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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 21:25
Le dernier voyage de Camille Lepage
Le dernier voyage de Camille Lepage
Le dernier voyage de Camille Lepage
Le dernier voyage de Camille Lepage

 

Lu pour vous

 

https://www.nouvelobs.com 13 oct 2019 

 

« Camille », de Boris Lojkine (en salles le 16 octobre), retrace les derniers mois de la photoreporter Camille Lepage, cinq ans après son assassinat en Centrafrique. Le 22 septembre, le film était projeté, en avant-première, à Bangui. « L’Obs » y était.

 

Sur l’écran, un type brandit un énorme parpaing. C’est pour fracasser la tête d’un malheureux qui, une minute plus tôt, poussait des hurlements déchirants : « Je ne suis pas un musulman, je suis un Centrafricain. » Dans l’assistance fusent des cris d’effroi et des applaudissements. Des rires, aussi. Une famille se faufile dans la pénombre pour quitter les lieux. Une famille de musulmans, qui s’est soudain sentie mal devant cette scène de lynchage.

Bienvenue à Bangui, qu’on surnommait autrefois Bangui la Coquette, où les massacres, les pillages, les viols commis tout au long de l’année 2013 par les soudards plus ou moins musulmans de la Seleka ont laissé des traces terribles dans toutes les mémoires.

Bienvenue dans un pays meurtri, où les massacres, les pillages, les viols commis en représailles par des milices anti-balaka plus ou moins chrétiennes ont été sans pitié pour la Seleka et les citoyens soupçonnés de la soutenir.

Bienvenue en République centrafricaine, où la photoreporter Camille Lepage a trouvé la mort le 12 mai 2014, dans une embuscade, alors qu’elle accompagnait en brousse un gang anti-balaka couvert de grigris. Elle avait 26 ans.

Sous les étoiles

Le cinéma peut-il adoucir les mœurs ? Offrir une catharsis à des personnes qui ne vont jamais au cinéma, puisque celui qui se trouvait à Bangui « vers le kilomètre 5 » a été détruit pendant ce qu’on appelle pudiquement « les événements » ? Peut-il susciter de l’empathie pour le sort d’une jeune Française dans un pays où, résume un Centrafricain, « tout le monde meurt tout le temps » et où « les gens se sont entre-tués n’importe comment » ?

Il y avait de quoi se poser ce genre de questions lorsque « Camille », impeccable film de Boris Lojkine sur la tragique destinée de Camille Lepage, a été projeté en avant-première, fin septembre, sous les étoiles, devant 2 000 personnes, dans la cour de terre rouge de l’Alliance française de Bangui.

Aujourd’hui, le pays reste assez chaotique, et les rares avions d’Air France qui se posent ici stationnent juste le temps d’embarquer leurs passagers – le plein de kérosène et le nettoyage de l’appareil se font à Yaoundé, au Cameroun. Mais la situation est plus calme dans la capitale.

Sur ses avenues cabossées, les chars de la Minusca (ONU) et de l’Eufor (Force européenne) croisent les pick-up de l’armée centrafricaine, les 4x4 de Médecins sans Frontières, des minibus déglingués sur lesquels on lit « La jalousie c’est l’incapacité », des motos chargées de deux ou trois passagers, et des taxis jaunes en piteux état, pare-brise lézardés, qui proclament « Dieu vous bénisse » au niveau du pare-chocs arrière.

Rien à voir avec décembre 2013, quand Camille Lepage photographiait des cadavres mutilés le long de rues absolument désertes. Rien à voir avec janvier 2014, quand un chirurgien de MSF a vu arriver un homme qu’on avait lacéré à la machette, puis copieusement roulé dans le sable pour rendre ses plaies plus douloureuses encore.

Une atmosphère de kermesse

Tout cela semble loin, très loin. Il y a même autour des projections de « Camille » une irrésistible atmosphère de kermesse, où on discute très librement en buvant des bières Mocaf. Pourtant, chacun sait que la violence peut resurgir à tout moment, dans une ville où une grenade coûte 1 500 francs CFA (2,30 euros).

« Il y a des armes partout » est une phrase qui, dans les conversations, revient presque aussi fréquemment que « ça tire souvent au quartier PK5 » ou « il fait vraiment chaud aujourd’hui ». La Centrafrique est un pays magnifique dans un état épouvantable.

La première fois que Boris Lojkine a entendu parler de Camille Lepage, c’est quand sa mort a été annoncée, en mai 2014. Puis de nouveau en septembre, quand ses photos ont été exposées au festival Visa pour l’Image de Perpignan. Enfin, il a lu une interview où « elle disait ne pas vouloir être une journaliste de guerre, mais être proche des gens ». Ça lui a rappelé l’époque où, brillant normalien, il avait lui-même tout plaqué pour s’exiler au Vietnam, « avec une petite moto, comme Camille quand elle travaillait au Sud-Soudan, pour vivre près des habitants ».

