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  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 01:53
Lu pour vous : CENTRAFRIQUE : et si le problème était ailleurs ?

 

 

 

 

http://www.ledjely.com   le 25 octobre 2017

 

 

Pour sa toute première visite à une opération de restauration ou de maintien de la paix, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a choisi la RCA de Faustin Archange Touadera. Un choix du Portugais dont une des raisons serait de remonter le moral aux casques bleus, particulièrement vomis par les populations. L’autre raison, très liée à cette première, étant par ailleurs qu’Antonio Guterres, voudrait aussi mettre l’occasion à profiter pour marquer la solidarité internationale à l’endroit d’une Centrafrique qui, en dépit des élections qui s’y sont tenues il y a environ deux ans, peine à renouer avec la tranquillité. Dans cette optique, le patron de l’instance internationale devrait d’ailleurs annoncer un renfort de 900 nouveaux casques bleus. Mais à l’évidence, ce ne sera pas là la solution. Parce qu’en réalité, ces mécanismes de pacification des pays africains, sous l’égide de l’ONU, n’ont que très rarement fonctionné. En cela, la RCA ne fait pas exception.

 

 

Ressentiment légitime

 

 

Pour autant, si l’on part du principe que la Mission onusienne en Centrafrique-avec 10.000 hommes et déployée depuis le 15 septembre 2014-a vocation à protéger les civils et à promouvoir et protéger les droits de l’homme, on comprendrait le ressentiment des populations à son égard. En effet, en dépit de ce déploiement, des villes comme Bangassou, Bria, Bambari ou Bossangoa ont continué à enregistrer des violences parmi les plus inouïes. Désertées par l’Etat centrafricain et redoutées par les casques bleus, ces villes sont souvent livrées à la merci des milices qui pullulent dans le pays au gré des dissidences au sein des différentes factions rebelles. Ainsi donc, la présence des soldats de l’ONU n’a apporté aucun répit au martyr que vit la population. Chassés de leurs demeures, violés dans leur chair et dépossédés de leurs maigres biens, les Centrafricains ne ressentent aucun avantage se rapportant à la présence sur leur sol de la Minusca. Pis, quelques casques bleus, poussant le paradoxe à l’excès, auraient abusé d’enfants qu’ils sont censés protéger. Ainsi donc, la colère des populations centrafricaines parait légitime.

 

Irresponsabilité notoire

 

 

Cependant, il n’y pas que l’ONU qui soit en cause. Une nouvelle fois, c’est surtout de l’irresponsabilité notoire de l’élite dirigeante du continent africain dont il est question. Un continent dont l’écrasante majorité des Etats membres, revendique près d’une soixantaine d’années d’indépendance. Mais un continent qui continue à sous-traiter sa propre sécurité. Ainsi, outre la Centrafrique, des soldats de l’ONU, il y en a au Mali et en RDC notamment. Mais forces est de reconnaître que la situation dans ces deux autres pays n’est guère plus reluisante. A des degrés divers, les trois pays font tous face au défi de la sécurité et du retour à la quiétude. Sans cesse engluée dans un déficit chronique de ressources financières, l’Afrique tend la main même quand il est question d’envoyer ses propres enfants. En cela, l’illustration la plus parfaite, c’est bien l’accouchement laborieux de la force sous-régionale du G5 Sahel.

 

Logique du chaos et de l’autodestruction

 

 

A cette effarante naïveté qui revient à confier sa propre sécurité à un potentiel agresseur, vient s’ajouter une tendance plutôt marquée chez les élites du continent à se faire la guerre. Surtout quand le pouvoir est en jeu. Autrement, dans un pays au passif si lourd et au retard si abyssal que la RCA, il n’y aurait aucune raison de s’écharper comme c’est le cas aujourd’hui. Au lieu de recourir à la logique du chaos et de l’autodestruction, les uns et les autres emploieraient plus utilement leurs énergies et intelligences au service de la lutte contre la pauvreté de leur pays et de la misère de leurs compatriotes. Hélas! En Afrique, autour du pouvoir et des richesses auxquelles il donne accès, les frères se font la guerre pour ainsi offrir au monde entier le spectacle dont il a besoin. Et c’est ainsi que la sinistre réputation de l’Afrique risée du monde continue à être entretenue.

 

Boubacar Sanso Barry

 

 

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 01:47
Arrivée en Centrafrique du secrétaire général de l'ONU

 

 

 

 

Bangui AFP / 24 octobre 2017 21h12- Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, est arrivé mardi après-midi à Bangui, en Centrafrique, pour sa première visite d'une opération de maintien de la paix depuis sa prise de fonctions en janvier.

"Il n'y a rien de plus précieux que la paix, rien de plus noble que de travailler pour maintenir la paix, même si ce travail signifie le sacrifice des vies", a déclaré M. Guterres mardi soir à Bangui dans la base de la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca), lors d'une cérémonie de dépôt de gerbes en l'honneur des Casques bleus tués au combat.


L'arrivée du secrétaire général en Centrafrique coïncide avec la "journée des Nations unies", qui marque l'entrée en vigueur de la charte de l'ONU.


Présent quatre jours dans le pays, Antonio Guterres se rendra mercredi pour quelques heures à Bangassou (sud-est), dans une région théâtre de massacres à répétition ces dernières semaines qui ont fait des dizaines de morts.


Il y rendra hommage aux six Casques bleus décédés en mai dans la zone, alors que la ville de Bangassou est sous le contrôle depuis mai des milices antibalaka (anti-machettes), qui prétendent défendre les chrétiens et affrontent dans les localités environnantes des groupes armés peuls ou/et issus de l'ex-coalition Séléka à dominante musulmane.


M. Guterres s'entretiendra avec des éléments des contingents gabonais et marocains présents sur place et se rendra dans le camp de déplacés de la ville, protégés par les Casques bleus.


A son retour à Bangui, le secrétaire général doit rencontrer des victimes d'abus sexuels et leurs familles alors que les accusations d'agressions sexuelles de Casques bleus sur la population civile se sont multipliées ces derniers mois. Il sera accompagné de Jane Connors, avocate des droits des victimes de l'ONU.


En politique interne, M. Guterres doit s'entretenir avec le chef de l'Etat, M. Faustin-Archange Touadéra, et le chef de l'Assemblée nationale, M. Meckassoua. Les tensions sont vives entre les deux hommes, le camp du premier ayant accusé en juillet le second de fomenter une tentative de coup d'Etat.


A Bangui, il rencontra des ONG - cibles régulières des belligérants - opérant sur le territoire, les membres de la plateforme interreligieuse centrafricaine, et des cadres de la société civile.


Le secrétaire général de l'ONU doit s'entretenir jeudi avec les éléments militaires de l'Union européenne qui forment l'armée centrafricaine.


Il se rendra dans le quartier musulman de Bangui, poumon économique de la capitale et vivier de violences dans le passé, le PK5.



(©)

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 01:45
Centrafrique: les humanitaires toujours plus "limités" face à l'insécurité (MSF)

 

 

 

24 OCT 2017 Mise à jour 24.10.2017 à 12:00

 

 

L'organisation Médecins Sans Frontières (MSF) "atteint sa limite" en raison du manque de sécurité en Centrafrique, où "le droit humanitaire n'est plus respecté", déclare à l'AFP Frédéric Manantsoa Laï, représentant de MSF dans le pays.

 

QUESTION: Quelle est la situation humanitaire observée par MSF dans le pays aujourd'hui?

