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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 21:39
Centrafrique : entre les Casques bleus et les mercenaires russes, un flirt à haut risque
Centrafrique : entre les Casques bleus et les mercenaires russes, un flirt à haut risque
Centrafrique : entre les Casques bleus et les mercenaires russes, un flirt à haut risque
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Centrafrique : entre les Casques bleus et les mercenaires russes, un flirt à haut risque

Par Michael Pauron  Libération — 1 février 2021 à 12:59

Les «instructeurs» russes appelés à la rescousse par le gouvernement centrafricain sont en réalité des combattants appartenant à une société privée. D'après les informations recueilles par «Libération», la Mission de la paix des Nations unies collabore avec ces paramilitaires au mépris des conventions internationales et de son obligation de neutralité.

Sur la page Facebook de Firmin Ngrebada, le Premier ministre de la République centrafricaine, l’image est apparue le 4 janvier. La photographie a été prise lors d’une «réunion de sécurité» à la primature, dans une salle de réunion aux murs vert pistache. Au bout d’une longue table en bois vernis, le chef du gouvernement préside une assemblée composée de diplomates et de militaires. A sa droite, en rang d’oignon : le chef de la Mission des Nations unis pour la stabilisation de la Centrafrique (Minusca), le commandant des Casques bleus, l’ambassadeur russe Vladimir Titorenko, puis Valery Zakharov, le conseiller sécurité du président centrafricain et ancien des renseignements militaires russes. Aucun officiel français n’est visible.

Un homme en tenue militaire et arborant une barbe clairsemée de quelques jours, Dmitry Sergeevich Sytii, est penché vers le conseiller Zakharov. Cet Ukrainien de 31 ans avait déjà été repéré en Centrafrique lors de l’enquête du Dossier Center (un organisme financé par l’opposant russe Mikhaïl Khodorkovski) sur l’assassinat de trois journalistes russes survenu le 30 juillet 2018. Francophone, présenté à Bangui comme un interprète, Sytii est un employé de l’oligarque Evgeny Prigogine, selon le Trésor américain, qui l’a placé sur sa liste des personnalités sous sanctions.

«Le cuisinier du Kremlin»

Egalement visé par les Etats-Unis, Prigogine est soupçonné d’avoir utilisé l’une de ses sociétés, l’Internet Research Agency, pour interférer dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Surnommé «le cuisinier du Kremlin», proche de Vladimir Poutine, il est surtout connu pour être le financier du groupe Wagner. Cette société militaire privée (SMP) n’a aucune existence légale en Russie puisque les SMP n’y sont pas autorisées. Mais ses opérations, pilotées depuis Moscou, s’étendent de la Syrie au Donbass ukrainien. Depuis octobre 2020, l’Union européenne a également placé Prigogine sous sanctions pour l’implication de Wagner en Libye.

En Centrafrique, la présence de Wagner est communément admise, y compris par Jean-Yves Le Drian. Le 21 janvier 2019, devant les sénateurs, le ministre français des Affaires étrangères qualifiait cette société de «groupe de supplétifs agissant sous l’autorité d’un nommé Prigogine». La même année, une enquête minutieuse de la chaîne américaine CNN prouvait également la présence de mercenaires payés par Prigogine en Centrafrique.

Officiellement pourtant, ces soldats sont de simples «instructeurs» de l’armée régulière, arrivés fin 2017 avec l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies et à la demande de la Centrafrique. Ce mandat, assorti d’un assouplissement de l’embargo sur les armes, devait encadrer la formation et l’équipement des Forces armées centrafricaines (Faca). Mais des doutes sont très vite apparus quant au nombre réel de combattants déployés et au profil de ces instructeurs aux tenues militaires dépareillées.

Permis d’exploration miniers

Sytii participe aujourd’hui à la plupart des réunions de sécurité où des informations sensibles sont échangées avec des responsables de la Minusca. Interrogé sur la présence d’un employé de Prigogine, Vladimir Monteiro, porte-parole de la mission onusienne, affirme que «la Minusca ne le connaît pas personnellement» et ne cherche pas à savoir «qui sont les invités du Premier ministre». Comment cet «invité» placé sous sanctions par les Etats-Unis, plus gros contributeur financier des missions de la paix, peut-il passer inaperçu ?

Pour les autorités américaines, Sytii est aussi «le fondateur de Lobaye Invest». Cette société minière, immatriculée en Centrafrique depuis le 24 octobre 2017, a obtenu des permis d’exploration dans la sous-préfecture de Boda. Son acte d’enregistrement a été signé par Evgeny Khodotov, «directeur gérant» de la société M-Finance. Khodotov, les sociétés M-Finance et Lobaye sont aussi sous sanctions américaines et reliés par le Trésor américain à Prigogine.

Diamants et or

Pour Wagner, l’équation est simple. Protection contre ressources naturelles : la méthode a été notamment éprouvée en Syrie, où la société se rémunère sur l’exploitation de gaz naturel dans des territoires repris au groupe Etat islamique en échange de son soutien à Bachar al-Assad. En Centrafrique, les sous-sols sont riches en diamants et en or, dont le trafic alimente depuis toujours groupes armés et hommes d’affaires peu scrupuleux. Fin décembre, des représentants de Faustin-Archange Touadera, le président centrafricain, se sont justement rendus en Russie pour des discussions sur l’exploitation de ces ressources.

Dans le sillage de Lobaye Invest est apparue une autre société affiliée à Prigogine, Sewa Security Services. Sur une photo qui a beaucoup circulé pour illustrer l’arrivée de mercenaires russes en Centrafrique, un écusson de l’entreprise est parfaitement distinct sur l’épaule gauche d’un militaire blanc. Ces hommes lourdement armés assurent la sécurité du président centrafricain, aux côtés d’un détachement de Casques bleus rwandais de la Minusca. De l’aveu même de l’ONU, ce ne sont pas des instructeurs. Dans son rapport daté du 18 décembre 2018, le groupe d’expert des Nations unies sur la Centrafrique écrit : «Jusqu’en avril 2018, la présence d’instructeurs russes parmi les membres de la Garde présidentielle était liée à leur participation à l’exercice de formation. Par la suite, les instructeurs ont été remplacés par six employés russes de la société privée centrafricaine Sewa Security.» Dmitri Sytii et Albert Yakolé Mokpeme, porte-parole de la présidence, disent ne pas connaître cette société.

Attaque sur Bangui

«La Minusca n’a aucun cadre ou accord de coopération ou de collaboration avec la société dont vous parlez», se défend Vladimir Monteiro. Sewa Security et la Minusca partagent pourtant une mission commune : la sécurité du Président. D’après tous les experts interrogés pour cette enquête, il est impossible que les deux forces s’ignorent. La présence physique de ces «affreux» (le surnom des mercenaires blancs en Afrique) au milieu des Casques bleus constitue par ailleurs un coup de canif à la Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires adoptée en 1989.

Cette proximité inédite entre des soldats de la paix – tenus à une obligation de neutralité dans leurs missions – et des paramilitaires liés au pouvoir centrafricain s’est accentuée ces dernières semaines. Depuis la réélection contestée de Faustin-Archange Touadera, le 27 décembre, des attaques régulières de rebelles secouent le pays. Le 13 janvier, elles ont atteint les abords de Bangui, la capitale, faisant de nombreuses victimes parmi les assaillants et un mort parmi les Casques bleus. L’offensive a été attribuée à la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), formée par six groupes armés au lendemain de l’élection. Elle contrôlerait aujourd’hui près des deux tiers du territoire centrafricain. La CPC n’a pas caché son intention de renverser le pouvoir à Bangui, qu’elle considère illégitime et réélu grâce à la fraude et le soutien de Moscou.

Accord de coopération militaire

Face aux rebelles, Casques bleus, Faca et Russes ont fait front commun. Les «instructeurs» ont participé aux combats. Pourtant, aucun accord n’existe entre la Minusca et le ministère de la Défense russe, comme c’est le cas, par exemple, avec la France et son armée en cas d’opérations communes. Le porte-parole de la Mission, Vladimir Monteiro, a affirmé qu’un «mécanisme de coordination» a été mis en place, mais qu’il n’existe pas «d’opérations conjointes». Selon Dmitri Sytii, les Faca et «les instructeurs russes qui les accompagnent» conduisent des opérations «en concertation avec la Minusca».