Lojkine s’est décidé à aller voir la famille de Camille« Elle était morte depuis six mois, je ne faisais pas le fier. Mais j’ai rencontré des gens très intelligents. Maryvonne, sa mère, était très soucieuse qu’on ne dise pas que c’était une tête brûlée, et qu’on défende le photojournalisme. » Elle redoutait que sa fille se retrouve avec « un autre visage et une autre voix », mais son mari et son fils ont voté pour le projet de Lojkine, début 2015, contre celui d’une réalisatrice américaine qui avait posé d’emblée un contrat d’exclusivité sur la table.

Alors Maryvonne Lepage« ouvert son carnet d’adresses » au cinéaste de « Hope », et Lojkine a rencontré tous les proches de Camille, ceux d’Angers, ceux qui l’avaient connue au Soudan ou à Bangui, et « même ceux des journalistes qui n’étaient pas copains avec elle ». En 2016, quand il s’est rendu en Centrafrique, ce pays qu’elle a aimé jusqu’à lui donner sa vie, il a vite compris que tourner le film ailleurs n’aurait aucun sens.

Un tournage à haut risque

« C’était une situation un peu hors norme, explique Lojkine. Il n’y a aucune industrie cinématographique ici, et le pays reste fragile. Ça peut flamber très vite, un vrai risque pesait sur le tournage. Six mois avant, en mai 2018, l’attaque de l’église de Fatima a fait une vingtaine de morts, dont un prêtre. Du coup, une foule en colère a lynché deux musulmans, et Bangui est redevenue une ville morte pendant deux semaines, avec des checkpoints et des milices d’autodéfense partout. Puis, fin juillet, trois journalistes russes ont été tués – deux Français de mon équipe ont alors déclaré forfait. Si on avait été sérieux, on aurait prévu une alternative, au Cameroun ou en Côte d’Ivoire. Mais j’étais psychologiquement incapable d’envisager un plan B. »

Grâce au travail de fourmi accompli par Olivier Colin, l’énergique directeur de l’Alliance française, qui, accessoirement, propose de la choucroute à Camille dans le film, le tournage de « Camille » a pu avoir lieu à l’automne 2018. Il laisse un souvenir extraordinaire à ceux qui l’ont vécu.

Tous parlent de deux mois très intenses, pendant lesquels une petite dizaine de techniciens français ont travaillé main dans la main avec les jeunes Centrafricains que Lojkine, dans le cadre des Ateliers Varan, fondés en 1980 par Jean Rouch, forme depuis bientôt trois ans à la réalisation de films documentaires. Deux mois, pendant lesquels douze gendarmes, douze policiers et des membres de la Minusca ont su assurer la sécurité en se faisant presque oublier. Deux mois, avec 700 figurants et seconds rôles recrutés sur place parmi les gamins des rues, les motos-taxis, les commerçants, les étudiants. Des gens qui, dit l’un d’eux, ont « tous vécu bien pire que ce que montre le film ».

L’alchimie a eu lieu, ça s’imprime sur l’écran, mais ça n’a pas été si simple : « On ne trouvait personne pour jouer les Seleka et les anti-balaka, raconte par exemple Rafiki Fariala, un jovial rappeur de 22 ans qui a échappé à une tuerie de la Seleka quand il était au séminaire en 2013, a reçu trois balles d’anti-balaka lors d’une fusillade en 2016, et joue dans le film, où il a, également, officié comme assistant réalisateur. Les gens avaient peur qu’on les prenne pour de vrais miliciens, ou que des policiers utilisent un jour les images du film pour les arrêter. Moi-même, j’avais peur de jouer avec des grigris dans le quartier très sensible de Fatima, voisin du PK5. On a fait un casting à quelques mètres de la maison du chef de la Seleka, un homme très dangereux qui a fait tuer beaucoup de gens. » On sent qu’il a fallu beaucoup de patience, de pédagogie, de confiance.

 

La justesse de Nina Meurisse

Loin d’être une hagiographie univoque de son héroïne, ou un film de guerre bourré de clichés sur l’Afrique, « Camille » est un concentré d’émotions, de réalisme et d’intelligence, qui pose toutes sortes de questions sur la violence et sa médiatisation, la précarité du photoreporter indépendant, le catastrophique héritage postcolonial, et, comme dit Lojkine« la place qu’on peut prendre dans une population dont on veut être proche, et qui devient folle ».

Le Festival de Locarno ne s’y est pas trompé, qui lui a décerné son prix du public. Mais la réussite de « Camille » doit beaucoup à la révélation du film, récompensée au Festival d’Angoulême : Nina Meurisse est de tous les plans avec une justesse sidérante, et poignante. Le courage, la curiosité, la candeur, la joie, la peur, la solitude, la générosité, l’adrénaline se lisent sur son visage.