 

REPONSE: Le droit humanitaire n'est plus respecté en Centrafrique. Parfois, il n'est même pas connu par les parties prenantes du conflit. Depuis septembre 2016, on a recensé une dizaine d'intrusions dans les hôpitaux de MSF. Deux femmes retirées de force de l'hôpital de Bangassou et tuées devant... A Zémio, un enfant de deux ans sauvagement assassiné dans l'hôpital...

La population est complètement bloquée, et on est de plus en plus exposés, on prend de plus en plus de risques. On atteint notre limite, en termes d'aide humanitaire, en raison du manque de sécurité.

 

Q: Dans le sud-est, où la résurgence des violences a fait des dizaines de victimes ces dernières semaines, dans quelle mesure l'accès humanitaire est-il permis?

 

R: Sur Pombolo (théâtre d'affrontements qui ont fait au moins 26 morts la semaine dernière), ça fait cinq jours qu'il y a des blessés. Il y en aurait 96. C'est quasiment impossible d'aller sur place. On est en train de négocier pour avoir les accès, mais on n'y arrive pas.

A Kembé, l'attaque a eu lieu il y a deux semaines, on parle de 36 blessés, et on n'arrive pas à aller les chercher. Personne ne peut nous dire où sont ces blessés aujourd'hui. Les groupes armés, surtout les anti-Balaka, ne sont pas structurés.

Ils changent de modus operandi tous les jours. Avant, on n'avait aucun problème d'accès. La population venait à l’hôpital. Aujourd'hui, ça devient de plus en plus difficile. C'est l'émotion qui parle (chez les combattants), pas la raison.

 

Q: Quels sont les signaux sur l'évolution de cette situation?

 

R: Honnêtement, à MSF, on est extrêmement inquiets. Avec ce conflit et l'insécurité, il va y avoir d'autres conséquences, surtout pour les populations les plus vulnérables comme les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes, les personnes âgées: des problématiques d’accouchement, la malnutrition, par exemple. La situation humanitaire va s'empirer si ça ne s'arrête pas.

C'est frustrant de ne pas pouvoir répondre aux besoins des populations victimes de ce conflit (les déplacés, la population, les blessés)... C'est frustrant. Ce n'est pas une histoire de financements, c'est juste à cause de l'insécurité, on ne peut pas y aller sans prendre des risques considérables pour nos équipes.

A Mobaye (sud-est), par exemple, personne n'est présent à part MSF, tout le monde s'est retiré. L'espace humanitaire se réduit, et la population souffre.

 

Propos recueillis à Bangui par Amaury Hauchard.

 

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 01:39
Lu pour vous : Centrafrique : une économie au fond du gouffre

 

 

 

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 24/10/2017 à 12H08, mis à jour le 24/10/2017 à 12H16

 

L'économie de la Centrafrique, où se rend le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres le 24 octobre 2017, est exsangue, après quatre années de violence. Etat des lieux.

 

En 2017, la Centrafrique devrait connaître une croissance de son PIB de 4,5%, après 4,7% en 2016, rapporte le FMI. Pour autant, selon la Banque Mondiale, plus de 75% des 4,7 millions d’habitants sont dans une situation d’extrême pauvreté, plus d’un quart a fui les violences entre milices rivales. Et le pays est classé dernier (188e) en ce qui concerne son Indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).


Un pays riche en matières premières

 


Potentiellement, le pays est riche en matières premières (uranium, diamants, or, bois…) et en produits agricoles (coton, café, tabac, huile de palme…). L’agriculture reste apparemment le principal secteur de cette économie : elle emploie près de 75% de la population et représentait en 2014 plus de 58% du PIB. 


La Centrafrique n’en reste pas moins très dépendante de l’aide internationale : en novembre 2016, elle s’est vue promettre plus de 2,2 milliards de dollars sur trois ans lors d’une conférence de donateurs à Bruxelles. En juillet de la même année, le FMI avait approuvé un plan d’aide, là encore sur trois ans, d’une valeur équivalant au PIB du pays (1,584 milliards de dollars en 2015).


Une économie entièrement à reconstruire

 

De plus, après quatre années de violences (depuis le renversement du président François Bozizé en 2013), l’économie, dévastée, est entièrement à reconstruire. Un objectif qui reste un vœu pieux tant que durent les heurts entre groupes armés rivaux. Ceux-ci s’affrontement notamment pour le contrôle des zones minières. «Des coupeurs de route et d’autres individus armés sévissent également en établissant des barrières illégales pour collecter des taxes auprès des commerçants ou en s’opposant aux éleveurs pour les dépouiller de leur bétail», observe un document de la Banque africaine de développement.

  
Les violences «empêchent le développement du secteur privé et minent les bases de l’industrialisation et du développement du pays. Elles présentent un environnement à très haut risque, au point que même les nationaux s’abstiennent d’investir. Ce contexte défavorable a tendance à encourager l’expansion des activités entrepreneuriales ‘‘destructrices’’, sur fond de développement du trafic et de fraude, notamment dans le secteur des ressources naturelles», poursuit le document.


«En plus de la perspective de la disparition de ses entreprises», la République centrafricaine «fait face à la désindustrialisation et à une paupérisation de sa population». Et la Banque africaine de développement de conclure : «Le processus ne peut être inversé qu’avec», notamment, «une politique de retour à une sécurité durable et avec la mise en oeuvre des réformes adéquates».

 

 

Perspectives économiques en Centrafrique

 

https://www.afdb.org

 

  • Malgré une révision à la baisse, le PIB réel devrait augmenter de 5.1 % en 2016, porté par la reprise des industries extractives. 

 

  • Alors que le pays connaît une certaine stabilité macroéconomique et tente de mettre en oeuvre des réformes structurelles, les autorités ne contrôlent toujours pas l’ensemble du territoire et les populations sont encore victimes de violences. 
  •  

En raison des crises politiques récurrentes qui surviennent dans le pays, le développement de l’entrepreneuriat, de l’industrie et du secteur privé est extrêmement risqué et peu attractif, même pour les Centrafricains. 

 

La reprise économique timide entamée en 2014 se consolide progressivement, avec un taux de croissance du PIB réel qui devrait atteindre 5.1 % en 2016. Cette embellie trouve d’abord ses racines dans la reprise du secteur des industries extractives, qui enregistre un bond de 22.8 % à la suite de la levée de la suspension partielle du processus de Kimberley. Les pressions inflationnistes, fortes pendant la crise, devraient s’atténuer en 2017 et 2018 en raison de la reprise du transport sur le corridor Douala-Bangui, et notamment grâce à l’amélioration de l’offre des denrées alimentaires.



Le pays fait toujours face à des violences entre les anciennes factions de l’ex-Seleka, notamment pour le contrôle des zones minières. Des coupeurs de route et d’autres individus armés sévissent également en établissant des barrières illégales pour collecter des taxes auprès des commerçants ou en s’opposant aux éleveurs pour les dépouiller de leur bétail. Les organisations non gouvernementales (ONG) ne sont pas épargnées, alors qu’elles apportent leur aide aux populations. La situation ne pourra pas se calmer tant que les politiques appropriées et le programme de désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants (DDR) ne seront pas mis en place. La République centrafricaine (RCA) a cependant maintenu une certaine stabilité macroéconomique et a progressé dans la mise en oeuvre des réformes structurelles. Avec l’appui des partenaires au développement, elle a achevé le plan national de relèvement et de consolidation de la paix pour un coût total de 3.16 milliards de dollars (USD), et l’a présenté à la communauté internationale le 17 novembre 2016 à Bruxelles. Son plaidoyer a été un succès et a produit des annonces venant pour l’essentiel des bailleurs traditionnels.

