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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 19:16

 

 

 

 

24/09/14 (AFP)

 

La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur une liste "interminable" d'atrocités commises par des milices armées en Centrafrique, pays plongé dans le chaos et les violences inter-communautaires depuis plus d'un an et demi.

 

Meurtres, viols, déplacements forcés, persécutions, pillages, utilisation d'enfants soldats: "la liste des atrocités commises est interminable", a déclaré la procureure de la Cour, Fatou Bensouda, dans un communiqué.

 

Procédant à une "analyse indépendante et approfondie", "mon bureau a rassemblé et analysé scrupuleusement les informations pertinentes émanant de diverses sources fiables", a-elle expliqué.

 

"Je ne peux pas ignorer ces crimes présumés", et "je suis parvenue à la conclusion qu'il était justifié de procéder à une enquête", dit-elle, précisant que cette décision fait suite à un examen préliminaire ouvert en février par la CPI.

 

Mme Bensouda a rappelé avoir averti "dès le début" du conflit centrafricain que les attaques contre les civils ne "seraient pas tolérées".

 

Bangui avait de son côté saisi la CPI en mai 2014, arguant que le système judiciaire centrafricain n'était pas en mesure de mener seul enquêtes et poursuites.

 

La situation en Centrafrique s'était détériorée après le renversement du président François Bozizé en mars 2013 par la Séléka, une coalition de plusieurs factions rebelles qui s'étaient réunies en août 2012 et avaient pris les armes en décembre. Ils avaient finalement été chassés du pouvoir en janvier 2014.

 

La rébellion Séléka, essentiellement des musulmans originaires du nord de la Centrafrique, du Tchad et du Soudan, avait multiplié pendant des mois les exactions contre la population, visant particulièrement les chrétiens, majoritaires en Centrafrique.

 

L'enquête de Fatou Bensouda vise l'ex-rébellion mais aussi les milices chrétiennes anti-Balaka, qui s'étaient formées en réaction aux exactions de la Séléka, et qui avaient à leur tour mené des exactions de masse contre les populations civiles musulmanes, poussant à leur exode de Bangui.

 

Si ces violences inter-communautaires ont largement diminué, toutes les bandes armées n'ont pas été démantelées alors que se déploie une nouvelle mission de l'ONU dans le pays, l'un des plus pauvres au monde.

 

Les miliciens ex-Séléka sont aujourd'hui soit repliés dans leurs bastions musulmans du nord du pays, soit cantonnés dans des bases militaires de la capitale, tandis que les anti-Balaka qui se sont fondus dans la population civile.

 

- 'Rendre justice aux victimes' -

 

Début mai, une première mission de la CPI était venue à Bangui dans le cadre de son enquête préliminaire.

 

Fatou Bensouda estime que la Séléka a commis des crimes de guerre à partir de décembre 2012 et des crimes contre l'humanité à partir de février 2013.

 

Les anti-Balaka auraient quant à eux commis des crimes de guerre à partir de juin 2013 et des crimes contre l'humanité à partir de septembre 2013.

 

"Cette enquête sur les atrocités en République centrafricaine est "cruciale pour rendre justice aux victimes et signaler clairement à tous les auteurs (de crimes graves) qu'ils peuvent être poursuivis", a réagi Richard Dicker, directeur du programme sur la justice internationale à l'organisation Human Rights Watch.

 

Mme Bensouda a par ailleurs affirmé disposer d'un "certain nombre d'informations" sur des crimes qui auraient été commis par des membres des Forces armées centrafricaines, les FACA, entre janvier et mars 2013.

 

"Ces éléments sont insuffisants à ce stade pour déterminer si de tels crimes constituent des crimes de guerre", a-t-elle indiqué.

 

Entrée en fonction à La Haye en 2003, la CPI est le premier tribunal pénal international permanent chargé de juger les responsables présumés de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

 

La CPI avait déjà ouvert une enquête en 2007 pour des crimes commis en Centrafrique.

 

Dans le cadre de cette première enquête, l'ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba est jugé pour des crimes commis en 2002 et 2003 par sa milice, venue soutenir les troupes de l'ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé face à la rébellion de François Bozizé.

 

Cette nouvelle enquête constitue "une nouvelle situation, distincte" de la première affaire, a souligné Mme Bensouda.

 

 

 

Communiqué de presse : 24/09/2014


 

 Déclaration du Procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, concernant l’ouverture d’une deuxième enquête en République centrafricaine

 

 ICC-OTP-20140924-PR1043

 

Aujourd’hui, j’annonce que j’ai pris la décision d’ouvrir une deuxième enquête en République centrafricaine concernant des crimes présumés commis depuis 2012. J’ai indiqué très clairement dès le départ et avec la plus grande fermeté, dans des communiqués réguliers et sans équivoque, que les attaques visant la population civile ne seraient pas tolérées et que les auteurs de tels crimes pourraient être amenés à rendre des comptes devant la Cour pénale internationale. Le droit est clair à cet égard et la décision de passer à ce jour au stade de l’enquête découle de mes obligations juridiques au regard du traité fondateur de la Cour, le Statut de Rome. 

 

Le droit est clair à cet égard et la décision de passer à ce jour au stade de l’enquête découle de mes obligations juridiques au regard du traité fondateur de la Cour, le Statut de Rome.

  

En février de cette année, face à la recrudescence de la violence en République centrafricaine, j’ai amorcé un examen préliminaire pour déterminer si je pouvais procéder à une enquête à propos de la situation désastreuse qui prévalait en République centrafricaine. Le Gouvernement de transition de ce pays a décidé de renvoyer cette situation devant mon Bureau le 30 mai 2014 et m’a demandé d’enquêter sur les crimes relevant de la compétence de la Cour, présumés commis sur son territoire à compter du 1er août 2012. 

 

Mon Bureau a rassemblé et analysé scrupuleusement les informations pertinentes émanant de diverses sources fiables. Au terme de cette analyse indépendante et approfondie, je suis parvenue à la conclusion qu’il était justifié de procéder à une enquête. Les informations en ma possession fournissent une base raisonnable permettant de croire que la Séléka et les groupes anti-balaka ont commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, notamment le meurtre, le viol, le déplacement forcé, la persécution, le pillage, les attaques contre des missions d’aide humanitaire et le fait de faire participer des enfants âgés de moins de quinze ans à des hostilités. La liste des atrocités commises est interminable. Je ne peux pas ignorer ces crimes présumés.  

 

Le renvoi de la situation du 30 mai 2014 par les autorités centrafricaines démontre une volonté de lutter contre l’impunité pour les crimes commis à grande échelle et de rendre justice aux victimes. Nous escomptons leur coopération totale lors de notre enquête sur ces crimes.

 

Mon Bureau va désormais s’atteler à recueillir directement des éléments de preuve afin d’identifier les auteurs des crimes les plus graves et d’engager des poursuites à leur encontre. Comme toujours, nous accomplirons notre travail d’enquête de manière indépendante et impartiale et nous nous en tiendrons aux éléments de preuve que nous aurons recueillis.  

 

Au fil de l’enquête, nous continuerons à consigner les nouveaux crimes éventuellement commis à l’encontre de la population civile sur le territoire centrafricain. Les crimes à grande échelle heurtent profondément la conscience humaine et déchirent le tissu social. Je tiens à dire ceci aux criminels en puissance en République centrafricaine et ailleurs : de tels crimes ne sauraient être tolérés et la loi sera pleinement appliquée contre leurs auteurs. 

 

Rapport établi au titre de l’article 53-1, Situation en République centrafricaine II  (en anglais)

 

Contexte

 

La République centrafricaine (RCA) a déposé son instrument de ratification du Statut de Rome le 3 octobre 2001. La Cour pénale internationale est par conséquent compétente pour juger les crimes visés par le Statut commis sur le territoire centrafricain ou par des ressortissants de ce pays à compter du 1er juillet 2002. Le 7 février 2014, le Procureur de la CPI, Fatou Bensouda, avait annoncé l’ouverture d’un examen préliminaire sur des crimes présumés commis depuis septembre 2012 en République centrafricaine, dans le cadre d’une situation distincte de celle déférée par les autorités centrafricaines en décembre 2004. Le 30 mai 2004, les autorités centrafricaines ont renvoyé au Procureur la situation sur leur territoire depuis le 1er août 2012. Il s’agit du deuxième renvoi émanant de ce pays après celui qui avait été adressé en décembre 2004 au sujet des événements survenus en 2002 et 2003 et du sixième émanant d’un État partie depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome, le 1er juillet 2002. Auparavant, l’Ouganda en Décembre 2003, la République démocratique du Congo en avril 2004, le Mali en juillet 2012 et l’Union des Comores ont également déféré des situations à la Cour. En décembre 2010 et mai 2011, la présidence de la République de Côte d’Ivoire a confirmé accepter la compétence de la Cour et invité le Procureur à ouvrir une enquête sur des crimes présumés commis dans ce pays.

 

otpnewsdesk@icc-cpi.int

 

Source:  Bureau du Procureur

 

La CPI va enquêter sur une liste "interminable" d'atrocités en Centrafrique

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Centrafrique-Presse.com
24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 13:38

 

 

 

 

LONDRES, 24/09/14 (IRIN) - Les drapeaux ont flotté, la fanfare a joué et les bérets verts des soldats de l'Union africaine (UA) ont été remplacés par les bérets bleus des soldats des Nations Unies. La MISCA est officiellement devenue la MINUSCA. Pendant le transfert des responsabilités, la MINUSCA a publié sur Twitter : « Pour les Nations Unies, la priorité est de supporter le processus politique et de compléter la transition de la RCA », provoquant l'inquiétude parmi ceux qui croyaient que la priorité numéro un de la nouvelle force était de protéger les civils.

