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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 19:47
Forum de l’UA sur les coups d’État en Afrique à Accra

Lu pour vous

 

Forum de l’UA sur les coups d’État en Afrique : Nana Akufo-Addo dénonce l’opportunisme de certaines puissances étrangères au continent

https://afrikipresse.fr/ 17 mars 2022

Ouvrant le Forum de réflexion organisé à Accra au Ghana par l’Union africaine sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique  qui s’est tenu le mardi 15 mars 2022, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo a indiqué que les coups d’État retardent la croissance d’un pays. Il a également dénoncé l’attitude de certaines puissances étrangères au continent. 

Présidée par le Président en exercice de la CEDEAO, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, la cérémonie d’ouverture  du Forum a enregistré la présence de plus 300 participants venus de plusieurs régions d’Afrique. À cette occasion, le numéro un ghanéen a déploré les agissements de certaines puissances étrangères relativement aux coups d’État en Afrique. 

Nana Addo Dankwa Akufo-Addo a dénoncé les coups d’État en ces termes :  « Notre unité et notre détermination sont un message clair aux faiseurs de coups d’État. (…) Les coups d’État n’ont jamais été et ne seront jamais des solutions durables aux défis politiques, économiques et sécuritaires de l’Afrique (…) Les coups d’État, les changements anticonstitutionnels de gouvernement, retardent la croissance d’un pays». 

Condamnation d’accord mais action efficace d’abord 

Selon le Président Akufo-Addo, les déclarations condamnant les coups d’État à elles seules, ne suffisent pas. «Sans action correspondante, nous n’aboutirons à rien, comme on l’a vu ces derniers temps. Ce problème de coup d’État nécessite une action collective et audacieuse, une dissuasion efficace et des mesures préventives adéquates », a-t-il estimé. 

« La démocratie comme mode de gouvernance est préférable (…)  Il y a ceux qui recherchent un régime autoritaire et personnel, parce qu’ils prétendent que l’Afrique est sous-développée et que la démocratie n’est pas une bonne chose (…) Il y a ceux qui cherchent des raccourcis pour exercer le pouvoir sans limites, et il y a ceux qui n’ont aucun respect pour les choix libres de nos peuples  souverains », a rappelé le Président ghanéen.

L’hôte du Forum a affirmé qu’en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO, il a été directement témoin des effets dévastateurs que les coups d’État et les tentatives de coups d’État ont eu sur la région. 

Quelques facteurs à la base des coups d’État en Afrique 

«Il y a eu des coups d’Etat au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, et une tentative infructueuse en Guinée-Bissau (…) L’Union africaine et la CEDEAO ont identifié quelques facteurs à la base de changements anticonstitutionnels  de gouvernement. Parmi eux figurent, selon le Conseil de paix et de sécurité de l’UA,  les lacunes dans la gouvernance, la cupidité politique, la mauvaise gestion de la diversité, l’incapacité à saisir les opportunités, la marginalisation, les violations des droits de l’homme, la réticence à accepter la défaite électorale, la manipulation des constitutions et leur révision par des moyens anticonstitutionnels  pour servir des intérêts personnels et ainsi de suite», a -t-il confié.

Pour le Président  Akufo-Addo, la  réapparition des coups d’État en Afrique sous toutes ses formes et manifestations, doit être condamnée par tous, car elle sape sérieusement la tentative collective de débarrasser le continent africain de la menace d’instabilité et de changements anticonstitutionnels de gouvernement.

« Certaines puissances étrangères considèrent les coups d’État dans les pays africains comme un moyen de renforcer leurs ambitions régionales. En tant que tels, elles s’engagent dans toutes sortes de campagnes de désinformation dans le but de dénigrer l’autorité des gouvernements démocratiquement élus et d’initier des protestations de l’opposition contre ces gouvernements élus », a ajouté le Président ghanéen.

Prendre en compte la dimension internationale 

Il a également noté que la dimension internationale ne peut pas être négligée, car la participation étrangère à la promotion de changements anticonstitutionnels, souvent en faveur de gouvernements répressifs, d’intérêts économiques étrangers et d’autres avantages géopolitiques potentiels, sont des facteurs contributifs.

Nana Addo Dankwa Akufo-Addo a indiqué que les pays, où des coups d’État ont eu lieu, ont été sanctionnés et suspendus, ainsi que leurs dirigeants faiseurs de coups d’État ont été aussi individuellement sanctionnés. 

Mais le Président du Ghana déplore que certaines sanctions n’ont pas été réellement appliquées. « Alors que nous sommes prompts à sanctionner les faiseuses  des coups  d’État militaire, certains civils, en collusion avec ces militaires tentent de contourner  les sanctions à travers des stratégies de désinformation (…) Cela signifie que les cadres existants doivent être renforcés pour se saisir de telles infractions », a terminé le Président  Akufo-Addo.

Joël Touré, envoyé spécial à Accra.

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 19:45
RCA: réactions à Bangui après l'arrestation de l'ex-chef anti-balaka Maxime Mokom

 

 

https://www.rfi.fr/ 16/03/2022 - 04:33 Avec notre correspondant à Bangui, Carol Valade

L’ancien ministre et chef anti-balaka Maxime Mokom est depuis lundi sous les verrous à La Haye. Mokom est suspecté de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis lors de la guerre civile en 2013 et 2014. A Bangui, les associations de victimes et les autorités accueillent avec satisfaction le transfert à la CPI de Maxime Mokom.

 « Cela va dans le sens de la lutte contre l’impunité », se réjouit le porte-parole de la présidence le ministre Albert Yaloke Mokpeme. Il ajoute que Mokom « n’a pas respecté les consignes » en franchissant la frontière centrafricaine. Il a arrêté à la frontière entre le Tchad et la Centrafrique, les autorités tchadiennes l’ont remis à la CPI ce lundi 14 mars. Après l’échec du coup de force lancé par la coalition rebelle CPC en janvier 2021, l’ancien ministre avait trouvé refuge avec d’autres leaders de groupes armés à Ndjamena, dans l’attente d'une avancée dans les négociations de paix menée par l’Angola.

La nouvelle en revanche jette un froid parmi les autres leaders des groupes armés, toujours en exil au Tchad, à la demande de l’Angola et dans l’attente d’une avancée dans les négociations de paix menées sous l’égide de la CIRGL.

« C'est une entrave au processus de paix, nous ne pouvons pas dialoguer dans ces conditions », s’indigne un porte-parole de la coalition rebelle. « Ni la feuille de route de Luanda ni l’accord de paix ne peuvent entraver la justice », répond le ministre Mokpeme. UBLICITÉ

Bangui a toujours vu d’un mauvais oeil cet exil jugé trop proche de ses frontières. Ndjamena a saisi l’opportunité pour se débarrasser d’un hôte encombrant qui entretenait de mauvais rapports avec les services secrets tchadiens.  

« Mais les autres chefs rebelles ne risquent-ils pas de prendre peur ? Quelles seront alors les conséquences en Centrafrique ? », s’interroge un diplomate.

Le dialogue de réconciliation avec l'opposition non armée et la société civile se tiendra du 21 au 27 mars, selon le décret présidentiel paru ce mardi soir 15 mars.

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:14
En Centrafrique, le dialogue avec l’opposition non armée enfin fixé

 

 

AFP 15.03.2022, 23h06

Plus d’un an après sa réélection contestée, le président Touadéra a fixé mardi au 21 mars un dialogue de réconciliation avec l’opposition non armée.

Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra a fixé mardi au 21 mars un dialogue de réconciliation avec l’opposition non armée, promis après sa réélection contestée il y a plus d’un an avec moins d’un tiers du corps électoral dans ce pays en guerre civile depuis 2013.

Il avait précisé que ce forum aurait lieu dans un délai bref six mois plus tard, après que son pouvoir eut été définitivement sauvé d’une vaste offensive rebelle grâce à l’intervention de centaines de paramilitaires russes, des «mercenaires» de la société privée de sécurité Wagner selon l’ONU.

Mais l’ouverture de ce dialogue incluant aussi la société civile, et dont Bangui a toujours dit exclure les groupes armés, a été mainte fois repoussée depuis. «Le Dialogue Républicain est convoqué du lundi 21 au dimanche 27 mars 2022 à Bangui», précise un décret signé mardi par Faustin Archange Touadéra.

Durée et délai courts

Sept jours, une durée relativement courte pour une réunion, à l’Assemblée nationale, de «plus de 450 participants issus des forces vives de la Nation, opposition et société civile», selon le porte-parole de la présidence Albert Yaloke Mokpeme. Elle portera «sur la paix et de la sécurité», a précisé ce dernier à l’AFP.

Et dans un délai de convocation très court également: six jours après le décret présidentiel. D’autant que des leaders de l’opposition ont assuré mardi soir à l’AFP qu’ils n’étaient pas au courant avant l’annonce du décret lu sur les ondes de la radio nationale, ni encore invités. «Nous voulions qu’il se déroule au mois d’avril, cela laissait plus de temps aux participants pour s’organiser», a déclaré à l’AFP le député Martin Ziguélé.

«C’est un peu précipité, nous avons des thèmes importants à aborder, je n’ai pas reçu d’invitation et, jusqu’à ce matin, ils composaient encore la liste des participants», a renchéri le député Anicet-Georges Dologuélé, ancien premier ministre et fondateur de la COD-2020, la principale plate-forme de l’opposition.

Offensive fulgurante

Faustin Archange Touadéra, au pouvoir depuis 2016, avait été réélu le 27 décembre 2020 avec 53,16% des suffrages mais seul un électeur inscrit sur deux avait eu la possibilité de se rendre aux urnes dans un pays occupé aux deux tiers par des groupes armés. Et en pleine offensive d’une coalition de rebelles lancée à la veille du scrutin pour renverser Faustin Archange Touadéra.

Depuis lors, Bangui a repris le contrôle de la majorité du pays grâce à une offensive fulgurante menée par des centaines de paramilitaires russes, des instructeurs non armés selon Moscou, des «mercenaires» de Wagner selon l’ONU et la France, qui les accusent de crimes de guerre contre les civils, et d’avoir fait main basse sur les richesses du pays, notamment ses diamants et son or.

Le pouvoir n’a jamais dit clairement quels étaient les buts de ce Dialogue républicain au-delà de vagues promesses d’inclure davantage l’opposition et la société civile dans la gestion du pays, dominée largement, comme à l’Assemblée nationale, par le Mouvement Cœurs Unis (MCU) de Faustin Archange Touadéra et des partis alliés ou satellites.

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:09
République centrafricaine : La CPI détient un ancien chef anti-balaka
République centrafricaine : La CPI détient un ancien chef anti-balaka

 

Lu pour vous

 

https://mondafrique.com/ By La rédaction de Mondafrique 16 mars 2022

Maxime Mokom est le quatrième responsable centrafricain placé derrière les barreaux de la CPI. Il retrouve en prison notamment Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom, respectivement ex-coordonnateur politique des anti-balaka et ancien caporal-chef de l’armée centrafricaine, dont le procès est toujours en cours devant la CPI. 


(Nairobi, le 15 mars 2022) – La remise à la Cour pénale internationale (CPI) de Maxime Mokom, un ancien chef des forces anti-balaka en République centrafricaine, représente une avancée significative dans les efforts de la CPI visant à rendre la justice pour les crimes commis dans ce pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le Tchad a joué un rôle important en remettant Mokom à la CPI le 14 mars 2022, en se fondant sur un mandat d’arrêt pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en République centrafricaine entre le 5 décembre 2013 et le mois de décembre 2014 au moins. Ces crimes auraient été commis dans le cadre de la politique des forces anti-balaka ciblant la population musulmane et d’autres personnes perçues comme aidant les forces Séléka dans le pays. Il est également vital que d’autres suspects de haut niveau, en particulier ceux impliqués dans les abus commis par les forces de la Séléka, soient aussi forcés de rendre des comptes.

« Le fait que Maxime Mokom soit détenu par la CPI est un grand pas en faveur de la justice rendue aux victimes des atrocités commises dans toute la République centrafricaine », a déclaré Elise Keppler, directrice adjointe du programme Justice internationale de Human Rights Watch. « Mokom rejoint ainsi un autre gradé de la hiérarchie anti-balaka détenu par la CPI, Patrice-Edouard Ngaissona, qui a été arrêté en décembre 2018. Nous espérons que la remise des suspects Séléka de haut niveau impliqués dans des crimes graves en République centrafricaine, afin qu’ils rendent aussi des comptes à la justice, sera une priorité. »

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:08
EN CENTRAFRIQUE, DES INVESTISSEURS PARIENT SUR L’AGRICULTURE MALGRÉ LES CRISES

 

Lu pour vous

 

http://afrique.le360.ma/ Publié le 14/03/2022 à 10h16 Par Le360 Afrique - Afp

Les guerres civiles et exactions de nombreux groupes armés depuis 20 ans ont relativement épargné cette zone forestière. C’est là qu’une poignée d'investisseurs privés ont décidé de miser sur un potentiel agricole immense mais encore largement inexploité dans ce pays, le deuxième le moins développé au monde selon l'ONU.

Il est rare de voir passer un camion de marchandises sur la route de Mbaiki, le chef-lieu de la Lobaye, à Bangui, le seul axe goudronné de la région, et encore plus rare d’y apercevoir une plantation. Le bitume fait office de séchoir à manioc pour les villageois.

Urgence alimentaire

Malgré d’abondantes ressources en eau et des millions d’hectares de terres arables, la Centrafrique souffre de la faim. Près de la moitié de la population s’y trouve en état d’urgence alimentaire, selon l'Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO).

Une situation héritée de décennies de conflits armés et de mauvaise gouvernance, dans un pays où l’extraction de minerais accapare les ambitions politiques et offre des revenus plus immédiats aux jeunes non qualifiés. Même l'agriculture vivrière est à peine développée: le manioc, la base des repas, est aux deux-tiers importé.

Les millions déversés par les organisations internationales en aide alimentaire sont perçus par nombre de Centrafricains comme des réponses d’urgence au détriment du développement.

«On ne peut pas venir distribuer des vivres gratuitement et demander à quelqu'un d’aller travailler. C’est lui inculquer une mentalité d’assisté», fustige Raed Harriri, directeur général de l’entreprise Palme d’or, unique représentante d’envergure du secteur agroalimentaire. Un discours régulièrement entendu chez les petits exploitants.

Libanais d’origine, né et éduqué en Centrafrique, Raed Harriri y est une figure bien connue. Il défend un modèle de développement pragmatique guidé par les investissements privés qui ne renie pas le profit mais offre des débouchés aux agriculteurs locaux en développant la transformation des produits.