 


Les crises récurrentes en RCA empêchent le développement du secteur privé et minent les bases de l’industrialisation et du développement du pays. Elles présentent un environnement à très haut risque, au point que même les nationaux s’abstiennent d’investir. Ce contexte défavorable a tendance à encourager l’expansion des activités entrepreneuriales « destructrices », sur fond de développement du trafic et de fraude, notamment dans le secteur des ressources naturelles telles que les mines, les forêts, etc. En plus de la perspective de la disparition de ses entreprises, la RCA fait face à la désindustrialisation et à une paupérisation de sa population. Le processus ne peut être inversé qu’avec une politique de retour à une sécurité durable et avec la mise en oeuvre des réformes adéquates.

 

 

Source: Perspectives économiques en Afrique (PEA) 2017

 

 

 

APPRÉCIATION DU RISQUE

 

http://www.coface.com

 

Le contexte macroéconomique s’améliore mais les tensions intérieures continuent de peser sur la croissance

 

La croissance devrait continuer à progresser en 2017 dans un contexte de reprise graduelle des exportations, suite à la levée de l’embargo sur les ventes de diamants, et des investissements en provenance de l’étranger. Néanmoins, ces progressions ne permettent pas de retrouver les niveaux antérieurs au conflit de 2013 du fait de l'insécurité persistante qui continue de nuire à l'activité économique.

 

La demande interne devrait demeurer atone compte tenu de l’exil de près d’un quart de la population (1 million de personnes ont quitté le pays depuis le début du conflit et ne sont pas encore revenus). Cependant, l’arrivée au pouvoir, en 2016, d’un gouvernement stable devrait marquer le début d’une période de transition qui pourrait se traduire par une hausse des exploitations agricoles et minières. La production agricole, qui contribue à plus de la moitié du PIB et emploie près de 75 % de la population resterait le principal acteur de l’économie centrafricaine. Malgré les aides d’urgence octroyées par l’UE et le FMI, le pays peine toujours à se redresser à l’image des investissements privés et publics qui devraient rester marginaux en 2017. L’inflation tend à diminuer mais devrait rester au-dessus des 3 % ciblés par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Cette légère baisse devrait être imputée à de moindres pressions sur les prix agricoles domestiques (en raison de l’accroissement de l’offre).

 

Des finances publiques et des exportations tirées par l’aide internationale

 

En partenariat avec le FMI, le nouveau gouvernement va progressivement reprendre les réformes budgétaires qui ont été interrompues par le coup d'Etat de 2013 et le conflit qui a suivi. Fin juillet 2016, le FMI a approuvé un plan d’aide de trois ans d'une valeur d'environ 6% du PIB. De plus, la communauté internationale a annoncé, en novembre 2016, verser des dons d’une valeur équivalant au PIB centrafricain. Les transferts de ses dons restent incertains en raison de dons promis qui n’ont jamais été versés (seulement 34 % des dons du Plan de Réponse Humanitaire ont été octroyés en 2016). Néanmoins, ils devraient quand même permettre au pays de réduire considérablement sa dette publique.

 

Les recettes devraient légèrement augmenter grâce à un renforcement des administrations fiscales et douanières afin de maximiser les gains liés aux flux commerciaux croissants. Cependant, les revenus devraient rester trop faibles pour régler toutes les dépenses courantes et les services de la dette extérieure, rendant le pays très dépendant des aides internationales. Les dépenses devraient croître, moins rapidement, suite à la volonté du gouvernement de se concentrer sur un plan national de désarmement des groupes rebelles.

 

Le déficit du compte courant devrait diminuer en 2017, en lien avec la levée partielle de l'embargo sur les diamants centrafricains. Toutefois, la reprise des exportations devrait être progressive et dépendrait de la capacité du gouvernement à récupérer les marchés implantés dans le secteur informel depuis le début du conflit en 2013. Les exportations de bois, de café et de coton (principales richesses agricoles du pays) devraient continuer à pâtir de l'insécurité et des perturbations qui touchent le secteur des transports et de la logistique. Malgré une faible demande domestique, les importations devraient continuer à croître en raison du cours de pétrole qui devrait progressivement remonter.

 

Volonté d’unification du gouvernement, en proie à des conflits intérieurs qui pénalisent fortement l’environnement des affaires

 

Les élections présidentielles et législatives (qui se sont déroulées simultanément le 14 février 2016), se sont conclues par l’accession de Faustin-Archange Touadéra au pouvoir après validation des résultats par la Cour Constitutionnelle le 1er Mars. En formant son gouvernement, en avril 2016, Touadéra a démontré sa volonté d’une république unifiée en nommant des membres de l’opposition. Le nouveau président a, néanmoins, prohibé la présence des représentants de groupes armés. Cette décision pourrait raviver certaines tensions à l’image des mécontentements croissants des populations envers le gouvernement suite à l’impuissance de celui-ci à les défendre des milices rebelles. Le gouvernement a les pieds et poings liés du fait de l’embargo international sur les armes et ne peut de ce fait protéger ses citoyens en constituant une force armée centrafricaine. Tandis que les pourparlers entre le gouvernement et les Nations Unies pour lever l’embargo se poursuivent, les Casques bleus ont pour mission de protéger les citoyens. En effet, les combats n’ont jamais cessé à l’image d’une altercation entre les milices d’ex-Seleka et anti-Balaka dans le nord du pays en octobre 2016, qui a fait des dizaines de morts civils.

 

Dans ce contexte de discorde, le climat des affaires devrait demeurer instable et tendu. Ainsi, selon la Banque mondiale, la République Centrafricaine serait, en 2016, l’un des pays les moins bien classés en termes d’efficacité du gouvernement, de qualité de la réglementation et de respect des lois.

 

Dernière mise à jour : Janvier 2017

 

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 01:07

 

 

 

 

M. Bégong-Bodoli BETINA                                 Saint-Louis, le 24 octobre 2017

Professeur Titulaire/ Écrivain

Université Gaston BERGER

Saint-Louis, SENEGAL

Tél : 00 (221) 643 66 79

Courriel : begongbetina@gmail.com

 

 

 

 

Objet :                    LETTRE OUVERTE Á SON EXCELLENCE

                               ANTONIO GUTERRES

 

                               SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES

 

                           ***

 

POUR LA RENAISSANCE DE LA

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

 

 

 

Monsieur le Secrétaire Général,

 

 

            Depuis le 24 mars 2013, la République Centrafricaine, mon pays, ne cesse de descendre aux enfers et ce, malgré la présence des Casques Bleus de la MINUSCA, censés stopper cette descente.

 

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, permettez-moi de profiter de l’occasion de votre visite dans ce pays meurtri et humilié, tant par ses bourreaux que par ceux qui, officiellement, sont allés le protéger, pour vous demander de chercher à toucher du doigt pendant votre séjour les malheurs qui l’affligent.

 

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, après le pouvoir des Séléka, et  durant presque toute la Transition, l’État centrafricain contrôlait plus de la moitié de son territoire. Aujourd’hui, il n’en contrôle plus que 20%. A qui la faute ?

