bonne méthode. Nous nous sommes fondés sur les différentes réalisations de notre régime et les projets concrets de développement à mettre en œuvre pour ce nouveau mandat. Et j’étais déjà sûr que le peuple allait nous comprendre. C’est pour cela que par anticipation, je vous avais annoncé notre victoire à l’élection présidentielle dès le premier tour.

Vous avez remporté pour les législatives avec 30% des voix face à des dinosaures politiques et vous aviez été accusé d’avoir utilisé les moyens de l’Etat, qu’est ce que vous en dites ?

Ils ont dit cela sans donner la moindre preuve jusqu’à ce jour. Vous savez en Afrique malheureusement, c’est très rare que la victoire d’un parti au pouvoir si transparente soit elle, soit saluée à sa juste valeur. Ce qui est certain, tous les candidats ont battu équitablement campagne sur l’ensemble du territoire national, seulement tous n’ont pas eu la même adhésion populaire. Il y en avait qui étaient même chassés, désavoués publiquement par la population de certaines localités et de certains quartiers de Bangui. Comment voulez-vous, dans ces conditions que le candidat favori du peuple ne passe pas haut la main ? C’était évident et prévisible. Devant de tels adversaires, le combat devient facile. Point n’est besoin de tricher mais plutôt mettre les gardes fous pour annihiler leur système de fraudes afin de protéger l’expression réelle du peuple. C’est ce qu’on a fait.

Selon vos détracteurs, vous vous considérez comme le vice-président de la République.
C’est malheureusement ce qu’ils disent par méchanceté. Pour quelle raison ? Je ne sais pas.


Mais quand vous leur demandez de justifier leurs allégations, par des actes que j’ai posés et qui leur font penser que je me considère comme un vice-président de la République, ils ne pourront jamais vous convaincre. Mais moi, je pense que le débat ne se situe pas à ce niveau. Nous avons un défi commun de développement à relever ensemble ; allons y au lieu de faire le malin. Le chef n’a pas besoin de discours et il le dit toujours. Ceux qui ont des oreilles dures ne veulent pas écouter. Moi je passe à l’action et j’avoue que je le ferai toujours tant que le président de la République, chef de l’Etat me témoignera sa confiance, car je comprends sa propension pour le développement de notre pays.

Vous êtes ministre d’Etat aux Finances et ai Budget, quelle est votre thérapie pour sortir la RCA du marasme économique dans lequel elle végète depuis longtemps et l’amener sur le chemin des nations véritablement émergentes ?

Il nous faut d’abord et avant tout, faire le diagnostic complet du secteur pour relever ce qui ne va pas. Une fois les maux connus, on pourra y rechercher les solutions idoines. C’est le sens que je peux donner à la tenue prochaine des états généraux des finances publiques.

Développer la Rca est un passage obligé pour le régime du président Bozizé et son gouvernement.

Comment prévoyez-vous d’éradiquer la corruption, ce phénomène qui prend malheureusement de l’ampleur et gangrène les économies africaines ?

C’est dommage. Mais il s’agit pour moi d’une question cruciale à laquelle je vais m’atteler avec force. Aujourd’hui, dans le secteur minier, il y a eu une nette amélioration de cette situation malgré la lourde résistance. Avec le prochain déploiement des éléments de l’USAF, je pense que la situation deviendra sûrement meilleure. Nous allons déployer les mêmes efforts pour réduire sensiblement ce fléau.

D’une part les dettes anciennement contractées par les différents régimes et qui, malheureusement n’ont servi qu’à une poignée d’hommes au détriment de la population de notre pays sont annulées. Ainsi notre pays peut à nouveau contracter des dettes extérieures pour son développement socio économique et soyez-en rassuré pour une fois les fonds seront utilisés à bonne fin ; le président Bozizé y tient et nous sommes décidés à traquer les fossoyeurs, les corrompus et leurs corrupteurs. D’autre part, avec le retour de la paix induisant un climat politique apaisé ; l’environnement fiscal allégé et l’assainissement du milieu judicaire, nous pouvons de nouveau attirer des capitaux étrangers pour la relance de notre économie.

Votre dernier mot

C’est une satisfaction pour nous d’avoir répondu à vos questions. Cela nous a permis de lever pas mal d’équivoque et je vous en remercie sincèrement.


Propos recueillis à Bangui par notre envoyé spécial Edgard Kaho

 

NDLR : A propos de corruption, que pense Ndoutingaï du truand Libanais Ali Fawaz dont Ecobank a fait saisir les biens par la justice et qui prétend le représenter et fait des dons de pots de peinture et autre en son nom dans les tribunaux ?  

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 15:47
 
 
 
Bozize-fait-du-sport.jpg
 
09/02/2012 à 09h:35 Par François Soudan

Jeuneafrique.com :
François Bozizé : "Il suffirait d'un rien pour que la Centrafrique renaisse" | Jeuneafrique.com
 
À la tête de la Centrafrique, pays pauvre et fragile auquel les bailleurs de fonds ont coupé le robinet de l'aide depuis un an, le chef de l'État François Bozizé veut avant tout compter sur ses propres forces. Sa solution : "le travail, rien que le travail". Encore faut-il que ses compatriotes, épuisés par deux décennies de sacrifices, le suivent...
Dans l'hélicoptère présidentiel - un Dauphin blanc acheté d'occasion en Italie - qui vole vers Bossangoa, à 500 km au nord de Bangui, François Bozizé pique un petit somme, ses dossiers sur les genoux. L'harmattan souffle en rafales, faisant tanguer l'appareil, et la savane défile, uniforme, grise et vide. Deux heures plus tard, totalement requinqué, le même nous entraîne sous un soleil de plomb dans une visite au pas de course de ce gros bourg poussiéreux, mal remis encore des pillages de 2003, et qui fut la ville de sa jeunesse. L'école primaire où il apprit à lire, le bar dancing Metroboss où il esquissa ses premiers pas de rumba, les champs de coton de Bo où des paysannes gbayas l'accueillent au cri d'« intanti ! » - que l'on pourrait traduire par « celui qui gagne du premier coup » -, l'usine d'égrenage et le déjeuner sur le pouce préparé par l'épouse du préfet. De retour à Bangui au crépuscule, le voici qui nous convoque chez son ami Ianarelli, un Corse sec comme un légionnaire - qu'il fut, dans une autre vie, avant d'aller barouder au Biafra et en Angola - propriétaire d'une salle de sport où le chef a ses habitudes. Vélo, step, stretching et musculation : Bozizé en jogging Nike ne se ménage pas. Il est 20 heures quand son convoi, étroitement protégé par les bodyguards de la garde républicaine et les éléments tchadiensde sécurité prêtés par Idriss Déby Itno, prend la direction de la présidence. Des audiences l'attendent jusqu'à minuit.
Le message, aisément décryptable, de cette journée de janvier est clair : à 65 ans, le chef veille, le chef travaille et le chef est en forme, contrairement aux méchantes rumeurs qui le disent quasi grabataire. Mise au point utile, tant la Centrafrique, cette cendrillon de l'Afrique centrale, demeure fragile et volatile. Il y a l'opposition, regroupée autour de leaders pugnaces comme Martin Ziguélé et Nicolas Tiangaye, dont l'intitulé de la plateforme commune, Front pour l'annulation et la reprise des élections (celles de janvier 2011, remportées par Bozizé avec 64,3 % des voix), signifie sans ambiguïté qu'elle ne reconnaît pas la légitimité du pouvoir en place. Il y a la situation sécuritaire, toujours instable. À peine la « guerre du diamant », qui a opposé en octobre dernier à Bria deux mouvements d'ex-rebelles - en fait deux ethnies -, s'est-elle éteinte que l'incendie couve dans le Sud-Ouest, où opèrent les tueurs de Joseph Kony, et dans le Nord-Ouest, terrain de chasse du dissident tchadien Baba Laddé. Les éléphants se battent, l'herbe souffre : le peuple est exsangue et l'attitude des bailleurs de fonds, qui ont coupé le robinet de l'aide pendant toute l'année 2011 pour des raisons qui tiennent au non-respect littéral des règles de la bonne gouvernance, a, vue d'ici, quelque chose d'inhumain.
Pourtant, le général François Bozizé veut croire qu'il suffirait d'un rien pour que la Centrafrique rompe son mauvais sort. Pas peu fier, il vante les mérites de l'unique bâtiment d'envergure construit dans sa capitale depuis une décennie : un hôtel cinq étoiles, financement libyen, main-d'oeuvre chinoise, manageur belge. Ouverture dans un mois. Les 166 chambres sont prêtes à accueillir les investisseurs. Viendront-ils ? Bangui en rêve.
Jeune Afrique : Vous venez, début janvier, de dissoudre les conseils d'administration de toutes les sociétés d'État, offices, agences et fonds publics du pays au profit d'un conseil spécial de surveillance et de redressement que vous présidez en personne. Pourquoi un tel coup de balai ?
François Bozizé : C'était indispensable. La plupart des sociétés d'État sont en ruine depuis des décennies, malgré toutes les mesures prises pour les réhabiliter. J'ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes comme je l'ai fait avec le comité de trésorerie, que je préside également, et dont la bonne gestion nous permet depuis près de cinq ans de payer les salaires des fonctionnaires. Détournements, absentéisme du personnel, laisser-aller généralisé : le mal dans ces sociétés et offices d'État est profond. Il faut le diagnostiquer et y remédier. Certes, il s'agit là d'une mesure exceptionnelle, mais elle demeurera en vigueur le temps nécessaire à chacune de ces entités publiques pour qu'elles redémarrent sur des bases saines.
Vous avez eu des phrases très dures contre les corrompus et les corrupteurs lors d'un discours devant l'Assemblée nationale fin 2011 et juré de les « mettre hors d'état de nuire ». Là aussi, il était temps...
La Centrafrique a beaucoup d'atouts pour réussir, mais le manque d'honnêteté et de civisme d'un grand nombre de ses cadres pose un vrai problème. En d'autres termes : la récréation est terminée. Les limogeages et arrestations de directeurs généraux ainsi que les poursuites engagées contre certains membres du gouvernement entrent dans ce cadre. À la justice de faire son travail. Personnellement, je n'interférerai pas, quel que soit le degré de proximité avec moi de telle ou telle personnalité mise en cause.
Autant de résolutions qui vont dans le sens de ce que souhaite le Fonds monétaire international (FMI), dont le conseil d'administration doit débattre du cas centrafricain le 31 janvier à Washington. Êtes-vous optimiste ?
Oui. Le FMI nous a reproché de ne pas avoir été suffisamment rigoureux pendant la période électorale et pas assez attentifs au suivi du programme. Il n'avait pas tout à fait tort, mais, depuis, les mesures ont été prises par le ministre d'État aux Finances, et le Premier ministre est allé lui-même en rendre compte à Washington. En toute logique, le conseil d'administration devrait donc déboucher sur une reprise du programme et la mise au point d'une lettre de confort. Cette dernière permettra à la Banque mondiale, à l'Union européenne et à la Banque africaine de développement de se réengager à leur tour. Puisque, apparemment, elles se cachent derrière les décisions du FMI...
Pas seulement. L'Union européenne, qui a produit un rapport très critique sur la présidentielle de janvier 2011, semble mettre en avant des conditionnalités d'ordre politique.
 
