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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 15:12

 

 

 

bozizebangui

 

Le Nouvel Observateur 28-12-2012 à 13h14

 

 

Roland Marchal est chercheur au CNRS et spécialiste de la Centrafrique.

 

Vous étiez dans la capitale de la République centrafricaine (RCA), Bangui, la semaine dernière. Dans quelle situation se trouvait alors le pays ?

 

- La Centrafrique est aujourd'hui dans une phase de très grand immobilisme, et ce ralentissement a débuté bien avant la réélection de François Bozizé en 2011. Les accords de paix qui ont eu lieu en 2008 auraient théoriquement dû avoir pour conséquence la formation d'un gouvernement d'union nationale en 2009. Mais la Centrafrique s'est retrouvé avec une majorité présidentielle à la tête de l'Etat.

 

Sur le terrain, il y a des zones, comme celle de Paoua (dans le Nord-Ouest), où la pacification semble relativement bien marcher. Mais à Bangui, où je suis resté, il y a de grosses inquiétudes liées à deux facteurs. D'un point de vue politique d'abord, le régime fait du surplace. On parlait d'un changement de Constitution pour créer un Sénat, mais tout le monde y voyait une volonté du président François Bozizé de faire sauter le verrou de la limitation à deux mandats pour pouvoir se représenter une troisième fois en 2016. Il y a aussi l'absence de véritable dialogue avec l'opposition légale, malgré les fortes pressions internationales, de l'ancien président du Burundi Pierre Buyoya, du président congolais Denis Sassou Nguesso, du président tchadien Idriss Deby lui-même qui avait poussé pour ce dialogue de façon très explicite. Dans le nord, on s'étonnait qu'aucun message politique ne soit adressé à ceux qui se révoltaient et de l'absence de volonté pour presser l'allure.


D'un point de vue économique ensuite, la situation est désespérante. Toute une série de réformes se font attendre pour normaliser les relations avec les investisseurs étrangers afin de restaurer la confiance dans les milieux d'affaires. En revanche, la prédation des élites gouvernantes fonctionne très bien.

 

L'offensive des rebelles, unis sous la bannière Séléka, est-elle liée à cette crise politique ?

 

- C'est difficile de l'affirmer, mais les rebelles étaient au fait de l'impopularité croissante de ce gouvernement où le meilleur et le pire se côtoient. La réforme de la Constitution aurait sans doute poussé les gens dans la rue malgré les menaces de répression sévère. Toute une série de clignotants étaient au rouge depuis le printemps. Le mois de décembre avec le début de la saison sèche a été propice aux actions militaires.

Qui sont les rebelles et que veulent-ils ?

- Les rebelles recrutent dans des fractions dissidentes de mouvements armés qu'on connait bien mais on ne sait pas dans quelles proportions. La victoire a poussé beaucoup d'hésitants à les rejoindre, y compris des gens qui avaient été démobilisés. On y trouve des hommes politiques dissidents, mais aussi des personnes qui sont à la tête de bandes militaires qui représentent plutôt une forme de banditisme social plutôt qu'un front de libération. Il y a cette hétérogénéité politique de personnes socialement en périphérie par rapport à l'Etat centrafricain. Le Nord a toujours été déconsidéré par les régimes politiques parce que ses habitants ne parlent pas la même langue et ne sont pas chrétiens.

 

En fait, le mouvement des rebelles est devenu surtout une coalition de tous les mécontents, une grande alliance anti-Bozizé avec des moyens qui surprennent : ils sont bien nourris, bien habillés, et ont visiblement de l'argent. Ils ne pillent pas n'importe comment et ne s'attaquent pas à la population ordinaire. En revanche il y a un grand doute sur ce qu'ils veulent et sur ce qu'ils peuvent faire.

 

On a du mal à imaginer que cette coalition puisse durer très longtemps si elle s'installait au pouvoir.

 

Vous exprimez votre étonnement quant aux moyens déployés par les rebelles. Qui les finance?

 

- On a l'impression que pour mener une opération pareille, il faut de l'argent, des centaines de millions d'euros. Qui peut payer ça ? Certainement pas les hauts fonctionnaires qui ont fait dissidence et qui revendiquent aujourd'hui la direction du mouvement. Ce sont soit des hommes d'affaires étrangers, soit des chefs d'Etats. Lesquels et dans quels buts ?

 

L'armée régulière est-elle en mesure de contrer la rébellion?

 

- L'armée a des moyens et pourrait très bien mener quelques contre-offensives. Le problème c'est le climat politique. Le chef d'Etat, lui-même militaire, craint qu'une partie des officiers supérieurs ne fomentent un coup d'Etat et hésite donc à leur donner des moyens supplémentaires qui pourraient favoriser une telle opération. La Centrafrique a donc une armée avec de très bons éléments marginalisés et d'autres envoyés au front sans véritable moyens militaires.

 

Les rebelles peuvent-ils vraiment faire tomber François Bozizé ?

 

- Ils ont dit ne pas vouloir le pouvoir. Mais tout dépendra de l'attitude des forces tchadiennes présentes à Bangui. Si elles restent inactives et indifférente à ce qui se passe, comme c'est le cas aujourd'hui, une bataille dans la ville gagnée par les rebelles, n'est pas exclue. Mais on n'en est pas encore là. Il n'est pas impossible non plus que d'autres Etats de la région envoient des renforts. On aboutirait alors à une situation beaucoup plus confuse que celle d'un face-à-face entre rebelles et gouvernement centrafricain.

 

Dans quelles mesures les forces tchadiennes restent passives ?

 

- Quand j'étais à Bangui, j'ai suivi la prise de la ville de N'Délé. Elle s'est déroulée sans que le contingent tchadien de la Micopax (Mission de consolidation de la paix en Centrafrique) présent sur place n'intervienne alors que son mandat le lui permet. Les hommes sont restés dans leurs baraquements, se sont tenus à l'écart des combats et ont constaté à la fin que les rebelles avaient pris la ville. J'ai interrogé un officiel tchadien sur la question qui m'a répondu : "Notre contingent n'est pas intervenu parce qu'il n'a pas reçu d'ordre."

 

Cette ambiguïté tchadienne et du président tchadien lui-même doit être levée. De leurs côtés, les rebelles disent vouloir négocier mais ils se comportent comme si ce n'était pas le cas. On est dans un moment d'hésitation des deux côtés.

 

Qui d'autres peut intervenir ?

 

- La République démocratique du Congo, le Burundi, le Cameroun, le Gabon. Mais l'indifférence des uns et l'ambiguïté des autres rend les choses peu claires.

