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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 13:01
Le député Martin ZIGUELE s'exprime sur les problèmes d'insécurité dans le pays

 

 

 

INTERVIEW DANS LE JOURNAL L'HIRONDELLE N°3955 DU JEUDI 16 FÉVRIER 2017

 


L’Hirondelle (LHRD) : Honorable Matin Ziguélé, bonjour ! En votre qualité de Député de Bocaranga 3, la Rédaction de L’hirondelle aimerait bien vous accorder la parole en ce qui concerne votre circonscription. Mais avant tout, on aimerait faire un tour de l’actualité avec vous – actualité qui est marquée aujourd’hui par l’intervention conjointe de la Minusca et les forces de sécurité intérieurs au Km5 ayant abouti à la neutralisation de ceux qui s’opposent à la paix et ainsi à la satisfaction générale des Centrafricains. Malheureusement, les représailles qui en ont suivi ont été à l’origine du départ à nouveau des populations sur les sites des déplacés. Quelle en est votre lecture ?


Martin Ziguélé (MZ) : Bonjour Monsieur le Journaliste ! Je vous remercie pour cette importante question relative à la sécurité que vous me posez. Vous avez également parlé des représailles et des victimes, je voudrais saisir cette occasion pour m’incliner devant la mémoire des victimes et dire toute ma compassion à ceux qui sont blessés, ceux qui ont perdu leurs biens et à toutes les victimes innocentes de cette situation que personne n’a souhaité. Quand j’étais Premier ministre, Jean Paul Sankagui était mon Conseiller en communication jusqu’en 2003 quand on a été évincé. Malheureusement, ces événements lui ont été fatals.


Je voudrais dire plus généralement que ces événements nous rappellent plus que jamais que nous sommes dans une situation d’insécurité grave et que tous les efforts doivent être faits de manière intelligente et efficace pour que le monopole de violence revienne à l’Etat. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’un fait anodin, il s’agit de la primauté de l’Etat qui doit imposer son impérium sur le plan sécuritaire dans toute la République centrafricaine. Le problème que nous vivons commence à lasser tout le monde, que ce soit nous les Centrafricains qui ne croyons pas à la violence ou les amis qui viennent d’ailleurs pour nous aider. Tout le monde commence à s’interroger si nous voulons réellement la paix. C’est pour cela que j’encourage tous ceux qui travaillent pour la restauration de l’autorité de l’Etat, pour la restauration de l’autorité s'imposant à tous, pour la réconciliation véritable et pour la cohésion sociale à aller de l’avant malgré cette situation déplorable.

 

LHRD : Lorsque vous dites que le monopole de violence doit revenir à l’Etat, dans la Ouaka, ce sont des factions rivales des groupes armés qui s’affrontent. Il y en a d’autres qui s’adjugent la mission libératrice de la population en vertu de laquelle elles se combattent. Qu’en dites-vous ?


MZ : Je crois qu’il faut revenir à l’essentiel. Quand on parle de la Ouaka, la Kemo, la Nana Gribizi, de la Basse-Kotto, du Mbomou, etc. ce sont des préfectures que j’ai personnellement sillonnées par route, village par village, en 2007, en 2008, en 2009 et en 2010 et pendant les dernières élections. Ce qui est en train de se passer dans ces contrées de notre pays est tout simplement inadmissible parce que, tout comme pour Bangui, les premières victimes, ce sont d’abord les populations qui ne savent à quel saint se vouer. On ne peut pas faire le bonheur de quelque contre lui-même, en le mettant en insécurité ou on en lui ôtant la vie.


La priorité numéro 1 de tous les Centrafricains qu’ils expriment de toutes les manières possibles, c’est la paix et la sécurité. Ceux qui aujourd’hui ont l’effectivité de la force militaire, c’est-à-dire la Minusca doivent tout mettre en œuvre pour que non seulement ces combats cessent mais aussi que ces mêmes groups armés qui s’étaient inscrits dans le processus du DDRR respectent leur signature. C’est le minimum qu’on puisse leur exiger parce qu’aujourd’hui, nous sommes en présence d’une guerre ouverte et on ne sait pas jusqu’où cela va mener. Une personne qui est décédée aujourd’hui, un bien détruit, des écoles détruites… c’est quelque chose qui est définitivement perdue. C’est pourquoi force doit toujours revenir à la Loi.