Nous avons répondu à ces remarques lors de la table ronde de Bruxelles en juillet dernier, et Catherine Ashton [la chef de la diplomatie européenne] n'y a rien trouvé à redire. Le rapport dont vous parlez était subjectif, incomplet et inutile : il a été rédigé à partir de Bangui, sans enquête de terrain hors de la capitale et sans autre source que les communiqués de l'opposition.
 
Comment se déroule le dialogue social avec des syndicats que l'on sait pugnaces et parfois politisés ?
 
Plutôt bien. Le cadre de concertation dirigé par le Premier ministre fonctionne et les syndicats sont des interlocuteurs beaucoup plus responsables que les leaders de l'opposition.
 
Le groupe français Areva a annoncé en novembre qu'il repoussait de deux ans l'exploitation de la mine d'uranium de Bakouma, sur laquelle vous comptiez énormément pour renflouer les caisses de l'État. Un coup dur ?
 
Incontestablement. D'autant que cette exploitation aurait dû, aux termes de notre accord, démarrer depuis janvier 2010. Areva nous dit d'attendre, six mois, un an, deux ans... alors nous attendons.
 
Détournements, absentéisme, incivisme, laisser-aller : la récréation est terminée !
 
Pensez-vous contester le contrat qui vous lie à Areva et chercher d'autres partenaires, chinois par exemple ?
 
Non. Areva a entamé des travaux à Bakouma et nous lui faisons confiance. Pour l'instant. Mais j'ai tenu à dire à Sébastien de Montessus, le directeur des mines d'Areva,qui est venu me voir à Bangui, que je comprenais mal les raisons de leur décision : la catastrophe de Fukushima, qui sert d'explication à ce nouveau report, est en effet survenue plus d'un an après la date prévue du début de l'exploitation. Il n'a pas su me répondre sur ce point. Il m'a simplement demandé de patienter jusqu'à l'achèvement de toutes les enquêtes de sécurité post-Fukushima.
 
Maintenant que votre contentieux avec la société américaine Grynberg est quasiment réglé, quand pourra-t-on enfin entreprendre l'exploration des gisements pétroliers du Nord-Ouest ?
 
Les Chinois ont entamé l'exploration des zones qui se situent à côté de la concession Grynberg, de loin la plus prometteuse. Dès que nous aurons repris possession de cette dernière, nous verrons quels partenaires pourront nous accompagner. C'est un sujet complexe et sensible sur lequel je ne veux pas en dire trop.
 
Sur quoi comptez-vous pour améliorer votre trésorerie ? Le bois ?
 
Le bois subit depuis deux ou trois ans le contrecoup de la crise financière mondiale. Les commandes sont faibles et les recettes presque nulles.
 
L'or ?
 
L'or existe partout en Centrafrique, mais son exploitation n'a pas encore dépassé le stade artisanal.
 
Le diamant ?
 
Dans une certaine mesure. Des sociétés comme Sodiam ou Badica fonctionnent. Reste la contrebande, que nous ne sommes pas encore parvenus à réduire.
 
Le coton ?
 
C'est l'exemple de ce que les Centrafricains peuvent faire seuls, sans aucune aide extérieure. Depuis quatre ou cinq ans, nos cadres de la cellule coton se battent corps et âme pour réhabiliter cette culture vitale pour le pays. Les paysans cotonculteurs sont désormais payés régulièrement, ce qui n'était pas le cas sous l'ancien régime. Les usines ont été rafistolées et la production a triplé : 25 000 tonnes prévues en 2012, 100 000 espérées pour 2015, un record historique pour nous. L'État a injecté 10 milliards de F CFA [15,2 millions d'euros] dans ce secteur, sur ses propres recettes.
 
Le président Sarkozy m'avait promis une aide pour notre armée. Le résultat est bien maigre.
 
Il y a un mois, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est dit « inquiet du manque d'autorité de l'État, qui a laissé s'installer un grave vide sécuritaire » en Centrafrique. Comment réagissez-vous à ce diagnostic pour le moins sévère ?
 
C'est un héritage dont nous ne sommes pas responsables et que nous essayons de résoudre au mieux, en souhaitant que la communauté internationale nous aide davantage. Il y a eu à cet égard plus de promesses que d'engagements concrets. Notre armée et notre administration s'efforcent d'être partout, de Birao à Obo, de Bria à Kaga-Bandoro. Ce n'est donc pas par manque de volonté de la part de l'État si notre contrôle est imparfait, c'est par manque de moyens.
 
L'opposant franco-centrafricain Jean-Jacques Demafouth, ancien ministre de la Défense, ex-candidat à la présidence et chef d'un mouvement politico-militaire, a été arrêté le 6 janvier à Bangui. Que lui reproche-t-on ?
 
Ce n'est pas moi qui suis allé interpeller M. Demafouth, c'est la justice. D'après ce qu'on m'en a dit, il cherchait à déstabiliser le régime. Si c'est exact, c'est inadmissible de la part d'une personnalité qui a signé les accords de paix de Libreville en 2008 et qui depuis exerce la fonction de vice-président du comité de désarmement et de démobilisation. Après tous les efforts consentis pour sortir le pays du marasme, je n'accepterai jamais un tel retour en arrière.
 
Lui nie toute participation à des réunions suspectes...
 
Évidemment. C'est un avocat et il sait y faire. L'enquête en cours tranchera. Si elle ne donne rien, M. Demafouth sera libéré.
 
Autre problème : celui posé par le « général » autoproclamé Baba Laddé, un ancien officier de l'armée tchadienne à la tête de quelques centaines de rebelles qui a fait du nord-ouest de la Centrafrique sa base arrière pour, dit-il, renverser le président Idriss Déby Itno. Que comptez-vous faire ?
 
Baba Laddé est un opposant tchadien qui, après avoir fui au Cameroun, est entré en Centrafrique et s'est installé avec ses hommes armés dans la région de Kaga-Bandoro. Nous avons discuté avec lui à Bangui et obtenu son accord pour qu'il regagne N'Djamena. Puis il a brusquement changé d'avis après avoir exigé, sans l'obtenir, une protection de la part de l'ONU. Il s'est alors mis à racketter les éleveurs peuls pour se procurer des armes et des véhicules. Depuis, il joue au seigneur de la guerre. Pour l'instant, nous voulons encore croire à une solution négociée sous les auspices de deux médiateurs, tchadien et centrafricain, qui l'ont rencontré. Mais s'il nous force à agir autrement, nous le ferons*.
 
Si l'on en croit ses dires, il fait régner l'ordre dans la région qu'il contrôle en luttant notamment contre les coupeurs de route...
 
Mais qui l'a autorisé à agir de la sorte ? Qui le lui a demandé ? Personne.
 
L'Armée de résistance du Seigneur (LRA), de l'Ougandais Joseph Kony, sévit depuis près de six ans dans l'est de votre pays. L'aide américaine promise pour vous aider à lutter contre ce fléau est-elle effective ?
 
Un contingent des forces spéciales américaines est présent depuis peu à Obo, dans le Haut-Mbomou. Il est en phase d'installation. Et je suis heureux d'apprendre que l'ONU semble enfin se saisir de ce problème.
 
Les Français ont une base et deux cents hommes à Bangui. Participent-ils aux opérations contre la LRA ?
 
Non. Il y a un an et demi, le président Nicolas Sarkozy m'avait pourtant écrit, promettant une aide matérielle aux forces armées centrafricaines. Pour un résultat concret bien maigre.
 
Pourquoi votre armée n'est-elle toujours pas opérationnelle ?
 
Les Faca [Forces armées centrafricaines] ont des cadres et des hommes de valeur. Ce n'est pas la motivation qui manque, mais l'équipement et la mobilité. Nous faisons de notre mieux pour y remédier, mais cela coûte cher et nous sommes un pays pauvre.
 
L'opposition centrafricaine est quasiment absente des institutions de la République, en particulier du Parlement. Déplorez-vous cette situation ?
 
Cette remarque m'a déjà été faite, particulièrement à Bruxelles, au siège de l'Union européenne. Qu'y puis-je ? Les élections ont été libres et démocratiques, et elles ont donné les résultats que vous savez. Aurais-je dû les fausser ? Notre opposition est composée de gens qui ont déjà exercé le pouvoir et mis ce pays à genoux. Vous-même êtes allé à Bossangoa, vous avez vu comment les Banyamulenge de Jean-Pierre Bemba ont mis cette ville à sac, vous avez entendu les cotonculteurs vous dire que, sous Patassé, ils n'ont pas été payés pendant des années. Pensez-vous que ces gens avaient envie de voter pour les responsables de leurs malheurs passés ? C'est cela le problème. Cela n'a rien à voir avec un Bozizé qui aurait verrouillé je ne sais quoi. L'opposition a échoué. Qu'elle le reconnaisse et redéfinisse sa stratégie plutôt que d'accuser le pouvoir matin, midi et soir.
 
