Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 23:48
A Bangui, les héritiers d'une cavalerie impériale oubliée
A Bangui, les héritiers d'une cavalerie impériale oubliée
A Bangui, les héritiers d'une cavalerie impériale oubliée

 

A Bangui, les héritiers d'une cavalerie impériale oubliée trottent toujours

 

afp, le 07/02/2020 à 08:18

 

Soumaila Zacharia Maidjida, juché sur son alezan, traverse les façades décrépies de Bangui, le 23 janvier 2020. / AFP

Au beau milieu de l'avenue encombrée de voitures cabossées et de motos-taxi, voilà soudain une étrange apparition. Un cavalier juché sur un alezan, qui trotte gracieusement entre les façades décrépies de Bangui, capitale de la Centrafrique.

Au passage de l'équidé, les badauds s'immobilisent. Les uns éclatent de rire. Les autres se tiennent à distance, un peu effrayés par cette créature qui souffle et trépigne en soulevant des nuages de poussière rouge.

L'improbable gentilhomme qui tient les rênes, lui, est bien connu des Centrafricains: Soumaila Zacharia Maidjida, qui répond au sobriquet de «Dida», détient toujours le record national de course à pied sur 800 mètres obtenu lors des jeux olympiques de Barcelone en 1992.

Cet athlète à la carrure de jockey et aux yeux pétillants de malice est aussi le meilleur cavalier - et à vrai dire l'un des seuls - de ce pays d'Afrique centrale.

Des enfants posent avec le cheval de Soumaila Zacharia Maidjida, dans les rues de Bangui, le 23 janvier 2020. / AFP

«Tout le monde connaît Dida !» s'exclame l'intéressé. «Quand les ministres et les patrons veulent monter à cheval, c'est moi qu'ils viennent voir». La demande est toutefois rare, et ce cavalier hors pair gagne surtout sa vie comme gardien.

Pour la plupart des Centrafricains, le meilleur ami de l'Homme est plus associé aux razzias des pillards venus du Tchad et du Soudan qu'aux parties de polo sur le gazon. Or, la Centrafrique et le cheval entretiennent une histoire particulière et totalement oubliée, dans un pays ravagé par trois guerres civiles en vingt ans.

- Défilé militaire -

Elle se résume, pour les étrangers, à une image qui a marqué les mémoires: celle du sacre de Bokassa 1er, despote excentrique qui dirigea le pays de 1966 à 1979. L'empereur s'était fait livrer de France un attelage complet pour remonter les rues de Bangui dans un carrosse de bronze et d'or après son couronnement en 1977. Las ! Deux des malheureuses bêtes s'étaient écroulées raides mortes en pleine procession, foudroyées par l'impitoyable soleil équatorial.

Mais Jean-Bedel Bokassa était aussi un véritable passionné de chevaux, qui fit venir des centaines d'entre eux dans le pays. Au début des années 1970, l'empereur entérina la création d'une unité de cavalerie unique en Afrique centrale, qui faisait la fierté des Centrafricains lors des cérémonies officielles.

Le capitaine Jean Bosco, qui espère faire revivre l'unité de cavalerie de l'armée centrafricaine, à Bangui, le 30 novembre 2019. / AFP

Un souvenir que le capitaine Jean Bosco compte bien raviver: vêtu de son uniforme de cérémonie — veste rouge, képi à plumet et sabre à la ceinture, cet officier est venu prendre une leçon d'équitation de dernière minute auprès de Dida. Le lendemain, aura lieu un défilé militaire. Et le capitaine compte bien saluer le chef de l'Etat du haut de son destrier, orné aux couleurs du pays des sabots à l'encolure.

Une catastrophe n'est pas à exclure: c'est seulement la deuxième fois de sa vie que le capitaine monte à cheval.

Un gadin devant la tribune présidentielle ferait mauvais genre, mais ce rêveur n'en a cure. «Ça fait des années que je veux reformer la garde montée», assure-t-il. «Si je peux défiler demain, j'espère convaincre mes supérieurs».

Il y a pourtant peu d'espoir que l'armée centrafricaine, tenue à bout de bras par ses partenaires internationaux, accepte de reformer une cavalerie digne de ce glorieux passé.

L'époque où Dida, encore enfant, admirait ces cavaliers en uniforme qui firent naitre sa passion pour l'équitation. L'époque où Bangui comptait aussi deux centres équestres réputés. L'un réservé à la «bonne société», en majorité des immigrés français. L'autre, accessible à tout un chacun.

- Etals des bouchers -

«Le weekend, les jeunes du quartier pouvaient aller monter pour quelques francs. C'était la seule activité», se souvient Auguste, un habitant de Bangui, heureux propriétaire d'un cheval arabe pendant ses années de jeunesse.

En 1996, les mutineries dans l'armée enclenchent un cycle de violences et d'instabilité dont le pays ne se relèvera plus. Les deux centres équestres sont abandonnés. Les chevaux sont volés, vendus à l'étranger ou sur les étals de bouchers…

«On m'a donné une grosse somme d'argent pour vendre mon cheval à l'abattoir. J'étais fauché…» confie Auguste avec dépit. «Quand j'y pense, ça me fait vraiment mal».

Dida, lui, a recueilli quelques animaux chez lui. Et aujourd'hui encore, malgré l'insécurité entretenue par les groupes armés qui contrôlent toujours les deux tiers du territoire du pays, il lui arrive de faire la route jusqu'à la frontière du Tchad, pour ramener des chevaux à Bangui.

«C'est ma passion, je peux pas me séparer d'eux», explique-t-il avec un haussement d'épaules.

L'ancien champion rêve de rouvrir un centre équestre. «Il n'y a pas de loisir ici, et je voudrais éduquer les Centrafricains par rapport aux chevaux. Eux, ils ne connaissent pas ça, à part pour les manger», se désole-t-il.

Mais dans ce pays toujours en proie aux exactions et à une pauvreté endémique, ses compatriotes ont d'autres priorités. Et les chevaux de Dida continuent de brouter entre les ordures qui jonchent les terrains vagues du quartier, en attendant, eux aussi, la venue de jours meilleurs.

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 23:26
L’Union africaine veut faire taire des armes « de plus en plus bruyantes »

 

Lors de son sommet annuel, l’Union africaine veut faire taire des armes « de plus en plus bruyantes »

 

Le Monde avec AFP Publié hier à 10h25

 

Le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a dressé un portrait peu flatteur de la situation du continent, du Sahel à la Somalie.

 

Lors des célébrations du cinquantenaire de l’Union africaine (UA) il y a sept ans, les dirigeants du continent avaient promis de « mettre un terme à toutes les guerres en Afrique d’ici à 2020 ». On est loin du compte. Un objectif qui perdure néanmoins : le sommet annuel de l’organisation panafricaine, qui doit se dérouler dimanche 9 et lundi 10 février à Addis-Abeba en présence des chefs d’Etat et de gouvernement des cinquante-cinq membres de l’UA, a pour thème « Faire taire les armes ».

Des progrès ont certes été enregistrés dernièrement en Centrafrique ou au Soudan mais, du Cameroun au Mozambique, de nouvelles crises sont venues s’ajouter à celles qui déchirent déjà des pays comme la Libye ou le Soudan du Sud.

S’adressant jeudi 6 février aux ministres africains des affaires étrangères, le président de la commission de l’UA Moussa Faki Mahamat a dressé un portrait peu flatteur de la situation du continent, du Sahel à la Somalie, assurant que l’objectif manqué de 2020 révélait « la complexité de la problématique sécuritaire en Afrique ».

Estimant que « les armes sont de plus en plus bruyantes », Solomon Dersso, chef de l’organe de l’UA en charge des droits de l’homme, a été plus loin dans un éditorial cette semaine dans le journal sud-africain Mail & Guardian : « Cela ressemble à un pied de nez au thème de l’année. »

S’attaquer aux causes profondes des conflits

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui succède à l’Egyptien Abdel Fattah Al-Sissi à la tête de l’UA dans le cadre de la présidence tournante, semble conscient que la tâche s’annonce difficile. Dans un discours prononcé fin janvier, il a rappelé que les conflits « continuent de limiter » le développement de l’Afrique, estimant que les objectifs d’intégration économique et de lutte contre les violences faites aux femmes « passent par la promotion d’une Afrique sûre et en paix ».

D’autres insistent sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des conflits. « Si on veut régler ce problème, on parle de défis socio-économiques profonds, on parle de défis politiques en plus de défis sécuritaires », a soutenu Oussama Abdelkhalek, ambassadeur d’Egypte auprès de l’UA.

L’organisation panafricaine souhaite de fait s’affirmer sur plusieurs dossiers et tente notamment de peser davantage dans la résolution du conflit en Libye, pays plongé dans le chaos depuis 2011. En amont d’une conférence à Berlin en janvier, une porte-parole de M. Faki s’était plainte du fait que l’UA avait « systématiquement été ignorée » sur le dossier libyen, géré principalement par l’ONU.

Mais les efforts de l’UA concernant la Libye ont été minés par ses propres dissensions internes remontant à 2011, lorsque les membres africains du Conseil de sécurité de l’ONU avaient approuvé une intervention militaire alors que le conseil de paix et de sécurité de l’UA s’y opposait. Une source nigérienne a expliqué récemment que l’UA était « divisée », soulignant par exemple que l’Egypte – un poids lourd du continent et soutien du maréchal Haftar, l’homme fort de l’est libyen – « ne veut pas que l’UA se charge de ce dossier ».

Faire entendre la voix du continent

Pour expliquer le manque de poids de l’UA dans ce dossier, Shewit Woldemichael, un chercheur de l’Institute for Security Studies, note par ailleurs que « la crise en Libye (…) a été présentée comme une crise qui se déroule aux portes de l’Europe et qui nécessite une réponse directe des pays européens ».

L’autre conflit auquel M. Ramaphosa entend s’atteler est celui au Soudan du Sud. Un accord de paix a été conclu en 2018, sous l’égide de l’organisation est-africaine Igad, mais la formation d’un gouvernement d’union nationale ne cesse d’être repoussée. Le week-end dernier, le président sud-soudanais Salva Kiir a rencontré M. Ramaphosa en Afrique du Sud, alors que le vice-président sud-africain David Mabuza joue un rôle actif dans les négociations sur la formation du gouvernement.

 « C’est une opportunité pour M. Ramaphosa de démontrer son intérêt à s’atteler à ces questions, au-delà de la rhétorique de ses déclarations publiques », estime Piers Pigou, consultant pour l’Afrique australe pour le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

La présidence de l’UA coïncide pour l’Afrique du Sud avec un siège temporaire au Conseil de sécurité de l’ONU, lui donnant la possibilité de faire entendre la voix du continent sur la scène mondiale. Dans un rapport publié vendredi, l’ICG estime que M. Ramaphosa pourrait devoir jongler avec les sensibilités de dirigeants africains, qui « semblent de nos jours plus réticents aux promesses de paix collectives ».

