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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 23:44
Nouvelles nationales sur RJDH
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Centrafrique : L’idée de l’union sacrée relancée lors d’une concertation des forces vives de la nation

http://rjdh.org/ PAR SYLVESTRE SOKAMBI LE 28 OCTOBRE 2016

BANGUI, 28 octobre 2016 (RJDH)—L’idée de l’union sacrée des forces vives de la nation a refait surface lors des discussions qui se sont tenues ce vendredi 28 octobre au palais de la Renaissance. Elle a été exprimée par le chef de l’Etat, Faustin Archange Touadéra.

L’union sacrée, selon le président Touadéra,  est ce qu’il faut aujourd’hui pour faire face aux défis auxquels le pays fait face « nous avons plus que jamais besoin de l’union sacrée pour avancer et faire face aux défis. C’est pourquoi j’appelle les forces vives à s’unir, à développer l’union sacrée pour réussir la table ronde de Bruxelles sur laquelle nous comptons pour mobiliser les ressources nécessaires à la relance de notre pays » a souhaité le chef de l’Etat.

L’appel du président de la République est soutenu par plusieurs hommes politiques qui, pour l’essentiel, exigent la formalisation de cette idée. Cyriaque Gonda, président du Parti National pour un Centrafrique Nouveau (PNCN) et candidat malheureux à la dernière présidentielle, encourage l’idée mais souhaite que les forces vives de la nation y mettent du contenu, « vous avez proposé l’idée de l’union sacrée. Je la soutiens mais il faut que nous la formalisons, que nous y mettons du contenu pour que les uns et les autres savent ce qu’ils ont à faire dans cette union qui me semble importante aujourd’hui »a-t-il proposé.

Désiré Kolingba, président du Rassemblement  Démocratique Centrafricain et candidat malheureux à la dernière présidentielle, qui dit soutenir l’idée, propose la mise en place rapide de la médiation afin qu’elle s’occupe des questions de dialogue « l’union sacrée est une nécessité aujourd’hui, nous la soutenons. Mais face aux problèmes qui surgissent aujourd’hui, nous souhaitons que la médiation puisse être mise en place afin de se pencher sur la question de dialogue » a lancé le président du RDC.

Ngougnogbia Kongba-Zézé, un autre candidat malheureux, membre d’une plateforme politique de soutien au président de la République se félicite de la relance de cette idée d’union sacrée qu’il considère comme la voie à suivre pour sortir de la crise.

L’idée de l’union sacrée a été lancée par Touadera après sa victoire au second de la présidentielle face à Dologuelé à qui, le chef de l’Etat avait proposé cette union. Dans une interview au RJDH le mois dernier, Anicet Georges Dologuélé avait pris ses distances vis-à-vis de cette idée qui, selon lui n’a jamais existé faute de formalisation.

 

Centrafrique : Un véhicule de la gendarmerie nationale attaqué au centre du pays

http://rjdh.org/ PAR SYLVESTRE SOKAMBI LE 28 OCTOBRE 2016

BANGUI, 28 octobre 2016—Un véhicule de la gendarmerie nationale a été attaqué, ce jour entre Bambari et Grimari par des hommes armés identifiés comme des ex-Séléka. L’information a été confirmée au RJDH par des sources proches de la Direction Générale de la gendarmerie qui se sont gardées d’avancer de bilan.

De sources bien informées, l’équipe de la gendarmerie de Bambari se rendait à Grimari pour évaluer la situation sécuritaire, préoccupante ces derniers jours « compte tenu de la situation sécuritaire préoccupante à Grimari, le commandant de compagnie de Bambari avec six de ses éléments se rendaient dans la ville pour évaluer la situation. C’est entre les deux villes que leur véhicule est tombé dans une embuscade tendue par des hommes armés qui seraient des ex-Séléka » a confié un cadre à la Direction Générale de la gendarmerie qui s’est gardé d’avancer un bilan « je ne peux donner un bilan parce que nous continuons de recouper les informations en ce moment » confie t-il.

Selon des informations du RJDH, sur les sept occupants du véhicule, il y aurait quatre morts et trois otages. Ce bilan n’est pas encore confirmé par des sources officielles. L’attaque du véhicule de la compagnie territoriale de la gendarmerie de Bambari est signalée au moment où la ville de Grimari, voisine à celle de Bambari vit depuis deux jours dans la peur d’une éventuelle attaque des hommes armés qui ont incendié un village situé à 8 km de Grimari.

 

Centrafrique : Création d’un groupe d’action judiciaire en faveur des victimes

http://rjdh.org/ PAR AUGUSTE BATI-KALAMET LE 28 OCTOBRE 2016

BANGUI, 28 Octobre 2016 (RJDH) — La Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH), l’Observatoire Centrafricain pour les Droits de l’Homme (OCDH) et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) ont créé un groupe d’action judiciaire. Le but est de se constituer en partie civile en faveur des victimes des violations. Dans une interview accordée au RJDH, Joseph Bindoumi, président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH) a déclaré que les défenseurs des Droits de l’Homme  se sont constitués en partie civile afin de présenter toutes les requêtes des victimes au parquet.

RJDH : Joseph Bindoumi bonjour.

Joseph Bindoumi : Bonjour.

RJDH : Vous êtes président de la LCDH, alors, quelles sont les mesures prises contre les violations perpétrées récemment à Kaga-Bandoro ?

JB : Les 11, 12 et 13 octobre, il y a eu des événements graves à Kaga-Bandoro. Dans un premier temps, on a déploré trente (30) morts et aujourd’hui on parle de 300 décès. Des maisons ont été incendiées, l’administration pillée y compris la résidence du Préfet et l’église catholique touchée. Les mêmes événements ont été perpétrés à Kouango où plusieurs villages ont été incendiés et plusieurs personnes tuées, à Koui, à Bocaranga, à Ngakobo et à Bangui précisément au KM5 des cas de tuerie ont été également signalés. A cela, faut ajouter d’autres personnes tuées par la Minusca lundi 24 octobre, pendant la journée ville morte, alors qu’elle est censée protéger la population civile. Nous documentons tous les événements, nous nous rendons sur le terrain pour constater les faits. Les victimes viennent vers nous pour demander notre assistance. Ces documentations seront présentées lorsqu’il aura procès.

RJDH : L’OCDH a émis le vœu de se constituer en partie civile suite aux événements de Kaga-Bandoro. Partagez-vous cette initiative ?

JB : L’Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme (OCDH) que dirige Maître Morouba, la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH) et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) ont un groupe d’action judiciaire. Nos trois organisations se sont regroupées sous le financement de la FIDH, afin que nous puissions être capables de suivre les victimes devant le procès, qui auront lieu si la loi nous l’autorise. Nous avons constaté que la violation des droits est de nature à nier la forme de l’être humain et là, nous n’agissons plus comme défenseur des victimes, mais défenseurs de nos propres visions et nous-nous constituons partie civile pour cela.

RJDH : Quelle lecture faites-vous de la journée ville morte ?

JB :   La LCDH est membre du Groupe de Travail de la Société Civile. Nous étions ensemble pour l’organisation de la journée ville morte. C’est un message du peuple meurtri, que nous voulons porter à la connaissance des Nations Unies et Ban Ki Moon, Secrétaire général de l’ONU a reçu le message. Nous avons constaté une passiveté abusive de la Minusca. Les événements qui se sont passés à Kaga-Bandoro, se sont déroulés au su et vu des casques bleus, tant dans sa préparation que dans sa réalisation. Ensuite, la Minusca a demandé aux ressortissants expatriés de regagner sa base avant que les événements meurtris aient lieu. Nous déplorons cela, voilà pourquoi cette journée ville morte a été organisée.

RJDH : Le Procureur a ouvert une enquête afin de connaitre les auteurs des récentes violences. Qu’en dites-vous ?

JB : Les faits qui se sont passés se sont déroulés le jour et non la nuit, c’était le jour. La Minusca connait les équipes qui ont été déployées sur le terrain pour démanteler les barrières sur les artères dans la ville de Bangui. La Minusca doit dire au gouvernement quelle est l’équipe qui a débordé les limites de sa mission pour aller tirer et tuer des personnes. Les rapports de la gendarmerie et la police qui ont des preuves. On a constaté l’inertie de la Minusca et quand le jour doit se lever le coq chante et le coq a chanté, le jour doit se lever. Notre objectif, c’est la levée de l’embargo et le redéploiement des Forces Armées Centrafricaines.

