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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 19:16
La sombre saga des enfants Bokassa
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La sombre saga des enfants Bokassa

 

Lu pour vous

 

https://www.lexpress.fr  Par Vincent Hugeux, publié le 26/10/2019 à 06:30 , mis à jour à 18:43

 

Les fils et filles du dictateur centrafricain, mort en 1996, s'efforcent de déjouer les pièges d'une pesante filiation et de s'affranchir des fantômes du passé.

 

Acte I : Où l'on découvre la progéniture pléthorique de feue Sa Majesté Impériale.

Il est des noms si lourds à porter, des hérédités écrasantes, minées, vénéneuses. Certains s'en délestent, quand d'autres les assument, sinon les revendiquent. Pas simple de s'appeler Bokassa, d'endosser où que l'on aille et quoi que l'on fasse, fût-ce quatre décennies après sa destitution et vingt-trois ans après son trépas, le patronyme du défunt despote centrafricain, si souvent dépeint sous les traits d'un soudard, d'un cruel bouffon, d'un clown tragique ou d'un empereur de pacotille. Et qui fut à coup sûr un géniteur prolifique.  

Dans son sulfureux sillage, l'illustre Jean-Bedel, cet ancien capitaine de la Coloniale qui donna du "papa" à Charles de Gaulle avant de sceller avec Valéry Giscard d'Estaing, chasseur impénitent, un embarrassant cousinage, a semé une cinquantaine d'enfants, nés de dix-sept mariages et d'une demi-douzaine de liaisons. Epouses et concubines venues d'Afrique, d'Europe, d'Asie ou du Liban.  

Combien de rejetons à l'unité près ? Mystère. Le décompte varie au sein même de cette fratrie pléthorique, dispersée, ballottée par les bourrasques de l'histoire. "Guère plus de 40", avance l'un ; 55 ou 56, "de l'aveu même de notre père", riposte un autre. Une certitude : voilà cinq ans, quand vint l'heure de partager le reliquat d'un pactole peau de chagrin, fruit de la vente aux enchères et à vil prix de deux châteaux et de terres berrichonnes, un notaire opiniâtre recensa 37 héritiers vivants, dûment pourvus d'un certificat de naissance.  

Repris de justice, artistes et squatters tenaces

Martiaux, célestes ou surannés, les prénoms donnés au fil des ans reflètent la dévotion qu'inspirait à celui qui servit en Indochine puis en Algérie, Légion d'honneur et croix de guerre à la clef, cette France qui l'aura tant choyé puis si sèchement trahi. Des Jean en pagaille, des Marie à foison, mais aussi Saint-Sylvestre, Saint-Cyr et Charlemagne - tous deux décédés -, Sidonie et Dieu Béni, Diane et Gastien. Pas question, bien sûr, de passer en revue tous les enfants de la troupe, de Georges, l'aîné, éphémère ministre des Armées du paternel, au benjamin, Jean-Bedel Junior, caporal-chef au 13e bataillon des chasseurs alpins (BCA) de Chambéry, prompt à afficher "l'admiration" vouée à l'auteur de ses jours. La boucle - du ceinturon de treillis - est bouclée. Comment donc traduit-on atavisme en sango, la langue de là-bas ?  

Dans cette cohorte, l'artiste avant-gardiste côtoie le vétérinaire devenu SDF, le chauffeur de limousine, la communicante ou le jet-setteur versatile. On y trouve des restauratrices, des repris de justice, d'anciens potes de lycée de Bernard Tapie, des squatters tenaces. Tel a contracté le virus de la politique, tel autre fut anéanti par la came ou le démon du jeu. Beaucoup ont navigué, au hasard des revers de fortune de "Papa Bok", entre une pension helvétique, un château francilien, un manoir solognot, une villa abidjanaise, un foyer de la Ddass, un couloir de métro. Voire, telle est la destinée du malfrat d'occasion, une cellule de Fleury-Mérogis. Le luxe, l'errance, la taule, la honte et la fierté, l'âpre quête d'une illusoire normalité : ce qui fait fardeau, c'est moins le "blaze" plombé que les blessures de l'enfance, si dorée fût celle-ci.  

Tous ou presque s'échinent à réhabiliter un pater familias "diffamé" ou "diabolisé", à laver son honneur, injustement souillé à leurs yeux. Tous ou presque imputent - non sans raison pour le coup - sa déchéance made in France à la duplicité de la Giscardie. Oui, bien sûr, Sa Majesté Impériale Bokassa 1er, éprise d'ordre, avait un "fort caractère", un "tempérament excentrique et exubérant" et de fracassants accès de colère. De là à le camper en tyran cannibale, en massacreur d'écoliers rebelles... "Lors de son second procès [en juin 1987], souligne Jean-Serge, le n° 15 de la fratrie, 10 des 14 chefs d'accusation ont été abandonnés, dont l'anthropophagie. On lui aura au moins rendu cette justice. Mon père, sorti du néant, a commis des erreurs, mais il fut avant tout un bâtisseur, guidé par l'amour de la patrie. Pour avancer, notre peuple a besoin de la fermeté d'un homme à poigne. Dans la République centrafricaine (RCA) d'aujourd'hui, guettée par le chaos, flotte d'ailleurs une forme de nostalgie."  

 Querelles de préséance anachroniques ? Jalousies recuites ? Sous ce plaidoyer affleurent les fêlures. Car au sein de la postérité du souverain détrôné, on rivalise de loyauté filiale posthume. "Les petits n'ont pas vécu à ses côtés, ils ne l'ont pas vraiment connu", persifle l'un des frangins. "Ne vous fiez pas à celui-là, riposte un cadet, il n'a jamais travaillé et traîne un sérieux passif pénal." "Elle ? Une menteuse !" fulmine un autre au sujet d'une demi-soeur en rupture de ban. Quant aux sept enfants de Catherine - l'ex-impératrice, figurante boudeuse du grotesque sacre du 4 décembre 1977 -, ils ont droit à d'amers griefs. "Eux ont renié leur nom au grand dépit de leur père, vous glisse-t-on, pour n'en retrouver l'usage qu'à l'instant de la succession."  

Autre indice d'un malaise latent : plusieurs des descendants sollicités, initialement disposés à se confier, se sont rétractés. Tel est le cas de Marie-Ange, alias Kiki, "artiste conceptuelle autodidacte" établie depuis 2012 à Dublin (Irlande). Dommage. Car le parcours de la fille de la Libanaise Alda Geday vaut le détour. Née à Paris en 1975, "Kiki" a 3 ans lorsqu'elle découvre un pays du Cèdre meurtri par les guerres plus ou moins civiles. Mariée à un créateur de mode beyrouthin, la métisse arabophone à la riche palette doit sa notoriété à son activisme caritatif, mais plus encore à ses performances picturales. La plus fameuse, un exercice d'"art visuel immersif" et pacifiste intitulé 72 hours, date d'avril 2009. Au coeur de Beyrouth, Marie-Ange s'enferme alors trois jours et trois nuits durant dans un cube tapissé de toiles du sol au plafond, qu'elle gouache non-stop. Seule une porte vitrée permet aux badauds de contempler le happening de la recluse volontaire, retransmis alentour sur écrans géants.  

Domicilié à Challes-les-Eaux (Savoie), Jean-Bedel Jr, le sous-officier du 13e BCA, avait lui aussi donné son aval. Restait à convenir des modalités d'un rendez-vous d'autant plus prometteur que l'intéressé oeuvre semble-t-il à l'accompagnement psychologique de soldats fraîchement rentrés de terrains éprouvants, tels le Sahel et l'Afghanistan. Las !, le benjamin a soudain cessé de répondre aux messages vocaux comme aux textos. Silence radio. Selon l'un de ses aînés, il se retranche derrière les réticences de sa hiérarchie ; argument spécieux, à en juger par l'accueil bienveillant qu'a suscité notre requête à l'état-major des armées. On s'en tiendra donc, faute de mieux, à la devise de son profil WhatsApp - "Sois le changement que tu veux voir dans le monde" - et à cette photo où il pose, barbiche taillée, chemise ouverte et cigare aux lèvres. Repos, vous pouvez fumer...  

