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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:47
Centrafrique: violences dans le nord autour de Batangafo

 

 

Centrafrique: violences dans le nord autour de Batangafo

 

30/10/2017 (AFP)

 

Des affrontements entre groupes armés ont eu lieu fin octobre dans la région de Batangafo, dans le nord de la Centrafrique, faisant au moins deux morts et dix blessés admis dans des centres de santé gérés par Médecins Sans Frontières (MSF), a appris l'AFP lundi.

 

"Les équipes de MSF présentes sur place ont pu prendre en charge 7 blessés à l'hôpital de Batangafo et 3 au centre de santé de Kabo", à la suite d'affrontements qui ont débuté le 24 octobre, a déclaré à l'AFP Sandra Smiley, de MSF à Bangui.

 

Des sources concordantes font état d'au moins deux morts au village Saraghba, à quelques km de Batangafo, sans qu'un bilan précis puisse être établi, faute d'accès à la zone.

 

Selon des sources onusiennes, les combats ont opposé des combattants anti-Balaka, milices auto-proclamées d'"autodéfense" au Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), l'une des factions de l'ancienne rébellion Séléka.

 

"On nous parle de blessés qui n'osent pas venir à l'hôpital par peur de se faire attaquer en route. Nous demandons encore et de nouveau que la sécurité de nos équipes et l'impartialité de notre travail soient respectées à Batangafo", déclare dans un communiqué Caroline Ducarme, chef de mission MSF actuellement à Batangafo.

 

La Minusca, dans un dernier communiqué établi vendredi, déclarait "être présente à Batangafo" et contrôler la situation dans la ville.

 

Début septembre, Batangafo a connu une nouvelle éruption de violences suite au meurtre d'un journalier travaillant pour une organisation humanitaire. Ces violences auraient fait six morts et privé 28.000 personnes d'aide humanitaire.

 

Avant cela, Batangafo a été en proie un regain de violences fin juillet, lorsque de violents combats entre des hommes non identifiés ont fait 24 morts et provoqué la fuite d'habitants de la région.

 

La Centrafrique peine à sortir du conflit qui a commencé en 2013 avec le renversement du président François Bozizé par l'ex rébellion de la Séléka, entraînant une contre-offensive des milices anti-balaka.

 

L'intervention armée de la France (2013-2016) et de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca, quelque 12.500 hommes) a réduit considérablement les violences, qui ont peu à peu repris depuis le départ de la force française Sangaris.

 

Des groupes armés s'affrontent désormais pour le contrôle des ressources naturelles (diamants, or, bétail) dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, le plus pauvre au monde.

 

 

 

RCA: regain de tension autour de la ville de Batangafo

 

Par RFI Publié le 30-10-2017 Modifié le 30-10-2017 à 03:26

 

Les abords de la ville de Batangafo, dans le nord de la Centrafrique, connaissent un regain de tension depuis quelques jours. Des affrontements ont éclaté mardi 24 octobre entre des éléments de l'ex-Seleka et un groupe d'autodéfense dans un village au nord-ouest de la ville. Au moins six personnes auraient été tuées, mais la zone est très difficilement accessible et les affrontements se poursuivent.

 

Batangafo se trouve aux confins de territoires contrôlés par l'ex-Seleka et les anti-balaka sur la fameuse ligne rouge qui a coupé pendant plusieurs années le pays en deux. Depuis des mois, la zone est un foyer de tensions qui ont culminé fin juillet par de violents affrontements à Batangafo avant une relative accalmie mi-septembre.

 

Cette fois les affrontements se déroulent hors de la ville. Il y a deux semaines, des groupes d'autodéfense auraient délogés les combattants ex-Seleka de positions qu'ils occupaient sur deux axes qui partent de Batangafo en direction du Tchad vers l'ouest, et le nord-ouest.

 

Mardi, les ex-Seleka auraient repris une de ces positions, le village de Saragba. La zone des combats est très difficile d'accès, barrée par une rivière qu'on ne peut traverser qu'en pirogue. Pour cette raison, de nombreux blessés ne peuvent parvenir jusqu'à l'hôpital en ville explique dans un communiqué MSF qui gère l'hôpital de Batangafo. « Nous demandons de nouveau que la sécurité de nos équipes et l'impartialité de notre travail soit respectées à Batangafo » ajoute l'ONG.

 

Comme souvent ce regain de tension a provoqué la fuite de nombreux habitants et déplacés en brousse en attendant que la situation se calme. La fin de la saison des pluies et la reprise de la transhumance en provenance du Tchad et du Cameroun marque chaque année un moment de tensions armées dans le nord de la Centrafrique.

 

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Centrafrique-Presse.com
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:41
Lu pour vous : ENQUÊTE SUR LES VIOLS IMPUNIS EN TEMPS DE GUERRE

 

 

 

 

https://www.streetpress.com 30 Octobre 2017

 

LES AUTEURES DU LIVRE IMPUNITÉ ZÉRO RACONTENT LES DESSOUS DE LEURS INVESTIGATIONS

 

Viols d'enfants par des militaires français en Centrafrique, agressions sexuelles comme méthode de torture de la CIA et jeunes filles piquées aux hormones par le régime Syrien : 9 journalistes ont enquêté sur les agressions sexuelles en temps de guerre.

 

« N’espérez pas qu’Impunité Zéro soit une lecture agréable. » Le livre commence par ces mots. Les suivants sont glaçants. A travers six enquêtes, neuf journalistes françaises reviennent sur les violences sexuelles dans les conflits armés. Elles touchent les femmes et les enfants, surtout. Mais elles n’épargnent pas les hommes, torturés dans les prisons secrètes de la CIA ou ailleurs.

En Syrie depuis la révolution, en Ukraine pendant la guerre du Donbass, en Centrafrique avec les troupes françaises, mais également devant les tribunaux nationaux et internationaux, l’impunité des auteurs de viols de guerre est totale. Un système bien rodé qui empêche les victimes de témoigner et d’obtenir justice. « Impunité Zéro est un projet d’investigation et d’activisme contre cette impunité », raconte Justine Brabant, qui a travaillé sur les agissements des soldats français pendant la mission Sangaris en République centrafricaine.

 

A l’origine de ce projet transmédia, la société de production militante aBAHN. « Ils voulaient qu’un collectif de 9 femmes journalistes investissent ce sujet. Ils ont ensuite prolongé notre travail pour en sortir des mesures concrètes », raconte Anne-Laure Pineau, qui a documenté la mise en place des tortures sexuelles par les États-Unis, après le 11 septembre 2001. Leurs enquêtes ont été traduites dans 6 langues et publiées dans une quinzaine de pays, un film devrait sortir au premier semestre 2018. Quatre pétitions en ligne (link is external), en rapport avec les enquêtes, ont récolté, au total, plus de 400.000 signatures. [Pour sensibiliser les militaires sur les violences sexuelles ; mettre fin aux stratégies de violences sexuelles contre les enfants en Syrie ; pour une fin à l’impunité des États-Unis en matière de violences sexuelles ; pour aider les victimes à obtenir justice en Ukraine]. Ce qui a fait bouger les lignes. « Un projet de loi va bientôt être déposé au parlement ukrainien pour que ces violences soient sanctionnées », précise Hélène Molinari

« C’est encourageant, ça prouve que les choses peuvent bouger. Et c’est une des raisons pour laquelle nous nous sommes toutes lancées dans ce projet. »

 

Pour StreetPress, les trois journalistes reviennent sur leurs mois d’investigation.


Vous racontez plusieurs agressions sexuelles commises par des militaires français en Centrafrique. Y-a-t-il eu des condamnations ?

 

Justine : Il n’y a eu aucune et il n’y en aura aucune. 3 dossiers ont été ouverts en France. Le premier a été classé sans suite. Fait d’autant plus surprenant qu’il y a un enfant né entre cette jeune fille mineure et le soldat. Mais on n’a pas jugé utile de faire un prélèvement ADN sur l’enfant. Dans le second cas, la plus grosse affaire, celle des 40 enfants du camp de M’Poko (link is external) [tous ont déclaré avoir été agressés sexuellement par des militaire français, ndlr], on avance vers un non-lieu puisqu’il n’y a pas eu de mise en examen. Le troisième dossier concerne des agressions sexuelles présumées sur un territoire plus au nord et difficile d’accès. Il n’y a pas de nouvelles de l’enquête. Mais il n’y a pas de raison que ça se passe autrement quand on sait qu’à Bangui, juste dans la capitale, une quarantaine d’enfants disent avoir été violés ou agressés par des militaires français.

 

Vous racontez que les USA ont passé un cap supplémentaire, en théorisant les agressions sexuelles comme méthode de torture.

 

 

Anne-Laure : La torture sexuelle a été élaborée de manière très froide dans le bureau de deux psychologues, James Mitchell et Bruce Jessen. Ils se sont basés sur un système de résistance [pour résister aux tortures en cas de kidnapping] pour soldats américains. Ces deux psys ne sont jamais entrés dans une prison et ne connaissent rien des terrains de guerre, mais ils ont créé un système de torture utilisé dans les prisons secrètes de la CIA. Il y en a en Thaïlande, en Afghanistan, en Europe de l’Est, dans des aéroports, dans un bateau. Mais on n’en sait pas plus, ces infos qui restent encore secret défense.

 

Qu’ont-ils inventé ?

 

Anne-Laure : Leur technique préconise de casser le système de défense d’une personne en la mettant “mal à l’aise”. C’est le terme qu’ils ont utilisé. Et dans leur lexique, “mal à l’aise” veut dire jouer avec les terreurs et les tabous des prisonniers. Dans l’imaginaire des Américains, un homme musulman déteste les femmes. Alors on met des femmes nues dans les salles d’interrogatoires. On dit à des femmes soldats d’utiliser leur sexualité, le tabou du toucher ou des paroles sexuelles. On sait, par exemple, qu’ils ont agrafé des photos de magazines pornographiques sur le corps de détenus nus et les ont forcés à se masturber. Il y a eu des viols avec des chiens. On fait des pyramides d’hommes nus, parce qu’ils imaginent que la promiscuité est tabou. Tout est basé sur les clichés et sur la barbarie de deux psychologues.