 

Pourquoi la France a-t-elle été visée ? Y-a-t-il des enjeux français en Centrafrique ?

 

- Le fait que les Français soient pris à partie s'inscrit dans la grande tradition centrafricaine et coloniale. Quand il se passe quelque chose de négatif, c'est toujours lié à la puissance coloniale. Et puis le président François Bozizé est convaincu qu'il est victime d'un grand complot de l'extérieur. Les Français sont les boucs émissaires idéals car il y très peu d'ambassades occidentales. Seuls les Américains, l'Union européenne, et les Français sont présents dans ce pays.

Il n'y a aucun enjeu pour la France : Orange est en train de perdre de l'argent en RCA, Areva a fermé. On a quelques ressortissants et entreprises françaises, notamment dans le bois, mais ce n'est pas stratégique.

 

Propos recueillis par Sarah Diffalah le jeudi 27 décembre

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 11:41

 

 

 

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Binoua 2

 


Par Christophe Boisbouvier   RFI mercredi 26 décembre 2012

 

Les rebelles centrafricains de la Séléka se sont emparés de la ville de Kaga Bandoro mardi 25 décembre, à quelque 340 kilomètres au nord de Bangui. Désormais, ils font face aux unités tchadiennes déployées sur les deux axes qui mènent à la capitale, où siège le gouvernement président par le chef de l'Etat, François Bozizé. Réactions du ministre centrafricain de l'Administration du territoire, Josué Binoua.


RFI : Depuis quelques jours, l’armée tchadienne vient à votre rescousse. Quelque 200 hommes à Sibut et quelque 150 hommes à Bossangoa. Mais est-ce que ce n’est pas très inconfortable pour vous de devoir votre salut à une armée étrangère ?


Josué Binoua : Nous sommes dans une dynamique régionale. La Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) est une réalité. Dans les règlements intérieurs, un pays doit voler au secours de l’autre.


Selon plusieurs sources centrafricaines et internationales, les soldats tchadiens rackettent les populations civiles de Sibut et de Bossangoa. Quelle est votre réaction ?


Je n’ai pas de preuves. Mais si ces choses-là se passent, ça n’étonnera personne. Nous devons regretter qu’il y ait ce genre de problèmes avec la Séléka, et que des « dégâts collatéraux » puissent se produire en termes de racket ou de viol. C’est d’abord les rebelles de la Séléka qui le font, au vu et au su de tout le monde.


Je suis ministre de l’Administration du territoire. Aujourd’hui, mes préfets, mes sous-préfets, sont dans la brousse. Les rebelles de la Séléka ont saccagé toutes les municipalités. Il n’y a plus d’actes de naissance. Ils ont pris tous les matériels. C’est un génocide qui se prépare dans mon pays, et je fais appel à toute la communauté internationale pour voler à son secours.


Depuis plusieurs années, quelque 200 soldats français stationnent à l’aéroport de Bangui, au titre de la coopération militaire. Qu’est-ce que vous attendez d’eux ?


Nous attendons de la République française un secours ! Nous demandons à la communauté internationale, dont la France, naturellement, et au président Hollande en particulier, de voler au secours du peuple centrafricain.


A Bangui, l’état-major des FACAS (Forces armées centrafricaines) est conseillé notamment par quelques officiers français à la retraite, comme le général Pérez. Est-ce le signe que les officiers supérieurs centrafricains ne sont pas suffisamment expérimentés pour faire face à la menace rebelle ?


L’information selon laquelle c’est le général Pérez qui conseillerait les états-majors ne m’est pas parvenue ou n’a pas été rendue publique. Mais vous savez qu’il y a eu un divorce entre l’armée du pays et la population à cause des problèmes de mutinerie.


D’où la présence de ces conseillers militaires français ?


On a toujours eu des conseillers militaires français. Et il faudrait en avoir davantage pour renforcer les capacités de cette armée, qui est brave, mais qui souffre de tous ces problèmes.


José Binoua, êtes-vous prêt à signer un cessez-le-feu avec les rebelles ?


Le gouvernement est prêt, non seulement à signer un cessez-le-feu, mais à aller dialoguer avec les rebelles, avec l’opposition, pour l’avenir de notre pays.


Mais les rebelles refusent ce cessez-le-feu, car en échange vous leur demandez de se retirer sur leur position de départ.


Ce n’est pas nous qui demandons quoi que ce soit, c’est la décision de la CEEAC ! Lorsque nous étions à Ndjamena c’est ainsi que les chefs d’Etat ont décidé le dialogue éventuel à Libreville, avec cette condition-là. Le gouvernement centrafricain n’a posé aucune condition.


Ce qui veut dire que demain vous êtes prêt à proposer aux rebelles un cessez-le-feu, sans la condition d’un retrait sur leur position de départ ?


Les problèmes centrafricains actuels sont « managés » par le président Sassou Nguesso, qui est le président du comité de suivi, qui a été désigné à Ndjamena. C’est à lui de décider. Nous, nous ne ferons qu’appliquer la décision.


Mais comme vous êtes les premiers concernés, vous avez certainement un avis. Que conseillez-vous au président Sassou Nguesso ?


Nous conseillons au chef d’Etat trois choses. De constater le non-respect des décisions de CEEAC par la partie rebelle, de nous informer de leur position par rapport à ce non-respect et de nous aviser quant au dialogue à Libreville.


Voulez-vous dire que les accords de Ndjamena de vendredi 21 décembre sont déjà dépassés et qu’il faut refaire un sommet extraordinaire dans les jours qui viennent ?


L’évaluation de toute l’application des accords de Ndjamena va se faire vendredi à partir de minuit.


Ce ne sera pas déjà trop tard ?


Je ne le souhaite pas, pour l’intérêt de mon pays. Ce sont les chefs d’Etat qui ont décidé ce délai d’une semaine. C’est sûr qu’ils sont en train de s’y pencher. Nous sommes tous suspendus à leurs lèvres.


Si les rebelles réclament la mise en place d’un régime de transition, qu’est-ce que vous répondrez ?


Nous en discuterons. Tout ce qui va dans le sens de l’émergence de notre pays, aucun Centrafricain ne peut aller contre.


On prête au président Bozizé l’intention de vouloir se représenter à la prochaine élection présidentielle, malgré la Constitution actuelle qui l’en empêche. Si les rebelles vous demandent de ne pas toucher à cette Constitution, qu’est-ce que vous répondrez ?