 

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 23:18
Centrafrique : les massacreurs de Bangassou condamnés à la perpétuité
Centrafrique : les massacreurs de Bangassou condamnés à la perpétuité
Centrafrique : les massacreurs de Bangassou condamnés à la perpétuité

 

JUSTICE

 

Centrafrique : les massacreurs de Bangassou condamnés à la perpétuité

 

Par Célian Macé — Libération 7 février 2020 à 18:26

 

Cinq chefs anti-balaka locaux impliqués dans la tuerie du 13 mai 2017, qui visait les habitants d'un quartier musulman, ont été reconnus coupables de «crimes contre l'humanité» par la cour criminelle de Bangui.

 

Ce massacre-là ne restera pas impuni. Plus brutale, plus large, plus visible que des dizaines d’autres qui continuent d’ensanglanter la Centrafrique, la tuerie de Bangassou a donné lieu à un procès (chose rarissime) qui s’est achevé ce vendredi par la condamnation de cinq chefs de guerre locaux et 23 de leurs hommes. La cour criminelle de Bangui a prononcé une peine de prison et de travaux forcés à perpétuité pour les leaders, reconnus coupables de «crimes de guerre» et «crimes contre l’humanité». Les exécutants, eux, ont écopé de dix à quinze ans de réclusion.

Le 13 mai 2017 au matin, des miliciens anti-balaka, ces groupes d’autodéfense constitués pour lutter contre les combattants de la Séléka qui avaient pris le pouvoir par la force à Bangui en 2013, se déchaînent contre les habitants de Tokoyo, un quartier de Bangassou, ville frontalière de la république démocratique du Congo située à 700 kilomètres de la capitale. L’ONU comptabilise 72 morts. Les habitants de Tokoyo, musulmans, se réfugient dans la mosquée, où ils seront assiégés pendant trois jours avant d’être exfiltrés par les Casques bleus. Les assaillants sont en grande partie chrétiens et animistes. Partout dans le pays, les chefs de guerre instrumentalisent les tensions interconfessionnelles pour organiser des attaques et étendre leur domination.

La Séléka a été chassée de Bangui en 2014. Mais en 2017, les groupes armés qui la composaient règnent en maître sur la majeure partie du territoire centrafricain – c’est encore le cas aujourd’hui. L’arrivée dans la région de Bangassou des combattants de l’UPC, l’un de ces groupes armés prédateurs, exacerbe à l’époque les conflits communautaires. «L’attaque de Bangassou découle de tensions locales ainsi que de rivalités économiques et politiques. La réinstallation de l’UPC aux alentours de Bangassou a été source de frustration pour certains habitants. En particulier, le sentiment qu’un traitement préférentiel serait accordé par l’UPC aux commerçants musulmans, accusés d’être dispensés du paiement des taxes exigées aux barrages de l’UPC, écrivaient les experts des Nations unies dans un rapport publié quelques mois après le massacre. Ce sentiment de frustration a été instrumentalisé par certaines personnalités et autorités locales, pour qui la communauté musulmane tout entière soutiendrait l’UPC. Plus généralement, des personnalités politiques à Bangui ont elles aussi soutenu les anti-balaka. Aux yeux de ces hommes politiques, la présence de ces groupes anti-balaka à Bangassou est un moyen d’interposition contre une nouvelle avancée des factions ex-Séléka vers l’est.»

C’est la limite du procès. Seuls les chefs anti-balaka identifiés par des témoins comme présents à Bangassou le 13 mai 2017 – notamment Kevin Bere Bere, Romaric Mandago et «Pino Pino» (Crépin Wakanam de son vrai nom) – ont été condamnés. Ils menaient la colonne de miliciens anti-balaka qui descendait depuis plusieurs jours sur Bangassou pour chasser les ex-Séléka, assassinant les musulmans sur leur passage et s’en prenant aux Casques bleus qui dérangeaient leurs plans. «Ce sont des exécutants, des petits chefs de bande, violents et dangereux certes, mais le carnage de Bangassou n’aurait pas été possible sans le soutien des politiciens de Bangui, précise Enrica Picco, chercheuse spécialiste de l’Afrique centrale. Les liens sont évidemment difficiles à démontrer sur le plan juridique, et il n’y a pas la volonté politique pour le faire.»

Le verdict, qui survient au lendemain du premier anniversaire de la signature d’un accord de paix toujours fragile, a néanmoins été salué par les organisations de défense des droits de l’homme. «Par la décision rendue aujourd’hui, la justice centrafricaine marque son attachement à la lutte contre l’impunité», a indiqué Mathias Morouba, président de l’Observatoire centrafricain des droits de l’homme et avocats des victimes. L’un des rares motifs d’espoir en provenance du pays.

 

Célian Macé

 

Centrafrique : cinq chefs d’une milice anti-balaka condamnés pour « crimes contre l’humanité »

 

Le Monde avec AFP Publié hier à 16h57

 

En mai 2017, ce groupe armé à majorité chrétienne et animiste avait massacré des dizaines de civils musulmans à Bangassou, dans le sud du pays.

Cinq chefs d’une milice centrafricaine ont été condamnés, vendredi 7 février à Bangui, aux travaux forcés à perpétuité pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité », une première dans ce pays ravagé par la guerre civile depuis 2013. Ils ont été jugés coupables du massacre de dizaines de civils en 2017.

 

« C’est la première fois qu’une condamnation pour crimes contre l’humanité est prononcée par un tribunal centrafricain », a déclaré par téléphone à l’AFP le ministre de la justice, Flavien Mbata ; ce qu’a confirmé la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). Les verdicts, lus par le président de la cour pour chacun des accusés, ne sont susceptibles que d’un recours en cassation.

Deux des hommes condamnés par la cour criminelle de Bangui sont Crépin Wakanam, dit « Pino-Pino », et Kevin Bere Bere, dit « Béré-Béré », principaux chefs d’une milice d’autodéfense anti-balaka (à majorité chrétienne et animiste) qui avait massacré des civils musulmans à Bangassou, le 13 mai 2017. Leur groupe armé avait notamment attaqué le quartier de Tokoyo et une base de l’ONU dans cette localité du sud de la Centrafrique.

Selon les Nations unies, l’assaut de ce jour-là, ainsi que des heurts les jours d’avant et d’après, avaient fait 72 morts, 76 blessés et 4 400 déplacés. Les membres de la communauté musulmane qui se trouvaient réfugiés dans l’église catholique de cette ville avaient été particulièrement visés. Et plusieurs casques bleus (le nombre n’est pas clairement établi) avaient également été tués par la même milice ce mois de mai à Bangassou et dans les environs.

En tout, 28 accusés étaient jugés pour « crimes contre l’humanité, crimes de guerre, pillages et meurtres ». Trois autres responsables de la milice à divers degrés ont été condamnés à la même peine et pour les mêmes chefs d’accusation que Béré-Béré et Pino-Pino : Romaric Mandago, Patrick Gbiako et Yembeline Mbenguia Alpha. Le reste des accusés, des combattants du groupe, ont été condamnés à des peines allant de dix à quinze ans de travaux forcés, notamment pour assassinat et détention illégale d’armes.

 

 

Procès de Bangassou en Centrafrique: le général Pino Pino et Kevin Béré-Béré condamnés aux travaux forcés à perpétuité

 

http://www.rfi.fr/ 07/02/2020 - 14:50

 

En Centrafrique, le jugement a été rendu ce 7 février au matin au procès de Bangassou. Les principaux chefs de guerre anti-balaka jugés sont condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Parmi eux, on compte le général Pino Pino et Kevin Béré-Béré, qui écopent de la prison et de travaux forcés à perpétuité. Les autres combattants condamnés écopent de 10 à 15 ans de prison. Dans ce procès qui aura duré plus de trois semaines, trente prévenus étaient poursuivis pour les violences commises en 2017 à Bangassou, ville du sud-est de la Centrafrique, qui avaient fait plusieurs dizaines de morts, dont des casques bleus et provoqué le déplacement de milliers d'habitants.

 

Crimes à Bangassou en Centrafrique: un procès révélateur d'une profonde crise

 

http://www.rfi.fr/ 07/02/2020 - 23:17

 

Les leaders anti-balaka étaient jugés à Bangui vendredi pour de nombreuses exactions commises à Bangassou en 2017, notamment l’incendie du quartier musulman de Tokoyo et le meurtre de plusieurs casques bleus. Mais c’est une crise bien plus complexe, aux acteurs multiples, qui s’est révélée en toile de fond de ce procès.

« Le groupe des auto-défense a été créé par de grandes personnalités », témoigne à la barre l’ancien préfet de Bangassou. « La personne qui en était le principal initiateur était le représentant du sultan. […] Il était assisté du sous-préfet de Bangassou, de l’abbé Bissialo et d’autres », affirme-t-il.

Les noms s’égrainent dans les bouches des témoins et des ex-combattants qui défilent à la barre. Le « général » autoproclamé Béré-Béré, condamné à la réclusion à perpétuité, déclare : « Je ne suis pas arrivé à ce niveau de mon propre chef. Ce sont les chefs de quartier, le sultan et la plateforme religieuse qui l’ont décidé. » Décrivant ce qu’il appelle son « travail de médiation ». « La plateforme religieuse et les chefs de villages m’ont confié cette responsabilité », insiste-t-il.

D’autres personnalités sont citées, notamment des hommes politiques qui auraient financé ou tiré les ficelles de cette milice armée. Le procureur général rappelle l’historique de la formation des auto-défense de Bangassou. Il parle d'« une opposition parlementaire armée » créée à la suite d’espoirs déçus aux élections législatives de 2016.

Ces groupes d’auto-défense s’étaient créés pour prétendument défendre les populations chrétiennes contre les Seleka.

 

 

Paix et sécurité

 

RCA : l’ONU salue la condamnation des auteurs de violences meurtrières de 2017 dans le sud-est du pays

 

7 février 2020

 

Les Nations Unies ont salué vendredi la condamnation de 28 personnes jugées pour les violences qu’elles avaient commises dans le sud-est de la République centrafricaine (RCA) en 2017, tuant plusieurs civils et Casques bleus.

32 individus, assimilés à des combattants de la milice anti-balaka, étaient jugés depuis le 15 janvier 2020 à Bangui, la capitale de la RCA, pour des violences commises entre les 8 et 13 mai 2017, les 22 et 27 juillet 2017, et le 26 novembre 2017 à Bangassou et ses environs (localités de Yongofongo, de Bakouma et de Bema).

Les violences des anti-balakas s’étaient traduites par le meurtre de plusieurs civils et de 10 casques bleus de la Mission des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA). Ces éléments armés s’étaient également livrés au pillage et à la destruction d’habitations et de biens et avaient attaqué à l’arme lourde le bureau de la MINUSCA à Bangassou. Leurs violences avaient contraint des milliers de civils à fuir leurs domiciles.

Vendredi, la Cour d’appel de Bangui a prononcé un verdit dans lequel 28 des 32 personnes poursuivies ont été reconnues coupables de ces violences. Les peines prononcées vont de 10 ans d’emprisonnement aux travaux forcés à perpétuité.