Acte II : Où l'on croise un dandy, une usurpatrice et un énigmatique aîné au passé tumultueux

L'oscar de la dérobade revient toutefois à Jean-Barthélémy Bokassa, le premier petit-fils du patriarche. Le 15 octobre dernier, à 3 h 27 du matin, soit six bonnes semaines après une longue et courtoise rencontre au bar de l'Hôtel Lutetia, ce dandy au phrasé précieux, dingue de l'épopée bonapartiste, adresse à l'auteur de ces lignes un courriel ainsi libellé : "Après réflexion, je ne souhaite plus apparaître ni être cité dans le portrait que vous allez publier". Courriel transmis, est-il précisé, "à mon avocat ainsi qu'à la rédaction de L'Express". Une surprise ? Pas vraiment. Déjà, en amont de notre échange, Jean-Barthélémy, ainsi prénommé sur décision de grand-papa en hommage à l'oncle Barthélemy Boganda, "père fondateur" de la RCA, avait prétendu dicter ses conditions : interdit de qualifier de dictateur l'aïeul, qui devra être désigné sous les seuls titres de "président" ou "empereur". Ce à quoi je répondis n'avoir pas pour habitude de céder à mes interlocuteurs la gestion de mon champ lexical. Sans pour autant que Jean-Barth', peintre et essayiste à ses heures, n'annule le rendez-vous fixé à son retour de Corse, où il venait de souffler ses 44 bougies en compagnie de sa mère, Martine, patronne d'un restaurant de L'Ile-Rousse à l'enseigne du Tam-Tam Saïgon. Une table à recommander ? Difficile de trancher, tant les avis postés sur le site TripAdvisor divergent, de "Super !" à "Répugnant". Impossible en outre de juger sur pièce le pâté... impérial maison : attachée à son relatif anonymat, la maîtresse des lieux nous avait d'emblée poliment éconduit, épargnant ainsi aux finances de ce magazine un aller-retour Paris-Calvi.  

"Mon père était embêté. Il a gardé les deux."

Née des amours de l'adjudant Jean-Bedel Bokassa, alors affecté en "Indo", et de la Vietnamienne Nguyen Thin Hue, Martine fait tour à tour escale à Abidjan, au château d'Hardricourt (Yvelines) - le préféré de Sa Majesté -, puis à Nancy, ouvrant dans la capitale des ducs de Lorraine une boutique d'électroménager et une bijouterie. A la faveur d'une escapade estivale, elle s'éprend de l'île de Beauté, son ultime port d'attache. Au moins l'arrivée de la sang-mêlé afro-vietnamienne aura-t-elle pimenté les tournées du facteur, guère accoutumé jusqu'alors à livrer des courriers destinés à "Son Altesse la Princesse Martine Bokassa de Berengo".  

Encore adolescente, ladite princesse fut bien malgré elle l'héroïne d'une imposture d'anthologie. En l'an 1970, le général-président Bokassa ordonne le rapatriement à Bangui de sa première fille, qui réside alors avec maman au Sud-Vietnam. Flairant l'aubaine, une "fausse Martine", aussitôt traitée avec les égards dus à l'enfant prodigue, surgit sur l'avant-scène. Mais la fable ayant tourné court, vient le moment pour la "vraie" de rallier les rives de l'Oubangui. "Mon père était tellement embêté qu'il a gardé les deux", confie Jean-Serge. Lesquelles deux convoleront le même jour. L'authentique avec un médecin, Jean-Bruno Dedeavode ; l'intruse avec Fidèle Obrou, commandant de l'armée de l'air. Noces tragiques. Celui-ci, incriminé dans un attentat manqué contre le président David Dacko, successeur de "Bok", sera passé par les armes ; tout comme celui-là, accusé d'avoir administré un "médicament" mortel au nouveau-né de Martine l'usurpatrice.  

Chez les soeurs, il y eut grâce au ciel des trajectoires moins funestes. Témoin Marie-Claire, cofondatrice en 2017 et présidente de l'agence de "communication, impression et création graphique" Evenvie - "Eveillons vos envies" -, logée rue Eugène-Manuel, dans le XVIe arrondissement de Paris. A en croire le site web de la société, l'ancienne directrice de crèche, adepte de l'enseignement bilingue précoce comme des technologies innovantes, se fait fort de fournir "des solutions ludiques pour l'apprentissage de l'enfant". Plus prosaïquement, Evenvie propose des "packs clefs en main", du branding - valorisation de marques - à l'habillage de stands, via les newsletters, affiches et autres cadeaux publicitaires. "Marie-Claire jouit d'une indéniable influence, précise un proche. C'est elle qui anime les réunions des enfants établis en France."  

Tout juste septuagénaire, Georges, le plus âgé des "Hexagonaux", est aussi le doyen de la fratrie. Natif de Brazzaville (Congo), ex-capitale de la France libre de 1940 à 1942, il n'a pas 10 ans quand, en 1959, sa mère, originaire d'Angola, périt dans la tragédie du barrage varois de Malpasset, fatale à 423 villageois. Son père, qui le rêve un temps en patron de la Banque centrale, lui confiera le maroquin de la Défense. Trois petits mois et puis s'en va. Un demi-frère l'accuse d'ourdir un putsch, déchaînant le courroux paternel et précipitant une disgrâce passagère.  

 Dans ce café de la porte Maillot, l'aîné massif et un rien hâbleur à l'élocution heurtée déroule un monologue erratique. Prolixe sur les vilenies de Giscard, au point de se vanter d'avoir "sorti avec Claude Angeli" - l'ancien rédacteur en chef du Canard enchaîné - l'affaire des diamants, il se fait moins disert quand on s'enquiert de ses activités présentes. Evasif, l'homme évoque des "missions" aux contours brumeux, qui le mènent de Londres à Washington via Abidjan. A l'en croire, il traque ainsi avec la CIA le magot de feu Muammar Kadhafi. Et d'exhiber une photo prise à Johannesburg (Afrique du Sud), où il apparaît en compagnie de Béchir Saleh, ex-surintendant du Guide libyen, et d'un ancien de la centrale de renseignement américaine. 

Georges se montre en revanche intarissable sur le patrimoine paternel et la "scandaleuse spoliation" dont il se dit victime. Expulsé jadis par décision de justice, et plutôt deux fois qu'une, du manoir de Mézy-sur-Seine, tout proche d'Hardricourt, le châtelain "jeté à la rue avec des gamins en bas âge" dénonce un "complot" et invoque à bon droit sa qualité de légataire universel, reconnue par une cour banguissoise. Serait-ce si simple ? Une plongée dans les archives éclaire cette part d'ombre. Georges y a passé - à l'ombre - deux piges pour chèques falsifiés, usage de faux, recel de vol, escroquerie et abandon de famille. Parenthèse carcérale imputée là encore à un "habile montage". Il n'empêche : paru en mars 1994 dans L'Humanité, un compte rendu d'audience cousu d'ironie décrit l'arrivée au tribunal de Chambéry, menottes aux poignets, d'un prévenu jugé cette fois-là pour non-paiement de pensions alimentaires. Et qui, arrêté par les gendarmes en son château de Mézy, jure à la barre, les yeux embués, ne toucher depuis trois ans que le RMI.  

Un quart de siècle plus tard, le voilà réduit à louer une maison à Gaillon, tranquille bourgade de l'Eure, en attendant de couler une paisible retraite dans sa ferme broussarde de Bayanga, à l'extrême sud-ouest de l'ancien Oubangui-Chari, aux confins du Cameroun et du Congo-Brazza. Déjà, peu avant la présidentielle de 2010, le premier-né avait annoncé son retour au pays et sa candidature. Avant de renoncer à l'un et l'autre. "A quoi bon, grommelle-t-il, concourir dans un scrutin joué d'avance, truqué par les Français ?"  

Acte III : Où l'on suit les pas d'un héritier insaisissable, d'un ex-ministre indocile et d'une franc-tireuse métissée

Un Jean-Bedel peut en cacher un autre. Voire deux. On connaît, à peine, le chasseur alpin ; pas encore le prince héritier. Quiconque a contemplé les images du couronnement de 1977, pantalonnade napoléonienne bénie et orchestrée par Paris, garde en mémoire les bâillements de ce gamin de 4 ans posé sur un pouf tel un bibelot, écrasé de chaleur et d'ennui, engoncé dans un uniforme d'apparat virginal et coiffé d'un képi XXL. Qu'est-il donc advenu depuis lors de - prenez votre souffle - Son Altesse Jean-Bedel Bokassa Mindogon Mgboundoulou Ada Mbalanga ? "A vrai dire, je l'ignore, concède Jean-Serge, chef de file du peloton successoral. On le dit toujours en Suisse, où il aurait été employé dans une maison de retraite."  

L'ancien titulaire du portefeuille de l'Intérieur a pourtant croisé son cadet en février 2018 au domaine de Berengo, autrefois siège du palais impérial, cédé aux instructeurs militaires russes débarqués l'an dernier, et ce au grand dam de la descendance. Dans un communiqué dégainé deux semaines auparavant, une douzaine de fils et filles expatriés avaient ainsi fait part de l'"émoi" et de la "consternation" que leur inspire cette intrusion sur une terre ancestrale tenue pour sacrée, là même où repose en son mausolée le papa défunt. 