RJDH : Monsieur Joseph Bindoumi, merci.

JB : C’est moi qui vous dis merci parce que vous êtes venus jusqu’au siège de la LCDH pour voir comment nous travaillons.

Propos recueillis par Auguste Bati-Kalamet.

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Centrafrique-Presse.com
28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 23:42
Lu pour vous : Jean Ping : «Le Gabon est l’exemple le plus abouti de la Françafrique»

 

RENCONTRE

Jean Ping : «Le Gabon est l’exemple le plus abouti de la Françafrique»

Par Maria Malagardis —Libération  28 octobre 2016 à 20:21

Rencontre à Paris, pour sa première sortie depuis les élections, avec l’ex-candidat à la présidence. En quête d’appuis à l’étranger, il conteste toujours la victoire d’Ali Bongo.

«Je suis venu respirer l’air de la liberté», soupire-t-il d’un ton presque badin, quand on lui demande ce qu’il est venu faire à Paris. Jean Ping n’a pas perdu l’ironie discrète du diplomate qu’il a longtemps été : ministre des Affaires étrangères de son pays, le Gabon, puis président de l’Assemblée générale des Nations unies, et enfin plus récemment, jusqu’en 2012, de la commission de l’Union africaine. Mais ce vendredi d’automne ensoleillé, c’est l’homme qui revendique être le vrai président élu de son pays qui reçoit Libération dans le salon d’un grand hôtel parisien, pour son premier entretien avec la presse française. Bien sûr, sa première sortie du Gabon depuis les élections du 27 août est surtout «une visite politique», admet-il d’emblée. Un voyage qui n’avait rien d’évident, selon lui : «Il a tout de même fallu que l’ONU envoie une lettre pour demander qu’on me laisse enfin sortir du pays.»

Jean Ping est arrivé à Paris ce même vendredi à l’aube, accueilli comme un héros par une foule en liesse à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. La diaspora gabonaise, très mobilisée depuis le scrutin, lui a offert ce bain de foule dont il s’estime volé à Libreville, la capitale du Gabon. «J’y vis comme si j’étais en résidence surveillée. Devant ma maison, il y a en permanence un camion de gendarmes et même parfois un tank. On me fait comprendre qu’il vaut mieux que je ne sorte pas, on distille des rumeurs qui sont autant de menaces et on s’arrange pour que je l’apprenne», énumère-t-il, persuadé que si son quartier général a été bombardé le 31 août par les forces de l’ordre, «c’est parce qu’on était persuadé que je m’y trouvais moi aussi».

Étonnamment confiant sur l’issue du bras de fer

«On» ? L’accusation vise bien sûr le régime d’Ali Bongo, déclaré président à l’issue du scrutin. Officiellement d’abord avec 49,9 % des suffrages et seulement 5 000 voix d’écart devant Jean Ping, son principal challenger lors de ce scrutin. Puis dans un second temps, avec un score encore plus haut, 50,6 % des voix, après le recours devant une Cour constitutionnelle dont l’impartialité a été mise en doute non seulement par l’opposition mais aussi par l’Union européenne, qui avait dépêché des observateurs sur place. Mercredi, deux jours avant l’arrivée de Jean Ping à Paris, le Parlement européen évoquait justement la présidentielle gabonaise. «Cette élection a été manipulée», a alors martelé à Bruxelles le social-démocrate allemand Jo Leinen, qui dirigeait la délégation parlementaire européenne venue observer le scrutin d’août.

«J’ai gagné ces élections de manière claire et tout le monde le sait», commente Jean Ping, qui reste étonnamment confiant sur l’issue du bras de fer en cours au Gabon. Celui qui oppose deux anciens beaux-frères, puisque ce septuagénaire, fils d’un père chinois et d’une mère gabonaise, a été un temps le compagnon de Pascaline Bongo, la sœur d’Ali, avec laquelle il a eu deux enfants.

«Ali croit qu’il peut utiliser la force pour se maintenir au pouvoir. Mais cette fois ça ne marchera pas. Tous les dictateurs avant de tomber croient qu’ils sont encore puissants. Et ce n’est pas parce qu’on entend plus parler du Gabon ici en France que la situation s’est stabilisée», affirme-t-il.

«Tous les jours, des grèves éclatent, il n’y a pas eu de rentrée scolaire et les écoles sont fermées pour une durée indéterminée. Les gens ne vont pas manifester dans la rue, parce qu’ils ont peur qu’on leur tire dessus. Mais ils continuent à s’opposer comme ils le peuvent. A l’intérieur du pays, comme à l’extérieur, alors que la diaspora, non seulement en France mais aussi dans beaucoup d’autres pays, exige elle aussi qu’on lui rende la victoire électorale confisquée par un régime qui est en place depuis cinquante ans.» Après Omar Bongo, à la tête du pays de 1967 à sa mort en 2009, c’est en effet son fils Ali qui a hérité de la présidence, à l’issue d’une élection déjà contestée.

Jean Ping, ancien homme du sérail parce qu’il fut ministre de Bongo père, ajoute : «Vous pensez qu’Ali, lui, peut sortir du pays ? La diaspora lui réserverait certainement un accueil un peu différent de celui qu’elle m’a offert. Et si la foule m’a ovationné à Paris, elle était aussi présente pour mon départ à l’aéroport de Libreville. Mais ça, vous ne le savez pas, le régime fait en sorte que ça ne se sache pas», glisse-t-il avec un léger sourire. Avant d’évoquer «une répression qui ne s’est jamais arrêtée» depuis l’attaque de son QG : «En réalité, dès ce 31 août, il y a eu plus de morts dans les quartiers de Libreville qu’au QG, malgré la violence de l’assaut. D’après ce qu’on a pu découvrir, on compterait ainsi une dizaine de morts au QG et une centaine en ville où des jeunes gens se sont fait arrêter ou tuer, parfois à bout portant, simplement parce qu’ils avaient chez eux des tee-shirts à mon effigie. Et depuis, ça continue. Il y a même des binationaux qui ont été arrêtés. Des officiers aussi, juste parce qu’ils sont de la même ethnie que moi. Et encore un officier de gendarmerie à la retraite qui militait pour l’opposition. Sans oublier le député Bernard Zibi, toujours incarcéré à la prison centrale.»

C’est donc pour donner sa vision de la situation qu’il se trouve à Paris. Il ira également lundi à Washington, étape qu’on devine la plus importante de ce voyage. On n’en saura guère plus sur les interlocuteurs qu’il va rencontrer. Peut-être ne le sait-il pas encore lui-même avec certitude au moment de notre rencontre : «Je n’ai su que la semaine dernière que je pouvais quitter le pays», concède-t-il.

Patate chaude refilée à l’Union africaine

L’ancien diplomate compte visiblement beaucoup sur la communauté internationale : «C’est elle qui nous a incités à respecter les institutions et à déposer un recours devant la Cour constitutionnelle après la première proclamation des résultats.» Le regrette-t-il ? Alors même que l’opposition était au départ hostile à tout recours devant une institution depuis longtemps baptisée par les Gabonais «la Tour de Pise» («car elle penche toujours du côté du pouvoir») ? «Non, je ne le regrette pas, car il vaut mieux ne pas se laisser accuser de ne pas être du côté de la légalité», affirme-t-il, rappelant qu’«aujourd’hui, nos amis internationaux nous demandent d’éviter tout risque de guerre civile, d’éviter de faire appel à la rue». Une façon à peine voilée de suggérer que dans ce «deal», chacun doit prendre sa part de responsabilités.