 

Alison Giffen, qui dirige le projet Civilians in Conflict au Stimson Center (un groupe de réflexion basé à Washington), ne croit pas qu'il faille tirer des conclusions du choix des termes d'un seul tweet, mais elle estime que la MINUSCA, comme d'autres missions de maintien de la paix, a trop d'éléments sur sa liste de priorités.

 

« À l'heure actuelle, nous en demandons beaucoup trop simultanément aux opérations de maintien de la paix », a-t-elle dit à l'occasion d'une rencontre qui s'est tenue à Londres la semaine dernière. « Nous leur demandons de prendre en charge la protection des civils, les élections, l'extension de l'autorité de l'État, la construction de l'État, et cela entraîne un éparpillement des ressources. La protection des civils représente également un défi parce que la mission de maintien de la paix doit réellement collaborer avec le gouvernement de l'État hôte, même lorsqu'il est lui-même impliqué ou responsable de violations. »

 

Le mandat confié à la MINUSCA par le Conseil de sécurité est ambitieux et exhaustif. La protection des civils figure effectivement en tête de la liste, suivie de l'appui à la mise en ouvre du processus de transition, la facilitation de l'acheminement de l'aide humanitaire, la promotion des droits de l'homme, la promotion de l'État de droit, le désarmement et la démobilisation et la protection du personnel des Nations Unies. Le document décrit 22 tâches prioritaires et cinq « tâches additionnelles », incluant l'appui à la réforme du secteur sécuritaire, lorsque les circonstances le permettront.

 

Mme Giffen a contribué à une édition du magazine Humanitarian Exchange consacrée à la RCA et publiée par le Réseau des pratiques humanitaires (Humanitarian Practice Network, HPN), basé à Londres.

 

Dans son article, elle prône l'adoption d'une approche soigneusement planifiée commençant par le déploiement de l'ensemble du personnel nécessaire à la protection des civils - les soldats de maintien de la paix, mais aussi les policiers et les civils. Elle recommande de procéder au recrutement rapide d'agents de liaison communautaire, idéalement des Centrafricains, pour faciliter la communication entre les communautés affectées par le conflit et les unités de la MINUSCA. Ces derniers pourront en effet aider les soldats et les policiers à comprendre les priorités des communautés en matière de sécurité et expliquer à ces communautés les activités et les limites de la MINUSCA.

 

Cette composante civile ainsi que l'adoption d'une approche plus globale font partie des forces des missions des Nations Unies. La MINUSCA dispose par ailleurs de ressources beaucoup plus importantes et d'une expertise beaucoup plus variée que la MISCA. Des contingents du Bangladesh, de l'Indonésie, du Maroc et du Pakistan intègrent actuellement la force de la MINUSCA, mais de nombreux soldats de l'Union africaine - des ressortissants du Burundi, du Cameroun, des deux Congo, du Gabon et du Rwanda - continueront aussi de servir en son sein, ce qui pourrait poser problème.

 

La confiance est essentielle

 

La confiance est essentielle pour protéger efficacement les civils. Or, certains éléments de la MISCA étaient considérés avec méfiance par une frange ou une autre de la population centrafricaine. Les Tchadiens - qui ont été particulièrement critiqués en raison de leur alliance avec les milices de la Séléka - sont partis, mais ceux qui restent ne sont pas nécessairement irréprochables.

 

« Ce n'est pas une nouvelle force de maintien de la paix », a dit à IRIN Véronique Barbelet, du Groupe de politique humanitaire. « C'est une réaffectation, un transfert de responsabilités. Je sais qu'ils sont passés par un genre de processus de vérification, mais cela ne change rien à la perception de la population. Ce qu'il faudrait faire dès maintenant, c'est de mener une enquête pour comprendre quelles sont les perceptions actuelles des différentes nationalités qui forment la MINUSCA. » Il s'agit, selon elle, d'un autre domaine dans lequel les agents de liaison communautaire pourraient contribuer à clarifier les malentendus.

 

« Ce qui était aussi problématique avec la MISCA, c'est que les contingents étaient déployés près de la frontière entre la RCA et leur propre pays. Les Tchadiens étaient stationnés dans le nord du pays, les Camerounais, dans l'ouest, et ainsi de suite. Et la perception était qu'ils devaient avoir un intérêt particulier, un intérêt personnel quelconque dans les communautés dans lesquelles ils étaient chargés du maintien de la paix. Je crois que cela va changer avec la MINUSCA et que c'est une très bonne chose », a-t-elle ajouté.

 

La neutralité et la perception de la neutralité représentent également un défi pour la MINUSCA, car elle doit également remplir la part de son mandat qui consiste à appuyer la mise en ouvre du processus de transition, ce qui inclut la planification d'élections. Selon Jenny McAvoy, directrice de la protection pour InterAction (un réseau composé d'ONG américaines et de leurs partenaires mondiaux), il faut que la MINUSCA soit perçue comme apportant son soutien à un processus plutôt qu'à tel ou tel acteur.

 

« Je pense qu'il faut absolument qu'elle réussisse à jouer un rôle de facilitateur et à laisser le rôle décisionnel aux acteurs locaux. La ligne entre les deux est extrêmement mince. Chaque contexte est différent, et la façon dont cet équilibre se manifeste dans un contexte particulier change aussi avec le temps. C'est un exercice quotidien d'ajustement et de réajustement. »

 

Et tout cela se déroule dans un pays couvert de forêts dont la population est très dispersée et dont l'infrastructure routière est peu développée. Plusieurs participants à la réunion de la semaine dernière ont souligné le fait que les menaces qui pèsent sur les civils centrafricains sont spécifiques, localisées, voire personnelles. Le conflit n'oppose pas simplement les musulmans aux chrétiens, une communauté entière contre l'autre, contrairement à ce qui a été dit dans les médias à ce sujet. Le caractère personnel des violences commises dans la capitale à la fin de l'année dernière - lorsque le conflit a atteint son paroxysme - est d'ailleurs particulièrement inquiétant. Des individus ont en effet été ciblés dans le cadre d'attaques de représailles. Et alors que la violence à Bangui était clairement visible, des violences semblables étaient commises ailleurs, à l'abri des regards.

 

Atteindre les endroits isolés

 

André Heller Pérache a récemment travaillé pendant un certain temps à Bangui comme chef de mission MSF. Selon lui, le problème avec les opérations de maintien de la paix et les efforts humanitaires, c'est qu'ils ne se rendent pas souvent au-delà des principales routes et agglomérations.

 

« La RCA n'est pas un pays urbain », a-t-il dit. « C'est un pays extrêmement rural. Des populations extrêmement diverses vivent dans de petits villages de 500, 2 000, 3 000 personnes. Lorsqu'il y a 10 000 habitants, il s'agit d'une grosse ville pour la RCA. Et lorsqu'il se passe quelque chose dans un village, une famine ou une épidémie par exemple, il n'y a personne sur place pour en être directement témoin. Et lorsqu'un village est incendié quelque part à l'extérieur des principaux épicentres de la violence, personne n'est là pour le voir ; personne n'est là pour aider à remettre les choses en place. Nous insistons donc sur l'importance de mettre tout en ouvre pour réussir à être présent un peu partout sur le terrain. »

 

La situation s'est apaisée, mais M. Pérache insiste sur le fait que le besoin de protection est toujours réel, que les violences n'ont pas cessé.

 

« Récemment, à Bangui seulement, nous avons reçu 31 victimes de violence en l'espace d'environ 12 heures. Des affrontements ont toujours lieu dans le quartier PK5 et dans le quartier PK12 ; l'une de nos équipes est restée coincée là-bas pendant toute une journée en raison de tirs nourris. Dix jours plus tôt, nous avions dû faire face à un autre massacre dans la ville de Bambari. Et avant cela, une attaque dans une église avait fait 17 blessés. De nouveaux villages sont incendiés chaque jour. C'est en cours, ça continue de se produire et c'est totalement chaotique. C'est un bazar énorme. »

 

Les dilemmes du maintien de la paix en RCA

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 10:20

 

 

 

 

 

http://lepays.bf/     Mercredi 24 septembre 2014

 

Bangui dispose toujours d’un secteur judiciaire, certes. Mais, en réalité, les juges centrafricains vivent dans la crainte permanente de représailles. Constamment, sous la menace des groupes armés qui ont pris le dessus partout dans le pays, magistrats et auxiliaires de justice ne peuvent faire leur devoir. Très difficile aux juges de s’en prendre à eux.

 

La justice constitue le pivot de la démocratie

 

 Au parquet, certains magistrats admettent même que faute de protection, pendant très longtemps, les dossiers de flagrant délit impliquant des groupes armés ont soigneusement été mis de côté. Or, sans justice, il n’y a pas de vie en société. En Afrique où l’on tend même de manière bancale, à construire des Etats de droit modernes, sans conteste, la justice constitue le pivot de la démocratie. C’est pourquoi l’acte que les magistrats posent chaque jour, est en soi un symbole fort. Malheureusement, « le juge centrafricain travaille la peur au ventre », d’après le président du syndicat des magistrats.