Qu’aujourd’hui, ni le président de la République, ni son gouvernement, n’ont saisi l’Assemblée nationale pour une quelconque modification. Tout autre procédé relève d’un procès d’intention. Quelles sont les assises de monsieur Ndoutingaï et de tous ceux qui font partie de la Séléka ? Il est un dissident de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement, UFDR. Monsieur Dhaffane vient de créer un mouvement, ils n’ont qu’à le faire connaître, d’être, eux, candidats à l’élection présidentielle, et le peuple choisira !


Le porte-parole des rebelles, Eric Massi, est le fils de l’ancien opposant Charles Massi, que le Tchad a livré à la Centrafrique il y a trois ans. Depuis, il a disparu. Est-ce que vous ne craignez pas que le fils vous demande des comptes sur la mort de son père ?

Monsieur Massi, à ma connaissance, est porté disparu. Je ne sais pas qui l’a tué. Vous posez une question qui me dépasse. Mais enfin, nous ne pouvons pas bâtir notre pays avec un esprit de revanche.

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 01:50

 

 

 

 

 

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Roland Marchal

 

L’universitaire Rolland Marchal

 

Sonia Rolley : Rolland Marchal bonjour,  pourquoi est- ce que cette rébellion ressurgit aujourd’hui ?

 

Rolland Marchal : Il y a plusieurs réponses possibles. La première c’est le fait que le DDR, c’est à dire la mise en œuvre des accords de paix signés à Libreville traîne pas uniquement d’ailleurs à cause du gouvernement mais en particulier à cause du gouvernement. La deuxième chose c’est le sentiment que le pouvoir actuel s’est largement replié sur Bangui au cours des dernières années et n’a guère montré d’intérêt pour ce qui se passe en province et on a vu dans la facilité avec laquelle les Faca ont été défaites (les forces armées centrafricaines)

 

Le troisième point, il y a le sentiment que ce pouvoir est paradoxalement affaibli par sa propre victoire aux élections législatives et présidentielles de 2011, dans la mesure où le parti du président a tout pris et ou la population a marqué de plus en plus une forte distance avec le régime et disons une impopularité qui est réelle dans les couches populaires. Et puis peut-être dernier point, tout le monde a compris durant le printemps que le président Bozizé était un peu sale au niveau régional dans la mesure ses principaux appuis  notamment le président Sassou Nguesso et le président Déby, après lui avoir prodigué mois après mois des conseils, ont sans doute baissé les bras tellement ils étaient abattus par l’absence de réactivité de la présidence centrafricaine.

 

Sonia Rolley : Mais qui sont ces rebelles et on s’imagine que s’il y a une offensive c’est qu’il y a un soutien quelque part alors par qui sont-ils soutenus ?

 

Rolland Marchal : Alors ces rebelles initialement partent de fractions dissidentes, de groupes qui existent et qui sont signataires des accords de paix. Effectivement ils ont réussi à s’adjoindre des leaders qui avaient été en fait largement opposés au processus de négociations et aux des accords de paix même si aujourd’hui ils les revendiquent. Ces gens-là visiblement sont arrivés avec de l’argent et des équipements militaires, alors savoir si c’est leurs amis politiques ou une partie de la diaspora centrafricaine qui a payé ou s’il y a eu derrière des aides d’état ou comme on l’entend aussi, des alliances avec des grands commerçants donc cela, c’est quelque chose que l’histoire nous apprendra et c’est certainement une question qu’on peut se poser. Et de fait, ce qu’on a vu ce sont des groupes qui d’une part ont bénéficié d’armements conséquents et qui d’autre part n’étaient pas naïfs d’un point de vue militaire. L’opinion publique centrafricaine a été très choquée par des embuscades extrêmement sanglantes qui font que tout d’un coup, l’armée centrafricaine a perdu beaucoup de soldats qui ont été hachés menu par les rebelles.

 

S R : Est-ce qu’il y a une grogne au sein des forces armées centrafricaines ?  

 

R M : On a une armée qui est d’abord complètement démoralisée avec des officiers supérieurs qui sont vraiment plutôt en retrait, soit parce qu’ils font leurs petites affaires, soit parce que ce sont des officiers qui considèrent que l’armée est complètement bridée par les décisions politiques, par les alliances quelque fois un peu étranges du président lui-même et que dans ces conditions-là, se battre n’a pas grand sens.

 

S R : On a l’impression  que la Centrafrique, à vous entendre est un total vide sécuritaire !

 

R M : J’ai hélas peur que cela ne soit pas inexact. Sans doute une inquiétude des observateurs centrafricains et internationaux c’est que le président Bozizé, lorsqu’il est arrivé au pouvoir était à sans doute le mieux à même de régler ce problème, mais ce qu’on voit c’est  que dix ans après, on est dans une déliquescence qui est extrêmement inquiétante avec un état qui  fondamentalement, s’est rétracté sur la seule capitale et qui du coup laisse tout cet espace libre pour tous les aventuriers de quelque origine qu’ils soient.

 

S R : Pourquoi est-ce que la sous-région se mobilise alors pour soutenir François Bozizé ?

 

R M : La politique du pire, ce serait effectivement de laisser cette rébellion aller de l’avant et avec sans doute, parce que ce n’est pas un scénario absurde des combats à Bangui, je crois que tout le monde est convaincu qu’aujourd’hui, cette nouvelle constellation de rébellions n’est absolument pas une alternative crédible pour la sécurisation  de la Centrafrique. 

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 18:10

 

 

 

general-francois Yangouvonda Bozizé

 

 

jeudi, 20 décembre 2012

 

 

Les rebelles de la coalition Séléka menacent de renverser le président François Bozizé, en exigeant le respect des accords de paix signés en 2007. Après avoir fait tombé les villes de Ndélé, Bria et Kabo, les rebelles sont maintenant à 450 km de la capitale. La rébellion affirme être en mesure de prendre Bangui et demande au président tchadien, venu à la rescousse de François Bozizé, de "revenir à la raison" et de servir de médiateur. Afrikarabia a interviewé Jean-Paul Bagaza, porte-parole de la coalition en France.

- Afrikarabia : Quelles sont les revendications de votre coalition ?


- Jean-Paul Bagaza : Nous souhaitons simplement que le président Bozizé respecte les accords signés à Libreville en 2007. Il y avait deux points essentiels : le désarmement et l'insertion dans l'armée centrafricaine de tous les anciens belligérants. Nous souhaitons maintenant insérer dans cette négociation de nouveaux éléments,  comme l'instauration de la démocratie, le respect des droits de l'homme ainsi que le respect de notre constitution. Le président Bozizé a l'intention de modifier la constitution afin de pouvoir se représenter en 2016.


- Afrikarabia : Est-ce que vous demandez le départ de François Bozizé du pouvoir ?


