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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 22:03

 

 

 

 

Le Pays  25/11/2013 à 10:19

 

Après moult hésitations, la France s'apprête à intervenir en Centrafrique; sûrement échaudée par le précédent rwandais.

 

La Centrafrique va mal. C’est le moins que l’on puisse dire au regard de la situation sécuritaire chaotique qui prévaut actuellement à Bangui, la capitale, et dans bien d’autres contrées du pays. On ne sait plus qui gouverne, tant le désordre s’y est bien installé. Le pays est à la croisée des chemins tant et si bien que le président français, François Hollande, tirait la sonnette d’alarme en qualifiant la situation actuelle de «pré-génocidaire». Il va plus loin en proposant l’envoi de troupes en Centrafrique pour aider les autorités à rétablir l’ordre. Et d’ores et déjà, ils sont un peu plus de 400 militaires français qui contrôlent essentiellement l’aéroport de Bangui.

 

Le spectre d’un génocide

 

Pourquoi la France opère-t-elle un tel revirement, elle qui, on s’en souvient, avait refusé d’intervenir en Centrafrique au moment où, acculé, le président François Bozizé l’appelait au secours? Sans doute a-t-elle tiré les leçons du génocide rwandais qui, on le sait, lui colle implacablement à la peau.

 

En digne héritier de Mitterrand, le président Hollande ne veut plus engager la responsabilité de son pays, en restant les bras croisés face au spectre de «génocide» qui se prépare en Centrafrique. C’est tout en son honneur puisqu’il a pris la pleine mesure de la situation en RCA où, jadis latent, le conflit interreligieux est désormais ouvert, en témoignent les récents affrontements entre chrétiens et musulmans.

 

L’autre raison qui peut expliquer la décision de Paris d’envoyer des troupes à Bangui est que la France ne veut pas se laisser ravir la vedette par la communauté internationale, ce d’autant que la Centrafrique est une ex-colonie française. Mais aussi, forte de sa victoire sur les djihadistes du Nord-Mali, la France estime le moment opportun d’ouvrir un autre front dans un pays africain qui, depuis près de huit mois, peine à retrouver ses marques. Et tout cela se passe dans la quasi-indifférence de la sous-région et de l’Union africaine (UA). Une fois de plus, c’est la France que l’on a de cesse d’ailleurs de clouer au pilori, qui montre la voie à suivre aux dirigeants africains.

 

Impuissance de l’Union africaine

 

Certes, nous dira-t-on, la France défend ses propres intérêts, mais rappelons que la Centrafrique est d’abord et avant tout un pays africain et qu’en termes d’intérêt, le peuple centrafricain a plus d’intérêts à protéger sur son propre sol que les Français. A la vérité, l’Afrique offre à nouveau une piteuse image de ses dirigeants qui se montrent impuissants face à un problème africain.

 

L’UA doit prendre ses responsabilités puisque la situation en RCA n’a que trop duré. Il vaut mieux prévenir que guérir, dit l’adage. Et c’est ce que fait la France de Hollande. En tout cas, il faudra que la douloureuse parenthèse de Michel Djotodia se referme le plus vite possible pour que le peuple désabusé, retrouve sa sérénité d’antan. A quoi sert de mettre fin à une dictature si en retour, s’installent l’anarchie et le chaos?

 

Mais, à la vérité, cette instabilité chronique n’est pas étrangère au mode d’accès au pouvoir en Centrafrique. Le cycle de coups d’Etat doit prendre fin. La logique du «ôte-toi que je m’installe» sur fond de canonnade, est à terme contre-productive. Mais il est aussi vrai que, même élus démocratiquement, bien des dirigeants africains, en RCA comme ailleurs, ont produit les germes de leur éviction par une gouvernance approximative. C’est dire combien il urge à l’ex Oubangui-Chari, d’opérer véritablement sa mue, pour s’engager résolument dans la voie d’une démocratie vraie, seul gage d’un avenir moins tourmenté.

 

Boundi Ouoba

Lu pour vous : Le revirement de la France en Centrafrique (Le pays)
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:57

 

 

 

 


PARIS - AFP / 25 novembre 2013 20h41 - La France est prête à envoyer en Centrafrique 800 soldats qui viendraient s'ajouter aux 410 militaires déjà sur place, a affirmé lundi à l'AFP le Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye à l'issue d'une rencontre avec le chef de la diplomatie française à Paris.


Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a parlé de l'envoi de 800 hommes pour l'instant, qui s'ajouteraient aux 410 déjà présents, a-t-il déclaré, précisant que le rôle de la France sera d'appuyer les forces de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) en termes militaires, logistique et d'assistance technique. 


Tout cela va se faire vers la mi-décembre, après le vote d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, a estimé M. Tiangaye.


Jeudi, le président François Hollande avait évoqué une augmentation sensible du contingent français en Centrafrique où, avait-il dit, la situation est extrêmement grave, sans toutefois préciser l'ampleur du renfort envisagé ou un calendrier.

L'ONU, qui s'inquiète de voir la Centrafrique devenir le théâtre d'un génocide, a entamé lundi des discussions consacrées à la crise, après l'appel de son secrétaire général Ban Ki-moon à envoyer 6.000 Casques bleus, et ceux de Paris et de Washington pressant la communauté internationale d'intervenir sans délai.

Selon le Premier ministre centrafricain, la mise en place d'une force de maintien de la paix de l'ONU va prendre du temps. Dans l'immédiat, il faut un mandat sous le chapitre 7 de la charte (de l'ONU, qui autorise le recours à la force) permettant à la Misca et à la France de rétablir la sécurité sur tout le territoire et assurer la protection des populations civiles, a-t-il estimé.


Il y a une insécurité généralisée, de graves crimes de guerre et crimes contre l'humanité sont commis en Centrafrique, a-t-il insisté, estimant que la France a les moyens, militaires, financiers et diplomatiques pour que son action soit efficace.

La Centrafrique est en proie aux violences depuis le renversement, le 24 mars, du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka, devenu depuis président.