La réalité c’est qu’au niveau de Bangui, nous ne savons pas ce qui arrive à nos concitoyens dans l’arrière-pays. Nous risquons un jour de nous réveiller devant une véritable hécatombe.

 

LHRD : L’actualité, c’est aussi l’embargo que les armes à destination de la République centrafricaine qui est à nouveau prolongé jusqu’en janvier 2018. Ce qui est vécu comme un choc au niveau de la population et de l’autre côté, une appréciation assez mitigée. Comment appréciez-vous ce prolongement ?


MZ : Je pense que le devoir d’un homme politique c’est d’être lucide et de tenir un discours de vérité au peuple. Il faut que les Centrafricains sachent que la question de l’embargo, c’est comme une procédure judiciaire devant le tribunal. Vous êtes accusé et on vous prive d’un certain nombre de vos droits. Dès ce moment, il faut réunir les éléments qui prouvent le contraire pour que la sentence soit revue. J’invite donc chaque Centrafricain quel que soit son niveau de responsabilité à étudier le dossier de l’ensemble des faits qui nous sont reprochés, de réunir tous les éléments qui peuvent nous permettre de négocier sereinement la levée de cet embargo.


C’est une question qui touche à la vie de notre pays. Et, je ne m’inscris pas dans la démarche qui consiste à rejeter la responsabilité sur Pierre ou sur Paul. Nous sommes devant une situation et nous sommes en face d’un peuple qui est rituellement massacré. L’urgence de la situation nous impose de regarder de manière sérieuse, sereine et lucide ce qui pourra nous permettre de négocier la levée de l’embargo.


Nous savons qu’à chaque fois que les Nations unies se déploient dans un pays, c’était le cas à RD. Congo, au Soudan, en Côte d'Ivoire et ailleurs, cela s’accompagne toujours des restrictions sur le mouvement des armes. Mais comment dans ces pays les autorités, les citoyens et les personnalités en charge des ces questions ont pu faire pour obtenir la levée de l’embargo ? Il faut qu’on sache cela, en se documentant, en s’organisant politiquement, juridiquement pour défendre notre cas devant le Conseil de sécurité. Et plutôt on le fera, mieux cela vaudra pour notre pays. Donc il ne s’agit pas d’ouvrir des polémiques ou de bagarres théoriques improductives face à la détresse et à l’urgence.

 

LHRD : Revenant à notre sujet premier, Honorable, vous étiez membre d’une délégation des Parlementaires élus de l’Ouham-Pendé à effectuer une mission de bons offices dans la localité pour vous enquérir évidement de ce qui advient dans cette partie du pays, surtout que la population est en situation d’insécurité aggravée. Seulement après cette mission, on constate que la tension n’a pas baissé et la population continue de mourir ou de partir en exode. N’y avait-il pas eu des engagements ou les Elus n’ont-ils pas rempli leur part du contrat et qu’il y ait encore des vies humaines à déplorer ?


MZ : Je dois préciser que cette mission a été décidée à l’initiative des Députés de l’Ouahm-Pendé et d’une partie de la Nana Mambéré. Nous avons demandé au Président de l’Assemblée nationale de nous aider à effectuer cette mission, ce qu’il a fait en nous mettant en contact avec la Minusca qui nous a appuyé.