Vos détracteurs vous reprochent d'avoir tout fait pour que votre prédécesseur, Ange-Félix Patassé, décédé le 5 avril dernier à Douala, ne puisse pas aller se faire soigner à temps à l'étranger. Ce n'est qu'in extremis que vous l'auriez autorisé à quitter le pays. Qu'avez-vous à répondre ?
 
C'est un mensonge. Ce sont ses alliés de l'opposition qui l'ont en quelque sorte tué, en l'usant jusqu'à la mort. Patassé était leur seule planche de salut, et ils ont tenu nuit et jour des réunions autour de lui alors que son état de santé ne le permettait pas. Cela s'est passé dans sa concession. Que ceux qui étaient là disent la vérité ! Ils l'ont épuisé et la corde s'est cassée. Lorsque j'ai été saisi par la famille, j'ai personnellement écrit à l'ambassade de France pour que Patassé obtienne le visa et les autorisations nécessaires pour aller se faire soigner à Paris. La réponse de l'ambassade a été négative : je l'ai ici. Décision a été finalement prise de le transférer en Guinée équatoriale. À l'escale de Douala, son état a brusquement empiré et il est décédé. Cela ne sert à rien de déformer la vérité. Qu'ils assument leurs responsabilités !
 
Il y a quelques mois, des rumeurs alarmistes sur votre état de santé ont circulé à Bangui. Une personnalité de l'opposition, Joseph Bendounga, a même déposé une requête devant la Cour constitutionnelle au motif que vous seriez inapte à gouverner...
 
Ridicule. C'est cette personne qui est inapte, c'est elle qui est dérangée.
 
Comment vous portez-vous ?
 
Bien. Vous en êtes témoin. Vous m'avez vu sur le terrain, dans les champs de coton de l'Ouham. Je reviens d'une tournée en Ouganda, au Nigeria, en Guinée ­équatoriale et au Tchad. Hier soir, je fréquentais une salle de sport à Bangui. Tout va bien. Si vous en doutez, dites à un médecin de venir m'ausculter et publiez les résultats !
 
Quel est l'état de votre relation avec la France ?
 
Elle est ce qu'elle est. Les Français sont nos cousins. Nous cohabitons.
 
Il n'est un secret pour personne que Paris, mais aussi Bruxelles et Washington ont formulé des réserves à l'égard de votre ministre d'État aux Finances, Sylvain Ndoutingaï. Sa gouvernance et son nationalisme jugé excessif sont mis en cause. Lui maintenez-vous votre confiance ?
 
Sylvain Ndoutingaïest un jeune ministre qui selon moi fait bien son travail. L'opinion apprécie les réformes courageuses qu'il a entreprises dans les secteurs des mines, de l'énergie et des finances. Il n'a pas sur moi l'influence qu'on lui prête et il fait ce que je lui demande de faire. Si on lui reproche quelque chose, qu'on le prouve et je prendrai les sanctions qui conviennent. Dans le cas contraire, qu'on le laisse tranquille. Jusqu'ici, on ne m'a rien présenté.
 
Même chose pour votre Premier ministre Faustin-Archange Touadéra.Si vous l'avez reconduit, c'est que vous en êtes satisfait...
 
La continuité, dans ce type d'emploi, vaut mieux que le changement pour le changement. Lui aussi travaille bien et respecte les consignes que je lui donne. Le point d'achèvement de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés [PPTE] est le fruit d'un effort collectif dans lequel il a eu sa part. Pourquoi voudriez-vous que je change une équipe qui est en train de gagner ?
 
Trente-quatre ministres, ça n'est pas trop pour un pays pauvre de 4,5 millions d'habitants ?
 
C'est possible. Mais c'est la rançon de l'ouverture. Tout le monde veut être ministre, en Centrafrique !
 
Comment avez-vous réagi à la mort de Kaddafi ?
 
Ce fut un événement cruel et amer. Mais les hommes passent et les pays demeurent.
 
Et à l'arrestation de Laurent Gbagbo ?
 
Là aussi, j'ai vu des images insupportables.
 
 
Cela a déjà eu lieu. Que voulez-vous que je vous dise de plus ?
 
Quand le chef d'État africain que vous êtes voit ce genre de scène, que pense-t-il ? Que ce sont les risques du métier ?
 
Sans doute. Pourvu que cela se fasse dans la dignité, il faut l'accepter. Aurait-on agi de la sorte s'il s'agissait de dirigeants américains ou français ? C'est la question que je me pose...
 
Quel message voudriez-vous adresser à la communauté internationale ?
 
Celui-ci, et il est très simple. Depuis le changement du 15 mars 2003, nos partenaires et nous avons ensemble hissé la Centrafrique à un niveau acceptable. Il n'est pas question de revenir en arrière. Or, en 2011, nous n'avons plus rien reçu de la part de cette communauté, pas un centime d'aide budgétaire, rien pour le désarmement et la réinsertion. Pourquoi s'arrêter au milieu du gué ? Il suffirait pourtant d'un coup de pouce pour que ce pays démarre.
 
Et à vos compatriotes centrafricains ?
 
Un message d'espoir et d'effort. Salaires, routes, énergie, habitat : les résultats sont là. Nous y sommes parvenus en nous serrant la ceinture, mais il n'y a pas d'autre solution que de continuer le travail. Le travail, rien que le travail. N'écoutons pas les ennemis du progrès et maintenons le cap. Construire un pays n'est pas une tâche facile. La récompense est au bout de l'effort.
 
* Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le déclenchement d'une offensive militaire conjointe centrafricano-tchadienne contre les rebelles de Baba Laddé.
 
 
 
Propos recueillis à Bangui par François Soudan.
  **************************************************************************************************************

 

 

De nouveaux mensonges de Bozizé dans Jeune Afrique

 

Boz-dans-son-bureau-5.JPG

 

La recette est bien éprouvée. Chaque fois qu’il est en grande difficulté, Bozizé fait venir à Bangui le célèbre directeur de la rédaction du non moins célèbre hebdomadaire africaniste parisien, Jeune Afrique pour ne pas le nommer, la réalisation d’une prétendue « grande interview » généralement bien tarifée et destinée à dresser un écran de fumée sur sa mauvaise gouvernance et ses propres turpitudes afin d’embrouiller l’opinion nationale et internationale. Après avoir rechigné un moment à se rendre à nouveau à Bangui où il croyait n’avoir plus rien à dire, François Soudan y est bien retourné ces dernières semaines et a encore ramené une nouvelle autre « grande interview » de Bozizé publiée ce lundi 30 janvier dans le n°2664 de l’hebdomadaire. Comme à l’accoutumée, c’est encore au même genre de mensonges et de balivernes auxquels Bozizé nous a toujours habitués mais dont personne n’est maintenant dupe.

A commencer par ses problèmes de santé au sujet desquels les plus folles rumeurs ne cessent de circuler depuis un petit moment. Au lieu d’y mettre un terme par la publication d’un vrai bulletin de santé par son médecin ou un collège de médecins, il choisit plutôt un mode peu convaincant à savoir une photo le montrant sur un appareil de remise en forme dans une salle de training de Bangui. Il ne suffit pas d’arborer un polo sur le torse avec un bas de survêtement pour être en bonne santé.

Sur la « récréation qui serait terminée »…

Sur le thème de la corruption de son régime, des détournements de deniers publics où Bozizé avait prétendu dans son allocution d’investiture du 15 mars 2011après la mascarade électorale du 23 janvier 2011, que « la récréation était terminée », tout le monde sait que ce ne sont là que des propos pour amuser la galerie. Prétendre comme il le fait dans son interview en affirmant que « les limogeages et arrestations de directeurs généraux ainsi que les poursuites contre certains membres du gouvernement entre dans ce cadre » n’est pas sérieux.

Au sujet de l’impunité de certains dignitaires véreux

Les cas du ministre de l’agriculture Fidèle Gouandjika alias « le milliardaire de Boy-Rabe », ancien ministre des télécoms ainsi que son successeur Thierry Maléyombo,  tous les deux mis en examen pour diverses malversations et faillite de la société nationale de télécoms dont ils ont assuré la tutelle, sont là pour montrer la mauvaise foi de Bozizé. Ayant probablement bénéficié des fruits de la prédation de ses deux ministres, il leur assure une scandaleuse impunité. N’a-t-il pas restitué lui-même à Fidèle Gouandjika son passeport pourtant confisqué par un juge ? Qui peut-il convaincre lorsqu’il affirme dans cette interview que : « A la justice de faire son travail. Personnellement, je n’interfèrerai pas, quel que soit le degré de proximité avec moi de telle ou telle personnalité mise en cause. » C’est vouloir prendre les Centrafricains pour des demeurés ! Une chose est désormais sûre. Il a nommé Firmin Findiro ministre de la justice pour enterrer toutes les sales affaires dans lesquelles des ministres et dignitaires de son régime sont impliqués jusqu’au cou.

Sur les relations de la bozizie avec le FMI et les autres partenaires au développement

Bozizé reconnaît furtivement et du bout des lèvres le manque de rigueur dans la gestion des finances publiques que le FMI leur reproché mais pour souhaiter conclure au plus vite un programme avec l’institution et notamment la signature d’une lettre de confort. C’est sauter un peu vite à pieds joints sur l’évaporation de près de 70 milliards de F CFA du trésor toujours non élucidée. Malgré cette situation, Bozizé, et cela n’existe nulle part au monde, s’entête à continuer de présider le comité de trésorerie ce qui d’après lui, permettrait de payer régulièrement les salaires. Faux ! Si le fait qu’il se targue de présider le comité de trésorerie était si efficace, l’endettement de l’Etat après des banques commerciales de la place n’aurait pas atteint le montant qui avoisine les 15 milliards de F CFA à présent. Cette gestion n’est pas aussi bonne qu’il prétend, la vacuité des caisses du trésor est encore là pour le prouver.

S’agissant des autres partenaires au développement, notamment l’Union Européenne et la Banque Africaine de Développement, Bozizé ne comprend pas qu’ils aient tourné le dos à son pays depuis 2011 et les appelle à se réengager à ses côtés en les accusant de se « cacher derrière le FMI ». Les raisons de cette fermeture de robinet sont pourtant si simples. Elles tiennent au déficit de démocratie et à la mauvaise gouvernance de son régime.