 

Plusieurs de vos intervenants parlent “d’un des plus grands scandales médicaux” des États-Unis. Pourquoi ?

 

Anne-Laure : Des médecins surveillaient et participaient même à ces tortures. Ils surveillaient les viols des détenus, ils faisaient en sorte qu’on utilise l’hydratation rectale comme torture. On a rencontré une association de médecins pour les droits humains qui nous ont assuré que ce sont des procédures qu’on utilise sur des gens qui n’ont plus de rectum ou de côlon.

 

Comment de telles pratiques ont pu se poursuivre alors que les hauts cadres américains étaient au courant ?

 

Anne-Laure : Le gouvernement Bush voulait une guerre d’une autre ampleur en Afghanistan. Il voulait une seconde guerre du Golfe. Et il fallait un prétexte pour tomber sur Saddam Hussein. Il ne voulait pas des renseignements mais des aveux forcés. Et la torture était parfaite pour ça. Si on m’enlève tous les ongles, si on me met une sonde, la plus grosse possible, pour me nourrir et m’hydrater, qu’on me met nu sur le sol et qu’on me dit “dis que t’es une pote de Merah”, je le dis, “je suis une pote de Merah”. Ils voulaient des aveux et c’était parfait.

 

Ces techniques sont-elles toujours utilisées ?

 

Anne-Laure : Officiellement elles ont été arrêtées en 2005, quand cette fameuse liste de tortures est devenue publique. Mais il y a encore des gens qui se sont fait arrêter et qui ont subi de la nudité forcée et de la nutrition rectale. Pas à Guantanamo, mais dans des prisons irakiennes, par des Américains.

 

En Syrie, l’armée de Bachar Al Assad s’est attaquée à des enfants. Est-ce avec l’aval de la hiérarchie ?

 

Justine : La situation en Syrie est un peu différente puisque les ordres sont donnés à demi-mot. Les directeurs de prison donnent l’autorisation de mélanger les détenus mineurs et majeurs. Pendant la révolution, les enfants étaient dans la rue. Pour les responsables politiques, il n’y a pas de raison qu’ils ne soient avec les adultes en prison.

 

Mais les mélanger veut dire que les enfants sont utilisés comme larbins et sont violés. C’est une sorte de zone grise où les gens savent ce qui se passe, mais laissent faire.

 

Pourquoi s’en prendre aux enfants ?

 

Anne-Laure : Du point de vue des bourreaux, s’attaquer aux enfants c’est créer un choc. Si on va jusqu’à martyriser des enfants, on est capable de tout.

Justine : Les autorités ont d’ailleurs donné l’instruction d’emporter femmes et enfants, lorsqu’un opposant politique n’est pas trouvé chez lui. Et parfois, on ne prend que les enfants. C’est l’histoire de Nora, une petite fille qui a été kidnappée parce que son père était soupçonné de faire partie des révolutionnaires. Elle a passé des jours et des jours en prison. Quand son père s’est rendu, on l’a encore gardée. Dans cette prison syrienne, on lui a administré des traitements hormonaux pour que son corps se développe plus rapidement et pour qu’elle puisse être violée en ayant les attributs d’une femme. Quand elle est sortie, son corps avait tellement changé que sa mère ne l’a pas reconnue.

 

Quelles vont être les répercussions de tels actes sur la société syrienne ?

 

Justine : Omar Guerrero, qui est psychologue dans l’un des rares centres qui prennent en charge les gens revenus de Syrie, assure que la principale crainte des médecins est de savoir comment une société va se reconstruire là-dessus. Comment est-ce que des gamins violés par des voisins, des cousins, des gens de la ville d’à côté vont se construire en tant qu’adultes ? Quel rapport auront-ils à la loi, sachant ce que la loi leur a fait ?

 

Vous interrogez les victimes, bien sûr, mais aussi les oppresseurs, les institutions judiciaires. Tous ceux qui participent à gommer l’existence de ces violences sexuelles. Pourquoi ?

 

Hélène : Notre intérêt était de s’attaquer au système. Peu importe les terrains de guerre, ou la nationalité des oppresseurs, ces violences sont systématiques.

Justine : Nous voulions également montrer que l’on peut enquêter sur ces sujets. Quand on parle de viol ou de violences sexuelles, il y a souvent cette réaction spontanée : le doute. Pour cette enquête nous sommes allées chercher des certificats médicaux, des témoins, des victimes, des documents qui prouvent qu’il y a des consignes ou non pour ces viols, les périodes concernées, etc. Je pense qu’on a prouvé qu’il est possible d’enquêter sur ces sujets.

Anne-Laure : Mais malgré tout ce travail, a BAHN s’est rendu compte que le premier réflexe des gens reste la mise en doute. Finalement, notre travail est décrédibilisé comme les témoignages des victimes.

 

Justine : Alors que demain, si quelqu’un vient te voir en te disant “je me suis fait voler mon portefeuille”, tu ne lui dis pas “mmh t’es sûr ? Mais peut-être que c’était plus compliqué que ça. Est-ce que ton portefeuille il était tout nu ?”

 

Pourquoi cette méfiance est-elle exacerbée en temps de guerre ?

 

Justine : Les violences sexuelles en temps de guerre sont au croisement de plusieurs points aveugles du journalisme et de la société. C’est une sorte de triangle des Bermudes. D’abord, la première question est de savoir comment l’on traite les violences faites aux femmes, et le viol en particulier, dans nos sociétés. Vient se superposer la question particulière de la guerre, avec ses armées où il y a un esprit de corps très fort. On ne balance pas son pote ! Viennent ensuite très vite les questions de sécurité nationale.

 

 

C’est-à-dire ?

 

Justine : En parler serait dangereux pour les troupes. Face à des images de violences et d’abus, les populations locales vont être hostiles et devenir un danger pour les troupes sur place.

Anne-Laure : Pour exemple, Daesh a fait sa publicité sur les images d’Abou Ghraib, de Guantanamo et sur les costumes de prisonniers oranges. Il est aisé de créer de la haine devant tant de violence.

Justine : Mais si ces soldats n’avaient pas violé ou torturé, les populations n’auraient probablement pas été aussi hostiles… Et puis il y a aussi la question de la justice des vainqueurs. Des agresseurs deviennent ministre, général ou colonel. Est-ce qu’on va vraiment prendre le risque d’aller devant la justice alors que la guerre est terminée et que le pays se reconstruit enfin ?

 

Vous avez réussi à récolter les témoignages de soldats qui ont violé, de responsables qui ont encadré ou théorisé les violences. Pourquoi acceptent-ils de parler ?

Justine : Il y a beaucoup de gens qui espèrent sauver leur peau vis-à-vis de la justice. Dans l’enquête sur la Syrie, un directeur de prison où étaient organisées des tortures sur des enfants a accepté de témoigner. Il a renié le régime pour lequel il a travaillé pendant des années. Il imagine que ça aidera sa cause d’avouer en partie ce qu’il s’est passé dans sa prison. Et ces gens décrivent souvent les choses techniquement, sans se rendre compte des implications d’un point de vue pénal et criminel.

 

Comment ça ?

 

 

Justine : Les gens font des choses répréhensibles par la loi, des crimes, en estimant que c’est la moins mauvaise des solutions. Les personnes qui se réjouissent vraiment sont un peu psychopathes et à la marge. Ce qui est assez terrifiant, c’est que des gens peuvent te justifier hyper rationnellement pourquoi ils ont commis un viol.

 

 

Comment peut-on trouver une explication rationnelle au viol ?

 

Justine : En Centrafrique, on te décrit plutôt la chose comme “on revenait du front, ça avait été très difficile, il fallait qu’on se détende”. Les gens ne disent jamais “oui c’est vrai j’ai fait un truc horrible”. Ils estiment toujours avoir de bonnes raisons de le faire. Et c’est pour ça qu’ils parlent assez librement.

 

Hélène : Cet argument “il faut se détendre” est d’ailleurs noté dans un des rapports de l’ONU, dans les conseils pour régler “les mauvaises conduites” – comme on appelle ces violences – des casques bleus. Selon ce document, il faudrait leur donner plus de loisirs, parce qu’ils s’ennuient, les pauvres… Et donc indirectement c’est pour cela qu’ils violent et qu’ils vont voir des prostitués. C’est un peu le repos du guerrier…

 

Justine : La plupart sont d’ailleurs persuadés de rendre service aux populations. Comme il y a souvent un échange de nourriture, de savons, de quelque chose, les soldats considèrent la chose comme un échange de bons procédés. Il y a souvent des enfants qui traînent autour du camp, qui demandent à boire et à manger. Et bon, de temps en temps, il y en avait un qui…

Hélène : Et puis personne ne dit que c’est mal… Il y a une impunité totale. Quand tu fais un truc pareil et que derrière il n’y a pas de conséquences, pourquoi ne pas continuer ?

Anne-Laure : C’est un peu la banalité du mal d’Hannah Arendt, plus zéro formation des troupes, plus zéro répression, qui créent une sorte de super tempête où l’impunité est effective et à de beaux jours devant elle.

Vous montrez justement que presque tout le monde couvre ces violences. Pourquoi ?

 

Hélène : Pour l’ONU, la réponse est simple : la réputation, l’image. L’ONU ne peut pas faire sans son image d’organisation mondiale de la paix et de protection des droits de l’Homme. Les hauts responsables donnent d’ailleurs les mêmes excuses qu’un soldat : c’est compliqué, on ne peut pas tout faire, on ne peut pas s’occuper de ça.

Justine : Les casques bleus sont envoyés par leur pays sur une base volontaire du pays d’origine. L’ONU a déjà du mal à rassembler assez de gens pour ses missions de maintien de la paix. Poursuivre en justice un soldat qui aurait violé, c’est lancer un signal au pays d’origine du soldat de ne plus prendre le risque d’envoyer ses soldats.