 

Certes, quelques éléments de la Minusca gardent les lieux au palais de justice. Reste qu’en dehors de ce milieu, les conditions de sécurité sont déplorables. Que la justice ne soit pas à la hauteur des attentes, ou qu’elle devienne impartiale, soit ! Mais qu’elle cesse d’exister, cela est très grave. Dans tous les cas, on ne saurait s’en passer. Or, c’est un fait aujourd’hui, qu’en RCA, l’impunité a la peau dure. Les magistrats centrafricains qui ne sont pas des « djihadistes », ont le tort de vivre dans une société où, actuellement, agir dans un sens plutôt que dans l’autre, les plonge inévitablement dans l’incertitude. Or, c’est avec la justice qu’on met fin à l’insécurité. Il faut donc encourager les magistrats à poursuivre l’œuvre chaque jour accomplie. Il faut surtout éviter de les excéder, de les pousser à la démission. Dans un tel cas, l’impunité irait s’aggravant.

 

Mais, le citoyen lambda ne peut non plus vivre dans l’insécurité pendant que les magistrats baignent dans la sécurité absolue. La situation nationale, c’est aussi l’affaire de tout le monde. C’est aussi pourquoi, en attendant l’Etat nouveau, la transition doit jouer sa partition. Car, si la Justice est en panne, la preuve serait encore faite que la transition est mal en point. Etant donné l’importance de la justice, que peut et doit donc faire l’autorité actuelle ? En tout cas, l’on semble avoir choisi d’intensifier les efforts, de prendre les dispositions qui s’imposent, avec le précieux concours de la communauté internationale et des partenaires intéressés.

 

C’est ainsi qu’à Bangui, des mesures temporaires d’urgence ont été envisagées avec l’aide des Nations unies. Pour pallier les carences actuelles, et afin que justice puisse être rendue aux justiciables centrafricains. Ces mesures résultent d’un accord entre la mission onusienne, la Minusca, et les autorités gouvernementales centrafricaines. Ceci, aux termes de discussions entamées en juillet dernier. Cet accord prévoit un appui d’experts et de conseillers auprès des magistrats centrafricains. De plus, les internationaux pourront arrêter et détenir des suspects dans les situations où les forces de sécurité centrafricaines ne seront pas en mesure de le faire. Entre autres mesures, les Nations unies aideront la RCA à disposer d’une Cour pénale spéciale, établie au titre du droit national. Une Cour qui sera chargée d’examiner à l’échelle du pays, les affaires les plus graves de violations des droits de l’Homme.

 

Il est important que les magistrats et la justice soient rétablis dans leurs droits

 

En attendant, que faire ? Comment faire en sorte que les magistrats puissent continuer à faire leur travail ? Certes, la mise en place d’un cadre sécurisé de travail est importante, la criminalité ordinaire ayant augmenté. Mais il paraît impératif d’encourager les magistrats, le temps que le nouveau cadre institutionnel se mette en place, avec leur concours, sous l’impulsion d’une vision nouvelle. Mais surtout, à tout prix, il faut assurer la protection de ceux qui sont chargés de dire le droit, et de protéger la veuve et l’orphelin. S’il le faut, mettre un garde pénitentiaire ou un agent de sécurité derrière chaque magistrat. Sinon, on aura perdu du temps  à construire la transition. En tout cas, il faut éviter que les magistrats centrafricains soient contraints à la démission ou à l’exil. Ce serait un désastre !

Entreprendre des changements ne sera pas chose facile sur le terrain. Surtout qu’en dehors des ressources matérielles et financières, il y a la sempiternelle question des ressources humaines, en nombre et en qualité. Saura-t-on vraiment « mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » ? On le sait : les règlements de comptes, les petites susceptibilités, les discriminations de tous ordres, ont toujours miné les efforts de modernisation de l’appareil d’Etat dans les pays africains. Outre les aléas de la guerre civile, on ne peut passer sous silence les pesanteurs socioculturelles. Le citoyen centrafricain n’est plus le même. Le justiciable, aussi bien que celui chargé de dire le droit, ont changé. Mais, la question de la justice doit préoccuper tout bon Centrafricain. C’est en effet elle qui pourra aider le pays à guérir de ses maux. A tous les niveaux, doit s’opérer une totale reconversion des mentalités.

 

Tout Centrafricain doit comprendre, aujourd’hui, que le pays n’avancera jamais si la transition actuelle doit déboucher sur un régime qui n’aura aucun égard pour la stricte séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). C’est pourquoi il est important de faire sien le combat actuel pour que les magistrats et la justice soient rétablis dans leurs droits. Sinon, les uns et les autres auront cherché à faire la paix pour rien. Il faut profiter du moindre répit, pour recoller les morceaux de l’appareil d’Etat actuellement en lambeaux. Cela ne sera effectif que si les professionnels des divers secteurs d’activités ont à l’esprit un sens élevé du service public. Aux  gouvernants aussi d’avoir à cœur de prendre en compte l’intérêt du peuple centrafricain.

 

Devenue inopérante avec l’avènement de la guerre civile, la justice traduit aujourd’hui l’échec de la transition menée par Catherine Samba-Panza. A moins de trouver rapidement la solution au sort des magistrats, l’équipe chargée de la transition en RCA, risque fort d’être submergée de problèmes dont elle pouvait pourtant faire l’économie.

 

« Le Pays »

LA JUSTICE INOPERANTE EN RCA : L’expression de l’échec de la transition

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 20:25

 

 

 

 

23/09/14 (Marianne)

 

A l'heure où notre pays a décidé d'intervenir en Irak, il existe d'autres théâtres d'opérations militaires françaises qui ont disparu des écrans radars médiatiques. C'est le cas notamment de la Centrafrique. Le pays n'est toujours pas stabilisée, les actes de brigandage viennent s'ajouter aux affrontements communautaires. Quant aux forces armées de maintien de la paix — notamment les troupes françaises — elles sont accusées de tous les maux.

 

Le 16 septembre dernier, après des cérémonies en grande pompe, la Centrafrique s’est réveillée avec une nouvelle force de maintien de la paix dans ses rues. Les soldats de la force africaine ont échangé leurs casques vert olive pour de beaux casques bleus de la force onusienne. La Minusca, 7 600 hommes envoyés notamment par le Pakistan, le Maroc et l’Indonésie, a pour mission de protéger les civils, organiser le désarmement, appuyer la transition et soutenir l’acheminement de l’aide humanitaire. Celle-ci peut compter sur le soutien sur place du contingent dirigé par l'Union européenne de l'EUFOR-RCA (750 hommes) et par les 2 000 soldats français de l'opération Sangaris (à ce jour aucune date de retrait n'a été annoncée). Plus de 10 000 hommes s'attellent donc désormais au maintien de la paix en République Centrafricaine.

 

Il faut dire que l'accord de cessez-le-feu signé à Brazzaville, en République du Congo, par la présidente de transition, madame Catherine Samba-Panza, n'a pas encore porté ses fruits. D’ailleurs, ce cessez-le-feu est contesté par le général Joseph Zoundeko, chef d’état-major de la Séléka (l'ex-rébellion majoritairement musulmane qui a pris le pouvoir en mars 2013 et l’a abandonné début 2014 sous les pressions internationales).

 

Certes, après les affrontements du 20 août dernier, dans le 3e arrondissement de la capitale, Bangui s’est considérablement apaisée. Les habitants des quartiers musulmans reviennent chez eux et le commerce a repris. Les étals du marché PK5, poumon économique de Bangui, sont de nouveaux remplis. Le camp de M’Poko, qui accueille des déplacés près de l'aéroport de Bangui, se vide progressivement. Il est passé de presque 100 000 personnes, au plus fort de la crise, à environ 20 000 âmes aujourd’hui. Pour les forces françaises et internationales, le rétablissement de la sécurité dans la capitale était une première étape nécessaire. Elles espèrent que le reste du pays suivra. Mais ce n’est pas encore gagné...

 

Une Centrafrique coupée en deux

 

Aujourd’hui, la RCA est coupée en deux. Les anti-balaka (milices d’autodéfense majoritairement chrétiennes) tiennent l’Ouest du pays et les Séléka contrôlent le Centre-Est de la RCA du Nord au Sud. Une ligne de front s’est naturellement tracée entre les communes de Batangafo (au Nord) et Mobaye (au Sud). Cette ligne est régulièrement la scène d'affrontements entre les forces de maintien de la paix, anti-balaka et Séléka. Encore au mois d’août, plusieurs combats ont eu lieu entre la Sangaris et les divers belligérants à Bossangoa et Batangafo.

 

Actuellement, une ville est au cœur des combats : Bambari. Cette cité comptait autrefois plus de 40 000 habitants. Elle est aujourd’hui désertée par les civils. Ils se sont réfugiés dans différents camps, autour d’églises telles que celle de la paroisse de Saint-Joseph ou dans la brousse. Coupée en deux, cette ville est le symbole même de la situation centrafricaine. Sur la rive Ouest, les anti-balaka. A l'Est, les Séléka. Entre les deux coulent les eaux troubles de la rivière Ouaka (10 corps suppliciés y auraient été retrouvés en juin) dont le vieux pont est contrôlé par la Sangaris.