Non seulement il a roulé tout le monde y compris ceux qui ont financé les élections du 23 janvier 2011 qui ont connu des fraudes à une échelle inouïe qui lui ont permis de rempiler, mais il est fermé à toute perspective d’annulation des résultats frauduleux et de reprise de nouvelles élections. Il oppose une réponse méprisante à la question  de jeune Afrique sur le rapport des experts électoraux de l’Union Européenne en ces termes : « Le rapport dont vous parlez était subjectif, incomplet et inutile. Il a été rédigé à partir de Bangui sans enquête sur le terrain hors de la capitale et sans autre source que les communiqués de l’opposition ». Quelle enquête sur le terrain pouvait-on effectuer à l’époque quand pendant ces élections, l’insécurité en province délibérément organisée par sa garde présidentielle pour les besoins de la fraude massive et certains mouvements de rébellion, empêchait même des candidats de battre simplement campagne.  

La concentration des pouvoirs entre les mains du seul Bozizé

La décision qu’il vient de prendre de dissoudre tous les conseils d’administration des sociétés d’Etat et offices publics est bien une autre preuve. A quoi sert l’exécutif si tout doit être ramené à un seul individu fût-il président de la République qui joue au « neveu de Rameau ». Actuellement, outre les ministres de la  défense et des mines qui sont délégués auprès de lui, Bozizé est président du comité de trésorerie et vient de s’arroger encore la présidence du conseil spécial de surveillance et de redressement des entreprises et offices publics (CSSREOP). Cela fait tout de même beaucoup pour un seul homme.  

A propos du cas Sylvain Ndoutingaï

A la question qui lui est posée sur les réserves de Paris, Bruxelles et Washington à l’égard de son indéboulonnable « argentier » Ndoutingaïet sur la confiance qu’il continue pourtant de lui faire contre tout évidence, Bozizé a eu cette réponse provocatrice : « Pourquoi voudriez-vous que je change une équipe qui est en train de gagner ? » dit Bozizé faisant allusion à « super » Sylvain Ndoutingaï, celui-là même qu’on appelle à Bangui « vice-président » et son ineffable Premier Ministre Faustin Touadéra. Que sont-ils en train de gagner et sur quoi ? De quelle victoire parle Bozizé ?  C’est vraiment se mettre la tête dans du sable.

Mendicité, toujours la mendicité

« Le président Sarkozy m’avait promis une aide pour notre armée. Le résultat est bien maigre. » ou encore plus loin : « En 2011 nous n’avons plus rien reçu de la part de la communauté internationale. Pas un centime d’aide budgétaire, rien pour le désarmement et la réinsertion. Pourquoi s’arrêter au milieu du gué ? Il suffit pourtant d’un coup de pouce pour que ce pays démarre. » Bozizé feint d’ignorer que tout le monde connaît maintenant son sens de la roublardise et ses mêmes rengaines. Continuer de se lamenter ne sert à rien. Cela a trop duré et ses cassettes sont usées tellement elles ont été jouées. A en juger par l’opacité avec laquelle il a géré l’enveloppe de huit milliards de F CFA octroyée par les pays de la CEMAC pour le DDR, plus personne ne peut encore lui faire confiance pour mettre un centime dans le programme DDR et de réinsertion, d’autant plus qu’il vient par-dessus le marché d’arrêter le vice-président de son comité de pilotage Jean Jacques Demafouth qu’il promet de libérer si l’enquête sur son affaire ne donne rien. Plusieurs sources proches du dossier dont ses avocats, affirment qu’il est vide…

Rédaction C.A.P

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 13:28

 

 

Roland-Marchal.jpg

 

Par Sonia Rolley RFI samedi 04 février 2012

« Ce qui est différent, c'est le fait qu'il (Baba Laddé) a été capable d'avoir un discours politique qui ne s'est pas enfermé dans les frontières de la Centrafrique, et dans les revendications localistes. Il a développé un argumentaire sur la marginalisation des pasteurs peuls bororos. »

Les armées centrafricains et tchadiennes ont lancé ces derniers jours, une offensive dans le nord de la Centrafrique contre les positions d'un rebelle tchadien Baba Laddé, implanté en territoire centrafricain...

Baba Laddé qui se dit prêt à se défendre... parle de véritable déclaration de guerre de François Bozizé et a appelé les groupes rebelles centrafricains à se joindre à lui pour faire tomber le régime centrafricain.

Pour en parler, Sonia Rolley reçoit Roland Marchal, chercheur au CNRS.

Il revient de Centrafrique où il a étudié l'impact des groupes armés dans le nord...

 

RFI : Rolland Marchal bonjour, vous êtes chercheur au CNRS, vous revenez de Centrafrique où vous avez étudié la géopolitique des groupes armés dans le Nord. On va reparlez de Baba Laddé, donc c’est un rebelle tchadien qui sévit en Centrafrique, quelle est l’importance de son mouvement, le FPR ?

RM : Evidemment lui il a une trajectoire qui finalement est par certains aspects assez commune. C’est-à-dire qu’il a été en rébellion plus ou moins, ouverte, effective contre le régime d’Idriss Déby, et s’est retrouvé au Darfour avec des groupes d’opposition armée. On lui a demandé puisque, c’est un ancien gendarme de venir aider à former des combattants de l’APRD et ne s’entendant pas très bien avec ce mouvement armé,  il a créé le sien propre. Ce qui est différent de mon point de vue c’est qu’ il a été capable d’avoir un discours politique, il ne sait pas enfermé dans les frontières de la Centrafrique, et également à un discours politique qui ne s’est pas non plus enfermé dans des revendications localistes, Lui il a développé un argumentaire sur la marginalisation des pasteurs  peuhl ou Mbororos et son mouvement s’est construit et s’est développé et s’est financé avec des soutiens financiers qui venaient non seulement des pratiques d’extorsion qu’il a eues sur des marchands de bétail dans la zone qu’il contrôlait ; donc ça rapporte pas mal d’argent mais également des financement de grands marchands de bestiaux peuhls au Nigéria, en Guinée, au Cameroun, au Tchad et sans doute ailleurs. Jusqu’à très récemment et largement provoqué par l’attaque tchadienne et centrafricaine Baba laddé  n’avait jamais eu aucune prétention d’aucune sorte sur le pouvoir à Bangui. Bangui ne l’intéressait pas.

RFI : Justement selon certaines informations Baba Laddé aurait bénéficié de certains appuis au sein du régime de François Bozizé, est-ce que pour vous il y a eu des complicités parce que cela faisait un an que finalement le groupe de Baba Laddé ne faisait que grossir ?

RM : Je crois qu’il faudra se rendre compte et là il y a  l’ambiguïté historique c’est-à-dire qu’à la fois les premiers grands troupeaux qui ont été protégés par Baba Laddé ont été des troupeaux d’officiers supérieurs de l’armée tchadienne donc ce n’est pas le moindre de l’ironie historique de voir que celui qu’on décrit comme un opposant en fait protège les biens d’officiers du régime. Et également Baba Laddé a été peut-être plus subtilement par le régime à Bangui dans la mesure où il s’opposait, il était confronté aux autres mouvements armés qui eux avaient des prétentions  ou ont des prétentions plus politiques sur le pouvoir à Bangui ou sur les réformes que ce pouvoir doit faire. Effectivement il y a plusieurs cas où des combattants de Baba Laddé ont été dans le passé, pas aujourd’hui libérés après avoir été faits prisonniers ou même profité quelque fois des moyens de l’Etat.

RFI : Pourquoi a-t-il été attaqué maintenant ?

RM : Initialement je pense qu’Idriss Déby ne s’est jamais senti très menacé par lui. Ce qui est impressionnant chez Baba Laddé outre cette singularité du répertoire politique c’est le fait que c’est un mouvement qui a grandi extrêmement rapidement et qui, à l’inverse d’autres groupes, a été capable de se structurer et dans cette ambivalence vis à vis de Bangui, a réussi à générer des ressources, à acheter des quantités d’armes impressionnantes aux Soudanais, je parle des Darfouriens et pas de l’état soudanais évidemment, et donc finalement de commencer à avoir un écho qui le rendait dangereux à N’djaména, pas dangereux pour la prise de pouvoir évidemment mais dangereux dans le sens où ce type de mouvement pouvait avoir un écho dans des zones du Tchad qui sont aussi des zones pétrolifères et créer une insécurité qui desservirait  des intérêts économiques du gouvernement tchadien. L’attaque conjuguée des forces tchadiennes et centrafricaines essentiellement pour ce que je sais des forces tchadiennes, aujourd’hui, semble réduire ce mouvement à la portion congrue. Il faut être très prudent sur ce qui est en train de se passer parce que l’expérience montre que face à des forces supérieures, ce type de mouvement peut s’auto-dissoudre ou se cacher dans la brousse et ré-émerger dans deux ou trois mois.

RFI : Et suite à cette offensive Baba Laddé a parlé d’une déclaration de guerre de Bangui contre lui. Il appelle tous les ex-rebelles centrafricains à le rejoindre pour renverser le président Bozizé, est-ce que François  Bozizé a des raisons de s’inquiéter ?

RM : N’importe quel président centrafricain aujourd’hui a des raisons de s’inquiéter mais plus à cause  de la situation économique générale qu’un appel de Baba Laddé  Pourquoi parce que Baba laddé est quand même un peu ovni. Il n’a pas de vraie racine à Bangui et donc l’idée qu’il puisse jouer un rôle sur le basculement du pouvoir, ça ne pourrait être que très militaire. Et de ce point de vue-là il a été quelqu’un qui s’est construit  un peu dans l’opposition à tous les autres groupes armés. Je doute fort aujourd’hui qu’il est menacé, que les autres mouvements puissent vont se précipiter pour l’aider      

RFI : Un mot des interpellations dans les autres ex-mouvements rebelles donc il y a l’ancien ministre de la défense et ex-chef des ex-rebelles de l’APRD, Jean Jacques Demafouth,  il y a aussi des responsables de l’UFDR, pourquoi ont-ils été interpellés et quelles conséquences cela risque d’avoir ou ça a déjà sur le  processus de désarmement et de démobilisation ?