 

Vous avez travaillé sur l’ONU et la difficulté de faire exister les violences sexuelles dans les jugements. Était-ce compliqué ?

 

Hélène : Étonnamment, on a réussi à avoir la plupart des rendez-vous dont nous avions besoin. C’est une fois sur place que ça a été compliqué. Quand nous sommes arrivées, on nous a annoncé que tous nos rendez-vous d’une heure seraient réduits de moitié. Puis un employé des relations publiques est toujours présent et enregistre toutes les conversations. C’était assez amusant parce qu’il nous a dit “au cas où, si votre enregistreur ne fonctionne pas, je pourrais vous donner le mien”. Alors qu’il voulait simplement vérifier nos questions. Et en plus de tout ce dispositif, quelques heures après, j’ai reçu un appel d’une des personnes des relations publiques pour me dire “on est bien d’accord, tout ce qu’on a dit était du off et vous ne pourrez citer la personne”.

 

Et comment avez-vous fait ?

 

Hélène : J’ai très clairement expliqué qu’il n’y aurait pas de off et que si cette personne avait répondu à mes questions elle allait être citée. On m’a menacée, aussi, d’alerter directement le rédacteur en chef de Médiapart, où paraissaient nos articles à ce moment-là. Je ne crois pas qu’ils l’ont fait finalement.

 

Justine : Et puis bon, Médiapart…

 

Hélène : Je pense que l’ONU est habitué à ce qu’on s’écrase devant eux. Ou en tout cas ils ne se gênent pas pour demander aux journalistes de modifier les choses, de passer certaines autres sous silence, de relire.

Et pourquoi répondaient-ils alors ?

 

Hélène : Parce que ça fait mauvais genre une mention “l’ONU n’a pas voulu répondre à nos questions” j’imagine. Après, honnêtement, j’étais surprise qu’ils nous accordent autant d’interviews. On y est allées en disant qu’on voulait travailler sur la question des “mauvaises conduites”, c’est le terme générique pour parler des agressions sexuelles. Ils étaient d’accord pour nous expliquer comment fonctionnait les enquêtes internes. Mais les questions de violences sexuelles les ont mis extrêmement mal à l’aise. À chaque fois, c’est le même discours : politique de tolérance zéro.

 

Après les révélations d’agressions sexuelles en Centrafrique, Hollande et Le Drian avaient pris des positions très fermes, pourtant les procès n’aboutissent pas.

 

Justine : Hollande et le Drian savent qu’ils n’ont rien à perdre à dire qu’ils sont hyper fermes. Et ils misent sur le fait que ni la justice ni les journalistes n’ont le temps et les moyens de retrouver la fille qui a été violée au fin fond de la Centrafrique.

 

Comme vous le dites dans votre conclusion, “arrivé au terme de cette enquête, une certitude hantera sans doute l’esprit de la lectrice ou du lecteur : il n’y a pas d’espoir”.

 

Anne-Laure : Dès l’intro on dit que ça ne va pas être facile à lire. Oui le bilan est noir, où qu’on regarde c’est la catastrophe. Mais, encore une fois, grâce aux victimes qui trouvent de plus en plus le courage de parler et de se battre contre cet état de fait, il y a des raisons d’espérer que ça change. Au même titre que les lanceurs d’alerte qui se multiplient.

Justine : Ça c’est pour ce qui relève du livre, mais il y a tout de même eu, depuis le début du projet quelques petites victoires. Après l’enquête, des activistes ukrainiens se sont saisis de la question pour porter des propositions au parlement pour sanctionner plus sévèrement ces actes, et un projet de loi est en cours. En France, les producteurs et réalisateurs d’a BAHN ont obtenu, après moult discussions, un rendez-vous au ministère des armées. Si le contenu de ce rendez-vous a été décevant, ça montre qu’ils nous ont vus, qu’ils ont compris qu’on était là et qu’on continuerait à poser des questions.

 

Anne-Laure : Des gens sont venus vers nous après les articles de Médiapart. Il y a eu les pétitions. Et puis maintenant le livre. Les gens nous disent que c’est important de parler de ça.

 

Justine : Et dire que ça peut bouger n’est pas être bisounours avec des discours “ensemble tout est possible, en faisant des grandes rondes et en se tenant la main”. Non. C’est aussi être réaliste et se rendre compte que pour certaines institutions et personnes, il n’y a pas intérêt à ce que ça reste impuni. L’armée française est quand même toujours gênée aux entournures quand on parle de viol et de violence. S’il est possible de faire un certain nombre de choses pour prévenir ou pour sanctionner, on a espoir que ça sera fait. Non pas parce qu’on a un espoir fou en l’humanité ou dans l’état-major français, mais parce qu’il y a des points de pression, il y a des choses sensibles.

 

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 23:06
L'espoir renaît en Centrafrique après le passage du secrétaire-général de l'ONU

 

 

 

 

https://www.voaafrique.com  29 octobre 2017

 

En RCA, le passage de quatre jours du secrétaire-général de l'ONU suscite de l'espoir, promettant le rééquipement des forces de défense et de sécurité centrafricaine et l'augmentation de l'aide humanitaire, mais aussi, le renforcement des capacités de la Minusca.

 

Antonio Guterres a été accueilli presque en sauveur d'une nation en péril. Dans la capitale centrafricaine comme à Bangassou où il s'est aussi rendu, le secrétaire-générale de l'ONU a été reçu par des plaintes de la population et même des autorités.

 

Après son départ, l'espoir renaît parmi le peuple et au sein du gouvernement.

 

"Cela nous réconforte, car il faut privilégier le dialogue", a déclaré le Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji. "C'est un homme clairvoyant".

 

A l'Assemblée Nationale, les députés ont insisté sur l'importance d'un mandat robuste pour la Minusca, l'ouverture d'une enquête sur certains de ses responsables mais aussi le réarmement des FACA.

 

Mamadou Nali, député de Damara, s'est dit "satisfait des réponses du patron de l'ONU" car il a "plaidé pour une intensification d'une intervention humanitaire" ainsi que "dans le domaine de la sécurité".

 

Satisfaction également au PK5, le grand quartier musulman de la capitale, visité par Antonio Guterres.

 

"C'est une bonne visite pour nous, et il nous a rassuré, il a vu les difficultés", confie Mamadou Boubayaka, ancien maire du 3e arrondissement.

 

Avant de quitter la Centrafrique, le patron de l'ONU a promis 3 choses à court terme aux centrafricains; le renforcement des capacités de la Minusca, le plaidoyer pour le rééquipement des forces de défense et de sécurité nationale et pour l'augmentation de l'aide humanitaire.

 

Freeman Sipila, correspondant à Bangui

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Centrafrique-Presse.com
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 22:46

 

 

 

 

https://www.la-croix.com  La Croix, le 30/10/2017 à 6h00

 

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a effectué la semaine dernière une visite en Centrafrique où les violences ont redoublé ces derniers mois. Cette visite intervenait quelques semaines avant le probable renouvellement du mandat de la Minusca, forte de 12 500 hommes. Depuis le début de l’année, douze casques bleus ont été tués.

 

Il faut en finir avec l’impunité

 

Jean-Pierre Tuquoi

 

Auteur de « Oubangui-chari. Le pays qui n’existait pas » (1)

 

Ce pays vit une instabilité politique rare depuis les années 1960. Aucun autre pays africain n’a vu l’armée française revenir aussi fréquemment. Elle est intervenue huit fois depuis l’indépendance. Cette instabilité s’explique par des frontières qui ne reposent sur rien en termes religieux ou ethniques. Au XIXe siècle, la Centrafrique devait être, pour la France, le point central entre ses possessions de l’ouest africain et celles de l’est avec Djibouti. Les Britanniques ont mis fin à ce rêve de continuité géographique avec la victoire de Fachoda. L’Oubangui-Chari (colonie, puis territoire d’outre-mer de la République française en 1947, il devient République centrafricaine – RCA – en 1958) est alors devenu un cul-de-sac concédé à des entreprises privées qui en exploitaient le caoutchouc ou l’ivoire.

 

Ensuite, on a donné son indépendance à cette colonie oubliée alors qu’elle n’était pas prête. Hormis Barthélemy Boganda, mort dans un accident d’avion en 1959, la Centrafrique n’a connu aucun chef d’État de réelle envergure. La classe politique locale, souvent corrompue, n’est pas à la hauteur. La société civile est inexistante. La seule force demeurait l’Église catholique. Elle a œuvré pour la réconciliation, notamment avec la visite du pape François, dont le message de paix a été bien relayé par la Conférence des évêques. Aujourd’hui, l’Église catholique est attaquée, au sein même du gouvernement, et la situation n’est pas facile pour ses responsables. Enfin, c’est l’ensemble de la région qui est instable, avec la République démocratique du Congo, le Cameroun ou le Soudan du Sud.

 

Que faire dans ces conditions ? On pourrait organiser une conférence internationale. On pourrait aussi envisager de mettre le pays sous tutelle. Les textes de l’ONU offrent cette possibilité, même si elle n’a jamais été tentée jusqu’à présent. Mais la Centrafrique n’intéresse pas grand monde, même plus la France. Les forces de l’ONU qui s’y trouvent n’ont pas le mandat qu’il faudrait pour gérer ce type de situation.

 

En attendant, deux réformes pourraient améliorer les choses. D’abord, il faudrait donner plus d’autonomie aux différentes régions du pays. Les liaisons sont mauvaises, souvent uniquement aériennes. Les contextes sont différents entre le nord musulman et le sud chrétien. Ensuite, le pouvoir en place à Bangui devrait en finir avec la culture de l’impunité. Aujourd’hui, chaque chef de clan qui fomente des troubles est quasiment assuré d’être impuni, au nom de la réconciliation nationale. Cette réconciliation n’autorise pas tout. Depuis trois ans, un tribunal spécial international est censé juger les coupables d’exaction. Il est dirigé par un proche du président congolais Joseph Kabila et ne semble pas avoir beaucoup avancé. L’impunité demeure et ce n’est pas bon.