(©)

Centrafrique: la France prête à envoyer 800 soldats supplémentaires
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:51

 

 

 

 

 

BANGUI (AFP) - 25.11.2013 15:16 - Par Xavier Bourgois

 

La capitale centrafricaine Bangui, sous couvre-feu, vit toujours dans la crainte de violences inter-religieuses, dans l'attente d'une résolution de l'ONU pour tenter de mettre fin au chaos dans le pays.

 

Les mesures de sécurité ont été renforcées à Bangui au cours du week-end. Les habitants de la capitale centrafricaine redoutent de voir la capitale s'embraser après les violences qui ont secoué le nord-ouest du pays ces dernières semaines, des rumeurs faisant état de l'infiltration de groupes armés chrétiens décidés à s'en prendre à la communauté musulmane, dont est issu le nouveau président Michel Djotodia.

 

L'ONU, qui s'inquiète de voir la Centrafrique devenir le "théâtre d'un génocide", doit entamer lundi des discussions consacrées à la crise, après l'appel de son secrétaire général Ban Ki-moon à envoyer 6.000 Casques bleus, et ceux de Paris et de Washington pressant la communauté internationale d'intervenir sans délai.

 

Il y a quelques mois, la fracture entre chrétiens, largement majoritaires, et musulmans n'existait pas encore dans un pays où les deux communautés ont toujours vécu en bonne intelligence. Mais les exactions à répétition de l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, qui a porté Michel Djotodia au pouvoir en mars, ont rapidement généré des tensions, poussant des populations chrétiennes à former des "groupes d'autodéfense" pour s'en prendre aux musulmans.

 

Début septembre, les attaques de ces milices paysannes surnommées "anti-balakas" (anti-machettes) jusqu'alors inconnues, avaient fait près de 100 morts dans la région de Bossangoa (nord-ouest). Fin octobre, de nouveaux affrontements ont fait une quarantaine de morts à Bouar (ouest), entraînant un cycle de représailles et de contre-représailles meurtrier.

 

"A Bangui, de plus en plus de gens craignent que des anti-balakas ne soient infiltrés dans la ville pour s'en prendre aux musulmans. On ne peut pas affirmer que cela soit vrai mais des dérapages comme à Bossangoa sont possibles", a expliqué à l'AFP depuis Bangui Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste des conflits en Afrique centrale.

 

"Situation pré-génocidaire"

 

Il y a une semaine, Ban Ki-moon a évoqué "un niveau alarmant de violence inter-communautaire", disant craindre un "conflit religieux et ethnique à l'échelle du pays".

 

Dans la foulée, le département d'Etat américain a fait état d'une situation "pré-génocidaire", et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a aussitôt renchéri en affirmant que le pays était "au bord du génocide"... Des mots forts qui veulent justifier l'appui à la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca).

 

"On ne peut parler de génocide d'un groupe ethnique ou d'un groupe social", a pour sa part réagi samedi la ministre des Affaires étrangères centrafricaine Léonie Banga Bothy sur les ondes de la radio locale Ndeke Luka.

 

"Parler de pré-génocide ou de génocide, je pense que cela aura des effets pervers sur la quiétude la population qui a déjà beaucoup souffert et qui n'a pas besoin d'une psychose supplémentaire", a souligné la ministre.

 

"Le Congrès américain est sommé de faire quelque chose, si la situation se dégrade, ils seront comptables de cela", analyse Roland Marchal, pour lequel "l'usage de superlatifs" sert à promouvoir une intervention rapide et "nécessaire".

 

L'intervention se justifie par la nécessité de "remettre en place l'ordre et la loi dans un pays qui ne connaît ni l'un ni l'autre depuis plus de huit mois", note M. Marchal, pour qui "une simple intervention de maintien de la paix ne peut pas suffire, il faudra intervenir politiquement pour redonner une crédibilité à l'Etat centrafricain qui doit garantir l'ordre".

 

Selon le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU devrait rapidement permettre "aux forces africaines (des pays voisins), à l'Union africaine et également à la France" d'intervenir. La France serait dans ce cas "à l'appui des Africains", a-t-il souligné.

 

"L'insécurité a contraint des dizaines de milliers de personnes à se réfugier en brousse, où leur vie et les conditions d'hygiène sont déplorables", s'est alarmé lundi le chef du Comité international de la Croix-Rouge en Centrafrique, Georgios Georgantas, dans un communiqué.

 

© 2013 AFP

La Centrafrique au coeur d'une réunion de l'ONU
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:43

 

 

 

 

 

(Source : RFI) 25 nov. 2013

 

Le chef de la délégation du CICR en RCA, Georgios Georgantas, a déploré aujourd’hui les conditions sécuritaires en RCA qui obligeraient des dizaines de milliers de personnes à se cacher dans les brousses centrafricaines. « La situation qui prévaut actuellement est extrêmement préoccupante. La population réfugiée dans la brousse est souvent obligée de boire une eau de mauvaise qualité ou contaminée. Trouver de quoi manger est aussi problématique pour beaucoup. Ces conditions de vie rendent les déplacés, notamment les enfants en bas âge et les femmes enceintes, extrêmement vulnérables aux maladies », s’est indigné M. Georgantas.

 

Ces déclarations interviennent alors que des discussions consacrées à la crise ont été entamées ce matin par le Conseil de sécurité de l'ONU. Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait plaidé dans son dernier rapport sur la RCA pour un renforcement de la MISCA à hauteur de 6 000 à 8 000 Casques bleus. 

Centrafrique : le CICR lance un cri d’alarme face à l’insécurité en RCA
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:37

 

 

 

 

 

 

http://www.lefigaro.fr    25/11/2013 à 19:50

 

INTERVIEW EXCLUSIVE - Malgré les contraintes, le ministre de la Défense promet le maintien des capacités militaires à l'horizon 2020. LeFigaro.fr vous propose les principaux extraits de l'entretien à paraître mardi dans le journal.