"Méfie-toi de la politique", lui a conseillé l'Empereur déchu

Une évidence : le chef de l'Etat Faustin-Archange Touadéra aura prestement empoché les dividendes du passage du dauphin oublié, venu renouveler à Bangui son passeport. En quête d'une caution familiale, le pouvoir gratifie aussitôt le quadra svelte, dégarni et barbichu d'un accueil VIP, avec voiture, chauffeur, aide de camp et audience "chaleureuse et constructive" à la présidence. Laquelle s'empresse de diffuser le cliché du face-à-face et les propos élogieux prêtés au visiteur, "fort impressionné" par la "vision positive" de son hôte. Mieux, l'altesse virtuelle aurait salué la contribution des envoyés de Moscou aux efforts de pacification du pays. "Manipulé, il a endossé ce rôle sans se poser de questions, soupire un témoin. Tout cela aura hélas rouvert de vieilles blessures". Allusion transparente à l'animosité que suscite hors de son lignage "Maman Catherine", ci-devant impératrice suspectée elle aussi de pactiser avec Touadéra.  

L'épisode aura aussi abrégé la carrière ministérielle de Jean-Serge Bokassa. Déjà privé de l'essentiel de ses prérogatives, il se verra limogé par décret deux mois plus tard. "Méfie-toi de la politique, lui avait enjoint son père. Elle m'a tout pris, mes biens et ma famille." Peine perdue. En 2015, le fiston brigue en candidat indépendant la magistrature suprême. Crédité de 6,56 % des suffrages, il se désiste en faveur du futur vainqueur. Le voilà désormais dans le camp d'en face, porte-parole d'une alliance d'opposition.  

De mère gabonaise, lui avait 5 ans à l'heure du sacre, 7 quand sonna celle de la débâcle et de l'exil. Il aura, comme d'autres, erré et frôlé la noyade, mais a su surnager, agrippé au roc de la foi. "A l'été 1997, confesse-t-il, j'ai rejoint le cursus missionnaire d'une église évangélique, puis je me suis engagé au sortir de ma formation dans les prisons ou auprès de jeunes marginaux." Au soir de sa vie, Bokassa père, amnistié après avoir été condamné à mort, châtiment commué en détention à perpétuité puis ramené à dix ans, cédera lui aussi aux sirènes du mysticisme. Au diable le sceptre serti de diamants et la lourde cape écarlate frangée d'hermine. Place à l'aube immaculée et à l'épaisse croix pectorale de l'"apôtre du Christ".  

Le Très-Haut, pourvu qu'Il en déniche, reconnaîtra les siens. Gageons que sa mansuétude s'étendra à Marie-France l'insoumise, honnie de la tribu pour avoir osé publier en février dernier chez Flammarion un témoignage douloureux et glaçant intitulé Au château de l'ogre. Fille d'une jeune serveuse dont Bokassa se toqua lors d'une tournée des rizières de Taïwan, la métisse afro-asiatique au visage lisse et avenant y raconte ses fugues, les chapardages à l'épicerie d'Hardricourt, les insultes racistes essuyées à l'école, l'irruption providentielle d'une mère de substitution et la grossesse précoce. Mais elle y relate aussi les bouffées de fureur et les brimades d'un "Papa Bok" volontiers tyrannique, enclin à manier la chicotte et à brûler les vêtements de la gamine coupable de manquer à ses devoirs. Quels devoirs ? Servir son whisky, préparer ses repas, le dévêtir et le coucher, puis écouter tantôt le récit ressassé des splendeurs révolues, tantôt les diatribes geignardes de l'exilé lâché par la France.  

"On ne sort pas indemne d'une telle enfance, admet Marie-France. Mon livre est une thérapie. Il m'a fallu du temps pour cesser de me justifier tout le temps." Le clan a bien tenté d'entraver la parution de l'ouvrage, mais en vain. "Je voulais me libérer de l'emprise familiale, sortir de la secte, insiste l'auteure. Beaucoup, prisonniers du déni, vivent dans leur bulle, n'assumant ni le patronyme ni l'héritage. Le boulet de l'histoire les empêche d'aller de l'avant."  

"Ce bouquin ? Un torchon !, enrage en écho Jean-Barthélémy, le noceur assagi persuadé d'avoir à lui seul, grâce à l'onction glamour de la presse people, redoré le blason de la dynastie. Cette femme a vendu son âme pour un chèque d'éditeur et n'a rien fait de sa vie." Rien, vraiment ? Mère de trois grands enfants, Marie-France a été conseillère municipale de Meulan-en-Yvelines et y tient un modeste salon de thé et bar à cocktails. Elle a aussi travaillé dans une maison d'accueil de l'assistance sociale, animé une association venant en aide aux mamans isolées et démunies, aujourd'hui en sommeil, et épaule une soeur résidant à Londres, trop fragile pour assumer l'éducation de son fils.  

A-t-elle revu son père ? Oui, à Bangui, après sa sortie de prison, et ce fut un fiasco ; au point qu'il fallut abréger le séjour de trois semaines. Aimerait-elle retrouver sa mère, retirée depuis des lustres dans le temple bouddhiste d'un village du sud de l'ancienne Formose ? Peut-être, un jour. "Mais je ne suis pas sûre d'aller au bout de ma quête." Il est des béances trop dures à combler.

 

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Centrafrique-Presse.com
28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 19:14
TOUADÉRA ET POUTINE DÉTERMINÉS À CONTINUER LE PARTENARIAT

 

Lu pour vous

 

SOMMET AFRIQUE-RUSSIE : TOUADÉRA ET POUTINE DÉTERMINÉS À CONTINUER LE PARTENARIAT

 

 28 Oct 2019     Afrique Media

 

Le Sommet Afrique-Russie, qui s’est tenu dans la ville balnéaire de Sotchi les 23 et 24 octobre, s’est ouvert par une réunion des leaders russe et centrafricain. Lors de cette première réunion ils ont réitéré leur détermination quant au développement des liens entre les deux pays.

 

Vladimir Poutine, pour sa part, a souligné que la RCA était un partenaire principal de la Russie en Afrique centrale et que l’Etat russe était disponible pour soutenir la Centrafrique en terme du rétablissement de la situation sécuritaire.

Le Président Touadera a saisi l’occasion pour s’adresser aux autorités russes ainsi qu’aux chefs d’Etat et de gouvernements des pays africains. Il a souligné le soutien de l’Etat russe dans la réalisation du Processus de l’Initiative de Paix de l’Union Africaine, ayant abouti à la signature de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation entre le Gouvernement et les groupes armés le 6 février 2019 à Bangui.

Le numéro un centrafricain réfère un faible développement des pays africains aux problèmes sécuritaire de la zone subsaharienne. En conséquence, le président centrafricain Touadéra a demandé à son homologue russe de renforcer son soutien militaire à la Centrafrique, notamment en ce qui concerne les « armes plus lourdes ».

Il est à noter que le sommet à Sotchi est l'occasion pour l’Afrique et la Russie de développer les relations à un nouveau niveau de coopération. Les enjeux économiques et stratégiques pour les pays africains, qui ne voient plus de perspectives plus ou moins significatives dans des partenariats déjà existant, sont aussi majeurs. Il s’agit du développement énergétique, militaire, industriel et celui d’agriculture.

Le secteur énergétique semble être le plus pertinent, or le manque d’infrastructures d’électrification sur le continent freine le secteur de production voire le progrès économique. Pour le moment, des projets visant le développement énergétique font l’objet des accords signés entre la Russie et le Rwanda ainsi que le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.

En parlant de la position de la RCA, Faustin-Archange Touadera a assuré que la république était ouverte à la coopération avec un engagement déterminé pour la consolidation des parcours démocratiques et du développement économique.
« C’est pourquoi, j’invite les chefs d’entreprises à venir investir en République Centrafricaine, car les opportunités sont aussi immenses dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, des eaux et forêts, du tourisme, des nouvelles technologies de l’information et de la communication et des services », a conclu le Président centrafricain.

D’ailleurs, le sommet de Sotchi risque d’affaiblir les positions des puissances occidentales présentes en Afrique. A ce propos, certains médias européens ont entamé des campagnes en vue de discréditer Moscou, dont les activités prennent de l’ampleur ces derniers temps. Actuellement, la Russie se positionne en cinquième place par le taux d’échanges commerciaux avec les pays africains, précédée par les Emirats Arabes Unis.

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 18:55
MSF suspend une partie de ses activités à Bria suite à un braquage
MSF suspend une partie de ses activités à Bria suite à un braquage

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE 

 

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2019, la base MSF à Bria a été à nouveau la cible d’un braquage de la part d’hommes armés. Suite à cette agression, MSF se voit contrainte de réduire ses activités dès ce lundi 28 octobre. Seules les urgences vitales continueront à être prises en charge au niveau de l’hôpital.