- Jean-Paul Bagaza : Pour le moment nous ne demandons pas son départ. Ce n'est pas l'objectif de la rébellion. L'objectif de notre rébellion est le respect des accords de 2007. Il y a un mois, le président Idriss Déby du Tchad avait lui-même appelé François Bozizé à rassembler toutes les forces politiques du pays, mais il n'en a rien fait. Au lieu de tenir ses engagements, le président Bozizé a simplement procédé au débauchage de certains leaders rebelles. Il les a payé en oubliant les troupes… Et ce que nous vivons aujourd'hui, ce sont les conséquences de cette non-application des accords de 2007. François Bozizé ne tient pas parole.


- Afrikarabia : Le président Bozizé a demandé l'aide militaire du Tchad. Pour quelles raisons ?


- Jean-Paul Bagaza : Le président Idriss Déby a été mal informé par le président Bozizé. François Bozizé lui a menti en expliquant que la rébellion, qui sévit en Centrafrique, est une rébellion "de la France" et "de François Hollande". Bozizé a dit à Déby que la France voulait le renverser et que le régime tchadien serait ensuite le prochain sur la liste à tomber. C'est ce qui a précipité la décision d'Idriss Déby à dépêcher une centaine de chars afin de nous empêcher d'avancer vers Bangui. Nous avons donc demandé au président Déby de revenir à la raison et nous l'avons même sollicité pour devenir médiateur dans cette affaire. Nous lui avons expliqué que la France ne nous soutient pas et que nous sommes une rébellion interne à la Centrafrique. Comme en 2010, Bozizé essaie de sauver son régime avec une intervention tchadienne, mais aujourd'hui, la donne a changé.


- Afrikarabia : La population soutient-elle votre rébellion ?


- Jean-Paul Bagaza : La population centrafricaine ne veut plus de Bozizé. C'est quelqu'un qui ne voit que son intérêt personnel et celui de son camp. Aujourd'hui, notre rébellion est soutenue par la population centrafricaine.


- Afrikarabia : A combien de kilomètres de la capitale se trouve votre rébellion et quelles sont vos chances d'arriver jusqu'à Bangui ?


- Jean-Paul Bagaza : Nos hommes sont à environ 450 km de Bangui. Mais à l'heure où je vous parle (20h mercredi 19 décembre, ndlr), nos hommes ont déjà infiltré la capitale. Il y a eu des tirs d'armes automatiques au niveau de l'aéroport. Il faut bien constater que l'armée centrafricaine (FACA, ndlr) n'existe pas. Il faut savoir aussi que depuis 2003, ce sont les forces tchadiennes qui constituent la garde rapprochée du président Bozizé. 


- Afrikarabia : Est-ce que selon vous, François Bozizé contrôle toujours la situation dans la capitale ?



- Jean-Paul Bagaza : Bozizé n'a plus le contrôle de la capitale. Son propre chef d'Etat major a fui. Bozizé avait fait ses valises et voulait se réfugier à Ndjamena, avant l'intervention de l'armée tchadienne. A Bangui, c'est la panique totale. Tout le monde sait que Bozizé va tomber. Même les FACA disent qu'ils ne mourront pas pour quelqu'un qui ne tient pas compte de leur situation sociale. Certaines villes sont tombées sans résistance. Pour preuve, la rébellion n'a perdu aucun homme sur le terrain. Côté gouvernemental, il y a eu 14 morts et nous avons fait une centaine de prisonniers.


Propos recueillis par Christophe RIGAUD – Afrikarabia

 

http://afrikarabia2.blogs.courrierinternational.com/archive/2012/12/20/centrafrique-rca-les-rebelles-peuvent-ils-renverser-bozize.html

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 01:39

 

 

 

couverture Afrique Education interview MZ

 

 

AFRIQUE EDUCATION Numéro 359 – du 1er au 15 décembre 2012  

CENTRAFRIQUE

Martin Ziguelé parle

Propos recueillis par Jean Paul Tédga

 

Fraudes électorales, installation d’une dynastie Bozizé au pouvoir, insécurité sur tout le territoire, Assemblée nationale monocolore, opposition victime de brimade, mal-gouvernance, politique africaine de François Hollande, Françafrique, etc.

S’il y avait une élection présidentielle aujourd’hui en RCA, Martin Ziguelé aurait de fortes chances de la gagner.

 

AFRIQUEDUCATION : Vous avez assisté au Congrès du parti socialiste français, à Toulouse, fin octobre. Après avoir écouté les discours prononcés par François Hollande à Dakar et à Kinshasa, sur ce qui va être la politique africaine de la France, sous son quinquennat, que ressentez-vous en tant chef de l’opposition centrafricaine et quel commentaire faites-vous ?


Martin Ziguélé : Il faut d’abord rappeler que la France a des relations anciennes, solides et multiformes avec les pays africains, consolidées pour beaucoup d’entre eux, par le partage d’une même langue et d’une même histoire. C’est pour ces différentes raisons que tout changement de pouvoir, en France, est ausculté à la loupe par tous les décideurs en Afrique, même s’ils n’en laissent rien paraître officiellement. Je pense que, nous, Africains, de l’opposition démocratique comme du pouvoir, devons-nous réjouir du nouveau discours politique en France. En effet, à ma connaissance, tous les chefs d’Etat africains, aussi bien, que leurs opposants, affirment tous les jours, et encore plus, pendant nos campagnes électorales, qu’ils veulent construire des états de droit, promouvoir la bonne gouvernance, défendre et faire respecter les libertés individuelles et collectives, etc. Je pense que c’est le même discours que le parti socialiste tient depuis toujours, et encore fin octobre dernier, au Congrès de Toulouse, que le candidat Hollande a tenu pendant sa campagne, et que le président Hollande a tenu, à Dakar et à Kinshasa. Cela dit, j’ai beaucoup apprécié le courage politique dont a fait montre le président François Hollande pour avoir exprimé, aussi bien, à Dakar qu’à Kinshasa, sa croyance aux valeurs et idéaux que partagent les sociaux-démocrates et les forces de progrès. Je ne m’attendais pas à moins. Mon seul souhait est que cette ligne politique soit traduite en actes, et qu’elle soit tenue dans la durée.

 

On note une volonté du président français de mettre fin à la Françafrique, ce qui entraîne des réactions de colère et de repli sur soi venant de certains chefs d’Etat africains. D’aucuns souhaitent même se coaliser pour faire bloc contre François Hollande. Le président français est-il sur la bonne voie ? Que faites-vous, opposants africains, pour l’aider à tenir bon ?