"Politique de proximité"

«Nous prônons une politique de proximité. Il faut aller vers les petits producteurs, les former, les réunir en coopérative et mettre des moyens à leur disposition, puis on rachète leur production. Et s’ils ont du mal à gérer leur budget entre deux cycles de récolte, on leur garantit des emprunts auprès d'organismes de microfinancement», explique-t-il.

Qu’importe un climat des affaires réputé difficile et la proximité d'acteurs armés peu fréquentables. «Il suffit de connaître les réseaux et les habitudes», assure-t-il dans son bureau où les portraits de Thomas Sankara, héros panafricain, jouxtent celui de l'actuel président centrafricain Faustin Archange Touadéra, qu’il rencontre régulièrement.

La société mère de Palme d’or, Al Sahely, a été accusée par des ONG d’avoir payé des milices pour protéger ses activités au début de la guerre civile en 2013. Mais elle reste aujourd’hui l'une des seules pourvoyeuses d'emploi dans l'agroalimentaire.

Avec ses machines qui ronronnent, ses fumerolles qui s’élèvent dans des puits de lumière entre des silos emmaillotés de câbles et de gaines, l'usine Palme d'or à Bangui offre un tableau peu habituel dans un pays au tissu industriel quasi-inexistant.

Hérité de la colonisation française, le secteur agricole basé sur l’exportation de produits non transformés n’a pas résisté aux fluctuations des cours mondiaux après l'indépendance en 1960.

«Produire pour exporter des produits bruts, ce n’est pas la bonne méthode», plaide Jean-Luc Tété, Franco-Centrafricain qui a fait le pari de développer l'agriculture dite «régénératrice» dans la Lobaye. Une technique qui permet de laisser reposer les sols fatigués par les feux de brousses incessants, que les chasseurs allument pour traquer le petit gibier.

«On associe les cultures, on évite les labours profond, et on industrialise des savoirs agricoles traditionnels, ce qui fait qu’on n’utilise pratiquement pas d'engrais. Cela permet d’avoir des coûts de production extrêmement faibles», explique ce chef d’entreprise qui ambitionne de créer un modèle exportable en Afrique.

Des particuliers issus de la diaspora sont de plus en plus nombreux à tenter un retour à la terre.

«Mais il faut se faire accepter», rappelle Tété dont le quotidien implique de longues discussions avec les autorités traditionnelles. «Ce sont les chefs de village qui déterminent les endroits où on peut s’implanter, et 20% des profits sont investis dans l’éducation, la santé et les infrastructures», assure-t-il.

«C’est un partenariat», renchérit Jean Claude Silakamako, chef de village au sortir de la réunion du jour. «Nous offrons nos sols, nos intelligences aussi, maintenant c’est à eux de venir nous accompagner».

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:06
Les légionnaires français arrêtés à Bangui interrogés par Wagner

 

Lu pour vous

 

By La rédaction de Mondafrique 15 mars 2022 par Par Alexis Flausse

Arrêtés le 21 février à l’aéroport de Bangui sur fond de guerre informationnelle entre la Russie et la France, les quatre militaires français qui escortaient le chef d’État major de la Minusca auraient été interrogés par des éléments de la force russe Wagner. Une enquête est toujours en cours sur la provenance des armes saisies dans leur véhicule banalisé.

Tant du côté français que du côté centrafricain, les autorités s’interrogent encore sur les suites et la signification à donner à l’affaire de l’arrestation de quatre légionnaires français, le 21 février à l’aéroport de Bangui. L’histoire avait rapidement été interprétée comme une manœuvre de la société militaire privée russe nommée Wagner, très présente en Centrafrique, pour embarrasser la France dans un contexte de guerre informationnelle qui dure de plus quelques années entre Paris et Moscou.

Que s’est-il passé ? Les militaires ont été arrêtés sur le parking « VIP » de l’aéroport alors qu’ils escortaient le général Stéphane Marchenoir, chef d’État major de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca). Ce dernier attendait son vol pour Paris. Les quatre militaires, sous contrat avec la Minusca, possédaient un badge de l’organisation valable jusqu’au 22 avril 2022. Leurs nationalités d’origine (roumaine, bulgare, italienne et française) ont alors suscité de nombreux commentaires côté centrafricain, tout comme le corps d’armée auquel ils appartiennent – la Légion étrangère. « Pourquoi avoir recruté spécifiquement des légionnaires pour son escorte au lieu de casques bleus déjà présents dans la Minusca ? », s’interroge encore une source proche du gouvernement.

Il n’est pourtant pas « rare que des hauts gradés français fassent appel à des forces spéciales, comme la Légion, pour son escorte », estime un expert français des pratiques militaires. Selon nos informations, d’autres casques bleus étaient par ailleurs présents avec eux, ce qui aurait dû lever toute ambiguïté… Vite qualifiés de « mercenaires » dans la presse centrafricaine pro-russe, les légionnaires ont été emmenés dans les locaux de la section de recherche et d’investigation (SRI).

Interrogés par des « non centrafricains »

Dans un communiqué publié le 22 février et signé par le procureur Laurent Lengade, le Toyota noir blindé aux vitres teintées du général français était suivi depuis deux mois. « Un véhicule banalisé transportant des hommes en treillis est suspect », ajoute notre source proche du gouvernement. C’est la présence à l’aéroport, au moment où le président Faustin Archange Touadéra allait atterrir, qui a déclenché l’alerte. Interrogé sur le statut du véhicule, la Minusca confirme qu’il a été « loué, mais pas par la Minusca », et ajoute que « ces quatre militaires ont été recrutés par l’organisation des Nations unis pour la mission spécifique d’une garde rapprochée du chef d’État major de la Force de la Minusca ». Du côté des autorités centrafricaines, on relève le statut « banalisé » du véhicule, alors que le général est à Bangui depuis plusieurs mois. Côté Minusca, on dédramatise : un véhicule est bel et bien prévu, mais sa livraison a pris du retard…

Dans le Toyota, les armes des militaires ont été saisies : trois fusils d’assaut allemand HK 416, une mini mitrailleuse, des grenades offensives… Le tout pris en photo et diffusé sur les réseaux sociaux, suggérant qu’une opération d’envergure contre le président centrafricain avait été stoppée.

A la SRI, des éléments « non centrafricains » ont tenté d’interroger les légionnaires. Cette information étaye la version de la diplomatie française selon laquelle cette arrestation est bien une opération montée par les éléments de Wagner – avec en sous-main Moscou – en représailles à un documentaire réalisé par les journalistes Ksenia Bolchakova et Alexandra Jousset, diffusée sur la chaîne France 5 le 20 février, soit la veille de l’arrestation. « Wagner, l’armée de l’ombre de Poutine » est une enquête fouillée sur cette société militaire privée, notamment en Centrafrique, ses pratiques, ses crimes contre l’humanité et ses liens avec Vladimir Poutine.

Nicolas de la Rivière entre dans la danse

A l’ambassade de France, on marche sur des œufs, alors que Paris a officiellement arrêté sa coopération en Centrafrique, en mai 2021, et qu’une propagande anti-française est à l’œuvre depuis plusieurs années avec le soutien de la Russie. Selon nos confrères d’Africa Intelligence, « en coulisses, l’ambassadeur de France à Bangui, Jean-Marc Grosgurin, a envoyé des messages particulièrement explicites à la présidence centrafricaine, afin d’appeler à la libération des soldats ». D’autres sources proches de l’ambassade affirment que le diplomate s’en est tenu à des échanges avec la Minusca, et qu’aucune action particulière n’a été mise en place.