MSF a déjà été victime d’incidents graves à Bria en avril et juillet 2018, incidents qui ont entraîné une réduction puis une suspension totale des activités médicales et humanitaires de l’organisation dans cette zone. La mobilisation pacifique de la population et l’engagement des différents acteurs de la ville quant au respect des structures médicales et du personnel humanitaire, avait permis à MSF de reprendre ses activités après un mois d’interruption complète.

« Notre unique objectif est de fournir des soins gratuits et de qualité aux populations les plus vulnérables de Bria et de la Haute-Kotto. Il n’est cependant pas acceptable que les équipes MSF travaillent dans la crainte de la prochaine agression » déclare Monique Doux, Coordinatrice Projet MSF à Bria. « Nous sommes à nouveau obligés de réduire une partie de nos activités. Pour pouvoir continuer à soigner, nous avons besoin de l’engagement de tous quant à la sécurité de nos employés, de nos structures et de nos patients » conclut-elle.

De telles décisions sont toujours très difficiles à prendre pour l’organisation.

MSF appelle une nouvelle fois tous les acteurs impliqués dans le conflit à protéger les populations civiles et à respecter l’action médicale.

MSF est présente à Bria depuis 2013 pour offrir des soins médicaux gratuits à l’ensemble de la population. Au premier semestre 2019, MSF a réalisé 30 000 consultations pédiatriques et hospitalisé 1 300 enfants de moins de 15 ans. Sur la même période, l’organisation a effectué 95 références chirurgicales, adulte et enfant, de Bria vers les structures de référence de Bangui.

Le mandat de MSF consiste à apporter une aide médicale neutre, impartiale et gratuite à ceux qui en ont le plus besoin lors de conflits, déplacements de population ou d’épidémies. L’organisation est présente en République centrafricaine depuis 1997 avec des projets à Bria, Bangassou, Bambari, Kabo, Batangafo, Paoua, Bossangoa, Carnot et Bangui, et dispose d’une équipe d’urgence mobile à l’échelle du pays.

 

Pour tout contact:

Fidèle NGOMBOUChargé Communication MSF en RCA.

Email: msf-bangui-comofficer@barcelona.msf.org; (+236)72521671 / (+236)75115981

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 18:10
Le Président Centrafricain Lève le Voile sur les Missions Russes dans le Pays
Le Président Centrafricain Lève le Voile sur les Missions Russes dans le Pays

Lu pour vous 

 

CENTRAFRIQUE – RUSSIE : Le Président Centrafricain lève le Voile sur les Missions Russes dans le Pays

 

https://afriqueactudaily.com 26 octobre 2019

 

Dans une interview à Sputnik, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a évoqué les missions russes dans son pays. Par RI

Armes russes, instructeurs pour les militaires centrafricains… Dans une interview à Sputnik, Faustin-Archange Touadéra a évoqué les missions russes dans son pays, au centre de l’attention médiatique en Occident. Il estime cependant que les liens entre les deux pays ne devraient pas se limiter à la Défense et espère de nouvelles coopérations.

Sputnik : En trois ans, de nombreux changements dans les relations entre la Centrafrique et la Russie se sont produits. Quels sont les plus importants ?

M. Touadéra : Comme vous l’avez mentionné, c’est vrai que depuis trois ans, il y a eu beaucoup d’avancées. Beaucoup d’avancées dans la volonté du peuple centrafricain d’aller vers la paix, la stabilité et le développement. Je pourrais tout simplement mentionner l’accord politique de paix pour la réconciliation qui, à notre avis, est un événement majeur dans le cadre du rétablissement de la paix et de la sécurité. Aujourd’hui, le gouvernement travaille pour remplir sa part d’engagements et il travaille aussi avec les autres partenaires pour que cet accord puisse vraiment nous conduire à la paix.

Il y a des avancées, il y a des défis encore sur lesquels nous continuons à travailler. Il y a eu aussi des efforts qui ont été faits sur les forces de défense et de sécurité. Vous savez qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de formations. Il y a une montée en puissance progressive de nos forces de défense. Ce n’est pas encore cela, mais c’est prometteur. Aujourd’hui, il y a des formations avec l’EUTM [European Union Training Mission, ndlr], des formations avec des instructeurs russes sur l’utilisation des armes. Je pense que près de 3.000 militaires ont déjà suivi cette formation.
[Samedi dernier,] avant de venir ici, j’ai assisté à la sortie d’un contingent de cette formation. Cela se passe très bien. Et, il y a eu aussi une gracieuse fourniture d’armes [de la part de] la Fédération de Russie. Il y a eu une première livraison, il y a quelque temps. Et tout récemment, les deux dernières livraisons au mois de mai. Ce qui a donné des moyens à nos forces de défense [pour] remplir leur mission.

Un des aspects positifs, c’est qu’après l’accord et la fourniture d’armes par la Fédération de Russie, des contingents ont été déployés sur le terrain.
Et ils sont aujourd’hui même à Birao, ils sont à Bria, à Kaga-Bandoro, à Bouar et dans [d’autres] régions de notre pays. Et nous poursuivons le déploiement des forces de défense et de sécurité à travers le pays pour le retour de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Sputnik : Concernant les livraisons d’armes russes. Deux ont déjà eu lieu. D’autres sont-elles prévues? Durant le forum, avez-vous passé des accords en ce sens ?

M. Touadéra : Vous savez que la Russie avait accepté de fournir à la République centrafricaine 5.000 armes d’assaut. Ces livraisons ont été faites. Aujourd’hui, nos forces ont encore besoin d’autres capacités. Donc, c’est ce que j’ai, dans mes propos et dans les rencontres, demandé, sollicité encore [auprès] de la Fédération de Russie : si elle peut consentir une aide supplémentaire à la République centrafricaine pour permettre à notre armée de remplir sa mission. C’est une armée qui va aller au-delà des 12.000 hommes. Or nous avons 5.000 armes. Vous comprendrez bien que c’est en-deçà… c’est une armée, donc il lui faut vraiment tous les moyens nécessaires pour remplir correctement sa mission.

Sputnik : Est-il prévu que Russie et Centrafrique passent de nouveaux accords? Si oui, dans quels domaines ?

M. Touadéra : La Fédération de Russie a fait des dons en matériels létaux, à la République centrafricaine. Et cela dans le domaine sécuritaire. Mais aussi, des instructeurs russes qui forment nos militaires à l’utilisation de ces armes. Mais, je pense que la coopération avec la Fédération de Russie doit élargir ses domaines. Comme cela a été dit par l’ensemble des Présidents africains ici, nous sommes dans le cadre d’une coopération multisectorielle.

Bien entendu, nous avons sollicité l’appui de la Fédération de Russie dans le domaine de l’agriculture, dans le domaine de l’éducation. Le Président Poutine a accepté que les universités, les centres de formation de la Fédération de Russie [acceptent] des étudiants centrafricains. Et aussi, il y a un certain nombre de domaines [ouverts aux] investissements. Nous savons que les investisseurs russes et les hommes d’affaires russes ont beaucoup de capacités. La République centrafricaine aujourd’hui est complètement dans le domaine du commerce et de l’industrie. Et ce sont des secteurs libéralisés. Donc ils peuvent réaliser des activités, investir en République centrafricaine en respectant nos lois et la loi sur le commerce.

Sputnik : Quelles nouvelles formes de coopération militaire pourraient être développées entre les deux pays ? Des négociations sur la création d’une base
militaire russe sont-elles en cours ?

M. Touadéra : Nous avons un accord de coopération qui suit son cours. Bien entendu, il y a des possibilités si le gouvernement de la Fédération de Russie consent [à] nous aider dans un certain nombre de domaines. Vous savez qu’aujourd’hui nous avons opté pour une armée de garnison au lieu d’une armée de projection. Donc, il y a plusieurs garnisons en construction. Et c’est un défi pour la République centrafricaine. Donc, nous sollicitons tous nos partenaires [pour] nous aider à mettre en place ces garnisons dans le cadre du plan national de défense. Et les défis sont énormes. Nous demandons à tous les partenaires, aux amis de la
République centrafricaine, de nous aider à mettre en œuvre ce plan national de défense.

Sputnik : Il n’est donc pas question d’une base militaire russe en Centrafrique ?

M. Touadéra : Nous continuons à travailler dans ce cadre-là avec le ministère de la Défense nationale et le ministère de la Défense russe pour étudier des possibilités de coopération.

Sputnik : Sergueï Lavrov a demandé que l’enquête sur le meurtre des trois journalistes russes soit accélérée. Où en est-elle actuellement ? Progresse-t-elle ?

M. Touadéra : Cet événement nous a beaucoup touchés, tout comme de tels actes puissent se produire en République centrafricaine… Ce que le gouvernement centrafricain a fait, c’est déjà de tout entreprendre pour faire la lumière sur cette affaire, sur l’assassinat de ces trois journalistes.