 

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, permettez-moi de vous énumérer certains faits qui, à n’en point douter, ont contribué à la désagrégation de ce territoire :

 

  1. Les Centrafricains ont le sentiment que la plupart des Casques Bleus que votre Organisation a bien voulu envoyer pour nous aider se comportent en touristes. La journée, ils se baladent dans les rues, pour ceux qui se trouvent dans la capitale, faisant fi de voir les agressions et, le soir, ils remplissent les bars et les restaurants en bonnes compagnies.

 

  1. Certains Casques Bleus sont devenus des commerçants. Il y en a qui font venir des marchandises de leur pays sans payer des frais de douane pour les mettre sur le marché. D’autres achètent les produits dans la capitale et les revendent dans des zones éloignées ou  à risques à prix d’or. Du reste, certaines boutiques ou supermarchés, ayant pignon sur rue, et appartenant à de Casques Bleus, ne manquent pas dans la capitale.

 

  1. D’autres Casques Bleus, profitant de la pauvreté de nos filles, les abusent. Certains auraient même des « Maisons de passe » exclusivement louées à cette fin. Mieux, ceux qui proviennent des pays voisins importent leurs compatriotes filles pour ajouter à l’exotisme.

 

Excellence Monsieur le Secrétaire Général, c’est dire que s’il est vrai

que l’on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac, il n’en demeure pas moins que la persistance de cette opinion négative parmi la population centrafricaine à l’égard de la MINUSCA mérite d’être prise en compte. C’est pour cela que j’attire votre attention pour qu’à votre tour vous attiriez celle des responsables locaux établis à Bangui.

 

 

            Face à cette situation, qui rend inefficace les Casques Bleus en Centrafrique dans l’exécution de leur mission, en dépit de son caractère robuste, je vous exhorte à faire une chose : intercéder auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour qu’il lève l’embargo sur les armes qui frappe mon pays, afin que nos forces de défense puissent prêter main-forte à ces Casques Bleus. Les Casques Bleus ne sont pas allés là-bas pour mourir. Ce n’est pas leur pays. Par contre, les forces de défense de Centrafrique peuvent accepter de mourir pour leur patrie.

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, l’embargo sur les armes était conditionné par l’installation d’un pouvoir élu, légitime. C’est depuis le 30 mars 2016 que ce pouvoir élu a été installé. Que faut-il encore faire davantage pour que cet embargo soit levé ? En République Démocratique du Congo, ce sont les FARDC qui sont à la pointe du combat contre les groupes armés. Les Casques Bleus ne leur viennent qu’en appoint. Même chose au Mali où, après l’élection du nouveau Président de la République et son installation, l’embargo a été levé. Aujourd’hui, ce sont les forces maliennes qui vont dans les endroits reculés pour défendre leur pays. Pourquoi ne doit-il pas en être de même pour la Centrafrique ?

 

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, trouvez-vous normal que des groupes armés soient plus armés que l’Etat d’un pays ? Trouvez-vous normal que  600.000 personnes soient en déshérence dans leur propre pays et que plus 2,4 millions aient besoin d’assistance humanitaire d’urgence sur une population de seulement 4,5 millions d’habitants ? Trouvez-vous normal que 80% du territoire d’un pays soit occupé par des groupes armés pendant que ceux qui sont envoyés pour le défendre restent impassibles ou les regardent l’œil goguenard ?

 

 

            Excellence Monsieur le Secrétaire Général, voilà le cri de cœur que je vous lance afin que vous puissiez contribuer à la Renaissance de la République Centrafricaine. Puissent vos oreilles être attentives à cet appel. Avec tous mes respects,

 

 

Saint-Louis, le 24 octobre 2017

M. Bégong-Bodoli BETINA

Professeur Titulaire/ Écrivain

 

 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 01:13
RCA : une feuille de route, des hypothèques

 

 

 

avec GABONACTU 23 oct

 

Le plan de pacification élaboré le 23 octobre dernier à Libreville lors de la réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) paraît salutaire pour le peuple centrafricain. Mais, sa mise en œuvre pourrait se heurter à bien d’obstacles.

 

Une solution politique se dessine dans la crise qui prévaut en République centrafricaine. Lors de la réunion extraordinaire tenue le 23 octobre à Libreville au Gabon tous les ministres ont affiché unanimement leur détermination à en finir avec l’instabilité sociopolitique de cet Etat. Le communiqué final de ces retrouvailles recommande essentiellement la formation des contingents des forces de défense et leur équipement afin de les rendre davantage opérationnelles.

 

Les participants encouragent également le gouvernement et les groupes armés à entreprendre et à accélérer le dialogue politique dans le cadre de l’Initiative Africaine. À l’Union Africaine, il est demandé « d’accélérer le dialogue entre le Gouvernement et les groupes armés jusqu’à la signature et la mise en œuvre d’un accord de paix et de réconciliation… ».

 

Des recommandations à la mesure du contexte centrafricain. Depuis la chute de François Bozizé en 2013, ce pays connaît l’une des plus graves militaro-politiques et humanitaires de son histoire. Situation née des exactions commises par la milice Seleka (composée majoritairement de combattants de confession musulmane) de Michel Djotodia qui venait de destituer Bozizé après des affrontements entre troupes loyalistes et ses miliciens.

 

Même si grâce à l’opération militaire française Sangaris le pays a réussi une transition et organisé les élections présidentielles, la plaie centrafricaine demeure béante.

 

La feuille de route de Libreville élaborée en prélude du sommet des Chefs d’Etats de la Ceeac devrait donc définir des stratégies concrètes de résolution durable de la situation centrafricaine qui a déjà fait de nombreux morts, plus de 600.000 déplacés internes et plus de 500.000 réfugiés dans les pays limitrophes (les deux Congo, le Cameroun, l’Ouganda, etc.).

 

Et les hypothèques semblent légions. Difficile en effet pour les troupes de la Ceeac par exemple de pacifier la majorité des provinces sur lesquelles ni l’Etat centrafricain ni la mission des Nations Unies n’a un contrôle réel. Il y a aussi et surtout que la crise centrafricaine, comme dans bien de pays d’Afrique, s’est développée sur des bases ethniques et régionales. Des facteurs endogènes qui pourraient rendre difficile l’exécution des missions de paix.

 

Le prochain sommet des Chefs d’Etats membres de la Ceeac devrait donc éplucher tous ces paramètres si réellement on veut d’une paix durable en République centrafricaine.

 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 01:04
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales
La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales

 

 

La Centrafrique, championne du monde des interventions internationales

 

22 OCT 2017 Mise à jour 22.10.2017 à 12:00 (AFP

 

La Centrafrique, où le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, fera mardi sa première visite d'une opération de maintien de la paix, détient le record des interventions internationales sur son sol.

En raison d'une histoire marquée par une instabilité politique chronique, le pays a connu une dizaine d'interventions internationales, sous le drapeau de l'ONU, de l'Union européenne, de l'Union africaine ou d'organisations régionales africaines, mais aussi de la France, ex-puissance coloniale.

- Missions de l'ONU -

Dès l'arrivée au pouvoir d'Ange-Félix Patassé en 1993, le pays se retrouve dans un état de rébellion quasi permanente. Les années 1996-97 sont marquées par des mutineries à répétition dans l'armée.

Les accords de Bangui en 1997 sont censés y mettre fin. La Misab (Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui, 1997-1998), coalition de pays africains sous mandat onusien, est chargée de faire respecter ces accords, sans grand succès.

La Misab sera remplacée par des missions de l'ONU (Minurca, Bonuca, Binuca) censées contribuer à la consolidation de la paix, alors que le pays s'enfonce dans le marasme: sanglantes épurations dans l'armée, tentative de coup d'État en 2001, innombrables exactions des militaires.