Début octobre, le ministre français des Affaires étrangères avait quelque peu heurté l’opposition gabonaise en affirmant, sur TV5, qu’il «fallait trouver une solution de réconciliation politique», puis en refilant la patate chaude du dossier gabonais à l’Union africaine. Laquelle s’est surtout fait remarquer par son étonnante discrétion sur ce sujet brûlant. «L’Union africaine, hélas, reste un syndicat de chefs d’Etats», critique celui qui fut l’un des plus hauts représentants de cette institution panafricaine. «Faire appel à l’Union africaine, c’est facile et un peu hypocrite, ajoute Jean PingD’autant plus que la France a des responsabilités historiques au Gabon. Jusqu’à récemment c’est toujours Paris qui a choisi les dirigeants gabonais : depuis l’indépendance, on a ainsi eu Léon Mba, Omar Bongo et puis son fils Ali Bongo, que Sarkozy nous a imposé. C’est vrai aussi pour d’autres anciennes colonies africaines. Mais alors qu’au Sénégal ou en Côte d’Ivoire ils sont allés chercher des anciens parlementaires ou académiciens comme Félix Houphouët-Boigny ou Léopold Sedar Senghor, au Gabon, on nous a imposé quoi ? Un chef de canton ! C’est ce qu’était Léon Mba… Quant à Omar Bongo, lui aussi choisi par la France, il fut d’abord un simple employé des postes», persifle son ex-gendre. Et qu’est-ce qui, selon lui, justifie ces choix si peu prestigieux ? «Le Gabon est l’exemple le plus abouti de la Françafrique. Et jamais le peuple gabonais n’a pu faire entendre sa volonté», explique Jean Ping. Lui-même est pourtant, paradoxalement, accusé par Ali Bongo d’être «le symbole de la Françafrique» en tant qu’ancien cacique du régime. «La différence, c’est que moi je ne demande pas qu’on m’impose de manière arbitraire. Je souhaite simplement qu’on respecte le vote des Gabonais», rétorque-t-il.

Ce samedi, il sera au Trocadéro pour saluer la diaspora, qui en a fait le point de départ d’une marche hebdomadaire jusqu’à l’ambassade du Gabon, située dans le XVIe arrondissement. Un dernier bain de foule sur le parvis des Droits de l’homme ? Les symboles ont aussi leur importance.

Maria Malagardis

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 23:32
LA MINUSCA DÉNONCE LA MONTÉE DE LA TENSION ET LES PERTES EN VIE HUMAINE

 

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

LA MINUSCA DÉNONCE LA MONTÉE DE LA TENSION ET LES PERTES EN VIE HUMAINE

 

28 octobre 2016 – La Mission Multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République Centrafricaine (MINUSCA) dénonce les violences de jeudi et vendredi dans la ville de Bambari et ses environs ainsi que la  montée de la tension dans certaines régions du pays, provoquée par des affrontements entre éléments armés des ex-séléka et anti-balaka. La MINUSCA appelle les groupes armés à mettre fin au cycle d’attaques et représailles et à répondre à l’appel au dialogue préconisé par le Chef de l’État.

 

Selon les informations reçues, six gendarmes et quatre civils auraient perdu la vie vendredi matin, lors d’une embuscade sur l’axe Bambari-Grimari. La veille, des affrontements entre éléments anti-balaka et ex-séléka avaient causé 15 morts et un certain nombre de blessés à Mbriki et Belima, dans les environs de Bambari. La MINUSCA appelle la population locale et tous les Centrafricains au calme et à ne pas céder à l’esprit de vengeance.

 

La MINUSCA condamne par ailleurs une attaque armée menée vendredi après-midi par des anti-balaka contre huit de ses fonctionnaires, alors qu’ils se dirigeaient vers l’aérodrome de Bambari. Un enfant de sept ans a été blessé et est actuellement soigné par les casques bleus mauritaniensLa Mission rappelle que toute atteinte contre les casques bleus est passible de poursuites pénales internationales.

 

Des effectifs supplémentaires de la MINUSCA sont arrivés vendredi à Bambari en provenance de Bria, pour renforcer les effectifs sur place. La Force a également renforcé ses patrouilles dans la ville de Bambari et ses environs pour ramener le calme.

 

La MINUSCA condamne les incidents meurtriers des dernières semaines dans plusieurs localités de la République centrafricaine et qui sont contraires aux aspirations à la paix de la grande majorité de la population et aux efforts de dialogue et stabilisation des autorités légitimes. La MINUSCA réaffirme sa détermination à protéger les institutions de la République et les populations civiles et à garantir l’intégrité territoriale.

 

United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in the Central African Republic

 

Vladimir Monteiro

Spokesperson/Porte-parole

MINUSCA - Avenue Barthélemy Boganda BP 3338 Bangui, Central African Republic

Cellphone: + 236 75980772 / 72259932 Extension : (173) 5545/5506 | E-mail: monteiro6@un.org

 

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 23:37
Lu pour vous : Agressions sexuelles en Centrafrique : l’enquête patine
Lu pour vous : Agressions sexuelles en Centrafrique : l’enquête patine

 

RÉCIT

Agressions sexuelles en Centrafrique : l’enquête patine

Par Pierre Alonso —Libération  27 octobre 2016 à 19:21

 

Alors que la justice française stagne, un rapport de l’ONU conteste une partie des accusations portées par des mineurs contre des Casques bleus et des militaires de la mission «Sangaris».

L’enquête s’annonçait compliquée. Aux premiers mois de l’opération «Sangaris», entre décembre 2013 et avril 2014, des militaires français auraient commis des violences sexuelles sur des mineurs centrafricains, réfugiés près de l’aéroport de Bangui, la capitale. La Centrafrique est alors en proie à de très violents affrontements, provoquant des déplacements de centaines de milliers d’habitants. A l’été 2014, le haut-fonctionnaire des Nations unies Anders Kompass alerte les autorités françaises (lire ci-contre) dans une note confidentielle de six pages comprenant les témoignages, souvent très précis, de six enfants. Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire.

L’affaire est confidentielle et le reste durant plusieurs mois. Jusqu’au printemps 2015, quand le quotidien britannique The Guardian révèle l’éviction de Kompass et les accusations portées par les enfants. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, appelle les soldats qui auraient «commis de tels actes» à «se dénoncer immédiatement». Trois juges d’instruction français sont désignés peu après pour poursuivre les investigations. Elles aboutiront à la fin de l’année 2015 aux auditions, dont une garde à vue, de cinq militaires français semblant correspondre aux descriptions fournies par les enfants. Faute d’éléments confirmant les témoignages, aucun n’est finalement mis en cause malgré les perquisitions et les écoutes dont ils ont également fait l’objet.

Depuis, l’enquête se poursuit sans aboutir à plus de résultats à ce jour. Une autre procédure a été ouverte en avril par le parquet de Paris, après de nouvelles informations transmises aux autorités françaises par le Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. L’enquête préliminaire porte sur des agressions sexuelles qui auraient été commises par des Casques bleus burundais et gabonais, mais aussi par des Français de Sangaris à Dékoa, dans le centre du pays, entre 2013 et 2015. Selon un article publié ce mois-ci par le Monde, un rapport intermédiaire remis fin août par le Bureau des services de contrôle interne des Nations unies - organe précisément mis en cause par Kompass et par l’ancien enquêteur Peter Gallo, lire pages 4-5 - met en doute une grande partie de ces accusations : «50 % des cas ne sont pas étayés par des preuves et seul 20 % présentent des preuves incontestables, les 30 % restant présentent des éléments de preuve ne pouvant être corroborés.»

 

Pierre Alonso

 

 

TÉMOIGNAGE EXCLUSIF

Les dossiers noirs de l’ONU

Par Anne-Françoise Hivert Libération — 27 octobre 2016 à 19:21

 

Haut-fonctionnaire aux Nations unies, le Suédois Anders Kompass a transmis à la justice française un rapport interne sur les accusations d’abus sexuels par des militaires sur des enfants en Centrafrique. Suspendu de ses fonctions, il dénonce une enquête escamotée.

Dans les rues de Stockholm, les couloirs du métro, les passants l’arrêtent pour le remercier de ne pas avoir cédé face à ceux qui voulaient le faire taire. Il incarne, pour eux, l’idéal de la diplomatie suédoise. Discret, Anders Kompass («la boussole», en Suédois) confie sa gêne. On le retrouve au café du musée de la Méditerranée, à quelques mètres du ministère des Affaires étrangères, où il est en charge de l’Amérique latine depuis le 1er septembre. Il a quitté ses fonctions à l’ONU fin juillet. «Je ne pouvais pas continuer à travailler pour des chefs en qui je n’ai aucune confiance, et qui n’ont plus confiance en moi», lâche-t-il.

Le haut-fonctionnaire, longtemps tenu au silence, n’évite aucune question. Sous la mèche blonde poivrée, le regard s’embue quand il évoque les enfants de République centrafricaine (RCA), trahis par ceux qui devaient les protéger. On l’a décrit comme un lanceur d’alerte. Il dément : «Je n’ai rien rendu public. Je n’ai fait que transmettre un rapport en interne.» Son récit est celui d’une machination, orchestrée au plus haut niveau des Nations unies, pour dissimuler l’immobilisme d’une organisation incapable de lutter contre les abus commis par ses propres soldats.