Pour le chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye, ce verdict « témoigne de la volonté de l’Etat centrafricain, à travers l’appareil judiciaire, de lutter contre l’impunité en RCA ». Dans un communiqué publié le jour même du verdict, M. Ndiaye a rappelé que le Forum de Bangui en 2015 avait souligné l’importance de ne pas oublier les victimes civiles.

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RCA a souligné que la condamnation « met fin progressivement à un cycle d’impunité pour rouvrir l’ère de la reddition des comptes et de la justice pour toutes les violences commises ». « Une étape », selon lui, « essentielle pour que le pays puisse avancer vers une réconciliation effective ».

« Nous prônons une tolérance zéro contre les agressions de Casques bleus et de tels actes ne resteront jamais impunis », a souligné le Représentant spécial, en référence aux 10 soldats de la paix tués dans ces violences.

La MINUSCA a indiqué qu’elle continuera, conformément au mandat assigné par le Conseil de sécurité, et avec l’ensemble de l’équipe-pays des Nations Unies en RCA, à soutenir les actions en faveur de la justice nationale et internationale, de la lutte contre l’impunité et de l’état de droit en Centrafrique.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

LA MINUSCA SALUE LE VERDICT DU PROCES DES VIOLENCES AU SUD-EST DE LA RCA EN 2017 AYANT CAUSE LA MORT DE NOMBREUX CIVILS ET DE 10 CASQUES BLEUS

 

Bangui, le 7 février 2020 – La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) salue le verdict de la Cour d’Appel de Bangui dans le procès des 32 individus jugés pour les violences de mai, juillet et novembre 2017 à Yongofongo, Bangassou, Bakouma et Bema (sud-est de la République centrafricaine), ainsi que la condamnation, le vendredi 7 février, des 28 personnes reconnues coupables, à des peines allant de 10 ans d’emprisonnement aux travaux forcés à perpétuité.

 

Les 32 individus, assimilés à des Anti-Balakas, étaient jugés depuis le 15 janvier dernier à Bangui pour les violences commises entre les 8 et 13 mai, 22, 27 juillet et 26 novembre 2017 à Bangassou et ses environs, notamment le meurtre de plusieurs civils et de 10 casques bleus de la MINUSCA, les pillages et destruction d’habitations et de biens. Ces éléments armés avaient également attaqué le bureau de la MINUSCA à Bangassou en utilisant notamment des armes lourdes et forcé des milliers de civils à fuir leurs domiciles.

 

“Le verdict prononcé par la Cour d’Appel de Bangui témoigne de la volonté de l’Etat centrafricain, à travers l’appareil judiciaire, de lutter contre l’impunité en RCA. Le Forum de Bangui en 2015 avait souligné combien il est important pour les populations notamment les victimes, de savoir qu’elles n’ont pas été oubliées. Cette étape, qui met fin progressivement à un cycle d’impunité pour rouvrir l’ère de la reddition des comptes et de la justice pour toutes les violences commises, est essentielle pour que le pays puisse avancer vers une réconciliation effective. Nous prônons une tolérance zéro contre les agressions de casques bleus et de tels actes ne resteront jamais impunis”, a indiqué le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et Chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye. 

 

La MINUSCA, conformément au mandat assigné par le Conseil de sécurité, et l’ensemble de l’Equipe Pays des Nations Unies en RCA continueront à soutenir les actions en faveur de la justice nationale et internationale, de la lutte contre l’impunité et de l’état de droit en RCA.

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 22:27
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA
Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA

 

Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA : des avancées, mais aussi des défis à relever (ONU)

 

6 février 2020

 

Paix et sécurité

 

A l’occasion du premier anniversaire de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA), le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a félicité jeudi la population et le gouvernement du pays, tout en invitant les parties signataires à respecter leurs engagements et à faire cesser la violence.

An I de l’accord de paix en Centrafrique: le message de félicitation du secrétaire général de l’ONU

 

https://www.wakatsera.com/ By Daouda ZONGO - 7 février 2020

 

Ceci est un message du secrétaire général de l’ONU, à l’occasion du premier anniversaire de l’accord de paix en Centrafrique où il félicite le peuple centrafricain.

 

Je félicite le peuple centrafricain et son Gouvernement à l’occasion du premier anniversaire de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en République centrafricaine.

Cet Accord a permis des progrès réels : réduction de la violence, début de la Démobilisation, Désarmement et Réinsertion, redéploiement des forces de défense et de sécurité ainsi que de l’administration et adoption en cours des projets de loi prévus par l’Accord.

Mais malgré ces progrès encourageants, je reste préoccupé par certains retards dans la mise en œuvre et je condamne fermement la poursuite des violences.

J’appelle donc tous les signataires à respecter leurs engagements. Le peuple Centrafricain, dans toutes ses composantes, doit être au cœur du processus de paix.

Il est aussi important que tous les partenaires soient pleinement engagés et unis. Avec l’Union africaine, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale et les partenaires internationaux, nous sommes résolus à poursuivre notre soutien à l’Accord.

La MINUSCA apportera son appui pour la stabilisation du pays et pour la tenue, dans les délais constitutionnels, des élections de 2020-2021.

Ensemble, construisons un avenir meilleur pour la République centrafricaine.

Singuila mingui [Je vous remercie].

 

 

6 fév2020

 

COMMUNIQUÉ CONJOINT UA-CEEAC-ONU POUR COMMÉMORER LE PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA SIGNATURE DE L'ACCORD POLITIQUE POUR LA PAIX ET LA RÉCONCILIATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


À l'occasion du premier anniversaire de la signature le 6 février 2019 à Bangui, de l'Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine, l'Union africaine (UA), la Communauté Economique des États de l'Afrique Centrale (CEEAC) et l’Organisation des Nations unies (ONU), se félicitent des efforts entrepris par les partis signataires dans la mise en œuvre de l’Accord, des progrès accomplis, et réaffirment leur soutien indéfectible à la mise en œuvre intégrale de l'Accord.
Nous saluons l’engagement renouvelé du Président de la République, Faustin Archange TOUADERA et de son Gouvernement en faveur de la paix, ainsi que les efforts déployés par toutes les parties prenantes qui illustre l’importance vitale de la mise en œuvre de l'Accord. Nous sommes toutefois préoccupés par les retards dans la mise en œuvre de certaines priorités essentielles de l'Accord, conçues pour consolider la stabilisation du processus de paix.
L’Accord demeure la seule voie viable vers une paix durable en République centrafricaine. A cet égard, nous appelons tous les signataires à respecter pleinement leurs engagements au titre de l'Accord. Nous encourageons également le peuple centrafricain, y compris les partis signataires et non signataires, les acteurs politiques, la société civile et les associations de femmes et de jeunes, à continuer de soutenir la mise en œuvre de l'Accord, le retour à une paix durable et à la stabilité en RCA.
Nous réitérons notre condamnation ferme de tous les actes de violence qui continuent d’entrainer des pertes en vies humaines, des blessés et des mouvements de personnes déplacées internes ainsi que de dégâts matériels. Nous lançons un vibrant appel à l’attention des signataires et des non-signataires de l’Accord pour la cessation définitive des violences, le respect scrupuleux de l’Accord et rappelons que toute entrave à l’Accord exposera ses auteurs à des mesures appropriées prises par les 3 organisations, conformément à l’Article 35 de l’APPR-RCA. Nous réitérons notre attachement au dialogue, seule voie vers la paix véritable et demandons instamment à toutes les parties d'utiliser les mécanismes de résolution des différends prévus par l’Accord.
Nous rappelons avec insistance que toute attaque contre les populations civiles, le personnel des Nations unies et les travailleurs humanitaires peut faire l'objet de poursuites judiciaires, conformément à la législation centrafricaine et au droit international.


Nous saluons les reformes en cours du système judiciaire, contribuant à lutter contre l’impunité. A cet égard, Nous appelons la communauté internationale à poursuivre son soutien multiforme et continu à la Cour pénal spécial, afin de tenir pour responsables les auteurs de violations des droits de l'homme, d'abus et d'actes criminels et exhortons les autorités centrafricaines à rendre rapidement opérationnel la Commission Vérité, Justice, Réconciliation et Réparations afin que les victimes de la crise ne soient pas oubliées et leur voix entendue.
Nous appelons instamment à la promotion de l'inclusion et à l'adoption des lois sur la décentralisation afin de remédier aux inégalités affectant les communautés et les régions et assurer leur pleine participation à la vie politique, économique et sociale de la nation.
Nous appelons tous les acteurs à œuvrer pour que les élections présidentielles et législatives prévues en décembre 2020-2021 se tiennent à bonne date. Nous confirmons notre détermination à œuvrer pour que ces élections soient libres, transparentes et pacifiques. Dans ce même esprit, nous réaffirmons que toute velléité de saper le processus électoral ne sera pas tolérée et qu’il n’y aura d’autre alternative démocratique que la tenue effective des élections en 2020, conformément au calendrier électoral. A cet égard, nous appelons à l'adoption rapide d'un code de conduite électoral. En outre, nous lançons un appel à la communauté internationale pour une forte mobilisation autour du financement et l’appui multiforme aux élections de 2020- 2021 en RCA. Nous notons avec satisfaction une baisse significative des actes de violences sur l’ensemble du territoire depuis la signature de l’Accord et nous nous félicitons des progrès accomplis dans le rétablissement de l'autorité de l'État, notamment le redéploiement effectif et progressif de l'administration civile, y compris l'État de droit, ainsi que des forces de défense et de sécurité intérieure. Nous demandons aux autorités centrafricaines, avec l'appui de la communauté internationale, de veiller à ce que ces déploiements soient durables et à ce que les représentants de l'État agissent conformément à leurs rôles et responsabilités. L'État doit agir en tant qu'agent de stabilité et ne pas alimenter les divisions, en particulier dans le contexte électoral. Nous saluons donc en particulier les efforts déployés dans tout le pays pour régler les conflits intercommunautaires et rapprocher les communautés. Nous exhortons en outre toutes les parties à opérationnaliser sans délai les Unités Spéciales Mixtes de Sécurité (USMS) dans tout le pays, et à progresser dans le domaine du DDR, tout en veillant à ce que les forces de sécurité soient représentatives du peuple centrafricain.
Nous nous félicitons de la réactivation des commissions mixtes bilatérales entre la République centrafricaine et le Cameroun, la République du Congo et le Tchad. Nous soulignons l'importance d'une collaboration similaire avec les autres pays voisins et appelons les pays de la région à s'engager pleinement et à soutenir la République centrafricaine.
Nous réaffirmons la détermination de la communauté internationale à s'opposer à toute atteinte au processus de paix et à l'Accord dans lequel le peuple centrafricain s'est investi et qui répond à ses aspirations de paix, de sécurité, de justice et de réconciliation nationale.
Nous continuons d'exprimer notre plein soutien et notre appréciation à la MINUSCA dans les efforts qu'elle déploie pour utiliser tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre de son mandat, notamment la protection des civils. Nous appelons chacun à soutenir pleinement la MINUSCA.
En tant que Garants et Facilitateur de l'accord, nous réaffirmons notre engagement constant à travailler ensemble pour le succès dudit Accord.
Nous appelons les autres Facilitateurs à apporter un soutien durable et appui multiforme déterminant au processus de paix en RCA. La paix et la stabilité de la République centrafricaine et de la région sont inextricablement liées. Nous exprimons notre reconnaissance aux partenaires internationaux pour le soutien qu'ils apportent à la République centrafricaine, notamment pour la mise en œuvre de l'Accord, et nous les exhortons à concrétiser les projets de développement pour lesquels ils se sont engagés.
Les Centrafricains n’ont d’autre choix que la paix, gage d’un développement socio-économique véritable au bénéfice des populations qui n’ont que trop souffert du conflit. Le chemin vers la paix n'est jamais facile. Mais avec de la détermination nécessaire, elle peut prendre racine, s'épanouir et répondre aux aspirations légitimes de tous les Centrafricaines et les Centrafricains.