 

Recueilli par Pierre Cochez

 

(1) Éd. La Découverte, 21 €, août 2017.

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Tout le monde sait que cet Etat est une fiction

 

Thierry Vircoulon

 

Chercheur associé au programme Afrique subsaharienne de l’Ifri

 

Depuis son indépendance en 1960, ce pays a toujours vécu sous la dépendance directe d’un ou plusieurs acteurs extérieurs. Jusqu’à la fin des années 1990, sous celle de la France. Puis de la sous-région, en particulier du Gabon. Et avec la crise ouverte par la Séléka, sa gestion a été transférée à l’ONU.

 

Sur le fond, la greffe de l’État n’a jamais pris. C’était déjà une colonie au rabais aux yeux de la France. Elle n’a pas investi sérieusement dans les infrastructures et la formation d’une élite : en 1960, ce pays n’avait donc pas les ressources humaines pour l’administrer et assumer son indépendance. En conséquence, la France l’a pourvu en conseillers, en cadres et en soutien financier. Cette assistance technique et économique l’a infantilisé. Elle a conduit les Centrafricains à ne pas s’approprier leur administration, d’autant qu’ils se sont très bien accommodés de cette fausse indépendance. Le paroxysme a été atteint sous le régime du président Kolingba où un officier de la DGSE jouait le rôle de président bis.

 

La fiction de l’État centrafricain a commencé à se fissurer avec le retrait de la France sous Ange-Félix Patassé, le président de la RCA de 1993 à 2003. Ce retrait a été comblé par des pays africains et des institutions internationales aux intérêts divergents et parfois très opportunistes. La dégénérescence de l’administration s’est alors accélérée.

 

L’ambiguïté qui consiste à aider un État que l’on proclame souverain mais qui n’a jamais eu les moyens de l’être se répète chaque fois. Tout le monde connaît la trajectoire de la RCA depuis 1960, mais personne n’en tire les conséquences.

 

Or, tant qu’elle n’aura pas à sa tête une élite suffisamment formée, intègre et nombreuse pour la prendre en charge, la communauté internationale ne réussira pas à l’aider. À cela s’ajoutent deux problèmes de fond : ses ressources sont insuffisantes pour financer son fonctionnement. Et elle est dépourvue de sentiment national. Ce pays est morcelé par des communautés qui ont des contentieux historiques. À la différence de la RD-Congo, il n’a pas réussi à créer une identité commune au-delà des appartenances singulières.

 

L’ONU continue à dire que c’est un pays souverain, qu’il est dirigé par un vrai gouvernement : or, ce n’est pas vrai. Le gouvernement n’a pas d’argent, pas de pouvoir (sauf celui de vider des caisses déjà à moitié vides) et répond à des intérêts hétérogènes.

 

Les conditions sont réunies pour activer sa mise en tutelle comme le prévoit le chapitre XIII de la charte de l’ONU. Mais ce n’est pas la direction prise par la communauté internationale qui ne veut pas se déjuger, ni trop s’investir. Toutefois, si elle se retirait, la fiction centrafricaine cesserait : son territoire serait entièrement divisé et occupé par des chefs de guerre et leurs parrains régionaux. L’Afrique aurait un nouvel espace hors contrôle comme en Somalie et en Libye.

 

Recueilli par Laurent Larcher

 

Lu pour vous : Comment la communauté internationale peut-elle aider la Centrafrique ?
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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 20:29
Lu pour vous : Thierry Vircoulon: «La Centrafrique est devenue le pays malade de la région»

 

 

 

http://m.geopolis.francetvinfo.fr  Mis à jour à 13h21, publié le 29/10/2017 à 9H25

 

Arrivé à Bangui le 24 octobre 2017, le secrétaire général de l’ONU Alexandre Guterres a estimé que «la communauté internationale ne s'engage pas suffisamment (…) pour aider» la Centrafrique. La situation dans ce pays est décrite comme chaotique.

 

Entretien avec Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI).


Antonio Guterres a estimé que la Centrafrique était une «crise oubliée». En août, un haut cadre de l’organisation internationale avait, lui, évoqué des «signes avant-coureurs de génocide». Qu’en est-il exactement?


Il y a eu effectivement des milliers de morts. Mais en l’état actuel des choses, la Centrafrique ne paraît pas être un pays où l’on puisse organiser un génocide.

Depuis mai, on assiste effectivement à une nouvelle flambée de violences avec les groupes armés qui se battent entre eux. Ces violences, parties du Sud-Est, ont des répercussions dans le reste du pays. Notamment une nouvelle vague de déplacés.



Le départ des troupes françaises, présentes dans le pays entre 2013 et 2016, a-t-il aggravé la situation?


Cette présence a eu un effet dissuasif que n’a pas forcément celle des casques bleus de la Minusca.


Les groupes armés ont reçu des «appuis venus de l’extérieur», estime Antonio Guterres sans donner davantage de précision. De quoi peut-il s’agir?

 

 «Libération» parle de «mercenaires tchadiens et soudanais»…


Ce qui est sûr, c’est que depuis 2013, la Séléka compte effectivement dans ses rangs des Tchadiens et des Soudanais. D’une manière générale, des hommes et des armes sont arrivés du Congo, du Tchad et du Soudan.


La Centrafrique est devenue le pays malade de la région. Tous les seigneurs de guerre de la zone s’y sont installés et y font de l’argent.



Pour décrire la situation, on parle souvent de deux camps antagonistes: les anti-Balaka, à majorité chrétienne, et les ex-Séléka, à majorité musulmane. Or, trois figures religieuses centrafricaines disent que «ce n’est pas un conflit religieux». Les religions ne sont-elles pas instrumentalisées? N’y a-t-il pas, derrière, des fractures ethniques et régionales?


Les anti-Balaka n’ont rien de chrétiens. Ils sont couverts de grigris et de talismans pour détourner les balles. Ce sont surtout des animistes qui passent leur temps chez le sorcier !



Il n’y a pas deux camps, mais des dizaines de groupes armés qui s’affrontent. Et au milieu, il y a un gouvernement inefficace.



La Séléka (qui veut dire «coalition» en langue sango) était au départ un regroupement de groupes à base ethnique, notamment roungas et goulas, rejoints par des mercenaires tchadiens et soudanais. Mais cette coalition a volé en éclat très rapidement et a ainsi été la matrice d’une quinzaine de groupes.



Chez les anti-Balaka, il y a également plusieurs tendances. On trouve aussi des groupes armés peuls comme lmouvement 3R ou l'UPC.



La plupart de ces groupes ont une base ethnique et ont une fonction d’auto-défense communautaire. Ainsi, quand on n’a plus de sécurité, comme c’est le cas dans ce pays, on se raccroche à des bandits. Lesquels, un jour, se montrent protecteurs et, le lendemain, abusent de vous. Les communautés utilisent ces groupes armés comme un bouclier. Pour prendre l’exemple de 3R ou de l’UPC, ce sont des bandits qui se présentent comme les défenseurs des Peuls maltraités. Il en va de même pour les autres mouvements.


Pour résumer, on peut dire qu’on est là dans une situation basique: quand on n’a plus de sécurité, on bricole sa propre sécurité avec ce qu’on a à sa disposition. On est ainsi amené à utiliser des bandes armées, tout en s’en plaignant. Dans la mesure où il n’y a plus d’Etat centrafricain, les différentes ethnies doivent se débrouiller. On assiste ainsi à une communautarisation de fait.



Qu’est ce qui pourrait aider à résoudre le conflit?


Pas l’Etat ! Il n’a jamais été fort et il a toujours été oppresseur.


D’une manière générale, il n’y a pas de solution magique. On est dans une crise longue. Les Centrafricains pensaient au départ qu’elle durerait deux ou trois ans. Ils comprennent maintenant la réalité de la situation.


De son côté, l’ONU voudrait envoyer 900 casques bleus supplémentaires. Ils sont nécessaires pour reprendre le contrôle de certaines villes. Mais cela ne va pas résoudre la crise.


Le mandat de la Minusca court jusqu’au 15 novembre 2017. L’approche qu’elle a du conflit est un échec. Reste à savoir si cette approche changera après le renouvellement du mandat. En clair, on verra si les forces de l’ONU auront moins de tâches qu’aujourd’hui et si elles se concentreront davantage sur la protection des civils et les négociations politiques avec les groupes armés.


Peut-on mener des négociations politiques avec des gens dont vous dites vous-même que ce sont des bandits…?


Soit on les neutralise, soit on négocie avec eux. Il n’y a pas de troisième alternative.

 

Par Laurent Ribadeau Dumas

 

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 16:35
Nouvelles nationales sur RJDH
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Centrafrique : 144 nouveaux soldats formés en Guinée Equatoriale

 

PAR FLEURY AGOU LE 30 OCTOBRE 2017

 

BANGUI, 30 octobre 2017 (RJDH)–Le Chef d’Etat centrafricain, Faustin Archange Touadera, accompagné de la Ministre de la Défense nationale, Mme Marie-Noëlle Koyara et du Général de Brigade Ludovic Ngaïfeï, Chef d’Etat-Major des Forces Armées Centrafricaines (FACA) étaient présents ce 28 octobre en Guinée Equatoriale pour assister à la cérémonie de fin de formation de nouveaux militaires de la RCA.

 

Pour redynamiser l’outil de défense militaire et en vue d’accélérer le recyclage des FACA, 144 jeunes centrafricains ont été envoyés en Guinée Equatoriale afin de faire d’eux « un soldat, un combattant et un bon citoyen ».