 

Alors que la loi de programmation militaire (LPM), qui définit les priorités de la défense pour la période de 2014 à 2019, est examinée à partir de ce mardi à l'Assemblée nationale, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a accordé un entretien exclusif au Figaro.

 

LE FIGARO - Une intervention en Centrafrique est imminente. Quel sera le dispositif français?

 

Jean-Yves LE DRIAN - La situation est totalement différente de celle du Mali. La République centrafricaine (RCA), actuellement, n'a plus d'État. Des groupes rivaux s'entre-tuent, des exactions sont commises quotidiennement. La situation humanitaire est dramatique. Le pays est une zone de non-droit à un carrefour stratégique majeur entre trois régions sensibles, le Sahel, la région des Grands lacs et la Corne de l'Afrique. C'est une préoccupation pour notre sécurité, pour celle des pays voisins et celle de l'Europe. Une première résolution a déjà été adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU. Dans quelques jours, une deuxième résolution va mandater la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) pour rétablir les conditions de sécurité en RCA. Cette résolution intégrera le soutien de la France à la mission sécuritaire de la force africaine. Nous agirons en appui de la Misca.

 

D'ici à 2019, environ 34.000 postes vont être supprimés dans les armées. Ne va-t-on pas trop loin?

 

La France a et gardera en 2020 la première armée d'Europe, y compris en effectifs. En 2019, nous aurons 187.000 militaires (pour un total de 242.000 personnels de défense) alors que la Grande-Bretagne n'en aura que 145.000 et l'armée allemande moins aussi. Ces militaires seront équipés et entraînés pour faire face aux enjeux de demain. Les crédits de la préparation opérationnelle augmenteront de plus de 4 % par an. C'est le nerf de la guerre. Je l'ai constaté en me rendant au Mali, dans la vallée de l'Ametetaï, au lendemain des durs combats qui s'y sont déroulés. D'un courage et d'une tonicité exceptionnels, nos soldats étaient aussi équipés de telle sorte qu'ils étaient en relation avec les drones et les Rafale qui les appuyaient.

 

L'armée de demain c'est cela: à la fois la capacité des soldats, leur courage physique mais aussi leur préparation opérationnelle et la capacité technologique. Une bonne articulation interarmées est essentielle. Pour réaliser cela, à quels ajustements faut-il procéder? C'est cette question qu'il faut se poser plutôt que de dire: gardons tels effectifs et voyons ensuite ce que l'on peut faire. J'ai voulu une démarche cohérente.

Lu pour vous : Le Drian : «La France a et gardera la première armée d'Europe»
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:25

 

 

Dans le Figaro  du lundi 25 novembre 2013

 

 

 Au cours de sa jeune histoire, la République centrafricaine a connu déjà bien des heures sombres. Le pays affronte aujourd’hui sa pire crise. Dans cet État effondré, des pans entiers du territoire sont livrés à la violence de bandes armées. Pillages, recrutement d’enfants-soldats, villages brûlés, viols, exécutions sommaires : les populations civiles paient le prix fort. Déjà un habitant sur dix a dû fuir son foyer. La mortalité infantile, très élevée, s’aggrave encore. L’impact de l’instabilité sur l’agriculture vivrière annonce une possible crise alimentaire. Le système sanitaire est délabré avec, localement, l’amorce d’épidémies et seulement sept chirurgiens pour cinq millions d’habitants. Le climat de peur se double de la menace imminente d’une catastrophe humanitaire.

 

Dans ce territoire potentiellement riche et terriblement pauvre, où existait traditionnellement une certaine harmonie entre groupes et croyants des diverses confessions, voilà que des tensions intercommunautaires et interreligieuses se développent. L’hostilité entre chrétiens et musulmans est déjà à l’origine de nombreux morts. La spirale de haine opposant les habitants entre eux menace : il faut à tout prix l’éviter.

 

S’ajoute à ce tableau dramatique le risque de déstabilisation de toute la région. La République « centrafricaine » ne s’appelle pas ainsi par hasard : elle est au carrefour notamment de la zone des Grands Lacs, des deux Soudans, du Cameroun, du Tchad, du Congo. L’ensemble du continent aurait à perdre si elle devenait le sanctuaire de groupes armés criminels ou terroristes. L’expérience nous apprend combien il est dangereux de laisser ainsi se développer des « zones grises », refuges de trafics et de groupes terroristes venus d’autres pays africains ou d’autres régions du monde.

 

La gravité de cette situation a été soulignée dès septembre par le président français devant l’Organisation des Nations unies. Les pays du centre de l’Afrique, l’Union africaine sont alertés et mobilisés. Ni l’indifférence, ni l’inaction ne sont des options. Que faire ?

 

D’abord susciter l’engagement des Centrafricains eux-mêmes. Les autorités locales, même transitoires, portent la responsabilité d’assurer l’ordre public, de protéger les populations civiles et de lutter contre l’impunité. Elles doivent remplir leurs engagements : conduire la transition politique, organiser des élections au plus tard début 2015 comme le prévoient les accords internationaux. De leur côté, les acteurs de la société civile centrafricaine, notamment les religieux, doivent continuer de se mobiliser en faveur de la paix civile. Ils ont besoin d’être soutenus, ainsi que nous l’avons souligné avec la commissaire européenne aux Affaires humanitaires, Kristalina Georgieva, à l’occasion de notre récent déplacement conjoint à Bangui.

 

Un engagement fort de la communauté internationale est impératif. Il passe par un soutien humanitaire immédiat. L’Union européenne et les Nations unies s’y emploient. La France, à elle seule, consacre plusieurs millions d’euros à des actions humanitaires dans les domaines de l’alimentation et de la santé. Ces efforts doivent accompagner l’action des organisations non gouvernementales, notamment centrafricaines, qui œuvrent avec courage en faveur des plus éprouvés.