Nous sommes allés dans l’Ouham-Pendé parce que les populations ce cette préfecture sont en détresse. Ce n’est pas de Bangui que nous allons leur téléphoner pour leur demander comment ils se portent ou bien de faire des commentaires creux ici à Bangui. C’est ainsi que nous avons décidé de nous rendre là-bas sur-place et de rencontrer tous les protagonistes, de discuter avec eux. Arrivés à Paoua, nous nous sommes déplacés dans les bases des rebelles du MPC qui sont alliés à la R-J dans les villages Pougol où nous avons discuté jusqu’à la nuit tombée et puis nous avons repris les discussions le lendemain matin à Gouzé. Nous sommes allés ensuite à Bocaranga où nous avons rencontré les autorités locales, les chefs de villages, les notables, etc. Nous avons également discuté avec les Anti-balaka pendant trois heures d’horloge avant de continuer à Koui. Là-bas, nous avons rencontré le Sultan de Koui Yaya Daouda avant de rencontrer Sidiki et son état-major.

 

A chaque fois, nous expliquions que nous ne sommes pas membres de l’Exécutif, et que par conséquent nous n’avons pas de décision à prendre ni de promesses à leur faire. Mais, nous sommes venus les écouter comme Elus locaux qui ne font pas la distinction entre les Centrafricains quelle que soit leur appartenance confessionnelle. Nous voulons savoir pourquoi des populations qui ont longtemps vécu en symbiose commencent à se massacrer, à s’entretuer, à piller les biens des uns les autres. Dans toutes ces rencontres, notre message est de demander aux groupes armés de donner le gage de leur bonne volonté en se retirant des agglomérations et de rester dans leurs base de cantonnement en dehors des populations civiles pour attendre que le gouvernement puisse mettre en œuvre le DDR.

 

Notre constat est que dans toutes ces localités que nous avons sillonnées, il n’y a pratiquement pas d’autorité locale. A Paoua, le Sous-préfet est absent depuis onze mois pour des raisons de santé ; il y a un Commandant de Brigade à la Gendarmerie mais avec très peu d’éléments et très peu d’armement. Au niveau de la Police, il ya un Commissariat de police mais sans Commissaire ni policiers et bien sûr sans aucune arme. A Bocaranga, il n’y a ni Sous-préfet ni Commandant de Brigade ni un Policier. Pire à Koui, il n’y a aucune autorité. L'autre volet de notre démarche est de faire un plaidoyer auprès du gouvernement pour que les autorités locales, au moins dans les localités où leur sécurité n’est pas directement mise en péril, soient présentes, ne fut-ce qu’à titre dissuasif, pour garder le contact avec la population et d’essayer de sauver ce qui peut être sauvé, car la nature a horreur du vide, dit-on.

 

Nous avons eu des uns et des autres la promesse qu’ils n’utiliseront plus les armes et qu’ils vont se cantonner. La deuxième mission doit être effectuée après le compte rendu que nous avons fait au Président de l'Assemblée nationale avec copie aux autorités et à la Minusca, pour mettre chacun devant ses responsabilités. Nous n’allons pas baisser les bras parce que la situation s’est dégradée, c’est pourquoi notre action de plaidoyer pour la paix doit continuer. Dès que nous aurons construit un consensus autour des taches de la deuxième opération, nous allons nous rendre sur-place. Nous souhaitons que cela soit pour une durée un peu plus longue, le temps d’aller au fond des choses. Dans le cas de Koui et Bocaranga distants de 40 km, les populations vivent ensemble depuis des siècles et se marient entre elles. Mais d’où vient la rupture de confiance ? Il faut identifier cela en allant au fond des choses. Parce que le premier désarmement, c’est le désarmement des cœurs et ensuite les armes peuvent être déposées.

 

Mais notre action doit être accompagnée par des mesures aussi bien administratives par la présence des autorités locales et la présence de la Minusca pour empêcher les groupes armés à attenter à la vie des populations comme nous l’avons vécu récemment.

 

LHRD : Honorable, les groupes armés vous ont certainement fait part de leurs désidératas. En cela, on ne peut pas déjà circonscrire ce qui justifie ces fréquentes attaques et les affrontements entre les groupes d’auto-défense et les rebelles.