De leur côté, les autorités centrafricaines mettent en avant un accord de défense qui encadrerait le déploiement de militaires russes. Libération a pu consulter cet accord de coopération militaire signé à Moscou le 21 août 2018. L’article 2 de ce document confidentiel de six pages prévoit «l’échange d’opinions et d’informations», «l’instruction des troupes», «l’échange d’expérience du maintien de la paix et d’interaction dans les opérations du maintien de la paix sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies», «l’interaction dans les activités de la lutte contre le terrorisme». Une sémantique peu précise «qui n’exempte en rien la Minusca d’avoir un accord avec la Russie» si leurs forces coopèrent, décrypte un expert international.

«Deux militaires russes blessés»

Le 3 janvier à Bangassou, ville située à 730 kilomètres à l’est de Bangui, cette «coordination» entre les forces de l’ONU et les paramilitaires russes s’est traduit par leur protection et leur escorte par les blindés des Casques bleus, puis leur accueil dans la base de la Minusca. Plusieurs blessés ont été pris en charge, dont deux militaires centrafricains et deux «mentors» russes, si l’on en croit un bilan diffusé le soir de l’affrontement sur un réseau interne à la mission onusienne. Le porte-parole confirme bien que «le service médical de la Minusca à Bangassou a apporté des soins à deux militaires russes blessés» dans le cadre du droit international humanitaire.

Un notable ayant assisté à la scène affirme à Libération, sous couvert d’anonymat, que cette dizaine d’hommes «de plusieurs nationalités et lourdement armés appartiennent à une société privée». Interrogé sur le statut de ces combattants, Vladimir Monteiro botte en touche et renvoie la balle aux autorités centrafricaines. A la présidence, Albert Yakolé Mokpeme dit ne pas s’intéresser «aux CV de ces militaires présents avec l’autorisation des Nations unies».

«Double jeu»

Le silence du Conseil de sécurité sur cette situation opaque, qui concerne pourtant l’une de ses missions de la paix, commence à s’effriter. «Ils se bouchent le nez et font semblant de croire qu’il s’agit d’instructeurs», juge un spécialiste des conflits armés, qui affirme que la présence des Russes permet aux autres membres du Conseil de préserver un minimum de sécurité à Bangui et une apparente stabilité politique en Centrafrique, sans s’engager eux-mêmes. «Qui les remplacerait s’ils partaient demain alors que les soldats de la paix n’ont pas les moyens de leur mission ? Cela arrange tout le monde à court terme, bien que la France aimerait bien les voir partir.»

Paris aurait en effet toutes les raisons de taper du poing sur la table du Conseil de sécurité : son influence historique en Centrafrique s’est réduite comme peau de chagrin depuis l’arrivée des Russes. Pour Nathalia Dukhan, enquêtrice au sein de l’ONG The Sentry, «la France mène un jeu double : des réseaux militaires français ont activement cherché à influencer le processus électoral pour empêcher la réélection de Touadera et ainsi mettre fin aux accords signés avec la Russie. Pourtant, elle continue de soutenir, du moins officiellement, le gouvernement centrafricain et la Minusca».

Dénoncer frontalement l’entrisme de Moscou ne changerait pas grand-chose, estime une source diplomatique française : les mercenaires russes resteraient de toute façon sur le terrain, sous couvert de la requête officielle de la RCA. Maintenir un semblant de mandat onusien serait donc un moindre mal, permettant aux membres du Conseil de sécurité de conserver une influence. Le 13 janvier, lors d’une réunion d’urgence organisée à huis clos le jour des attaques à Bangui, Washington a ainsi exigé le départ d’hélicoptères de combats russes, déployés en dehors de tout mandat. Les appareils, aperçus en soutien aux Casques bleus, ont été rangés dès le lendemain dans des avions-cargos Iliouchine. Ils ont été vite remplacés par des hélicoptères civils... mais pouvant être équipés d’armements. La fable continue.

 

https://www.liberation.fr/planete/2021/02/01/centrafrique-entre-les-casques-bleus-et-les-mercenaires-russes-un-flirt-a-haut-risque_1818952?

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 21:11
Nouvelles nationales sur RFI
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Centrafrique: La contre-offensive s'amplifie à partir de Bangui

27 JANVIER 2021 Radio France Internationale  Par Florence Morice

Les forces armées centrafricaines et leurs alliés, Minusca, Russes et Rwandais, ont entamé ces derniers jours une contre-offensive pour repousser la pression des forces rebelles autour de Bangui. Pour ce faire, des véhicules ont été réquisitionnés dans la capitale, parfois même ceux appartenant à des entreprises ou des particuliers. Le point sur la situation.

Lundi, les FACA et leurs alliés ont notamment repris la ville de Boda et tentent aussi de libérer l'axe qui mène au Cameroun pour contrer la tentative des rebelles d'asphyxier Bangui en empêchant le ravitaillement du pays en provenance du Cameroun. « Cette contre-offensive a pour but de stopper ou d'annihiler les bases arrières pour destructurer ces groupes armés », explique Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain.

La priorité est de libérer le corridor, jusqu'au Cameroun, jusqu'à la frontière afin que les marchandises puissent sortir et venir

Ange-Maxime Kazagui

C'est dans ce contexte que les autorités centrafricaines ont lancé lundi dernier une campagne de réquisitions de véhicules 4x4 à Bangui. L'opération a suscité des interrogations et des inquiétudes dans la capitale. L'objectif ? Transporter des troupes dans le cadre de la contre offensive lancée par les FACA et ses alliées pour tenter de faire reculer la rébellion CPC et ouvrir le corridor qui relie Bangui au Cameroun. Et cette opération n'est censée concerner que les véhicules des administrations publiques. Il s'agit, selon le porte-parole du gouvernement Ange-Maxime Kazagui, d'une nécessité.

Nous n'avons pas assez de véhicules, nous n'en avons jamais fait mystère. Heureusement que les amis, la Chine, les États-Unis nous ont dotés de véhicules. Mais nous n'avons pas toute la logistique qu'il faut pour monter en puissance.

 

 

En Centrafrique, Touadéra doit maintenant consolider une victoire fragile

https://www.rfi.fr/ 23/01/2021 - 12:08

Validée par la Cour constitutionnelle, la réélection du président est contestée par l'opposition. Pour la cour, comme pour la communauté internationale, c'est l'exercice du pouvoir qui redonnera au président réélu sa pleine légitimité.

« Le peuple a envoyé un message clair et fort à ceux qui le terrorisaient, à ceux qui lui disaient de ne pas aller voter et au monde entier. » En rendant hommage aux Centrafricains qui ont massivement voté dans les zones où ils ont pu le faire, la présidente de la Cour constitutionnelle, Danièle Darlan, a voulu souligner l'exaspération de tout un peuple devant une énième aventure militaire, et a au final validé la réélection du président Faustin Archange Touadéra, lors d'une audience qui s'est tenue lundi 18 janvier.

Depuis la mi-décembre, une nouvelle alliance de groupes armés autrefois ennemis, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), a en effet fortement perturbé l'organisation du scrutin, se heurtant aux Forces armées centrafricaines (FACA), alliées à la Mission des Nations unies (Minusca) et à des renforts venus de Russie et du Rwanda. La situation sécuritaire s'est tellement dégradée, que seule la moitié des Centrafricains a pu voter librement. C'est ce qu'a tenu à rappeler la Cour, en divisant par deux le taux de participation officiel, pour le ramener à 35,74%. Pour la plateforme de l'opposition COD2020, « le président Touadéra a été déclaré vainqueur avec seulement 17% du corps électoral, ce qui lui ôte toute légitimité pour diriger notre pays. »

Pour la Cour constitutionnelle, le président réélu est légitime, mais la présidente de la Cour, Danièle Darlan, insiste sur le fait que l'élection ne fait pas tout et rappelle que « la légitimité doit être conquise et maintenue au quotidien par l'exercice du pouvoir et la bonne gouvernance ». Réélu, Faustin Archange Touadéra doit maintenant démontrer que sa victoire est liée à son action, en poursuivant, malgré les nouveaux obstacles, une démarche entreprise il y a cinq ans, et qui avait porté quelques fruits.

Rétablissement de la paix

Lorsqu'il accède à la présidence pour la première fois en 2016, à l'issue d'un scrutin où il n'était pourtant pas le favori, la République centrafricaine n'est plus que l'ombre d'elle-même. Trois ans auparavant, une coalition de groupes politico-militaires, la Seleka (« Alliance » en Sango) a pris le pouvoir à Bangui. Le retour à l'ordre constitutionnel et l'élection de 2016 ont néanmoins permis d'entrevoir une sortie du tunnel.