RM : Tous les observateurs ont été surpris à Bangui de ces arrestations d’autant plus qu’au moment où le régime dénonçait une tentative de coup d’Etat, aucune force n’a été mise en alerte à Bangui, ce qui montrait bien que tout ça était, si le gouvernement disait vrai, vraiment à l’état de pré-discussion mais absolument pas à l’état de fait. Quelque chose qui est assez inquiétant dans ce qui se passe, on arrête des dirigeants de l’opposition mais n’ont jamais été inculpés ; on a arrêté un député mais sans lever le moins du monde son immunité parlementaire ; aucune preuve valide n’a été fournie à l’opinion publique centrafricaine et à la communauté internationale pour justifier des arrestations qui de fait, mettent un terme au processus DDR et peut-être à une pacification qui n’avait pas totalement réussi il faut bien le dire mais laissé un espoir à la population centrafricaine.

(Retranscription de la rédaction de C.A.P)  

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 01:08

 


Mart Zig 

 

 

L'Hirondelle (LHRD): L’actualité nationale reste dominée par la sévère condamnation de M. Ferdinand Samba, directeur de publication du quotidien « Le Démocrate ». Quelle est votre lecture de cette situation ?  

 

Martin Ziguélé (MZ): Je voudrais d'abord vous remercier très sincèrement de l'opportunité que vous m'offrez en votre qualité d’animateur de la vie informative nationale, pour m'exprimer et exprimer le point de vue de mon parti, le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) sur l'actualité nationale. Je voudrais d'abord vous dire que j'étais à l'extérieur du pays, en déplacement professionnel, lorsque j'ai appris sur les médias internationaux, non seulement l'arrestation mais la condamnation, j'allais dire très rapide, de M. Ferdinand Samba, directeur du quotidien «Le Démocrate», à une peine de dix mois de prison parce qu'il a écrit un article de presse qu'un citoyen centrafricain aurait jugé diffamatoire. Ma première réaction de citoyen, c'est de dire que puisque Monsieur Ferdinand Samba, a exprimé ses points de vue en tant que journaliste et de surcroit Directeur de publication, il y a bien dans ce pays, une loi spéciale de la presse et c'est sur la base de cette loi qu'il devrait être jugé. Donc, cette loi ayant dépénalisé les délits de presse, il ne peut encore y avoir d'arrestation, d'enfermement, d'emprisonnement de journaliste dans ce pays. Et au même moment où les médias nationaux faisaient état de l'arrestation et de la condamnation de M. Ferdinand Samba à 10 mois d'emprisonnement, à un million d'amende à verser à l'Etat, à dix millions de dommages et intérêts etc., au même moment, les médias internationaux parlaient des exactions de Baba Laddé et de Joseph Kony en RCA et qualifiaient notre pays comme un pays plongé dans un état d'insécurité généralisée. Je crois que ces deux événements, même s'ils ne peuvent pas être joints, montrent à quel point dans ce pays, il y a faillite de l'Etat. Parce qu'on reconnait un Etat de droit au fait que quelles que soient les circonstances, la loi est respectée d'abord par ceux qui sont à la tête de l'Etat. Condamner un journaliste à des peines de prison, alors qu'il y a une loi qui a dépénalisé les délits de presse, cela veut dire que l'Etat lui-même viole tout simplement la loi au profit des personnes qui sont en position de force par rapport à une autre personne, centrafricaine, qui n'a pas la même force.

 

L'Etat centrafricain a fait faillite également sur le plan sécuritaire. On ne peut pas comprendre que cinquante ans après notre indépendance, un voyou, un criminel vienne s'installer au centre de notre pays, s'arme, achète des véhicules, enrôle des personnes et qu'il faut l'intervention d'un autre pays voisin, qui a en plus ses propres problèmes sécuritaires, pour venir à bout de telles exactions qui ont duré longtemps. Alors, qu'est-ce-que vous voulez que je dise, sinon de condamner fermement, mais avec la plus grande fermeté cette atteinte à la principale liberté dans une démocratie qui est la liberté d'informer. Parce que la démarche du pouvoir, ce n'est pas seulement de mettre un journaliste en prison, c'est de faire peur à toute la presse libre indépendante. Parce que Radio Centrafrique est devenue un forum d'injures publiques et quotidiennes à l'endroit de tous les centrafricains qui ne pensent pas comme une catégorie de personnes qui sont au pouvoir. Le Haut Conseil de la Communication a disparu des écrans radars, le ministre de la communication lui-même ne s'exprime jamais sur ces violations quotidiennes de la liberté d'opinion et ces injures publiques quotidiennement radiodiffusées L'objectif, nous le savons, est de museler la presse indépendante et privée, de faire régner la pensée unique, parce que l’objectif final du pouvoir est de faire de ce pays un vaste espace complètement privé de liberté. C'est cela qui est  grave. C’est pour cela que nous, les partis politiques, nous n'accepterons pas cela, nous le dénoncerons partout et tous les jours, jusqu'à ce que M. Ferdinand Samba soit jugé par rapport à la loi sur la presse. S’il est condamné sous le coup de cette loi,  la loi étant faite pour tout le monde, nous respecterons l’application de cette loi. Mais si on sort du cadre de cette loi, si on manipule la loi, si on manipule les institutions judiciaires pour que la justice se prononce en faveur du plus fort, nous ne l'accepterons pas.

 

LHRD: Entre temps, Démafouth, président du NAP et de l’APRD, qui s’est désolidarisé des autres leaders de l’opposition pour faire allégeance au pouvoir est accusé de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat et gardé à vue à la SRI…

 

MZ: Je comprends que votre question en comporte deux. La première sur laquelle je voudrais être très clair, c'est que Jean Jacques Démafouth est un citoyen centrafricain jusqu'au moment où nous parlons qui jouit de ses pleins droits. Il a ses opinions, il est chef d'un parti politique, le NAP en même temps qu'il était le président d'un mouvement de rébellion qui avait signé des accords de paix avec le gouvernement. Donc, il est dans le processus de DDR, il a apprécié la situation politique nationale comme il le souhaite et il prend ses décisions. Je n'ai pas à lui reprocher de s'être désolidarisé de l'opposition à un moment donné. Peut-être qu'il avait sa lecture à lui de la situation et il est souverain dans ses décisions. On ne peut pas se dire démocrate et empêcher quelqu'un d'exprimer ses opinions et d’agir conformément à ses opinions. C'est à lui seul de faire l'analyse rétrospective de sa démarche et d'en tirer les conclusions s'il l'estime nécessaire. Je n'ai pas de leçon à lui faire par rapport à sa prise de position. Parce que mon parti aussi prend des positions politiques sans chercher à savoir ce que M. Démafouth en pense. Donc, je ne peux pas intervenir sur ce point, il est libre d'agir et de penser ce qu'il veut et de prendre des décisions en conséquence.

 

Lorsque nous avons appris comme d'habitude par les médias étrangers l'arrestation de M. Démafouth, vous avez entendu comme moi, le porte-parole du gouvernement, sous une forme affirmative, dire que c'est parce qu'e Démafouth a organisé des réunions pour fédérer les anciens groupes de rébellion afin de déstabiliser l'Etat qu’il a été arrêté. Et vous le savez comme moi que le porte-parole du gouvernement est un magistrat professionnel. Moi qui ne suis pas juriste, je n'ai aucune leçon à lui donner en matière pénale, et plus particulièrement dans le traitement de faits criminels. Parce que nous sommes là dans le domaine  de crimes e d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Et je crois savoir que dans une démarche criminelle, la sacro-sainte règle, c'est qu'il faut qu'il y ait des faits incontestés et avérés pour priver quelqu'un de sa liberté. Maintenant, on nous dit qu'il a été arrêté sur des éléments qui viendront. À être prouvés. Je ne comprends pas très bien, je le dis encore une fois de plus, je ne suis pas juriste. C'est-à-dire vous pouvez sortir de votre lit un matin, parce que quelqu'un a dit dans la nuit que ce jour-là, à 15 heures, vous allez commettre un crime, on vous arrête le matin pour prévenir ce crime. Même là encore, il faut qu'il ait des éléments probants qui attestent que ce crime allait être commis. Je pense, comme je l'ai dit pendant les élections de 2005 et depuis cette période jusqu’aujourd’hui,  il faut que le Président de la République qui est le garant de la sécurité dans ce pays soit serein, qu'il ait la tête froide devant toutes les manipulations qui peuvent venir de son propre camp pour rendre la vie nationale invivable. Les centrafricains ne veulent plus de l'atmosphère politique qui régnait sous Bokassa où on arrêtait à tour de bras des filles et fils de ce pays sur la base d'une simple fiche mensongère. Nulle n'est au-dessus de la loi. Que ce soit moi, que ce soit Démafouth, que ce soit un autre qui s'inscrirait dans une démarche de déstabilisation de l'Etat, et s'il y a des éléments prouvés, nous devons répondre de nos actes devant la loi. Mais, de grâce, ne prenons pas nos lubies pour des réalités au point d'offrir encore une fois de plus, notre pays en spectacle au monde entier. Lorsque vous ouvrez les radios internationales, et lorsqu'on parle de la RCA, on ne parle que des enfants qui meurent de malnutrition, que de grandes entreprises qui devraient commencer  des exploitations de minerais stratégiques et qui reportent leurs décisions parce que tout simplement elles estiment que la situation de notre pays n'est pas gérable. On ne parle que de rébellions, que de bandits criminels comme Baba Laddé qui tuent, qui pillent. On ne parle que de choses négatives dans notre pays. Et le gouvernement en rajoute, soit en arrêtant les journalistes alors que la loi dit qu’on n’arrête plus les journalistes, soit en arrêtant les hommes politiques sur la base des faits pour lesquels, trois semaines après, on ne peut pas présenter l'intéressé au parquet pour dire que voilà ce dont on vous inculpe. Je suis centrafricain, le patriotisme n'est pas le monopole du gouvernement, ni le monopole de ceux qui sont proches du pouvoir, ni le monopole d'un parti politique. Nous aimons tous notre pays et nous sommes tous fils de ce pays. Et nous voulons que ceux qui nous représentent aient un peu de pudeur dans leur démarche et se disent que nous sommes 4 000 000 de centrafricains qui avons droit à la dignité qui fait partie de la devise de notre pays. Alors, qu'on arrête d'offrir notre pays en ce spectacle de bouffonnerie mélangée à de la tragédie.