Après trente ans passés sur le terrain, alternant les missions pour le ministère suédois des Affaires étrangères et l’ONU en Amérique latine, Anders Kompass avait été nommé en 2009 directeur des opérations au Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) à Genève. Il y travaille depuis cinq ans quand un collègue, en juillet 2014, lui remet un rapport de six pages, rédigé par la Française Gallianne Palayret, fonctionnaire de l’ONU détachée pour trois mois à Bangui, en RCA. Il contient les témoignages de six enfants qui accusent des militaires français de la force «Sangaris» de violences sexuelles.

Trou de mémoire

Le Suédois contacte immédiatement le représentant du HCDH à Bangui. «Il était très en colère que le rapport nous ait été transmis. Il m’a dit que c’était un dossier sensible et qu’il avait besoin de temps pour enquêter.» Près d’un an plus tard, sous la pression d’une quinzaine d’Etats membres, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, finira par nommer trois experts indépendants chargés de faire la lumière sur l’affaire. Ils découvriront que le chef de la division des droits de l’homme à Bangui a, en réalité, tout fait pour étouffer le scandale, conseillant même au chef de la mission sur place, le général Babacar Gaye, de ne pas intervenir. A Genève, Anders Kompass n’hésite pas. «Je savais à quel point la machine onusienne est lente. Si les accusations étaient fausses, très bien. Mais si elles étaient réelles, on ne pouvait pas attendre. La priorité était de mettre fin aux abus.» Il remet le rapport à l’ambassadeur de France à Genève et en informe sa supérieure, la haute-commissaire adjointe, Flavia Pansieri. «Elle m’a dit qu’elle comprenait, puisqu’il s’agissait d’une violation en cours.» Un an plus tard, elle dira n’avoir été informée qu’en mars 2015, avant d’invoquer un trou de mémoire. Son assistante témoigne pourtant avoir contacté l’assistant du secrétaire général adjoint, Jan Eliasson, qui lui a confirmé avoir transmis l’information. Devant les experts indépendants, il évoque à son tour un oubli.

Anders Kompass se défend d’avoir agi à la légère. «La France est un Etat de droit. Je savais qu’on y prenait ce genre d’accusations très au sérieux. L’ambassadeur a d’ailleurs agi exactement comme il le fallait et la réponse de Paris, en tout cas dans les premiers jours, a été exemplaire.» Il apprend, fin juillet, que la justice s’est saisie de l’affaire(lire ci-contre) et qu’un enquêteur est en route pour Bangui, puis que la France a demandé la levée de l’immunité juridictionnelle de Gallianne Palayret - qui ne sera accordée qu’un an plus tard - pour qu’elle puisse répondre aux questions des enquêteurs.

«Ces garçons au Mali»

Les mois passent, jusqu’au 12 mars 2015. Anders Kompass est convoqué par sa supérieure, Flavia Pansieri. Elle l’informe que le haut-commissaire, le prince jordanien Zeid Ra’ad Zeid al-Hussein, exige sa démission. «Je ne comprends pas, je suis en état de choc, je lui demande de quoi il s’agit. Elle me parle de "ces garçons au Mali"…» Outré que la haute-commissaire adjointe puisse se tromper de pays, le Suédois se braque. Il refuse de partir.

Quelques jours plus tard, il est contacté par le Bureau des services du contrôle interne (l’agence chargée des enquêtes internes à l’ONU en cas de suspicion de fraude, corruption, abus sexuels, etc.), qui veut un compte rendu détaillé de ses agissements depuis juillet 2014. «Ce qui m’a sauvé, c’est que je suis le seul à n’avoir jamais changé ma version des faits.» Il demande conseil au bureau de la déontologie. «On m’a dit de ne pas m’en faire Ces deux organes de surveillance sont censés agir de manière indépendante, de façon à garantir leur objectivité. Pourtant, des communications internes, rendues publiques par l’ONG Aids Free World en juin 2015, révèlent comment leurs responsables ont agi de connivence avec la chef de cabinet du secrétaire général, le haut-commissaire des droits de l’homme et son adjointe pour pousser le diplomate vers la sortie.

Le 17 avril, Zeid al-Hussein l’informe qu’il est suspendu et fait l’objet d’une enquête administrative pour avoir transmis le rapport non édité à la France, dans lequel figurent les noms des enfants qui accusent les militaires français. «Si je les avais enlevés, les policiers français n’auraient rien eu de concret pour commencer leur enquête. Ils seraient arrivés à Bangui, auraient posé des questions et l’information aurait circulé. Les soldats auraient pu faire ce qu’ils voulaient avec les enfants.» Il dénonce l’hypocrisie de ses détracteurs : «Pendant qu’ils m’accusaient d’avoir mis en danger la vie des enfants, aucun ne s’est intéressé à leur sort.» Une critique relayée d’ailleurs par les trois experts indépendants.

Kompass est escorté hors de son bureau. «On m’a pris mon badge, mon mobile. Je n’avais plus accès à mes mails. C’est le sort réservé à ceux qu’on soupçonne d’avoir détourné de l’argent ou harcelé une collègue.» Au bureau, le haut-commissaire Zeid al-Hussein alimente les rumeurs, évoquant une «affaire extrêmement sérieuse», alors que le Suédois a interdiction de s’exprimer. Il décide de faire appel devant le tribunal administratif de l’ONU, dont il sait que le jugement sera rendu public. «Mes amis, mes collègues sauraient alors de quoi on m’accusait.» Le secret est de courte durée. Le 29 avril, le journal britannique The Guardian expose l’affaire. Quelques jours plus tard, le tribunal administratif tranche en sa faveur. Anders Kompass peut retourner travailler, mais il continue de faire l’objet d’une enquête interne.

Réaction de Panique

Pourquoi cet acharnement ? Zeid al-Hussein mentionne régulièrement en public ses doutes sur la probité de son subalterne, déjà soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles à un diplomate marocain. Anders Kompass a pourtant été blanchi. Il évoque une réaction de panique : «Quelqu’un à New York s’est rendu compte du scandale que cela produirait si on apprenait que l’ONU connaissait depuis l’été 2014 les accusations et que rien n’avait été fait neuf mois plus tard. Il fallait trouver un bouc émissaire.» Finalement, le 17 décembre 2015, les trois experts indépendants rendent leurs conclusions. Ils dénoncent «un échec institutionnel grave». Anders Kompass est le seul à échapper aux critiques acerbes du comité. Pendant l’été, de nouvelles accusations d’abus en RCA ont fait surface. Le chef de la mission de l’ONU à Bangui, le général Gaye, est contraint de démissionner. Le 8 janvier 2016, le Suédois est disculpé par le bureau des services du contrôle interne.

Depuis, il n’a reçu aucune excuse, ce qui le fait douter de la volonté de mettre fin à la culture d’impunité au sein de l’organisation. Tous ses supérieurs ont conservé leurs fonctions, à l’exception de Flavia Pansieri, qui a quitté son poste le 31 décembre 2015. Kompass n’est pas seul. D’anciens employés de l’organisation lui ont adressé des courriers, affirmant avoir subi le même sort que lui. Mais les affaires étaient moins spectaculaires et ils n’ont pas reçu le même soutien. Lui craint que son histoire ne dissuade surtout ceux qui seraient tentés de tirer la sonnette d’alarme à l’avenir.

Ban Ki-moon a annoncé une série de mesures destinées à mettre fin aux abus commis sous l’égide des Nations unies. Anders Kompass est dubitatif : «L’ONU se justifie en disant que tant que des pays, comme la France, mènent leur propre programme ou, comme la Suède et les Etats-Unis, refusent de s’investir, elle doit accepter des troupes originaires de pays d’Asie ou d’Afrique, qui n’ont pas la meilleure réputation en termes de discipline ou d’attitude à l’égard des femmes et des enfants. On tolère des comportements considérés comme des dommages collatéraux au lieu de réfléchir à l’impact qu’ils ont sur la crédibilité de l’ONU auprès des populations locales.»

Les Nations unies, dit-il, sont à la croisée des chemins. «Les politiques refusent de reconnaître que les opérations de paix ont des missions quasiment impossibles.» Anders Kompass espère que le prochain secrétaire général, le Portugais António Guterres, saura donner un nouveau souffle à l’ONU, après la présidence «sans inspiration» de Ban Ki-moon.