 

Depuis trois semaines, à Bambari, la guerre intercommunautaire est même devenue intracommunautaire. Deux hauts gradés Séléka s’affrontent : le fameux chef de l’état-major de la Séléka, le général Zoundeko, d’une part et le général peuhl Jdarass d’autre part. D’après nos sources le général Zoundeko se serait même allié aux anti-balaka pour attaquer son « fraternel » adversaire Jdarass. Selon Lewis Mudge d’Human Rigths Watch, ces deux responsables Séléka « prétendent se battre pour des motifs politiques, mais il me semble plus certainement que ce soit pour contrôler les axes liés aux mines d’or ». En effet, la région de Ouaka compte plusieurs gisements d’or, notamment celui de Ndassima à seulement 67 km au Nord de Bambari. Les routes principales de la région passent par la cité. Contrôler ces axes, c’est contrôler la circulation des marchandises. Assorti d’un petit droit d’octroi, c’est une manne financière non négligeable pour des groupes armés et pour leurs chefs respectifs...

 

Insécurité partout ?

 

Pour l'heure, les anti-balaka comme les Séléka continuent d'être responsables d’un grand nombre d’exactions. Les milices tuent, pillent, violent et, désormais, contraignent les civils au travail forcé dans ces mines. En février, le long de la même route, les anti-balaka ont massacré 72 hommes et garçons à Guen (au Sud-Ouest de la RCA) et les Séléka ont tué 19 personnes dans un autre village. Même si les forces de maintien de la paix sont présentent dans les villes, elles ne parviennent pas à instaurer une paix durable dans les zones rurales. D'autant qu'en marge des combats, de nombreux groupes profitent du chaos pour s’adonner à des activités illicites telles que le racket ou le vol en prétendant appartenir à une milice. Le phénomène des coupeurs de route, par exemple, ces pilleurs de la route habillé en kaki ne fait que grandir. Le chef anti-balaka Patrick Edouard Ngaïssona a même reconnu qu’il lui est impossible de reconnaître « qui est un vrai et qui est un faux anti-balaka ».

 

A cette situation déjà terrible et complexe s'ajoutent des rumeurs d'exactions des troupes chargées du maintien de la paix sur place. Dans un rapport daté du 15 septembre 2014, Human Rights Watch constate que des soldats de l’Union africaine provenant de République démocratique du Congo ont été mis en cause dans la disparition et l’exécution possible d’une dizaine de civils à Boali et de tortures ayant entrainé la mort de deux chefs anti-balaka à Bossangoa. Lewis Mudge de l'ONG explique avoir lui-même assisté à des passages à tabac de civils par des soldats camerounais de la force africaine de la Misca. Ces soldats-là sont également accusés de violences sexuelles, selon des propos recueillis par RFI : « La nuit, les hommes de la Misca entrent dans les huttes pour avoir les filles. Elles sont obligées d'accepter : elles n'ont pas les moyens de subsister. » D’après Human Rights Watch, quelques cas auraient en effet été rapportés mais il n’existe aucun décompte précis à l’heure actuelle.

 

La France accusée de tous les maux

 

Aujourd’hui, ce n’est plus la seule Misca qui est pointée du doigt. La France aussi a droit à son lot d'accusations. Il est reproché à la force Sangaris de faire preuve de partialité dans les opérations de désarmement par les anti-balaka et les Séléka. Ces derniers, très bien armés selon Lewis Mudge « ont des Kalachnikovs, des armes automatiques de type AA-52, des mitrailleuses 50 mm et des grenades » et ils refusent de déposer les armes. Les anti-balakas sont tout aussi difficiles à désarmer malgré un équipement plus rudimentaire : quelques kalachnikovs, de vieux fusils de chasse mais surtout beaucoup de machettes.

 

Pacôme Pabandji, reporter centrafricain travaillant pour l'AFP (et récemment nommé pour le prix Rory Peck) explique que les rumeurs vont bon train : « Certains accusent les forces françaises de jouer aux pompiers pyromanes. Des musulmans et des non-musulmans qui ont subi des désarmements, m’ont expliqué que les forces françaises, quand elle voient deux armes, en prennent unes et en laissent une autre ». Plus grave, celui-ci ajoute que « certains groupes anti-balaka et Séléka affirment avoir reçu des armes des mains des forces françaises ». Mais Pacôme Pabandji coupe court expliquant n'avoir lui-même jamais vu de tels comportements. Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, lui, nie même formellement : « Si l'on mettait ne serait-ce qu'un doigt dans ce jeu-là on se ferait manger le bras. Les militaires français refuseraient de faire ce genre de choses. Je n’y crois pas une seconde, c’est totalement invraisemblable. »

 

Le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l’état-major des armées défend tout autant ses troupes. Selon lui, s'il y a des manifestations hostiles à la France, c'est que les forces françaises, très présentes sur le terrain, ont le don de gêner certains groupes armés et d’empêcher les trafics. Beaucoup des manifestations sont en effet encouragées pour ne pas dire organisées par des groupes armés comme la Séléka en mai dernier à Bambari. Le but est clair : ralentir les opérations de désarmement.

 

L’observateur d’Human Right Watch, lui, affirme néanmoins qu'aux premiers moments de l'intervention militaire à Bangui « les soldats de Sangaris ont d'abord désarmés les Séléka, du coup les anti-balaka en ont profité pour tuer beaucoup de gens, piller et détruire les quartiers musulmans » : « Ils étaient comme fous et les soldats français étaient complètement débordés. Ils ont essayé d’interdire la circulation des armes, mais les quartiers non-musulmans, beaucoup plus nombreux, étaient incontrôlables ».

 

Pour le Colonel Gilles Jaron, la réponse à de telles accusations est simple : « Si la France ne s’était pas engagée en Centrafrique en décembre qui sait ce qui se serait passé. L’engagement de la France a évité un génocide ». Et face aux critiques sur les opérations de désarmement, il poursuit, tout autant sans détour : « La France ne s’est jamais engagée à désarmer tout le pays, ni à régler définitivement les problèmes en RCA. Elle s’est engagée pour créer les conditions de l'engagement de la communauté internationale et naturellement faire baisser le niveau des tensions auxquelles était soumise la population civile ».

 

A la lumière de l’histoire nationale du pays, pacifier la Centrafrique apparaît aujourd’hui, il est vrai, bien utopique. En 54 années d’indépendance, cinq chefs d’Etat ont été successivement renversés, parfois avec l’aide de l’ancienne puissance coloniale. Le pays a subi plusieurs crises et une dizaine d’interventions internationales de pacification. A tout cela s’ajoute la menace d'un autre protagoniste : l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony dans le Sud-Est de la RCA, un groupe rebelle sanguinaire né en Ouganda à la fin des années 1980 et comptant dans ses rangs des enfants soldats.

 

Et comme une critique ne vient jamais seule, la France est aussi accusée d’être à l’origine de la crise centrafricaine actuelle car en 2012, face à la monté de la Séléka, le président centrafricain Bozizé avait demandé son aide de la France. François Hollande lui avait alors répondu : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique ». Trois mois plus tard, la Séléka s’emparait du pouvoir et un an plus tard la France finissait par envoyer, sous mandat de l’Onu, la force Sangaris. L’ex-président centrafricain a sa propre explication au « retard à l'allumage » français. Lors d'un discours prononcé en décembre 2013, lui dont la fiabilité est loin d'être à toute épreuve, déclarait : « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré Total à Paris et leur ai dit de prendre le pétrole, rien. Alors j’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème ».

 

Finalement, Pierre Bayle résume assez bien le paradoxe des accusations portées contre la France. « D’un côté, on nous reproche d’être toujours présents, puis quand nous n'intervenons pas, de ne pas l’être ». Bref, accusée de tous les maux, la France ne pouvait qu'avoir tout faux. C'est le principe même d'un piège que de n'offrir aucune échappatoire...

 

Morgane Bona

 

http://www.marianne.net/La-France-dans-le-piege-centrafricai...

 

 

Lu pour vous : La France dans le piège centrafricain

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 15:13

 

 

 

23/09/14 (Gabon Eco)

 

La préservation de la paix et de la sécurité en Afrique centrale était au centre d'une réunion organisée récemment à Libreville par le Comité des ambassadeurs des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC). Comment préserver la paix et la sécurité en Afrique centrale? Cette question était à l'ordre du jour de la réunion le weekend à Libreville du Comité des ambassadeurs des pays de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC).

 

La rencontre de la capitale gabonaise a permis de s'appesantir entre autres sur la situation sécuritaire au Cameroun victime ces derniers temps d'attaques de membres présumés de la secte Boko Haram qui sévit au nord du Nigéria et d'examiner la crise en République centrafricaine où les autorités ont annoncé dimanche le report des élections prévues en février 2015.

 

Présent aux assises, l'ambassadeur du Cameroun au Gabon a dit toute la préoccupation de la communauté devant des infiltrations répétées de la secte islamiste nigériane au nord du pays frontalier avec le Nigéria.

 

" Le président Paul Biya a été le premier à lancer les hostilités contre Boko Haram. Et constatant que le problème ne concernait pas seulement le Cameroun et le Nigéria, il a décidé d'associer la communauté internationale et sur ce sujet il y a un travail qui est fait avec tous les pays concernés par cette lutte et ceux qui sont intéressés " a indiqué M'Vondo Ayolo, ambassadeur du Cameroun au Gabon.

 

S'agissant de la RCA, les participants se sont intéressés à l'arrivée depuis lundi dernier de la Mission des nations unies pour la Centrafrique (Minusca) et du mandat arrivé quasiment à terme de la présidente de transition, Catherine Samba Panza qui a annoncé le weekend dernier, le report des élections prévues initialement en février 2015.

 

"Nous ne sommes pas allés dans les profondeurs de la crise centrafricaine pour trouver le véritable remède. Mais lors de la réunion de Brazzaville nous avons trouvé une première solution qui était la signature d'un accord de cessation des hostilités qui était nécessaire avant d'envisager le règlement politique de la crise" a indiqué pour sa part Ahmad Allam- Mi, secrétaire général de la CEEAC.