Pour préparer son rôle, elle a suivi des photographes de l’AFP pendant trois mois, lu d’innombrables témoignages sur Camille Lepage, passé six heures avec sa mère lors d’un voyage Paris-Perpignan qu’elle n’est pas près d’oublier :

« J’avais dix-sept pages de questions : sur le caractère de Camille, sa vie, ses bagues… Je trouvais ça d’une indélicatesse folle, c’était un enfer pour moi. Mais Maryvonne a été formidable. Un jour, une fois, une seule, elle m’a appelée Camille par erreur. J’étais affreusement gênée. »

La mère de Camille n’est pas la seule à avoir été bouleversée par Nina Meurisse. A Bangui, ceux qui ont connu la photoreporter ont retrouvé dans le film son franc-parler, son énergie, sa manière d’offrir des cigarettes à tout le monde parce qu’elle n’avait pas d’argent. Ombretta, une Italienne de l’ONG Emergency, se rappelle la fois où elle l’a vue débarquer à sa clinique pour donner son sang, juste avant de disparaître dans la brousse avec des anti-balaka. Guillaume, un Français qui travaillait alors pour Invisible Children, raconte, ému aux larmes, comment il l’a hébergée et emmenée « à Obo, à 1 000 kilomètres à l’est, sur la base où on s’occupait d’enfants enlevés par la Lord’s Resistance Army ».

Orphée, jeune Centrafricain qui l’a « accompagnée faire des photos quand ça tirait dans les quartiers », se souvient d’une fille qui « voulait tout le temps apprendre des mots de sango », « faisait beaucoup de blagues » et « s’inquiétait toujours de savoir si les autres étaient en danger ». Et Cédric, l’auteur d’un morceau de rap anti-Seleka qu’on entend dans le film et qui a failli lui coûter la vie, évoque, la gorge serrée, le jour où il a voulu, en vain, dire un dernier adieu à son amie lorsque son cercueil se trouvait à l’aéroport.

Le cinéma peut-il aider, comme l’espère Boris Lojkine, à « regarder la violence en face pour que ça ne se reproduise jamais » ? A la fin du film, fin septembre, dans la nuit de Bangui, beaucoup de spectateurs avaient les yeux brillants d’émotion.

 

Grégoire Leménager (envoyé spécial à Bangui)

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 14:13
Centrafrique : Paul Kagamé attendu à Bangui

 


Par Arsène-Jonathan Mosseavo - 11 Octobre 2019 modifié le 11 Octobre 2019 - 18:25


Le président Rwandais, Paul Kagame, effectuera une visite officielle à Bangui, capitale de la République Centrafricaine, le mardi 15 octobre 2019. Visite confirmée par un communiqué gouvernemental, signé par le ministre de la communication, Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain.

Une visite à plusieurs enjeux : le renforcement de la coopération diplomatique entre les deux pays – la coopération militaire pour aider la RCA à trouver une solution concertée à la crise militaro-politique et communautaire qui perdure.

Le Rwanda est toujours cité comme un modèle de réconciliation positive et active après le tristement célèbre génocide survenu dans le pays en 1994. Plusieurs missions des citoyens centrafricains (pouvoir politique – organisations de la société civile- communautés religieuses) ont eu lieu au Rwanda pour s’imprégner des stratégies mise en place par les autorités politiques Rwandaises sous l’égide de Paul Kagamé pour reconstruire le pays.

Mais le contexte du génocide rwandais est si différent de la crise centrafricaine. Chaque conflit étant un cas particulier.

Qu’à cela ne tienne, cet exemple rwandais n’est qu’un miroir. La crise centrafricaine, à l’instar de la guerre du Rwanda et le génocide conséquent, a des conséquences structurelles et conjoncturelles, liées à l’histoire sociopolitique.

La République Centrafricaine est l’un des pays du monde a servi de terre d’accueil aux réfugiés rwandais qui ont fui des violences meurtrières de 1994. Certains ont trouvé un autre pays d’accueil pour mieux vivre, d’autres sont retournés au Rwanda tandis que plusieurs sont restés en Centrafrique pour prospérer dans plusieurs domaines dont le commerce.

Des troupes rwandaises ont intégrés les casques bleus de la MINUSCA (Mission des Nations Unies en Centrafrique) dont quelques-uns assurent la sécurité du chef de l’état actuel, Faustin Archange Touadera.

La visite de Paul Kagamé le 15 octobre 2019 en Centrafrique sera l’occasion de jeter de nouvelles bases de la coopération entre la RCA et le Rwanda. Cette visite marque la toute première d’un chef d’Etat africain depuis l’accession au pouvoir du Président Faustin Archange Touadera le 30 mars 2016.

Les préparatifs sont enclenchés par la municipalité de Bangui et le ministère de l’urbanisme pour réserver un accueil chaleureux à Paul Kagame.

Paul Kagame, né le 23 octobre 1957 à Tambwe, est un homme d'État rwandais, président de la République depuis le 17 avril 2000, après avoir été vice-président et ministre de la Défense de 1994 à 2000.

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 13:51
La France est ouverte à une réforme ambitieuse du franc CFA

 

 

Par RFI Publié le 12-10-2019 Modifié le 12-10-2019 à 04:30

 

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, l’a déclaré hier à Paris, à l’occasion de la réunion des ministres des Finances et des responsables des institutions économiques et monétaires des 14 pays de la zone franc. Mais, sans évoquer l’adoption prévue l’année prochaine de l’éco, la monnaie unique pour l’Afrique de l’Ouest, le ministre français a souligné qu’il revenait aux États membres de la zone franc d'en décider.