 

Anne-Françoise Hivert

 

INTERVIEW

«Si vous êtes de l’ONU, vous pouvez faire tout ce que vous voulez»

Par Frédéric Autran —Libération  27 octobre 2016 à 19:21

En poste pendant quatre ans au Bureau des services de contrôle interne des Nations unies, Peter Gallo s’insurge du manque de réaction des responsables après des accusations d’agressions sexuelles, notamment en Afrique ou en Haïti, et dénonce un système qui favorise l’impunité.

L’Ecossais Peter Gallo, ancien enquêteur dans le secteur privé, à rejoint le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU en 2011. Il l’a quitté en 2015 au terme d’un long conflit avec sa hiérarchie. En avril, il a témoigné des dysfonctionnements de l’organisation devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, à Washington.

L’ONU a-t-elle la volonté d’enquêter sur les abus internes ?

Si on prend l’exemple des affaires d’abus sexuels, la première chose à comprendre est qu’elle ne souhaite pas en entendre parler. L’organisation veut simplement que ces affaires disparaissent, parce que si le nombre de dossiers est faible, le secrétaire général peut dire : «On fait un bon travail, il n’y a pas d’abus sexuel.» En général, lorsque quelqu’un tente de signaler des abus, les missions de maintien de la paix font tout pour réfuter les accusations, notamment en discréditant les plaignants et les témoins. Fondamentalement, l’ONU n’applique pas ce que je décrirais comme les règles d’enquête basiques. L’organisation invente des choses au fur et à mesure pour satisfaire ses propres intérêts.

Avez-vous un exemple précis ?

Il y a un cas en particulier, que j’ai raconté lors de mon audition au Congrès américain en avril. Une policière américaine, avec dix ans d’expérience dans une grande ville des Etats-Unis, a intégré la force de police des Nations unies (Unpol). Alors qu’elle était déployée dans un camp de déplacés en Haïti, des responsables locaux du camp lui ont donné le nom de trois policiers de l’ONU qui, selon eux, entretenaient des relations sexuelles avec des jeunes filles mineures. L’un des trois policiers était son supérieur. Elle a transmis l’information et étrangement, l’enquête a été confiée à Unpol, qui avait le plus intérêt à étouffer l’affaire. Cette policière n’avait rien vu, elle avait simplement reçu et transmis l’information, mais elle a été interrogée pendant plus de trois heures sur ses motivations. L’enquête a conclu sans surprise qu’il n’y avait aucune preuve d’abus sexuels. J’ai pu consulter ce rapport et je peux vous assurer que l’enquête était sérieusement déficiente.

Dans l’affaire des accusations de viols sur mineurs en Centrafrique, que vous inspire la façon dont Anders Kompass a été traité ?

Il n’y a absolument aucun doute dans mon esprit sur le fait qu’il y ait eu un complot pour se débarrasser de Kompass, ourdi notamment par la cheffe de cabinet de Ban Ki-moon, Susana Malcorra, et le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid al-Hussein. Je serais prêt à parier que Zeid ou un autre haut responsable n’aimait pas Kompass et voulait son poste pour quelqu’un qu’il appréciait. Quoi qu’il en soit, cette affaire en dit long sur le niveau de faillite morale du haut-commissaire aux droits de l’homme, de la cheffe de cabinet, du responsable des services de contrôle interne et de celui du Bureau de la déontologie. Ils ont concentré leur attention sur Kompass. Mais aucun d’entre eux n’a semblé réaliser que dans cette affaire, on parlait de viols sur des enfants. Aucun n’a décidé que c’était abominable et qu’il était nécessaire de faire quelque chose. Ils en porteront une honte éternelle.

La France, dont des soldats ont été accusés, porte-t-elle une part de responsabilité dans la lenteur de l’enquête ?

Je crois que les autorités françaises ont fait ce qu’elles devaient faire. Une semaine après qu’Anders Kompass a transmis le rapport à l’ambassadeur de France à Genève, des enquêteurs français étaient sur place à Bangui. Que s’est-il passé ensuite ? L’ONU n’a pas coopéré. Pendant un an, le Bureau des affaires juridiques, à New York, a empêché l’enquête française d’avancer. La seule chose dont les Français avaient besoin était d’avoir accès aux victimes. Dans cette affaire, on parle d’enfants, qui doivent donc être approchés délicatement. La seule manière de le faire est grâce à quelqu’un qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Qui était cette personne ? L’employée du Haut Commissariat de l’ONU [la Française Gallianne Palayret, ndlr]qui avait recueilli leurs témoignages. Mais le Bureau des affaires juridiques a refusé pendant un an de lever son immunité pour lui permettre de parler aux enquêteurs français. C’est d’autant plus ridicule que dans cette affaire, aucun employé de l’ONU n’était accusé de quoi que ce soit.

La campagne «Code Blue», lancée en mai 2015, plaide pour la levée de l’immunité des employés de l’ONU en cas d’accusations d’abus sexuels. Cette immunité diplomatique est-elle l’obstacle majeur à la justice ?

Tout d’abord, il faut rappeler que les Casques bleus sont soumis aux lois de leur pays d’origine. L’immunité concerne en revanche les civils travaillant au sein des missions de la paix. Cette immunité a été créée pour permettre aux équipes de l’ONU de faire leur travail sans interférences de la part des gouvernements locaux. Abuser sexuellement des civils ne fait évidemment partie du travail de personne. Il ne devrait donc pas y avoir d’immunité. Le secrétaire général assure que l’immunité est toujours levée, mais pourquoi attendre deux ou trois ans pour le faire ? Pourquoi ne pas la lever dès le début de l’enquête ? Si je viole la fille qui vit à côté de chez moi, la police m’arrêtera immédiatement et je serai poursuivi pour mes actes. Mais si quelqu’un de l’ONU en fait autant, l’organisation va étudier les faits pendant plusieurs années avant de se décider à transmettre l’affaire à la police locale.

Quelles sont les conséquences de ce lent processus ?

Prenons un exemple concret. Un employé de l’ONU est accusé de viol en république démocratique du Congo. Le Bureau des services de contrôle interne mène l’enquête et conclut que les accusations sont fiables, soit parce que l’employé a reconnu les faits, soit parce qu’il y a des preuves. En théorie, l’ONU transmet le dossier aux autorités nationales congolaises, qui ont le pouvoir de lancer les poursuites judiciaires. Le problème, c’est que le viol en question a eu lieu il y a deux, trois ou quatre ans. Les enquêteurs congolais vont demander où se trouve la victime. Elle se trouvait peut-être dans un camp de réfugiés, mais il y a peu de chances qu’elle y soit encore. Ils vont vouloir interroger le suspect, mais celui-ci aura quitté le pays depuis longtemps. La police congolaise, pour bâtir son enquête, doit suivre ses propres procédures, interroger les témoins, établir les preuves. C’est déjà difficile lorsque le viol a eu lieu un mois plus tôt, c’est impossible si les faits remontent à plusieurs années. La police congolaise le sait et ne va pas se lancer dans une telle enquête. Cela contribue à établir une véritable culture de l’impunité. Et tout le monde en est conscient. Les gens comprennent que si vous êtes à l’ONU, vous pouvez faire absolument tout ce que vous voulez. L’ONU encourage l’impunité.

Après le scandale en République centrafricaine, un panel indépendant dirigé par la juge canadienne Marie Deschamps a été nommé par Ban Ki-moon. Il a conclu que l’ONU avait failli à sa mission. Cela peut-il faire bouger les choses ?

Le panel a en effet constaté les multiples failles tout au long de la procédure. Le problème, c’est qu’il a soigneusement évité de s’intéresser de trop près au rôle joué par Susana Malcorra, la cheffe de cabinet de Ban Ki-moon, alors que c’était elle qui donnait les ordres dans cette affaire. Elle contrôlait de fait l’OIOS, le Bureau des services de contrôle interne. A l’origine, ce bureau a été conçu pour être indépendant. Il n’y a aucune indépendance. C’est particulièrement clair dans le cas Kompass, où l’OIOS recevait ses instructions de Malcorra. Le directeur des enquêtes au sein de ce bureau a refusé d’enquêter sur Kompass. Il a dénoncé une chasse aux sorcières, et malgré cela l’enquête a eu lieu.