 

LHRD: Baba Laddé est mis hors d’état de nuire et bientôt ce sera le tour de Kony. Peut-on espérer qu’enfin le pays sera pacifié ?

 

MZ: Quelle est mon souhait en tant que Centrafricain? Quel est mon souhait en tant que fils de ce pays, père de famille qui a des enfants qui vivent également dans ce pays ? Quel est mon souhait en tant que président d'un parti politique qui a des militants dans tout le pays et qui souhaite circuler pour aller rencontrer ses militants sur le terrain comme je le fais depuis 2006-2007? Mon souhait le plus ardant, c'est qu'il y ait la paix et la sécurité dans le pays. Malheureusement, l'expérience de la gestion de ce pays m'interdit de croire à des communiqués triomphalistes. Vous êtes d'accord avec moi que lorsqu'il y a une fuite d'eau quelque part dans le mur d'une maison, lorsque la fuite est petite et que vous bouchez le trou dès le premier jour, cela permet de préserver la maison. Mais, lorsque le trou est grand et que la fuite est importante, la maison est également mouillée. Je voudrais bien qu'il y ait un retour définitif de la paix et de la sécurité dans notre pays.

 

Pour ce qui concerne Joseph Kony, ce criminel, je crois que l'intervention des troupes américaines nous permettra au moins de le faire partir de notre pays et que nos compatriotes des régions du Mbomou, du Haut Mbomou et une partie de la Haute Kotto et de la Vakaga vivent en paix.

Mais pour ce qui concerne Baba Laddé, vous vous souviendrez que je me suis beaucoup étalé sur cette question dans certains médias de la place pour dire que le gouvernement centrafricain n'avait pas à négocier avec Baba Laddé parce que les mots français ont un sens. Baba Laddé n'est pas un rebelle en Centrafrique. Il est tchadien, donc il est rebelle lorsqu'il est au Tchad. Mais, quand il est en Centrafrique avec des armes, il y a un mot pour le qualifier: c'est un envahisseur, c'est un hors-la-loi, c'est un bandit. Et un gouvernement ne négocie pas avec un envahisseur, ni un bandit. Je crois que cela a trop duré. Aujourd'hui, c'est comme vous soignez un cancer qui a déjà métastasé, c'est-à-dire qui s'est déjà répandu dans le corps. Et le président de la République en tant que garant de la sécurité de tous les centrafricains doit prendre toutes les mesures pour qu'effectivement l'ensemble du dispositif de Baba Laddé soit entièrement expurgé de notre pays pour ne pas que demain, on nous dise qu'il est allé encore quelque part, et qu'on n'a pas d'avions, de moyens pour aller le combattre et qu'on apprenne encore que le massacre du peuple centrafricain par ce criminel continue.

 

LHRD: Les caisses de l’Etat sont vides et des réformes d’envergure initiées par le gouvernement sont en chantier au ministère des finances. Les mesures prises, entre autres la dissolution des conseils d’administration des sociétés d’Etat et le compte unique du trésor…sont-elles suffisantes pour arrêter l’hémorragie et renflouer les caisses du trésor ?

 

MZ: Je crois que quand le Président de la République et son ministre d'Etat aux finances disent que les caisses de l'Etat sont vides, ils ne disent pas la vérité aux Centrafricains. Ils devaient dire que les caisses de l'Etat ont été vidées. Parce que c'est cela la vérité, les caisses de l'Etat ont été vidées. Parce que quelque chose qui est vide aujourd'hui, cela veut dire qu'elle était pleine hier. Et quand les caisses de l'Etat étaient pleines, parce que depuis 2004 jusqu'à 2010 et début 2011, le régime que dirige François Bozizé dans l'histoire de la République centrafricaine est le régime qui a engrangé  le plus d'assistance financière internationale de tous types. L’ensemble des statistiques, l'ensemble des données y relatives est du domaine public. Depuis que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international se sont réengagés dans notre pays en 2004, suivis des partenaires internationaux, il y a eu plus de 600 milliards de francs CFA d'aides extérieures diverses, si on compile les aides budgétaires, les remises de dettes, les dons, les décaissements des partenaires bilatéraux et multilatéraux, etc. Le résultat de tout cela aujourd’hui c'est qu'on nous dise que les caisses de l'Etat sont vides. Non! La vérité est que les caisses de l'Etat ont été vidées à une vitesse exponentielle.

 

Depuis 2009, il y a eu des festivals de dépenses hors budget, cela veut dire que c'est des fonds qui étaient prélevés sur les ressources de l'Etat et qui étaient consacrés à des dépenses non prévues et non exécutés selon les règles budgétaires. Les conséquences aujourd'hui, c'est que ces institutions financières internationales dans leur ensemble ont fermé les robinets. Et comme toujours sous ce régime, après avoir cherché en vain des boucs émissaires, maintenant, ils ne peuvent accuser personne et disent que les caisses sont vides sans préciser comment elles ont été vidées. Au moins, les Centrafricains en sont témoins, l'opposition n'a jamais demandé ni aux régies financières ni à quiconque de ne pas travailler, l’opposition n'a pas mis  le feu au pays après les élections. Parce qu'on savait dans l'opposition que c'était le prétexte que le pouvoir attendait pour justifier son échec dans la gestion du pays. C'est pour cela qu'on n’avait pas appelé à des manifestations de rues pour  ne pas leur fournir de prétextes. Par contre, nous avons opté pour la protestation politique postélectorale, avec le souci constant de ne pas engager le peuple dans la rue. Parce que cela aurait valu au pouvoir de justifier le chaos économique, la prédation des ressources et le festival des détournements qui ont eu lieu avant, pendant et après les élections. Et nous y sommes, car aujourd'hui, le pays doit recommencer à négocier de nouveaux accords parce qu’il faut repartir de zéro. Quand le pouvoir dit que les caisses de l'Etat sont vides, je dis non! les caisses de l'Etat ont été vidées.

 

Maintenant, le Président de la République, en  violation de l'article 23 de la Constitution qui dit qu'il ne doit assumer aucune autre fonction que la sienne est président du comité de trésorerie, c'est-à-dire comptable public. Et lorsque vous êtes comptable public et que vous faites des dépenses non prévues et injustifiées, cela veut dire, en droit que vous êtes personnellement responsable des manquements dans la gestion des finances de l'Etat. Comme si cela ne suffisait pas, ce régime, en plus de la dissolution de la douane en 2005 dont on n’en voit pas le fruit, continue dans la violation des engagements internationaux de la RCA. C’est ainsi qu’en violation du Traité de l’ OHADA, le Président de la République a décidé de la dissolution de l'ensemble des conseils d'administration des sociétés publiques et parapubliques, et de la création de ce fameux conseil spécial de surveillance de redressement des entreprises et offices publics dont il est le Président. Cela veut dire en réalité que le seul M. François Bozizé est Président de la République, unique comptable public des ressources financières de l'Etat au niveau du Trésor Public, et en tant que Président du conseil de surveillance des entreprises et offices publics, il est aussi LE DIRIGEANT de l'ensemble des entreprises publiques et semi-publiques de l'Etat centrafricain. C'est-à-dire qu'en dehors des entreprises privées, il est le seul et premier responsable de l'ensemble de l’ensemble de la circulation fiduciaire dans ce pays, puisqu’il est le seul ordonnateur des dépenses publiques et semi-publiques.  Même Bokassa n'a pas fait cela.. Et nous n'accepterons pas cela. Nous allons initier des actions judiciaires pour dire qu'il y a violation d'un traité, étant donné qu'un traité dans la hiérarchie des normes est supérieur aux lois nationales. C'est un acte illégal. Et nous ne devons pas accepter l'illégalité car même sur le plan de l’éthique républicaine, un Président de la République en exercice ne saurait accepter d’être , même à titre temporaire, dirigeant de fait d’entreprises du secteur marchand.

 

LHRD: L’actualité c’est aussi la hausse des prix du carburant à la pompe. Comment appréciez-vous la gestion de cette crise par la gouvernement, notamment en ce qui concerne les mesures d’accompagnement ?

 

MZ: Vous savez, nous en sommes à la troisième augmentation des prix des produits pétroliers en Centrafrique. On nous dit que les prix sont ajustés par rapport aux cours internationaux, mais ce qu'on ne nous dit pas, c'est que quand les cours baissent, les prix ne baissent pas. C'est le premier point. Le deuxième point je crois qu'il faut dire la vérité aux centrafricains que le service de contrôle des prix a été démantelé. Il n'en y a plus en Centrafrique. Alors, si le gouvernement dit qu'on bloque les prix, qui va contrôler le blocage des prix et surtout qui va faire respecter le blocage des prix? Moi, j'appelle cela de la démagogie et des recettes d'apprentis sorciers. Je crois que la vérité dans notre pays, c'est que la gestion financière de l'Etat est mauvaise.