Le débat autour du franc CFA fait rage depuis la parution, il y a trois ans, d’un ouvrage collectif posant la question de savoir à qui profitait cette monnaie créée pendant la colonisation, aujourd’hui arrimée à l’euro. Les 14 pays africains qui utilisent cette monnaie doivent déposer 50% de leurs réserves de change à la Banque de France.

Face à une partie de l’opinion qui veut que ces pays coupent le cordon monétaire qui les relie à Paris, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire rétorque : « La zone franc apporte des avantages et des garanties, la stabilité, la prospérité économique. Il y a des attentes, elles se manifestent et nous les entendons. L'initiative doit venir des États membres de la zone franc. »

Faisant partie d’un ensemble économique plus vaste, les pays de la zone franc en Afrique de l’Ouest ont déjà lancé l’initiative politique de créer l’éco, une monnaie qui devrait voir le jour en juin prochain. Romuald Wadagni, ministre béninois de l’Économie et des Finances et président du conseil des ministres de l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

« Les chefs d'État ont reconnu que l'UEMOA seraient prêts à basculer en 2020 à basculer à la monnaie éco. Mais en attendant que tout le monde soit dans l'union, le régime de change de la monnaie Cédéao est un régime de change flexible avec ciblage d'inflation, mais tant que l'ensemble des quinze pays de la Cédéao ne seront pas dans la monnaie, nous allons garder la fixité de la parité euro et CFA transformé éco. »

L'éco est aujourd'hui dans une période de gestation dont on ignore encore la durée. Du côté de la zone CFA d’Afrique centrale, aucune initiative de réforme de cette monnaie n’a été avancée jusqu’ici.

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 13:29
Rencontre avec Olivier Le Cour Grandmaison, politologue du passé colonial français

 

 

Par Sabine Cessou RFI le 13-10-2019 Modifié le 13-10-2019 à 10:58

 

C’est l’une des voix les plus critiques, en France, sur la question du passé colonial, mais pas forcément l’une des plus écoutées. Son dernier livre, Ennemis mortels, revient sur la construction des images péjoratives de l’islam et des musulmans.

Un pavé dans la mare ? Tel n’est pas vraiment l’effet recherché par le politiste français Olivier Le Cour Grandmaison avec son nouvel ouvrage, Ennemis mortels, représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale, à paraître le 17 octobre chez La Découverte. Ce livre tombe à pic, pourtant, tant les polémiques sont nombreuses, notamment au sujet des discours de haine du chroniqueur et essayiste Eric Zemmour.

Loin d’un énième essai rédigé à la va-vite, Olivier Le Cour Grandmaison veut au contraire « prendre le plus possible le temps de la réflexion, face à des sujets qui font l’objet de préjugés, opinions et bavardages dispensés par ceux qui ne connaissent pas grand-chose ni à l’islam, ni aux origines de l’islamophobie savante française ». Son ouvrage s’ouvre sur les propos à l’emporte-pièce d’un historien de renom, Ernest Renan, l’un des nombreux hommes à avoir façonné tout un imaginaire collectif.

Le lourd bilan d’un pays « en paix » après 1945

Né en 1960, Olivier Le Cour Grandmaison est un habitué des débats robustes. Il y prend part par le biais de son blog sur le site Mediapart, ou parfois par voie de pétition, comme l’appel qu’il a lancé en 2017 en faveur de la reconnaissance de l’ensemble des crimes coloniaux commis par la France. Il a été signé par 3 250 personnes, dont Achille Mbembe, sans résultat concret. « Nous nous y attendions, explique Olivier Le Cour Grandmaison. On n’engage pas un combat parce qu’on va gagner, mais parce qu’on pense qu’il est nécessaire à un moment donné. Les résistances sont importantes, car cela remet en cause la mythologie nationale de la République, comme celle des grands hommes et les mythologies partisanes de certaines formations politiques. »

Il le rappelle souvent : la France n’est pas en paix après 1945. Au massacre de Sétif s’ajoutent ceux de Madagascar en 1947, le début de la guerre d’Algérie en 1954 et la guerre d’Indochine. Il fait des comptes qui devraient être connus, mais ne le sont toujours pas. « Le bilan des massacres et des guerres coloniales après 1945, 1 million de morts, dépasse celui de la Seconde Guerre mondiale en France, 600 000 morts, militaires, résistants et civils. Dire que la France est en paix après 1945 relève d’une proposition partielle, partiale et en partie obscène ».

Engagé, il estime l’être en tant que citoyen, d’abord et avant tout. « Les objets de mes engagements sont souvent liés à des objets de recherche et non l’inverse », précise-t-il. Après une thèse sur les questions de citoyenneté sous la Révolution française, il a d’abord enseigné le droit constitutionnel et public à l’Université du Maine (Le Mans). Depuis une dizaine d’années, il dirige le master « Coopération et solidarité internationales » à l’Université Évry-Val d’Essonne. Il a par ailleurs dirigé et participé à plusieurs séminaires sur la philosophie politique au Collège international de philosophe (CIPh) à Paris.