 

MZ : Si nous avons rencontré tous ces groupes armés, c’est justement pour savoir pourquoi ils se battent. A chaque fois, la raison est la même : chacun justifie ses actions par des actions précédentes de l’autre groupe contre sa propre communauté. Et lorsque vous observez bien cela, vous trouverez au milieu, le fait qu’il n’y a aucune autorité administrative pour imposer et maintenir la paix civile. Comme je vous l'avais dit la nature a horreur du vide. L’absence de l’autorité de l’Etat fait qu’en cas d’un petit incident, cela entraine immédiatement des représailles et des affrontements entre deux communautés parce que chacun s’identifie d'abord à sa communauté. Donc tout incident est susceptible de devenir un grand événement dramatique.


Nous avons observé tout cela, et nous avons fait des recommandations. Il fallait bien commencer quelque part. La fondation reste la présence de l’autorité de l’Etat et de forces de sécurité intérieure, puis que la Minusca fasse effectivement son travail de protection de la population civile. Cela peut déjà instaurer un climat de sécurité.


Si nous prenons le cas de l’Ouham-Pendé par exemple, il n’y a pas eu ces problèmes jusqu’en 2016. Le problème est né du vide sécuritaire et administratif et chacun groupe armé se prévaut des prérogatives de la puissance publique pour faire exactement qu’il pense vouloir faire.

 

LHRD : La misère et le vol de bétails ne sont-ils pas des facteurs agissants à l’origine de certains affrontements ?

 

MZ : Comme je vous l’ai dit, nous avons discuté avec tout le monde. Nous, Députés, nous sommes à l’écoute de tout le monde et c’est ce que nous avons fait. Chacun a avancé des arguments. Chacun en s’expliquant, incrimine l’autre partie. Mais cela, relève, en temps normal, de l’autorité de l’Etat. Voilà qui nous ramène encore à la présence de l’Etat, puis de la présence effective et efficace de la Minusca pour rétablir le droit. Donc, nous ne pouvons pas nous fonder sur les déclarations d’un groupe pour avancer dans la recherche de la réconciliation. Par contre, nous observons les éléments qui reproduisent systématiquement ces événements et nous disons voilà les cause des problèmes. Et si on travaille sur les causes, les conséquences seront éteintes.

 

LHRD : A l’Assemblée nationale, vos Collègues vous ont confié une lourde charge, celle du Président de la Commission Finances. Parlant de la Table ronde de Bruxelles et selon vous, est-ce qu’il y a des critères ou des conditions à remplir pour que le décaissement de ses fonds soit plus ou moins immédiats, eu égard à l’urgence de la reconstruction nationale telle que souhaitée et voulue par le peuple centrafricain ?

 

MZ : Je pense que c’est une bonne chose que la Table ronde de Bruxelles ait eu lieu et que l’attention de la communauté internationale puisse être toujours portée sur la RCA. Les promesses des dons qui ont été faites s’élèvent, comme vous le savez, à 2,4 milliards de dollars. Effectivement, ces fonds ont été annoncés aussi bien par des institutions politiques comme l’Union européenne que par des institutions financières comme la Banque mondiale et autres ou par des pays sur le plan bilatéral, et par d'autres institutions internationales. Tout naturellement, que ce soit des institutions ou des pays, chacun a ses procédures de décaissement propres. Et, je pense qu’au retour de Bruxelles, le gouvernement a mis en place un Secrétariat Technique et un Comité Directeur Conjoint pour faire en sorte que les promesses qui ont été faites deviennent des réalités. Je crois que c’est la préoccupation de tous.

 

Devant l’urgence des questions auxquelles fait face notre pays, il faut mettre les bouchées doubles. Il faut mobiliser tous les moyens, toutes les bonnes volontés pour que ces décaissements soient effectifs pour faire face aux questions de la sécurité, de la présence de l’Etat sur tout le territoire. Les urgences sont tellement immenses que chaque jour qui passe nous rapproche dangereusement de la mort clinique, j’aillais dire.