Quelles mesures suggérez-vous pour rompre cette culture de l’impunité ?

Tout d’abord, il faudrait démanteler l’OIOS et le reconstruire entièrement. Ce bureau est devenu une Gestapo privée au service de ceux qui le contrôlent. Ensuite, il faut lever rapidement l’immunité des employés de l’ONU impliqués dans des affaires d’abus sexuels. Enfin, il est nécessaire de mettre en place un véritable statut de lanceur d’alerte au sein des Nations unies. Aujourd’hui, si vous dénoncez des abus internes et que vous vous estimez victime de représailles de la part de vos supérieurs, vous pouvez demander une protection réservée aux lanceurs d’alerte. Mais le bureau de déontologie rejette 99 % des demandes. Concrètement, cela veut dire que non seulement vous n’êtes pas protégé, mais que les représailles sont inévitables. Donc, que faites-vous si vous ne voulez pas sacrifier votre carrière et vous retrouver au chômage ? Vous vous taisez. L’organisation le sait et en profite.

Le 1er janvier, António Guterres remplacera Ban Ki-moon au poste de secrétaire général de l’ONU. Pensez-vous qu’il puisse faire évoluer les choses ?

En toute franchise, je devrais lui donner le bénéfice du doute et attendre de voir ce qu’il fera quand il sera en poste. Mais M. Guterres fait partie du système, il a longtemps dirigé le Haut Commissariat aux réfugiés. Or, dans le passé, aucun des responsables venus des rangs des Nations unies n’a manifesté le moindre intérêt pour secouer l’ordre établi et licencier ceux qui doivent l’être. Comment croire que Guterres sera différent ?

Frédéric Autran

 

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 23:00
L'officier principal des affaires électorales des Nation Unies en séjour à Bangui

 

L'officier principal des affaires électorales des Nation Unies en séjour à Bangui

APA Bangui (Centrafrique) 27/10/16- Simon-Pierre Nanitelamio, officier principal des affaires électorales des Nations Unies conduit actuellement une mission d’évaluation des Nations Unies en Centrafrique.

Il a rencontré ce jeudi le Ministre de l’Administration du territoire, Jean Serge Bokassa pour échanger sur les prochaines élections en Centrafrique à savoir les municipales et sénatoriales.

L’objectif de la mission est, selon Simon Pierre Nanitelamio, d’évaluer avec les autorités, les besoins du pays dans le cadre des futurs scrutins locaux.

C’est à la demande de l’Autorité Nationale des Elections que le Secrétaire Général de l’ONU a dépêché cette mission a expliqué l’officier principal des affaires électorales des Nations Unies.

Les élections législatives et présidentielle ont été organisées en Centrafrique grâce notamment à l’appui financier, technique et logistique de l’ONU.

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:59
Lu pour vous : Centrafrique: Ville morte : mission FMI reportée, le ministre Henri-Marie Dondra perturbé

 

Centrafrique: Ville morte : mission FMI reportée, le ministre Henri-Marie Dondra perturbé

http://www.diaspora-magazine.com/ Jeudi 27 Octobre 2016 à 20:10


Diaspora-magazine/ Après l’ascension à la magistrature suprême de l’Etat du Professeur Faustin Archange TOUADERA, le gouvernement Centrafricain a renoué avec les partenaires financiers dont le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Ces institutions financières internationales devraient effectuer du 25 Octobre au 04 Novembre 2016, une mission dans le cadre de la première revue du programme appuyé par la facilité élargie de crédit( FEC) devant aboutir à un appui budgétaire supplémentaire prévu pour le mois de Décembre 2016.

Conscient du fait que la pauvreté est l’une des causes principales de la crise centrafricaine mais aussi l’une des raisons fondamentales de sa perpétuation, faire sortir la Centrafrique du marasme économique avec l’appui des partenaires est la préoccupation majeur du gouvernement. Le Ministre des Finances et du Budget, Henri-Marie DONDRA qui a une expérience dans le domaine des finances et de partenariat avec les institutions financières internationales a mis les bouchées doubles pour faire de la bonne gouvernance qui est une exigence des bailleurs de fonds, un facteur clef du développement et de résolution des conflits. Cependant, les récents évènements notamment les évènements de Kaga-Bandoro suivi de la ville morte décrétée par la société civile ont provoqué le report de la mission du FMI. Ces évènements ont eu, non seulement des pertes en vies humaines mais également un impact négatif sur le processus actuellement en cours du relèvement de nos finances publiques. Rappelons que cette mission devrait être conduite pour la première fois par le directeur du FMI zone Afrique, ce qui témoigne de la bonne exécution de la mise en œuvre de la FEC avec la RCA. Agacé, notre bon ministre des Finances et du Budget s’est interrogé sur ces morts en plus qui viennent d’endeuiller notre pays après les évènements de Kaga-Bandoro. On ne peut que lui souhaiter de la patience et du courage.

 

Herve Serefio

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:14
Lu pour vous : Centrafrique : le blanchiment des diamants du sang

 

Centrafrique : le blanchiment des diamants du sang

27/10/16 (Mail & Guardian)

Malgré le renforcement de la législation, le trafic de diamants bruts centrafricains dans les villes frontalières de l’est du Cameroun s’intensifie. Cette enquête du journal sud-africain Mail & Guardian raconte comment les trafiquants contournent les lois et la surveillance.

Le marché est haut en couleur dans la bourgade de Gbitti, sur les bords de la rivière Kadéï, dans l’est du Cameroun. Les fermiers s’assoient à même la terre rouge, leurs marchandises étalées devant eux. Sur l’étroite bande d’eau de la Kadéï, qui sépare le Cameroun de la République centrafricaine, des marchands et des acheteurs font péniblement glisser des canoës de bois en tirant sur une corde d’acier tendue d’une rive à l’autre. Des enfants pépient et s’éclaboussent dans les eaux boueuses, à côté de femmes qui battent leur linge sur des pierres. Centrafrique : guerre civile et diamants du sang En ce mois de février, debout sur les rives sableuses de la rivière, un homme vêtu d’un jeans, d’une veste et d’un bonnet gris affiche un air nonchalant. Mais ses yeux le trahissent, lançant des regards furtifs devant et derrière, à droite et à gauche, évaluant les dangers alors qu’il est en train de négocier la livraison de diamants bruts, pour le lundi suivant peut-être.

Soudain, le deal est écourté. Un adolescent brandissant une lance crie depuis l’autre côté de la rivière : “Arrête de parler à notre frère !”

De jeunes hommes armés, membres de la milice chrétienne rebelle antibalaka, qui s’est formée durant la violente guerre civile centrafricaine [de 2013], observaient la scène depuis l’autre rive et ont repéré ma caméra. “Nous avons perdu nos familles pendant la guerre. Nous ne voulons pas être filmés”, me lance un jeune homme portant un bandana rouge vif. “Le diamant dans deux semaines”, marmonne le vendeur. Puis il s’éloigne rapidement pour apaiser le chahut de ses camarades de l’autre côté de la rivière.

De l’argent pour les rebelles

Le commerce illégal de diamants bruts dans les villes frontalières de Gbitti, Kentzou et Garoua-Boulaï, dans l’est du Cameroun, constitue une source de revenus réguliers pour les groupes rebelles des deux camps impliqués dans le conflit qui ensanglante la Centrafrique.

Selon les chiffres des Nations unies, la guerre a fait plus de 5 000 morts et déplacé plus ou moins 1 million de personnes depuis que les rebelles musulmans de la Seleka ont pris le pouvoir il y a trois ans. En représailles, les groupes chrétiens et animistes connus sous le nom d’antibalaka s’en prennent aux musulmans, les repoussant dans le sud du pays, ce qui conduit de facto à une partition du pays.

Même si, en février dernier, les élections ont amené un autre gouvernement au pouvoir, le conflit a anéanti l’économie, provoqué des famines et obligé des centaines de milliers de personnes à fuir, beaucoup partant se réfugier dans les camps de l’ONU au Cameroun. Le gouvernement est trop faible pour prendre pleinement le contrôle de ce pays riche en minerai, et un conflit “de basse intensité” perdure.

Ces violences privent le gouvernement centrafricain de l’importante source de revenus que constitue le commerce du diamant, lequel assurait autrefois 20 % de son budget. Quand la guerre a éclaté, ce petit pays au cœur de l’Afrique a été exclu du processus de Kimberley (PK), un accord de 2003 signé par 81 pays pour certifier l’origine des diamants et éviter de financer des groupes rebelles armés. Privée de cette certification, la Centrafrique a été exclue du marché international des pierres précieuses. [...]