A New York, en revanche, la diplomatie française a été plus active. Le 22 février, le représentant de la France à l’ONU, Nicolas de la Rivière, a profité de la présence de la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, Sylvie Baïpo-Temon, pour lui remettre des documents prouvant le statut onusien des légionnaires arrêtés.

Le 23 février, Antònio Guterres, le secrétaire général l’ONU, a réagi à son tour, affirmant que « ces membres de la Minusca bénéficient de privilèges et d’immunités » et que selon « l’Accord sur le statut des forces de 2014, [il existe] une procédure spécifique dans les cas où des membres de la Minusca sont soupçonnés, par les autorités de la République centrafricaine, d’avoir commis une infraction ». « Cette procédure n’a pas été suivie dans le cas présent », a-t-il asséné. 

L’affaire est remontée jusqu’au Parlement français. Le sénateur LR des Français établis à l’étranger, Christophe-André Frassa, a mis les pieds dans le plat en dénonçant un « coup monté » contre les légionnaires et à travers eux, la France. Dans une question adressée à la ministre des armées, il a exprimé « sa plus vive inquiétude quant à la situation de quatre légionnaires français » et « sa perplexité quant aux conditions de leur arrestation », et a dit « craindre un enlisement » suite à « l’ouverture d’une prétendue enquête par le parquet de Bangui ».

Les légionnaires ont finalement été remis en liberté le 24 février. Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Selon nos informations, une procédure est toujours ouverte, concernant notamment la saisie des armes.

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:04
Les réactions africaines à la guerre en Ukraine

 

Lu pour vous

 

https://lerubicon.org/ Par Sonia Le Gouriellec 15 mars 2022

Le 1er mars, l’Éthiopie commémorait la célèbre bataille d’Adwa (1896) dans laquelle les troupes de Ménélik II arrêtèrent l’envahisseur italien dans le nord du pays. Une photo (ci-dessous) attire l’attention : au milieu des drapeaux éthiopiens, un jeune homme agite un drapeau russe. Rien de réellement surprenant puisque lors de cette célèbre bataille la Russie apportait son soutien actif à la lutte anticoloniale de l’empire éthiopien. Néanmoins, on ne sait pas si la personne sur la photo rend hommage à ce rôle passé de la Russie ou souhaite marquer son soutien à la Russie dans le contexte actuel de guerre en Ukraine. Dans ce dernier cas, l’image semble anachronique et incohérente : célébrer la victoire de l’Éthiopie face à un envahisseur tout en apportant son soutien à un acteur qui se trouve dans le rôle de l’envahisseur aujourd’hui.

Ce type d’incohérence se multiplie sur les réseaux sociaux. De nombreux Africains d’habitude soucieux, à raison, de la souveraineté de leurs États, affichent un soutien surprenant à l’action de Vladimir Poutine. Comment comprendre ce positionnement ? Nous proposons ici d’analyser les réactions des gouvernements africains au conflit en Ukraine en les distinguant des réactions des sociétés civiles.

La prudence diplomatique des gouvernements africains

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les réactions des pays non européens sont analysées et le positionnement des pays africains fait l’objet de nombreux débats. Le 25 février, au Conseil de sécurité des Nations Unies, la Russie a bloqué par son veto un projet de résolution condamnant l’agression russe de l’Ukraine. Les trois représentants africains du Gabon, du Ghana et du Kenya avaient en revanche voté pour, et souligné l’importance du droit et des principes de la Charte des Nations Unies.

Quelques jours plus tard, le 2 mars, l’Assemblée générale de l’ONU (AGNU) a adopté  une résolution qui « exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ». Lors de ce vote, approuvé par 141 pays sur les 193 membres que compte l’Organisation, seuls cinq pays ont voté contre dont l’État totalitaire d’Érythrée. De plus, 35 pays se sont abstenus dont 17 pays africains (dont le Congo-Brazzaville, Madagascar, le Mali, le Sénégal, le Soudan, l’Algérie et l’Afrique du Sud). 8 pays n’ont pas pris part au vote, car ils n’étaient pas dans la salle : le Burkina Faso, la Guinée, la Guinée-Bissau, Eswatini, l’Éthiopie, le Cameroun, le Maroc et le Togo. L’Algérie, l’Angola et l’Érythrée sont les seuls États africains à faire partie du « Groupe d’Amis de la Charte des Nations Unies », créé en 2021 avec la Chine et la Russie afin de promouvoir la diplomatie et le multilatéralisme contre les actions unilatérales. Tous les membres de ce groupe se sont abstenus, n’ont pas voté ou ont voté contre la résolution, à l’exception du Cambodge et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Quelles leçons tirer de ce vote ? Un ensemble de facteurs globaux et nationaux, sécuritaires, politiques, économiques et historiques explique le positionnement des États africains.

Quelques nuances tout d’abord : nombreux sont les États à s’être abstenus tout en rappelant dans des communiqués l’importance du droit international et du respect de l’intégrité territoriale (Madagascar et Afrique du Sud par exemple). De plus, tous ces États se sont alignés derrière les déclarations fortes de l’Union africaine et des Communautés économiques régionales qui condamnent la Russie. Le discours de Martin Kimani, ambassadeur du Kenya à l’ONU, en réaction à l’annonce de Vladimir Poutine de la reconnaissance des territoires séparatistes d’Ukraine, est particulièrement instructif : il condamne cet évènement en prenant exemple sur l’histoire de l’Afrique et en rappelant l’intangibilité des frontières issues de la colonisation qui s’imposa comme principe en 1963 dans la Charte de l’Organisation de l’unité africaine. Le Kenya au Conseil de sécurité des Nations Unies rappelle également à tous les principes fondateurs des Nations Unies.

Par ailleurs, des États comme l’Afrique du Sud ont marqué leur désaccord « par principe » quant à la teneur de la résolution et se sont abstenus bien que quelques jours auparavant l’Afrique du Sud appelait au retrait immédiat des troupes russes d’Ukraine, affirmant que le conflit devait être résolu de manière pacifique et que « le texte dans sa forme actuelle pourrait créer un fossé encore plus grand, au lieu de contribuer à une résolution du conflit ». Cette position fait débat au sein même du pays. Alors que le gouvernement évoque une position « par principe » (neutralité), les commentateurs y voient la marque d’un rapprochement entre les élites politiques et le régime russe. De même, l’Ouganda s’est abstenu pour « préserver [sa] neutralité », au moment où le pays vient de prendre la présidence du Mouvement des non-alignés (NAM), mais, dans le même temps, le fils du Président a fait entendre son soutien à Vladimir Poutine…. Notons que si les Africains n’ont pas voté d’une voix qui aurait pu représenter celle du panafricanisme, des divisions internes existent également au sein des 120 États membres du Mouvement des non-alignés… Le problème du non-alignement est qu’il peut signifier l’abstention dans les conflits et qu’il revient de fait à prendre le parti des agresseurs.