La Françafrique est décriée depuis de très longues années, et c’est bien l’Afrique et les peuples africains qui en paient le plus grand prix, en matière de corruption, de violences politiques et de mauvaise gouvernance. Tout Africain responsable ne peut que souhaiter la fin d’un système opaque et désuet. Tous les démocrates africains, qu’ils soient du pouvoir ou dans l’opposition, souhaitent la fin de la Françafrique parce que c’est un système indéfendable politiquement, économiquement et moralement. Nous luttons, tous, pour l’avènement de nouvelles relations d’amitié sincère et de vrai partenariat mutuellement réciproque entre la France et l’Afrique. Les réactions de certains chefs d’Etat auxquelles vous faites allusion, à supposer qu’elles soient vraies, ne pourront pas prospérer car toute lutte victorieuse doit se fonder sur des causes justes. Enfin, pour ma part, c’est dans le cadre de l’Internationale Socialiste et des relations normales entre partis membres que mon parti, le MLPC (Mouvement de libération du peuple centrafricain) entretient des relations normales avec le PS français ainsi qu’avec d’autres partis frères africains notamment. Par conséquent, partageant le même crédo politique, notamment, sur l’Afrique, notre soutien politique et moral est acquis à cette nouvelle politique africaine. Il en est de même, je le crois, pour les autres partis progressistes africains.

 

Quand on vous a écouté à Toulouse, à la tribune du Congrès du parti socialiste, on s’est rendu compte, très vite, que la République centrafricaine allait très mal. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans votre pays ? Quelles sont les raisons qui vous poussent à être très inquiet ?

Je dis et répète que la République centrafricaine est dans une situation de blocage politique, née des élections frauduleuses de janvier 2011, doublée d’une insécurité généralisée et d’une mauvaise gouvernance sans précédent. L’exaspération de mes compatriotes est à son comble, du fait qu’ils sont convaincus que les autorités en place ont de fait démissionné et abandonné le pays comme une pirogue à la dérive. Les conséquences pour la population centrafricaine, aujourd’hui, sont la faim qui les tenaille au point que manger une fois par jour est un exploit, la dénutrition et la malnutrition surtout infantiles, les maladies et le piteux état des formations sanitaires et la corruption du personnel médical qui y sévit, les éruptions de violences provenant des multiples rébellions autochtones et allogènes, le racket et les exactions répétées des forces de défense et de sécurité sur les barrières illégales dressées à travers le territoire. Comment ne pas être inquiet devant la descente aux enfers de son propre pays, de sa patrie ?

 

Aujourd’hui, le FARE-2011 dont fait partie le MLPC ne reconnaît pas le pouvoir en place et souhaite l’annulation et la reprise des élections du 23 janvier 2011. Le pouvoir n’est pas de cet avis. N’y a-t-il pas de possibilités de dialoguer pour arriver à un compromis ? Pourquoi ce dialogue de sourds ? Pourquoi la situation est-elle bloquée ? Comment la décoincer ?


Comme je viens de l’affirmer, le blocage de la situation actuelle de notre pays résulte à n’en pas douter, des désastreuses élections de janvier et mars 2011, et du mépris constant du général Bozizé vis-à-vis des partis de l’opposition et leurs leaders. Lorsque les résultats d’élections sont frauduleux, et donc, non crédibles, celui qui s’en prévaudra n’aura aucune légitimité qui lui permettra de gouverner dans la paix et la quiétude. C’est malheureusement cette voie que le général Bozizé a choisie, en se faisant élire au premier tour dans des conditions opaques, et en cooptant dans une Assemblée dite nationale où aucun opposant n’est représenté, plusieurs membres de sa famille, aux côtés des membres de son parti. Cette première, depuis les élections multipartites de 1993 unanimement saluées à l’époque par la communauté internationale, ne pouvait que conduire le pays dans l’impasse puisqu’il est désormais clair que ce qui sous-tend la démarche de FrançoisBozizé est la confiscation et la conservation du pouvoir au profit d’un seul individu, sa famille et son parti. L’exigence formulée par l’opposition de voir les résultats des élections du 23 janvier 2011, être annulés et celles-ci reprises est une question de principe. Il s’agit de ne pas encourager la fraude électorale dans le pays à l’avenir en ne créant pas une jurisprudence de reconnaissance de la pseudo victoire du fraudeur d’élections et de s’accommoder avec son pouvoir illégitime. C’est plus d’un an seulement après, au mois de mai dernier et à la suite de nombreuses et diverses pressions que le général Bozizé a reconnu qu’il y a eu des irrégularités lors des dernières élections et accepté la nécessité d’un dialogue politique inter-centrafricain pour surmonter le blocage de la situation. Depuis lors, c’est le statu quo.

 

Si le président François Bozizé vous proposait de former un gouvernement d’union que vous dirigeriez en tant que chef de l’opposition, accepteriez-vous ? Si oui à quelles conditions ?


Tout parti politique a pour vocation de prendre le pouvoir et de l’exercer. Je suis président d’un parti politique qui a déjà accédé au pouvoir démocratiquement par des élections transparentes et crédibles et qui a donc eu par le passé à gérer le pays. Le combat que je mène à la tête de mon parti vise à accéder à nouveau démocratiquement au pouvoir, que le coup d’état du général Bozizé a ravi par la force, pour pouvoir rassembler les Centrafricains et mettre en œuvre le projet de société et le programme du MLPC. Cela est également vrai des autres partis politiques de l’opposition démocratique aux côtés desquels nous luttons. Actuellement, je pense que ce que les Centrafricains attendent de moi comme des autres responsables des partis de l’opposition, n’est point un replâtrage ou un colmatage des débris du gouvernement du général Bozizé dont le bilan catastrophique pour le pays n’est plus à démontrer.

 

A Toulouse, vous avez déclaré, je vous cite : « Toute manipulation visant à modifier les termes de notre constitution, en vue d’un troisième mandat à la tête du pays et de l’instauration d’une dynastie familiale, sera considérée comme un crime contre le peuple centrafricain ». Où avez-vous entendu parler de troisième mandat ou de dynastie familiale en RCA ? Le pouvoir vous accuse de lui faire un procès d’intention. Est-ce faux ?


Bientôt, cela fera dix ans que le général Bozizé qui a pris le pouvoir de la façon que l’on sait, est au pouvoir. Il n’a eu de cesse de poser des actes et prononcer des discours que la plupart des Centrafricains ont encore en mémoire et qui permettent d’avoir une certaine grille de lecture et un décodeur de son comportement politique. Il ne se cachera donc pas derrière son petit doigt et finira tôt ou tard par abattre ses cartes. L’opinion nationale et internationale verra bien de quel côté se trouve la vérité.