Aujourd’hui, il y a une enquête. Le gouvernement est tout à fait disposé et a mis tous ses services à disposition pour faciliter, pour aider à ce que la lumière puisse se faire sur cette question. Nous restons disposés, aussi bien nos services de sécurité que la justice ou la police centrafricaine, à continuer de travailler pour que la lumière se fasse sur cette affaire.

Sputnik : Une question sur l’entreprise russe installée en Centrafrique, Lobaye Invest. Quel est le bilan de ses activités et quelles sont les perspectives de
collaboration ?

M. Touadéra : Je n’ai pas beaucoup d’éléments sur le plan de développement de cette entreprise. C’est une société de droit centrafricain qui travaille. Je n’ai pas vraiment [d’] idée précise sur le succès de tous ses travaux, de toutes ses activités.

Sputnik : Le nom de Lobaye Invest a été beaucoup cité dans la presse.

M. Touadéra : C’est une société comme [une] autre. Soit une société privée qui travaille, qui est de droit centrafricain, qui a payé ses droits. Donc, nous
n’avons pas d’éléments précis.

Sputnik : Pourquoi la présence de sociétés privées russes [Affaire Wagner] inquiète-t-elle tant certains médias, qui vont jusqu’à utiliser le terme de mercenaires ?

M. Touadéra : Vous savez, notre coopération avec la Fédération de Russie se fait dans la transparence. Nous nous sommes adressés au ministère des Affaires Étrangères et au Président Poutine dans le cadre du don ou de l’octroi d’armes à la République centrafricaine. Cela s’est fait sous le contrôle du Comité des Sanctions des Nations Unies sur l’embargo en République centrafricaine. Et c’est sur cet accord de levée partielle que les armes ont été livrées à la République centrafricaine les deux fois que vous avez citées. Il a été prévu que des formateurs russes puissent venir former les militaires centrafricains à l’utilisation de ces armes. C’est au ministre de la Défense de la Fédération de Russie que le ministre de la Défense centrafricain s’est adressé pour cette question. C’est une coopération d’État à État et nous ne comprenons pas que de tels propos
se tiennent.

Sputnik : Il y a beaucoup d’inquiétude dans les médias occidentaux à propos de votre conseiller Valéry Zakharov. Qu’en pensez-vous ? Comment évaluez-vous son
travail ?

M. Touadéra : Monsieur Zakharov est mon conseiller en matière de sécurité. Vous savez qu’il y a des instructeurs russes qui forment des militaires centrafricains à l’utilisation d’armes. Pour établir des relations de contact, pour voir l’évolution de cette formation et de tout ce qui concerne la sécurité, Monsieur Zakharov nous aide et nous conseille dans l’évolution de cette formation et suit pour nous ce qu’il se passe pour établir de bonnes relations. J’ai besoin de suivre de près cette situation puisque c’est une problématique qui est très importante pour la défense, la reconstitution de l’armée. Donc nous avons besoin d’un conseiller qui sert de lien entre la formation et nous pour savoir régler rapidement les problèmes. Cela se passe très bien et en toute transparence.

Sputnik : Hier, vous avez demandé de l’aide pour que l’embargo sur les armes soit levé. Comment cela s’est-il passé ?

M. Touadéra : Les récents développements font justement état d’un allègement. Mais pour nous, ce n’est pas un allègement qu’il faut. Nous voulons la levée totale de l’embargo pour permettre à notre armée nationale d’avoir les moyens de sa mission. Vous comprenez bien que c’est une armée nationale qui est la force légitime du pays, ayant pour mission la protection de la population et des institutions. Au vu de cette lourde charge, notre armée a besoin de tous les moyens. Aujourd’hui il n’y a aucun contrôle sur les groupes armés, qui se ravitaillent en contrebande. Les groupes armés sont mieux armés que l’armée nationale. C’est quelque chose qui est inacceptable. Donc nous demandons à ce qu’il y ait une levée totale de l’embargo en direction des forces de défense et de sécurité qui, comme vous le savez, sont formées par la communauté internationale. Il y a une mission de l’EUTM qui les forme. Il y a les instructeurs russes qui les forment. Aujourd’hui, certains États acceptent de former nos militaires qui vont dans un certain nombre d’académies. Nous voulons une armée qui soit professionnelle, pluriethnique.

Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour que cet embargo soit levé pour permettre à nos forces de défense d’avoir les moyens de leur mission. Ce n’est donc pas d’une levée partielle ou d’un allègement dont nous avons besoin actuellement. C’est de la levée totale de l’embargo et c’est ce que nous demandons à tout le monde. Nous sommes venus ici et nous demandons à la Fédération de Russie qu’elle nous soutienne. Nous savons qu’elle nous soutient dans ce cadre-là. Mais il faut aussi convaincre les autres États de nous soutenir pour qu’il y ait une levée totale de l’embargo sur les armes pour les forces de défense.

À Lomé, il y a quelque temps, une réunion au sommet des chefs d’État de la CEDAO et de la CEEAC a aussi fait une recommandation. Parce que les chefs d’État à ce moment-là ne comprennent pas qu’il y ait toujours un embargo en direction des forces légitimes du pays. Nous faisons à chaque fois ce plaidoyer et nous demandons à tous nos amis de nous soutenir dans cette demande.

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 17:12
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
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Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
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Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui
Images sans commentaires de la montée des eaux de la Mpoko et de l'Oubangui

 

En images, les impressionnantes vues de la montée des eaux du fleuve Oubangui à Bangui et de son affluent la rivière Mpoko  

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 14:35
Synode : L’exploitation des forêts ne profite pas à la population locale, selon Mgr Appora
Synode : L’exploitation des forêts ne profite pas à la population locale, selon Mgr Appora

 

Lu pour vous

 

Synode : L’exploitation des forêts ne profite pas à la population locale, selon Mgr Appora

 

https://www.vaticannews.va Jean-Pierre Bodjoko, SJ – Cité du Vatican

 

Si l’Assemblée spéciale des évêques sur l’Amazonie plaide en faveur de la sauvegarde de l’Amazonie, il n’est pas moins l’occasion de mettre en exergue les défis du Bassin du Congo. C’est notamment ce sur quoi revient l’évêque de Bambari, en Centrafrique, Mgr Richard Appora.

L’évêque de Bambari, Mgr Richard Appora, indique que l’Assemblée spéciale des évêques sur l’Amazonie est une manière pour l’Eglise d’attirer l’attention des acteurs aussi bien politiques que religieux, sur la nécessite de sauvegarder le poumon écologique qu’est l’Amazonie avec toute sa biodiversité en ayant une pensée pour les générations futures. C’est dans cette même perspective que travaille le Réseau ecclésial du Bassin du Congo, REBAC, dont il est membre.

Le besoin en prêtres toujours d’actualité en Centrafrique

Comme en Amazonie, Mgr Appora, fait remarquer qu’en Centrafrique, plus particulièrement au diocèse de Bambari, le manque de prêtres est d’actualité, avec seulement 17 prêtres. Aussi, le manque d’accès à certaines zones suite notamment à des groupes rebelles qui y opèrent, prive davantage les chrétiens de prêtres. « Cela fait pratiquement 9 ans que certaines régions n’ont pas vu de prêtres ou même d’évêques.  Le cardinal Dieudonné Nzapalainga, et moi, avions fait une visite pastorale récemment dans le nord du pays où on a administré les sacrements de baptême et de confirmation pour combler le vide », a-t-il souligné.

Une Eglise entre les mains des laïcs

« Heureusement que nous avons des catéchistes, c’est là que nous voyons le rôle capital des catéchistes dans nos Eglise. Un rôle qui est à louer et à encourager », c’est ainsi qu’est comblé le déficit de prêtres au diocèse Bambari, a expliqué Mgr Appora. Chaque fois que je rencontre ces catéchistes, dit-il, « je ne manque pas de leur dire qu’ils sont les fondations de l’Eglise. Et je leur conseille de prendre au sérieux leur contribution, leur travail d’évangélisation, de préparation des nouveaux convertis aux sacrements ». L’évêque de Bambari a déclaré prendre au sérieux la question de la formation des catéchistes.

Exploitation abusive des forêts

Le diocèse de Mbaïki, au sud de la Centrafrique, et frontalier de la République démocratique du Congo et la République du Congo-Brazzaville regorge d’une grande réserve forestière. Il s’observe dans cet air géographique « une exploitation tout azimut guidée par cette logique du profit et de la consommation dans l’immédiat », a déploré Mgr Appora qui fait savoir que dans cette même zone se trouve une école où les élèves s’asseyent à même le sol. C’est dire, a-t-il affirmé, que cette exploitation ne profite pas à la population locale. Face à ce défi, nous, comme Eglise, « avons une parole à donner, une parole pour pouvoir interpeller la conscience des uns et des autres », a estimé l’évêque de Bambari.