Alexis de Tocqueville, une boîte de Pandore

Comment est-il tombé dans le chaudron colonial ? L’étude des écrits d’Alexis de Tocqueville, rédigés entre 1837 et 1847 sur l’Algérie, l’amène à ouvrir une boîte de Pandore. « Comme beaucoup de ses contemporains, Tocqueville s’est fait le défenseur de méthodes de guerre particulièrement brutales qu’il juge indispensables pour venir à bout des “Arabes”, explique Olivier Le Cour Grandmaison. Je pensais écrire un article sur ces aspects peu étudiés de son œuvre et de ses activités. En raison de l’ampleur du sujet, il en est sorti plusieurs ouvrages. »

Le premier, Coloniser, exterminer : Sur la guerre et l’État colonial (Fayard, 2005), a suscité un bon accueil chez plusieurs historiens et juristes, mais aussi des polémiques auxquelles l’auteur ne s’attendait pas. « Je pensais naïvement avoir pris toutes les précautions méthodologiques et littéraires pour les éviter au maximum. C’était en partie vain. » Cible d’attaques personnelles, il commet le tort de s’attaquer à « l’impensé colonial » – cette histoire qui n’est pas enseignée et si peu connue en France. Son second livre, La République impériale : politique et racisme d’État (Fayard, 2009), retrace comment, entre 1885 et 1913, la IIIe République fait de la France la seconde puissance coloniale du monde et l’une des toutes premières « puissances musulmanes » de l’époque, en raison de ses possessions au Maghreb, en Afrique-Occidentale française (AOF) et de son mandat en Syrie et au Liban institué par la Société des Nations en 1920.

Des détracteurs parmi les historiens

Avec De l’indigénat, anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français (La Découverte, 2010), il met en évidence « le droit différencié, voire raciste, pratiqué par la IIIe République dans les colonies où l’exception est la règle, en contradiction avec les principes républicains ». Une fois de plus, il est critiqué par certains, qui lui reprochent à demi-mot de ne pas avoir de formation d’historien, mais aussi d’écorner le rêve républicain de la France. Selon l’historienne Isabelle Merle, citée dans la fiche Wikipédia assez largement à charge consacrée à Olivier le Cour Grandmaison, le « caractère expéditif » de l’analyse passe « sous silence les contradictions, contestations, tensions qui caractérisaient aussi ce régime colonial ». Sa réponse : « Un certain nombre d’historiens ont une mentalité de douanier, pour ne pas dire de policier. Il faut présenter son passeport d’historien. J’ai la faiblesse de croire que le passé colonial est un objet historique, qui n’appartient pas seulement aux historiens et qu’il faut l’aborder avec le souci de faire de l’histoire, certes, mais aussi de l’histoire du droit et des catégories politiques. »

Droit dans ses bottes, il persiste et signe avec L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies (Fayard, 2014), puis son dernier ouvrage, Ennemis mortels, qui lui est venu de façon logique, comme les autres, après avoir effleuré des pans entiers du passé, qu’il cherche ensuite à mieux fouiller. « Plus j’avançais dans la recherche pour comprendre la politique impériale de la France, plus il me paraissait indispensable d’intégrer la variable religieuse. D’autant que les contemporains de la colonisation ont accordé une place importante à l’islam, dans la façon dont ils ont pensé les sociétés colonisées ».

L’auteur estime que les débats en France sont « en retard » par rapport aux États-Unis et au Royaume-Uni, en raison des « usages politiques de l’histoire coloniale ». Il s’explique : « La France est le seul pays où une majorité, de droite en l’occurrence, a cru bon de voter une loi établissant une interprétation officielle et apologétique de cette histoire. C’est la loi du 23 février 2005. Loi scélérate, car, sauf à méconnaître les principes démocratiques qui sont les siens, l’État ne saurait intervenir dans ce domaine, et ce quels que soient les sujets. Cette loi est toujours en vigueur ! En outre, les dirigeants de droite se livrent à une sorte de surenchère déterminée par des considérations électoralistes dans un contexte de radicalisation à droite et de retour du grand roman national. Le tout, avec la caution de plusieurs intellectuels et essayistes médiatiques comme Alain Finkielkraut, Eric Zemmour et Pascal Bruckner. »

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 13:00
Ngaïssona-Yekatom à la CPI: fin des audiences de mise en accusation
Ngaïssona-Yekatom à la CPI: fin des audiences de mise en accusation

 

 

Par RFI Publié le 12-10-2019 Modifié le 12-10-2019 à 04:54

 

Avec notre correspondante à La Haye,  Stéphanie Maupas

 

La Cour pénale internationale a conclu vendredi 12 octobre les audiences visant Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom. Les deux ex-miliciens sont suspectés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis en 2013 et 2014 en Centrafrique.

Lors de ces audiences, tout l’enjeu aura été, pour le procureur, de convaincre la Cour de mettre les deux suspects en accusation et de les renvoyer en procès. Les juges ont entamé leur délibéré et doivent rendre leur décision dans les 60 jours.

Les avocats des deux suspects ont sans surprise et de nouveau contesté les preuves du procureur. Maître Knoops, a présenté son client comme un homme de paix. Pour l’avocat, Patrice-Edouard Ngaïssona n’avait pas le contrôle des anti-balaka comme l’affirme l’accusation.  