 

En tant que partis d’opposition, rencontrez-vous des contraintes dans l’exercice de votre activité ? Si oui lesquelles ?

Vous connaissez bien la situation dans laquelle se débattent la plupart des partis d’opposition en Afrique : la vie d’opposant n’y est pas un long fleuve tranquille et elle est surtout loin de ressembler à ce qu’on peut imaginer sur les autres continents. Les opposants africains sont généralement obligés de se battre contre des régimes autocratiques dont les tenants tiennent à conserver le pouvoir par tous les moyens et le plus longtemps possible. Le MLPC, mon parti, n’y échappe pas. Vous vous êtes aussi sans doute fait l’écho des tracasseries policières et les entraves à la liberté d’aller et venir dont j’ai parfois personnellement fait l’objet ainsi que Me Nicolas Tiangaye également leader d’un parti d’opposition, privé de passeport et empêché d’effectuer des déplacements dans le cadre de sa profession d’avocat. Je ne parle pas des interdictions de tenir des marches et autres meetings ou de faire une rentrée politique de nos partis. Ces activités pourtant garanties par la constitution sont assimilées et interprétées par le régime en place comme visant à troubler l’ordre public et sont systématiquement interdites. Je passe sur les menaces et fausses accusations de tentatives d’atteinte à la sûre-té de l’Etat régulièrement proférées par le pouvoir contre les leaders de l’opposition, et à plusieurs reprises contre moi. Tout cela pour tenter de vous saper le moral et vous faire perdre du temps et de l’énergie, c’est bien connu et de bonne guerre. Nous faisons avec.

 

Le président du Tchad a retiré le contingent qui assurait la protection rapprochée du président Bozizé fin octobre. Le président ougandais va retirer, également, l’unité de l’armée ougandaise qui est en RCA pour traquer Joseph Kony et sa bande. On parle du retrait des forces gabonaises en début de l’année prochaine. Tous ces différents retraits sont annoncés presqu’au même moment. Que cachent-ils ? Pourquoi abandonne-t-on subitement François Bozizé qu’on protégeait depuis des années ?


Les contingents faisant partie des forces de l’Afrique centrale (MICOPAX) sont dans notre pays dans le cadre des décisions communément prises par les Etats de la CEMAC, par solidarité avec la RCA en proie depuis fort longtemps à d’énormes et récurrents problèmes d’insécurité et pour le maintien de la paix dans la sous-région. Elles ont pré-vu se retirer de notre pays après dix années de présence. S’agissant des éléments tchadiens de la sécurité rapprochée de François Bozizé, seul ce dernier peut expliquer les raisons de leur départ, que j’ignore totalement.

 

Tous les pays de la CEMAC, enclavés ou non, sont producteurs de pétrole, sauf la RCA. Est-ce une anomalie géologique ou la volonté souveraine de votre président de ne pas se livrer à une telle activité ?


Plusieurs recherches et travaux de prospection ont montré qu’il y a du pétrole en abondante quantité dans plusieurs régions différentes du sous-sol centrafricain. Le gouvernement centrafricain a déclaré qu’un permis pétrolier a été octroyé aux Chinois sur une partie de l’ancien permis de M. Grynberg et cette entreprise est déjà à pied d’œuvre pour faire des forages exploratoires dans la zone de l’extrême Nord-Est du pays. Cependant, vous comprendrez aisément que l’exploitation du pétrole et même de toute autre activité minière dans un site à travers le territoire national exige aujourd’hui qu’un minimum de conditions de sécurité soit réuni dans le pays, ce qui est loin d’être le cas présentement. Or, l’insécurité généralisée qui règne dans l’arrière-pays ne permet point le déroulement des activités économiques et industrielles quelconques. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en septembre dernier, le site du groupe du géant du nucléaire français AREVA a été attaqué à Bakouma dans le Sud-Est de la RCA par des hommes armés inconnus. Cette fâcheuse situation, ajoutée à bien d’autres facteurs encore, a contraint ce groupe à suspendre pour une durée indéterminée sa présence à Bakouma.

 

L’opposition centrafricaine n’exerce pas un contrôle véritable sur l’exploitation des ressources du sous-sol centrafricain. Qu’est-ce qui vous en empêche ? L’exploitation de l’uranium, des diamants et même de la forêt, se fait de façon opaque. Le peuple centrafricain accuse l’opposition d’être complice. A-t-elle tort ?


Dans une démocratie, c’est dans le cadre de l’exercice des contre-pouvoirs - en l’occurrence le parlement - que l’on reconnaît à l’opposition que celle-ci peut parvenir à contrôler la gestion des affaires du pays et notamment l’exploitation des ressources naturelles telles que les richesses minières et forestières que vous citez et dont regorge effectivement la RCA. Dès lors où le pouvoir du général Bozizé a tout fait pour barrer la route de la représentation nationale à l’opposition lors des dernières élections législatives, l’Assemblée nationale, haut lieu de contrôle de l’action de l’exécutif, est actuellement une chambre monocolore. L’opposition n’a donc pas voix au chapitre actuellement dans ce pays. C’est cette grave et honteuse réalité qui doit être sue en dehors des frontières de la RCA. Le peuple ne peut nullement accuser l’opposition d’une quelconque complicité avec le pouvoir en place car il sait que l’opposition n’est pas à l’Assemblée nationale pour exercer quel -que contrôle que ce soit sur les revenus tirés de l’exploitation du sous-sol national. Vous comprenez donc les raisons fondamentales de notre exigence politique d’annulation et de reprise des élections que certains jugent superfétatoires. On ne peut nous demander de contrôler l’exécutif tout en déniant le droit d’être à l’Assemblée.

 

Les ministres Sylvain Ndoutingaï et Firmin Findiro, ont fui le pays, accusés d’avoir fomenté un coup d’état contre le président Bozizé. Confirmez-vous qu’ils voulaient déposer François Bozizé ou s’agit-il simplement d’une volonté du chef de l’Etat de dégager deux ministres qui l’empêchaient de tourner en rond paisiblement ?


Seules ces deux personnalités en question et le général Bozizé sont à même d’apporter les réponses à vos questions. Tout ce que je sais, est que ces deux personnes ont été bel et bien brutalement limogées du gouvernement. Le régime de Bangui n’a fourni aucune explication officielle sur le limogeage de ces deux piliers du pouvoir, ni donné les raisons de cette disgrâce.