 

Après avoir achevé la formation initiale destinée aux militaires du rang sous la férule d’instructeurs israéliens, et aptes  à servir dans le métier des armes, ces jeunes soldats ont eu droit à une prise d’armes à l’académie de la Police Obiang, présidée par Faustin Archange Touadera et son homologue guinéen, Obiang Nguema Mbasogo, a rapporté la Présidence Centrafricaine.

 

Lors de cette la cérémonie marquant la fin de leur formation, ces militaires ont démontré leurs savoirs dans des exercices de combats, de tirs et d’arts martiaux.

 

Cette démarche d’accélérer la formation des FACA et de redynamiser l’outil de défense est saluée par les centrafricains qui au même moment ont encouragé la coopération sud-sud. Après Malabo, le Rwanda a ouvert la porte de ses centres de formation à « 202 militaires centrafricains », a indiqué toujours la Présidence.

 

La question du redéploiement des FACA était au centre des différentes rencontres du SG de l’ONU, Antonio Guterres  avec les centrafricains. Sur cette question « le Président Touadera a déclaré à Bangui le 24 octobre à l’occasion de la célébration de la Journée des Nations Unies 2017 en présence du S.G de l’ONU que les FACA allaient être déployées aux côtés des Casques bleus dans les mois à venir ».

 

Les formations à l’extérieur du pays devraient être certifiées par la mission européenne EUTM-RCA, en charge de recycler les FACA dont leur opérationnalisation est très attendue par la population, meurtrie par la crise depuis 2013.

 

 

Avis contradictoire des responsables de l’ONU sur la crise en Centrafrique

 

PAR FLEURY AGOU LE 30 OCTOBRE 2017

 

BANGUI, 30 octobre 2017 (RJDH)–En clôturant sa visite en terre centrafricaine, Antonio Guterres le Secrétaire Général de l’ONU a rappelé que « la République Centrafricaine n’est plus face à une situation de génocide », une déclaration qui contredit celle de Mr Stephen O’Brien, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires.

 

Dans une République Centrafricaine où le Nord et l’Est sont écumés par des bandes armées qui excellent dans la violence sur la population civile, était arrivée le 24 octobre 2017 le SG de l’ONU, Antonio Guterres. A la fin de ses quatre (04) jours de mission, Antonio Guterres a conféré avec la presse nationale et internationale. Il a déclaré que « la République Centrafricaine n’est plus face à une situation de génocide ».

 

Devant la presse, le SG de l’ONU a désavoué les propos de son adjoint pour les Affaires humanitaires, Mr Stephen O’Brien qui soulignait en août qu’il y a des « signes avant-coureurs de génocide » en Centrafrique. Ce terme «génocide » n’était pas apprécié par le Département des opérations de maintien de la paix, mais tous notaient l’urgence de renforcer l’effectif de la Minusca.

 

Adama Dieng, Conseiller spécial du secrétaire Général de l’ONU pour la prévention du génocide, lors de sa visite en Centrafrique du 6 au 11 octobre 2017, est resté au centre,  « je ne peux pas dire qu’il y’a un risque de génocide, mais je dirais tout simplement qu’il faut rester vigilant. Il y’a des indicateurs que sont la prolifération des groupes armés, la faiblesse des structures de l’Etat », avant de mettre en garde des responsables d’atrocités et « ceux qui instrumentalisent et incitent à la haine ethnique et confessionnelle », avait-il confié à la presse.

 

Ces points de vue combien contradictoires des hauts responsables des Nations Unies sur la situation qui prévaut en Centrafrique n’étonnent point sur la gestion de la crise. Ils dénotent l’absence d’unanimité dans le traitement de la crise et de réactivité de l’ONU face aux groupes armés

 

Mais,  les centrafricains ont d’une seule voie, demandé à l’ONU de traquer les groupes armés et d’utiliser la manière forte pour protéger la population civile afin d’éviter que les bandits armés s’attaquent à des communautés pour faire croire qu’il s’agit d’une crise confessionnelle et s’enrichir de l’économie de guerre.

 

Le mandat de M. Stephen O’Brien (Royaume-Uni) est à terme, il sera remplacé par son compatriote M. Mark Lowcock. Ce dernier traine plus de 30 ans d’expérience dans la conduite et la gestion d’interventions humanitaires à travers le monde, et des compétences stratégiques en matière de développement international.

 

 

Centrafrique : Environ 58 enfants en attente de jugement à Bangui

 

PAR AUGUSTE BATI-KALAMET LE 30 OCTOBRE 2017

 

BANGUI, 30 Octobre 2017 (RJDH)—58 enfants en conflit avec la loi sont en attente de leur jugement à Bangui dont 22 en instance de jugement et 36 en instruction. Information confirmée par le magistrat Thierry François Moskit près le tribunal pour enfant à Bangui.

 

Parmi ces dossiers en instruction figurent ceux des enfants associés aux groupes armés qui seront jugés après la session criminelle de juin dernier. L’annonce de leur jugement est faite au RJDH alors que des personnalités sont nommées près le tribunal pour enfant. Leur prise de service dépendra de l’avancement des dossiers en instruction.

 

Selon le président du tribunal pour enfants Thierry François Moskit, plusieurs enfants sont poursuivis pour attentat  à la pudeur et viol. Il présente aussi le record quant aux enfants associés aux groupes armés, « les enfants dont la tranche d’âge varie de 13 à 17 ans sont présumés auteurs de plusieurs infractions dont l’attentat à la pudeur, viol etc. On note 22 dossiers en instance de jugement et 36 autres en instruction. Nous avons enregistré deux dossiers des enfants associés aux groupes armés», précise-t-il, avant de relever que « les enfants qui sont enrôlés dans les groupes armés sont en état d’infraction permanente. Ils doivent être traqués et jugés », a-t-il indiqué.

 

Après les prononcés de jugement, les enfants condamnés vont purger leur peine dans les cellules préparées à cet effet à la Prison Centrale de Ngaragba à Bangui. « A la maison d’arrêt de Ngaragba, le ministère avec les partenaires ont aménagé une chambre de détention pour les enfants jugés. Nous vous informons que quatre enfants condamnés sont à la maison centrale de Ngaragba, trois sont scolarisés et un subit une formation socioprofessionnelle. Lorsque les verdicts des 22 dossiers seront tombés, le ministère prendra toutes ses responsabilités pour protéger ces enfants selon les normes », a-t-il ajouté.

 

Il met l’accent sur l’aspect correctionnel selon les dispositions prévues par le code pénal en vigueur « le code pénale  centrafricain est aussi appliqué aux enfants, vu que l’attentat à la pudeur est condamné de deux à cinq ans et le viol est condamné à une peine maximale. Par contre une mesure aléatoire a été adoptée pour les causes des enfants en situation d’infraction. Mais il n’existe pas d’exception selon le code pénal, parce que les mêmes sanctions sont appliquées pour les mineurs et pour les adultes », a développé Thierry François Moskit.

 

Ces annonces sont faites dans un contexte où l’Unicef dans son rapport de juin dernier déplore la présence d’au moins 10.000 enfants dans les rangs des groupes armés.

 

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 16:25
Nouvelles nationales sur Xinhua
Nouvelles nationales sur Xinhua
Nouvelles nationales sur Xinhua

 

 

 

Le chef de l'ONU déplore l'extrême pauvreté ravageant la République centrafricaine

 

30/10/17 (Xinhua)

 

S'adressant aux députés centrafricains, le secrétaire général des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres, a dit déplorer l'extrême pauvreté à laquelle fait face la République centrafricaine (RCA) et la dépendance de ce pays vis-à-vis de l'aide extérieure, a constaté vendredi Xinhua.

 

M. Guterres a affirmé que "l'insécurité, l'accentuation de la crise humanitaire, le sentiment d'exclusion, l'absence de l'Etat dans certaines régions, l'absence d'infrastructures sociales de base, par exemple d'écoles et d'hôpitaux" expliquent la situation fragile de la RCA.

 

Selon lui, "les groupes armés rendent plus compliquée la gestion de la sécurité, du fait que les civils et les casques bleus sont les cibles d'attaques", ajoutant que "la RCA est le pays dans lequel le plus d'humanitaires ont été tués cette année".

 

Il a annoncé aux députés qu'il soumettra "au Conseil de sécurité la nécessité d'augmenter l'effectif des forces de la MINUSCA, dans le but d'améliorer sa capacité d'action". Certains observateurs affirment qu'il pourrait s'agir d'une augmentation de 900 hommes.

 

Reconnaissant que les forces onusiennes seules ne peuvent rétablir la paix dans ce pays en crise, le chef de l'ONU a jugé qu'il était temps de doter les forces armées centrafricaines (FACA) d'armes et de les déployer dans les zones les moins dangereuses, laissant les zones les plus risquées aux forces onusiennes, afin de rétablir la paix sans discrimination.

 

Il a indiqué que les FACA pourront remplacer au fur et à mesure les forces onusiennes, puisque le destin du peuple centrafricain dépend de son gouvernement.

 

Sur le plan humanitaire, M. Guterres a déploré que l'attention de la communauté internationale soit détournée par la menace nucléaire en RPDC et au Moyen-Orient et que la crise centrafricaine semble être oubliée. Cette perception a pour conséquence une mobilisation de seulement 40% des ressources.

 

Il a souhaité que la communauté internationale apporte son soutien à la RCA, lui permettant d'élaborer un programme de développement devant profiter aux zones rurales afin de redonner vie aux hôpitaux, aux écoles, et de réhabiliter les routes, pour éviter qu'un voyage entre Bangui et Bangassou ne prenne trois semaines.

 

 

Centrafrique : des cadavres jonchent encore le sol à Batangafo

 

30/10/17 (Xinhua)

 

Il est impossible de ramasser les cadavres laissés par les affrontements armés entre ex-séléka et antibalaka et de les enterrer dignement, a appris dimanche Xinhua auprès de la députée de la ville centrafricaine de Batangafo (nord), Rachel Ninga Wong Mallo Mbaikandji.