 


Mais au-delà des promesses de Bruxelles, il faudra que sur le plan de la mobilisation de ressources au niveau interne, des efforts soient faits pour augmenter ces ressources. Il faut mettre fin à la parafiscalité de fait. Nous devons faire montre de notre volonté de nous aider nous-mêmes, et les autres nous aideront davantage. Toutefois, je dis que l’aide est une nécessité absolue pour notre pays. Je le sais en tant que Député de Bocaranga 3 où lorsqu’on y arrive, c’est le dénuement total sur tous les plans, notamment l’eau, la santé, l’école… C’est comme si la République s’est arrêtée il y a trente à quarante ans.

 

C’est pourquoi chacun de nous doit s’impliquer dans ce processus et rester disponible pour faire en sorte que notre pays ait les moyens de s’en sortir.

 

LHRD : La Loi des Finances de Fiances de cette année table sur un budget d’environ 130 milliards de Francs Cfa de ressources propres, ceci en amélioration par rapport à l’année dernière. Lorsque vous parlez des efforts à faire, à quelle marge de manœuvres faites-vous allusion pour une mobilisation optimale de ressources ?

 

MZ : Je parle sous le contrôle du Ministre des Finances qui a également dit qu’il y a des marges de progression à faire en matière de mobilisation de ressources internes. Je dirais simplement que les ressources intérieures ne sont géographiquement mobilisées aujourd’hui que sur 30 à40% du territoire national, c’est-à-dire Bangui et ses environs, plus les préfectures de la Lobaye, la Sangha Mbaéré, la Mambéré Kadéi, la Nana Mambéré, l'Ombella-Mpoko, une partie de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé et de la Kémo. Donc tout le reste échappe à l’Etat sur le plan fiscal. Cela veut dire que les marges à faire sont liées à la sécurité, car plus l’autorité de l’Etat va accroitre, plus les ressources vont s’accroitre.

 

Aussi au niveau interne, il y a certaines ressources perçues au niveau de certains Départements ou certaines institutions et que nous devons, partant du principe de l’unicité des caisses, chercher à faire rentrer dans le budget de l’Etat. C’est ce que j’identifie comme marges de progressions qui existent en matières de ressources internes et qu’il faut inventorier, mobiliser puis canaliser vers le Trésor Public , et trouver aussi des réponses par rapport à la spécificité de certains Départements qui demandent des décaissements rapides.

 

Toutefois, il faut que devant le miroir, qu’il y ait la totalité des ressources de l’Etat et qu’il y ait également la totalité des dépenses de l’Etat en sorte que le budget de l’Etat soit crédible et que le peuple centrafricain sache que ce qui devrait être prélevé l’a été effectivement et que ce qu’il a autorisé comme dépenses est effectivement réalisé dans l’objectif défini. Il s’agit de faire l’effort d’améliorer chaque jour la transparence et l'efficacité du budget de l’Etat. Ce sera notre principal avocat pour négocier et obtenir des ressources budgétaires additionnelles, comme les aides budgétaires directes.

 

LHRD : Honorable Martin Ziguélé, je vous remercie.

 

Propos recueillis par Sylvestre KROCK

 

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Centrafrique-Presse.com
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 11:15

 

 

 

2017-02-16 09:20:44 xinhua

 

Devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, a déclaré mercredi que la République centrafricaine (RCA), qui se tenait "au bord de l'abîme" il y a encore trois ans, était "en train d'aller de l'avant sous la direction du Président Faustin-Archange Touadéra", malgré la persistance de la violence, selon un communiqué publié mercredi par l'ONU sur son site.

 

"La situation sécuritaire à Bangui, dans son ensemble, s'est progressivement stabilisée au cours de ces derniers mois", a déclaré M. Ladsous soulignant que les violences associées à la transhumance dans le nord-ouest du pays continuaient, contrastant avec le calme relatif qui règne dans la capitale centrafricaine.