Mais en 2016, les groupes armés contrôlent encore la majorité du pays, et l'économie est exsangue. Sans réelles motivations idéologiques, ces groupes s'affrontent et s'allient au gré des circonstances, avec un modèle économique basé sur la prédation des ressources. Malgré l'appui des 12 000 hommes de la Mission des Nations unies (Minusca), l'insécurité est totale dans l'arrière-pays. La recherche d'un processus de paix avec les groupes armés est alors l'une des premières priorités du président. Négocié et signé à Khartoum (Soudan), avec l'appui de la Russie, un accord est ratifié à Bangui le 6 février 2019, avec 14 groupes armés, marquant le retour à une relative stabilité dans le pays pendant près de deux ans. Même si au final, cet accord ne sera pas respecté par tous les groupes, qui continueront à commettre des exactions sur le terrain.

Renforcement de l'État

Parallèlement, l'administration Touadéra poursuit également avec ses partenaires un vaste programme de formation des FACA, mettant progressivement en place une garnison dans chaque préfecture - une stratégie chère au président. Une armée plus proche du terrain, qui doit permettre de mieux sécuriser les zones, et de redévelopper l'économie au niveau local. À Bouar, notamment, la deuxième ville du pays, une garnison est déployée, et l'Unité européenne qui aide à la reconstruction des FACA, (EUTM), y développe également un centre de formation.

Quel bilan aujourd’hui ? Peu à peu, donc, les principales villes ont retrouvé des FACA, mais en nombre insuffisant pour faire face aux groupes armés, même si elles ont été appuyées par la Minusca et des Forces de sécurité intérieure (FSI). Ces progrès ont de fait été très fragiles, et de nombreuses villes restent à la merci des groupes armés, qui ont rappelé depuis un mois leur pouvoir de nuisance. Comme l'a souligné ce jeudi 21 janvier Mankeur Ndiaye, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RCA, dans son adresse au Conseil de sécurité, « la République centrafricaine court un grave risque de recul en matière de sécurité et consolidation de la paix, ce qui pourrait saper tout ce que ce Conseil et les partenaires de la République centrafricaine ont contribué à construire ». Il demande une augmentation des effectifs de la Minusca de 3 000 hommes, afin de faire face aux assauts des membres de la CPC.

Particulièrement visés par les attaques de ces derniers jours, figurent les agents de l'État, qui ont fait également leur retour dans l'arrière-pays à travers les préfets et sous-préfets, ainsi qu'avec la présence de fonctionnaires en poste (professeurs, médecins, bien qu'en très faibles effectifs). Un effort financier conséquent a par ailleurs été assuré par la communauté internationale, pour permettre la réhabilitation de bâtiments administratifs, d'écoles, de centres de santé, ou encore pour désenclaver certaines zones. Au niveau économique, les partenaires internationaux et le gouvernement ont adopté un vaste plan national de redressement (RCPCA), destiné à remettre le pays à flot. Et ces dernières années, la croissance a été au rendez-vous, même si elle a été largement dopée par l'aide internationale. Certains des bailleurs les plus importants, comme la Banque mondiale, déplorent cependant le manque de réformes adoptées, susceptibles de rassurer d'éventuels investisseurs.

En matière de justice, également, les audiences criminelles ont redémarré, très suivies par la population, mais la lenteur de la mise en place de la Cour pénale spéciale, un tribunal mixte devant juger les crimes les plus graves commis depuis 2003, laisse un goût amer aux victimes. Ce sentiment d'impunité est encore accru par le fait que les principaux chefs de groupes armés ont été intégrés dans le gouvernement issu de l'accord de paix, alors que leurs organisations ont continué de commettre des exactions sur le terrain, et surtout, n'ont pas ou peu désarmé. En limogeant quatre de ces chefs de guerre lors de son discours du Nouvel an, le 31 décembre 2020, le président Touadéra n'a fait qu'entériner une situation qui ne pouvait plus durer, mais le problème reste entier.

Une diplomatie tous azimuts

En 2016, après l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra, la question du réarmement des FACA se heurte à la méfiance de nombreux partenaires internationaux. En effet, des arsenaux entiers sont par le passé tombés entre les mains des rebelles. Mais les forces centrafricaines manquent cruellement d'armes, alors que les groupes armés, eux, se renforcent sans aucun problème, en contournant l'embargo instauré dès 2013 par le Conseil de sécurité.

Le président Touadéra choisit alors la voie des négociations bilatérales, avec de nouveaux partenaires, et particulièrement la Russie, avec laquelle il entame un processus de coopération militaire. Des « instructeurs » privés russes sont envoyés à Bangui dès 2018, officiellement pour apporter un complément de formation aux FACA. Très rapidement, ces instructeurs sont cependant soupçonnés de faire partie de la compagnie Wagner, une société de mercenaires russes opérant déjà en Syrie ou au Soudan. Le flou entretenu par les autorités russes sur le statut de ces forces et sur la nature du matériel envoyé sur le terrain ne sera jamais totalement levé, comme on a pu le voir encore récemment, avec l'imbroglio sur l'envoi, puis le retrait - annoncé - d'hélicoptères et  d' « instructeurs » russes appelés en renfort pendant la période électorale.

La France, partenaire traditionnel, mais aussi les États-Unis ou la Grande-Bretagne, se sont fortement inquiétés de l'intrusion de la Russie dans le jeu diplomatique centrafricain. Est-ce pour relever le défi ? Paris a réagi, en augmentant très fortement son aide au développement dans le pays. Mais l'ancienne puissance coloniale a dû faire face à de nombreuses campagnes de presse très virulentes et semble avoir perdu une part de son influence. Sur le plan international, l'activisme diplomatique du président Touadéra a en tout cas partiellement porté ses fruits. A plusieurs reprises, l'embargo sur les armes a été allégé, et des armes ont été livrées aux FACA. Cette semaine, la question de sa levée a de nouveau été posée au Conseil de sécurité, mais le ministère centrafricain des Affaires étrangères s'est heurté aux mêmes réticences.

Comme lors de son arrivée au pouvoir en 2016, le président réélu démarre son nouveau mandat avec une situation de conflit armé complexe, dans un pays où les acteurs diplomatiques et militaires se sont multipliés. Il faudra certainement que le professeur de mathématiques Faustin Archange Touadéra use de toute sa science pour résoudre cette équation à multiples inconnues.

 

 

Armes, jeu trouble de groupes miniers... ce que dit le rapport de l'ONU sur la Centrafrique

https://www.rfi.fr/ 22/01/2021 - 23:03

Le panel d’experts des Nations unies chargé de documenter d’éventuelles violations de l’embargo sur les armes en Centrafrique a présenté son rapport annuel intermédiaire à New York jeudi 21 janvier. Il ne sera rendu public qu’à la fin du mois, mais RFI a pu consulter le document, et en dévoile les principales conclusions.

Les investigations contenues dans ce rapport datent pour l’essentiel d’avant l’élection de décembre et la formation de CPC, cette coalition rebelle qui menace aujourd’hui le pouvoir de Bangui. Les experts qualifient tout de même de « central » le rôle joué par l’ex-président François Bozizé – déjà sous sanctions de l’ONU – dans la mise sur pied de cette coalition.

Concernant les livraisons d’armes dans le pays – autorisées à certaines conditions –, les experts rappellent les forces armées centrafricaines à leur obligation d’assurer la protection et la traçabilité de leurs stocks. Ils soulignent en effet que du matériel militaire arrivé en octobre dernier à Bangui en provenance de Russie n’avait pas été enregistré par la Centrafrique au mois de décembre, et disent avoir des preuves que certains de ces équipements se sont retrouvés fin décembre à Boali aux mains de groupes armés membres de la CPC, 3R et anti-balaka précisément. Les experts affirment aussi que « la plupart des notifications » de livraisons d’armes que les États adressent au comité de sanctions sont trop lacunaires, ce qui rend difficile l’application de l’embargo.

Autre fait saillant documenté dans ce rapport, la façon dont l’UPC, l’un des plus puissants groupes armés du pays, tire ses revenus d’un système de taxation sur l’exploitation du business des mines d'or dans la région de Bambari. Les experts accusent ce groupe armé d’avoir en place une véritable « administration parallèle » à celle de l’État centrafricain. Ils décrivent comment des agents sont chargés pour le compte le compte de l'UPC de prélever les taxes minières à la place des autorités, sous peine de représailles parfois, puis d’acheminer les fonds ainsi collectés vers Bokolobo où réside le chef du groupe Ali Darassa.