 

Centrafrique : Faustin Archange Touadéra appelle à plus de fermeté contre les groupes armés

 

http://www.adiac-congo.com/ Vendredi 7 Février 2020 - 18:24

 

Lors d’une cérémonie commémorant le premier anniversaire de la signature de l’accord de paix de Khartoum le 6 janvier, le président centrafricain a appelé les garants internationaux à être plus fermes contre les groupes armés qui ne respectent pas les engagements de l'accord de paix de Khartoum signé il y a un an.

 

« Un an après, force est de constater que la période d'observation est dépassée. Est venu le moment de la fermeté pour que l'accord soit respecté », a déclaré jeudi le chef de l’Etat. Des représentants des quatorze groupes armés signataires de l'accord avec l'Etat étaient présents jeudi à la cérémonie à l'exception du Front patriotique pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), récemment impliqué dans des combats meurtriers à Bria, dans le sud-est. En revanche, le leader de l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC), Ali Darassa, avait fait le déplacement, alors qu'il ne s'était pas rendu à la signature de l'accord de paix.

 

Le président Touadéra a appelé l'Union africaine et la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC), garantes de l'accord, à « clarifier » l'article 35 du texte qui prévoit des sanctions en cas de violations. A ce jour, la nature de ces sanctions n'a toujours pas été précisément définie. « Divers groupes armés continuent de commettre de graves exactions contre les civils, notamment des homicides et des violences sexuelles », a déploré l’Amnesty international dans un communiqué.

Devant la presse, Faustin Archange Touadéra a néanmoins dressé le bilan des avancées permises par cet accord, contesté par l'opposition et une partie de la société civile, qui n'a pas encore permis de ramener la paix dans ce pays ravagé par trois guerres civiles en moins de vingt ans.

 

Probable candidat à sa réélection en décembre 2020, le président de la République a notamment mentionné « l'embellie économique », avec une croissance de 4,8% dans le pays en 2019 selon la Banque mondiale, et le retour « massif » des déplacés réfugiés dans les pays voisins. La Centrafrique est ravagée par la guerre civile depuis qu'une coalition de groupes armés a renversé le président François Bozizé en 2013. Depuis la signature, le 6 février 2019 de l'accord de Khartoum, les violences ont diminué mais les deux tiers du territoire échappent toujours au pouvoir central.

 

Yvette Reine Nzaba

 

DISCOURS  DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, CHEF DE L’ÉTAT A L’OCCASION DU PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA SIGNATURE DE L’APPR

 

Bangui, le 6 FEVRIER 2020

 

La grave et douloureuse crise militaro-politique que traverse notre pays depuis quelques années, a causé la mort de milliers de nos concitoyens, des personnels des Nations Unies et des travailleurs humanitaires.

 

Par respect pour la mémoire des victimes innocentes, je vous invite à observer avec moi une minute de silence.

 

Je vous remercie.

 

Mes Chers Compatriotes ;

Chers Partenaires,

 

Au lendemain de mon accession à la Magistrature suprême de l’Etat, j’ai fait une place de premier choix au retour de la Paix, de la Sécurité et de la Réconciliation nationale comme pilier fondamental de notre nouvel Etat démocratique qui doit demeurer Un et Indivisible.

Mon engagement politique en faveur d’un processus de Paix durable est toujours resté prioritaire et permanent depuis ma profession de foi jusqu’à ce jour.

J’ai dit que la longue période de crise caractérisée par de multiples conflits armés doit être désormais révolue, car ces conflits armés n’ont jamais apporté de résultat positif dans le développement de notre Nation en devenir.

En revanche, ils n’ont apporté que le deuil et le désarroi dans nos foyers, ébranlé les fondements de la Nation, déshumanisé l’homme centrafricain, détruit l’économie du pays et bradé l’intégrité du territoire.

Nous avons nous-mêmes plongé notre pays dans le fond du gouffre, en voulant utiliser des voies non démocratiques pour satisfaire nos ambitions égoïstes et diaboliques ; le pouvoir pour le pouvoir, rien que le pouvoir.  

Face à cette tragédie, j’ai estimé que l’unique voie dans notre nouveau contexte démocratique, et je ne le répèterai jamais assez, reste la voie de la paix et de la réconciliation nationale, et il n’y a pas d’autre alternative possible.

Aussi, dès ma prise de fonction, j’ai appelé toutes les forces vives de la Nation, les leaders politiques et les organisations de la société civile, les femmes et les hommes de bonne volonté, à une « union sacrée » pour relever cet immense défi qui est le retour à la Paix définitive pour un développement harmonieux de notre pays.

Aujourd’hui encore, je ne cesse de rencontrer à tout instant tous mes compatriotes et être à leur écoute pour qu’ensemble, la main dans la main,  nous puissions trouver les voies et moyens de sortir de ce mauvais pas.

De même, ceux qui persistaient sur le chemin de la violence et de la division, je les ai toujours considérés comme des compatriotes égarés avec lesquels un dialogue franc doit être engagé afin de leur faire prendre conscience qu’ils sont dans l’erreur et de tout faire pour les ramener dans la République, afin qu’eux aussi contribuent de manière efficace et positive à la reconstruction de notre Pays et à la préservation de son unité.

Ma conviction profonde est que rien de durable et de positif ne peut se faire sans un consensus national, sans un nouveau pacte social autour des valeurs cardinales contenues dans la trilogie de notre devise nationale : l’Unité dans la Dignité du centrafricain pour un Travail déterminant.

C’est  ainsi que la nécessité d’organiser un dialogue direct et franc entre le Gouvernement et les groupes armés est devenue une réalité. 

Sous l’observation des forces vives de la Nation centrafricaine  et des facilitateurs internationaux, des négociations de haut niveau ont abouti au paraphe à Khartoum, le 5 février 2019, d’un projet d’Accord contenant principalement des réponses aux revendications des groupes armés tout en veillant à ce que les principes de justice et le refus de l’impunité soient observés.

Mes Chers Compatriotes ;

Le 6 février 2019 à Bangui, dans cette même salle, nous tous, parties prenantes, c’est-à-dire le Gouvernement représenté par moi-même, les 14 groupes armés et les Garants et Facilitateurs, avons procédé à la signature de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en Centrafrique. 

Cet Accord, porteur d’espoir pour nos populations meurtries par des violences aveugles, avait été salué par la Nation toute entière ainsi que par nos partenaires de la Communauté internationale parce qu’il a ouvert une perspective inédite pour la résolution de la crise centrafricaine et constitué un réel espoir pour la sortie de crise, la réconciliation nationale et la reconstruction de notre pays.

Il faut admettre, pour le déplorer, que certaines voix discordantes, au patriotisme fluctuant, mues par une vision négationniste et des intérêts égoïstes à l’encontre de cette patiente marche vers la Paix qui allait mettre un terme au chaos organisé depuis longtemps par ceux-là mêmes qui freinent l’élan et le génie du peuple centrafricain, n’ont cessé de considérer cet Accord comme une compromission, voire une haute trahison.

D’autres esprits malintentionnés ont cru pouvoir déceler dans les termes de cet Accord l’ombre d’une sinistre conspiration avec les groupes armés pour me permettre de me maintenir au pouvoir en organisant ma propre victoire aux prochaines élections.

Mes Chers Compatriotes, il n’en est rien de tout cela.  

Mais il faut savoir que dans tout Accord de Paix, il existe des défis à relever dans sa mise en œuvre. 

C’est une négociation et une remise à l’ordre permanentes.

A l’issue de la première année de signature de l’APPR-RCA, un regard rétrospectif pourra nous permettre de mesurer les avancées réalisées, d’apprécier les méthodes et les pratiques des acteurs et parties prenantes, mais aussi de comptabiliser les manquements en vue de réajustements conséquents ou de nouvelles orientations.

Un tel travail ne pourra se réaliser sans référence au chronogramme établi.

 Il est venu le moment de récapituler les résultats atteints et ceux non-atteints en vue de se projeter en toute objectivité dans le second cycle correspondant à l’année en cours qui, nous le savons, aboutira à la consultation du peuple souverain.

Sur le plan institutionnel et politique, il n’est pas vain de rappeler que le Gouvernement pour sa part, a procédé à l’exécution des engagements au nombre de 21 contenus dans l’article 4 et les annexes 1 et 2 de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en Centrafrique. 

Après avoir créé et rendu opérationnel le mécanisme de mise en œuvre de l’APPR-RCA, un Gouvernement inclusif a été mis en place et les représentants des groupes armés nommés aux postes de haute responsabilité dans les cabinets de la Primature et de la Présidence de la République.

En partenariat avec la MINUSCA et avec la participation active de tous les Garants et Facilitateurs, de la société civile et de certaines Institutions de la République, nous avons adopté et mis en route une stratégie de sensibilisation et de vulgarisation de l’APPR-RCA.

Le processus de mise en place de la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation est déjà achevé.

Les lois réclamées par l’Accord, notamment celles sur la Décentralisation, le Statut des anciens Chefs d’Etat, celle régissant les partis et groupements politiques sont au niveau de l’Assemblée Nationale et attendent d’être programmées pour la prochaine session.

Certes, des  efforts ont été accomplis en matière de DDRR à l’Ouest, de restauration progressive de l’autorité de l’Etat, du lancement des Unités Spéciales Mixtes de Sécurité, USMS. 

Ces premières unités ont vu le jour à Bouar grâce à l’appui de nos partenaires de l’Union Européenne que je tiens particulièrement à saluer ici. 

C’est une expérience qui est en bonne voie et crée une cohésion et une fraternité entre les éléments des forces dirigés par l’Etat-major Général de l’Armée centrafricaine.

La mise en œuvre de l’Accord a commencé à produire des résultats probants sur le terrain des faits, tels que l’accalmie observée dans certaines régions, le retour volontaire et massif des déplacés et réfugiés dans leurs localités et le changement d’attitude de certains anciens groupes armés que je voudrais ici rappeler au passage. 

Sur le plan macroéconomique, une certaine embellie des résultats est déjà observée.