- Interventions régionales -

Parallèlement, les organisations régionales créent leurs propres missions de "protection" et de "consolidation" de la paix, avec aussi peu de résultats.

La Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) intervient avec une Force de maintien de la paix et de la sécurité (2001-2002), puis la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) avec la Fomuc (2002-2008), suivie par la Micopax (2008-2013) sous l'autorité de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC).

Pour tenter de lutter contre les rebelles tchadiens et soudanais opérant à partir du territoire centrafricain, les mandats de la Minurcat (2007-2010) et de l'Eufor-Tchad (2007-2009) sont étendus à la Centrafrique.

Lancée en décembre 2013, la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine) était placée sous mandat de l'Union africaine. Elle comptait environ 6.000 hommes à Bangui et en province, pour la plupart intégrés en 2014 dans la nouvelle force onusienne, la Minusca.

- Interventions française, européenne, ougandaise et américaine -

Entre 2013 et 2016, Paris lance, avec un mandat de l'ONU, l'opération Sangaris pour faire cesser les violences de la coalition rebelle Séléka (à dominante musulmane) et les représailles des milices antibalaka prétendant défendre les chrétiens. Quelque 2.000 soldats français sont déployés, en appui à la Misca et la Minusca.

Plusieurs soldats de Sangaris seront accusés de viol sur des enfants. En mars 2017, le parquet de Paris a requis un non-lieu dans une enquête sur ces accusations.

Une force européenne, l'Eufor-RCA, est intervenue à Bangui de février 2014 à mars 2015, avec 700 hommes au plus fort du déploiement. Ensuite l'Union européenne a envoyé des formateurs européens pour les forces armées centrafricaines à Bangui (EUMAM-RCA puis EUTM-RCA).

Des troupes ougandaises et américaines qui ont traqué en vain pendant des années l'Ougandais Joseph Kony, chef de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), une des rebellions les plus sanglantes au monde, ont entamé leur retrait en avril 2017.

- La Minusca devrait être prolongée -

L'ONU a pris le relais de la Misca le 15 septembre 2014 avec la Minusca (Mission de l'ONU en République centrafricaine), créée par la résolution 2149 du Conseil de sécurité et souvent décriée par les Centrafricains pour son manque de réactivité.

Son mandat s’achève le 15 novembre mais devrait être renouvelé.

Dans un rapport remis le 17 octobre au Conseil de sécurité, Antonio Guterres recommande de renforcer avec 900 Casques bleus la Minusca, qui en compte actuellement un peu plus de 10.000.

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra avait estimé en septembre, devant l'assemblée générale des Nations unies, qu'il faudrait plusieurs milliers de militaires supplémentaires.

De Casques bleus de la Minusca ont été à plusieurs reprises accusés d'agressions sexuelles et plusieurs centaines renvoyés chez eux.

M. Guterres a dit vouloir "établir une norme pour éliminer ce fléau".

 

© 2017 AFP

 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 00:43
La Centrafrique: en conflit depuis 4 ans, avec une économie exangue
La Centrafrique: en conflit depuis 4 ans, avec une économie exangue
La Centrafrique: en conflit depuis 4 ans, avec une économie exangue
La Centrafrique: en conflit depuis 4 ans, avec une économie exangue

 

 

La Centrafrique: en conflit depuis 4 ans, avec une économie exangue

 

23/10/17 (AFP)

 

La Centrafrique, où se rend mardi le secrétaire général de l'ONU, est un pays pauvre enclavé en Afrique centrale, marqué par une instabilité chronique et en proie depuis 2013 à un violent conflit malgré la présence de forces de maintien de la paix.

 

- Putschs, mutineries, rébellions –

 

Fin 1965, David Dacko, premier chef d'Etat depuis l'indépendance en 1960, est renversé par un coup d'Etat de Jean-Bedel Bokassa, qui se fait élire président à vie puis couronner empereur en 1977. Frasques mégalomaniaques et sanglantes exactions marquent son règne, notamment un massacre d'écoliers.

Le 20 septembre 1979, Bokassa, en visite en Libye, est chassé du pouvoir par les parachutistes français. Dacko rétablit la république, mais est contraint deux ans plus tard de céder le pouvoir aux militaires. André Kolingba accède au pouvoir et instaure le multipartisme en 1991. En 1993, Ange-Félix Patassé remporte la présidentielle.

Le pays connaît en 1996-1997 trois mutineries d'une partie de l'armée, avant un coup d'Etat manqué en 2001. En 2003, François Bozizé, ancien chef d'état-major des armées, en rébellion depuis novembre 2001, renverse Patassé et s'autoproclame président.

Dès 2005, le pays fait face à plusieurs rébellions, qui s'emparent de localités du Nord, reprises grâce à l'aide de la France ou par l'armée tchadienne à l'appel de Bangui.

 

- Violente crise depuis 2013 –

 

En mars 2013, les rebelles d'une coalition hétéroclite, la Séléka, prennent Bangui et renversent Bozizé. Michel Djotodia se proclame président. Les exactions de la Séléka, à dominante musulmane, contre les populations majoritairement chrétiennes, débouchent sur la création de milices d'auto-défense, principalement chrétiennes, les antibalaka (antimachettes), qui s'en prennent à leur tour aux civils musulmans.

Redoutant un génocide, la France lance l'opération militaire Sangaris (2013-2016), sous mandat de l'ONU.

En janvier 2014, le président Djotodia démissionne sous la pression des dirigeants d'Afrique centrale et de Paris. Une présidente de transition est élue par le Parlement.

Une Cour pénale spéciale (CPS) est créée en 2015 pour instruire et juger les crimes contre l'humanité et crimes de guerre depuis 2003, mais n'est pas encore opérationnelle.

En février 2016, l'ex-Premier ministre Faustin-Archange Touadéra est élu président.

La présence de forces internationales comme Sangaris et la mission onusienne Minusca (depuis 2014) permettent le retour d'un calme relatif à Bangui, mais pas dans les provinces, contrôlées en majorité par les groupes armés.

 

- Près d'un quart de la population déplacée –

 

Le nombre de réfugiés et de déplacés fuyant les violences a atteint 1,1 million de personnes, soit près d'un quart de la population, dont 513.000 réfugiés dans les pays voisins et environ 600.000 déplacés à l'intérieur du pays, selon l'ONU.

La moitié des Centrafricains dépendent de l'aide humanitaire, dans l'un des pays les plus dangereux au monde pour les humanitaires. "Plus de 280 incidents" ont "directement touché les ONG" depuis le début de l'année, selon Solidarités International.

 

- Un des pays les plus pauvres malgré ses diamants –

 

Plus des trois quarts des 4,7 millions d'habitants est dans une situation d'extrême pauvreté, selon la Banque mondiale.

Le pays est classé dernier (188e) pour son Indice du développement humain (IDH) par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

L'économie centrafricaine, où tout est à reconstruire, a été dévastée par les crises qui ont empêché ce pays riche en matières premières (uranium, diamants, bois, or) de se développer. Le pays produit aussi du coton, du café et du tabac.

La reprise économique est plus lente qu'escompté selon la Banque mondiale, qui prévoit 4,7% de croissance cette année et 5% en 2018.

En novembre 2016, Bangui s'est vu promettre plus de 2,2 milliards de dollars sur trois ans lors d'une conférence de donateurs à Bruxelles.