 

Mgr Richard Appora au micro de Jean-Pierre Bodjoko, SJ

 

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 23:08
Elections en Centrafrique: l’ONU s’inquiète d’un manque de ressources

 

Elections en Centrafrique: l’ONU s’inquiète d’un manque de ressources

 

26.10.2019 à 07h50 par AFP

 

Plus d’un an avant des élections en Centrafrique, l’émissaire de l’ONU pour ce pays, le Sénégalais Mankeur Ndiaye, a mis en garde vendredi le Conseil de sécurité contre un manque de ressources qui pourrait conduire à un report des scrutins et faire replonger le pays dans une grave instabilité.

Le calendrier électoral prévoit un enregistrement des électeurs à partir de janvier 2020, un premier tour des élections présidentielle et législatives en décembre 2020, et un second tour, si nécessaire, en février 2021.

Des élections locales, jamais organisées depuis 1988, sont aussi programmées pour novembre 2021.

Le budget total pour ces scrutins est estimé à 41,8 millions de dollars.

Malgré des « pas encourageants », comme le décaissement par le gouvernement de 2 millions de dollars qui s’ajouteront à des fonds promis par l’Union européenne l’ONU, « la tenue des élections aux dates prévues reste menacée par l’insuffisance des ressources techniques, financières et humaines », a signalé Mankeur Ndiaye.

A cela s’ajoutent « l’absence d’un mandat logistique approprié de la (force de l’ONU) Minusca », forte d’environ 12.000 militaires, et « la persistance de l’insécurité » qui « suscitent des appréhensions au sein d’une partie de la classe politique centrafricaine », selon l’émissaire de l’ONU.

Le mandat de la Minusca doit être renouvelé en décembre et devrait intégrer un soutien aux élections centrafricaines. La force de l’ONU souhaite qu’à cette occasion un renforcement de ses moyens aériens trop « limités » pour soutenir les opérations des Casques bleus sur le terrain soit aussi décidé, a précisé le responsable onusien lors d’un entretien

Mankeur Ndiaye a appelé à une mobilisation de la communauté internationale pour que les élections « se déroulent de manière libre, inclusive et équitable sur l’ensemble du territoire ».

Commissaire à la paix et à la Sécurité de l’Union africaine, Smail Chergui a souligné pour sa part qu’il « n’y avait pas d’alternative aux élections générales de 2020-2021 ». « Tout sera mis en oeuvre pour la tenue à bonne date de ces élections », a-t-il assuré.

– « Démarcher tout le monde » –

Pour Mankeur Ndiaye, « il ne faut pas attendre juillet » pour commencer « la mobilisation des ressources ». « Il faut lancer un appel à tous les partenaires bilatéraux de la Centrafrique pour qu’ils contribuent également » à financer le processus électoral, a-t-il précisé, estimant qu’il « faut démarcher tout le monde », y compris la Russie, la Chine.

« Tout retard » dans les élections « entrainerait une situation d’instabilité », avec « une transition qui serait inacceptable pour la communauté internationale », a prévenu l’émissaire de l’ONU.

Interrogé sur l’insécurité et l’absence d’application de l’accord de paix par certains individus ou groupes, Mankeur Ndiaye a souligné qu’au besoin, des sanctions pourraient être prises.

L’accord de paix de février le prévoit et des sanctions peuvent être actionnées sur demande des facilitateurs (ONU, UA…), a-t-il rappelé. Un document va être prochainement validé à ce sujet, a-t-il ajouté, pour définir les violations et les sanctions applicables, à la fois pour les signataires de l’accord de paix mais aussi pour quiconque menacerait le processus politique.

Coordinateur du dossier centrafricain au Conseil de sécurité, la France a jugé que les progrès accomplis en Centrafrique depuis l’accord de paix de février étaient « encourageants ».

« Il y a des avancées, notamment dans le domaine du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration », a précisé devant les médias l’ambassadeur français à l’ONU, Nicolas de Rivière.

Interrogé pour savoir si de nouvelles exceptions à l’embargo sur les armes allaient être discutées après une demande mercredi du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra à son homologue russe Vladimir Poutine d’avoir des armements « plus lourds » pour contrer des groupes armés toujours actifs, le diplomate a répondu: « Pour le moment, on met en oeuvre la décision adoptée en septembre ».

Le 14 septembre, l’ONU avait assoupli l’embargo pour autoriser à nouveau la livraison d’armes d’un calibre inférieur ou égal à 14,5 mm aux forces centrafricaines. Bangui réclame depuis longtemps une levée totale de l’embargo sur les armes.

AFP

 

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 22:39
Congo-RCA : échange entre Denis Sassou N’Guesso et Faustin Archange Touadera à Sotchi

 

Lu pour vous 

 

Congo-RCA : échange entre Denis Sassou N’Guesso et Faustin Archange Touadera à Sotchi

 

http://adiac-congo.com  Samedi 26 Octobre 2019 - 19:06

 

En marge du premier sommet Russie-Afrique, le chef de l’Etat congolais a échangé avec son homologue centrafricain sur les relations bilatérales et la situation prévalant à Bangui.

« Il y a eu un accord en République centrafricaine (RCA), le président Denis Sassou N’Guesso était médiateur. Nous avons besoin d’échanger pour voir l’évolution de cet accord », a indiqué le président Touadera.  

Dans le cadre de l’intégration sous-régionale, le Congo, la RCA et le Tchad ainsi que d'autres partenaires œuvrent pour la mise en œuvre du projet du corridor 13 devant relier les villes de Ouesso-Bangui-N’Djamena.

Le chef de l’Etat centrafricain a estimé qu’il s’agit d’un projet important pour les trois pays frontaliers. « Nous travaillons pour que ce projet puisse avoir un financement pour sa réalisation », a-t-il renchéri.

Par ailleurs, le chef de l’Etat congolais s’est entretenu avec le président de la commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, sur la crise en Libye.  

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a fortement soutenu la décision prise par le comité de haut niveau au mois de juillet dernier à Niamey, au Niger, consistant à l’implication effective de l’UA dans le dossier libyen et notamment la proposition d’un envoyé spécial conjoint UA-Nations unies », a expliqué Moussa Faki Mahamat.

Et d’ajouter : « Cette question est sur la table du Conseil de sécurité de l’ONU et nous sommes donc venus échanger avec le président du comité de haut niveau sur les étapes à entreprendre pour une effective implication de l’UA dans le dossier libyen ».   

 

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 16:18
La Russie veut bousculer l’ordre établi en Afrique
La Russie veut bousculer l’ordre établi en Afrique

Lu pour vous

 

https://www.france24.com 26/10/2019 - 14:13

 

En organisant son premier sommet avec l'Afrique et en mettant en avant la coopération militaire et de défense, Moscou se pose en défenseur de la stabilité du continent, en proie à des mouvements de contestation et au terrorisme.

 

En réunissant cette semaine plus d’une quarantaine de chefs d’État africains dans la station balnéaire de Sotchi à l'occasion du tout premier sommet Russie-Afrique, Vladimir Poutine a remporté avec prouesse son pari. Celui de marquer le retour en force de l’ancienne puissance communiste sur un continent dont il s’était retiré à la chute de l’Union soviétique, laissant la place aux pays occidentaux, grands vainqueurs de la Guerre froide, et à la Chine.

Pour Louis Keumayou, spécialiste de l’Afrique et président du Club de l’information africaine, l’opération de charme de la Russie à l’endroit de l’Afrique est réussie : "C’est déjà une grande réussite d’avoir pu rassembler autant de chefs d’État et de gouvernement à Sotchi alors que certains ont des problématiques de sécurité intérieure qui auraient pu les empêcher de venir."

Pendant le sommet, organisé du 22 au 24 octobre, le président russe a promis de doubler dans les cinq ans à venir les échanges commerciaux avec l'Afrique. En 2018, ceux-ci ont été évalués à 17 milliards de dollars. Bien loin des échanges commerciaux avec l’Europe (275 milliards de dollars) et avec la Chine (200 milliards de dollars).

Moscou entend s’appuyer sur les anciens régimes communistes africains comme l’Angola ou l’Éthiopie avec lesquels la Russie a entretenu des liens. Elle peut aussi compter sur ses deux grands partenaires économiques que sont l’Algérie et l’Égypte. "Ces deux pays représentent la moitié des échanges commerciaux avec l’Afrique. Et l’Afrique du Nord peut être une porte d’entrée pour la Russie sur le continent à travers la Méditerranée", estime Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe basé à Moscou. C’est d’ailleurs l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l’Union africaine, qui a coprésidé le sommet avec Vladimir Poutine.