Complicité

En toile de fonds, les experts dénoncent surtout la complicité dont font preuve, selon eux, plusieurs entreprises d’extraction d’or présentes sur place : les entreprises IMC, l’Industrie minière de Centrafrique à capitaux chinois, et Midas, une entreprise officiellement malgache, « réputée proche de la Russie » selon Africa Intelligence.

PUBLICITCes deux entreprises sont entre autres accusées de payer directement des membres de l’UPC pour assurer la sécurité de leurs sites, et donc de financer le groupe armé en violation flagrante du régime de sanctions des Nations unies. L’an dernier, selon une enquête de RFI, l’entreprise Axmin enregistrée au Canada, avait refusé de poursuivre son exploitation de Ndassima dans ces conditions. Selon l'entreprise, cette exploitation était impossible sans passer d’accord avec des groupes armés.

► A lire aussi : Centrafrique: pour tout l’or de Ndassima

Enfin, le groupe d’experts de l'ONU insiste sur « l’absence » de représentants de l’État dans ces zones d’exploitation de l’or. Un officiel qu’ils ont interrogé raconte même avoir été arrêté et retenu pendant sept heures par l’UPC pour avoir tenté de se rendre sur le site minier de Ndassima 2.

Interrogée par le panel d’experts, Midas a répondu ne pas être informée de la présence de I’UPC dans la zone. L’entreprise a ensuite fourni aux experts une lettre signée du ministère de l’Intérieur adressée à la compagnie, dans laquelle il est écrit que Midas ne travaille pas avec les groupes armés.

IMC n’a pas répondu aux accusations des experts.

 

Crise sécuritaire en Centrafrique: plus de 60 000 réfugiés ont déjà fui le pays

https://www.rfi.fr/  Avec notre envoyée spéciale à BanguiFlorence Morice

Près de 60 000 Centrafricains se sont réfugiés dans des pays voisins au cours du mois dernier mois, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). La plupart ont fui en RDC, les autres sont répartis entre le Cameroun, le Tchad et à la marge le Congo-Brazzaville. Beaucoup fuient les combats qui opposent la rébellion lancée à la veille du scrutin, aux forces centrafricaines et ses alliés. Certains témoignent aussi d’exactions infligées par la coalition de groupes armés en lutte contre le pouvoir de Bangui.

Certains ont pris la route de l’exil avant même l’élection de décembre, mais c’est mi-janvier que le mouvement de départ vers les pays voisins s’est accéléré suite à la prise de Bangassou par les rebelles et à leur offensive en périphérie de Bangui.

Parmi ces 60 000 réfugiés, certains avaient déjà quitté la Centrafrique lors de la crise de 2013 ou plus récemment et venaient tout juste de rentrer chez eux. « À Bangassou, il y a des gens qui sont retournés de nouveau en RDC, au Cameroun, donc il y a pas mal de rapatriés spontanés, malheureusement, qui ont repris le chemin de l’asile, encore une fois », nous explique Hamdi Bukhari, le représentant du HCR en Centrafrique.

Que fuient-ils ? Le plus souvent, un climat général de violence répond le HCR, mais une partie d’entre eux, ce sont les exactions qu’ils disent avoir subies. « Il y a des gens à qui on a coupé les oreilles, parce qu’ils ont voté, ou leurs doigts, parce que, tout simplement, certains groupes ne voulaient pas que ces réfugiés se présentent au bureau de vote. D’autres personnes ont subi des représailles, parce qu’ils font partie de l’administration locale. Et il y a eu aussi des cas de viols dans un climat d’insécurité, etc. », ajoute Hamdi Bukhari.

Ces réfugiés bénéficient pour le moment de « très peu d’assistance », déplorent des sources humanitaires. Certaines structures d’accueil sont dépassées, et les arrivées continuent. « Il y a des défis logistiques importants », mais « les choses avancent », répond le HCR, qui mène actuellement une campagne d’enregistrement de ces réfugiés.

 

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Centrafrique-Presse.com
1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 18:52
Législatives en RCA encore 118 sièges à pourvoir avant le 2 mai

 

Législatives en Centrafrique encore 118 sièges à pourvoir avant le 2 mai

 

https://actucameroun.com/ 1 Fév 2021 par Marcel D.

Les résultats provisoires des élections législatives du 27 décembre dernier ont été rendus publics par la Cour constitutionnelle centrafricaine ce lundi. Sans surprise, une série d’annulations et de redressements a été effectuée par l’organe judiciaire. Ainsi, 22 députés seulement sont déclarés élus dès le premier tour sur un total de 140 contre, sachant que le scrutin n’avait pas pu avoir lieu en de nombreux endroits du fait de l’insécurité. 

Sur ces 22 députés élus au premier tour, cinq sont issus du MCU, le mouvement présidentiel, contre six après les résultats provisoires, trois pour le compte du parti Patrie de Crépin Mboli Goumba, deux pour l’URCA de l’opposant Anicet Georges Dologuélé, un seul pour le KNK de François Bozizé, ainsi que pour le MLPC de Martin Ziguélé, informe RFI. 

La Cour avait été saisie de 346 requêtes. Elle a décidé in fine d’invalider le vote dans 13 circonscriptions : Bogambolo, Baoro, Dékoa, Sibut, Zangba, Carnot 1 et 2, Bambari, Kaga Bandoro, Bozoum Nanga Boguila, mais aussi deux arrondissements de Bangui. Les raisons sont diverses : menaces et intimidations, des dépouillements dans circonstances troubles, ou des urnes détruites. La Cour a aussi redressé les résultats par endroits. Deux candidats de la majorité, également ministre, qui étaient en ballotage ont par exemple été déclarés élus. Enfin, six candidatures enfin ont été invalidées : une candidate, par exemple, dont le suppléant était un chef anti-balaka, d’autres pour violation de dispositions électorales ou encore violences durant la campagne.

Le temps presse

On s’achemine donc vers un second tour dans 47 circonscriptions ainsi que 71 élections partielles, soit environ la moitié de la future assemblée, où le premier tour n’a pas eu lieu ou a été annulé. L’Autorité nationale des élections (ANE) travaille à un nouveau calendrier entièrement réaménagé pour tenir compte de cette nouvelle donne. Il devrait être rendu public sous peu. Et le temps est compté. Le mandat de l’actuelle assemblée expire le 2 mai. Et pour investir la nouvelle, il faut qu’au minimum les 2/3 des députés aient été choisis à cette date.

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 18:09
RCA : le rebelle Abakar Sabone sous le coup d’un mandat d’arrêt
RCA : le rebelle Abakar Sabone sous le coup d’un mandat d’arrêt

 

RCA : le rebelle Abakar Sabone sous le coup d’un mandat d’arrêt

 

Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Florence Morice Publié le 29.01.2021 à 18h09

Les autorités souhaitent aujourd’hui le poursuivre pour « des infractions commises entre décembre 2020 et janvier 2021 ».

Abakar Sabone, l’un des porte-parole de la rébellion CPC, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice centrafricaine. Ancien conseiller spécial de Michel Djotodia du temps de l’ex-Séléka, il est rentré en Centrafrique en 2019, après un long exil au Tchad.

Ce n’est pas l’un des principaux chefs rebelles de la CPC. Son mouvement, fondé il y a un an, n’est d’ailleurs pas signataire de l’accord de Kamba Kotta, acte de naissance de la coalition. Mais il en est l’un des porte-paroles et l’une des figures les plus médiatiques, habitué aux déclarations tonitruantes sur les réseaux sociaux. « Ce n’est pas un petit bout de papier signé par un procureur qui va nous empêcher de poursuivre la lutte », régissait-il encore hier soir au sujet du mandat d’arrêt émis contre lui ce 25 janvier.

Il faut dire qu’à 55 ans, Abakar Sabone, né à Carnot, s’est forgé une longue expérience dans diverses rébellions, au gré des soubresauts que connait son pays. Actif aux côtés de François Bozizé lors de son coup d’État de mars 2003, il est son dernier ministre du Tourisme, avant de rejoindre le camp adverse : la Séléka de Michel Djotodia qui en fait son conseiller spécial. À cette époque, il défraye la chronique en proposant une partition de la Centrafrique.

Exilé au Tchad pendant de longues années, il prend part aux négociations de l’accord de Khartoum pour le FPRC de Noureddine Adam, puis quitte ce mouvement. Selon le mandat d’arrêt émis contre lui, il est accusé d’incitation à la désobéissance et au refus de payer l’impôt. Un mandat émis dans le cadre de l’instruction en cours contre Thierry Savonarole, un cadre du KNK, le parti de l’ex-président Bozizé, arrêté en janvier.