 

"Depuis une semaine, la localité de Batangafo est attaquée par des groupes armés assimilés aux ex-séléka venus des villes centrafricaines de Kabo et de Kaga-Bandoro (centre-nord) et qui se sont heurtés à la résistance de quelques antibalaka dans le village Saragba", a-t-elle indiqué.

 

"Il y a beaucoup de blessés et de morts, qui jonchent le sol et que personne n'est en mesure de ramasser pour une inhumation digne", a-t-elle poursuivi. Elle a lancé un appel pour que les belligérants ouvre un couloir permettant l'accès des organisations humanitaires, la Croix-Rouge notamment, qui se sont retirés de la plupart des villes centrafricaines.

 

Le village dans lequel l'affrontement a eu lieu se situe à seulement un kilomètre du centre-ville de Batangafo, où vivent à peine 6.000 personnes.

 

Au moment où le secrétaire général de l'ONU était en visite en République centrafricaine, des ex-séléka, partis des villes centrafricaines de Kabo et Kaga-Bandoro à bord de 8 véhicules et 26 motos, ont incendié plus de 2.500 cases sur leur passage, sans épargner les greniers, selon des témoins locaux. La ville même de Batangafo a été entièrement pillée et les rebelles ne se sont pas encore retirés.

 

Jusque-là, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) s'est abstenue de tout commentaire, ne sachant pas très exactement ce qui se passe dans cette partie du pays.

 

 

Centrafrique retour à Bangui de 144 soldats centrafricains entièrement formés en Guinée équatoriale

 

French.china.org.cn | Mis à jour le 31-10-2017

 

144 soldats des Forces armées centrafricaines (FACA) entièrement formés par la Guinée équatoriale sur son territoire dans le but d'en faire une force spéciale ont regagné Bangui six mois plus tard, a constaté lundi Xinhua.

 

"Cette unité aura pour mission de lutter contre le terrorisme et assurer la protection des dignitaires du pays", a indiqué une source proche de la présidence de la République.

 

A la fin de la formation de ces FACA le 28 octobre dernier, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra s'était personnellement rendu en Guinée équatoriale et, aux côtés de son homologue Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a assisté à des démonstrations d'acquisition de connaissances militaires.

 

Les simulations ont concerné le corps à corps avec arme blanche ou fusils, une riposte lors d'une prise d'otage par des terroristes, l'escalade de mur, l'utilisation des échelles au moment des combats, etc.

 

Dans une interview sur la question, M. Touadéra a annoncé que certains pays africains tels que le Rwanda, qui forment actuellement plus de 202 soldats centrafricains, le Congo-Brazzaville et l'Afrique du sud sont disposés à emboîter le pas à la Guinée équatoriale. L'objectif est de constituer une armée de garnison, républicaine et professionnelle.

 

Devant la crise qui persiste en ce moment en République Centrafricaine (RCA), M. Touadéra a plaidé pour la levée de l'embargo, pour permettre d'équiper et de déployer les FACA sur le terrain des opérations, aux côtés des forces de la mission onusienne MINUSCA.

 

A son rythme, la mission de l'Union européenne vient de terminer la formation de deux bataillons, que le président Touadéra se propose de déployer dans les prochaines semaines. Aussi, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres reconnaissait que "dans les pays en crise, les forces onusiennes à elles seules ne pouvaient pas rétablir la paix", histoire d'adhérer à la thèse du réarmement et du déploiement des FACA.

 

Source: Agence de presse Xinhua

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 03:05
De passage en Suisse, l'archevêque de Bangui dénonce le "business de la guerre"

 

 

 

 

https://www.cath.ch 27.10.2017 par Jacques Berset, cath.ch

 

Le conflit sanglant qui a plongé la République Centrafricaine dans un profond chaos n’est pas, comme on le dit trop souvent, un affrontement entre musulmans et chrétiens. C’est une lutte pour s’emparer des richesses du pays, au profit de chefs de guerre et de ceux qui les emploient, confie à cath.ch  le cardinal centrafricain Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, qui milite pour la réconciliation dans son pays.

 

Alors que la République Centrafricaine est à nouveau à feu et à sang et aux trois quarts sous la coupe de diverses milices locales, la presse internationale parle encore trop souvent de combats islamo-chrétiens, à savoir entre groupes armés de l’ex-Séléka (dont les miliciens sont essentiellement des musulmans) et milices anti-Balaka (censées être composées de chrétiens). La situation est bien plus complexe, assure l’archevêque de Bangui.

 

Ce vaste pays de 623’000 km2, peuplé de près de 4,5 millions d’habitants majoritairement chrétiens (à dominante protestante), comptait quelque 10% de musulmans, mais nombre d’entre eux ont été chassés du pays. De terribles exactions sont commises par les milices de tous bords.

 

Une guerre pour les richesses du pays

 

Les rebelles de la Séléka, qui s’étaient emparés de Bangui le 24 mars 2013 et avaient chassé le président d’alors François Bozizé, sont venus du nord-est. “Ce sont en partie des mercenaires venus du Soudan et du Tchad, à l’appel de certains Centrafricains cherchant à s’emparer du pouvoir et des richesses du pays. Ce sont eux qui les ont emmenés à Bangui”, affirme le cardinal Nzapalainga, qui dénonce le “business de la guerre”. Beaucoup, dans ces groupes rebelles, ne parlaient ni le français ni le sango, la langue usuelle en Centrafrique (avec le français, parlé surtout à Bangui, la capitale, ndlr), mais seulement l’arabe!

 

Ces mercenaires voulaient être payés pour leurs services et ils ont trouvé les caisses vides à leur arrivée à Bangui: l’ancien président n’avait rien laissé. “Nous avons fait le job et nous voulons notre récompense, ont-ils dit. Ils ont commencé à piller et à commettre des exactions contre la population, des viols, des incendies, des destructions. C’est ainsi que sont nées les milices anti-Balaka, pour les combattre”.

 

“On est bien loin ici du christianisme!”

 

“Ces jeunes qui ont tout perdu n’ont plus rien à perdre et veulent à tout prix se venger. Cela n’a rien de religieux”. Ces milices ‘chrétiennes’ portant des gri-gris se font ‘vacciner’ dans la brousse avec des médicaments traditionnels. “On est bien loin ici du christianisme!”

 

C’est le président François Bozizé, confronté alors aux Séléka, qui a divisé la population en organisant des campagnes anti-musulmanes dans le seul but de se maintenir au pouvoir. Il avait créé et mis en place la Coalition citoyenne d’opposition aux rébellions armées, la milice Cocora, pour alimenter le sentiment anti-musulman, en demandant de résister aux “salafistes” et aux “djihadistes”. “Avant, l’antagonisme chrétiens-musulmans n’existait pas, il y avait des couples mixtes, mais il a instrumentalisé la fibre religieuse à des fins politiques”.

 

La fibre religieuse instrumentalisée

 

Aussi Mgr Dieudonné Nzapalainga, engagé en première ligne pour le processus de paix, refuse-t-il d’accuser l’une ou l’autre communauté, car “c’est l’ensemble du peuple, à la base, qui souffre des exactions des milices, à quelque communauté qu’il appartienne…”

 

“Croyez-vous que c’est un conflit entre chrétiens et musulmans, alors que j’ai accueilli durant six mois à l’évêché le président du Conseil musulman de Centrafrique, l’imam de Bangui Oumar Kobine Layama et sa famille ? Ensemble, avec lui et le pasteur Nicolas Guérékoyame-Gbangou, président de l’Alliance des évangéliques en Centrafrique (AEC), nous avons fondé la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique PCRC, et cela dès le début des troubles en 2013”.

 

“L’argument religieux est un alibi”

 

Preuve supplémentaire que le conflit n’est pas religieux: quelque 2’000 musulmans sont réfugiés dans la cathédrale et le petit séminaire St-Louis de Bangassou, au sud-est, sous la protection de l’évêque, Mgr Juan José Aguirre Munoz. Ils sont assiégés par les miliciens anti-Balaka, qui cherchent à les mettre à mort.

 

“L’argument religieux est un alibi et nous dénonçons de toutes nos forces cette instrumentalisation. Aucune autorité religieuse musulmane ou chrétienne n’a appelé les Centrafricains à prendre les armes les uns contre les autres. Pour nous, c’est un conflit politique même si nos églises et nos mosquées ont été profanées. Dans ce chaos, il faut rappeler la responsabilité du régime de Bozizé…”

 

Mauvaise gouvernance

 

“Notre problème vient de la mauvaise gouvernance. Quand un président arrive au pouvoir, il place aux postes de responsabilité toute sa famille, tous les membres de sa tribu ou de son ethnie…. Il les place partout, car il n’a pas confiance aux autres. Au niveau militaire, c’est pareil: c’est une armée tribale, alors qu’il faudrait une armée nationale. Il n’y a pas d’esprit national dans notre pays. Quand on est à l’armée, on ne meurt pas pour la patrie, mais pour le groupe, la tribu…”

 

Un autre problème que note l’archevêque de Bangui: la déliquescence de l’éducation et l’obsolescence des infrastructures scolaires, sanitaires, routières, etc. “L’Etat est totalement absent dans les provinces, il fait de la figuration… L’argent envoyé de l’étranger disparaît avant d’être utilisé pour réaliser les projets de développement… Il retourne d’où il est venu, sur des comptes bancaires à l’étranger. On ne voit pas d’effets sur la population, la pauvreté reste endémique. Il n’y a plus de scolarité normale depuis 10 ou 15 ans: elle ne dure que 5 ou 6 mois, en raison des coups d’Etat, de situations de guerre, du fait que les professeurs ne sont pas payés. En parlant des jeunes, je dis que c’est une génération sacrifiée”.

 

Une génération sacrifiée

 

L’archevêque de Bangui remarque que la corruption permet aux enfants des plus riches d’acheter leurs diplômes. “Ces jeunes ont toujours ‘marché avec des béquilles’, car leurs parents payaient pour qu’ils aient des bonnes notes. Mais quand ils veulent aller à l’Université en France, ils n’ont pas le niveau, et là, on ne peut plus ‘mouiller la barbe’, il n’y a plus la possibilité de verser des dessous-de-table”.