 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 00:18
Lu pour vous : Dossier Centrafrique dans Libération (suite et fin)
Lu pour vous : Dossier Centrafrique dans Libération (suite et fin)

 

 

 

ANALYSE

 

Centrafrique : une nation en perdition

 

Par Célian Macé, Libération  — 23 octobre 2017 à 19:56

 

Depuis le départ des Français de la force Sangaris, il y a un an, la République centrafricaine s’enfonce à nouveau dans la violence. De massacres en représailles, les groupes armés font régner leur loi et contrôlent 80% du pays. Le secrétaire général de l’ONU tire la sonnette d’alarme.

 

Tout en bas. Dans le dernier classement du Programme des Nations unies pour le développement, la Centrafrique est à la 188e place sur 188. Dernier pays de la planète pour l’indice de développement humain. Etat fantôme dont l’autorité ne dépasse guère la capitale, Bangui. Partout ailleurs, les groupes armés font la loi : depuis cet été, le niveau de violences intercommunautaires rappelle les pires heures de la crise centrafricaine, entre 2013 et 2014.

 

Coalition de mouvements rebelles, composés majoritairement de combattants musulmans (dont une partie venue du Tchad et du Soudan voisins), la Séléka s’empare à l’époque du pouvoir par la force. Ses abus déclenchent un élan de «résistance» parmi la population : les anti-balaka, des miliciens chrétiens et animistes, s’en prennent à tous les musulmans, accusés d’être complices de la Séléka. Celle-ci ordonne des expéditions punitives. Bangui s’enfonce dans un cycle de représailles de plus en plus meurtrières, des quartiers entiers sont rasés (lire ci-contre). Le 5 décembre 2013, le président Hollande déclenche l’opération «Sangaris» pour stopper les massacres, comme le prévoit la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l’unanimité quelques heures plus tôt. Il s’agit de la septième intervention française depuis l’indépendance du pays, en 1960. Au total, jusqu’à 2 000 soldats français seront déployés sur le territoire.

 

«Une crise oubliée»

 

Depuis, la Séléka a été chassée de Bangui, les Casques bleus (12 500 aujourd’hui) ont construit des bases aux quatre coins du pays, un président, Faustin-Archange Touadéra, a été élu en février 2016, et «Sangaris» a pris officiellement fin le 31 octobre 2016. Sauf que les violences n’ont jamais cessé. La Séléka s’est fragmentée en plusieurs groupes armés qui s’affrontent désormais pour le contrôle des ressources (lire page 4). Car, ironie suprême, le sous-sol du pays le moins développé du monde regorge d’or et de diamants. La religion, ou l’ethnie, ne sont souvent que des prétextes pour enflammer la population et justifier des attaques contre un quartier ou un village. Mais à force de tirer sur la corde communautaire, certaines régions ont basculé dans une spirale sanglante de vengeances et de massacres que plus personne ne semble en mesure de pouvoir arrêter. C’est le cas dans le sud-est du pays, où les tueries se sont succédé cet été sans que la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) ne parvienne à protéger les populations. Le secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, a même évoqué des «signes avant-coureurs de génocide» (lire Libération du 28 août).

 

Ce mardi, c’est son patron, António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, qui est attendu dans le pays pour alerter sur «une crise dramatique mais une crise oubliée» - seuls 30 % des fonds prévus pour répondre au désastre humanitaire ont été effectivement versés. Ce sera sa première visite à une mission de maintien de la paix depuis sa prise de fonctions, le 1er janvier. Le déplacement du numéro 1 de l’ONU intervient surtout à deux semaines du renouvellement du mandat de la Minusca : António Guterres demande l’envoi de 900 soldats supplémentaires, au moment où les Etats-Unis de Donald Trump rechignent à financer les opérations de maintien de la paix.

 

Mais 900 soldats de plus feraient-ils la différence ? «Les Casques bleus ont toutes les apparences d’une armée, mais ils ne sont pas une armée. Il n’y a pas une chaîne de commandement mais au moins deux (celle de l’ONU et celle de leur pays d’origine), et surtout combattre est parfois totalement exclu de leur mission, écrit Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (1). Cette différence entre l’apparence et la réalité des Casques bleus est au cœur de l’incompréhension entre l’ONU et les populations qui ne comprennent pas pourquoi des milliers d’hommes en uniforme déployés avec des moyens de combat ne combattent pas.»

 

Pire, dans certaines zones de Centrafrique, les hommes de la Minusca sont régulièrement pris pour cibles car perçus comme partiaux : le contingent marocain installé à Bangassou (sud-est du pays), par exemple, est accusé d’une trop grande proximité avec les déplacés musulmans de la ville, et harcelé par les anti-balaka : sept de leurs Casques bleus ont été tués par cette année par ces guerriers locaux qui s’autoproclament «groupe d’autodéfense».

 

Raid à huis clos

 

Mercredi dernier, les anti-balaka ont mené un raid contre la population musulmane du village de Pombolo, près de Bangassou. Selon l’Agence France-Presse, 26 personnes auraient été tuées. L’ONU a dépêché des soldats gabonais et marocains le lendemain : deux d’entre eux ont été blessés, et les affrontements ont repris dans la ville. Un hélicoptère de la Minusca a essayé de se poser, mais n’a pu le faire en raison des combats. «Une centaine» de civils blessés sont en attente de soins. Sans que ni l’Etat centrafricain, ni l’ONU, ni les ONG ne puissent y accéder.

 

 

(1) Extrait de «le Maintien de la paix, version ONU : radiographie d’une impuissance», publié sur le site The Conversation.

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 00:09
Lu pour vous : Dossier Centrafrique dans Libération
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A Bangui, une «accalmie» fragile

 

 

Par Célian Macé, Envoyé spécial à Bangui Libération — 23 octobre 2017 à 20:06

 

 

Les déplacés commencent à revenir dans leur quartier. Des abris sommaires se construisent mais les tensions confessionnelles demeurent.

 

Il est troublant de trouver du charme à un paysage de destruction. Le quartier de Sara-Yakité, dans l’est de Bangui, a été attaqué, pillé, brûlé et abandonné en décembre 2013, au cours d’affrontements intercommunautaires qui firent plus d’un millier de morts dans la capitale de la République centrafricaine. La végétation équatoriale a envahi les ruines, les murs sont écroulés, des lianes pendent des tôles rouillées. Le silence serait total sans les bruits de métal frappé de l’atelier de Hubert Djamani, qui a été l’un des premiers à revenir, il y a quatre mois. Hubert, 32 ans, loue une minuscule baraque 7 000 francs CFA (10 euros) par mois, en attendant de pouvoir rebâtir sa maison. Chaque jour, 40 seaux en fer et 10 fours en terre sortent de son atelier. «C’est assez de revenus pour manger, pas pour construire», dit-il sans lever les yeux de son travail. Avec un clou, il trace le patron de ses seaux sur des plaques de tôles défroissées. Il évalue à 1 500 euros le coût des travaux pour reconstruire son domicile à l’identique. Tous les jours, sous les herbes, il devine le dessin des anciennes fondations. Il n’en reste qu’un rectangle de terre boursouflée.