Mais l’amélioration de la situation humanitaire est évidemment inséparable du rétablissement prioritaire et urgent de la sécurité. Tous les acteurs, politiques comme humanitaires, partagent ce constat. L’Afrique est en première ligne et elle a commencé à intervenir. D’abord, les pays voisins et toute la région : en juillet, l’Union africaine a décidé de déployer une force africaine, la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca), que la France soutient et soutiendra. La communauté internationale doit accompagner la montée en puissance de cette force, dans tous les domaines, y compris en assurant son financement. La résolution 2121 du Conseil de sécurité adoptée à l’unanimité le 10 octobre constitue une première étape. Cette dynamique doit être amplifiée par un engagement collectif fort, à New York, à Bruxelles et à Addis-Abeba, de la part de tous les partenaires qui ont à cœur le sort de ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants. Le secrétaire général des Nations unies vient de faire rapport au Conseil de sécurité sur les choix à faire. Une nouvelle résolution de l’Organisation des Nations unies est imminente, tournée vers l’action.

 

La France, avec l’Union africaine, a fait de la mobilisation internationale en faveur de la République centrafricaine une priorité. Il s’agit, tout en évitant les erreurs du passé, de prévenir une situation dramatique et d’accompagner les Centrafricains et leurs partenaires africains dans leurs efforts pour la République centrafricaine. Nous ne voulons pas, demain, payer et subir le prix, beaucoup plus lourd, de l’inaction. La France sera au rendez-vous. Dans le respect du droit et avec ses partenaires, notamment européens, elle agira afin que, un an après le déclenchement de la rébellion, la République centrafricaine puisse reprendre espoir.

 

LAURENT FABIUS 

Empêcher la catastrophe en Centrafrique par Laurent Fabius
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:45

 

 

 

 

 

RFI lundi 25 novembre 2013 à 11:16

 

 

Le Conseil de sécurité des Nations unies commence, ce lundi 25 novembre 2013, l'examen d'une résolution en faveur d'une intervention internationale en République centrafricaine. La semaine dernière, les diplomates français et américains ont tiré la sonnette d'alarme évoquant un pays au bord du gouffre et une situation de pré-génocide. Pour Amnesty International, le monde doit agir vite avant que le pays ne sombre dans le chaos comme l’explique Christian Mukosa, chercheur et spécialiste de la RCA au sein de l’organisation, au micro d’Olivier Rogez.

 

RFI : Washington évoque une situation de « pré-génocide » en RCA. Paris affirme que la République centrafricaine est « au bord du génocide ».Qu’en est-il exactement ?

 

Christian Mukosa : La situation est grave en République centrafricaine. Et elle est devenue incontrôlable parce que les nouvelles autorités, ou les autorités de la transition qui gouvernent actuellement le pays, n’ont apparemment aucun contrôle sur les forces de sécurité et surtout sur les ex-Seleka, ces forces qui ont conduit au pouvoir Michel Djotodia. Ces autorités n’ont pas l’emprise sur des pans de territoire de la RCA et ils n’ont même pas l’emprise sur le contrôle de la capitale Bangui où des violations graves des droits humains sont en train de se commettre. Et tous les jours, on est au bord du gouffre. Dans certaines attaques, par exemple les membres de la Seleka qui sont en majorité musulmans, s’en prennent ainsi aux chrétiens et aux institutions chrétiennes. Et certains groupes armés attachés aux chrétiens, dont les anti-balaka, s’en prendraient à leur tour aux musulmans.

 

Dans ces attaques ou dans ces affrontements de représailles menées soit par les Seleka, soit par les anti-balaka, il y a une dimension religieuse, et une dimension ethnique, aussi ?

 

Oui, de plus en plus, il est visible que la dimension religieuse entre les musulmans et les chrétiens et la dimension ethnique entre des gens proches de l’ancien président Bozizé et les gens du nord, qui sont proches des leaders de l’ancienne Seleka, est en train de se faire voir. C’est une situation qui est très préoccupante et c’est pourquoi nous, Amnesty International, on a demandé que la communauté internationale agisse très vite avant qu’il ne soit trop tard, parce que ce nouveau développement de l’aspect religieux et de l’aspect ethnique dans cette crise politique est une bombe à retardement qui va exploser à tout moment.

 

On sait que les anti-balaka sont dans la région de Bossangoa pour la plupart. Quelle est l’ampleur des exactions ?

 

Ceux qui souffrent, c’est la population. Ce sont les civils qui souffrent. Les ex-Seleka, selon le rapport des Nations unies qui a été publié le 15 novembre, donc il y a quelques jours, ils seraient entre 15 000 et 20 000. Et seulement 9 000 ont été enregistrés par le gouvernement de transition. Ces personnes continuent à commettre des violations très graves des droits humains à travers tous les pays. Mais [il y a] également les anti-balaka [qui] commettent aussi des violations des droits humains, y compris contre les populations supposées être de connivence avec le pouvoir actuel ou les populations musulmanes, surtout dans la région de Bossangoa.

 

Cette semaine, où l’on a reçu des informations comme quoi à partir du 16 novembre jusqu’à ces derniers jours, il y a eu des attaques des anti-balaka contre les Seleka. Et les Sekeka en représailles ont attaqué aussi les anti-balaka conduisant à une crise humanitaire. Cela a conduit les gens à fuir leur village ou leur quartier pour aller se réfugier à la paroisse catholique de Bossangoa où il y aurait maintenant plus de 40 000 personnes qui sont agglutinées dans cet endroit qui ne peut pas en contenir autant. C’est une situation catastrophique.

 

D’une façon de plus en plus généralisée, la violence n’est plus l’apanage des porteurs d’armes, mais s’étend à tous les secteurs de la société...

 

Bien sûr, elle s’étend à tous les secteurs de la société. Les victimes sont les populations civiles. Ce sont les femmes, ce sont les enfants, ce sont les vieux, les vieillards. Et les autorités ne sont pas en mesure, n’ont pas la capacité de contrôler ce pays. Il faut une intervention pour aider la population, pour protéger la population de la République centrafricaine.