 

“Il y a deux ans, 95 jeunes, venant d’une vingtaine d’établissements secondaires de Bangui, se sont présentés aux examens pour entrer au moyen séminaire St-Paul. Beaucoup avaient le niveau BEP, mais aucun n’a réussi le test, parce que les correcteurs étaient des prêtres. Il n’y avait plus là ni corruption ni manigance! On voit là que notre éducation est vraiment ‘en lambeaux’ et que tout doit être reconstruit”.

 

L’éducation, clé pour sortir du conflit

 

Mais le cardinal Nzapalainga ne se contente pas de dénoncer cette situation: il s’engage et a déjà fait construire dix écoles villageoises, grâce à des subventions de la Conférence épiscopale italienne. “C’est 50’000 euros l’école, et je dois trouver de l’argent pour en construire 40 autres!”

 

Pour l’évêque de Bangui, tant de jeunes ont basculé dans l’irrationalité et l’absurde en raison du conflit et des traumatismes qu’ils ont vécus. Il faut donc créer des lieux de communication, où ces personnes traumatisées peuvent parler et échanger. Une Plateforme des jeunes où se rencontrent musulmans, catholiques et protestants a été mise sur pied, ainsi qu’une Plateforme des femmes croyantes. “Nous devons parler ensemble, c’est une thérapie pour désamorcer les esprits et les cœurs gorgés de haine et de vengeance!” (cath.ch/be)

 

XIe Journée nationale pour les chrétiens discriminés et persécutés

 

Cath.ch a rencontré le 26 octobre 2017 Mgr Dieudonné Nzapalainga, un religieux spiritain centrafricain de 50 ans, créé cardinal en novembre dernier par le pape François. L’archevêque de Bangui est invité en Suisse romande et au Tessin pour témoigner à l’occasion de la XIe Journée nationale pour les chrétiens discriminés et persécutés, organisée du 27 au 29 octobre 2017 par l’œuvre d’entraide catholique Aide à l’Eglise en Détresse (AED).

 

Mgr Nzapalainga, né le 14 mars 1967 à Bangassou, a obtenu sa licence en théologie à la faculté jésuite du Centre Sèvres à Paris. Il fut de 1998 à 2005 aumônier auprès des Apprentis d’Auteuil à Marseille. Après avoir été nommé administrateur apostolique de Bangui en 2009, il en devient l’archevêque en mai 2012.

 

Il sera présent dimanche 29 octobre à 11h, lors de la messe célébrée en l’église St-Joseph à Genève (Place des Eaux-Vives), en compagnie de l’abbé Pascal Desthieux, vicaire épiscopal, et de Mgr Pierre Farine, évêque émérite. JB

 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 02:41
Centrafrique : fin de la visite de Guterres pour un renforcement de la Minusca
Centrafrique : fin de la visite de Guterres pour un renforcement de la Minusca
Centrafrique : fin de la visite de Guterres pour un renforcement de la Minusca

 

 

 

 

Bangui 27 OCTOBRE 2017  (AFP)  Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a achevé vendredi soir une visite de quatre jours en Centrafrique en réitérant son plaidoyer pour un renforcement des capacités de la mission de l’ONU, dans un pays ravagé par les violences qui ont fait des centaines de morts civils ces derniers mois.

 

A l’aéroport, il a répété vouloir "tout faire pour que le Conseil de sécurité puisse approuver le renforcement de la mission des Nations unies" en Centrafrique (Minusca) et "tout faire pour augmenter son efficacité et sa capacité sur le terrain".

 

Vendredi, les députés centrafricains ont demandé que la Minusca se mobilise davantage pour protéger les civils contre les groupes armés, qui contrôlent quatorze des seize préfectures du pays, selon les observateurs. Le président de l’Assemblée nationale, Abdoul Karim Meckassoua, a attend des "actes" après les "paroles" de M. Guterres.

 

"Quel est donc le mandat de cette force ? Ne peut-on pas faire plus ou mieux ?", a-t-il demandé.

 

Accusés par leurs détracteurs de "passivité" et parfois même de "collusion" face aux groupes armés, les contingents onusiens font aussi face à une avalanche d’accusations d’agressions sexuelles. En juin, un bataillon de plus de 600 soldats du Congo-Brazzaville avait été renvoyé chez lui après des accusations d’agressions sexuelles et divers trafics. En 2016, 120 Casques bleus de la même nationalité avaient déjà été renvoyés pour les mêmes motifs.

 

L’ancien Premier ministre, Anicet-Georges Dologuélé, a exhorté la Minusca à reproduire les opérations militaires coup de poing telles que celles de Bambari (avril) et Bocaranga (octobre), qui ont pu chasser les milices hors de ces villes.

 

Rappelant que la mission devrait être à terme remplacée par les Forces armées centrafricaines (FACA), M. Guterres a promis à la tribune de l’Assemblée d’"accélérer le processus de renforcement et de redéploiement des FACA en étroite coopération avec la Minusca".

 

Mardi, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra avait déclaré que les premières forces formées par l’Union européenne seraient déployées d’ici à trois mois - et ce, malgré un embargo sur l’acquisition d’armes imposé par l’ONU depuis 2013.

 

 - ’Des choses à améliorer’ –

 

Pays extrêmement pauvre mais riche en minerais, la Centrafrique est embourbée dans un conflit depuis le renversement en 2013 du président François Bozizé par la coalition promusulmane de l’ex-Séléka, entraînant une contre-offensive des milices prochrétiens autoproclamées d’"autodéfense" des antibalaka (antimachettes).

 

L’ONU a lancé une mission de maintien de la paix en avril 2014, et les tentatives ont été nombreuses pour sortir le pays de la crise : intervention de la France (Sangaris, 2013-2016), des Nations unies, avalanches de sommets et forums, médiations internationales...

 

L’élection démocratique en 2016 du président Touadéra, (soutenu par l’ONU et la France) avait suscité une vague d’espoir mais n’a pas réussi jusqu’à présent à restaurer l’autorité de l’Etat. 

 

La Minusca, qui peine à rétablir l’ordre, a perdu 12 soldats depuis début 2017."Il y a certainement des choses à améliorer...mais soyons justes, voyez le sacrifice d’un si grand nombre soldats", a lancé le secrétaire général aux députés centrafricains vendredi matin, répondant à leurs critiques.

 

Sur le plan humanitaire, M. Guterres a promis de "faire un plaidoyer pour augmenter l’aide humanitaire qui malheureusement reste déficitaire d’une façon tragique".Fin octobre, seulement 30% des financements humanitaires demandés avaient été versés.

 

Le patron de l’ONU a enfin déclaré - avant de s’envoler pour Yaoundé, où il rencontra le président Biya quelques heures - que le pays n’était "pas face à une situation de génocide", alors qu’un haut responsable onusien avait déclaré fin août qu’il existait des "signes avant-coureurs de génocide" dans le pays, suscitant d’intenses débats et réactions.

 

Mercredi, M. Guterres avait visité Bangassou, à 700 km à l’est de Bangui, au coeur d’une région théâtre de meurtriers affrontements ces dernières semaines.

 

Les 35.000 habitants de cette ville à majorité chrétienne et frontalière de la RD Congo, vivent depuis mai sous le joug des miliciens antibalaka, prétendant défendre la minorité chrétienne contre les groupes armés peuls et musulmans.

 

Arrivé mardi, pour sa première visite à une mission de paix de l’ONU depuis sa prise de fonctions en janvier, M. Guterres a plaidé à plusieurs reprises pour un renforcement de 900 Casques bleus de la Minusca, déjà forte de plus de 12.500 hommes.

 

Cette demande doit encore être actée par le Conseil de sécurité, qui renouvelle mi-novembre le mandat de la mission.

 

 

 

Centrafrique : Les forces vives de la nation plaident pour la réadaptation du mandat de la Minusca

 

PAR SYLVESTRE SOKAMBI LE 27 OCTOBRE 2017

 

BANGUI, 27 octobre 2017(RJDH)—Les différentes forces vives de la nation reçues par le Secrétaire Général des Nations-Unies en visite dans le pays, ont souhaité que le mandat de la Minusca soit réadapté. Elles l’ont fait savoir à Antonio Guterres, numéro 1 des Nations Unies.

 

Adapter le mandat de la Minusca aux défis qu’impose la complexité de la crise centrafricaine, c’est la ligne défendue par la quasi-totalité des forces vives de la nation centrafricaine devant le Secrétaire Général des Nations-Unies.

 

Dans une déclaration commune, les partis politique de la majorité présidentielle ont défendu cette ligne qui, selon eux pourrait permettre aux forces internationales de faire face à la complexité de la crise actuelle, « nous invitons le Secrétaire Général des Nations Unies à saisir le Conseil de Sécurité afin que le mandat de la MINUSCA soit réadapté à la nature des périls et des menaces multiformes auxquels fait face la République Centrafricaine ». Les partis politiques de la majorité ont aussi plaidé pour la projection des forces nationales au côté des casques bleus comme l’a souhaité la vieille, Faustin Archange Touadera.

 

Le leader de l’opposition et président de l’URCA, Anicet Georges Dologuelé reconnait l’accord des forces vives sur ce principe. Pour lui, il faut que le mandat soit plus offensif afin de permettre aux forces internationales de faire face aux attaques des groupes armés, « nous disons tous la même chose mais je pense qu’il faut que le mandat soit offensif pour faire en sorte que les groupes armés sachent qu’il y a une force de l’autre côté », explique-t-il.