 

Outre ces problèmes brulants, les diplomates de la sous région estiment que d'autres sujets retiennent l'attention de la communauté. Cependant pour les résoudre, la restructuration de la CEEAC s'impose et nécessite l'implication des responsables de tous les pays membres.

 

"Je ne dis pas que la CEEAC n'a pas de problèmes, bien au contraire. Il y a des problèmes de personnel, il y a une réorganisation des structures qui s'impose au niveau du secrétariat car vous savez qu'il existe un projet de rationalisation de nos relations entre la CEEAC et la CEMAC. A cela s'ajoute le projet de réforme de la CEEAC qui est en cours mais malgré ça il faut que l'institution fonctionne car il faut aussi un nouvel organigramme afin de la rendre plus opérationnelle" a ajouté Ahmad Allam-Mi.

 

Réunion du comité des ambassadeurs sur la paix et la sécurité en Afrique centrale

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 15:04

 

 

 

 

http://www.lavoixdelamerique.com/   mardi, septembre 23, 2014 Heure locale: 13:56

 

Le ministre des Mines, Joseph Agbo, soutient que maintenir l’embargo, c’est « ajouter du malheur au malheur ».

 

Dans une interview exclusive accordée à Bagassi Koura, l’envoyé spécial de la VOA en Centrafrique, le ministre des Mines Joseph Agbo demande l’allègement voire la levée de l’embargo sur l’exportation du diamant centrafricain.

 

La RCA a été suspendue de Kimberley (un mécanisme mis en place pour contrôler le diamant des zones de guerre) en mai 2013, en raison de la guerre civile dans ce pays.

 

« On comprend le mobile qui avait présidé à cet embargo sur l’exportation de nos diamants, » explique le ministre Agbo, rappelant que la RCA est l’un des pays fondateurs du processus de Kimberley.

 

« Seulement nous disons aujourd’hui que loin de nuire a ceux qui sont venus perturber l’exploitation de nos diamants, cet embargo a vraiment eu des effets très pervers notamment sur les intervenants du secteur, » déplore-t-il.

 

Il explique qu’ « en temps normal c’est un secteur qui représente quand même à peu près 20% des recettes du budget de l’Etat et 51% des recettes à l’exportation de la république centrafricaine ».

 

La crise socio-politique que traverse le pays depuis deux ans a énormément perturbé le secteur du diamant.

 

« Mais cette conséquence a été aggravée par la suspension du pays du processus de Kimberley, » dit-il.

 

Selon le ministre, la principale conséquence de l’imposition de l’embargo, c’est la multiplication des réseaux d’exportation illégale.

 

Les bureaux d’achat n’exportant plus, les collecteurs s’investissent dans la fraude, dit-il.

 

« Et donc la suspension du processus a eu pour effet d’entrainer le plus gros lot de nos collecteurs vers la fraude ».

 

D’autant plus que sur le terrain, les groupes armés, (essentiellement les Anti-Balaka et les Seleka) se sont emparés des mines du pays, qu’ils exploitent. Les produits sont exportés à l’étranger à travers les pays voisins comme l’explique Vianney Victorien Koyandakpa, un exécuteur évaluateur en diamants et or.

 

« L’Etat est en train de perdre beaucoup d’argent avec des trafiquants qui sortent illicitement avec des diamants qui sont exploitées dans ces zones minières qui sortent par le Cameroun et par le Tchad ».

 

Pour le ministre des Mines, les conséquences de l’embargo sur le fonctionnement du gouvernement sont énormes.

 

« Comment voulez-vous que l’Etat aujourd’hui puisse assurer les charges régaliennes, par exemple, les paiements de salaires, ou bien entretenir les hôpitaux si cet argent-là lui manque ?

 

Pour lui, maintenir l’embargo, c’est « ajouter du malheur au malheur ».

 

Le gouvernement centrafricain espère que le déploiement le 15 septembre derniers des Casques Bleus des Nations unies, va permettre la reprise en main des mines.

 

« Je suis content d’apprendre par exemple que dans leur programme, Bria par exemple, sera une zone militaire. Ca sécurise quand même cette zone qui est réputée être une zone de production de diamant ». 

 

La RCA demande l’allègement de l’embargo sur l’exportation de son diamant

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 12:21

 

 

 

 

23/09/14 (RFI)

 

Au Cameroun, des affrontements ont eu lieu lundi entre des bandes armées et les forces de défense à Ngaoui dans la région de l'Adamaoua, à la frontière avec la République centrafricaine. Le pays, déjà en proie à une guerre ouverte contre Boko Haram le long de sa frontière avec le Nigeria, doit aussi faire face à sa frontière avec la RCA à des incursions d’éléments incontrôlés de Seleka et anti-balaka qui sèment la terreur dans la région.

 

L’accrochage dans la localité de Ngaoui près de la frontière avec la RCA a eu lieu très tôt dans la matinée de lundi. Les assaillants avaient pour intention, selon le sous-préfet de la région, de faire libérer quelques-uns de leurs compagnons détenus dans un commissariat de la ville.

 

La tension à ce poste frontière remonte en réalité à jeudi dernier, après l’assassinat par des miliciens centrafricains, d’un riche commerçant camerounais dans la localité de Saboua. La frontière entre les deux pays a aussitôt été fermée et les bandes armées, non clairement identifiées qui ont attaqué Ngaoui, ont été violemment contrées par les forces camerounaises.

 

Autre front dans le Nord

 

A Limani, dans la région de l’extrême nord, et quasiment dans le même temps, une autre faction de l’armée camerounaise faisait face à des assaillants de Boko Haram. La secte islamiste exerce dans la région une pression quasi quotidienne notamment autour des villes de Kolofata et Fotokol.

 

Ces dernières semaines, elle a essuyé de gros revers dans ses combats face aux soldats camerounais mais sans jamais relâcher son harcèlement.

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140923-cameroun-violents-combats...

 

Cameroun : violents combats à la frontière avec la RCA

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 11:03

 

 

 

 

 

23/09/14 (RFI)

 

En Centrafrique, tout un volet de l’action de la Minusca, la mission des Nations unies, concerne la lutte contre l’impunité et le rétablissement d’un système judiciaire efficace. Le chantier est énorme : l’ascendant que les groupes armés ont pris dans le pays empêche les juges de s’en prendre à eux.

 

Les avocats et les simples justiciables vont et viennent dans le hall du palais de justice. Les audiences se tiennent. En apparence, Bangui dispose toujours d’un secteur judiciaire actif. Dans les faits, les juges centrafricains vivent dans la crainte permanente de représailles. Au parquet, un magistrat reconnaît que pendant très longtemps, les dossiers de flagrant délit liés aux groupes armés ont soigneusement été laissés de côté, faute de protection.

 

Le président du syndicat des magistrats, Parfait Rodrigue Yangandia, estime pour sa part que les conditions ne sont pas réunies pour que la justice soit rendue. « Le juge centrafricain travaille la peur au ventre. Au palais de justice, quelques éléments de la Minusca gardent les lieux. C’est déjà bien. Mais les juges ne travaillent pas seulement au palais de justice. Et donc, lorsqu’après avoir rendu une décision de justice vous rentrez chez vous, vous pouvez être agressé. Les conditions de sécurité sont déplorables et ne permettent pas aux juges centrafricains de travailler dans les conditions idoines », dénonce Parfait Rodrigue Yangandia.

 

La mise en place d’un cadre sécurisé de travail est d’autant plus importante que la criminalité ordinaire a augmenté avec la crise. « Parallèlement aux actes des groupes armés, la petite délinquance a progressé, explique un juge. Certaines personnes pensent que la justice n’existe plus et qu’on peut faire ce qu’on veut sans être attrapé. »

 

Mise en place de mesures temporaires d’urgence

 

Une équipe des Nations unies venue diagnostiquer le secteur judiciaire centrafricain a identifié une absence quasi totale de capacité dans les domaines de la police, de la justice et du système pénitentiaire. « Rien ne garantissait que les magistrats nationaux puissent exercer leurs fonctions de façon impartiale et sans risque d’ingérence politique ou de violence physique », dit un rapport du secrétaire général de l’ONU.

 

La Minusca a donc, dès le mois de juillet, engagé des discussions avec les autorités sur la mise en place de mesures temporaires d’urgence. Selon une note d’information de l’ONU, l’accord qui a été trouvé prévoit un appui d’experts et de conseillers auprès des magistrats centrafricains. Il prévoit aussi que les internationaux puissent arrêter et détenir des suspects dans les situations où les forces de sécurité centrafricaines ne seront pas en mesure de le faire.

 

Les mesures temporaires d’urgence prévoient par ailleurs le soutien par les Nations unies d’une cour pénale spéciale établie par les autorités centrafricaines au titre du droit national. Une cour qui sera chargée d’examiner, à l’échelle du pays, les affaires les plus graves de violations des droits de l’homme. « Nous sommes en train de préparer le projet de loi qui créera cette cour spéciale », a indiqué à RFI le ministre centrafricain de la Justice.

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140923-centrafrique-systeme-judi...