Pour mieux comprendre les votes des pays africains, il faut étudier les relations bilatérales de chaque État avec la Russie. Cette dernière renforce depuis plusieurs années ses relations avec un ensemble de pays du continent. En 2006, Vladimir Poutine a en effet effectué une visite modeste, mais très médiatisée, sur le continent (au Maroc et en Afrique du Sud), proclamant que la Russie « revenait » en Afrique.

Des enjeux politiques et économiques liés à ce rapprochement peuvent expliquer certaines abstentions lors du vote à l’AGNU. Le Burundi s’est abstenu, mais la Russie a été l’un des seuls États à soutenir les autorités du Bujumbura quand, en 2019, elles réprimaient l’opposition. Des enjeux économiques peuvent aussi interférer : des accords miniers (Angola) ou des importations de blé (Sénégal) ou militaire (Mali, RCA, Soudan avec un projet de base militaire). Le Professeur Erik Voeten a montré (graphique ci-dessous) qu’à 3 exceptions près (Rwanda, Nigéria et Égypte), les pays qui ont importé au moins 20 % de leurs armes de Russie au cours des 5 dernières années se sont rangés du côté de la Russie.

Si l’analyse des relations bilatérales est importante, il est hâtif de conclure que certains votes sont uniquement le fait d’une dépendance économique ou militaire avec la Russie. Ainsi, il est difficile d’avancer que le vote du Mali à l’AGNU serait uniquement lié à la situation instable qui prévaut dans le pays et à son récent rapprochement militaire avec la Russie. Sa politique étrangère repose traditionnellement sur une forme de neutralité et d’équidistance entre les puissances (sauf sur certaines problématiques comme la Palestine). De même, le Sénégal s’est abstenu. Certes, la Russie est un important fournisseur de blé et de carburant, mais le Président Macky Sall a également réaffirmé « l’adhésion du Sénégal aux principes du non-alignement et du règlement pacifique des différends » tout en rappelant son attachement au respect de l’indépendance et de la souveraineté des États… Ces positionnements peuvent paraître ambigus : invoquer le non-alignement ou la neutralité peut être interprété comme une neutralité de façade de régimes offrant de facto leur soutien à l’action russe. À l’inverse, certains invoquent le même principe tout en rappelant l’importance des règles du droit international bafouées par cette même Russie. Ainsi, dans le cas de l’Afrique du Sud, les commentateurs s’interrogent. Son abstention est-elle déterminée par un « engagement de principe en faveur du dialogue politique » ou une politique marquée par l’ingérence russe ?

Enfin, il nous semble essentiel de ne pas suranalyser ces absentions à l’AGNU et d’y voir la preuve d’une influence « croissante » de la Chine et de la Russie suite à un « recul » de l’Europe et des États-Unis. En effet, on constate que les votes africains sur la Crimée il y a 8 ans sont relativement proches comme nous le rappelle Julien Antouly avec ces cartes. En haut le vote des États lors de la condamnation de l’annexion de la Crimée en 2014 (A/RES/68/62) et, en bas, le vote de la condamnation de l’agression russe en 2022 (ES/11/1).

Pour comprendre ces tendances, il conviendrait donc d’étudier ces votes non pas de façon conjoncturelle, mais structurelle. Or, une foisonnante production scientifique sur les politiques de vote et le sens de l’abstention à l’AGNU s’attache à comprendre ces mécanismes depuis la guerre froide. L’une des divisions prédominantes de l’Assemblée générale est celle qui existe entre les nations riches et les nations pauvres. Il existe également une tendance des démocraties à soutenir, davantage que les non-démocraties, les positions américaines lors des votes importants à l’AGNU. Néanmoins, et contre intuitivement, David B. Carter et Randall W. Stone ont montré que les démocraties des pays en développement ont des électorats qui s’opposent plus aux positions américaines que les autocraties, et elles sont plus disposées que les autocraties à prendre des positions symboliques qui peuvent leur faire perdre des aides financières.

Les votes à l’AGNU doivent donc être étudiés sur une période longue et en privilégiant une approche comparatiste. Le seul vote du 2 mars ne permet pas de fournir des explications sur l’alignement des États africains sur la scène internationale. On ne peut que noter un vote avec une écrasante majorité d’une résolution qui « exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » avec une prudence des diplomaties africaines. Les votes africains trouvent leur explication dans l’ensemble de ces facteurs. À l’exception de l’Érythrée, depuis longtemps en marge de la communauté internationale et elle-même engagée militairement sur le territoire de son voisin éthiopien, aucun pays africain ne s’est jusqu’à présent prononcé en faveur de l’intervention de la Russie, pas même le Mali et la République centrafricaine, où les forces russes aident les gouvernements à lutter contre les insurrections. Cette prudence diplomatique trouve certainement aussi ces racines dans des opinions publiques aux positions pro-Poutine affirmées.

Des opinions publiques plus divisées

Les opinions publiques africaines semblent manifester des positions pro-Poutine affirmées qui n’ont rien à voir avec un non-alignement ou une troisième voie. Les résultats d’une enquête menée par Afrobarometer ont montré que les perceptions populaires de la Russie et de la Chine ont positivement évolué au cours des 5 dernières années. La Russie est perçue positivement par 38 % des Africains des 18 pays étudiés. Cela reflète l’engagement politique, économique et sécuritaire croissant de la Russie avec l’Afrique, mais c’est aussi le rôle des médias russes dont le contenu numérique et la propagande s’infiltrent rapidement dans les espaces médiatiques francophones d’Afrique de l’Ouest.

Ces réactions relèvent parfois des incohérences : Vladimir Poutine devrait pouvoir décider à la place des Ukrainiens de leur positionnement et de leurs alliances, mais les mêmes populations estiment que leurs États doivent être libres de leurs choix et souverains. Or, dans son discours au Conseil de sécurité, l’ambassadeur kenyan l’a rappelé : ce sont les « petits États » qui devraient rappeler aux grandes puissances le danger de replonger dans un monde impérial. L’inquiétude pour eux est de voir des dirigeants qui redessinent les cartes par la force tout en s’efforçant de créer des États ethniquement homogènes. En effet, l’inviolabilité souveraine est une condition fondamentale de leur existence. Elle est le pilier d’un ordre mondial post-impérial qui doit persister pour que ces pays puissent survivre.

Les critiques portent également sur l’intervention en Libye en 2011 et invoquent un deux poids deux mesures dans les dénonciations, trouvant ainsi des excuses à l’invasion de l’Ukraine. La figure de l’homme fort est aussi invoquée : les commentateurs estiment que l’ambition de ressusciter un empire peut être soluble dans la demande que Poutine soit traité avec déférence.

De quoi ces incohérences sont-elles le symptôme ? Nous proposons ici une hypothèse : un ensemble de mythes politiques développés en Russie converge sur le continent africain et est partagé par une partie des opinions publiques.