 

Je trouve quand même extrêmement curieux que le Président de la République se lève un jour et se rend compte vers la fin décembre 2011, après neuf ans à la tête de l'Etat, c'est-à-dire 12 mois X 9, ans soit 108 mois qu'il est à la tête de l'Etat, que l'ensemble des sociétés d'Etat sont en faillite et que ceux qui les gèrent ne le font pas selon les règles. Mais ce qu'il n'a pas dit, c'est que ces messieurs et dames qui dirigent ces entreprises publiques et semi-publiques ne se sont pas auto-nommés à la tête de ces entreprises et que les membres de leurs conseils d'administration  non plus ne se sont pas auto-nommés. Qui les a nommés? Comment ont-ils été nommés ? Comment ont-ils été choisis? Qui est responsable de tout ce gâchis si ce n’est l'autorité de nomination? Alors, maintenant, on nous sort cette histoire des prix qui en réalité n’est que le thermomètre. En économie, on dit que le niveau de prix reflète l’état de 'offre et de la demande. Si l’offre est limitée et que la demande est forte, évidemment le résultat, c'est la flambée des prix. Lorsque vous voulez bloquer la flambée des prix, c'est simple, vous développez une politique de l'offre.. Si cela est trop compliqué pour le gouvernement, mais au moins, lorsqu'ils prennent un arrêté ou un décret pour dire qu'ils ont bloqué les prix, qu'ils nous disent quelle est l'administration qui est chargée de vérifier, d'exécuter et de faire respecter ces décisions. Puisque je vous le dis que le service de contrôle des prix est démantelé depuis belle lurette. Je crois qu'on connait un bon maçon au pied du mur. La seule question qu'il faut poser à n'importe quel centrafricain, c'est de lui demander est-ce qu'il a le sentiment qu'en 2012, il vit mieux qu'en 2004 ou en 2005? Les centrafricains ne sont pas des enfants pour qu'on leur raconte continuellement des histoires. Tout le monde sait que la gestion financière, économique de ce pays est catastrophique comme viennent de le sanctionner le FMI et la Banque mondiale. Aujourd'hui, le gouvernement fait des pieds et des mains, cherche des médiations, implore des gens, lance des opérations de communication avec des hebdomadaires africains publiées à Paris pour demander aux gens vraiment de fermer les yeux sur leurs turpitudes et de continuer à les aider. Nous sommes même prêts à les aider dans cette démarche, mais que pour une fois, qu’il avoue aux centrafricains que oui, nous avons mal géré et nous souhaitons en tirer les leçons.

 

 

LHRD: Dix mois après les élections quelle est la santé politique du MLPC qui oscille entre une campagne de débauchage de ses militants et la réintégration du parti par les anciens comités de soutien à Patassé ?

 

MZ: Je vous remercie de m'avoir donné l'opportunité de me prononcer sur la santé du MLPC. Le MLPC se porte bien. Le MLPC est un parti politique et, comme dans d'autres partis politiques, l'adhésion est libre comme le départ du parti est libre. Il y a un certain nombre de camarades qui ont estimé en réalité que l'opposition est trop difficile à supporter, et qui ont décidé sous des prétextes divers de sortir de cette situation de difficultés de vie quotidienne, ce que je comprends. Et c'est leur liberté. Je ne suis pas un procureur, et comme je vous le disais au début de cet entretien, dès l’instant où nous sommes en démocratie et que chacun est libre de faire ses choix, il faut les laisser prendre la décision qu'ils estiment être la meilleure pour eux, après l’analyse personnelle qu'ils font d'une situation donnée. Donc, je respecte la décision de ceux qui, pour une raison ou une autre, ont décidé d’aller vers des pâturages plus verts. Vous êtes centrafricains, vous avez suivi ce qui est arrivé au MLPC dans les années 2006-2007 et qui sont des phénomènes que j'allais dire normaux. En effet, dans tout parti politique, qui a exercé le pouvoir de l’Etat,  lorsque vous perdez le pouvoir, il y a des mouvements divers. Nous nous sommes beaucoup battus pour préserver l'unité du parti, et cela a été très difficile mais malgré les vents violents et contraires, le gros de nos militants est en place. En effet, dans un premier temps , après les élections de 2005, et surtout après 2006,  il y a eu des camarades qui ont démissionnés formellement du MLPC puis ils ont suivi Feu le président Patassé lors des dernières élections.

 

Après les élections, et la situation qui a été créée par les fraudes organisées par Elie Ouéfio et le staff du KNK et  avalisée par Bozizé lui-même, nous nous sommes retrouvés devant une nouvelle situation politique. Je tiens ici, une fois de plus, à remercier mon frère Gros Emile Raymond Nakombo, candidat à la dernière présidentielle pour le compte du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC), notre parti frère, frère dans le FARE-2011, frère dans le CFC, frère dans l'UFVN qui est venu me voir ici à la maison pour me dire : «dans la phase de la lutte où nous sommes, il faut aller vers l'unité. Comme a dit Mao, «c'est l'unicité des contraires», c'est lorsque vous ne vous entendez pas que vous allez vers l'unité». Je lui ai répondu sans hésiter que j'étais disponible. C’était comme cela qu'on s'était réconcilié avec feu le Président PATASSE le 4 février dernier devant tout le monde y compris la presse. A cette occasion, j'avais dit que je ne retomberai plus jamais dans les querelles intestines et improductives qui ont fragilisé la grande famille politique du MLPC. Parce que, ce qui s'est passé en janvier 2011, l'espérance du peuple qui a été trahie a été en partie possible à cause des divisions et des dissensions dans les grandes familles politiques. Donc, il faut avoir la lucidité et l'humilité surtout de tirer les leçons de ce qu'on a fait hier ou avant-hier et qui n'a pas marché. Comme le disent les Romains, «c'est humain de se tromper, mais il est diabolique de persévérer dans l'erreur». C'est pour cela qu'après les obsèques du Président Patassé et à mon retour après un long séjour en France pour des raisons privées, j'ai reçu une visite des camarades qui étaient dans ses comités de soutien et qui ont manifesté le besoin de revenir dans le parti. Ils ont organisé la cérémonie au quartier Fondo, dans le 5è arrondissement à laquelle ils m'ont invité et je vous apprends qu'il y en aura d'autres, au quartier Sara, à Combattant dans d'autres lieux de Bangui et en province, etc. C'est toujours à la demande de ceux qui veulent revenir dans le parti que ces réunions de retour au Parti sont organisés. Car, l'adhésion dans le parti est individuelle. Ce n'est pas qu'il y a eu une fusion entre deux groupes juridiquement constitués, ce sont des militants qui appartenaient aux comités de soutien qui, individuellement, ont pris la décision de réintégrer le parti.

 

Pour répondre à toute votre question, effectivement,  il y a eu des campagnes de débauchage dans les rangs du MLPC comme vous l'avez dit, et tout le monde sait que cela est orchestré par le pouvoir. Au MLPC, nous sommes conscients que l’objectif du pouvoir en place depuis le 15 mars 2003, ce n' était pas seulement de prendre le pouvoir entre les mains du Président Patassé, mais de détruire le MLPC comme force politique. Et pas seulement le MLPC, mais l'ensemble des forces politiques de l'opposition. Le vrai problème, c'est qu'il s'agit d'une démarche délibérée et anti-démocratique. Donc, aujourd'hui, c'est le MLPC qui est visé, avec la même technique c'est-à-dire on regarde dans le parti, ceux  qui sont les moins susceptibles de supporter les difficultés de la vie de l'opposition, ils sont cooptés et nommés à des fonctions périphériques puis utilisés contre le parti :nous connaissons bien ce jeu  et nous n'en sommes pas dupes. C'est ce que vous voyez aujourd'hui, et demain il y’ en aura d'autres parce que cette démarche de tentative de fragilisation des partis politiques continue. Mais, comme Dieu est là pour tout le monde, à côté de ceux qui organisent, financent, orchestrent, investissent dans les campagnes de débauchage contre le MLPC, il y a d'autres centrafricains qui décident plutôt de revenir dans le parti. C'est aussi parce que Dieu est merveilleux que tout s'équilibre. Comme disait Lavoisier, «rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme».

 

LHRD: En 2011, la rentrée politique du MLPC avait été interdite par le pouvoir, cela vous oblige-t-il désormais à organiser vos rentrées politiques subrepticement ?

 

MZ: Je tiens à dire que notre rentrée politique a été interdite par la seule volonté de François Bozizé. Je avais dit que nous avions eu une réunion avec le ministre de l'administration du territoire, qui était assisté du ministre de la justice, porte-parole du gouvernement et une délégation du MLPC, comprenant le premier vice-président du parti, Edouard Koyambonou qui s'occupe des affaires politiques et le camarade Mazette qui s'occupe des organes du parti, conduite par moi-même. Et lors de cette réunion, nous étions arrivés à la conclusion que nous pouvons faire cette rentrée politique sur notre terrain privé, à savoir la place Marabéna. Ce terrain est une propriété privée du MLPC dont nous avons le titre foncier au nom du parti. Donc, comme cela nous a été interdit, nous allons porter plainte devant les juridictions, quitte à ce que les tribunaux nous disent que le pouvoir a raison, mais l'histoire d'un pays s'écrit comme ça. Il faut qu'il y’ ait des traces écrites de cette forfaiture, de ce fait du prince privatif de liberté. Nous continuerons nos activités, parce qu’après cette phase de réconciliation, nous allons lancer la restructuration du parti dans tout Bangui et Bimbo et après à l'intérieur du pays. Nous devons faire notre congrès vers la fin de l'année, si nous ne pouvons pas le faire à la fin de l'année parce que la réconciliation n'est pas encore terminée, nous le ferons l'année prochaine. Et nous continuerons à nous réunir dans le respect de la réglementation. Mais, il faut nous préciser quelle réglementation ? Parce qu'ils disent y compris le Président de la République que nous n'avons pas respecté la loi, mais ils n'ont pas dit quelle loi nous n'avons respecté. Parce qu'en réalité, il n'existe aucune réglementation en matière d'organisation des meetings d'un parti politique, lorsque cela ne se fait pas dans un lieu public. Même s'ils évoquent la loi française de 1901, elle parle des associations et non des partis politiques. Donc, une fois de plus, chaque jour que Dieu fait, ce régime prouve que pour eux, la loi est comme une camisole de forces dont ils veulent se défaire. Quand c’est eux qui qu'ils veulent faire des manifestations, il n'y a pas la loi ni d’autorisation à demander. Les élections ont eu lieu en 2011, jusqu'aujourd'hui devant le Palais de sport, vous voyez toujours les affiches électorales du KNK. Mais, si le MLPC avait collé même au portail de son siège des documents électoraux ou affiches électorales jusqu'aujourd'hui, qu'est ce qu’on n’aurait pas dit? Que nous voulions déstabiliser l'Etat! Voyez bien aujourd'hui dans ce pays, nous sommes devant un pouvoir qui n'apporte rien sur le plan du bien être aux centrafricains, mais qui veut par la force s'imposer à tous comme un parti unique en réalité. Mais, comme Dieu fait bien les choses, voyez-vous l'état dans lequel se trouve le KNK. Parce qu'ils ne sont pas des démocrates, ils ne croient qu'à la force y compris dans leur propre parti et ils se tapent dessus, parce que celui qui est fort tape sur l'autre.  D’ailleurs ils se tapent dessus à tel point qu’un membre du Haut Conseil de la Communication, pourtant astreint au devoir de réserve, se croit obligé de produire des articles de presse pour les conseiller. C’est le retour au Parti-Etat? Donc, nous sommes devant cette situation. Avec cet état d'esprit au KNK, où la ni la tolérance ni sérénité n’existent, comment pensez-vous qu’ils peuvent supporter la contradiction inhérente à toute société multipartite, et plus encore, apporter le bien être à tout un peuple qui est par définition divers?