 

Parmi les cinq options qui seront examinées ce lundi au Conseil de sécurité des Nations unies, vous préconisez que les Nations unies adoptent la plus haute, c’est-à-dire une intervention sous mandat chapitre 7.

 

C’est la seule option fiable et capable de faire face à cette situation qui est en train de déraper tous les jours. Et il faut qu’on fasse très vite. On sait que la force des Nations unies prend du temps pour être mise en place. C’est pourquoi, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon l’a dit, il pourrait, s’il a l’autorisation du Conseil de sécurité, prendre quelque forces et missions des Nations unies de la paix qui sont juste à côté pour parer à cette situation. Une autre chose est que la France a une base en Centrafrique et il serait très important que la France ou l’Union européenne aident à ce qu'il y ait une intervention robuste de la part de la France, à l’image de l’intervention qui a eu lieu il y a une dizaine d’années dans l’Ituri [province de l'est de la République démocratique du Congo NDLR] lors l’opération européenne Artemis, pour mettre fin à la situation, pour mettre fin à cette crise qui est là, en attendant qu’il y ait une force des Nations unies en place.

 

C’est apparemment l’option qui se dessine côté français, puisque certains contingents français sont déjà en route pour le golfe de Guinée...

 

Ce serait très bien. Il faudrait que le contingent en question ait un mandat clair des Nations unies de protection des civils parce que, je le répète, la situation est en train de déraper tous les jours. Cela fait plusieurs années qu’Amnesty International suit la situation en Centrafrique. Nous pensons que, cette fois-ci, la situation est grave. On doit agir, et très vite. Et la communauté internationale doit prendre ses responsabilités afin de protéger la population centrafricaine le plus vite possible.

Christian Mukosa: «On est au bord du gouffre» en Centrafrique
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:13

 

 

 

 

 

RFI  lundi 25 novembre 2013 à 10:22

 

Les diplomaties américaines et françaises ont parlé de « situation pré-génocidaire » en République centrafricaine, ou d'un pays « au bord du génocide ». Ban Ki-moon, dans le rapport qui doit être examiné ce lundi 25 novembre, évoque « une situation qui a de fortes chances de se solder par des atrocités généralisées ». L'Union européenne décrit une situation de « violations généralisées des droits de l'homme qui se déroulent en toute impunité ». 

 

Huit mois après l'arrivée de Michel Djotodia au pouvoir à Bangui, l'absence de contrôle des ex-rebelles de la Seleka par les autorités de transition a créé une situation d'insécurité permanente et de peur généralisée en Centrafrique. L'exaspération a conduit au retour de milices d'autodéfense, les « anti-Balaka » (« anti-machette », en Sango, la langue nationale) qui, pour se venger des exactions, s'en prennent non seulement aux ex-rebelles, mais aussi aux populations musulmanes. En retour, la Seleka pratique une répression aveugle et disproportionnée.

 

 « Les signaux sont très inquiétants », explique Monseigneur Nzapalainga, l'archevêque de Bangui. Selon lui, dans la localité de Bogangolo, les milices d'autodéfense ont chassé tous les musulmans de leurs habitations. A Bohong, les Séléka avaient incendié les maisons des chrétiens et les avaient chassés en brousse. Zéré, est l'exemple d'une localité fantôme, vidée de ses populations par les vagues successives d'attaques et de représailles des Seleka et des anti-Balaka.

 

La tentation de la vengeance

 

Pour l'instant, les violences sont le fait des extrémistes. Mais la méfiance est en train de se répandre entre communautés. Les explosions de violence restent actuellement des phénomènes locaux, propres à certaines villes ou certains villages. Mais, sous l'effet de la colère et du désir de vengeance, ces explosions se multiplient.

 

 « J’entends de plus en plus les Banguissois dire "Lawa Lawa" », s'inquiète un acteur de la société civile. En Sango, la langue nationale, « Lawa Lawa », cela signifie : « Tôt ou tard, on va se venger. »

 

La recrudescence de la violence dans la capitale et l’annonce d’une prochaine instauration de couvre-feu obligent les Banguissois à changer leurs habitudes. Les Centrafricains appellent la Communauté internationale et la France à aider la Centrafrique à sortir de la situation qualifiée actuelle, comme a pu le constater le correspondant de RFI à Bangui.

 

Dans les rues, les bistrots ou les bureaux administratifs, on ne parle que de ça : la situation sécuritaire dans le pays, les exactions commises ces dernières semaines par des hommes de l’ancienne Seleka. Les Banguissois ont dû changer leurs habitudes, même les plus noctambules. « Notre comportement de vie à changé. Nous sommes vraiment dans l’impossibilité de manifester notre liberté, malgré que ce soit notre pays. Nous rentrions généralement à 23 h, minuit, mais maintenant à 18 heures nous sommes à la maison comme des petits enfants », explique un Banguissois au micro de RFI.

 

« Notre pays risque de disparaître »

 

Face à cette insécurité permanente et aux risques d'explosions de violence intercommunautaires, les Centrafricains appellent l'ONU et les Français à intervenir. « Je demande à la communauté internationale de nous porter secours, pour arrêter cette situation, sinon notre pays risque de disparaitre de la planète », plaide ainsi un habitant de Bangui. « Je demande principalement à la France - parce que c’est elle qui nous a colonisés, donc elle maîtrise bien la terre centrafricaine - de mener une action de grande envergure, pour mettre hors d’état de nuire ces bandits de grand chemin que sont les éléments de la Seleka. »

 

Au sein de la société civile, certains rappellent également que des milliers de personnes sont toujours en brousse, par peur des exactions de la Seleka ou des milices d'autodéfense. Une intervention, selon eux, est la seule solution pour venir en aide à ces populations.

La situation en Centrafrique devant le Conseil de sécurité
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:08

 

 

 

 

 

RFI samedi 23 novembre 2013 à 08:31

 

Les préparatifs pour une intervention française en Centrafrique s'accélèrent. Les déclarations des politiques se multiplient et des responsables français sont actuellement dans la sous-région pour s'entretenir avec les autorités des pays concernés par la crise. La France interviendra aux côtés de la Misca, la force africaine, dont l’Union africaine vient de désigner le chef : le Congolais Jean-Marie Michel Mokoko.