 

Centrafrique : un système judiciaire à rétablir

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 10:30

 

 

 

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

 

***************

UNITE-DIGNITE-TRAVAIL

 

***************

 

ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE

  MADAME CATHERINE SAMBA-PANZA,

CHEF D’ETAT DE LA TRANSITION

 

 

Devant le Brookings Institution

 

Réunion du 19 septembre 2014

 

WASHINGTON, SEPTEMBRE 2014

 

 

  • Monsieur le Président Directeur Général de Search for Common Ground ;
  •  
  • Monsieur le Vice-Président, Directeur pour l’Economie Globale et le Développement ;
  •  
  • Madame la Vice-Présidente de Mercy Corps ;
  •  
  • Mesdames et Messieurs les responsables de Brookings Institution ;
  •  
  • Distingués invités,

 

Je voudrais tout d’abord vous exprimer ma profonde gratitude au nom du peuple de la République Centrafricaine tout entier, et vous remercier pour l’invitation que votre institution a bien voulu m’adresser, ce qui est une preuve d’attention et de considération que vous portez en ma personne et qui m’offre l’occasion de vous entretenir sur la situation de mon pays.

 

L’instabilité politique et les conflits internes répétés depuis deux décennies ont  plongé la population centrafricaine dans une situation de vulnérabilité extrême. Mais depuis décembre 2012, la République Centrafricaine est secouée par une des plus graves crises qu’elle n’a jamais connue. Le peuple centrafricain s’est retrouvé dans une situation dramatique marquée par :

 

  • Plus de 2.000 personnes tuées
  • 12 % de la population déplacés
  • 8 % de centrafricains  réfugiés dans les pays voisins
  • 2,5 millions de personnes, soit 54% de la population totale ayant besoin d’assistance humanitaire 
  • Plus de 30% des infrastructures scolaires et sanitaires détruites
  • Environ 28.000 enfants touchés par la malnutrition aiguë sévère
  • 7.000 enfants enrôlés dans des groupes armés
  • Plus de 2.000 femmes victimes de viols et violences sexuelles
  • Un phénomène de rejet communautaire sur des bases d’appartenance religieuse persistantes avec des assassinats traduisant aujourd’hui le refus de vivre ensemble. 
  • Des poches d’insécurité persistantes dans la capitale et dans toutes les provinces avec des violences sur les populations
  • Les moyens de fonctionnement de l’administration et les capacités de production du secteur privé anéantis.
  •  
  • L’infiltration des terroristes, notamment les djihadistes sur le territoire centrafricain et la poursuite des exactions sur les populations par la LRA, constituant une menace pour la paix et la sécurité sous-régionale, régionale et internationale.

 

Distingues Personnalités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

En janvier 2014, La République Centrafricaine, mon pays, était au bord de l’implosion avec une insécurité généralisée, des actes de violences sans précédents, sur fond de considérations inter religieuses, des violations massives des droits de l’homme et des milliers de déplacés internes et externes.

 

Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale est venue à notre chevet.

 

Il n’en demeurait pas moins que les défis auxquels nous devions faire face étaient  énormes et interpellaient  chaque centrafricain. 

 

A cette période, plus que jamais, le pays avait besoin d un leader en mesure de rassembler et réconcilier les centrafricains, de redonner espoir aux uns et aux autres.

 

Si j’ai pris la décision de solliciter le suffrage du Conseil National de Transition au poste de Chef de l’Etat de la Transition en janvier 2014, c’est essentiellement parce que je considérais que l’heure était grave et qu’aucun centrafricain consciencieux et responsable ne pouvait rester sans réagir.

 

Je mesurais à sa juste valeur la lourde responsabilité qui devait m’incomber si les membres du Conseil National de Transition m’accordaient leur suffrage pour parachever la transition.

 

Je me suis engagée a être a la tête de la transition pour impulser une dynamique vigoureuse de réconciliation entre tous les centrafricains et a m’employer a inciter nos frères et sœurs africains obligés de repartir chez eux, de revenir vivre avec leurs frères et sœurs centrafricains, comme auparavant.

 

J’ai pris l’engagement de veiller au respect de l’ordre public et au rétablissement de l’autorité de l’état sur toute l’étendue du territoire.

 

J’ai aussi pris l’engagement de respecter les règles du jeu de la transition : celles de ne pas me présenter aux élections aux termes de la transition. Et je respecterai cet engagement, quoiqu’il m’en coute.

 

Au regard de l’immensité de la tache, beaucoup se sont demandés si je serais a sa hauteur.

 

Sans complexe et sans démagogie, j’ai répondu que j’avais tous les atouts pour réussir cette noble et exaltante mission. Celle de conduire la transition que nous voulons tous apaisée et sereine afin de parvenir à des élections libres, justes et démocratiques.

 

Mon élection a suscité beaucoup d’espoir au sein de la communauté internationale mais surtout des populations meurtries qui n’aspirent plus qu’à vivre en paix, dans la dignité et dans une nouvelle République centrafricaine refondée sur des nouvelles bases, en vue de sa renaissance et son épanouissement

 

Cet espoir reposait en grande partie sur ma capacité à rassembler la population ainsi qu’à donner un nouvel impact au pays, en tant que femme et mère désireuse de voir ses enfants vivre en paix. Des femmes en Afrique et ailleurs, dans des situations de transition politique, ont fait leur preuve. Pourquoi pas en Centrafrique.

 

J’ai pensée alors que le moment était venu  en République Centrafricaine d’arrêter les hostilités, les destructions et les violences faites à nos paisibles populations. Le moment était venu d’arrêter les exactions de toutes sortes, de faciliter le retour des déplacés chez eux, de passer au réapprentissage du vivre ensemble, d’enclencher le processus de réconciliation nationale et la dynamique de relèvement du pays.

 

Et j’ai fait du rassemblement et de la réconciliation des centrafricains la priorité absolue de mon action depuis mon accession aux commandes de l’Etat car j’ai tout de suite perçu que la haine, les rancœurs et la peur de l’autre sont profondément ancrés en chaque centrafricain. 

 

Déjà, dans ma profession de foi et ensuite à travers les actes que j’ai posés jusque là, j’ai affirmé mon ferme engagement en faveur du dialogue permanent, de la paix et de la gestion inclusive de la transition.

 

Mes premières paroles à la Nation centrafricaine meurtrie ont été un appel lancé  à mes compatriotes pour enclencher sans tarder une dynamique de paix qui puisse préserver le pays du chaos total.

 

En fait, j’avais très tôt compris que c’est par l’arrêt des hostilités, la tolérance, le dialogue et la réconciliation nationale que nous parviendrons à une véritable cohésion sociale dans notre pays.

 

J’avais très tôt compris qu’il nous fallait analyser, comprendre et dépasser nos contradictions et reconquérir l’unité de notre nation au-delà des différences confessionnelles, ethniques ou tribales. 

 

Ma conviction était qu’il était grand temps de déposer les armes et d’appeler tous les acteurs de la crise actuelle à s’engager dans la voie de résolution pacifique et politique de nos problèmes afin de permettre à notre pays de retrouver la paix et la stabilité.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Une analyse des crises politico militaires que la RCA a vécues met en évidence de nombreuses causes profondes qui restent intimement liées au déficit de gouvernance, à la déliquescence du système de sécurité et de justice, ainsi qu’à une déstructuration du capital social et culturel.  Le cumul de ces déficits pendant plusieurs décennies ont fait de la RCA un état fragile et vulnérable marqués par l’existence de rébellions persistantes. Par ailleurs, la RCA vit dans un environnement géopolitique marqué par l’instabilité. Hormis le Cameroun, les quatre autres pays voisins, à savoir la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, le Soudan et le Tchad ont connu des conflits au cours de ces dix dernières années. Ces conflits récurrents dans les pays frontaliers ont engendré le phénomène de circulation d’armes légères et de petit calibre qui alimentent le grand banditisme et l’insécurité.

 

Distingues Personnalités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Malgré son potentiel naturel très important, mon pays enregistre des niveaux d’indicateurs socioéconomiques très critiques. En effet, plus de 80 % de la population vit aujourd’hui avec moins de deux dollars par jour ; le PIB par habitant est passé d’une moyenne de 461,62 $ sur la période 2008 - 2011 à 294,70 $ sur la période de 2012 - 2014 et l’Indice de Développement Humain (IDH) s’est considérablement détérioré,  plaçant la RCA parmi les cinq derniers pays à l’échelle mondiale, soit au 172ème rang sur 177 pays.

 

Ces indicateurs expriment à suffisance l’étendue des défis socio-économiques suivants auxquels la République Centrafricaine doit faire face :

 

  • Sécurité et bonne gouvernance
  • Cohésion sociale et concorde nationale
  • Restauration de l’autorité de l’Etat
  • Relance de l’économie et du processus de développement
  •  

En réponse à ces défis, j’ai instruit, dès mon élection en Janvier 2014 par le Parlement National de Transition, le Gouvernement à mettre en place un Programme de sortie de crise. C’est ainsi qu’un Programme d’Urgence et de Relèvement Durable de la RCA a été élaboré. Ce document constitue désormais le cadre de dialogue et de concertation avec les partenaires pour l’assistance en faveur de mon pays. Ma vision, à travers ce Programme, est de « bâtir d’ici 2015, une société prospère et unie, vivant dans la sécurité, la paix et attachée aux valeurs démocratiques ». Elle se fonde sur ma détermination à créer les conditions d’un retour à la paix, à la sécurité, à l’ordre constitutionnel et à la bonne gouvernance.

 

Ce Programme met en œuvre une stratégie qui associe les actions d’assistance humanitaire et de relèvement précoce pour  renforcer l’objectif général de lutte contre la pauvreté en restaurant la capacité des institutions nationales et des communautés à se remettre de la crise et éviter une rechute.  