 

Eddy-Symphorien Kparékouti, président du Parti de l’Unité et de la Reconstruction (PUR), souhaite qu’à « partir de cette visite, une prise de conscience collective se dégage afin de pousser les Centrafricains à savoir que la solution à cette crise ne pourrait venir que des nationaux », confie ce leader politique qui défend aussi l’utilisation des forces armées centrafricaines, « nous avons tout tenté dans ce pays. La seule carte qui nous reste est celle des Faca dont nous exigeons le déploiement rapide. En réalité, c’est à travers ces forces que sera amorcée la véritable réponse parce que nos forces ont une certaine maitrise du conflit que les casques bleus n’ont pas. Alors nous exigeons que les Nations-Unies, au lieu de nous bombarder avec d’autres soldats de la paix, soutiennent le redéploiement de nos forces ».

 

Les organisations de la société civile devant le Secrétaire Général des Nations-Unies ont plaidé pour le renforcement de capacité des casques bleus et leur prompte réaction face aux exactions des groupes armés.

 

Le 18 octobre dernier, le SG des Nations Unies avait demandé 900 casques bleus supplémentaires pour la Minusca. Antonio Guterres a réitéré cette demande lors de sa visite à Bangui où il a aussi plaidé pour plus de financement en faveur des actions humanitaires.

 

Selon plusieurs sources diplomatiques, l’augmentation des effectifs des soldats de la paix a plus de chance d’être retenu par le conseil de sécurité qui devrait d’ici le 15 novembre prochain, procéder au renouvellement du mandat de la mission onusienne en RCA. Déployée en Centrafrique en septembre 2014, la Minusca compte aujourd’hui 12342 soldats de la paix.

 

 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 02:30

 

 



La mission de maintien de la paix de l'ONU devrait être reconduite et renforcée



(Nairobi, le 27 octobre 2017) – Les violences contre les civils sont en forte hausse depuis quelques mois dans les régions du centre-sud et sud-est de la République centrafricaine, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Afin de protéger les populations exposées, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait proroger le mandat de la mission de maintien de la paix de l'ONU, avant son expiration le 15 novembre 2017, et approuver la demande d'un renfort de 900 troupes supplémentaires formulée le 18 octobre par le Secrétaire général António Guterres. 


Les forces de maintien de la paix de l'ONU ont joué un rôle important dans la protection des civils dans de nombreuses circonstances ; le Conseil de sécurité, qui se compose de 15 membres, devrait octroyer à cette mission de maintien de la paix, la MINUSCA, les ressources supplémentaires dont l'ONU affirme avoir besoin pour protéger les civils contre les agressions, y compris les abus sexuels.

 
« La fréquence des meurtres de civils en République centrafricaine en 2017 est alarmante et dans de nombreuses régions du pays, les civils ont désespérément besoin de protection », a déclaré Lewis Mudge, chercheur senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le Conseil de sécurité devrait donner à la mission les ressources dont elle a besoin pour protéger les civils, notamment un nombre de troupes suffisant pour faire face à la résurgence des violences qui les menacent et pour protéger les camps de personnes déplacées. »

 
En août, septembre et octobre, Human Rights Watch a documenté les meurtres d'au moins 249 civils perpétrés depuis mai par des groupes armés, pour la plupart dans les régions du centre-sud et sud-est du pays. Ce chiffre ne représente toutefois pas le nombre total de civils tués dans tout le pays, ni les nombreux meurtres commis dans des zones reculées et difficiles d'accès.

  
Human Rights Watch a également documenté 25 cas de viols commis durant la même période par des membres de groupes armés dans la province de Basse-Kotto, qui s'inscrivent dans une tendance des groupes armés à recourir systématiquement au viol et aux abus sexuels contre les femmes et les filles, observée au cours de ces cinq dernières années. 


Human Rights Watch a constaté, dans les cas documentés, que lorsque les militaires de maintien de la paix de l'ONU étaient à proximité ou pouvaient être déployés rapidement, ils étaient capables de contribuer à faire cesser les attaques contre les civils, ou de limiter les violences et sauver des vies. Dans d'autres cas, l'absence de ces troupes dans une zone a laissé les civils sans protection. Dix militaires de maintien de la paix ont été tués en 2017 dans des attaques commises à travers le pays par des groupes armés.


Les affrontements actuellement en cours ont forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs domiciles depuis mai, portant lenombre total des personnes déplacées à l'intérieur des frontières à 600 300, selon des chiffres de l'ONU, et le nombre total des réfugiés à 518 200, soit les niveaux les plus hauts depuis le milieu de l'année 2014. 


La plupart des abus documentés par Human Rights Watch ont été commis par des factions des rebelles de la Séléka, notamment l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) et le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), ainsi que par les forces anti-balaka. Certains meurtres ont été perpétrés par des hommes armés qui n'appartenaient apparemment à aucun de ces groupes. 


Dans la province de Basse-Kotto, Human Rights Watch a documenté les meurtres de 188 civils entre mai et août, résultant d'attaques contre des civils lors d'hostilités entre des forces de l'UPC et anti-balaka, ainsi que les 25 viols mentionnés ci-dessus. Les militaires de maintien de la paix de l'ONU n'étaient pas présents dans la zone quand les attaques ont commencé, mais sont arrivés dans la ville d'Alindao quelques jours après le début des hostilités et ont réussi à faire cesser les agressions contre les civils.  

« Ils m'ont frappée et jetée au sol », a déclaré « Francine », âgée de 34 ans, au sujet des combattants de l'UPC. « Puis ils ont commencé à me violer. Mon fils [âgé de 5 ans] regardait et a voulu m'aider. Mais ils lui ont tiré une balle dans le flanc et il est mort. »


Le 29 juillet, des combattants de la faction MPC de la Séléka ont attaqué un camp pour personnes déplacées à Batangafo et les quartiers alentour, tuant au moins 15 personnes, dont trois qui étaient handicapées, et incendiant environ 230 maisons et huttes de fortune dans le camp. Une des victimes handicapées, Gérard Namsoa, 56 ans, n'a pas pu s'enfuir quand sa maison a été incendiée. « Il a essayé de sortir en rampant mais il n'a pas pu s'échapper à temps », a déclaré l'un de ses proches.

Le 13 mai, des forces anti-balaka ont attaqué le quartier musulman de Tokoyo à Bangassou, dans la province de Mboumou. Neuf survivants qui ont pu s'enfuir jusqu'à Bangui ont estimé que les combattants avaient tué au moins 12 civils, dont l'imam de la ville, Mahamat Saleh, alors qu'ils tentaient de se réfugier dans la mosquée. Les militaires de maintien de la paix ont transporté les musulmans de la mosquée à l'église catholique, où ils continuent de leur fournir une protection. Environ 1 500 civils musulmans sont réfugiés dans ce lieu, selon des sources de l'ONU et des habitants qui ont récemment fui.


Les civils de la région orientale du pays avaient jusqu'ici échappé aux nombreuses attaques ciblées perpétrées ces dernières années en République centrafricaine, mais ils sont maintenant plus vulnérables après le retrait des troupes de l'armée ougandaise et des conseillers militaires américains au début de 2017. Ces forces avaient été déployées dans la région pour lancer des opérations contre l'Armée de résistance du seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA), un groupe armé ougandais.

   
Dans la ville de Zemio, qui bénéficiait auparavant de la protection des troupes ougandaises, au moins 28 civils ont été tués depuis fin juin, notamment lors d'une attaque perpétrée par un groupe armé local le 28 juin et d'une autre attaque par le même groupe contre un camp de personnes déplacées le 17 août. Ces deux attaques, menées par des musulmans armés locaux sans lien évident avec la Séléka, sont perçues comme ayant pu constituer un acte préventif en raison de la présence croissante de miliciens anti-balaka dans ce secteur. Un contingent de la MINUSCA est stationné dans cette ville depuis 2015, mais il n'a pas été en mesure de protéger les civils lors de ces attaques. Depuis ces événements, la plupart des habitants de la ville se sont enfuis en République démocratique du Congo, voisine. 


La MINUSCA a été déployée en République centrafricaine en septembre 2014 et compte actuellement 12 342 membres armés. Aux termes du chapitre VII de la Charte de l'ONU, elle est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la population civile des menaces de violence physique et « mettre en œuvre […] une stratégie de protection des civils à l'échelle de la mission, ». 


Dans les zones les plus exposées aux violences, l'ONU devrait élargir ses patrouilles et, en conformité avec le mandat de la mission, recourir à une force appropriée pour protéger les civils se trouvant sous une menace imminente, a déclaré Human Rights Watch. Le Conseil de sécurité devrait s'assurer que la mission dispose de toutes les ressources dont elle a besoin pour protéger les civils, y compris les 900 troupes supplémentaires demandées par le Secrétaire général.

  
Pour lutter contre la culture bien enracinée de l'impunité pour les crimes de guerre, le gouvernement national, l'ONU et les bailleurs de fonds de la République centrafricaine devraient accentuer leur soutien à la Cour pénale spéciale (CPS) – nouvel organe judiciaire doté de juges et procureurs nationaux et internationaux et mandaté pour enquêter sur les graves violations des droits humains commises dans le pays depuis 2003 et juger leurs responsables. Ce nouveau tribunal offre une chance de faire rendre des comptes aux commandants de toutes les parties au conflit qui se sont rendus responsables de crimes de guerre, a affirmé Human Rights Watch. 


La mission de l'ONU devrait continuer à apporter son appui technique et logistique à la CPS, afin d'assurer qu'elle puisse rapidement devenir opérationnelle et effectuer efficacement des enquêtes et des poursuites judiciaires. Les organes nationaux et internationaux devraient également assurer un soutien continu afin de renforcer le système judiciaire national.


« Faire en sorte que les personnes responsables d'abus soient traduites en justice – quel que soit leur grade ou leur poste – est crucial si l'on veut mettre fin aux cycles de violence et d'abus en République centrafricaine », a affirmé Lewis Mudge. « Le gouvernement de Bangui, l'ONU et les habituels bailleurs de fonds du pays devraient faire le nécessaire pour donner à la Cour pénale spéciale les ressources, le personnel et l'appui technique dont elle a besoin. »

République centrafricaine : Les civils pris pour cible dans une nouvelle flambée de violences
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