Le premier mythe partagé est le « campisme ». Cette idée, issue de la Guerre froide, souligne que chaque État doit choisir un camp. Un choix binaire – qu’on retrouve dans de nombreuses analyses même en Europe – entre le camp occidental, libéral et capitaliste et, de l’autre, le camp de ceux opposés à l’impérialisme occidental. Dans ce dernier camp, on peut retrouver (quand bien même ces régimes soient autoritaires, favorables au capitalisme et… impérialistes) : la République islamique d’Iran (qui s’oppose à l’alliance américano-saoudo-israélienne), la Corée du Nord, la République populaire de Chine, l’Inde national-hindouiste de Modi, le Venezuela de Maduro, la Syrie d’Assad, la Biélorussie de Loukachenko et … la Russie de Vladimir Poutine. Une grande partie des États membres du « Groupe d’Amis de la Charte des Nations Unies »… Malgré ces incohérences, toute compréhension du réel passe par cette grille de lecture, et tous les conflits sont lus selon cette nouvelle polarisation issue de la Guerre froide. L’anti-impérialisme et l’anti-américanisme sont centraux, les États-Unis sont considérés comme les responsables de la guerre en Ukraine du fait d’une extension de l’OTAN en Europe de l’Est.

Le deuxième mythe est le « néosouverainisme » qui se traduit par une hostilité contre les interventions internationales perçues comme décidées par les Occidentaux et jugées illégitimes. En effet, le poids des pays occidentaux dans les institutions internationales et la composition du Conseil de sécurité des Nations Unies – où aucun pays du continent africain ne dispose d’un siège de membre permanent – expliquerait la légalité de ces opérations, mais pas leur légitimité. Une forme d’hypocrisie occidentale est ici dénoncée. Le néosouverainisme invoque le principe d’équivalence morale : pourquoi condamner l’invasion russe alors que les Occidentaux ou l’OTAN (mentionnés comme des synonymes) auraient fait la même chose au Kosovo, en Libye, en Irak et en Afghanistan ? C’est ici le principe même de l’interventionnisme, perçu comme une ingérence, qui est contesté et vécu comme une manifestation de l’impérialisme occidental sur les questions internationales. Or, l’OTAN est intervenue au Kosovo et en Libye alors que des massacres de masse étaient en cours, et ce sans opposition de la Russie dans le cas de la Libye. De même, la guerre en Irak a profondément divisé le « camp occidental ». De ce mythe découle un autre : une forme de complot occidental visant à étendre l’OTAN. C’est l’argument principal utilisé pour justifier l’agression en Ukraine, comme si l’alliance défensive que représente l’OTAN n’avait jamais cessé de vouloir provoquer la Russie.

Le troisième mythe est un sentiment d’humiliation dont aurait souffert la Russie dans les années 1990. Les Occidentaux sont ainsi accusés d’avoir précipité l’effondrement de l’Union soviétique. Le même type de sentiment se retrouve dans de nombreux pays d’Afrique qui estiment perdre une partie de leur souveraineté en se soumettant aux politiques des institutions financières internationales ou en répondant aux conditionnalités politiques imposées par les Occidentaux dans l’attribution de leur soutien. De plus, le discours irrédentiste de Vladimir Poutine fait vibrer la corde sensible d’un continent où certains considèrent encore les frontières coloniales comme illégitimes. Martin Kamani, l’ambassadeur du Kenya aux Nations Unies, l’a rappelé lorsqu’il a fait référence dans son discours aux « frontières dont nous avons hérité » et qui « n’ont pas été tracées par nous-mêmes », mais « tracées dans les lointaines métropoles coloniales de Londres, Paris et Lisbonne, sans aucun égard pour les anciennes nations qu’elles ont séparées ». Il a rappelé que, malgré tout, la paix a été choisie à la guerre : « nous voulions quelque chose de plus grand, forgé dans la paix ».

Une nouvelle fois apparaît une lecture binaire des relations internationales avec d’un côté les agressés/dominés et de l’autre les agresseurs/impérialistes. Les dirigeants politiques mettent cyniquement en récit cette opposition de valeurs.

Ces manifestations pro-Poutine au sein de certaines opinions publiques (en Afrique, mais aussi en France) sont l’expression d’une remise en question d’un ordre international perçu comme dominé par l’Occident. Depuis plusieurs années, on voit émerger dans les discours une volonté de grandeur, la nostalgie d’un passé révolu parfois au risque de la réécriture de l’histoire. Ces nostalgies amères et revanchardes d’empires disparus se traduisent par des politiques étrangères nationalistes. Certes on pense à la Russie, l’Inde, la Chine ou la Turquie, mais on le voit également en Afrique, en Éthiopie par exemple, en quête d’une « Grande Éthiopie » historique l’ayant mené à une guerre civile tragique. On observe donc une certaine empathie pour ce « désir d’empire » chez de nombreuses populations.

Les Russes, comme les Chinois avant eux, insistent sur l’importance de la souveraineté contrairement à un Occident qui tenterait d’imposer ses valeurs (transparence, bonne gouvernance, législation anti-corruption, etc.). Un article de propagande, effacé depuis, résume bien l’idée que se font les dirigeants russes des rapports de force internationaux.

Depuis 1991, aucun président ukrainien ne s’est rendu en Afrique subsaharienne, et un seul président d’un pays africain s’est rendu en Ukraine. En comparaison, la Russie a mis en scène son retour sur le continent africain, notamment lors du Sommet Russie-Afrique à Sotchi, en octobre 2019. Déjà, la Russie de Vladimir Poutine y développait un discours au cœur des débats ces derniers jours sur le positionnement des diplomaties et opinions publiques africaines à l’égard de l’invasion de l’Ukraine : Poutine défenseur des souverainetés face au néocolonialisme et défenseur des régimes face aux contestations venant des rues. Un discours en forme de pied de nez aux Occidentaux qui semble avoir trouvé des échos favorables malgré des contradictions inquiétantes. Depuis plusieurs années, les Africains ont le choix de leurs partenaires et ont su diversifier ces partenariats. Néanmoins, sans un agenda propre, ils deviennent l’objet des agendas des autres.

Sonia Le Gouriellec

 

Sonia Le Gouriellec (@MorningAfrika) est maîtresse de conférences en science politique à l’Université catholique de Lille (Faculté de Droit /C3RD) et chercheure associée à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Elle est l’autrice de Djibouti : la diplomatie de géant d’un petit État (Presses Universitaires du Septentrion, 2020) et Géopolitique de l’Afrique (Que sais-je?, P.UF., 2021).

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 19:03
Ukraine: Joe Biden veut garder l’Afrique dans l'«axe du bien»

 

Lu pour vous

 

 https://www.lopinion.fr/ Par Pascal Airault 15 mars 2022 à 17h45

Les Etats-Unis ont reçu en fin de semaine le président de la Commission de l’Union africaine pour un dialogue stratégique à haut niveau

Les faits - En déplacement à Washington jusqu’au 12 mars, Moussa Faki Mahamat, le président tchadien de la Commission de l’Union africaine, a rencontré plusieurs officiels américains comme Antony Blinken, le secrétaire d’Etat, Jake Sullivan, le conseiller national à la Sécurité, et Samantha Power, l’administratrice de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international. Washington incite les pays africains à renforcer leur ancrage démocratique à l’heure de la guerre en Ukraine.

Les Occidentaux veulent conserver l’Afrique dans l'« axe du bien » en plein conflit ukrainien. Le secrétaire d’Etat Antony Blinken a rencontré le 11 mars, à Washington, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat. « Nous avons déjà parlé d'événements mondiaux, y compris la guerre non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine, que les institutions africaines et certains pays africains ont condamnée », a expliqué le patron de la diplomatie américaine.

Officiellement, l’Union africaine est du côté des Occidentaux. Macky Sall, le président en exercice de l’UA, et le président de la Commission ont appelé, dans un communiqué conjoint, la Russie à respecter impérativement le droit international, l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale de l’Ukraine. Le communiqué exhorte sans réserve les deux parties à établir un cessez-le-feu immédiat et à ouvrir sans délai des négociations politiques, sous l’auspice des Nations unies.