 

"Les affrontements en cours entre des factions rivales ex-Séléka, à savoir le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC), minent la région centrale, notamment en portant une connotation ethnique inquiétante", a-t-il alerté. Le Secrétaire général adjoint a averti que ces combats, principalement alimentés par des luttes de pouvoir et des conflits sur le contrôle des ressources, menaçaient de mettre à mal le processus de paix dans le pays et aggravaient une situation humanitaire déjà "alarmante".

 

"La violence qui persiste et la réticence de certains groupes à rejoindre le cadre proposé par le Président Touadéra est une source de grave préoccupation", a poursuivi M. Ladsous. Afin d'y remédier, le Secrétaire général adjoint a appuyé l'Initiative africaine pour la paix et la réconciliation entre le gouvernement et tous les groupes armés dans le pays, lancée notamment par l'Union africaine, qui vise à la résolution du conflit et à l'instauration d'une paix durable.

 

M. Ladsous a souhaité que cette initiative africaine s'appuie sur les efforts du Président Touadéra et a jugé nécessaire que les griefs légitimes des groupes armés ne relèguent pas au second plan les aspirations de la vaste majorité des Centrafricains.

 

"Malgré la situation sécuritaire dans certaines parties du pays, des progrès ont été enregistrés s'agissant du cadre de dialogue formel avec les groupes armés sur le désarmement, la démobilisation, la réintégration et le rapatriement établi par le Président", a-t-il dit, précisant que 12 des 14 groupes armés y participaient.

 

Parmi les autres avancées, le chef des opérations de maintien de la paix a mentionné le lancement d'une campagne nationale de recrutement de 500 policiers et gendarmes, le déploiement prochain d'un premier contingent centrafricain formé par l'Union européenne (UE) et la nomination, annoncée mercredi, d'un procureur spécial auprès de la Cour pénale spéciale.

Le chef des opérations de paix de l'ONU affiche un optimisme prudent sur la situation en République centrafricaine
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Centrafrique-Presse.com
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 10:37
Centrafrique: HRW dénonce des "crimes de guerre" d'un groupe armé

 

 

AFP  16/02/2017

 

Un groupe armé centrafricain, issue de l'ex-rébellion séléka, a assassiné en décembre 32 civils dans une localité du centre du pays, a dénoncé jeudi l'organisation de défense des droits de l'homme HRW, qualifiant ces exécutions de "crimes de guerre".

 

"Dans la ville de Bakala, le 12 décembre (2016 ndlr), des rebelles de l'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) ont exécuté 25 personnes qui avaient été convoquées dans une école pour ce qu'elles croyaient être une réunion", indique un communiqué de Human Rights Watch (HRW).

 


"Plus tôt ce jour-là, un groupe de combattants de l'UPC avait également détenu et exécuté sept hommes qui revenaient d'une mine d'or à proximité", ajoute l'organisation.

 


"Ces exécutions sont des crimes de guerre flagrants commis par des combattants de l'UPC qui se sentent libres de tuer à volonté", accuse HRW. "Ce groupe commet des meurtres sans crainte de punition malgré la présence de forces de maintien de la paix des Nations unies" (Minusca), ajoute l'organisation.

 

Bakala est située dans la préfecture de la Ouaka (centre), où des affrontements meurtriers opposent régulièrement des factions rivales de l'ex-séléka, près de la ville de Bambari.

 

La Centrafrique, un des pays les plus pauvres au monde, peine à se relever du conflit provoqué en 2013 par le renversement de l'ex-président François Bozizé par la rébellion Séléka, à dominante musulmane. La contre-offensive des anti-balaka, majoritairement chrétiens, a provoqué des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

 

L'intervention de la France et des Nations unies a ensuite permis la fin des massacres de masse, l'élection d'un nouveau président et le retour d'un calme relatif dans la capitale Bangui. Mais des groupes armés maintiennent une insécurité permanente dans plusieurs régions du pays.