Mes Chers Compatriotes,

Notre pays revient de loin. En effet, après la crise de 2013, la situation était plus qu’alarmante : les infrastructures économiques et sociales étaient détruites, les rapports sociaux déstructurés, le fiel amer de la méchanceté et de la haine a inondé les cœurs. Nous étions dans une situation d’Etat failli.

Pour y faire face, j’ai engagé le Gouvernement dans un processus de relèvement en élaborant et en mettant en œuvre le Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix, le RCPCA.

La mise en œuvre de ce plan depuis 2017 a permis d’amorcer un démarrage progressif des activités socioéconomiques et d’apaisement du climat politique et social, propice au développement. 

C’est dans cet élan que l’Accord politique pour la Paix et la Réconciliation du 6 févier 2019 est intervenu. 

L’APPR-RCA a donc permis de donner un coup d’accélérateur à la mise en œuvre des actions convenues dans le RCPCA avec une adéquation entre les engagements du Gouvernement pris non seulement sur les aspects politiques que sont la sécurité et la justice, mais aussi bien sur les aspects socioéconomiques, la livraison des biens et services dans une dynamique participative et inclusive. 

L’impact positif de la mise en œuvre de l’APPR commence à se faire sentir dans les actions en cours. Il a facilité l’obtention et la consolidation des résultats de ces interventions qui représentent les dividendes de la paix auxquels aspire toute la population centrafricaine.  

Les dividendes de la paix sont observables à travers les actions en cours liées au relèvement en tant que moteur pour garantir le retour à la paix, la protection civile, l'élargissement de la zone de stabilité, la présence de l’autorité de l’Etat, l’accès aux services sociaux de base (école, santé, eau et assainissement) ou la création des activités économiques.

L’APPR a permis aussi et surtout de faire un recadrage et un recentrage en mettant un accent particulier sur les actions prioritaires et concrètes en exécution ou identifiées actuellement dans le cadre de la prolongation du RCPCA, c’est-à-dire ceux qui concourent directement et le plus, à la réalisation des interventions à impact rapide sur la population en termes de « dividende de la paix ».

Grâce à cet Accord, nous avons réactivé les grandes commissions mixtes bilatérales entre notre pays et le Cameroun, la République du Congo et le Tchad, et cela se poursuivra avec les autres pays voisins et de la sous-région, tous déterminés à nous aider à sortir de la crise. 

 Malheureusement, je dois relever pour le regretter, qu’un an après la signature de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en Centrafrique,  les mauvaises habitudes qui ont la peau dure, persistent encore : violences contre les civils et les ONG, taxations illégales, restrictions de mouvements par les barrières non démantelées et occupation des bâtiments administratifs et sites miniers, continuent. 

Ces violations graves des Droits de l’Homme, continuent à être enregistrées, accentuant les souffrances des populations locales et mettant en mal les actions de la communauté internationale pour le retour à la Paix.

A tout ce sombre tableau se sont ajoutés de nouveaux affrontements meurtriers endeuillant davantage nos populations à Birao, Alindao, Bria ainsi que l’occupation de la ville de Bambouti par certains groupes armés.

Il est grand temps que tous les groupes armés signataires assument également leur responsabilité en sensibilisant leurs hommes dans les différentes préfectures sur le contenu de l’APPR-RCA et surtout la nécessité de son strict respect pour le retour à la paix véritable.

Je sais qu’un Accord de Paix reste un long processus qui requiert patience et ténacité, car le chemin est sinueux et  jalonné d’embuches.

Mais il faut aller vite et plus loin dans la réponse aux multiples attentes de la population qui continue à faire face à d’importants problèmes d’existence en termes d’accès aux services sociaux essentiels et surtout à la sécurité. 

Les résultats actuels sont réels et effectifs, mais ils doivent être renforcés et développés.

C’est pourquoi, j’en appelle aussi aux Garants et Facilitateurs.

En effet, un an après la signature de l’Accord, force est de constater que la période d’observation est dépassée et qu’il est venu le moment d’emprunter la voie de la fermeté pour que l’Accord soit véritablement respecté. 

Il  est venu le moment de clarifier, non seulement le contenu de l’article 35 de l’APPR-RCA, mais encore d’appliquer le régime de sanctions applicables retenu à titre de mesures préventives ou coercitives pour sécuriser nos campagnes et nos villes et permettre au processus électoral de se mettre progressivement en place.

En termes claires, je veux que les signataires de l’Accord qui continueraient de commettre des actes de violences contre les populations civiles, les personnels des Nations Unies et les travailleurs humanitaires, soient tenus pour responsables et répondent de leurs actes devant la justice. 

Je dois rappeler que l’Accord de paix n’a pas garanti une certaine impunité aux auteurs des crimes ni éludé les droits des victimes.

L’heure n’est plus aux simples condamnations de principe des violations délibérées et flagrantes de l’Accord. 

Ces condamnations, ainsi que les appels à la cessation des violences, vous le savez, sont compris par certains groupes armés réfractaires comme une compréhension ou une tolérance de leurs crimes et, par les populations victimes, comme une indifférence du Gouvernement et de la communauté internationale vis-à-vis de leurs souffrances.

C’est pourquoi, je salue l’engagement des Garants et Facilitateurs à s’opposer à toute atteinte au processus de paix et à l’Accord Politique pour la paix et la réconciliation, réaffirmé à la veille de ce premier anniversaire. 

Mes chers Compatriotes,

Chers Partenaires,

Le peuple qui m’a déjà fait confiance, attend de se prononcer librement et de manière souveraine sur celui à qui confier sa destinée pour les prochaines années à venir, à travers des élections non seulement libres et transparentes, mais surtout apaisées et sans contestations, sources de nouvelles tensions.

C’est dans cette optique que j’ai reçu les anciens Chefs d’Etat ainsi que les anciens Présidents de l’Assemblée Nationale et les anciens Premiers Ministres pour les impliquer davantage dans la recherche de la paix et de la réconciliation nationale.

Aussi, je me tourne une fois de plus vers nos amis et partenaires qui nous accompagnent dans ce long cheminement vers la Paix pour demander leur appui pour la levée totale de l’embargo qui pénalise nos Forces de Défense et de Sécurité dans leur mission de sécurisation du territoire national.

Il est important que nos FACA déjà formées par l’EUTM et entraînés par les experts militaires russes, puissent appuyer les forces onusiennes dans cette voie.

Je ne saurais terminer mon propos en ce jour anniversaire de la signature de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en République Centrafricaine sans remercier l’ensemble des partenaires qui appuient le processus de paix dans notre pays.

Je lance à nouveau un appel à l’Unité nationale, à la réconciliation et au vivre ensemble, car la Paix dans nos foyers reste le point de départ pour la conquête de notre souveraineté et du développement de notre cher et beau pays, la République Centrafricaine.

Vive la Paix et la Réconciliation en République Centrafricaine !

Que Dieu bénisse la République Centrafricaine et son Peuple !

Je vous remercie.

 

Célébrations à Bangui

 

Un an jour pour jour après sa signature, l’adoption de l’Accord de paix  a aussi été célébrée ce jeudi à Bangui, autour du chef de l'État, Faustin Archange Touadera et de toutes les parties prenantes.

Prenant la parole, le Président Touadera a fait observer une minute de silence en mémoire des victimes de la crise, tout en déplorant la persistance des tueries et violations graves des droits de l'homme.

« Dans tout accord de paix il existe des défis à relever et des remises en question permanentes. L'unique voie dans le contexte de notre pays reste la voie de la paix et de la recherche du dialogue national. Il n'y a pas d'autres alternatives possibles », a rappelé le Président centrafricain.

 L’Accord demeure la seule voie viable vers une paix durable en République centrafricaine - Faustin Archange Touadera

Faustin Archange Touadera a salué la contribution de la MINUSCA, des garants et facilitateurs dans la mise en œuvre de la stratégie de vulgarisation de l’Accord qui porte déjà ses fruits. Cependant, il les a invités, un an après, à mettre fin à la période d'observation pour passer à l'action, en appliquant le régime des sanctions contre les violateurs de l'Accord.

« L’Accord demeure la seule voie viable vers une paix durable en République centrafricaine. Il n’est pas à renégocier mais plutôt à exécuter, et de bonne foi, dans le dialogue et la concertation, en territoire centrafricain », a rappelé de son côté Mankeur Ndiaye, Chef de la MINUSCA.

Au nom des Nations Unies, M. Ndiaye a félicité le Président Touadera pour son engagement, et encourage les efforts du Premier ministre, Firmin Ngrebada, tout en réaffirmant l'entière disponibilité de la MINUSCA à accompagner le processus de paix.

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en RCA a toutefois déploré les violations des droits de l'homme, notamment ceux des femmes et des enfants, et appelé toutes les parties au strict respect de leurs engagements contenus dans l’Accord de paix.

Ceci est d’autant plus important que la Centrafrique connaitra cette année des élections pour la tenue desquelles Mankeur Ndiaye a réitéré le soutien effectif de la MINUSCA.

Lors de ces célébrations, les participants ont reconnu les progrès enregistrés, notamment la formation d'un gouvernement inclusif, le renforcement de la présence de l’État sur toute l’étendue du territoire, et l’opération Désarmement-Démobilisation pour 1.321 ex-combattants de huit groupes armés dans l’ouest du pays. De même, la mise en place de la Commission Vérité, Justice, Réconciliation et Réparation (CVJRR), le lancement des Unités spéciales mixtes de sécurité (USMS) et la levée de nombreuses barrières illégales, a été salué.

 

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 16:43
Mandat d'arrêt contre l'ancien président Jacob Zuma

 

Afrique du Sud: mandat d'arrêt contre l'ancien président Jacob Zuma

 

http://www.rfi.fr/fr 04/02/2020 - 13:37

 

En Afrique du Sud, la Cour de Pietermaritzburg a délivré un mandat d’arrêt contre l’ancien président, aujourd’hui âgé de 77 ans. Jacob Zuma ne s’est pas présenté devant la justice alors que son procès dans une affaire de pots-de-vin avec le géant de l’armement français Thales devait commencer ce 4 février.

Pour sa défense, l’ancien président sud-africain Jacob Zuma, qui ne s'est pas présenté devant la justice le 4 février, assure avoir des problèmes de santé. Il a en effet subi deux opérations au mois de janvier dans la capitale Pretoria et dit souffrir de troubles de la mémoire. Ces explications n’ont pas complètement convaincu la juge Navi Pillay.

Un mandat d’arrêt a donc été déposé à l’encontre de Jacob Zuma alors que son procès dans une affaire de pots-de-vin avec le géant de l’armement français Thalès devait commencer. Pour lui laisser une seconde chance, il ne prendra cependant effet que le 6 mai, dans un peu plus de trois mois.

Option médicale à défaut d'arguments

Car les preuves présentées par l’avocat de Jacob Zuma n’ont pas suffi à convaincre la Cour. En l’occurrence, un certificat médical accordé par un hôpital militaire, sur lequel les dates auraient visiblement été modifiées, a déclaré la juge Pillay.