Mais les Etats membres de l’UA ont des positions beaucoup plus divergentes à titre individuel. Vingt-huit sur 55 ont voté la résolution condamnant l’intervention russe en Ukraine. Mais seize se sont abstenus dont des poids lourds comme l’Algérie, l’Angola, l’Afrique du Sud. D’autres, comme le Maroc ou le Burkina Faso, n’ont pas pris part au vote. Certains pays ont même un double positionnement.

« Financements ». Ainsi, Macky Sall s’est aussi abstenu lors du vote de la résolution de l’Onu pour ne pas affecter sa relation bilatérale avec Moscou. Il a aussi condamné avec fermeté un appel de Kiev, publié sur la page Facebook de l’ambassade d’Ukraine au Sénégal, à l’enrôlement des ressortissants sénégalais.

« Les Etats-Unis, comme le reste des Occidentaux, essayent d’avoir le plus d’alliés possibles dans leur bras de fer avec la Russie, explique Christopher Fomunyoh, directeur régional pour l’Afrique au National Democratic Institute for International Affairs, un think tank démocrate. Ils n’ont pas envie d’une réinstallation de la Guerre froide sur le continent africain et observent déjà que de nouveaux conflits entre Russes et Occidentaux se font ressentir dans des pays comme le Soudan, le Mali et la Centrafrique. »

En décembre dernier, Joe Biden a convié 18 pays d’Afrique lors du sommet sur la démocratie. La Maison Blanche organisera d’ici à la fin de l’année un sommet Etats-Unis-Afrique auquel davantage de dirigeants du continent devraient être conviés. « La politique africaine de Joe Biden est bien plus ambitieuse que celle Donald Trump comme il l’a déclaré à plusieurs reprises, poursuit Christopher Fomunyoh. Nos partenaires africains attendent maintenant du concret en matière de programmes et de financements. » Les priorités américaines sont la paix, la sécurité, l'économie inclusive, le climat, la santé et la démocratie, critère retenu pour l’attribution des aides.

Antony Blinken s’est félicité des efforts de plusieurs pays du continent, citant la Zambie qui s’est engagée à améliorer l’indépendance et la transparence de sa commission électorale. Ou encore Maurice qui s’apprête à introduire un code de conduite pour les parlementaires. Il a aussi loué les efforts de l’UA pour restaurer la démocratie au Mali, au Burkina Faso ou en Guinée

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 18:59
La Russafrique : combien de votes ? par Thierry Vircoulon
La Russafrique : combien de votes ? par Thierry Vircoulon

 

Lu pour vous

 

https://theconversation.com/ Published: March 13, 2022 7.39pm SAST Author Thierry Vircoulon

Le 2 mars, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution déplorant l’agression commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que Moscou retire immédiatement ses troupes du territoire ukrainien.

Cette résolution a été adoptée à une très large majorité : 141 pays ont voté en sa faveur et seulement 5 pays contre – la Corée du Nord, la Syrie, l’Érythrée, la Biélorussie et bien évidemment la Russie. Mais plus que les « pour » et les « contre », ce sont les abstentions qui retiennent l’attention. 34 pays se sont abstenus, dont 16 pays africains.

Pour être complet, ce décompte doit aussi inclure les pays qui ont opté pour la stratégie de la chaise vide en ne participant pas au vote, ce qui constitue une abstention cachée. Ces derniers sont au nombre de 13 ; parmi eux, 8 pays africains. En additionnant l’abstention assumée et l’abstention cachée, 24 pays africains sur 54 ont préféré ne pas condamner la Russie, soit près de la moitié du continent.

Face à ce conflit inédit qui menace la paix mondiale, la moitié de l’Afrique diplomatique est abstentionniste. Comment interpréter ce choix ?

Anciens et nouveaux leviers d’influence

Une première lecture attribue cette attitude à la forte influence que la Russie exerce aujourd’hui en Afrique, même si l’Union européenne demeure le premier bailleur et le premier partenaire commercial du continent. Cette influence est le résultat cumulé de l’héritage de l’histoire et de la nouvelle politique africaine de Moscou.

Le vote de certains pays africains est une réminiscence des vieilles loyautés de l’époque de la guerre froide et de la décolonisation. Le souvenir du soutien soviétique à la décolonisation, l’alignement pro-soviétique de certains pays africains (Angola, Algérie, Éthiopie, etc.) et l’avènement au pouvoir d’anciens mouvements de libération soutenus par l’URSS (Mozambique, Namibie, Afrique du Sud, Zimbabwe) font partie de l’héritage historique des relations russo-africaines.

Cependant, cet héritage historique compte sans doute moins que la réactivation récente de la politique africaine de la Russie. Alors que la diplomatie russe avait oublié l’Afrique depuis la fin de l’URSS, la crise ukrainienne de 2014 et les premières sanctions occidentales lui ont fait retrouver la mémoire. À partir de ce moment charnière, les autorités russes ont mené une stratégie de réimplantation agressive grâce à leurs deux principaux atouts : les ventes d’armes et la fourniture de prestations de sécurité.

En effet, les échanges économiques de l’Afrique avec la Russie sont limités (environ 20 milliards de dollars en 2019) par rapport aux autres puissances (Chine : 210 milliards ; Europe : 225 milliards). Cependant, ils sont concentrés sur quelques secteurs stratégiques : l’alimentation, les ressources naturelles et les armes.

Premier exportateur mondial, la Russie a mené une diplomatie du blé, notamment en direction des pays d’Afrique du Nord, très dépendants au niveau alimentaire. L’Égypte achète les trois quarts de ses importations à la Russie et, en froid avec Paris, Alger s’est tourné vers le blé russe. Ses autres clients sont principalement le Nigeria, la Tanzanie, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Soudan, dont l’un des dirigeants était à Moscou pour finaliser une livraison de blé au moment de l’invasion de l’Ukraine.

Les grandes sociétés publiques russes du secteur extractif (Rosneft, Lukoil, Alrosa, Rusal, Gazprom, Nordgold, etc.) ont investi en Afrique mais elles ne sont ni dominantes ni irremplaçables.

En revanche, la Russie est un acteur important du marché africain de la sécurité. De 2016 à 2020, elle a fourni 30 % des armes acquises par les pays d’Afrique subsaharienne ; depuis 2017, elle a signé des accords de coopération militaire avec 20 pays d’Afrique subsaharienne, contre seulement sept de 2010 à 2017 ; et elle a peut-être trouvé avec le Soudan un pays hôte pour une base militaire au bord de la mer Rouge.

Cet activisme sécuritaire est encore renforcé par sa diplomatie du mercenariat incarnée par le désormais célèbre groupe Wagner présent en Libye, au Soudan, au Mozambique, en Centrafrique et au Mali.

La présence de Wagner permet à Moscou d’élargir à moindre coût son espace stratégique. Le groupe fournit aux pouvoirs africains affaiblis un package « mercenaires/propagande numérique » et démarche tous azimuts sur le continent. Son patron Evgueni Prigogine a, par exemple, personnellement courtisé les putschistes burkinabé en saluant leur coup d’État en janvier et en le comparant à une décolonisation.