Ce n’est pas l’un des principaux chefs rebelles de la CPC. Son mouvement, fondé il y a un an, n’est d’ailleurs pas signataire de l’accord de Kamba Kotta, acte de naissance de la coalition. Mais il en est l’un des porte-paroles et l’une des figures les plus médiatiques, habitué aux déclarations tonitruantes sur les réseaux sociaux. « Ce n’est pas un petit bout de papier signé par un procureur qui va nous empêcher de poursuivre la lutte », régissait-il encore hier soir au sujet du mandat d’arrêt émis contre lui ce 25 janvier.

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 13:37
CENTRAFRIQUE : L’AVERTISSEMENT DE LA CPI

Lu pour vous

 

CENTRAFRIQUE : L’AVERTISSEMENT DE LA CPI

 

https://www.justiceinfo.net/ 25 JANVIER 2021 PAR PAR GAËL GRILHOT, NOTRE CORRESPONDANT À BANGUI

 

Arrêté en Centrafrique le 20 janvier, Mahamat Saïd a été transféré hier soir au siège de la Cour pénale internationale, à La Haye. Le parcours de ce vieux routier de la rébellion centrafricaine embrasse plus d’une décennie de rébellions et de violences. Avec son interpellation, la CPI « rééquilibre » ses dossiers centrafricains et tente de peser sur l’échiquier national, alors qu’une nouvelle coalition armée, dont faisait partie Saïd, menace le pouvoir central depuis mi-décembre.

Mahamat Saïd Abdel Kain, la cinquantaine à peine sonnée, est peu connu du grand public. Il est pourtant un personnage important des rouages de la rébellion centrafricaine depuis plus de 10 ans.

Le 20 janvier, il a été arrêté à Bria, au centre de la République centrafricaine (RCA), dans des circonstances encore non éclaircies. D’abord transféré au camp de Roux, à Bangui, il a été officiellement remis à la Cour pénale internationale (CPI), le 24 janvier. L’avion qui le transportait a décollé de Bangui en fin d’après-midi, avant d’atterrir à La Haye peu avant minuit.

Le mandat d’arrêt de la CPI contre Saïd était sous scellés depuis deux ans. Délivré le le 7 janvier 2019, il précise que Mahamat Saïd est suspecté de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité – notamment pour emprisonnement, torture, persécution et disparitions forcées – qui auraient été commis dans la capitale centrafricaine en 2013, selon un communiqué de la Cour diffusé le 24 janvier.

ITINÉRAIRE D’UN REBELLE EN CENTRAFRIQUE

L’itinéraire de Mahamat Saïd est « classique » pour un membre de la Séléka (« Alliance », en sango), une coalition de groupes politico-militaires créée dans le nord du pays, en 2012, pour protester contre les discriminations subies par les populations du Nord et de l’Est. Originaire de Bria, Saïd explique, dans un entretien avec des membres de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), en juillet 2013, être né dans une famille de collecteurs de diamants. Bria « la scintillante » est alors un haut-lieu de la production de gemmes en Centrafrique, une économie qui profite encore largement aujourd’hui aux groupes armés, à travers l’exportation illégale de diamants. Il raconte s’être engagé au sein d’un groupe armé par vengeance, après la mort d’un de ses neveux, tué dans une mine par des éléments bien identifiés mais laissés impunis par les autorités.

Selon la FIDH, Saïd devient membre de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) dès 2008. La CPJP, dirigée par Nourredine Adam, est l’une des organisations à l’origine de la création de la Séléka, qui prend le pouvoir à Bangui en mars 2013. Lieutenant, puis colonel au sein de la CPJP, Saïd participe à cet assaut, à l’issue duquel Michel Djotodia s’autoproclame président de la RCA. Noureddine Adam devient son ministre de la Sécurité publique. Et celui-ci nomme Mahamat Saïd commandant de l’Office centrafricain de répression du banditisme (OCRB), un organe de la police centrafricaine.

A Bangui, les exactions commises par les membres de la Séléka se multiplient. Les rebelles au pouvoir traquent notamment les anciens membres des Forces armées centrafricaines (FACA) et organisent des opérations de ratissage meurtrières pour trouver des armes, dans des quartiers comme Boye Rabe ou Gobongo. Tortures, exécutions extrajudiciaires, pillages : les hommes de Nourredine Adam sont accusés de n’épargner personne. De nombreux prévenus sont détenus au sein de l’OCRB. Selon au moins un témoin identifié par la FIDH, le « colonel Saïd » aurait été présent au cours des séances de torture qu’il a alors subies pendant près de dix jours. Selon le communiqué de la CPI, les faits pour lesquels Saïd est aujourd’hui poursuivi auraient été commis pendant la période où il était directeur de l’OCRB, entre mars 2013 et janvier 2014. « Lorsque la Séléka prend le pouvoir, Mahamat Saïd faisait partie de l’équipe rapprochée de Noureddine Adam », explique Nathalia Dukhan, enquêtrice pour l’ONG anti-corruption The Sentry. « Ensemble ils ont fait régner la terreur et le chaos durant plusieurs mois, en particulier dans la capitale bangui. »

UN MESSAGE À LA NOUVELLE RÉBELLION ET À BOZIZÉ

Une fois la Séléka écartée du pouvoir, moins d’un an après l’avoir conquis, et une fois cette coalition officiellement dissoute, Saïd rejoint le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), dirigé par Nourredine Adam et Abdoulaye Hissène. Selon Dukhan, Saïd aurait exploité l’instabilité dans le pays – et ses connaissances du milieu diamantifère – pour mettre la main sur les mines de diamant dans l’est du pays, en particulier à Bria et Nzako. « À ce titre il était l’un des maillons importants du système de financement du FPRC », poursuit-elle.

Mahamat Saïd continue sa carrière de rebelle professionnel. Il est considéré comme un des cadres de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), une nouvelle alliance de groupes armés qui a vu le jour mi-décembre 2020, en pleine période électorale, après que l’ancien président de RCA François Bozizé, mis en cause pour crimes de guerre, a été écarté de la course à l’investiture.

Dénonçant l’accord de paix du 6 février 2019, la CPC – qui regroupe six des plus importants groupes armés (dont le FPRC) autrefois ennemis – a menacé de prendre Bangui et fortement perturbé les élections présidentielles et législatives du 27 décembre dernier. (La moitié des Centrafricains n’ont pas pu voter librement.) Selon Nathalia Dukhan, Saïd serait « l’un des orchestrateurs des attaques de la CPC sur Nzako et Bakouma ».

Dans une déclaration sur la situation en RCA, le 23 janvier, le Conseil de sécurité de l’Onu a mis en garde les membres de la CPC, et « souligné qu’il était impératif de mettre fin de toute urgence à l’impunité en République centrafricaine et de traduire en justice les auteurs de violations du droit international humanitaire ».  

L’arrestation et le transfert à La Haye de Mahamat Saïd vient donc appuyer les pressions de la communauté internationale. Il s’agit d’un message clair adressé aux dirigeants de la CPC, dont Bozizé qui, s’il nie en être à l’origine, a officiellement apporté son soutien à cette coalition. Chantal Daniels, conseillère en coopération internationale au bureau du procureur de la CPI rappelle que le mandat d’arrêt date de janvier 2019. Mais elle admet que « le timing de son arrestation va être un signal fort pour la coalition CPC, comme dans les autres dossiers que nous sommes en train de suivre. Toutes les personnes qui commettent des crimes devront rendre compte à la justice ».

LA CPS TOUJOURS DANS L’OMBRE

Le bureau du procureur de la CPI peut également y trouver l’occasion de « rééquilibrer » ses dossiers centrafricains. L’arrestation de Saïd s’ajoute, en effet, à celles dAlfred « Rombhot » Yekatom et Patrice-Edouard Ngaïssona, en 2019, deux dirigeants des « antibalaka », groupe armé créé en 2013 pour s’opposer à la Séléka. La Cour ne reconnaît bien sûr jamais le souci de pratiquer de tels « équilibres » mais Daniels peut désormais souligner que la procureure Fatou Bensouda « a toujours insisté sur le fait qu’il fallait travailler sur les deux camps. Il y a maintenant deux affaires à La Haye sur les anti-balaka, une sur les Seleka, et nous poursuivons nos enquêtes en Centrafrique ».