Jacob Zuma, que l’on dit à Cuba depuis deux semaines, semble avoir changé de tactique. L’ancien président multipliait les appels et les recours en justice pour toujours ajourner son procès. À court d’arguments juridiques, il semble maintenant se tourner vers l’option médicale.

La justice a cette fois accéléré. Zuma se retrouve dos au mur. S’il ne se présente pas à Pietermaritzburg le 6 mai, il pourrait tout simplement être arrêté, humiliation suprême pour lui.

 

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 13:54
RCA : Les femmes veulent s'imposer dans la vie publique et politique

 

Centrafrique: les femmes veulent s'imposer dans la vie publique et politique

 

http://www.rfi.fr/fr  

 

Les femmes veulent être plus nombreuses dans la vie publique centrafricaine afin de contribuer notamment au retour de la paix. C’est le message lancé par 6 organisations de jeunes femmes regroupées au sein d’un collectif I Londo Awè ! (« Nous sommes debout ! »).

Alors que le pays vit une phase importante de réconciliation et de mise en place d’organes comme la Commission Vérité Justice Réparation et Réconciliation (CVJRR) et qu’il entre dans une phase électorale importante, les femmes veulent prendre leur part. Le projet de loi pour la CVJRR propose un quota de 35% de femmes. C’est trop peu pour le collectif qui souhaite une parité de 50/50.

« Nous nous sommes rendu compte que la majorité des victimes des récents événements qu’a subi note pays ne sont que des femmes et des enfants, explique Diane Adoum, l’une des membres actives de I Londo Awè. Et si nous prenons l’exemple d’une femme qui a été violée sévèrement pour aller témoigner devant un homme… Et qui doit témoigner devant un homme. Est-ce qu’on peut essayer de mesurer l’impact ? Raison pour laquelle nous nous sommes dit que ce serait très important qu’il y ait parité dans cette commission pour que les femmes travaillent auprès des femmes pour que la paix soit effective. »

Une démarche qui va au-delà de la CVJRR. Aujourd’hui 5 ministres sur 39 sont des femmes. Elles sont moins de 10% élues à l’Assemblée nationale. Au niveau local, deux préfètes sur 16 sont des femmes et seulement 20 maires sur 1 793. Rosalie Kobo, porte-parole du collectif veut briser le traditionnel argument du manque de candidatures féminines.

« Il y a des femmes, il y en a vraiment du côté de la société civile, du côté des partis politiques, du côté des confessions religieuses, dans les institutions… Mais maintenant la question c’est l’engagement de ces femmes-là, que ces femmes soient déterminées, que ces femmes soient engagées. Sinon vous voyez les hommes vont commencer à dire il n’y a pas assez de femmes qui ont déposé leur dossier, on va faire seulement avec celles qui sont là… »

Un gros travail de plaidoyer attend ce collectif de femmes. Et l’exemple qu’elles aiment mettre en avant est celui de la présidente de la Transition Catherine Samba-Panza.

 

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 13:39
RCA : Le gouvernement annonce le recrutement de 2.600 soldats en 2020

 

Centrafrique : le gouvernement annonce le recrutement de 2.600 soldats en 2020

 

Par : Lisa  French.china.org.cn | Mis à jour le 04-02-2020

 

Le gouvernement centrafricain va recruter en 2020 un total de 2.600 soldats dans les Forces armées centrafricaines (FACA), a déclaré lundi à la presse Marie-Noëlle Koyara, ministre centrafricaine de la Défense et de la Restructuration de l'armée.

Selon elle, la loi de programmation militaire centrafricaine prévoit un recrutement annuel de 1.300 soldats entre 2019 et 2023, or un retard a été accusé l'an dernier, poussant ainsi le gouvernement à multiplier par deux le nombre des recrues en 2020.

Pour Mme Koyara, l'objectif final est de disposer d'une armée comprenant d'ici 2023 quelque 9.800 hommes et femmes compétents.

Dans le passé, de nombreux jeunes avaient déjà été incorporés dans les rangs des FACA. Ils avaient été formés d'abord par la mission européenne (EUTM/RCA), puis par des instructeurs russes au maniement des armes fournies par la Russie.

Au sortir de ces formations, les nouvelles recrues ont été immédiatement déployées sur le terrain où elles mènent des patrouilles conjointes avec les casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA).

Source: Agence de presse Xinhua

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 13:35
Centrafrique, le choix hasardeux des accords de Khartoum
Centrafrique, le choix hasardeux des accords de Khartoum
Centrafrique, le choix hasardeux des accords de Khartoum

 

Lu pour vous

 

 

https://mondafrique.com/ By Aza Boukhris 4 février 2020

 

Le 6 février 2019, le président Touadéra signait, à Bangui, un accord de paix et de réconciliation nationale avec les représentants de quatorze groupes armés.

Douze mois après, la paix n’est pas au rendez-vous

Sous l’influence de diplomates russes et avec l’entremise de son factotum directeur de cabinet et futur premier ministre Firmin Ngrebada, le président Touadéra avait validé le choix de Khartoum, imposé par les rebelles de l’ex-Seleka.

Ce choix de Khartoum était souhaité également par l’Algérien Smaïl Chergui, commissaire du Comité paix et sécurité de l’Union africaine et acquiescé par le Français Jean-Pierre Lacroix, chef des Opérations de maintien de la paix de l’ONU.

La main tendue à Omar el-Bechir

Dans une capitale soudanaise en proie à une révolte populaire de plus en plus violente, Omar el-Bechir était tout heureux de rompre son isolement pour accueillir ces pourparlers de paix. Très curieusement, le « conclave » de Khartoum s’est déroulé dans une ville en état de siège avec un chef de l’État soudanais sous sanctions internationales et passible de la Cour pénale internationale, ce qui n’empêchera pas les représentants de l’Union africaine et de l’ONU de le remercier pour son hospitalité…Quelques semaines plus tard, le 11 avril 2019, Omar Al-Bechir était arrêté puis emprisonné.

On voit bien que le choix de la capitale soudanaise avec un hôte jouant un improbable rôle de bons offices de paix n’était déjà pas de bon augure pour ce huitième accord centrafricain.

Quant au président Touadéra, son fâcheux rapprochement avec le Soudan d’Omar el-Bechir devenait désormais compromettant et ne lui facilitera pas ultérieurement l’adhésion de très nombreux Centrafricains. Ils lui reprochent un accord négocié dans un pays arabo-musulman, d’où sont originaires les sanguinaires djandjawids darfouriens et qui abrite de nombreux sanctuaires des groupes rebelles de l’ex-Seleka, beaucoup plus familiers à Khartoum que dans toute autre capitale africaine.

Le défaut de consensus national

Même si quelques représentants de la société civile et de rares partis politiques, soutenant le régime, avaient été invités à Khartoum, ils ne furent pas associés aux négociations. Ils avaient simplement accepté de cautionner un accord que beaucoup jugeront, plus tard, comme imprudent. A l’instar de l’ancien Premier ministre, Martin Ziguélé, présent à Khartoum, certains réclameront même des actions militaires robustes contre certains groupes armés signataires de l’Accord mais qui poursuivent, sans vergogne, leurs exactions.

L’accord signé à Bangui du 6 février 2019 n’a ni associé les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ni fait l’objet d’une publication in extenso en ce qui concerne certains documents annexes. L’Assemblée nationale n’ a pu jouer le rôle qui aurait dû être le sien, même si il n’y avait pas lieu d’une ratification, étant donné qu’il ne s’agissait pas d’un traité international.

En Centrafrique, l’Accord du 6 février 2019 a très vite été perçu comme une forme de partenariat entre le président Touadéra et des chefs rebelles ayant appartenu à l’ex-Seleka, dans la perspective des élections présidentielles et législatives de 2020-2021. L’opposition républicaine, sans cesse grandissante et principalement regroupée dans la plateforme E Zongo Biani rejette cet accord qu’elle qualifie de léonin, car favorisant les groupes armés sans contreparties visibles.

Evidemment, pour la communauté internationale, l’Accord de paix et de réconciliation nationale du 6 février 2019 est la pierre angulaire de la sortie de la crise centrafricaine. Hors de ce texte point de salut ! 

La primauté des intérêts particuliers

En se penchant sur les réalités de cette crise, on constate qu’il n’y pas des groupes de belligérants bien structurés avec des programmes politiques clairement définis. Chacun des groupes armés a ses priorités qui sont, le plus souvent, peu en rapport avec l’intérêt national et l’avenir de la République centrafricaine. Il est à craindre que ce sont uniquement des préoccupations immédiates, assurant un statu quo préservant le fonds de commerce des uns et des autres, qui ont motivé les négociateurs de Khartoum.

De surcroît, les chefs rebelles n’exercent qu’une autorité relative sur leurs chefs militaires locaux et encore moins sur leurs bandes armées sur le terrain. Comme en ce qui concerne l’Etat et son administration, les principes d’une organisation hiérarchique n’existent pas dans les groupes armés. L’horizontalité l’emporte sur la verticalité. L’illusion de l’existence d’une structure hiérarchique compromet l’exécution de tout texte législatif, réglementaire et a fortiori un accord politique. 

La question de l’impunité 


En dépit des discours convenus, réclamant à cor et à cri l’action de la justice, force est de constater que l’Accord du 6 février 2019, instaure de facto l’impunité pour les chefs rebelles signataires de l’Accord. Certains sont associés à la gestion du pays soit à la présidence soit à la primature et même au gouvernement. A ce jour, seuls deux chefs antibalaka, Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom, arrêtés avant les pourparlers de Khartoum, sont incarcérés à La Haye et inculpés par la Cour Pénale Internationale pour les motifs de  » crimes de guerre » et de  » crimes contre l’humanité ». Aucun chef de l’ex-Seleka n’a été inquiété, ce qui accrédite le dicton populaire de  » deux poids, deux mesures », largement répandu. La Cour Pénale Spéciale, instituée par une loi de juin 2015, chargée d’instruire et de juger les crimes commis depuis 2003, tarde à remplir sa mission.

Les quelques criminels subalternes jugés et condamnés par les Tribunaux ordinaires centrafricains ne permettent pas de constater la fin de l’impunité qui reste le moteur de la crise centrafricaine.

Une situation humanitaire préoccupante 


Depuis février 2019, la situation du pays ne s’est pas sensiblement améliorée comme elle ne s’est pas vraiment détériorée. Le Groupe des experts indépendants de l’ONU comptabilise une légère diminution du nombre des violences tout en reconnaissant que les organisations humanitaires ont toujours des difficultés pour venir en aide aux populations.

Des pics de violences surgissent toujours dans le Nord-ouest, comme à Paoua, Kaga Bandoro, Batangafo avec le Mouvement patriotique de Centrafrique (MPC) d’Al- Khatim, mais surtout dans la partie orientale du pays. L’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darass, adoubé par l’Union africaine et l ‘ONU pratique le double discours mais ne cesse de  contrevenir à l’Accord de Khartoum. Les tueries dans la Ouaka, le Haut Mbomou et les deux Kotto lui sont imputables. Suite au massacre d’Alindao et à l’occupation quasi administrative des localités bordant le Soudan du sud, la Minusca entreprend, depuis janvier 2020, une reconquête territoriale et démantèle les check points de l’UPC. C’est une excellente nouvelle, mais il faut aller plus loin. Ali Darass doit se retrouver à La Haye.