« Nous avons montré, sur la base des éléments de preuve présentés par le procureur lui-même, que les actes de M. Ngaïssona constituaient des tentatives visant à mettre en place une structure, non pas à commettre des crimes, mais une structure pour le DDR (Désarmement, démobilisation) en RCA. »

De leur côté, les avocats d’Alfred Yekatom, à la tête d’un bataillon de quelque 6000 hommes, ont pointé du doigt le rôle de la Seleka, qui s’était emparée du pouvoir à Bangui en décembre 2013. Alfred Yekatom ne faisait que lutter contre la Seleka, et n’aurait pas ciblé de civils, a assuré son avocate Mylène Dimitri, reprochant à la procureure de ne pas avoir fourni les preuves impliquant la Seleka.  

Une question hors sujet, affirme de son côté le substitut du procureur, Kweku Vanderpuye. « Cette affaire n’est ni un référendum, ni l’acte d’accusation d’une des parties au conflit. Il porte sur la question de savoir si Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom sont responsables des crimes commis dans cette situation. Les preuves indiquent qu'ils le sont et qu'ils devraient faire face à la justice. »

Présente à l’audience, la procureure générale Fatou Bensouda a assuré que ses enquêtes se poursuivent en Centrafrique et que les responsables de la Seleka devront aussi répondre de leurs crimes devant la CPI.

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 12:51
Gabon: de nouvelles attaques de Jean Ping contre le président Ali Bongo

 

 

Par RFI Publié le 13-10-2019 Modifié le 13-10-2019 à 00:54

 

Lors d’un discours samedi 12 octobre devant ses militants et la presse, l’opposant et ancien candidat à la présidentielle Jean Ping est à nouveau revenu sur la santé du chef de l'État Ali Bongo. Il a réaffirmé que le président n’est plus, selon lui, en mesure de gouverner le pays. Cela fait maintenant un an qu’Ali Bongo a été victime d’un accident vasculaire cérébral.

Jean Ping est catégorique, selon lui, le président Ali Bongo n’est plus en mesure d’assurer le pouvoir. Au point, ajoute-t-il « de servir de marionnette à de nouveaux usurpateurs qui livrent le pays aux enchères ».

Il s’agit d’une attaque virulente contre le directeur de cabinet du président, Brice Laccruche Alihanga qu’il qualifie de maître d’œuvre de l’usurpation. Jean Ping n’y est pas allé de main morte alors que ce proche collaborateur du chef de l’État est monté en puissance ces derniers mois.

Brice Laccruche Alihanga a d’ailleurs effectué une tournée républicaine au nom du président Bongo, qui s’est achevée le week-end dernier. Une première dans l’histoire. Jamais un personnage autre que le président gabonais n’avait auparavant effectué cette traditionnelle tournée, ce qui fait dire à certains Gabonais qu’il se positionne pour succéder au chef de l’État.

Contactés, la présidence et le parti au pouvoir n’ont pas souhaité réagir à ses accusations dans l’immédiat, mais ont indiqué qu’ils préparaient une réponse dans les prochains jours.

Rappelons que le président Ali Bongo a fait une apparition surprise lors du meeting de clôture de la tournée républicaine assurée par son directeur de cabinet la semaine dernière. Pour la première vois depuis son AVC, il avait improvisé un court discours devant ses partisans.

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 12:41
Assassins de Chinois de Sosso Nakombo : le verdict est tombé
Assassins de Chinois de Sosso Nakombo : le verdict est tombé
Assassins de Chinois de Sosso Nakombo : le verdict est tombé

 

 

Le verdict est finalement tombé ce vendredi en fin d'après-midi. Les cinq accusés de crimes contre des ressortissants chinois dans la ville de Sosso-Nakombo connaissent désormais leur peine. Charlie Dimbélé, Gabin Dimbélé et Kevin Gbakambo alias Yoto sont condamnés à 20 ans de travaux forcés, Alphaki Dimbélé, à une peine de cinq ans et Hervé Koté acquitté. Pour les condamnés, la cour leur exige de payer 20 millions comme dommages et intérêts.

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 12:16
La mère de Camille Lepage toujours au combat

 

Lu pour vous

 

https://www.lemonde.fr 13/10/2019 Par Yves Tréca-Durand

 

Cinq ans après l’assassinat de la photojournaliste Camille Lepage en Centrafrique, sa mère, Maryvonne, continue à faire vivre les engagements de sa fille, dont le destin tragique est le sujet d’un film qui sort le 16 octobre.

Quatre minutes après le SMS, le téléphone sonne déjà. Une heure plus tard, on est chez elle. Quand il s’agit de sa fille Camille, Maryvonne Lepage est du genre zélé. Qu’importe que l’on soit un samedi soir, qu’elle ait un tas de linge à repasser et des paquets de formalités en attente. L’avant-première du film Camille, de Boris Lojkine, est prévue trois jours plus tard, le 1er octobre, au multiplexe Pathé d’Angers (avant une sortie en salle le 16 octobre). Elle est un peu anxieuse, mais elle assure.