 

L'accélération de la communication des autorités françaises laisse peu d'ambiguïtés sur leur volonté d'intervenir en Centrafrique, aux côtés de la future force africaine, la Misca.

 

Jeudi 21 novembre, le président français, François Hollande, a indiqué que la France était prête à accompagner l'action de la communauté internationale et qu'il se refusait à laisser des massacres se produire en République centrafricaine.

 

Le même jour, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, déclarait sur une chaîne de télévision française que, selon lui, « le pays est au bord du génocide » et que la prochaine résolution de l'ONU allait permettre aux forces des pays de la région, à l'Union africaine et également à la France d'intervenir.

 

Une délégation française en tournée dans la région

 

Ce vendredi 22 novembre, une délégation du ministère français des Affaires étrangères a commencé une tournée régionale, destinée à évoquer la crise centrafricaine et la réponse que la communauté internationale entendait apporter.

 

De son côté, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est arrivé à Libreville, au Gabon où il a rencontré le président Ali Bongo. « La situation est extrêmement préoccupante, dangereuse, dramatique par certains côtés », a déclaré le ministre français à la presse. « Nous sommes tout à fait en phase sur l'analyse et la nécessité d'agir », a-t-il ajouté à l’issue de son entretien avec Ali Bongo.

 

La Misca, une force de 3 600 hommes

 

Les principaux traits de cette force sont connus : 3 600 hommes environ, dont 3 500 en uniforme. Reste à savoir quel soutien la communauté internationale lui apportera et si elle décide de faire passer cette force sous casques bleus. On ignorait également encore, jusqu'ici, les noms des principaux responsables de cette Misca.Ce vendredi 22 novembre, également, l’Union africaine a annoncé la nomination de l'équipe dirigeante de la Misca, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine. C'est le Congolais Jean-Marie Michel Mokoko qui a été choisi pour diriger la Misca.

 

Après s'être engagée à fournir les troupes nécessaires au démarrage de la Misca, le 19 décembre prochain, l'Afrique centrale espérait bien obtenir le commandement de cette force. Sa demande a été entendue par la présidente de la commission de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, qui annonce avoir nommé l'équipe dirigeante de la future force africaine en concertation avec les pays de la CEEAC, la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale.

 

Le général de division à la retraite Jean-Marie Michel Mokoko, du Congo-Brazzaville, a été désigné chef de la Misca et représentant spécial en République centrafricaine. Ce diplômé de l'école militaire Saint-Cyr et de l'école d'état-major en France est un ancien chef d'état-major des forces armées congolaises. Il a également été représentant spécial de l'Union africaine en Côte d'Ivoire. Jean-Marie Michel Mokoko occupait jusqu'ici le poste d'adjoint au Haut représentant de l'UA pour le Mali et le Sahel.

 

La Misca interviendra « en appui des autorités »


« La première des priorités est celle d’arriver rapidement, avec l’appui de tous », a déclaré Jean-Marie Michel Mokoko au micro de RFI, quelques heures après l'annonce de sa nomination. Il se donne pour objectif la « restauration de la sécurité, la protection des populations civiles ».

 

« Ce genre de mission est complexe », prévient-il cependant. « Il y a à la fois des questions liées à la sécurité (…) il y a aussi l’appui que la Misca va apporter dans tout ce qui concerne la réforme du secteur de Défense et de sécurité. Et il y a, enfin, l’appui que nous apporterons pour des questions liées à l’humanitaire. »

 

« Dans une mission comme celle-là, nous allons évidemment en appui des autorités centrafricaines », insiste-t-il, assurant que la passation entre la Micopax et la Misca sera effective le 19 décembre.

 

L'UA confirme par ailleurs la désignation du général de brigade camerounais Martin Tumenta Chomu à la tête de la composante militaire de la Misca. Et annonce celle du colonel de gendarmerie gabonais Patrice Otsangue Bengone à la tête de la composante police. Dans son communiqué, la présidente de la commission renouvelle l'appel de l'Union africaine aux Nations unies pour qu'un soutien effectif soit donné à la Misca. L'ONU doit examiner ce lundi 25 novembre les cinq options proposées par le secrétaire général, Ban Ki Moon.

 

A Bangui, les magistrats manifestent contre un « génocide programmé »

 

Les magistrats de Centrafrique ont marché vendredi 22 novembre à Bangui, pour dénoncer les exactions commises par les hommes de la Seleka dans le pays. A travers leur manifestation, les magistrats ont également voulu rendre hommage à leur collègue, Modeste Martineau Bria, tué samedi dernier, le 16 novembre, par des hommes de l’ancienne coalition rebelle. A la fin de la marche, le corps judiciaire centrafricain dans un communiqué, a aussi demandé à la communauté internationale et aux grandes puissances d’intervenir, afin d’éviter « un génocide qui est en train de se jouer » en République centrafricaine.

« Ne pas attendre qu'il soit trop tard »

 

« C’est à la fois pour honorer et rendre hommage à la mémoire de notre collègue que la marche avait été organisée par le corps judiciaire tout entier, magistrats, avocats, huissiers de justice, greffiers, secrétaires, notaires et tous ceux qui participent à la famille judiciaire », expose au micro de RFI Me Emile Bizon, l’un des avocats à l’origine de la marche. « Nous voulons par notre action lancer un appel à toute la communauté internationale et aux grandes puissances devant la barbarie qui est en train de se faire, devant le génocide qui est en train de se jouer en République centrafricaine », explique-t-il, enjoignant la communauté internationale à « prendre (ses) responsabilités, de ne pas attendre qu’ils soient (trop) tard avant de réagir, (…) pour assurer la sécurité des populations civiles en République centrafricaine ».