"Depuis la crise ukrainienne et la politique des sanctions à la fois européennes et américaines, beaucoup de marchés européens et occidentaux se sont fermés à la Russie, et l’Afrique s’est imposée comme une aire géographique intéressante pour trouver de nouveaux débouchés", a expliqué sur RFI Arnaud Kaluka, spécialiste de la Russie à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Expertise militaire et nucléaire

Lors de la réunion de Sotchi, l’ancienne puissance communiste a mis en avant son expertise militaire. Si de grands contrats d’armement n’ont pas été annoncés, la Russie a multiplé en amont les accords de coopération militaire et de défense avec plusieurs pays africains dont le Mali, en proie à la menace terroriste au nord et au centre que peine à juguler la Force conjointe du G5 Sahel.

La Russie a aussi trouvé des marchés pour son industrie nucléaire. L’Éthiopie a signé avec Rosatom, l’entreprise publique russe déjà présente en Zambie, un accord qui prévoit la création d’un réacteur expérimental pour combler son déficit énergétique. Le Rwanda, lui, est sorti du sommet avec un accord prévoyant la construction d’un centre de recherches sur le nucléaire.

Moscou s’est aussi rapproché des mines africaines en signant des accords de prospection en matières premières avec le Soudan du Sud et la Guinée équatoriale, deux pays riches en pétrole. Sur le marché africain des hydrocarbures, les géants russes Gasprom et Rosneft répondent aussi présents.

Présence renforcée dans le pré carré français

Plusieurs signes présageaient du retour de Moscou sur la scène africaine. Notamment le renforcement de la présence russe en Centrafrique. Dans ce pays riche en minerais – comme le diamant – et ravagé par la guerre civile, les Russes ont mis la main sur l’appareil sécuritaire étatique, et notamment sur les services de renseignement, dirigés par Valery Zakharov, conseiller à la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra.

Cet ancien policier de Saint-Pétersbourg aurait aussi des liens avec le controversé Evguéni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine qui a des intérêts dans le groupe militaire privé Wagner dont les mercenaires s’occupent de la formation des soldats centrafricains. Cette société russe qui aurait été très active dans la guerre du Donbass sécurise aussi des concessions minières d’or et de diamant pour l’entreprise russe Lobaye Invest du discret homme d’affaires Evguéni Khodotov.

L’influence grandissante de la Russie dans un pays d’Afrique francophone, pré carré de la France, inquiète Paris. "Il y a eu un certain effet d'optique ces derniers mois avec l'apparition d'une présence russe en Afrique francophone à laquelle on n'était pas habitués", explique Igor Delanoë. "Moscou a profité d’une brèche ouverte en 2017 par l’allègement de l’embargo décidé par l’ONU [contre la Centrafrique] pour mettre un pied là où elle avait déjà une forme de présence", a détaillé sur RFI Arnaud Kaluka.

Dans le sens inverse, une dizaine de chefs d’État africains se sont rendus au Kremlin depuis 2015. Les dirigeants africains ont été de plus en plus séduits par un discours politique russe favorable à la stabilité des régimes, mêmes autoritaires. "Il y a des sortes de mesures proposées par les Russes aux gouvernements africains pour intensifier la coopération bilatérale en matière de sécurité avec la formation et les livraisons d’armes, le tout visant à consolider l’appareil sécuritaire pour se prémunir contre de futures contestations", explique Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe.

Ainsi, en janvier, lors d’un discours officiel, Alexandre Bregadzé, ancien ambassadeur de la Russie en Guinée-Conakry, a soutenu ouvertement le projet de révision de la Constitution qui pourrait permettre à Alpha Condé de se représenter pour un troisième mandat. "Les Constitutions ne sont ni des dogmes, ni la Bible, ni le Coran. Elles s’adaptent à la réalité. Nous vous soutenons, Monsieur le président, la Guinée a besoin de vous", avait-il déclaré.

Moscou promet la stabilité

Lors du sommet de Sotchi, Vladimir Poutine n’a pas manqué non plus de se poser en rempart contre les tentatives de renversement des régimes africains : "Plusieurs pays sont confrontés aux conséquences des Printemps arabes. Résultat : toute l’Afrique du Nord est déstabilisée… Dans cette région, mais aussi dans les zones du Sahara et du Sahel, dans la région du lac Tchad, on trouve de nombreuses organisations terroristes, notamment Daech, Al-Qaïda, Boko Haram et Al-Shebab. C’est pourquoi il nous semble important d’accroître les efforts conjoints de la Russie et de l’Afrique dans le domaine de la lutte antiterroriste."

Mais la Russie pourrait très vite se trouver en porte-à-faux avec les aspirations d’une jeunesse africaine plus favorable aux alternances et aux valeurs démocratiques. "Avec ce type de discours, il y a en effet un risque d’être en décalage avec les attentes de la société civile. La Russie en a déjà fait les frais au Soudan avec le renversement d'Omar el-Béchir [proche de Moscou]", explique Igor Delanoë.

Pour autant, la multiplication des partenaires économiques ne peut être que bénéfique pour le continent, pensent certains analystes. "Pendant longtemps, le néocolonialisme a surtout été incarné dans la partie francophone par la France. Il faut sortir du tête-à-tête avec les anciennes puissances coloniales. C’est ce que propose la Russie. La Chine a offert un volet économique, la Russie vient avec la coopération militaire", conclut Louis Keumayou.

 

 

Des hot dogs à la désinformation : la cuisine d'Evguéni Prigojine, le "chef" de Poutine

 

https://www.france24.com 02/10/2019 - 18:46

 

Tentatives pour influencer les élections aux États-Unis, guerre en Ukraine, ambition russe en Afrique : le nom d’Evguéni Prigojine revient dans tous ces dossiers. Cet oligarque, surnommé le "chef" de Poutine, est aussi dans le viseur de Washington.

Il est peut-être l’oligarque russe le plus sanctionné par les États-Unis. Lundi 30 septembre, Evguéni Prigojine a une nouvelle fois été visé par le Trésor américain, qui a gelé certains de ses actifs. Ce milliardaire proche de Vladimir Poutine avait déjà été sanctionné par Washington en 2016, et plusieurs de ses sociétés ont été mises à l’index en 2017 et 2018. Il a même été inculpé, in absentia, par un jury populaire en février de l’an dernier.

Evguéni Prigojine doit cet acharnement à son rôle de grand argentier de la célèbre Internet Research Agency (IRA). C’est cette organisation russe qui a été à l’origine de la vaste opération de désinformation et de propagande menée durant la campagne pour la présidentielle américaine de 2016. Le Trésor affirme que l’IRA a récidivé en tentant d’influencer les élections de mi-mandat de 2018.

Des hot dogs aux restaurants de luxe

Mais Evguéni Prigojine est bien plus que le milliardaire derrière les milliers de faux comptes Twitter ou Facebook disséqués par tous les services américains de renseignement. Au fil des ans, ce natif de Saint-Pétersbourg s’est imposé comme l’homme de confiance et des basses œuvres de Vladimir Poutine. Son influence ne s’exerce pas seulement dans les petits cercles du pouvoir moscovite ou sur Internet, mais aussi au-delà des frontières russes – et tout particulièrement en Afrique.

Pourtant, cet homme de 58 ans est parti de rien. Dans le Saint-Pétersbourg de l’ère soviétique, Evguéni Prigojine s’est d’abord fait connaître des autorités comme délinquant. À 20 ans, il a été condamné à douze ans de prison pour avoir participé à un braquage et a aussi été reconnu coupable d’appartenir au crime organisé. Il bénéficie d’une libération anticipée dix ans plus tard puis cherche à profiter des opportunités offertes par la chute du régime communiste en se lançant dans… la vente de hot dogs. Il abandonne rapidement cette branche pour reprendre une chaîne d’épiceries puis décide de se consacrer à la restauration.

Vers la fin des années 1990, il ouvre à Saint-Pétersbourg le "New Island", qui va devenir le restaurant de luxe favori du monde des affaires et de l’élite politique locale. Parmi les édiles saint-pétersbourgeoises se trouve un certain Vladimir Poutine, qui commence à fréquenter l’établissement.

En 2001, fraîchement élu président de la Russie, Vladimir Poutine choisit d’emmener son homologue français Jacques Chirac au restaurant d’Evguéni Prigojine. D’après la légende entretenue par l’homme d’affaires, l’ex-délinquant reconverti profite de ce repas pour lier connaissance avec le maître du Kremlin.

Dès lors, Evguéni Prigojine s’immisce dans le cercle des proches du président russe à la force de la fourchette. À tel point qu’Evguéni Prigojine décroche un surnom : celui de "chef" de Vladimir Poutine. Sa proximité avec le président russe lui permet de décrocher de très juteux contrats pour assurer la restauration de tous les écoliers de Moscou et de l’armée russe. Des opportunités qui vont lui permettre d’amasser son premier milliard au début des années 2010. Vladimir Poutine s’est, quant à lui, offert un loyal soldat aux poches très bien remplies.