Le 13 mai 2014, déjà, elle répondait aux médias. À 6 h 25 – elle s’en souvient précisément –, la cellule de crise du Quai d’Orsay lui avait confirmé que le corps retrouvé, la veille, en Centrafrique dans un 4 × 4 par des militaires français était bien celui de Camille. Sa fille de 26 ans avait été fauchée par une rafale lors d’un accrochage entre les anti-balaka qu’elle accompagnait et des rebelles de la Séléka. Dans la minute qui a suivi, défendre la mémoire et le travail de sa fille est devenu une obsession, sa raison d’être. « J’ai joué le jeu des médias. Ce n’est pas vraiment moi qui parlais, c’était Camille »dit-elle l’air songeur.

Association, site Internet, deux livres de photos publiés en cinq ans, 40 000 images laissées par Camille, qu’il faut trier…

Dans sa maison à pans de bois du XVIe siècle, à deux pas du château d’Angers, les images fixées par sa fille en zone de guerre côtoient celles des jours heureux. On y voit Camille, encore lycéenne, et son grand frère Adrien. Posée sur le bord de son fauteuil en cuir, l’ancienne directrice des ressources humaines, le visage émacié, paraît fatiguée. Elle attrape une cigarette – une de plus – et raconte l’histoire qu’elle sert au public depuis cinq ans, qu’il s’agisse d’élèves de collèges et de lycées, de photographes aguerris à Perpignan ou du président de la République François Hollande lors d’une exposition au ministère de la culture en 2016.

Camille avait étudié le photojournalisme et ne voyait son avenir que dans les zones de conflit. En 2011, elle avait filé au Caire, impatiente d’immortaliser le « printemps arabe »« Le Caire m’a fait très peur, parce que c’était très violent sur la place Tahrir, il y avait beaucoup de viols », raconte Maryvonne. Dans la foulée, Camille veut partir au Soudan du Sud, puis en République centrafricaine. « On a eu des discussions toutes les deux et je lui ai dit : “Camille, tu n’as pas d’engagements, rien ne te retient. Si c’est ça que tu veux, vas-y et je serai là pour t’accompagner.” Son frère était contre. C’était une preuve d’amour, il avait peur pour sa petite sœur. »

Au téléphone, Adrien confirme : « Ceux qui ont côtoyé Camille sur le terrain disent qu’elle n’était pas une tête brûlée. A posteriori, ça me va, je suis à l’aise avec cette idée. » Il n’aime pas trop s’exprimer sur sa mort mais, puisqu’il est question d’évoquer l’engagement de sa mère, c’est différent. « Elle porte le truc complètement, elle a tout pris sur elle. Je suis impressionné qu’elle parvienne aussi bien à parler en public. Je ne sais pas d’où ça sort, c’est dingue ! »

La flamme du briquet rougit une autre cigarette. « Adrien me dit de lâcher prise, parce que c’est fatigant, que je dépense beaucoup d’énergie à faire des discours, à répondre aux interviews, à me rendre à l’étranger pour certains événements. J’y vais parce que j’estime que je dois le faire, mais intérieurement ce sont des pleurs, c’est douloureux. »

Deuil impossible

Boris Lojkine, réalisateur du film Camille, est allé voir la famille quatre mois seulement après l’assassinat. « Ce que je trouve fort, ce sont les relations très intimes que Maryvonne a nouées avec plein de jeunes photographes. C’est sa manière singulière de faire son deuil. »

« Faire son deuil », l’expression hérisse Maryvonne. Elle ne croit pas qu’elle y parviendra un jour. De toute façon, ça ne s’arrête jamais. Elle doit encore aller à Reims, Strasbourg et Wigan (Angleterre) pour des expositions. Il y a l’association qu’elle a créée avec le père de ses enfants, Guy, et leur fils Adrien, le site Internet, les deux livres de photos publiés en cinq ans, les 40 000 photos laissées par Camille, qu’il faut trier, sélectionner et redimensionner pour les expositions.

Sans parler du festival Visa pour l’image de Perpignan, qui décerne, depuis 2015, le prix Camille Lepage à de jeunes photoreporters. « On reçoit les dossiers, il faut les analyser, réunir le jury. C’est une façon de vivre pour moi. Quelque part, Camille m’a poussée à le faire. Elle me parlait, je sentais qu’elle était là. Je connais d’autres parents qui ont perdu un enfant photojournaliste. Eux ne font rien, c’est leur choix et je le respecte complètement. »

Le reste de sa vie est en lambeaux, elle le sait. « Le piano, depuis que Camille est décédée, j’ai dû en jouer trois fois. J’ai du mal. Lire des romans, je les commence et puis j’arrête. Le cinéma, j’y retourne de temps en temps. Mais je n’ai plus envie d’être joyeuse ou gaie. Ou je me l’interdis. Camille me dirait : “Vas-y, t’es ridicule. De toute façon, ça ne changera rien.” Je l’imagine très bien me dire ça. Peut-être qu’avoir une vie plus équilibrée serait une bonne chose. Mais c’est comme ça. »

 

Yves Tréca-Durand Angers, correspondant

 