Christian Locka

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:04
Lu pour vous : En Centrafrique, les trois erreurs fatales de la communauté internationale

 

CHRONIQUE

En Centrafrique, les trois erreurs fatales de la communauté internationale

Notre chroniqueur retrace trois années de crise depuis le départ du président François Bozizé, chassé du pouvoir par les rebelles de la Séléka en 2013.

Par Seidik Abba (chroniqueur Le Monde Afrique)

LE MONDE Le 27.10.2016 à 17h14

C’est désormais une évidence : le double scrutin présidentiel et législatif organisé en décembre 2015 en Centrafrique n’a pas tiré le pays de la crise qu’il traverse depuis le renversement, en mars 2013, du président François Bozizé par les rebelles de la Séléka. A analyser de près le climat sécuritaire à Bangui, la capitale, et dans le reste du territoire national, on peut même affirmer que rien n’a véritablement changé, même si le pays s’est doté d’un président de la République et d’un Parlement élus au suffrage universel. Cette situation paradoxale s’explique par une succession d’erreurs commises par ce qu’on désigne abusivement, sans doute, la « communauté internationale ». Ici, il s’agit de tout le monde sauf les Centrafricains eux-mêmes.

La RCA n’est pas le Mali

« Je serai intransigeant sur la date de l’élection présidentielle » avait déclaré en juin 2013 lors de la remise du Prix Houphouët-Boigny pour la promotion de la paix à l’Unesco le président français François Hollande en parlant du Mali.

Aussitôt dit, aussitôt fait : la présidentielle a été organisée le 28 juillet 2013 alors que de nombreuses personnalités maliennes estimaient que les conditions n’étaient pas réunies pour un scrutin libre, transparent et démocratique. Le candidat du Parti de la renaissance nationale (Parena), Tiébilé Dramé, s’était même retiré de la compétition pour, disait-il, protester contre le diktat des partenaires du Mali.

Paris, les responsables chargés du dossier centrafricain, notamment au ministère de la défense, en étaient arrivés à être convaincus que la recette électorale malienne pouvait être appliquée en Centrafrique aussi. Endossant la grille de lecture française de la crise en Centrafrique, la communauté internationale a ainsi commis sa première erreur suivant le postulat : mieux vaut une mauvaise élection que pas d’élection du tout.

Comme si cette première erreur ne suffisait pas, la communauté internationale y a ajouté une deuxième, en considérant qu’on pouvait parvenir à une sortie de crise sans forcément procéder au désarmement des milices armées, principalement les anti-balaka et la Séléka. En effet, si, aux premières heures de l’opération française « Sangaris » lancée le 5 décembre 2013, les militaires français avaient procédé au désarmement et au cantonnement des rebelles de la Séléka, ce processus a été très vite abandonné. Les rebelles, qui n’en demandaient pas tant, en ont profité pour se replier dans le nord avec armes et bagages.

Censée prendre la relève de « Sangaris », la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (Minusca) n’a pas non plus érigé en priorité le désarmement des milices armées. « J’ai souvent eu un malentendu avec mes amis centrafricains qui me demandent de désarmer les milices. Ce n’est pas mon mandat », avait expliqué, en décembre 2014 à Dakar, le général sénégalais Babacar Gaye, qui dirigeait à l’époque la Minusca.

Le pire est à venir

La décision de la France de retirer, d’ici au 31 décembre, ses forces déployées en Centrafrique dans le cadre de l’opération « Sangaris » constitue la troisième grande erreur d’appréciation de la communauté internationale sur la crise issue de la chute de Bozizé. Le niveau actuel de sécurité dans le pays plaide plutôt en faveur du maintien de la présence militaire française. La seule capable d’opposer une riposte robuste et appropriée aux velléités de reconquête du pouvoir par les groupes armés. Les forces armées centrafricaines (arméepolice, gendarmerie) n’ont pas par ailleurs atteint le seuil d’opérationnalité qui leur aurait permis de prendre en charge la sécurité intérieure et la défense du territoire national.

Pour ne rien arranger aux sombres perspectives, les casques bleus n’ont pas jusqu’ici pas apporté la preuve qu’ils peuvent assurer, comme le leur impose leur mandat, la défense de la population. La défiance de la population envers les soldats onusiens est d’autant plus grande qu’elle a entraîné ces derniers jours des émeutes meurtrières pour exiger leur départ du pays. Le retrait de « Sangaris », qui obéit en réalité à des exigences de politique intérieure française (engagement en Irak et en Syrie, opération « Sentinelle »), pourrait donc précipiter le basculement de la Centrafrique dans la violence armée. Il n’est un secret pour personne dans les milieux informés à Paris et à Bangui que les groupes armés ont calé leur agenda de reconquête du pouvoir sur le départ de « Sangaris », la seule force de dissuasion du pays.

Les anti-balaka s’y préparent, confortés par le retour le 3 août de Jean-Francis Bozizé, ancien ministre de la défense et fils du président renversé François Bozizé.

Pour leur part, les ex-rebelles de la Séléka, qui contrôlent les régions diamantifères du nord, en ont profité pour se rééquiper et se réorganiser autour de plusieurs de leurs chefs emblématiques, dont Noureddine Adam. S’y ajoute, pour compléter ce sombre tableau, le sentiment de déception quant au début du quinquennat du président Faustin-Archange Touadéra.

Attendu sur de grands chantiers tels que la réconciliation nationale, la relance économique, le retour des réfugiés et le redéploiement de l’administration sur l’ensemble du pays, le professeur de mathématique semble dépassé par l’ampleur de la tâche.

La quatrième erreur de la communauté internationale serait pourtant de ne rien faire pour l’aider à réussir. En tout cas, l’enjeu dépasse la seule Centrafrique pour se poser en défi pour toute l’Afrique centrale, déjà déstabilisée par la situation au Burundi, la crise post-électorale au Congo, les tensions politiques en République démocratique du Congo (RDC) ainsi que les incertitudes liées à la longévité au pouvoir du Camerounais Paul Biya et du Tchadien Idriss Déby.

Seidik Abba, journaliste et écrivain, auteur de La Presse au Niger. Etat des lieux et perspectives (éd. L’Harmattan, 2010).

 

Seidik Abba chroniqueur Le Monde Afrique


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/27/en-centrafrique-les-trois-erreurs-fatales-de-la-communaute-internationale_5021605_3212.html#Gmlm3O5dWPql2FJe.99

 

 

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:02
Lu pour vous : La Centrafrique s’enlise, Sangaris s’envole

 

ANALYSE

La Centrafrique s’enlise, Sangaris s’envole

Par Maria Malagardis Libération — 27 octobre 2016 à 19:21

 

Lancée fin 2013, l’opération française de maintien de l’ordre quittera le pays lundi, laissant seuls les Casques bleus, critiqués par la population.

Les Casques bleus ont du souci à se faire en Centrafrique. Outre les accusations de viols qui ont alimenté la méfiance à l’égard des soldats de la paix de l’ONU, ces derniers doivent faire face depuis peu à un retour des tensions, révélateur des limites de leur action. Car sur la carte de cet immense pays, les signaux d’alarme se multiplient depuis mi-septembre : autant de lieux, parfois pas plus gros qu’un village de brousse, qui révèlent de nouveaux affrontements, une surenchère d’exactions suivies d’exodes massifs devant les violences. Il suffit parfois de peu pour que la situation dégénère, comme dans le cas d’un simple vol (raté) de groupe électrogène à Kaga-Bandoro, une sous-préfecture du centre du pays, qui a provoqué des pillages et des représailles sanglantes qui ont fait 45 morts le 12 octobre. «Nous n’avançons pas sur le chemin de la paix», a regretté l’évêque de la ville, Tadeusz Kusy, qui a aussi reproché aux Casques bleus «leur inaction».