 

Vous êtes président d’un grand parti, le MLPC, qui a dirigé la RCA (vous-même avez déjà été premier ministre). Comment réagissez-vous au refus de la RCA de soutenir le candidat Jean Ping présenté par le Gabon à la présidence de la Commission de l’Union africaine pour un deuxième mandat, alors que tous les pays membres de la CEEAC devaient s’aligner comme un seul homme derrière Ping?


Ni moi ni mon parti ne sommes actuellement aux affaires, par conséquent, je ne peux répondre valablement à votre question, ignorant les éléments d’appréciation et les tenants et aboutissants de ce dossier. Cela dit, force est de constater que la diplomatie du pouvoir en place à Bangui manque pour le moins de cohérence et obéit à des critères très alambiqués. A cela, il faut également ajouter que bien souvent, le gouvernement centrafricain actuel, faute d’être à jour dans le paiement des cotisations dues à certaines institutions internationales dont la RCA est membre, notre pays est souvent privé de vote ou même du droit à la parole ainsi que de certains avantages et privilèges accordés aux pays en situation régulière. Il est même déjà malheureusement arrivé que le gouvernement fasse appel à certains pays amis pour apurer certains impayés de cotisations, ce qui pose vous vous en doutez, un réel problème de souveraineté de notre pays car, comme chacun sait, qui paye commande.

 

Ali Bongo Ondimba a-t-il raison de retirer les troupes gabonaises à cause de cette trahison ?


Je rappelle une fois de plus que c’est depuis plus de dix ans que certains pays frères et voisins, dans le cadre de la solidarité au sein de la CEMAC d’abord, puis ultérieurement, de la CEEAC, ont accepté d’envoyer à Bangui des contingents de leurs forces armées avec l’appui logistique de la France, pour aider au retour de la paix et au renforcement de la sécurité dans le pays. Cette situation qui peut être comprise et défendue à un moment donné ne peut durer ad vitam aeternam. On ne peut s’accommoder durablement d’une situation censée être exceptionnelle et temporaire, devenir progressivement définitive. C’est au pouvoir en place de réunir les conditions nécessaires pour que les forces armées centrafricaines puissent assumer les responsabilités et les missions régaliennes qui fondent leur raison d’être à savoir, défendre l’intégrité du territoire et assurer la sécurité et la libre circulations des biens et des citoyens sur toute l’étendue du territoire national.

 

Vous êtes proches des socialistes actuellement au pouvoir. Le président de la RCA peine à se faire recevoir par François Hollande avec qui vous entretenez des relations depuis des années. Au nom de l’intérêt supérieur de la RCA, pourquoi n’intercédez-vous pas en sa faveur ?


Ce n’est pas mon rôle d’interférer dans les relations d’Etat à Etat, la diplomatie centrafricaine existe et fait son travail. Au demeurant, je n’ai pas entendu le gouvernement centrafricain se plaindre de ce que vous affirmez. Un problème qui ne se pose pas n’existe pas.

 

Vous êtes une alternative crédible en cas d’alternance en RCA. Quels moyens vous donnez-vous pour ne plus vous faire voler votre victoire la prochaine fois ?


Les moyens qu’un démocrate peut et doit se donner c’est-à-dire celle de la force du droit dans le cadre des lois et règlements de mon pays et le soutien et la vigilance de mes compatriotes. Nous venons d’adopter par consensus à l’issue de quatre ateliers avec l’appui de la communauté internationale, la création d’une Autorité nationale chargée de gérer les élections et un nouveau code électoral qui devrait régir désormais les élections en RCA répondant aux standards internationaux de nos jours, incluant des listes et cartes électorales biométriques et bien d’autres dispositions encore, afin que le désordre délibéré et les fraudes massives constatées et enregistrées lors de la mascarade électorale du 23 janvier 2011 ne soient plus qu’un mauvais souvenir.

 

Et pour conclure ?

Je reprendrai, à l’endroit de mon peuple et de mon pays que j’aime tant, la célèbre phrase de feu Sylvanius Olympio, premier président du Togo indépendant : « Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour se lève toujours ».

Je finis en appelant les Centrafricains à garder de l’espérance, même si le parcours tumultueux et les résultats décevants de notre pays n’y incitent pas. Nous continuons la lutte politique pour une alternance démocratique et dans la paix dans notre pays, pour que le Centrafricain retrouve justement des raisons d’espérer.

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 18:33

 

 

 

Martin ZIGUELE a accordé une longue interview à Afrique Éducation, qui paraît dans le numéro 359 daté du 1er au 15 décembre 2012

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 22:49

 

 

 

 

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20/11/2012 à 16h:00 Par Clarisse Juompan-Yakam Jeune Afrique

 

Catherine Bokassa, ex-première dame de Centrafrique, revient sur sa vie après le décès de son ex-mari, Jean-Bedel Bokassa.


Jeune Afrique : Si vous aviez à dresser votre autoportrait, que diriez-vous ?


Catherine Bokassa : Je suis née au Tchad d'un père centrafricain et d'une mère tchadienne. Je suis la troisième d'une fratrie de quinze enfants (de même père et de même mère). J'ai fait mes études primaires au Tchad et obtenu une bourse pour continuer mes études secondaires au lycée Pie-XII à Bangui. Je suis une simple grand-mère encore en bonne santé et qui revendique le droit à l'anonymat.


Et si vous deviez écrire vos Mémoires ?


Je décrirais ma vie de femme au foyer. J'ai beaucoup appris aux côtés du père de mes enfants car je me suis mariée très jeune, à 14 ans et demi. J'ai toujours apprécié le respect que m'accordait chaque Centrafricain malgré mon jeune âge. Et puis j'ai des souvenirs précis de toutes mes visites officielles.


Qu'avez-vous fait après le décès de votre époux ?


Mon principal soutien a été le président Omar Bongo Ondimba jusqu'à son décès, paix à son âme.


Je me suis retrouvée seule, malgré sa position d'homme d'État. J'ai rapidement pris la décision de rentrer vivre dans mon pays, la République centrafricaine. Je me suis lancée dans la culture des fleurs, ma passion, puis j'ai commencé une activité agricole. Depuis trois ans, j'ai une plantation de manioc de 15 ha et je vends les produits de l'exploitation aux particuliers. Mon principal soutien a été le président Omar Bongo Ondimba jusqu'à son décès, paix à son âme.


Les autres premières dames vous ont-elles manifesté leur solidarité ?


Je veux surtout évoquer la figure de Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, qui est ma mère, ma soeur et qui a beaucoup fait pour mes enfants et moi. Aujourd'hui encore, si on est loin l'une de l'autre, de temps en temps on se téléphone. Je n'ai jamais voulu en parler, mais je le fais aujourd'hui pour lui rendre hommage.