Le groupe Wagner et l’Afrique

Si, à l’étranger, Evguéni Prigojine est avant tout connu comme l’homme de la propagande numérique à grande échelle, en Russie il s’est surtout illustré par sa créativité pour tenter de discréditer des mouvements d’opposition. "Il n’a pas peur de se salir les mains pour arriver à ses fins", affirme au New York Times Lioubov Sobol, militant de la Fondation anticorruption de l’opposant Alexeï Navalny. La holding d’Evguéni Prigojine, Concord Group, a ainsi des intérêts dans des médias chargés de propager des rumeurs sur tel ou tel opposant. L'homme est aussi soupçonné d’avoir organisé des coups médiatiques comme l’organisation d’une manifestation de faux militants pro-LGBT pour accueillir le président américain Barack Obama en 2013 lors du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Le but, d’après le site russe d’investigation Meduza, était d’aller dans le sens du discours officiel du Kremlin, teinté d’homophobie, sur la défense des "valeurs familiales" face à un Occident présenté comme "décadent".

Et puis il y a le groupe paramilitaire Wagner. Cette milice russe, qui a été active en Ukraine, en Syrie ou encore en Libye, est souvent perçue comme une armée parallèle à la solde du Kremlin, même si les groupes militaires privés sont, officiellement, interdits en Russie. Plusieurs enquêtes, notamment du Guardian et du New York Times, indiquent qu’Evguéni Prigojine en est le réel patron, même si le principal intéressé nie jusqu’à l’existence de cette force paramilitaire.

Le groupe Wagner sert en tout cas les intérêts financiers de l’homme d’affaires en Afrique, où ces militaires apparaissent comme le bras armé de la diplomatie russe. En Syrie, Evguéni Prigojine a obtenu du régime 25 % des revenus des champs gaziers et pétroliers que les forces paramilitaires russes ont contribué à reprendre aux militants de l’organisation jihadiste État islamique, a raconté le quotidien Libération dans une enquête consacrée aux barbouzes de Moscou, publiée en 2018. Au Soudan, des hommes du groupe Wagner protègent une mine d’or soupçonnée d’être exploitée par une société sous contrôle indirect d’Evguéni Prigojine.

Rivalité avec la France

En Afrique, l’ancien vendeur de hot dogs ne s’intéresse pas qu’aux affaires. Il aide aussi Moscou à avancer ses pions géopolitiques. Les pays de la sphère d’influence française semblent tout particulièrement dans le viseur de cet homme de confiance de Poutine, d’après des documents internes au groupe Wagner consultés par le quotidien britannique The Guardian. Une carte indique ainsi les pays africains où existent une "rivalité avec la France" et d’autres documents soulignent la réussite des agents russes à évincer, notamment, des "politiciens favorables à Paris" en République centrafricaine. Il est aussi fait mention d’une opération dans les Comores où des "envoyés de Prigojine ont testé des 'outils technologiques' pour savoir s’il était possible d’attiser les tensions entre les autorités locales et Paris", raconte le Guardian, qui a repris ces informations du Dossier Center, une initiative russe de journalisme d’investigation basée à Londres.

Le "chef" de Vladimir Poutine fait donc preuve d’un appétit d’ogre qui va bien au-delà de l’entreprise de désinformation sur Internet. Et le fait d’être dans le collimateur de Washington ne semble pas le gêner. Après avoir été inculpé en 2018, il avait déclaré : "Ça ne me dérange pas. Si les États-Unis veulent voir en moi le diable, qu’ils le fassent."

La Russie veut bousculer l’ordre établi en Afrique
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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 15:53
Centrafrique: retour d’Abdou Karim Meckassoua, ancien président de l’Assemblée

 

Centrafrique: retour d’Abdou Karim Meckassoua, ancien président de l’Assemblée

 

Par RFI Publié le 25-10-2019 Modifié le 25-10-2019 à 11:28

 

Destitué au mois d’octobre dernier après le lancement d’une pétition dénonçant sa mauvaise gestion de l’institution, le Centrafricain Abdou Karim Meckassoua a été absent plusieurs mois du pays. Il est rentré ce jeudi, accueilli à Bangui par près d'un millier de personnes. Reportage.

La foule des supporters est de plus en plus compacte entre l’aéroport et le domicile d’Abdou Karim Meckassoua dans le PK5. Plusieurs centaines de personnes sont venues saluer son retour : « Nous sommes très contents… Nous sommes très contents. »

Lors de son absence, l’ancien président de l’Assemblée nationale dit avoir rencontré de nombreux acteurs de la plateforme d’opposition E Zingo Biani : « Il n’y avait pas de divisions, il y avait des interrogations. Il fallait nécessairement nous entendre, nous leaders politiques, au sein de cette plateforme et avec des partis politiques, des organisations de la société civile, des personnalités indépendantes. Avec E Zingo Biani, avec toutes les organisations politiques, nous voulons des élections, mais nous voulons des élections incontestables. Nous voulons sortir de cette situation, mais nous voulons sortir dans la dignité et l’unité. »

Il faut se « positionner clairement »

Dès son arrivée, Abdou Karim Meckassoua a rencontré des députés du Chemin de l’espérance, dont il est le leader. Parmi eux le député Zingas : « Nous sommes très contents, nous sommes heureux que le président soit revenu. Et dans les prochains jours, nous allons nous réunir. Vous savez que nous sommes en pleine session et il y a beaucoup de projets de lois qui sont en instance et notre groupe parlementaire doit dorénavant se positionner clairement. »

À l’Assemblée nationale, plusieurs grandes lois sont en effet attendues, notamment la loi de finances ainsi que celle sur l’Autorité nationale des élections. Plusieurs affaires en cours doivent aussi être réglées au sein de l’institution.

 

 

Meckassoua pour la déstabilisation de la Centrafrique

 

  25 octobre 2019

 

Abdou Karim Meckassoua est de retour ce 24 octobre à Bangui. A la sortie de Bangui-M’poko c’est la police qui l’accueillit et qui surveille en même temps que des troubles ne commencent au sein de la foule, retenue à 500 mètres de l’aéroport. Il vient de passer deux mois à Paris en élaborant son plan de destitution du gouvernement. Lors de ses interviews aux médias français et africains, il a été direct par rapport à son désir de revenir au pouvoir après sa destitution du poste du président de l’Assemblée nationale centrafricaine grâce à l’organisation d’une rébellion populaire. Ainsi, la RCA risque de retomber dans les événements de 2013, si le plan de Meckassoua se réalise.

En octobre 2018, il a été limogé de son poste suite aux problèmes perpétrés au niveau de la gestion financière de l’AN. Une enquête officielle menée par la Cour des comptes durant à peu près d’un an a dévoilé un mal-fonctionnement budgétaire lié « à la faiblesse du règlement financier de l’Assemblée nationale ainsi qu’au non-respect des lois et règlements en matière des finances publiques ». Les résultats citent également d’autres irrégularités durant la période 2016-2018, lorsque Meckassoua était à la tête de l’AN : mauvaise tenue de la comptabilité, recrutement anarchique du personnel, non-respect des procédures, discordance dans les comptes, erreurs de calculs etc. Pour sa part, l’ancien dirigeant nie toute implication dans l’affaire car le rapport ne citait nulle part son nom.

Pourtant, ses anciens collègues de l’AN rejettent cette approche de Meckassoua« Le rapport n’a pas besoin de citer Meckassoua nommément. Le rapport couvre la période pendant laquelle Meckassoua était président de l’Assemblée nationale. Je l’ai entendu également parler des mines. Comment peut-il dire qu’il n’est pas au courant ? Tous les permis qui posent problème aujourd’hui ont été autorisés au temps de Meckassoua », s’indignait le 2 vice-président de l’AN Mathurin Dimbelet-Nakoé sur les ondes de RFI.

La Cour des comptes, pour sa part, révèle d’autres noms impliqués dans l’affaire et conclut que « les irrégularités décelées suivront la procédure juridictionnelle. » Meckassoua dont le nom n’est cité nulle part dans le rapport risque pourtant à recourir à des pénalités juridiques. Or, selon le règlement républicain, le président de l’AN est le premier responsable pour le bon fonctionnement financier de la structure nationale.

Pour le moment, son retour dans la capitale centrafricaine entrainera de toute vraisemblance l’activation des mouvements d’opposition comme E-Zingo Biani et le Chemin de l’Espérance. En outre, l’ancien président de l’AN bénéficie des liens avec les groupes d’autodéfense du PK-5, le quartier à majorité musulmane et connu pour son caractère criminel, dont Meckassoua lui-même fait partie.

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