D’autres groupes armés signataires de l’Accord de Khartoum se combattent violemment dans la Vakaga. Le Front pour la renaissance de la Centrafrique ( FPRC), de Nourredine Adam et Abdoulaye Hissene, majoritairement Rounga, et le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice ( MLCJ) du ministre Gilbert Toumou Deya, composé de Goula et Kara, mettent à feu et à sang Birao et sa région. Ces chefs rebelles, déjà sous sanctions, peuvent-ils encore se prévaloir de l’Accord de Khartoum pour ne pas être incarcérés à La Haye ?

 Comme en février 2019, les estimations officielles font état de 600 000 déplacés internes et autant de réfugiés à l’étranger. A ce quart de la population centrafricaine, il faut ajouter une autre moitié qui devrait recevoir une assistance humanitaire. En douze mois, l’Accord de Khartoum ne porte pas encore les fruits attendus par les Centrafricains. Le gouvernement inclusif ne concerne que certains groupes armés et n’a pas été ouvert à des partis politiques de l’opposition. Les unités mixtes spéciales de sécurité, associant les groupes armés, tardent à se mettre en place. Le DDRR n’est encore qu’au stade de projet pilote. Le rétablissement de l’autorité de l’État dans la partie orientale, contrôlée par les groupes armés, n’a pas réellement commencé. En revanche, la main tendue aux anciens chefs de l’État et les rencontres avec les anciens premiers ministres sont des avancées  significatives. Il faut espérer que la Minusca et les garants de l’Accord de Khartoum soient inflexibles sur les violations constatées et mettent tout en œuvre pour que les élections présidentielle et législatives de 2020-2021 se fassent dans la transparence et dans les meilleures conditions possibles. Elles seront déterminantes pour l’avenir du pays. En cas de hold up électoral, un grand pas aura été fait vers une « somalisation » avec des visées de l’État islamique, tandis que des élections conformes aux vœux des citoyens ouvriront le processus de paix et de réconciliation nationale, tant attendu.

 

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 13:09

Lu pour vous

 

PORTRAIT

 

Sergueï Lavrov, diplomate permanent de Vladimir Poutine

 

https://www.lemonde.fr/ Par Isabelle Mandraud Publié le 23 janvier 2020 à 02h19 - Mis à jour le 23 janvier 2020 à 12h02

 

En fonction depuis seize ans, le ministre russe des affaires étrangères rempile. Pilier de la politique extérieure de Vladimir Poutine, il fait partie du nouveau gouvernement mis en place par le chef du Kremlin.

La nuit est déjà bien avancée lorsque l’avion de Sergueï Lavrov se pose à Tachkent. Parti quelques heures plus tôt de New Delhi, en Inde, le chef de la diplomatie russe atterrit dans la capitale d’Ouzbékistan, lesté d’une information majeure : la démission inattendue – même pour lui – de tout le gouvernement de Dmitri Medvedev, et le remplacement de ce dernier par un quasi-inconnu, Mikhaïl Michoustine. Une gabardine bleue nuit sur les épaules, le col de chemise ouvert, Sergueï Lavrov, qui n’est plus, à cet instant, que ministre des affaires étrangères « par intérim », ne laisse rien paraître. Il peut être serein. Il rempile.

Tachkent n’a été qu’une escale de plus dans une carrière longue de seize ans, qui se poursuit. Quatre jours après l’annonce, mercredi 15 janvier, des réformes constitutionnelles voulues par Vladimir Poutine, « l’intérimaire » était encore au côté du président russe, lorsque ce dernier s’est entretenu en aparté avec Emmanuel Macron, à la conférence de Berlin sur la Libye. Encore quarante-huit heures et le voici redevenu, mardi 21 janvier, ministre de plein droit, le plus expérimenté, le plus ancien de l’équipe au pouvoir. Un diplomate permanent qui a déjà « épuisé » six secrétaires d’Etat américains, autant de ministres français ou bien encore sept homologues allemands.

A bientôt 70 ans – il est né le 21 mars 1950 –, Sergueï Viktorovitch Lavrov est un pilier de la politique extérieure russe, l’inusable voix du Kremlin sur la scène internationale. Un messager reçu par tous les grands du monde, qu’il s’agisse du roi saoudien Salman ou des présidents chinois, Xi Jinping, et américain, Donald Trump. Nommé par Vladimir Poutine en mars 2004, il a porté sur tous les fronts la vision présidentielle d’un nouvel ordre mondial « multipolaire », croisé le fer avec les Occidentaux sur tous les sujets, de la guerre éclair avec la Géorgie, en 2008, à l’annexion de la Crimée, en 2014, en passant par l’ingérence russe dans les affaires d’autrui (lors de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, en France, et sur le Brexit, au Royaume-Uni), sans oublier la Syrie, le Venezuela, l’Iran… Il a aussi couvert ses diplomates, qui n’ont jamais autant été expulsés de pays étrangers que ces dernières années.

« C’est un vrai soldat, sans aucun état d’âme, quel que soit le sujet abordé », témoigne Jean-Maurice Ripert, ambassadeur de France à Moscou de 2013 à 2017. « Il terrorise tout le monde en négociant de façon brutale, poursuit-il, et, en même temps, il est plus chaleureux qu’il n’en a l’air. » Le diplomate français garde ainsi en mémoire deux séquences révélatrices du personnage. La première date de janvier 2015. Ce jour-là, devant un cercle d’ambassadeurs européens réunis à Moscou, le ministre russe, de retour de Paris après la marche de quarante-quatre chefs d’Etat et de gouvernement, organisée en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, déclare : « Voilà ce qui arrive quand on oublie ses racines chrétiennes ! » Puis il lâche d’un ton sec comme une rafale de kalachnikov : « Taisez-vous ! » au représentant français, interloqué, qui tentait de prendre la parole. A contrario, en juillet 2016, Sergueï Lavrov n’aura pas de mots assez chaleureux après l’attentat de Nice, lorsqu’il ira, avec le secrétaire d’état américain, John Kerry, signer le registre de condoléances ouvert à l’ambassade de France.

« M. Niet »

Il est comme ça, Sergueï Viktorovitch, un dur rompu aux affaires de la planète, qui commence toujours par scanner du regard ses interlocuteurs avant de se détendre et de raconter des blagues. Après plusieurs jours passés en sa compagnie, le magazine Esquire en langue russe en avait conclu, en avril 2017, qu’il est comme « un super-héros de blockbuster dans un costume parfaitement ajusté », une « arme absolue conçue dans le seul but de défendre les intérêts du gouvernement », capable de descendre d’un avion après dix heures de vol « aussi frais que s’il sortait d’un spa ».

« Vous allez voir, il va rester plus longtemps que Gromyko », plaisanta un jour Vladimir Poutine devant l’un de ses invités au Forum économique de Saint-Pétersbourg. En Russie, Andreï Gromyko demeure la référence absolue en matière de ministre des affaires étrangères, poste qu’il occupa pendant vingt-huit ans, quatre mois et dix-sept jours, entre février 1957 et juillet 1985. Sergueï Lavrov n’a pas encore égalé sa longévité, mais il a déjà hérité du surnom de son lointain prédécesseur soviétique, « M. Niet », au fil des vétos – quatorze à ce jour – brandis par la Russie au Conseil de sécurité des Nations-Unis sur la Syrie.

Né à Moscou d’une famille arménienne originaire de Tbilissi, en Georgie, diplômé de l’école d’excellence soviétique, puis russe, de la diplomatie, l’Institut d’Etat des relations internationales (Mgimo), Sergueï Lavrov a commencé sa carrière au Sri Lanka, en 1972 – en pratiquant la langue, le cinghalais, comme on le lui avait demandé. Puis il fut envoyé à plusieurs reprises au siège de l’ONU, à New York, terrain d’apprentissage américain incontournable, où il devint le représentant permanent de la Fédération de Russie pendant dix ans, de 1994 à 2004. Sa fille, Ekaterina Lavrova, y a grandi et étudié.

Lorsqu’il prend la direction du « MID » – l’acronyme, bien connu dans son pays, du ministère des affaires étrangères –, M. Lavrov hérite d’un empire. Depuis son bureau moscovite, dans l’imposant gratte-ciel stalinien de vingt-sept étages où siège le MID, place Smolenskaïa, il règne sur 12 000 employés, 4 500 diplomates et un réseau de 150 ambassades dans le monde, mobilisées comme des outils de propagande via leurs comptes Twitter. Sa mission : imposer la présence de la Russie dans le règlement de tous les conflits de la planète.

Le VRP du Kremlin

Il ne fait pas partie du clan de Saint-Pétersbourg de Vladimir Poutine. Il n’est pas non plus issu du KGB, comme le chef du Kremlin. Mais sa silhouette d’escogriffe – 1,88 m sous la toise –, sa présence continuelle sur la scène internationale et ses coups de gueule sont devenus si familiers aux Russes qu’il a fini par incarner, à leurs yeux, le VRP en chef du pouvoir. En costume trois pièces, la cigarette aux lèvres ou le visage rogue, il est le seul à figurer sur les tee-shirts en vogue dans les boutiques de souvenirs de Moscou, aux côtés de Poutine et du cosmonaute Youri Gagarine. « Nous sommes tellement habitués à lui, confirme Tatiana Stanovaya, analyste politique du Centre Carnegie Russie et fondatrice du site R.Politik. Depuis des années, il met en musique la ligne développée par Poutine, il fait le job, il sert l’Etat ou Poutine, sans peut-être faire de différence. Et, en même temps, confronté à la vague d’incompréhension de l’Occident, il est devenu, au fil du temps, plus émotionnel. »

Nombre d’observateurs en Russie, journalistes et ambassadeurs, se sont souvent interrogés à son sujet. Un diplomate aussi chevronné a-t-il fini par adhérer complètement à « la ligne Poutine » au point de croire lui-même au discours porté par Moscou sur la « glorification du nazisme » en Ukraine et en Europe, ou de déclarer qu’en 1989 l’Allemagne de l’Ouest avait « annexé » l’Allemagne de l’Est, au motif que celle-ci n’avait « pas organisé de référendum » ? Cette dernière sortie, en pleine conférence internationale sur la sécurité, à Munich, en 2015, avait déclenché l’hilarité de la salle, d’ordinaire plutôt compassée. « Vous pouvez rire de la position russe, le rire accroît l’espérance de vie », avait répondu Sergueï Lavrov, piqué au vif. L’épisode, dit-on, le marqua durablement.