 

Décrivez-nous votre vie quotidienne...


Je fais du jardinage, je vais au village le week-end et j'adore faire la cuisine pour ma famille. Quand l'occasion se présente, je vais à Genève rendre visite à mes enfants et petits-enfants. Parfois je vais au Tchad pour voir mes oncles et mes tantes. J'ai aussi un projet qui me tient à coeur : la Fondation Catherine-Bokassa, que j'espère pouvoir mettre en oeuvre l'année prochaine. Je lance d'ailleurs un appel aux femmes et aux hommes de bonne volonté...


Qu'est-ce qui vous manque le plus ?


Voir ma famille réunie. Cela dit, je suis heureuse de voir que mes enfants commencent à découvrir leur pays, la République centrafricaine. Comme vous le savez, ils l'ont quitté très jeunes et ont grandi à l'étranger. Je regrette aussi qu'il n'y ait plus, dans le monde d'aujourd'hui, de grands hommes comme autrefois.


Vous tenez un journal intime depuis votre enfance. Allez-vous le publier ?


Pas pour le moment. 


Propos recueillis par Clarisse Juompan-Yakam


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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 01:41

 

 

 

 

 

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lien : www.lemlpc.net

 

 

 

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 13:50

 

 

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 22:42

 

 

 

 

 

Eric Mararv à Bangui



La société touristique et de chasse, CAWA Safari veut reprendre ses activités en dépit des peines que certaines personnalités avec en tête l’ancien ministre de la justice et ex-demi dieu Firmin Findiro par le truchement de son complice et frère Laurent Findiro qui était sous-préfet à Bakouma. Le responsable de CAWA Safari M. Erik Mararv, dans cette interview qu’il nous a accordée, a réitéré sa bonne volonté de continuer à lutter contre le chômage et la pauvreté dans la région de l’est de la République centrafricaine.


Centrafrique-Presse : M. Erik Mararv vous venez d’être acquitté pour insuffisance de preuves dans l’affaire du meurtre des 13 miniers à Bakouma après que le juge ait rendu son verdict. Quel en est votre point de vue ?


Erik Mararv :Je vous remercie. Je pense que ce qui s’est passé était très malheureux. Il est évident pour nous dans la société que le meurtre de ces jeunes dans un chantier illégal peut être commis uniqement par les rebelles de la LRA. Et pourtant, c’est nous qui avons été accusés mais nous qui avons travaillé durant plusieurs années en brousse, sachons pertinemment qu’il ne s’agit que d’un groupe rebelle qui pose de tels actes barbares et ignobles. C’est vrai que c’était injuste de nous avoir accusés mais puisque la justice a rendu son verdict et nous a acquittés, nous pensons revenir auprès de la population de cette zone pour qu’on puisse travailler main dans la main et aider la population dans certains domaines.


Cette affaire qui a pris une tournure diplomatique avec l’implication des gouvernements suédois et britannique a abouti à votre remise en liberté. Pensez-vous qu’il y a eu une pression de ces deux pays ?


C’est évidemment logique car même si je suis né en Centrafrique, j’ai la nationalité suédoise donc si des ressortissants suédois et anglais sont menacés ou alors inquiétés, les deux pays concernés doivent veiller à ce que les droits de ses citoyens soient respectés. Déjà, même quand on était accusé, beaucoup se disaient que c’est un scénario monté de toute pièce dans l’intérêt de nuire à notre société et notre renommée. Il ne faut jamais oublier que ce sont les fonctionnaires de CAWA Safari qui ont contribué aux enquêtes à commencer par la découverte des corps et qui ont ensuite averti les autorités locales. Mais je pense déjà que la justice a dit le droit, ce qui a été apprécié à sa juste valeur par les gouvernements suédois et britannique.


On disait aussi que c’est le ministre sortant de la justice qui avait tenu à vous inculper dans cette affaire pour protéger ses exploitations illégales des mines et des ivoires dans cette zone. Qu’en dites-vous ?


C’est effectivement ce que moi aussi j’ai entendu dire. Mais moi je n’ai rien contre personne et je ne veux d’ailleurs accuser personne. Tout ce que je voulais, c’est que la vérité puisse triompher et c’en est le cas donc particulièrement je puis vous dire que je n’ai rien contre l’ancien ministre.


Après votre remise en liberté, comptez-vous entreprendre des actions pour poursuivre aussi ceux ou celles qui vous ont accusé ?


Je ne le pense vraiment pas. Je suis né dans ce pays et j’y ai grandi et y ai même travaillé pendant plusieurs années. Ma mission c’est de contribuer au développement du pays et non de me venger et poursuivre des gens en justice non !


Vous avez passé exactement 5 mois et 12 jours en prison avant d’être relâché. Pensez-vous que vous allez reprendre vos activités à Bakouma ?


Bakouma est une ville dans laquelle nous avons travaillé plusieurs années durant. Donc ce sera impossible qu’on laisse tomber cette localité. Vous savez que la société AREVA est déjà partie de Bakouma et nous y serons la seule société encore active, histoire d’aider aussi la population. Déjà, nous avons mené des démarches auprès de certains partenaires européens et obtenir des projets pour la population donc je crois que nous avons encore beaucoup de choses à faire à Bakouma qui a souffert et qui souffre aussi des exactions de la LRA. Nous tenons vraiment reprendre nos activités malgré tout ce que nous avons enduré.

 

Et la destruction de vos matériels par la population ?


Je pense que ces gens ont été montés pour entrer en action. Nous avons évidemment perdu beaucoup de nos matériels mais je puis vous rassurer que ces gens ont été tout simplement manipulés par certaines autorités impliquées dans les exploitations de la mine illégale. Donc je n’ai rien à reprocher à la population en général.


Quel effet vos 5 mois de détention pourront avoir sur le tourisme en Centrafrique ?


Je pense que cela a un effet trés négatif car déjà le peu de touristes qui sont intéressés par la Centrafrique ont eu encore plus peur par ce qui s’y passe. Vous savez qu’il y a un problème d’insécurité et de bien d’autres donc honnêtement, je pense qu’il va falloir attendre un ou deux ans maintenant avec du calme pour que des touristes se ré-intéressent au coté est du pays.


Pour votre retour en activités, comment vont se passer les choses ?

 

Ce sera vraiment difficile car l’état des routes est vraiment déplorable. Donc ce retour s’annonce très dur étant donné que nous aurons d’abord la tâche de réaménager la zone avant de lancer réellement les activités mais je crois et j’espère qu’avec Dieu, nous nous en sortirons.


Propos recueillie à Bangui pour CAP

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