Mais alors pourquoi envoyer Saïd à La Haye, alors qu’il aurait pu être jugé par la Cour pénale spéciale (CPS), un tribunal mixte créé en 2015 et qui n’a toujours pas ouvert de procès ? La répartition des rôles entre la CPI, la CPS et les tribunaux ordinaires demeure opaque dans les poursuites pour crimes de guerre en Centrafrique. Daniels souligne que l’enquête de la CPI sur Saïd remonte à septembre 2014, avant la mise en place de la CPS. Selon le principe de complémentarité, si une autorité judiciaire nationale mène une enquête sérieuse sur une même personne et pour les mêmes faits, c’est elle qui a la priorité sur la CPI. « Nous sommes une cour de dernier recours », confirme ainsi Chantal Daniels, « nous ne pouvons pas poursuivre des gens qui sont déjà poursuivis en Centrafrique, mais notre mandat d’arrêt est toujours partagé avec les autorités centrafricaines qui sont en charge des arrestations. » Daniels précise qu’il n’existe pas de partage de dossiers entre la CPI et la CPS. « Je sais qu’il y a beaucoup de rumeurs à ce sujet, mais ce n’est pas comme ça que ça se passe », poursuit la conseillère du procureur. Peut-il donc y avoir des enquêtes menées par les deux juridictions sur la même personne ? « Peut-être », avoue Chantal Daniels, « nous sommes en contact pour prévenir les doublons, mais nous ne sommes clairement pas au courant de toutes les personnes ciblées par eux. Et vice versa. »

 

 

REMISE D’UN EX-CHEF DE GUERRE CENTRAFRICAIN A LA CPI : A quand le tour de François Bozizé ?

https://lepays.bf/ 25 janvier 2021

Il s’appelle Mahamat Said Abdel Kani. C’est un ancien chef rebelle de l’ex-Séléka, du nom de cette milice à majorité musulmane qui, avec sa rivale chrétienne des Anti-Balaka, ont ouvert les portes de l’enfer aux Centrafricains, lors du conflit fratricide de 2013-2014 qui a entraîné de nombreuses pertes en vies humaines, à la suite d’actes d’atrocité d’une rare violence, qui révulsent encore la conscience humaine. Quelque huit ans plus tard, cet ancien chef de guerre est appelé à répondre de ses actes devant la Cour pénale internationale (CPI) qui a émis, en janvier 2019, un mandat d’arrêt contre lui. Ce mandat vient d’être exécuté avec sa remise, il y a quelques jours, à l’institution pénale internationale basée aux Pays-Bas. Il  y rejoint deux de ses tristement célèbres adversaires du camp adverse des anti-Balaka, Edgard Ngaïssona et Alfred Yekatom, détenus à la prison de Scheveningen, en attente de leur procès prévu en début février prochain.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le transfèrement de cet autre seigneur de guerre centrafricain de l’ex-Séléka à la CPI, est un acte à saluer.

Reste à espérer que l’effet psychologique de ces poursuites sera suffisamment dissuasif

Car, au-delà de l’impunité même des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en RCA et dont les prévenus sont soupçonnés, c’est l’équité de l’institution encore dirigée par Fatou Bensouda (son mandat arrive à expiration le 15 juin 2021) dans les poursuites qui ont lieu dans les deux camps, qu’il convient de louer. Car, dans d’autres circonstances comme dans le conflit ivoirien, cela n’a pas été le cas avec l’ex-président Laurent Ggagbo et son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, qui se sont retrouvés seuls à répondre devant l’institution pénale internationale pendant que leurs adversaires du camp Ouattara n’ont jamais été inquiétés. Reste maintenant à espérer que l’effet psychologique de ces poursuites contre ces ex-chefs rebelles centrafricains, sera suffisamment dissuasif pour réfréner les ardeurs d’éventuels apprentis maquisards qui seraient toujours tentés, dans l’ex-Oubangui Chari,  par la conquête du pouvoir par les armes. Car, le drame que vit aujourd’hui le pays de Barthélémy Boganda, semble, à bien des égards, moins le fait de l’incapacité des populations à vivre en harmonie les unes avec les autres, que l’action des acteurs politiques et autres individus aux intentions obscures qui les instrumentalisent à des fins purement partisanes.

Or, tant qu’il en sera ainsi, il sera difficile, pour ce pays d’Afrique centrale dont les richesses diamantifères aiguisent les appétits bien au-delà de ses frontières, de connaître la paix. La preuve en est qu’aujourd’hui encore, à la faveur de la présidentielle du 27 décembre dernier, le pays qui était déjà en convalescence démocratique et qui peine à se relever de la crise de 2013-2014, est à nouveau à feu et à sang, du fait de l’incurie de personnalités politiques comme l’ex-président François Bozizé qui semble avoir jeté son dévolu sur les armes pour la reconquête du pouvoir, après avoir été recalé sur la voie des urnes par la Cour constitutionnelle.

Il est temps, pour l’institution judiciaire internationale, de songer à ouvrir un dossier Bozizé

Aujourd’hui, en ignorant royalement les voies constitutionnelles de recours contre les résultats du scrutin qui a livré son verdict final en faveur du président sortant, Faustin Archange Touadéra, pour faire alliance avec les groupes armés qui sèment la mort et la terreur dans le pays, Bozizé s’affiche en principal ennemi de la paix en Centrafrique. Et seule une institution comme la Cour pénale internationale semble encore en mesure de l’inquiéter. Car, l’intéressé fait déjà l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Justice de son pays, sans que cela suffise à l’empêcher de se déplacer sur le territoire national, comme un poisson dans l’eau. C’est pourquoi l’on a envie de se demander à quand le tour de François Bozizé, d’être dans la collimateur de la Justice internationale en vue d’intégrer la célèbre prison de La Haye pour mieux y méditer sur tous ses actes attentatoires à la paix en RCA. C’est dire s’il est temps, pour l’institution judiciaire internationale, de songer, si ce n’est déjà dans ses tuyaux, à ouvrir un dossier Bozizé. Cela pourrait peut-être permettre à la Centrafrique de connaître la paix. Car, au-delà de François Bozizé et des protagonistes de cette crise qui n’en finit pas de compter ses morts et de maintenir le pays dans un état d’instabilité et de précarité économique et sécuritaire, c’est le rôle de puissances extérieures qui continuent d’attiser en sous-main la braise en RCA pour mieux tirer leurs marrons du feu, qu’il convient de dénoncer. C’est dire s’il y a des raisons de croire aujourd’hui que la RCA est  otage non seulement du choc des ambitions de ses leaders politiques, mais aussi des convoitises de ses richesses naturelles et minières qui semblent faire le malheur de ses habitants.

 

 Le Pays

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 13:17
RCA:  les pays africains des Grands lacs appellent les rebelles à cesser le feu
RCA:  les pays africains des Grands lacs appellent les rebelles à cesser le feu

 

 

Centrafrique les pays africains des Grands lacs appellent les rebelles à cesser le feu

AFP 31.01.2021 00:01

Les représentants de plusieurs pays africains de la région des Grands Lacs, réunis vendredi à Luanda en un mini-sommet sur la situation en Centrafrique, ont appelé les rebelles qui tentent de renverser le régime du président Touadéra, à cesser le feu.

"Les chefs d'État et de gouvernement appellent les forces rebelles à un cessez-le-feu unilatéral et immédiat", a déclaré le ministre des Affaires étrangères angolais, Téte António, en conclusion d'une réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (ICGLR) à Luanda.

Présent au sommet, Faustin Archange Touadéra a officiellement été réélu, avec un faible taux de participation, pour un second mandat à la tête de la Centrafrique le 18 janvier.

Les élections présidentielle et législatives se sont tenues fin décembre dans ce pays en proie depuis 2013 à une guerre civile, très meurtrière jusqu'en 2018 et ravivée par l'annonce d'une offensive rebelle pour empêcher ces scrutins.

Plusieurs puissants groupes armés se sont alliés dans la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) et ont juré de marcher sur la capitale Bangui.

Majoritairement sous contrôle rebelle, la République centrafricaine a décrété cette semaine l'état d'urgence pour 15 jours.

"Nous voulons une région des Grands Lacs sans conflit armé, sans mort, ni déplacement forcé des habitants", ont déclaré les responsables africains à l'issu du mini-sommet qui rassemblait notamment le président congolais Denis Sassou-Nguesso et rwandais Paul Kagame.

Les violences en Centrafrique ont obligé plus de 200.000 personnes en moins de deux mois à fuir leur foyer, selon l'ONU.

Les groupes armés se heurtent jusqu'ici à des forces bien supérieures en nombre et lourdement équipées: quelque 12.000 Casques bleus de la force de maintien de la paix de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca), mais aussi des centaines de militaires rwandais et paramilitaires russes dépêchés fin décembre à la rescousse de M. Touadéra et d'une armée démunie.