Une critique devenue récurrente. Et qui a fini par s’exprimer dans la rue : lundi à Bangui, une manifestation réclamant le départ des forces de l’ONU a dégénéré en échanges de tirs en pleine ville, faisant quatre morts et une quinzaine de blessés. Depuis, humanitaires et expatriés redoublent de prudence à Bangui, autrefois surnommée «la Coquette». Car du rejet des Casques bleus, jugés inutiles donc devenus indésirables, à celui de tous les étrangers, la frontière peut être vite franchie en cette période de tensions. «Quand les violences ne cessent pas et ont même tendance à augmenter, et que de surcroît vous continuez à crever de faim, il faut bien trouver un coupable, soupire un humanitaire dans la capitale centrafricaine. Les Casques bleus servent de bouc émissaires. Ce qui est bien commode pour certains politiciens locaux qui se dédouanent ainsi à bon compte de leurs propres responsabilités.» Il s’insurge dans la foulée : «Bien sûr que ce sont des contingents de bras cassés ! Mais qui peut croire que 12 000 Casques bleus pouvaient suffire à sécuriser un pays grand comme la France et la Belgique réunies ?» Au fond, c’est la malédiction de la Centrafrique, «la Cendrillon» du continent comme on l’appelait sous la colonisation : un pays qui attire l’attention quand les crises atteignent un pic jugé inacceptable, mais qui sombre tout aussi vite dans l’oubli une fois que la fièvre semble retomber.

«Irresponsable»

Lancée en avril 2014, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), composée de contingents africains et pakistanais, s’inscrit dans une liste déjà longue d’interventions internationales dont les éphémères acronymes se succèdent depuis vingt ans sans laisser ni traces ni acquis. Mais à partir de lundi, la Minusca risque surtout de se trouver bien seule pour affronter critiques et périls. Car ce jour-là, les forces françaises de l’opération «Sangaris» quitteront le pays. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sera sur place pour acter la fin de cette intervention, la septième des forces françaises en République centrafricaine depuis l’indépendance du pays en 1960. Initialement prévue pour quelques mois, elle aura duré près de trois ans.

Baptisée du nom d’un petit papillon africain, Sangaris avait été lancée en décembre 2013, alors que la Séléka («l’alliance» en sango), une rébellion essentiellement musulmane venue du nord du pays, avait pris le pouvoir à Bangui, renversant le président François Bozizé dont le pedigree démocratique était déjà plutôt minimaliste. Mais avec des bataillons plus proches d’un remake de Mad Max que des gardes suisses, la Séléka n’avait guère contribué à rétablir la paix. Chaos et exactions se multipliaient, justifiant une intervention extérieure. De là à évoquer «un risque de génocide» comme le fera le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Laurent Fabius… «C’était totalement irresponsable, car ça n’a fait qu’échauffer les esprits sur place. Fabius ne passera que trois heures dans ce pays, en route pour l’Afrique du Sud : c’est dire s’il croyait lui-même à la gravité de ce qu’il décrivait», s’indigne aujourd’hui le chercheur Roland Marchal, un des meilleurs spécialistes de la région.

Résultat, Sangaris, qui pensait surtout affronter la Séléka, va soudain se retrouver «dans la pire position», explique encore Marchal : celle d’une force d’interposition dans un pays qui, à la veille de l’arrivée des forces françaises, glissait vers une guerre civile intercommunautaire opposant chrétiens et musulmans.

La religion ne sera en réalité qu’un prétexte à un malaise multiforme. Mais les militaires français mettront un certain temps avant de changer de logiciel. Et dans l’intervalle, les musulmans, assimilés collectivement à la Séléka, seront souvent massacrés ou contraints à un exode massif par la population chrétienne comme par les anti-balaka, ces milices d’autodéfense dont l’entrée en scène a été en partie téléguidée par Bozizé en exil.

Défaillances

Il ne reste aujourd’hui qu’une seule enclave musulmane à Bangui : le quartier du PK5, encore régulièrement théâtre d’affrontements. Ce fut le cas encore récemment, après l’assassinat le 4 octobre d’un officier, tué à bout portant dans sa voiture près de cette zone. Meurtre qui enclenchera l’habituel cycle de représailles contre des musulmans. Bilan : onze morts. Quant aux chefs de guerre de la Séléka, ils ont depuis longtemps quitté une capitale qui leur était hostile pour s’arroger le contrôle de vastes territoires d’un pays désormais totalement morcelé.

Les tentatives de restauration de l’Etat, en théorie incarnées par le gouvernement de transition de Catherine Samba-Panza à partir de février 2014, comme par celui de Faustin-Archange Touadéra, élu en mars 2016, se sont révélées décevantes. Par incapacité ou mauvaise volonté des élites politiques, mais aussi en raison de défaillances structurelles plus anciennes. «Quand des préfectures n’ont ni électricité, ni réseaux de communications, ni même agences bancaires pour payer les fonctionnaires, comment voulez vous restaurer l’Etat de droit ?» s’interroge l’humanitaire contacté à Bangui. «En réalité, tout le monde a manqué de vision politique. Le gouvernement refuse toute concession et n’a toujours pas compris qu’on ne fait la paix qu’avec ses ennemis. Lesquels ont imposé de facto la cogestion du pays. Quand à la France, elle a vite été pressée d’organiser des élections pour se désengager», constate Roland Marchal.

En trois ans, les effectifs de Sangaris auront rapidement triplé pour atteindre 2 500 hommes, avant de redescendre à 900. Reste que pour Le Drian, le passage de relais à la Minusca risque d’être délicat. «L’opération Sangaris a été un succès», avait-il affirmé le 19 octobre à l’Assemblée nationale, concédant que «la stabilité n’était pas totalement rétablie». Elle est peut-être même en train de régresser. Alors que ce «pays fantôme», comme l’ont appelé certains observateurs, se retrouve une fois de plus face à ses démons.

 

Maria Malagardis

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Centrafrique-Presse.com
27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:01
Paris n’abandonnera pas Bangui, promet Ayrault

 

 

Le chef de la diplomatie française a promis que Paris ne laissait "pas tomber la Centrafrique" lors d'une conférence de presse jeudi à Paris au moment où s'achève officiellement l'opération militaire Sangaris dans ce pays encore extrêmement fragile.

"Bien entendu, nous ne laissons pas tomber la Centrafrique", a déclaré M. Ayrault à la presse en marge d'une réunion internationale à Paris consacrée aux opérations de maintien de la paix en milieu francophone. "Sangaris était une opération difficile, risquée, qui a été menée à bien. Il était légitime que le relais étant pris par la Minusca (force de l'ONU), l'opération s'arrête".

Sangaris est intervenue en décembre 2013 pour tenter de mettre fin aux tueries et au chaos dans lequel était plongé la Centrafrique depuis le renversement du président François Bozizé par une rébellion majoritairement musulmane, la Séléka. Le coup d'Etat avait entraîné une contre-offensive des milices antibalaka majoritairement chrétiennes.

L'intervention de la force française, puis celle de l'ONU, ont réduit les tueries mais n'ont pas réussi à stabiliser la situation sécuritaire dans ce pays classé parmi les plus pauvres au monde.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, se rend dimanche et lundi à Bangui pour mettre officiellement fin à Sangaris, qui a compté jusqu'à 2.000 hommes.

Quelque 350 militaires français resteront néanmoins en RCA, dont une unité équipée de drones tactiques au sein de la Minusca, qui compte quelque 10.000 hommes.

Le retrait de Sangaris "est une décision souveraine des autorités françaises. Maintenant que cette force se retire, notre souhait est de voir la France s'impliquer davantage dans les efforts de reconstruction de la Centrafrique, notamment d'aider à former les forces armées de la république centrafricaine (Faca)", a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie centrafricaine, Charles-Armel Doubane.

"L'administration n'est pas déployée sur tout le territoire national, nous n'avons pas de forces intérieures, nous n'avons pas de forces armées nationales à même de garantir la sécurité, nous sommes sous le joug d'un embargo international sur les armes, et donc tout ça mis ensemble fait que l'on est dans une situation de fragilité", a-t-il soutenu, en insistant sur la nécessité d'un "accompagnement international".

Des attaques de groupes armés dans plusieurs localités de province ont fait plusieurs dizaines de morts ces dernières semaines. Et des violences meurtrières ont secoué Bangui en début de semaine lors de manifestations organisées par la société civile pour dénoncer "la passivité" de la force de l'ONU face aux groupes armés.

"Ce qui se passe à Bangui montre toute la fragilité et toute la délicatesse des opérations de maintien de la paix dans un contexte d'effondrement de l'Etat", a estimé M. Doubane, en souhaitant que davantage de moyens soient mis à la disposition de la Minusca pour lui permettre de "mener à bien sa mission".

Avec AFP

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