 

Comme tous ses voisins, Hubert a fui l’offensive des «musulmans», venus du quartier voisin - les deux zones sont séparées par un canal visqueux. Il s’est réfugié dans l’enceinte de l’église des Frères du quartier des Castors, où il a vécu entassé avec d’autres déplacés jusqu’au mois d’avril. Le site a fermé cette année, ainsi que les 31 autres camps que comptait Bangui. Alors que depuis un an, le pays connaît une nouvelle flambée de combats et de tueries dans le nord-ouest, le centre et le sud-est, poussant des centaines de milliers de Centrafricains à fuir, la capitale rêve de paix. Le retour des déplacés est censé consacrer ce retour au calme. Ou plutôt à «l’accalmie», corrigent prudemment les Banguissois.

 

Certains quartiers abandonnés ont repris vie. Mahamat Nour, 37 ans, sait que dans une semaine, il disposera d’un toit à l’endroit où se tenait sa maison, pour loger ses six filles et deux garçons. Le menuisier porte ce jour-là un maillot de foot de l’AS Monaco. Il a déjà monté les murs, sous un immense manguier. Lui aussi avait un atelier devant sa maison. Lui aussi a été pillé en décembre 2013. Mais Mahamat Nour a fui dans une autre direction. Vers la mosquée centrale, où les musulmans ont cherché à échapper à la vengeance de chrétiens déchaînés, dont des anti-balaka.

 

L’artisan est entouré de voisins catholiques mais il assure «ne pas avoir peur» : «Ça se passe bien, chacun essaye de retrouver sa vie d’avant.» Il a pu reconstruire grâce à un programme d’aide au retour des déplacés mis en place par l’ONG française Acted. A Fondo, son quartier, 600 personnes identifiées comme les plus vulnérables en ont bénéficié. En trois tranches de 50 000, 40 000 puis 35 000 francs CFA (190 euros au total), sous forme de coupons donnant accès à des matériaux, Acted permet aux déplacés de reconstruire des abris. Un semblant de vie économique a repris, des étals de légumes et des kiosques de téléphonie ont réapparu.

 

«Sur les 11 200 habitants de Fondo avant la guerre, 8 200 sont revenus, a compté François Ali, 60 ans, adjoint du chef de quartier. Avant la fin de l’année, nous serons tous là.» Le petit notable n’a pas été jugé éligible au programme d’Acted et vit pour l’instant dans une cabane bâchée. «Il n’y a pas de problèmes entre chrétiens et musulmans»jure-t-il. Avant de préciser : «Ce sont quand même les musulmans qui ont attaqué en premier. Mais on leur a pardonné.»

 

«Le sentiment d’être pillés»

 

La «bonne nouvelle» du retour des déplacés de Bangui masque une disparité inquiétante : «Les musulmans victimes de nettoyage ethnique et qui ont quitté le pays en 2013 ne sont pas revenus, euxexplique Enrica Picco, chercheuse indépendante sur l’Afrique centrale. La population les désigne comme des "étrangers" à cause de leurs origines, parfois lointaines, de leur métier (commerçants dans un pays d’agriculteurs), de leur langue (l’arabe davantage que le sango). Cette question de la citoyenneté centrafricaine, centrale, est restée ouverte depuis le début de la crise. Et les autorités refusent d’y toucher.»

 

En droit, la RCA octroie la nationalité à toute personne née sur son territoire. Quand cette personne est née de parents étrangers, elle peut faire une demande de nationalité avant sa majorité. Mais dans un pays où l’administration est quasi inexistante et où les certificats de naissance sont rares, «c’est la perception des gens qui définit l’individu», poursuit l’universitaire. «Or une personne née de parents tchadiens, même enregistrée, est toujours considérée comme étrangère. Les réfugiés eux-mêmes ont ce discours du "eux" et "nous". Ils ne se sentent pas faire partie de la nation.» Cette tension identitaire déchire le pays depuis des années. «Les Centrafricains ont toujours eu le sentiment d’être envahis et pillés, analyse Louisa Lombard, chercheuse à l’université de Yale. 

 

Depuis la traite des esclaves, en passant par la période coloniale, on se méfie des étrangers en même temps qu’on collabore avec eux, en les regardant devenir plus riches. Les musulmans sont souvent perçus comme des prédateurs. Les années Bozizé [2003-2013] puis Djotodia [2013] ont renforcé ce sentiment, car les Tchadiens dans leur sillage bénéficiaient d’une grande impunité.» «On reconstruit, mais Bangui ne sera plus comme avant», avoue Eric Ngandofo, du quartier Baidji, dont la maison a été «descendue par [s]es frères» musulmans de la zone voisine de PK5. «J’étais l’un des premiers à revenir, j’avais peur les premières semaines.» Longtemps réfugié au célèbre camp de M’Poko, à l’aéroport, ce chef de famille de 33 ans reconstruit en dur. Il a planté quelques légumes. Ses murs, à mi-hauteur, sont en brique et non en terre séchée, et la surface au sol de sa maison est de 40 m2. Coût total : 3 millions de francs CFA, réglés par l’Union des églises évangéliques Elim.

 

«Ça, c’est une belle maison !» souligne Bertin Botto, 50 ans. Toujours déplacé, l’ex-coordinateur du camp de M’Poko porte, lui, un jugement sévère sur le programme d’Acted, qu’il juge «humiliant» : «Les abris reconstruits sont minuscules. J’ai une femme et sept enfants, et je suis censé vivre dans une bicoque avec deux petites pièces ? s’indigne-t-il. Reconstruire à l’identique, c’est désespérant. Le temps de l’urgence est passé, il aurait fallu profiter de ces quartiers détruits pour urbaniser !» Le dernier schéma directeur d’aménagement de Bangui daterait de 1972…

 

«On recrée des vulnérabilités»

 

«Nous pourrions intégrer des habitations d’une plus grande surface, mais cela réduirait le nombre de bénéficiaires, précise Hélène Camus, la chef de mission Acted en Centrafrique. Nous n’aspirons pas à ce que les abris de 18 m² restent tel quel ! En ayant un toit sur la tête, les ménages sont en meilleure condition pour réaliser des activités, générer des revenus et s’ils le souhaitent, utiliser cet argent pour agrandir leur espace de vie.» De fait, les chantiers de Fondo n’ont pas tous la même ampleur : les ménages plus aisés utilisent l’aide de l’ONG, mais la complètent pour rajouter des pièces à leur nouvelle maison, prévoir une terrasse ou cimenter la façade.

 

La saison des pluies, ces mois-ci, est impitoyable pour Bangui : en deux heures à peine, des rues entières se transforment en canaux, les quartiers à flanc de colline ruissellent de boue, l’activité économique est aux trois quarts paralysée. La rivière Oubangui vire alors du bleu sombre à l’ocre vif. A Fondo, une paroissienne évite les flaques rouges et interpelle les humanitaires. «Acted, vos véhicules creusent des trous qui se remplissent d’eau ! Il faudrait les assécher», ose-t-elle critiquer sous le regard de ses amies, restées sur le perron de l’église. «La priorité, ce sont les abris, pour la suite, on verra», répond une humanitaire à la volée.

 

«Ce genre de programme est controversé, admet un acteur du développement basé à Bangui. Il n’y a pas de démarche d’aménagement, d’assainissement, d’éclairage, de viabilisation des terrains… On recrée des vulnérabilités alors qu’on a l’occasion de faire autrement. La vraie raison, ce sont les financements. Il y a des fonds pour l’urgence, moins pour le développement. Faire des abris, c’est pas cher et c’est rapide, c’est parfois la solution de facilité.»