Sous le coup d'un embargo sur les armes lourdes, la Centrafrique a récemment plaidé en faveur d'une levée de cette mesure pour lutter contre les groupes armés.

A Luanda, les chefs d'Etat africains présents ont déclaré qu'ils soutiendraient la demande de la Centrafrique auprès du Conseil de sécurité de l'ONU.

 

Centrafrique : la CIRGL appelle les groupes rebelles à déposer les armes

https://www.adiac-congo.com/ Samedi 30 Janvier 2021 - 14:30

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL) se sont réunis, le 29 janvier à Luanda, en Angola, pour débattre de la situation sécuritaire en République centrafricaine. Un pays en proie à une rébellion au lendemain de la réélection de Faustin-Archange Touadéra.

Le mini-sommet, organisé à l’initiative du président angolais et président en exercice de la CIRGL, João Manuel Gonçalves Lourenço, a réuni plusieurs chefs d’Etat de la sous-région, notamment : le Congolais Denis Sassou N’Guesso, président en exercice de la CEEAC, chargé de mener les consultations; le maréchal Idriss Déby Itno, président du Tchad et président en exercice du CEN-SAD, en tant qu’invité spécial. Sans oublier le Centrafricain, Faustin-Archange Touadéra.

Après avoir évoqué le danger que représente la menace pour la paix, la sécurité et la stabilité dans la sous-région, et principalement pour les pays voisins de la RCA, les chefs d’Etat et de gouvernement ont fermement condamné « les velléités des groupes rebelles visant à accéder au pouvoir par la force. »

En outre, la CIRGL a noté une aggravation de la situation sécuritaire, consécutive à la persistance des actions militaires menées par ces rebelles, et les difficultés que les autorités légales éprouvent à assumer leurs missions légitimes de sécurité et de protection, en raison de leurs obligations de se conformer aux décisions du Conseil de sécurité de l’ONU, prises en vertu de la résolution 2536 (2020).

A première vue, les chefs d'Etat et de gouvernement ont félicité Faustin-Archange Touadéra pour sa réélection à la suite du scrutin présidentiel du 27 décembre 2020 et l’ont encouragé à poursuivre le dialogue « global et inclusif avec toutes les forces vives de la nation ». 

Par ailleurs, les dirigeants africains ont renouvelé leur engagement à privilégier les pourparlers et la concertation permanente entre les différents acteurs politiques et la société civile centrafricaine, en vue de sortir le pays de la crise actuelle, conformément aux recommandations du sommet extraordinaire de la CEEAC tenu à Brazzaville, le 26 décembre 2020. A cet égard, mission a été confiée au président en exercice de la CEEAC, Denis Sassou N’Guesso, de faire aboutir les consultations relatives à la désignation, « dans les brefs délais », d’un médiateur dans la crise centrafricaine.

Par la même occasion, la Communauté internationale a été appelée à faire preuve de solidarité avec le peuple centrafricain, face à la crise sécuritaire qu’il traverse actuellement.

Le sommet a également donné mandat aux présidents en exercice de la Communauté  économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et de la CIRGL, « d’entreprendre les démarches nécessaires auprès du Conseil de sécurité de l’ONU pour la levée de l’embargo sur les armes ». 

 Les chefs d’Etat et de gouvernement ont exhorté la Commission de l’Union africaine à jouer pleinement son rôle, en collaboration avec la CEEAC et la CIRGL, afin de mettre en place des mécanismes de suivi garantissant « le plein respect par les parties de toutes les décisions et accords relatifs au processus du dialogue ».

Signalons que le sommet de Luanda a connu aussi la présence des représentants du Rwanda, du Soudan, du président de la Commission de la CEEAC, Gilberto da Piedade Verissimo, et de João Samuel Caholo, secrétaire exécutif de la CIRGL.

 

Yvette Reine Nzaba

 

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 13:09
Mankeur Ndiaye : « François Bozizé assumera la responsabilité de ses actes »
Mankeur Ndiaye : « François Bozizé assumera la responsabilité de ses actes »
Mankeur Ndiaye : « François Bozizé assumera la responsabilité de ses actes »

 

Centrafrique – Mankeur Ndiaye : « François Bozizé assumera la responsabilité de ses actes »

 

Bangui ( République centrafricaine ) – Accusations de partialité, liens entre la Minusca et les mercenaires russes, responsabilité de François Bozizé dans la crise… Le représentant spécial de l’ONU en Centrafrique s’explique dans un entretien exclusif accordé à « Jeune Afrique ».

Nommé représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Centrafrique en février 2019, le Sénégalais Mankeur Ndiaye a été confronté à de nombreuses critiques de la part de l’opposition au lendemain de la présidentielle du 27 décembre.

Accusé de partialité en faveur du président sortant, Faustin-Archange Touadéra, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères s’en défend avec force et renvoie la balle à ceux qu’il qualifie de « saboteurs » – les groupes armés et les personnalités politiques qui les soutiennent. Mankeur Ndiaye se montre particulièrement sévère à l’égard de François Bozizé, coupable à ses yeux d’avoir voulu « empêcher la tenue des élections » et « déstabiliser les institutions ».

Pour Jeune Afrique, il revient également sur la polémique provoquée par la participation aux combats de Casques bleus de la Minusca, de soldats rwandais et de mercenaires russes, qui ont apporté leur soutien aux forces armées centrafricaines face aux rebelles qui ont mené l’offensive sur Bangui

Jeune Afrique : L’opposition vous accuse d’avoir soutenu la candidature de Faustin-Archange Touadéra, de l’avoir « diabolisée » lorsqu’elle réclamait le report du scrutin ou encore d’avoir fait pression sur la Cour constitutionnelle pour qu’elle valide les résultats. Que répondez-vous ?

Mankeur Ndiaye : On aura tout entendu, mais je ne souhaite pas polémiquer, d’autant que la Minusca ne se résume pas à son chef. J’insiste néanmoins sur le fait qu’aucune pression sur la mission ou sur son leadership n’est acceptable, tout comme il serait inconcevable que la Minusca fasse pression sur les institutions centrafricaines.

Pour le reste, que nous demandait le Conseil de sécurité ? D’apporter notre appui au gouvernement pour qu’il organise les élections – je vous renvoie à la résolution 2552. Cette même résolution exhortait d’ailleurs les autorités et toutes les parties prenantes à respecter les délais fixés par la Constitution. À cet égard, la Minusca a donc rempli le mandat qui lui avait été confié

L’instabilité est née avec l’apparition de la coalition de groupes armés alliés à l’ex-président François Bozizé. Ensemble, ils se sont opposés aux élections dans certaines zones, mais ils n’ont pas entamé la détermination du peuple centrafricain.

En quoi un report des élections aurait-il été dommageable ?

Avec Jeune Afrique

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 13:04
Bangui encerclé, la situation est “apocalyptique”

 

 

Bangui ( République centrafricaine ) – La situation à Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA), est “apocalyptique” alors que les rebelles encerclent la ville, selon un ancien premier ministre.

Martin Ziguélé affirme que les combats sont quotidiens dans tout le pays et qu’il ne peut pas quitter Bangui sans une escorte armée.

L’ONU affirme que plus de 200 000 personnes ont fui leurs foyers depuis que le conflit a éclaté le mois dernier.

Les forces rebelles contrôlent maintenant les deux tiers du pays.

La RCA est l’un des pays les plus pauvres et les plus instables d’Afrique, même si elle est riche en ressources telles que les diamants et l’uranium. L’ONU estime qu’environ la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire.

Les forces rebelles qui entourent actuellement Bangui contestent la validité de la réélection du président Faustin Archange Touadéra en décembre et veulent le voir évincé.

La ville est défendue par les forces gouvernementales soutenues par les troupes de l’ONU, russes et rwandaises. L’état d’urgence a été déclaré au début de ce mois.

M. Ziguélé, qui s’est classé troisième, estime que la préoccupation de tout le monde est que la principale voie d’approvisionnement entre Bangui et l’est du Cameroun reste sécurisée.

“Je ne peux pas quitter Bangui… sans une escorte militaire lourdement armée”, dit-il par téléphone à l’agence de presse Reuters.

“Imaginez, alors, la population. Ajoutez le couvre-feu et l’état d’urgence – c’est vraiment une situation apocalyptique”, ajoute-t-il..

Ces réfugiés ont fui la RCA vers un camp de fortune en RD Congo.