La France se prépare à intervenir en Centrafrique (RFI)
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 09:38

 

 

 

 

 


Le commandant ayant mené l’attaque contre la ville de Camp Bangui devrait répondre de ses actes


(Bangui, le 25 novembre 2013) – Des ex-combattants rebelles de la Séléka, théoriquement intégrés au sein de l’armée, ont pillé et incendié une petite ville de la République centrafricaine le 10 novembre 2013, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Le gouvernement de transition, dirigé par le Président par intérim Michel Djotodia, devrait immédiatement suspendre le commandant militaire qui a organisé l’attaque et ouvrir une enquête à son encontre.


Le 10 novembre, Human Rights Watch a vu le Général Abdallah Hamat, commandant militaire d’une grande partie de la province d’Ombella-Mpoko, rassembler ses hommes dans la ville de Gaga en vue de prendre part à une attaque lancée contre un groupe armé local, connu sous le nom d’anti-balaka, à proximité de la ville de Camp Bangui. Quatre jours plus tard, Human Rights Watch est arrivé à Camp Bangui et a trouvé la ville totalement détruite. Des survivants présents dans la localité ont déclaré que les forces de la Séléka étaient responsables de cette dévastation. Hamat et un autre haut officier de l’armée ont reconnu que leurs forces s’étaient rendues à Camp Bangui et que des combats y avaient eu lieu, provoquant quelques dégâts.


« Le cas du Général Hamat est un test pour le Président Djotodia, qui a déclaré qu’il ne tolérerait pas de comportement anarchique de la part de forces se trouvant sous son commandement », a fait remarquer Daniel Bekele, directeur de la division Afrique de Human Rights Watch. « Si le gouvernement ne prend pas de mesures visant à enquêter et à poursuivre les responsables, ce type d’attaques ne cessera de se reproduire. »


Hamat et d’anciens combattants de la Séléka ont perpétré de graves exactions à Camp Bangui et devraient être traduits en justice, a souligné Human Rights Watch.

En raison de l’insécurité régnant dans la région, Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer le nombre de morts à Camp Bangui, ni les informations détaillées relatives aux combats. Cependant, des habitants ont signalé que trois cadavres trouvés après l’attaque étaient ceux de civils. Le nombre de morts est probablement plus élevé.


La Séléka, une coalition rebelle à prédominance musulmane dirigée par Djotodia, a renversé l’ex-Président François Bozizé le 24 mars dernier. Un rapport publié par Human Rights Watch en septembre décrit en détail les meurtres délibérés de civils – y compris de femmes, d’enfants et de personnes âgées – commis par la Séléka entre mars et juin, et confirme la destruction injustifiée de plus de 1 000 habitations, dans la capitale, Bangui, ainsi que dans les provinces.


Cherchant apparemment à prendre ses distances par rapport à ces exactions, le 13 septembre, Djotodia a officiellement dissous la Séléka, dont certains membres seraient originaires du Tchad et du Soudan. Les ex-rebelles de la Séléka sont en principe intégrés au sein d’une nouvelle « armée nationale », mais son commandement et son contrôle demeurent douteux. Le groupe, aujourd’hui qualifié d’ex-Séléka, continue de perpétrer des exactions en République centrafricaine.

Human Rights Watch s’est rendu dans la province d’Ombella-Mpoko le 10 novembre afin d’enquêter sur les meurtres de civils et les incendies de maisons qui s’étaient produits lors d’une bataille qui avait opposé des ex-Séléka aux forces anti-balaka en octobre à Gaga. Les anti-balaka – des groupes armés créés par le Président de l’époque Bozizé pour lutter contre le banditisme – sont à prédominance chrétienne et comprennent quelques soldats qui ont servi sous le régime Bozizé au sein des Forces armées centrafricaines (FACA). Au cours des dernières semaines, la violence et l’insécurité en République centrafricaine ont pris une dimension sectaire alarmante, les anti-balaka attaquant des civils musulmans en réaction aux exactions commises par les ex-Séléka.


Le 10 novembre, tôt le matin à Gaga, des ex-combattants de la Séléka qui quittaient la ville à moto ont informé Human Rights Watch qu’ils allaient « à Camp Bangui pour combattre les anti-balaka ». Plus tard dans la journée, le Général Hamat est arrivé à Gaga avec une douzaine d’hommes. L’un de ses officiers, le Colonel Ahmed Akhtahir, l’y a suivi, également accompagné d’une douzaine d’hommes.


À Gaga, Hamat a réquisitionné des motos appartenant à des transporteurs locaux. Il a ensuite demandé du carburant et des « dons » à la population musulmane locale, s’adressant en arabe à la foule réunie : « N’y a-t-il pas ici de musulmans loyaux qui donneront du carburant pour que nous puissions combattre l’ennemi ? » Après avoir collecté du carburant et de l’argent, Hamat et Akhtahir ont emmené leurs forces à moto sur une route située dans une zone reculée, envahie par une végétation dense et menant à Camp Bangui, à au moins 25 kilomètres de Gaga et accessible uniquement à moto.


Le lendemain, le 11 novembre, lorsque Human Rights Watch a cherché à confirmer à Gaga les informations selon lesquelles une attaque toute récente avait été menée à Camp Bangui, le Commandant Ibrahiem Yusef a cherché à dissuader Human Rights Watch de suivre « nos hommes qui sont allés à Camp Bangui hier » et de signaler l’incident.


Trois jours plus tard, Human Rights Watch s’est rendu à Camp Bangui et a découvert un corps sur la route à l’entrée de la ville, et senti l’odeur de corps en décomposition. Une fois à Camp Bangui, Human Rights Watch a trouvé une ville totalement dévastée. Les habitants avaient fui leurs maisons sans avoir eu le temps d’emporter des bagages. Des chaises étaient renversées, des marmites se trouvaient encore sur des feux qui s’étaient consumés. Le centre de la ville avait été complètement pillé, et la vaste majorité des habitations, abritant de 300 à 400 familles, avaient été incendiées.

La plus grande partie de la ville avait été abandonnée, mais quelques membres de la population locale étaient restés. Les témoignages des habitants faisaient systématiquement état d’une attaque menée par les forces de Hamat.