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 18:14
Arrestation à Ngaoundéré de mercenaires peuhls des 3R du criminel Sidiki chassés de Koui par la Minusca
Arrestation à Ngaoundéré de mercenaires peuhls des 3R du criminel Sidiki chassés de Koui par la Minusca
Arrestation à Ngaoundéré de mercenaires peuhls des 3R du criminel Sidiki chassés de Koui par la Minusca

 

Images de mercenaires recrutés par les 3R du criminel Sidiki qui ont fui de Koui dans l'Ouham-Pendé devant les troupes de la MINUSCA pour regagner Ngaoundéré au Cameroun et se faire arrêter par les autorités camerounaises le 10 octobre 2019

Arrestation à Ngaoundéré de mercenaires peuhls des 3R du criminel Sidiki chassés de Koui par la Minusca

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 18:08
Une offensive diplomatique du Tchad en Centrafrique

 

Lu pour vous

 

https://mondafrique.com  By  Nicolas Beau 10 octobre 2019

 

La nomination d’un nouvel ambassadeur du Tchad à Bangui, le général Noh Tamour Aldjidey, ancien attaché militaire aux Etats Unis, pourrait aider la diplomatie américaine à contrer l’offensive russe dans la région.

Par un Décret du 7 octobre 2019, le général Noh Tamour Aldjidey a été nommé ambassadeur du Tchad en Centrafrique. Il remplace un autre général, Yaya Dahoud Brahim, qui avait été rappelé par Idriss Deby Itno afin de faire partie du gouvernement, le 9 novembre 2018 pour devenir, pour peu de temps, ministre délégué à la présidence chargé de la Défense nationale.


Pendant presque une année le Tchad n’avait donc plus d’ambassadeur en titre. La gravité de la situation à la frontière tchadienne, qui a toujours été une grande préoccupation pour Idriss Deby Itno, devenait une impérieuse nécessité pour Ndjamena de nommer un ambassadeur. Idriss Deby Itno reste le meilleur connaisseur, sinon acteur, de la situation en Centrafrique.

La diplomatie américaine face à Idriss Deby Itno

Noh Tamour Aldjidey était précédemment attaché militaire à l’ambassade du Tchad aux Etats-Unis d’Amérique où il a pu nouer des liens de confiance avec le Pentagone et le Département d’État. Il aura pu constater que les critiques américaines contre Idriss Deby Itno étaient de moins en moins feutrées. Le communiqué de l’ambassade US à Ndjamena, du 9 juin 2019 avait été inhabituel, par sa virulence, qui dénonçait les atteintes aux droits de l’homme, le non-respect des règles démocratiques et les échéanciers électoraux.

Évidemment le sort réservé au nouveau parti d’opposition  « Les Transformateurs » du jeune (35 ans) président Succès Masra était en arrière-plan. Les Etats-Unis accepteraient mal que Succès Masra ne devienne le Kamto Tchadien.

Un militaire-diplomate connu à Washington

Le nouvel ambassadeur tchadien à Bangui connait bien Geesa Pasi, qui fut ambassadrice des Etats-Unis au Tchad jusqu’au 30 août 2018. Cette experte du continent africain est désormais l’une des Sous-Secrétaires d’État adjointe aux affaires africaines, sous l’autorité de Tibor Nagy, le Sous-Secrétaire d’Etat qui exerce une diplomatie active, au pas de charge, en Afrique centrale. On l’a constaté au Soudan, en RDC et récemment au Cameroun.

La tentative russe de faire une sorte de projet pilote et de  hub en Centrafrique, avec la complicité de ses dirigeants actuels, ne peut plus rester sans réponse américaine. L’ancien attaché militaire à Washington pourrait éventuellement y avoir une contribution.

On pourrait alors se demander si le président tchadien ne serait pas prêt à aider le Département d’État, en contrepartie d’une diminution de cette pression non équivoque qu’il subit aujourd’hui.

La riposte américaine

Les liaisons particulières sinon dangereuses de Faustin-Archange Touadera avec la Russie et le sulfureux groupe Wagner commencent à aiguiser les soupçons des Américains. Dans sa livraison, du 30 septembre 2019, The New York Times consacre un long article précisant la stratégie et les multiples interventions russes en Centrafrique. 

Les rencontres de haut niveau et les déclarations apaisantes, faites au gré de ses incessants voyages à l’étranger, du président Touadera ne convainquent guère que les bisounours.

Des questions autour d’une nomination

Dans ce contexte tentaculaire, le nouvel ambassadeur du Tchad à Bangui a-t-il été nommé :
 – Pour normaliser les relations diplomatiques entre deux régimes agonisants ?
– Pour mieux faciliter la diminution des problèmes sécuritaires dans le nord-ouest de Centrafrique qui impactent le sud du Tchad ?
– Pour développer un partenariat agissant Tchad-Etats-Unis d’Amérique en Centrafrique pour mieux contrer la Russie et tenter ainsi d’atténuer la pression américaine qui pèse actuellement sur le président tchadien ? 

En tout état de cause, la promotion de l’attaché militaire de l’ambassade du Tchad à Washington pour devenir ambassadeur du Tchad à Bangui est loin d’être anodine.

 

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