Un tee-shirt avec les portraits de Sergueï Choïgou, le ministre russe de la défense, et de Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, dans une boutique à Moscou. Ivan Sekretarev / AP

Cet amateur de whisky plutôt que de vodka, supporteur inconditionnel du club de football du Spartak Moscou, poète et guitariste à ses heures, est aussi l’auteur de quelques formules fort peu diplomatiques. En 2015 encore, dans la salle du manoir de la rue Spiridonovka, à Moscou, où les invités de marque sont reçus et les conférences de presse organisées, il prononce, dans un profond soupir, un très audible : « Putain, débiles… » Alors que son homologue saoudien, Adel Al-Joubeir, discourait à ses côtés, difficile de savoir exactement à qui s’adressait le juron – reproduit derechef sur des tee-shirts souvenirs avec un pudique astérisque. Charmeur et plaisantin, comme lorsqu’il remet un panier de pommes de terre à John Kerry malgré les vives tensions avec l’administration Obama, Sergueï Lavrov peut basculer sans transition dans un registre moins agréable. Alors, personne n’est épargné – ni les journalistes étrangers, sur les visas desquels le MID exerce un contrôle de plus en plus étroit, ni les « collègues européens » qu’il n’hésite pas à rabrouer.

Des combats à mener

L’usure s’est parfois fait sentir. On le disait fatigué de guerroyer, lui répondait : « Je ne suis pas payé pour être optimiste. » Tout récemment, Maria Zakharova, la bouillonnante porte-parole du ministère des affaires étrangères, a entrepris de soigner l’image de son patron en conviant les journalistes russes et étrangers, à l’issue de la traditionnelle conférence-bilan de l’année écoulée, à une séance de selfies avec… l’effigie grandeur nature, en carton, du chef de la diplomatie, tout sourire et les mains dans les poches. Il lui reste tant de combats à mener… La « dédollarisation » des échanges – « s’en détacher, a affirmé Lavrov, est une réponse objective au caractère imprévisible de la politique économique des Etats-Unis » et sans doute une réplique aux sanctions contre la Russie – ; s’assurer de l’appui de nouveaux alliés, comme l’Inde ou le Brésil, « sous-représentés au Conseil de sécurité de l’ONU » en accusant les autres puissances de se cramponner à des « méthodes coloniales et néocoloniales » ; faire porter aux Occidentaux « qui posent des préalables » la responsabilité de la reconstruction de la Syrie ; désigner, sans fléchir, Washington comme « l’origine de la contamination » de toutes les manifestations en cours dans le monde.

L’usure tient aussi à la montée en puissance du ministre de la défense, Sergueï Choïgou, en fonction depuis 2012, et également reconduit dans le nouveau gouvernement. Depuis l’intervention militaire russe en Syrie, les diplomates n’ont cessé de perdre du terrain au profit des siloviki (membres de l’appareil sécuritaire et militaire), jusqu’à transformer le MID « en service de presse du Kremlin », selon Mme Stanovaya. « Les questions diplomatiques, militaires et sécuritaires, estime la politologue, sont désormais étroitement liées et ont fragilisé le ministère des affaires étrangères. Les “diplos” ont perdu l’initiative. » C’est flanqué de Valéri Guérassimov, le chef d’état-major russe, que Sergueï Lavrov avait ainsi été reçu, en juillet 2018, par Emmanuel Macron, à l’Elysée, pour évoquer la Syrie. Pire : la bataille mémorielle sur la seconde guerre mondiale, lancée par Vladimir Poutine contre la Pologne et préparée par le MID, a été reprise en main par la défense, qui a déclassifié ses « dossiers » sur la libération de Varsovie. Mais « M. Niet » n’a encore pas dit son dernier mot.

 

Isabelle Mandraud

 

Voir les commentaires

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com
3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 23:48
Ces despotes qui font le malheur de l’Afrique

 

Lu pour vous 

 

La rédaction de Mondafrique - 2 février 2020

 

Les Bongo, Sassou, Biya et autres Aziz, au pouvoir pendant des décennies pour piller leurs pays, ont quelques soucis à se faire.

Les dictateurs africains, qui prolongent leur pouvoir au-delà du raisonnable, devraient se rappeler les fins de vie solitaires, souvent à l’étranger, et dans l’indignité nationale de ces chefs de l’Etat qui avaient bâillonné leur peuple, piétiné les droits de l’Homme et du citoyen, mis les ressources de l’Etat au service de leur clan familial et tribal et entretenu l’illusion auprès d’une communauté internationale bienveillante qui s’accommodait d’une politique de l’autruche ayant pour effet la consolidation de leur dictature.

QUI SÈME LA HAINE, RÉCOLTE LA VIOLENCE

 La liste des despotes africains est longue et n’est malheureusement pas exhaustive. La plupart sont décédés dans le déshonneur, déchus par leur peuple et souvent loin de leur pays. On peut citer Macias Nguema (Guinée équatoriale), Idi Amin Dada (Ouganda),  Mobutu Sese Seko (Zaïre RDC), Ahmadou Ahidjo ( Cameroun), Jean-Bedel Bokassa ( Centrafrique), Ahmed Sekou Toure (Guinée), Modibo Keita (Mali), Samuel Doe (Liberia), Mohamed Siad Barre ( Somalie) Mouammar Khadafi ( Libye), Robert Mugabe (Zimbabwe), Zine el-Abidine Ben Ali (Tunisie).

D’autres, chassés du pouvoir sont privés de liberté et en exil, comme Hissen Habré ( Tchad), Charles Taylor ( Liberia), Maaouya ould Sid’Ahmed Taya ( Mauritanie) ou, en raison de leur état de santé, comme Hosni Moubarak et Abdelaziz Bouteflika (Algérie), coupés du monde mais assistant  impuissant à l’éradication des piliers de leur pouvoir militaro-familial.

Néanmoins, quelques autres despotes déchus passent encore entre les filets de la condamnation judiciaire de leur gouvernance maléfique. Pour combien de temps encore ?

SOS SOLIDARITÉ DESPOTES!

Rares sont les dictateurs ayant été chassés du pouvoir à ne pas devoir rendre compte de leurs crimes envers leur peuple. On peut citer l’Ethiopien Mengistu Haile Mariam (82 ans) et le Gambien Yahya Jammeh (54 ans).

Mengistu Haile Mariam est probablement le pire des dictateurs que le continent africain ait connus. Près de deux millions de morts, des guerres internes et une politique de type stalinien avec  » la terreur rouge » ont mis l’Ethiopie à genoux pendant deux décennies. Grâce à l’hospitalité de Robert Mugabe et maintenant du président Emmerson Mnangagwa, il peut vivre des jours tranquilles au Zimbabwe, dans sa ferme près de Harare. L’Union africaine, dont le siège est à Addis Abeba, s’en accommode piteusement.

En Gambie Yahya aurait détourné un milliard de dollars

En Gambie, l’ex président Yahya Jammeh avait aussi découvert les vertus de l’agrobusiness dans sa ferme, généreusement donnée par Teodoro Macias Nguema Mbasogo, président de la Guinée Equatoriale, depuis 40 ans.

La solidarité des dictateurs est plus forte que les effets de manche de l’ONU ou des condamnations médiatiques de certaines ONG. Pour Yahya Jammeh, il est vrai aussi que la Procureure générale de la Cour Pénale Internationale est Fatou Bensouda , son ancienne ministre de la justice de 1998 à 2000, période riche en tortures et disparitions.

DANS LA SALLE D’ATTENTE DE LA JUSTICE

Plusieurs autocrates, jadis courtisés par de nombreuses grandes puissances et reconnus comme chefs d’État exemplaires par l’Union africaine, comme l’ Angolais Jose Eduardo dos Santos, le Sud Africain Jacob Zuma, le Soudanais Omar Al- Bechir et le Mauritanien Mohamed ould Abdel Aziz ont non seulement perdu le pouvoir mais doivent aussi désormais faire face à la justice et au tricotage de leur régime ayant dévitalisé l’État et siphonné les ressources de leur pays.

Angola, les mauvais calculs de Jose Eduardo dos Santos en quittant le pouvoir

Jose Eduardo dos Santos croyait naïvement en désignant son successeur et fidèle compagnon, Joao Lourenço, que son clan familial pourrait continuer son entreprise de captation des richesses du pays. Il s’est trompé. Isabel et son frère Jose Filomeno ont perdu leurs biens mal acquis et sont dans les filets de la justice. Jose Eduardo dos Santos va bientôt devoir répondre de ses crimes économiques. Son successeur ne le lâchera pas même s’il vit en exil.

Afrique du Sud, les affaires judiciaires mettant en cause Jacob Zuma, ne manquent pas.

Jacob Zuma a été plus directement invité  par son parti (ANC) de céder le pouvoir à son vice-président Cyril Ramaphosa. Très impliqué dans les marchés publics offerts à la famille Gupta, dans les pots-de-vin aux entreprises soumissionnaires et dans certaines malversations, Jacob Zuma, zoulou et polygame, sait que la justice sud-africaine ne lui fera aucun passe-droit. 


Omar Al-Bechir a été classiquement affaibli  par les mouvements populaires puis les militaires l’ont destitué.

Le vieux dictateur (30 ans de pouvoir) est désormais emprisonné.  Les prochains procès vont concerner sa gestion de la crise au Darfour, les détournements de fonds et la corruption qu’il avait instaurés dans les rouages de l’État et ses crimes contre l’humanité. Sous la pression des Etats-Unis d’Amérique, qui ont pris la place de la Russie, il n’est plus impensable de voir un jour Omar Al-Bechir à la CPI.

Une commission d’enquête vient d’être créée pour passer au crible les frasques de l’ex président mauritanien

Mohamed ould Abdel Aziz avait toute confiance en son vieux camarade, militaire comme lui, Mohamed ould Ghazouani. Ne pouvant pas briguer un troisième mandat consécutif, c’est tout naturellement vers son  » ami de trente ans », chef d’état-major de l’Armée et ancien ministre de la Défense que Mohamed ould Abdel Aziz s’est tourné pour assurer une succession qu’il pensait intérimaire. Comme Jose Eduardo dos Santos, l’autocrate Aziz se trouve désormais non seulement hors-jeu de la politique, mais son clan commence à payer les dix années de corruption, de malversations, de manipulations politiques et de népotisme.

Cantonné quasiment en résidence surveillée, l’ancien raïs voit son parti lui échapper, ses fidèles partisans être inquiétés par la justice et sa famille perdre les postes qu’elle avait obtenus sans en avoir le mérite. L’Assemblée nationale vient de voter favorablement la création d’une commission d’enquête sur la décennie Aziz. Le processus est enclenché..

Cette litanie de despotes devrait faire réfléchir ceux qui se cramponnent encore au pouvoir avec le soutien des grandes puissances et de certains lobbies des affaires. Qu’ils ne se trompent pas, lorsque la Rue se transforme en révolution, ils seront lâchés par les uns et les autres et surtout leurs forces de sécurité …. et rejoindront la déshonorante liste des despotes déchus, honnis par leur peuple.

MONDAFRIQUE

 

Ces despotes qui font le malheur de l’Afrique
Ces despotes qui font le malheur de l’Afrique
Ces despotes qui font le malheur de l’Afrique
Ces despotes qui font le malheur de l’Afrique

Partager cet article

Repost0
Centrafrique-Presse.com