 

LHRD: A en croire un communiqué gouvernemental, le pouvoir semble ne pas vouloir recevoir de leçons du MLPC. Sur la base d’un tel rapport, comment entendez-vous faire aboutir vos contributions pour la reconstruction du pays ?

 

MZ: Vous savez que je suis de mère tchadienne. Mes cousins les tchadiens ont un proverbe très amusant et instructif qui dit «si vous passez dans la rue et que vous voyez des gens jeter des pierres sur un arbre, c'est que l'arbre a des fruits». Donc, si vous voyez le gouvernement, le Président de la République en tête se mobiliser pour essayer de débaucher des gens dans le MLPC, pour vilipender le MLPC, c'est parce que lorsqu'ils dorment la nuit et qu'ils se réveillent en sursaut, ils pensent que le MLPC est dans leur dos. C'est comme l'œil de Caïen dans la Bible. Donc, nous allons continuer dans le respect de la loi et dans le respect aussi dû à nos compatriotes. Nous allons continuer à faire notre travail de parti d'opposition et à dénoncer tous les errements du régime. Mais, j'espère au moins quand ils étaient dans la rébellion et qu'ils cherchaient à prendre le pouvoir, ils ne s'étaient pas imaginés que l'exercice du pouvoir est un dîner de gala.  Le même droit qu'ils s'étaient arrogés de critiquer vertement hier existe aujourd'hui, et existera demain pour tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans un pouvoir quel qu’il soit. C'est pour dire qu'il faut que chacun fasse son travail: eux, ils gouvernent et nous, nous faisons notre travail d'opposants.

Je voudrais aussi rappeler à ceux qui disent au MLPC de ne pas parler que le 15 mars 2003, quand ils entraient à Bangui, il y avait l'eau et l'électricité partout dans Bangui. Neuf ans après, la moitié de Bangui est dans l'obscurité et 3/4 de la ville n'ont pas d'eau. Pour cela au moins, il faut qu'ils s'en rendent compte que ce n'est pas le MLPC qui les a empêcher de mettre l'eau et l'électricité dans la ville. Et pendant tout le régime du MLPC, y compris pendant les mutineries, il n'y a jamais eu de ponts ou de routes cassés à Bangui. Et je crois que ce sont au moins des faits dont on peut en parler sans polémique.

LHRD: Malgré la promesse faite par le Premier Ministre à son retour de la Table Ronde de Bruxelles selon laquelle le gouvernement devrait enregistrer l’ensemble des engagements chiffrés des partenaires dans trois mois, à ce jour le financement du DSRP II pose toujours problème. Comment justifier cela ?

MZ: De manière historiquement précise, avant la Table Ronde de Bruxelles, il avait été expliqué aux centrafricains, qu'il fallait que Bozizé gagne les élections, parce qu'après les élections, il y avait la Table Ronde de Bruxelles et que la communauté internationale allait donner 1 000 milliards F. CFA à la RCA pour amorcer son développement. Ce n'est pas moi qui l'ai inventé, je l'ai entendu de mes propres oreilles de la bouche du chef de l'Etat et du porte-parole du gouvernement à l'époque qui d'ailleurs, depuis lors s'est tu. Et lorsque cette équipée bruxelloise a eu lieu, à leur retour, c'est un membre du gouvernement qui a dit qu'ils ont eu 400 milliards F. CFA et le Premier ministre qui est un mathématicien et donc qui sait compter a dit que ces chiffres ne l'engagent pas du tout et qu'il allait faire une conférence de presse ou une communication plus tard pour dire en réalité ce qu’ils ont engrangé de Bruxelles. Comme je le dis, le Premier Ministre est un mathématicien qui sait compter, s'il n'a rien dit, c'est qu'il n'a rien engrangé. Pour cela, ayons l'honnêteté de lui reconnaître que lui au moins ne raconte pas d'histoire. Puisqu'ils n'ont rien dit, c'est qu'il n'y a rien.

J'étais invité au mois de novembre dernier à Tanger au Maroc pour participer à une conférence internationale organisée par un think-tank qui s'appelle Amadéus, où j'ai participé à un panel de débats et où la question était: quels bénéficies peuvent tirer les pays africains de leurs relations économiques avec la Chine? Au cours de ce débat où participaient des responsables politiques chinois, des africains, des conseillers, des ministres, etc., j'ai dit que la question est mal posée. Lorsque vous êtes dans une situation et que vous vous demandez, qu'est-ce que je peux avoir de l'autre, vous posez déjà mal le problème. La question est de savoir quels sont mes besoins. Il faudrait d’abord avoir une idée claire de son propre devenir, et c'est ce qu'on appelle avoir de la vision de son propre sort et de son devenir. C’est à partir de ce moment qu’au vu de vos objectifs principaux et intermédiaires à atteindre, vous vous asseyez lucidement avec les partenaires pour voir avec qui je peux faire telle ou telle chose pour l'atteinte de mes objectifs. Cette question, elle est stratégique, Vous pouvez l'appeler comme vous voulez, mais dans la démarche d'un gouvernement, il faut qu'il y ait une vision et avec cette vision, nous devons dire nous, avec notre peuple, qu'est-ce que nous devons faire avant de commencer à dire qu'il faut aller à Bruxelles, à Tokyo ou à Pékin, et qu'on va nous donner l'argent pour venir faire le bonheur de la RCA. Ce n'est pas vrai. Je ne suis pas une référence internationale en matière d'économie de développement, mais vous me permettrez de dire quand même que j'en sais un peu quelque chose. Et que je peux vous dire que notre grand problème est celui d'avoir une vision auto-générée et autogérée de notre propre développement. Peut-être que le MLPC a aussi commis cette erreur de toujours faire croire à la population que notre bonheur viendra de l'extérieur. Or, jamais, notre bonheur ne viendra de l'extérieur. Je suis social-démocrate, ma vision est que c'est nous qui ferons le bonheur de notre pays par un travail intelligent, une organisation et une gestion rigoureuses de tout ce que nous pouvons avoir comme opportunité dans le pays et toujours, penser à une répartition automatique de la richesse nationale. Lorsque vous vous sentez concernés par quelque chose, vous pouvez accepter de transpirer et même de mourir pour cela. Si non, c'est comme de l'eau sur la plume d'un canard. Comme je le disais, demandez au centrafricain, est-ce qu'il a le sentiment qu'il vit mieux qu'il y a dix, vingt, trente ans? Est-ce qu'il a le sentiment que ses enfants sont mieux éduqués, mieux soignés? Nous avons aussi un problème, nous manquons de sérénité et plus particulièrement ce régime. Ils vivent dans une peur perpétuelle de leurs propres compatriotes au point d'être agressifs. Et comme ils sont agressifs, ils excluent toutes les voix qui sont discordantes, mais qui ne sont en rien hostiles au pays. Donc, la question du DSRP II ne donnera  à on avis pas grand-chose parce que c'est une projection de développement qui s'appuie en totalité sur des partenaires extérieurs, c'est-à-dire qu'on a délégué à l'extérieur, la tâche de développer notre pays alors que ces financements extérieurs sont constamment soumis à des conditionnalités, donc aléatoires.  Cela ne marchera jamais comme nous le souhaitons et come c’est conçu Je crois que le régime a intérêt à être lucide pour arrêter à se mentir à lui-même et à mentir aux centrafricains. C'est cela mon mot de la fin.

LHRD: Monsieur le président, je vous remercie.

 

 

Interview réalisée par Sylvestre Krock

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview
2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 00:56

 

 

 

Boz au sport

 

1er Février 2012 - 12:43

“L’offensive militaire lancée contre les positions des rebelles de Baba Ladé a également causé des victimes civiles. Des hélicoptères de combat tchadiens ont participé aux opérations de l’armée centrafricaine et ont bombardé de manière indiscriminée. Et ce n’est pas tout : lors de leurs perquisitions, les soldats ont commis des abus dans les villages et ce jusque dans la ville de Kaga-Bandoro. Sous le prétexte qu’ils soutiennent les rebelles, des civils sont emmenés, torturés et assassinés”, s’insurge l’évêque de Kaga-Bandoro, Mgr Albert Vanbuel, interrogé par la MISNA sur les atteintes aux droits de l’homme commises dans le nord du Centrafrique.

“Les rebelles sous commandement de Baba Ladé (ou Laddé) sévissent dans mon diocèse depuis deux ou trois ans. Depuis lors, ils causent de grandes souffrances à notre population, volent le bétail et rackettent les éleveurs.  Notre situation est difficile et devait être résolue. Mais pas par la guerre”.

Le 8 janvier dernier, les émissaires de la Conférence épiscopale centrafricaine avaient appelé le président François Bozizé à résoudre le problème de l’insécurité dans la région de Kaga-Bandoro, dénonçant la terrible situation sanitaire et de l’enseignement ainsi que la corruption diffuse. Quelques jours plus tard, le gouvernement avait alors décidé de lancer une vaste offensive militaire en collaboration avec le président tchadien Idriss Deby Itno, dans la mesure où le rebelle Baba Ladé est un ressortissant tchadien réfugié en Centrafrique.

“La situation est très grave et j’espère que nous retrouverons bientôt la paix et que les abus des militaires cesseront”, déclare Mgr Vanbuel à la MISNA. Aucun bilan officiel des victimes civiles causées par les bombardements de l’armée ni aucune liste des arrestations arbitraires perpétrées par les soldats centrafricains et tchadiens dans le diocèse de Kaga-Bandoro n’ont encore été rendus publics.

© 2012 MISNA - Missionary International Service News Agency Srl - All Right Reserved.

Partager cet article
Repost0
Centrafrique-Presse.com - dans Interview