M. Ziguélé se félicite de la demande de l’ONU d’augmenter les troupes de maintien de la paix mais indique que des pourparlers entre toutes les parties étaient nécessaires de toute urgence

“Un renforcement militaire n’est pas la seule solution pour faire face à la crise sécuritaire, humanitaire et économique qui menace de plonger un des pays les moins développés du monde dans un coma complet”, a-t-il déclaré.

Au moins 12 000 soldats de la paix sont déjà sur le terrain en RCA

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué qu’environ 92 000 réfugiés avaient fui vers la République démocratique du Congo et que plus de 13 000 étaient passés au Cameroun, au Tchad et en République du Congo. Le reste a été déplacé à l’intérieur de la République centrafricaine.

S’exprimant à Genève, un porte-parole de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, dit aux journalistes que les attaques des rebelles avaient entravé l’accès humanitaire à Bangui et que de nombreuses personnes sont maintenant confrontées à des “conditions désastreuses”.

Les maladies se développent et certaines personnes déplacées sont si désespérées qu’elles échangent des faveurs sexuelles contre de la nourriture, ajoute le porte-parole Boris Cheshirkov.

Entre-temps, un organisme régional de 12 États membres a appelé à un cessez-le-feu et a exhorté les groupes armés à “se désengager de l’encerclement de Bangui”.

La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a averti que la crise constitue une menace sérieuse pour les pays voisins.

Les rebelles sont repoussés par les forces armées.

Avec BBC Afrique

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 13:00
RCA: le général Ludovic Ngaïfei, ancien CEMA, est placé sous mandat de dépôt

 

RCA le général Ludovic Ngaïfei, ancien chef d’État major, est placé en mandat de dépôt

Bangui, République centrafricaine, lundi, 1 février 2021, 22:04:47 (Corbeaunews-Centrafrique).

Le général Ludovic Ngaïfei, ancien chef d’État major des forces armées centrafricaines (FACA), interpellées à son domicile du quartier PK11 dans la nuit du vendredi à samedi 16 janvier 2021, a été placé en mandat de dépôt et incarcéré à la prison militaire de camp de Roux à Bangui, a-t-on appris de source judiciaire.

Le général Ludovic Ngaïfei, ancien chef d’État major, est ressorti jeudi 28 janvier, du bureau du procureur, tard dans la nuit pour être conduit sous escorte militaire vers la prison militaire de camp de Roux à Bangui. Après plus de 8 heures d’interrogatoire,  l’ancien chef de l’armée centrafricaine à la retraite depuis 2018 a été placé en détention provisoire pour son implication présumée dans une tentative de déstabilisation du pouvoir en place.

Le 16 janvier dernier, le général de division Ludovic Ngaïfei  a été accusé d’avoir fomenté un putsch  contre le régime de Bangui. “Je laisse le soin au peuple centrafricain de juger par lui-même”, a lancé l’ancien général avant d’être incarcéré, parlant de tragi-comédie  pour qualifier les chefs d’accusation.

Tout remonte en janvier 2018 après une dispute entre le général Ludovic Ngaifei Lemademon à l’époque, chef d’état-major des armées et le président Faustin Archange Touadera ayant finalement abouti à son limogeage en juillet 2018.

D’après nos informations, Ludovic Ngaifei Lemademon n’avait pas apprécié la façon dont gère le pouvoir Faustin Archange Touadera et ses équipes. Ce qui l’a poussé à prendre sa plume pour donner sa position et la reprendre à nouveau, deux ans après son limogeage à la tête de l’armée, pour montrer qui est Touadera.

Mises papier et remis à la presse afin de mettre à la disposition du public, ces quatre vérités sont résumées en ces termes : « Quand la souffrance du peuple m’interpelle à plus d’un titre ». Une goutte d’eau qui fait déborder le vase à la résidence du mathématicien de boy-rave.

Faustin Archange Touadera : un président mal élu

Pour dire que le président Touadera est un président mal élu pour ne pas dire, investi par la communauté internationale dans une situation de ni paix ni guerre.

Le désormais fonctionnaire de la Fonction publique Ludovic Ngaifei demande aux Centrafricains « à lire le regret de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo pour avoir organisé les élections sous pression de la communauté internationale sans le désarmement promis des rebelles et, pour les avoir intégrés dans le Gouvernement ».

Dans la nuit du vendredi à samedi 16 janvier, une colonne des véhicules de l’armée nationale, accompagnée par des blindés conduits par des mercenaires russes, ont défoncé, contre toute attente, le portail de la résidence du général Ludovic Ngaïfei, l’ancien chef d’État major au quartier PK11 à la sortie nord de Bangui, et tiré partout comme des « fous ». Heureusement le général avait évacué sa famille au centre-ville le lendemain de l’attaque du 13 janvier. En l’absence de riposte, ils n’ont pas de choix que de l’emmener au camp de Roux, et ce, sans aucune raison apparente.

Aussitôt, on organise une audition sans substance : on lui a notamment demandé   pourquoi il avait démissionné de l’armée;  s’il savait pourquoi il avait été  arrêté; et au conditionnel qu’il aurait des accointances avec la coalition des patriotes pour le changement (CPC), et qu’il s’organiserait des réunions politiques…

Après son interrogatoire par les mercenaires russes au camp de Roux, il est ramener à la section des recherches et d’investigation (SRI) de Bangui d’où  il a été placé en détention provisoire avant de le transférer au camp de Roux la semaine dernière.

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 12:06
Le Centrafricain Mahamat Saïd a comparu à la CPI
Le Centrafricain Mahamat Saïd a comparu à la CPI

 

Centrafrique : un chef Séléka devant la CPI

29.01.2021

Première audition pour Mahamat Said Abdel Kani devant la Cour pénale internationale.

Commandant présumé de la coalition rebelle Séléka, en Centrafrique, Mahamat Said Abdel Kani est soupçonné de crimes contre l'humanité, crimes de guerre, torture et traitements cruels, selon la CPI.

Mahamat Said Abdel Kani est arrivé lundi au centre de détention de la Cour, à La Haye aux Pays-Bas ou il a décidé de se taire pour l'instant et s'exprimera le moment venu.

Je ne suis pas encore très bien informé de mes droits. Je suis conscient qu'en tant que suspect, je suis présumé innocent a-t-il précisé. Une audience de confirmation des charges devrait avoir lieu en février.

Mahamat Said Abdel Kani, un commandant présumé de la coalition rebelle à dominante musulmane Séléka, responsable de nombreuses violences dans le pays en 2013, avait été remis dimanche par les autorités de Bangui à la CPI, sur la base d'un mandat d'arrêt délivré par l'un des juges du tribunal en 2019.

Deux anciens chefs de guerre centrafricains, qui dirigeaient des milices anti-balaka, sont, eux aussi, actuellement jugés par la CPI.


Africanews / MCP, via mediacongo.net

 

Le Centrafricain Mahamat Saïd a comparu à la Cour pénale internationale

https://www.rfi.fr/  30/01/2021 - 04:38  Avec notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

Arrêté le 22 janvier en Centrafrique avant d’être transféré aux Pays-Bas où il est désormais incarcéré, le milicien est suspecté de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Au cours de cette audience - une simple formalité -, le suspect a décliné son identité. Il parle sango. Il sait de quoi on l’accuse. Il est disposé à coopérer. Il rappelle qu’il est présumé innocent. Il a « hâte d’être jugé », a assuré son avocat Jean-Pierre Madoukou, s’exprimant par vidéo depuis Bangui.  

Mais il faudra du temps. La CPI est lente et les audiences de mise en accusation du suspect n’auront lieu que dans huit mois, le 5 octobre. Ce n’est qu’ensuite, si les juges confirment les charges, que le procès pourra réellement démarrer. 

Ces charges sont pour l’heure confidentielles. Mais on sait que Mahamat Saïd est accusé de crimes commis après mars 2013. À cette époque, la Seleka s’emparait du pouvoir à Bangui, et plaçait Michel Djotodia au pouvoir. 

Le numéro 2 de la milice, Noureddine Adam, devenait ministre de la Sécurité et nommait Mahamat Saïd à la tête de l’Office de répression du banditisme. C’est donc à ce poste qu’il aurait commis les tortures et les persécutions reprochés par la procureure. L'enquête est toujours en cours, a précisé cette dernière, suite à l’arrestation, et d’autres responsables de la Seleka sont attendus devant la CPI.

 

NDLR : Selon les informations de la rédaction de CAP, c’est ce Mahamat Saïd qui a tiré une roquette sur les citoyens qui faisaient tranquillement la queue au bureau de vote de l’école Koudoukou lors du vote du référendum constitutionnel de 2015

 

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