 

«Bien sûr que nous souhaiterions que nos projets interviennent après des opérations d’urbanisation, rétorque Hélène Camus. Mais elles ne font pas partie du mandat humanitaire. C’est le rôle de l’Etat, avec l’appui de bailleurs de fonds institutionnels, comme l’Agence française de développement. Lorsqu’il y a une réelle volonté sur le terrain du gouvernement, nous l’intégrons dans nos projets. C’est le cas à Sara-Yakité, par exemple. Nous attendons le plan d’urbanisation pour démarrer l’identification des abris à reconstruire.»

 

A Sara-Yakité, Juvénal Begoto, 30 ans, n’a attendu ni les ONG ni le ministère. Ce mardi, il a commencé à mouler des briques de terre sèche pour remonter les murs. Il lui en faudra à peu près 5 000, estime-t-il. Le maçon reprend des forces en prenant des rasades de bière de mil. Si la pluie ne ruine pas son travail, il espère terminer les travaux avant le 5 décembre. Quatre ans jour pour jour après avoir laissé sa maison derrière lui. Ce jour-là, son grand frère avait été tué sur le pas de sa porte.

 

Célian Macé Envoyé spécial à Bangui

 

 

REPORTAGE

 

Centrafrique : Bria, modèle réduit de la crise

 

Par Célian Macé, envoyé spécial à Bria Libération  — 23 octobre 2017 à 20:06

 

Combats et pillages ont eu raison de l’ex-capitale du diamant. La ville est polarisée en quatre quartiers, exacts reflets des tensions entre les forces antigouvernementales. Défilant en armes au milieu des civils, les factions se toisent.

Le texte complet de la Déclaration universelle des droits de l’homme a été laborieusement peint à la main sur un grand panneau blanc planté sur le rond-point central de Bria. Etrange initiative. «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne», dit l’article 3. Ici plus qu’ailleurs, ce principe est bafoué quotidiennement par les groupes armés qui se disputent la ville poussiéreuse autrefois connue comme la capitale centrafricaine du diamant. A l’ombre des immenses manguiers, la mairie, la gendarmerie ou le centre des impôts sont désormais des coquilles vides criblées de balles. Dans les bâtiments officiels, pas un meuble, pas un document n’a résisté aux combats et aux pillages. Des enfants s’amusent à cavaler dans ce qui fut la résidence du gouverneur, la maison la plus imposante de Bria.

 

Derrière les étals de viande sanguinolente et les petits vendeurs de fagots assis le long de l’avenue principale, on distingue encore les façades des bureaux d’achats de pierres précieuses. Tous sont fermés. Les mines artisanales de la région font l’objet d’une lutte acharnée entre les mouvements rebelles, perturbant les circuits traditionnels d’écoulement des diamants de «Bria-la-scintillante». La ville est un modèle réduit de la crise centrafricaine. Sa géographie elle-même est à l’image du pays : morcelée, recomposée, découpée par les groupes armés et traversée de sinistres no man’s land. Bria compte surtout des dizaines de milliers de déplacés internes : 85 % des habitants ont quitté leurs quartiers pour rejoindre des zones plus homogènes sur le plan ethnique ou confessionnel, ou ont fui les combats qui menaçaient leur famille, selon un rapport de l’ONU paru en juillet.

 

Les «événements», comme disent les habitants, ont commencé trois semaines après la fin de l’opération française Sangaris (le 31 octobre 2016), quand ont éclaté les affrontements entre les anciens alliés de la Séléka - la coalition de groupes armés qui renversa le président Bozizé en 2013 avant d’être chassée du pouvoir un an plus tard. L’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), mouvement à dominante peule, refuse à l’époque de rejoindre la nouvelle alliance antigouvernementale dominée par le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), qui revendique un agenda séparatiste et inclut pour la première fois une faction anti-balaka. Jusque-là, ces miliciens bardés de gris-gris, autoproclamés «groupes d’autodéfense», étaient les ennemis jurés de la Séléka.

 

«Traîtres». Le 21 novembre, les positions de l’UPC à Bria sont attaquées, et les combats s’étendent rapidement à toute la région. Pendant plusieurs mois, des centaines de combattants sont tuées de part et d’autre. Les civils peuls de la zone, nomades ou sédentarisés, sont assimilés aux «traîtres» de l’UPC, considérés comme «étrangers» et persécutés. Le 24 mars, les anti-balaka mènent un raid de grande ampleur sur la population peule du quartier de Kotto-Ville (près de l’aéroport) et brûlent les habitations. Cette alliance contre-nature entre ces miliciens incontrôlables, surtout chrétiens et animistes, et les forces du FPRC, très largement musulmanes, divise les ex-Séléka. Au sein même du FPRC, à Bria, une branche conduite par le général Azor, un militaire de l’ethnie goula, défend ce rapprochement stratégique. Il accuse le chef militaire du FPRC, Abdoulaye Hissène, de préférer faire appel à des mercenaires étrangers, notamment tchadiens et soudanais. Azor est installé dans le quartier de Bornou, séparé du reste du reste de la ville par une rivière. On y voit aujourd’hui des anti-balaka en tenue de chasseurs traditionnels, machette autour du cou, assis à quelques dizaines de mètres des hommes en uniforme de l’ex-Séléka, kalachnikov sur les genoux. Un tableau inimaginable ailleurs dans le pays.

 

Expéditions punitives. De l’autre côté du cours d’eau, en centre-ville, les exactions des anti-balaka de Bria et les échos de leurs forfaits dans d’autres villes de Centrafrique sont perçus comme une menace pour l’ensemble de la communauté musulmane. «Les ethnies rounga, sara, kaba, les arabes et les "Tchadiens" [terme qui désigne souvent des Centrafricains d’origine tchadienne, ndlr] se sont ligués contre Azor et les "autodéfense"», explique un habitant du quartier Bornou. Ils auraient reçu l’appui des grands commerçants musulmans de la ville, qui craignent pour leur sécurité. Entre les deux camps désormais rivaux du FPRC, un nouveau front s’est ouvert cet été. La dernière bataille (le 7 septembre) a eu lieu de part et d’autre de la rivière. Pendant les combats, la base d’une ONG nationale, Espérance, a été prise d’assaut.

 

Sous pression, le chef du FPRC, Abdoulaye Hissène s’est progressivement désolidarisé d’Azor, jusqu’à le remplacer récemment par un autre Goula jugé plus fidèle, le général Ousta. Il y a deux semaines, l’homme fort de Bria a également conclu un accord de cessez-le-feu et de «libre circulation» avec les Peuls de l’UPC. Mais les batailles successives de Bria ont vidé des quartiers entiers de leur population. Depuis mai, 40 000 chrétiens environ se sont agglutinés autour du camp des Casques bleus à la sortie ouest de la ville, fuyant des expéditions punitives.

 

Le site de déplacés est contrôlé par des anti-balaka en arme, au mépris de toutes les règles onusiennes. A quelques dizaines de mètres du check-point des soldats de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), des jeunes au regard arrogant serrent la crosse de leur fusil de chasse. D’autres arpentent les allées bondées du camp avec des kalachnikovs en bandoulière : ici, le vrai patron est le chef des anti-balaka, surnommé «Bokassa».

 

Chaque communauté considère qu’il est dangereux de s’aventurer hors de son quartier d’adoption, et s’arme pour mieux se défendre le moment venu. L’Etat a disparu de Bria, l’ONU est la plupart du temps impuissante. Seules les ONG font encore le travail d’aller de l’un à l’autre. Les groupes armés ont fini par transformer Bria en ville-prison.

 

Célian Macé envoyé spécial à Bria Photos Alexis Huguet · Hans lucas

 

 

 

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