 

Cette stratégie s’articule autour de quatre piliers :

 

La sécurité d’abord. Je veux, pendant la période de la Transition, fournir aux centrafricains les premiers bénéfices d’une sécurité globale et rendre aux acteurs du secteur de la sécurité de la République Centrafricaine leur confiance dans un avenir professionnel utile au pays et conforme aux standards internationaux.

 

Ce premier Pilier va nous permettre de restaurer la sécurité et d’assurer la libre circulation des personnes et biens sur tout le territoire afin de relancer réellement l’économie. Il consistera donc à :

 

1) mettre en œuvre les programmes de désarmement, démobilisation, réinsertion et réintégration (DDRR) et de réforme du des services de sécurité (RSS) pour parvenir à une réhabilitation et refondation des Forces Armées Centrafricaines et promouvoir la gouvernance et l’Etat de droit en vue de conduire le processus électoral dans de meilleures conditions,

 

2) rétablir la fonction judiciaire pour mieux lutter contre l'impunité et la corruption, et parvenir ainsi à une réconciliation véritable et à une paix consolidée.

 

Entretemps, avec l’appui des forces de la Communauté Internationale déployée en RCA, le processus de la Réforme de Secteur de la Sécurité (RSS) a été amorcé. Il s’agit de la mise sous tutelle unique du Ministère de la Sécurité Intérieure des forces de police  et de Gendarmerie, de la création d’un Centre d’Opérations Police/Gendarmerie unique et fonctionnel à Bangui et du déploiement de ces forces de sécurité intérieure en province. Ce redéploiement va se poursuivre pour couvrir toutes les villes du pays avec la mise en place des forces onusiennes de maintien de la paix.

 

Par ailleurs, le Conseil National de Sécurité que je préside, collabore étroitement avec le Comité conjoint de réflexion sur les forces de défense et de sécurité Gouvernement/Nations-Unies en vue de mettre en place la stratégie appropriée en ce qui concerne l’armée nationale. Il est à relever qu’en raison des sanctions imposées par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, la RCA ne peut équiper son armée.  Pourtant la réhabilitation des forces de défense nationale est capitale. La RCA, située au cœur du continent africain, est cernée par des conflits armés régionaux et devient petit à petit, le carrefour du terrorisme régional et sous-régional avec les avancés des djihadistes notamment les éléments de  Bokho-Haram.  L’appui et l’expérience des grandes nations, notamment les Etats Unis d’Amérique, en matière de lutte contre le terrorisme sont ainsi plus que jamais déterminants pour anéantir ce risque.

 

Les questions sécuritaires doivent nécessairement être abordées dans un cadre de dialogue avec les pays voisins et je ne cesse de ménager des efforts dans ce sens, soutenue dans cette démarche par la Communauté Economiques des Etats de l’Afrique Centrale.

 

Distingues Personnalités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Ma volonté de promouvoir la gouvernance politique et démocratique est totale.   C’est ainsi que même pendant les moments les plus difficiles de la crise, le dialogue et la concertation ont été maintenus de manière régulière avec toutes les forces vives de la nation.  La mobilisation de tous a ainsi permis de lancer le processus de dialogue inclusif dont la première étape a été l’organisation en juillet dernier d’un Forum de réconciliation tenu à Brazzaville et qui a abouti a la signature d’un Accord de cessation des hostilités. 

 

A travers cet Accord, les groupes armés, la société civile et les partis politiques se sont engagés à œuvrer ensemble pour un retour à une paix durable.  Pour marquer cette volonté commune, les initiatives de réconciliation et de paix au niveau des communautés, des associations féminines et de jeunesse, et des groupes armés sont encouragées et se multiplient chaque jour. Dans les mois a venir, seront organisées les consultations populaires au niveau des 16 préfectures du pays qui in fine sur le forum national de réconciliation à Bangui.

 

Ces concertations à la base permettront d’identifier les problèmes majeurs qui minent le vivre ensemble intercommunautaire, de  susciter une participation populaire à l’œuvre de reconstruction du pays en favorisant une prise de conscience plus  accrue à l’égard du rôle des communautés dans le retour de la paix et le développement durable du pays. Quant au grand dialogue national de vérité et réconciliation, son objectif principal sera de jeter les bases d’une nouvelle société Centrafricaine dont le pilier serait un nouveau pacte républicain articulé autour d’une gouvernance moderne, démocratique et patriotique.

 

Toujours dans le cadre de ce dialogue, un gouvernement de large ouverture représentatif de toutes les forces vives et des régions a été constitué.

 

En ce qui concerne les élections,  le Code Electoral a été adopté le 13 novembre 2013 et les Membres l’Autorité Nationale des Elections (A.N.E.)  ont prêté serment le 24 décembre 2013.  Les différents organes de régulation des élections  comme le cadre de concertation et le Haut Conseil de la Communication ont en outre été mis en place.  

 

Il n’en demeure pas moins que la ferme volonté des Autorités de la République Centrafricaine d’aller résolument  à  l’organisation d’élections libres, démocratiques et crédibles bute sur certaines contraintes dont  la subsistance de poches d’insécurité dans certaines régions du pays mais surtout l’insuffisance des moyens financiers conséquents et pour le fonctionnement de cet organe et pour la préparation et l’organisation des élections proprement dites.

 

 Le deuxième pilier consiste en la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, condition préalable de la pleine reprise de l’économie et de la réussite du processus électoral.

 

L’objectif est de créer les conditions pour accélérer le retour rapide des personnes déplacées internes et refugiées, renforcer la protection des civils, des droits de l'Homme et du personnel humanitaire par des actions fortes visant à rapprocher l’administration des administrés.  

 

Toujours dans le cadre de la protection des populations civiles et de la promotion des droits humains, j’ai accepté de céder une partie de la souveraineté nationale en matière de justice transitionnelle à la Mission onusienne de stabilisation de la Centrafrique (MINUSCA) afin de renforcer les capacités des juges. Avec la mise en place des forces de la MINUSCA depuis le 15 septembre dernier, ce dispositif sera opérationnel assez rapidement.

 

Une attention particulière a été accordée  aux services sociaux essentiels. Il s’agit de  la santé, de l'eau potable, de l'assainissement, de l'hygiène, de l’éducation et du réseau national de communication. Les actions et mesures menées dans ce domaine ont visé à favoriser le relèvement communautaire immédiat et le renforcement des capacités de résilience des communautés de base. J’ai ainsi été amenée à décider  de la gratuité des soins aux groupes vulnérables que sont les enfants et les femmes.

 

La RCA connait une forte mobilisation de l’assistance humanitaire à travers les interventions de plus de 90 ONGs internationales. Malgré tout, on peut noter une faiblesse de l’accès aux services sociaux en République Centrafricaine et je profite de votre tribune pour lancer un appel à toutes les bonnes volontés dans le monde pour qu’elles soutiennent mon Gouvernement dans la réhabilitation et la facilitation de l’accès aux  services sociaux de base.

 

Nous sommes cependant conscients que ces actions passeront d’abord par la poursuite des réformes économiques et la promotion de la croissance soutenue. Il est donc urgent,  à court terme, de créer des richesses et des emplois afin non seulement de prendre en charge des dépenses régaliennes de l’Etat mais d’offrir des opportunités de formation et d’emplois aux jeunes désœuvrés qui forment les bataillons des rebellions armées.  Il en est de même pour les femmes qui constituent plus de 61 % de la population et qui sont devenues, par la force des choses,  des chefs de famille ayant la charge de leurs progénitures. Il est important et urgent de leur offrir des opportunités pour consolider de manière durable leurs moyens d’existence et pour leur autonomisation.

 

Selon cette vision, les réformes économiques vont permettre de :

 

(i) mettre  en œuvre une assistance économique et budgétaire rapide pour permettre de renforcer les capacités des principaux acteurs de l’économie et relancer les secteurs productifs et créateurs d’emplois. A moyen terme et long terme, elles pourront améliorer l’environnement des affaires en dynamisant le Partenariat Public/privé,  relancer les grappes de croissance dans les secteurs de l’agriculture, des mines  et des forêts par la mise en œuvre de l’agroforesterie,

 

(ii) permettre de construire, réhabiliter et viabiliser les équipements et infrastructures économique et,

 

(iii) renforcer la gouvernance financière avec la poursuite des réformes globales des finances publiques.

 

Pour ce qui concerne  la gouvernance financière singulièrement, il est essentiellement question de réduire les risques fiduciaires et c’est pour cela qu’un comité de suivi de la gestion des finances publiques et un comité de trésorerie ont été créés. A ces initiatives s’ajoute le processus en cours de renforcement des capacités de l’organe d’exécution des dépenses publiques par l’assistance technique.  Car, pour redonner à l’Etat Centrafricain des capacités financières propres, la sécurisation des zones minières est une action prioritaire devant conduire à terme au rétablissement de la RCA dans le processus de Kimberley. Les forces de l’ONU désormais déployées dans le pays devraient apporter tout leur appui à cette action prioritaire.  

 

Monsieur le Directeur le Général

 

Distingues Personnalités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Sans être exhaustive, mes propos ont tendu a mettre en exergue les efforts déployés au quotidien pour réduire la souffrance du peuple centrafricain, pour ramener la paix et la sécurité, mettre fin à l’impunité, favoriser le relèvement des communautés et relancer le processus de développement. Je me suis aussi permise de souligner fortement que sous mon leadership, le peuple centrafricain a affronté avec courage la crise. 