Un homme a expliqué à Human Rights Watch : « Les combattants de la Séléka sont arrivés dimanche matin. Nous avons entendu des coups de feu du côté du terrain de football. Ils ont tiré en entrant dans le village, et les civils se sont enfuis. » Un autre habitant a signalé : « Dès que nous avons entendu les coups de feu, nous sommes partis en courant dans la brousse. Nous n’avions pas le temps de préparer nos sacs. »


De nombreuses maisons ont été incendiées, et de la nourriture, des motos, des vêtements et des meubles détruits. Une femme a confié à Human Rights Watch : « Ils ont pris toutes les choses de valeur qu’ils pouvaient emporter et ils ont brûlé le reste. » Des douilles de fusils d’assaut et des fragments de grenade jonchaient le sol.



Un habitant de Camp Bangui a confirmé que certains hommes du village avaient riposté à l’attaque des hommes de Hamat à l’aide de fusils de chasse artisanaux. On ignore si ces hommes étaient des anti-balaka, mais le groupe armé local avait une forte présence dans un village voisin.


La population survivante de cette localité vit maintenant dans la brousse près de la ville, sans habitation, sans médicaments, ni même la possibilité de bénéficier d’une aide humanitaire. L’attaque menée contre la ville constitue une violation du droit international humanitaire, qui interdit les attaques contre des civils ainsi que la destruction et le pillage de biens civils. Ceux qui ont perpétré ou ordonné l’attaque sont responsables de crimes de guerre.


« Sans une enquête plus approfondie, le nombre de personnes qui ont péri à Camp Bangui ne sera jamais connu », a fait remarquer Daniel Bekele. « Les attaques telles que celle-ci contre des zones peuplées provoquent des destructions massives et suscitent la peur au sein de la population de la République centrafricaine. »


Le 15 novembre, Human Rights Watch a rencontré le Colonel Idriss Ahamat, l’officier chargé du commandement à Gaga sous les ordres du Général Hamat. Il a déclaré au chercheur qu’il y avait eu une bataille à Camp Bangui : « Certains anti-balaka se sont cachés dans les maisons et ces maisons ont dû être brûlées. » Interrogé sur le nombre de maisons qui avaient été incendiées, il a répondu : « Beaucoup… 200, peut-être 300. » Il a expliqué par la suite que le feu avait été mis aux maisons par inadvertance par des balles qui avaient touché les toits végétaux. Interpellé par Human Rights Watch sur la possibilité que 200 maisons aient pu prendre feu à cause des balles, il a répondu : « Il n’y a peut-être eu que 20 ou 30 maisons incendiées… parfois quand un incendie se déclare, il peut se propager d’une maison à l’autre lorsqu’elles sont très rapprochées. »


Human Rights Watch a rencontré le Général Hamat le 15 novembre à Bangui. Le général a déclaré qu’il se trouvait à Camp Bangui le 10 novembre, mais il a minimisé les dégâts occasionnés : « En arrivant à Camp Bangui, il y a eu un combat et quelques maisons ont été endommagées. Il n’y en a pas eu beaucoup, peut-être quatre maisons incendiées. J’étais là après l’attaque contre Camp Bangui. Je l’ai vu de mes propres yeux. »


Hamat a démenti les accusations selon lesquelles ses troupes s’étaient livrées à des attaques contre des civils ou leurs biens, signalant à Human Rights Watch : « Mes éléments n’ont pas le droit de causer des troubles. S’ils le font, je les sanctionnerai… Je veux la paix. Je veux que les gens rentrent chez eux. »


Dans les rangs des forces de Hamat, Human Rights Watch a observé un grand nombre de soldats qui semblaient être des enfants. Interrogé à propos de l’âge d’un soldat apparemment très jeune qui portait un fusil d’assaut Kalachnikov, le Commandant Yusef a confirmé qu’il avait 8 ans et était « bon tireur ». Lorsqu’il s’est vu demander pourquoi il utilisait des enfants aussi jeunes dans les combats, Yusef a répondu : « Les adultes s’inquiètent et parfois, vous devez leur donner des drogues, mais les enfants attaquent tout simplement sans battre en retraite. »

Human Rights Watch s’est également entretenu avec Djotodia en novembre et lui a demandé quels efforts il avait déployés pour mettre un terme aux exactions commises par son armée et par les ex-combattants de la Séléka. Il a répondu : « Je ne peux pas nier que certains de ces faits se soient produits, mais les responsables seront punis. »


« Il faut que le gouvernement de transition assure le contrôle de ses forces immédiatement et traduise en justice ceux qui ont supervisé ces effroyables exactions », a souligné Daniel Bekele. « Avec ces preuves, Djotodia ne peut prétendre qu’il n’était pas au courant de cette attaque. Il devrait suspendre Hamat avant que le général ne sème davantage le chaos au sein de la population, et il devrait ouvrir une enquête et engager des poursuites à l’encontre de tous les responsables de l’attaque menée à Camp Bangui. »



Pour d’autres documents et rapports de Human Rights Watch sur la République centrafricaine, veuillez consulter :
http://www.hrw.org/fr/africa/central-african-republic

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
À Paris, Jean-Marie Fardeau (français, anglais, portugais) : +33-143-595-531 ; ou +33-645-852-487 (portable) ; oufardeaj@hrw.org
À Kigali, Lewis Mudge (anglais) : +250-788-502-870 (portable) ; ou mudgel@hrw.org
À Genève, Peter Bouckaert (anglais, français) : +41-789-459-385 (portable) ; ou bouckap@hrw.org
À New York, Philippe Bolopion (français, anglais) : +1-212-216-1276 ; ou +1-917-734-3201 (portable) ; oubolopion@hrw.org
À New York, Rona Peligal (anglais) : +1-917-363-3893 (portable) ; ou peligar@hrw.org

République centrafricaine : Des crimes de guerre commis par des ex-rebelles de la Séléka (HRW)
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