Cette forte présence dans la sécurité d’État garantit au Kremlin un accès privilégié aux cercles du pouvoir, voire lui permet de les vassaliser quand ils sont très faibles comme en Centrafrique.

Affinités politiques

La forte abstention africaine reflète aussi le vent d’autoritarisme qui souffle en Afrique depuis dix ans. Après la décennie de la démocratisation (1990-2000), le continent subit un reflux autoritaire, avec comme conséquence l’éloignement des puissances démocratiques et le rapprochement des puissances autoritaires.

Silencieuse à ses débuts, cette mécanique géopolitique s’est accentuée au fur et à mesure des troisièmes mandats truqués, des nouvelles guerres civiles et des putschs. Ces dérives autoritaires ont généralement été accompagnées par des condamnations diplomatiques occidentales, voire des sanctions critiquées pour leur sélectivité. Ainsi, au début de cette année, les États-Unis ont sanctionné les gouvernements de l’Éthiopie (pour violations des droits de l’homme), du Mali et de la Guinée (pour leurs coups de force militaires) en les excluant de l’accord commercial African Growth and Opportunity Act (AGOA), mais ils restent accommodants avec le régime militaire égyptien.

Ces dernières années, plusieurs bras de fer diplomatiques ont opposé l’Union européenne à des régimes autoritaires africains (Burundi, Madagascar, Zimbabwe, Tanzanie, Bénin, Centrafrique, etc.). De manière révélatrice, la pire dictature du continent africain (l’Érythrée) a voté contre la résolution dénonçant l’agression russe et les récents régimes putschistes condamnés par les Occidentaux (Mali, Guinée, Burkina Faso) ont tous opté pour l’abstention assumée ou cachée.

Au XXI siècle, le regain d’autoritarisme en Afrique joue en faveur du club autocratique dont les présidents russe et chinois se disputent discrètement la présidence. Le jeu des affinités de régimes n’est toutefois pas systématique : des dictatures comme le Tchad et le Rwanda ont voté pour la résolution tandis que les deux pays africains où la démocratie semble la mieux enracinée (le Sénégal et l’Afrique du Sud) se sont abstenus.

Retour simultané de la géopolitique bipolaire et du non-alignement

La préférence de l’Afrique pour l’abstention est aussi le fait de sa multi-dépendance dans une géopolitique de nouveau bipolaire. Dans un contexte international de multipolarité dérégulée, la politique de diversification des partenariats menée par de nombreux pays en développement semblait être une stratégie gagnante.

Elle était censée leur permettre de maximiser les opportunités de coopération sur le marché international de l’aide et de regagner des marges de manœuvre politiques en faisant jouer la concurrence entre leurs partenaires. En effet, alors qu’elle est essentiellement perçue sous l’angle économique, la diversification des partenariats est aussi éminemment sécuritaire et politique. En témoigne la multiplication des présences militaires étrangères et des sommets où un pays invite tout le continent africain.

Ainsi la politique étrangère de certains pays africains est devenue un jeu d’équilibre complexe. La République démocratique du Congo d’Étienne Tshisekedi est politiquement très proche des États-Unis mais dépend économiquement surtout de la Chine. L’Égypte du maréchal al-Sissi a des partenariats sécuritaires étroits avec des pays occidentaux mais achète des armes et du blé russes et compte sur Rosatom pour construire sa première centrale nucléaire.

Le passage rapide de la multipolarité dérégulée à la repolarisation du monde en deux camps expose désormais les tenants de la diversification des partenariats à des pressions multiples et contradictoires qui peuvent les acculer à des choix délicats. Dans certains pays particulièrement fragiles, la survie du régime dépend de ses alliances extérieures.

Pour échapper à ce dilemme stratégique, le non-alignement inventé en 1955 fait son retour en 2021 comme une option prudente et rassurante. Le Mouvement des Non-Alignés né de la conférence de Bandung en 1955 réunissait les États qui ne voulaient s’affilier ni au bloc de l’Est ni au bloc de l’Ouest. Il existe toujours (sa dernière réunion a eu lieu en Serbie en 2021) et les États africains constituent toujours la majorité de ses membres.

Le non-alignement, dont l’abstention au vote de l’Assemblée générale de l’ONU est l’expression, évite de prendre parti dans ce conflit entre grandes puissances et permet de naviguer dans les eaux tumultueuses de la nouvelle guerre froide. L’avenir dira si cette stratégie diplomatique permettra de ne pas trop déplaire ou de déplaire à tout le monde, notamment si le conflit s’embrase.

Dans un contexte international ultra-polarisé, le vote de la résolution contre l’invasion de l’Ukraine a été perçu comme un instantané des nouveaux rapports de force diplomatiques. Cependant, si le parti des abstentionnistes compte tant de membres en Afrique, il ne faut pas seulement y voir l’influence de Moscou et la baisse de popularité des Européens et des Américains mais aussi et surtout un réflexe de prudence et de sauvegarde de la part d’une Afrique multi-dépendante qui sait que « quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui meurent ».

 

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 18:58
Détourné de son usage, le Tramadol fait des ravages en Afrique

Lu pour vous

 

Rédigé le 09/03/2022  Allo docteurs

Des dizaines de millions de personnes consomment abusivement du Tramadol. Détourné de son usage, cet anti-douleur peut entraîner de graves problèmes de santé.

Au Gabon, on l'appelle "Kobolo". Au Cameroun, il porte le nom de "Tramol". En Guinée, les cafés proposent d'en mettre dans votre tasse. Apprécié du Maroc au Cameroun, de l'Egypte au Ghana, du Sénégal à la Guinée, du Mali au Congo-Brazzaville, du Niger à la Côte d'ivoire, le Tramadol fait planer le continentDes millions de personnes consomment ce dérivé de l'opium en détournant son usage

Un médicament à risque

Le Tramadol est un analgésique de la famille des opiacés utilisé dans le traitement de la douleur. Le médicament est prescrit sur ordonnance. En cas d'utilisation prolongée à doses élevées, il peut entraîner une dépendance à la fois physique et psychologique. 

Selon certains témoignages, l'anti-douleur permet de surmonter la fatigue, de combattre la dépression ou encore d'améliorer les rapports sexuels. Mais les médecins rappellent surtout les dangers du Tramadol en cas de surdosage. Troubles de la personnalité, hallucinations, désillusions, crises d’épilepsie...  la liste est longue.

La cocaïne du pauvre

Très prisé par les jeunes, le Tramadol est souvent consommé avec d’autres substances comme la caféine, la théine ou l’alcool. Seulement voilà, "l’association opioïdes + alcool + sédatifs accroît les risques de dépression respiratoire et de décès, et on la retrouve souvent dans les overdoses ayant une issue fatale", rappelle l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Selon l'OMS, les opioïdes consommés à haute dose peuvent "provoquer une dépression respiratoire, voire la mort". Autre fait inquiétant, les comprimés de cet anti-douleur se revendent parfois dans la rue exposant les consommateurs au commerce de faux médicaments, responsable de plus de 100 000 décès par an sur le continent

Plus accessible, moins cher que l'héroïne, le Tramadol peut être à l'origine d'une crise sanitaire sans précédent sur le continent. Pour l'éviter, les autorités sanitaires de chaque pays doivent mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et favoriser la coopération entre les différents pays qui souffrent de ce fléau. Il s'agit là d'une question de santé publique.

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