 

En effet, après huit mois d’exercice du pouvoir de l’Etat, des avancées notables peuvent être enregistrées dans la gouvernance du pays avec des effets significatifs sur l’amélioration des conditions de vie des populations.

 

Il en est ainsi de la sécurité qui revient progressivement grâce à l’appui des forces internationales. Grâce au retour graduel de la sécurité à Bangui et dans l’arrière pays, la République Centrafricaine est aujourd’hui un pays fréquentable. Pour preuve : le retour de l’Ambassade des Etats Unis à Bangui  que nous avons perçu comme un signal fort en direction des pays qui doutent encore du retour de la sécurité dans le pays.

 

A la faveur du retour progressif de la paix et de la sécurité, les enfants ont repris peu à peu le chemin de l’école, les hôpitaux et centres de santé ont recommencé à nouveau de fonctionner, les agents de l’Etat et les employés du secteur privé sont de retour à leur lieu de travail,  notamment à Bangui, le trafic sur l’axe Bangui- Douala et l'approvisionnement du pays en produits de première nécessité se normalisent, avec un impact positif sur les recettes de l'Etat qui sont cependant loin d'atteindre un niveau satisfaisant vu le contrôle d’une partie du pays par les groupes armés non conventionnels.

 

C’est le lieu de témoigner la gratitude du peuple Centrafricain et de la mienne propre à l’Amérique qui a compris le sens de ma demande formulée au Secrétaire Général des Nations Unies dès le mois de février 2014 et qui a appuyé le vote des différentes résolutions du Conseil de Sécurité sur la situation en République Centrafricaine.

 

Il en est aussi ainsi de l’urgence humanitaire. Je me réjouis que mon cri de détresse ait été entendu et que jamais la communauté internationale ne se soit autant fortement mobilisée en faveur de mon pays. Car, la crise centrafricaine était une "crise oubliée ‘’ et j’ai réussi le pari de mettre la Centrafrique au cœur des préoccupations internationales. C’est ici le lieu de rendre un hommage mérité aux Organisations humanitaires américaines pour leur appui multiforme aux populations centrafricaines.

 

Consciente de la faiblesse de notre économie dont tout le tissu a été détruit, j’ai fait de la reprise de la coopération avec les institutions financières internationales mon objectif principal. Dans ce cadre, les négociations vont bon train avec le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale que j’aurai l’opportunité de visiter pendant mon séjour ici.

 

De tout ce qui précède, il ressort que l’espoir renaît en République Centrafricaine puisque la vie reprend petit à petit et dans le bon sens, au grand soulagement d’une bonne partie de la population.

 

Il n’en demeure pas moins que beaucoup reste à faire et c’est là où nous avons des attentes à exprimer à l’endroit des Etats Unis. De manière concrète, vos structures  peuvent beaucoup faire à travers les plaidoyers, lobbies et réseaux pour soutenir les efforts du peuple Centrafricain et de ses dirigeants visant à recouvrer son unité, sa dignité et surtout l’intégrité de son territoire. Ce peuple est désormais derrière ses dirigeants et ne demande qu’à être accompagné dans sa vision et son plan de sortie de crise qui existent déjà.

 

 Les besoins sont énormes et les moyens demeurent encore très limités. La mise en œuvre de ce plan nécessitera des moyens colossaux et je veux formuler le vœu que la Nation la plus puissante et riche au monde ne restera pas à l’écart des partenaires et moyens qu’il faut mobiliser. 

 

Quant à vous éminents Membres du Brookings Institute qui avez bien voulu m’accorder votre aimable attention, je ne doute pas que vous serez désormais les farouches défenseurs des dossiers Centrafricains et vous dis encore grand merci pour l’honneur et le plaisir  que vous m’avez faits de me donner l’opportunité de vous entretenir sur la situation dans mon pays.

 

Le peuple centrafricain a besoin du peuple américain pour soutenir cet espoir et retrouver sa dignité. C’est pourquoi, je peux affirmer : « TOGETHER WE CAN DO BETTER ».

 

Je vous remercie.

 

Catherine Samba-Panza devant le Brookings Institution à Washington

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Centrafrique-Presse.com
23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 00:31

 

 

 

 

LE MONDE 15.09.2014 à 12h06 • Mis à jour le 15.09.2014 à 19h00 |

 

Cyril Bensimon et Alexandra Geneste (New York, Nations unies, correspondante)

 

Bangui assiste depuis plusieurs jours au grand ballet logistique propre au déploiement des missions des Nations unies. Les véhicules tout-terrain frappés du sigle « UN » et les contingents asiatiques débarquent peu à peu. En deux décennies marquées par un enchaînement de putschs, de mutineries et de rébellions ayant entraîné une déliquescence de l'Etat, la République centrafricaine (RCA) a déjà vu passer une dizaine de missions internationales chargées de l'accompagner vers une sortie de crise. Misab, Minurca, Fomuc, Fomac, Micopax, pour ne citer que quelques-uns des acronymes des forces africaines ou de l'ONU qui se sont succédé et n'ont pas su briser la spirale mortifère.

 

La tâche incombe désormais à la la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca) de « protéger la population, appuyer le processus politique et contribuer à la restauration de l'Etat ». C'est l'ambition affichée par son chef, le Sénégalais Babacar Gaye, mais au sein même de son entourage des voix se font entendre pour modérer les attentes. « Il y a beaucoup de gesticulations. Il faut se battre pour récupérer des troupes, des équipements. Rien n'est prêt », déplore un fonctionnaire international, qui espère que la Minusca « aura fait le plein » en décembre.

 

CHANGEMENT DE COULEUR DE CASQUES ET DE BÉRETS

 

Le passage de relais de la force de l'Union africaine (Misca) à la Minusca, effectué lundi 15 septembre, s'apparente dans les faits à un changement de couleur de casques et de bérets. Une compagnie du génie indonésienne, des militaires bangladais et marocains ont déjà été déployés mais, pour l'essentiel, les troupes seront issues des mêmes contingents africains.

 

L'objectif du Conseil de sécurité est de porter les effectifs à 12 000 hommes mais, pour l'heure, la force doit se contenter d'environ 7 600 militaires et policiers. Elle sera appuyée par quelque 2 000 soldats français de l'opération « Sangaris », dont les effectifs ne diminueront pas avant la fin de l'année et qui devront servir de « force de réaction rapide », ainsi que par les 700 militaires et policiers européens de l'Eufor, dont la mission doit s'achever fin 2014.

 

« Les Etats européens refusent de s'engager pour de bon, le Cameroun ne fait rien pour faciliter le transfert de nos ravitaillements, certaines troupes africaines, comme celles de Guinée équatoriale, ne sont pas au format requis par l'ONU ou n'ont pas les critères moraux pour être dans la Mission. Je crains que l'on fasse beaucoup de bruit pour rien », se désole un membre de la mission onusienne. Du ménage a été fait avant le transfert de responsabilité.

 

Dix-sept policiers de la République démocratique du Congo « impliqués dans de graves violations des droits de l'homme » ont été sortis in extremis du dispositif, révèle une source proche du dossier. Certains des membres de cette unité d'élite de la police congolaise « auraient participé dans leur pays à des opérations plus que douteuses », poursuit cette source.

 

Reste que la communauté internationale s'engage une fois de plus à reculons en RCA, alors que les urgences demeurent patentes. En dépit des promesses de paix signées le 23 juillet à Brazzaville, les groupes politico-militaires (ex-Séléka et anti-balaka) n'ont pas encore rendu les armes. Nombre de combattants attendent de toucher des dividendes d'un nouveau processus de désarmement mais, selon plusieurs sources, les durs de l'ex-Séléka se sont rééquipés ces derniers mois.

 

« SI NOUS NE SOMMES PAS ENTENDUS, ON COUPE LE PAYS »

 

Depuis le nord-est du pays, où il s'est retranché, leur chef de file, le général Noureddine Adam, continue de brandir le spectre de la sécession si les principaux postes de décision du gouvernement ne reviennent pas à ceux qu'il aura adoubés. « Si nous ne sommes pas entendus, on coupe le pays », affirme-t-il. Alors qu'une partition de fait s'est installée le long d'une ligne nord-sud, il y a un mois, les anciens rebelles ont annoncé, dans un communiqué, la création de leur nouvel Etat, le Dar El-Kouti, en référence à un sultanat du XIXsiècle, avant de faire machine arrière.

 

A Bangui, le processus politique n'avance guère. La désignation d'un nouveau premier ministre, Mahamat Kamoun, en août, a tendu les relations entre la présidente de transition, Catherine Samba-Panza, et les puissances tutélaires de la Centrafrique (Congo-Brazzaville, Tchad et France), qui s'attendaient à un autre choix.

 

Les futures élections présidentielles et législatives, prévues en février 2015, sont déjà oubliées, mais l'ancien premier ministre Martin Ziguélé considère que la priorité est désormais de « fixer une date butoir » pour ces scrutins. Une prolongation indéterminée de la transition inquiète plusieurs observateurs. « L'organisation des élections n'équivaut pas à une sortie de crise », prévient cependant International Crisis Group. L'organisation non gouvernementale considère « indispensable de ressusciter l'Etat centrafricain comme acteur » et invite la communauté internationale à ne pas répéter les erreurs du passé en ne traitant pas « la principale cause de la crise : la prédation structurelle » des élites locales.

 

Cyril Bensimon 


Journaliste au Monde

 

Lu pour vous : L’ONU replonge dans le bourbier centrafricain

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