 

Selon les circonstances et leurs intérêts locaux (contrôle de mines, racket routier, vol de bétail,...), les groupes issus de l'ex-séléka peuvent s'allier, se combattre, voire nouer des alliances provisoires avec des groupes anti-balaka.

 

Début février, l'experte indépendante des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Centrafrique, Marie-Thérèse Keita-Bocoum, avait déploré que "les groupes armés règnent en maître sur plus de 60% du territoire, bénéficiant d'une totale impunité. Ils se substituent à l'appareil judiciaire, et terrifient la population".

 

Mercredi, le président centrafricain Faustin Archange Touadéra a nommé le procureur de la cour pénale spéciale de Centrafrique, a indiqué la Minusca dans un communiqué.


Une fois opérationnelle, cette cour, créée en 2015, sera chargée de traduire en justice les responsables des multiples exactions perpétrées depuis des années en Centrafrique.

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Centrafrique-Presse.com
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 10:29
Le conflit armé en République centrafricaine (HRW)

 

Le conflit armé en République centrafricaine


La République centrafricaine est en crise depuis fin 2012, lorsque des rebelles de la Seleka, musulmans pour la plupart, ont déclenché une campagne militaire contre le gouvernement de François Bozizé. La Seleka s’est emparée de la capitale, Bangui, en mars 2013. Leur régime a été marqué par des atteintes aux droits humains généralisées, notamment des meurtres arbitraires de civils. À la mi-2013, des milices anti-balaka chrétiennes et animistes se sont organisées pour combattre la Seleka. Associant tous les musulmans avec la Seleka, les anti-balaka ont perpétré à grande échelle des attaques en représailles contre des civils musulmans à Bangui et dans des parties occidentales du pays.



En 2014, des forces internationales de l’Union africaine et françaises ont repoussé la Seleka hors de Bangui. Des divisions ethniques, des rivalités, des désaccords sur le contrôle des ressources et des différends stratégiques ont rapidement déchiré la Seleka. Fin 2014, la Seleka s’était scindée en plusieurs factions, chacune contrôlant sa propre zone.



En novembre 2016, des incidents ont éclaté entre deux des factions, l’UPC et le FPRC, au sujet du contrôle des routes menant aux mines de diamants autour de Kalaga, une ville située à 45 kilomètres de Bria. Les deux groupes collectent des « taxes routières », en particulier dans les zones d’exploitation minière et sur les voies de migration utilisées par les bergers Peuhl. Les incidents se sont aggravés et ont débouché sur des combats plus graves.



L'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC)


L’UPC est un groupe dissident du Front populaire pour le redressement (FPR), un groupe rebelle tchadien comprenant essentiellement des Peuhl tchadiens et centrafricains, et commandé par le Tchadien Babba Laddé. Le commandant en second de ce groupe, Ali Darassa Mahamant, a rejoint la Seleka et a créé officiellement l’UPC en septembre 2014. Il est toujours son président et son commandant. Pour garder le contrôle de Bambari et des routes stratégiques qui relient cette ville à d’autres parties du pays, notamment les voies de commerce lucratives vers le Soudan, les combattants de l’UPC prennent pour cible les personnes qu’ils soupçonnent d’être membres des anti-balaka ou de les soutenir.



Les combats ont commencé en novembre 2016 entre l’UPC et d’autres groupes dissidents dans la ville centrale de Bria de la province de Hautte-Kotto. Ces affrontements, qui ont duré plus de onze jours, ont fait au moins 14 morts et 76 blessés parmi les civils.



Les combats se sont poursuivis les jours suivants sur la route menant à Ippy, une ville située au nord de Bambari, et près de Ndassima, une mine d’or, puis ils se sont étendus au sud et à l’ouest à la province d’Ouaka.



Les combattants du FPRC et leurs alliés d’un autre groupe de la Seleka, le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), se sont ligués avec leurs anciens ennemis, les combattants anti-balaka, contre l’UPC. Les combattants du FPRC et du MPC ont tué des civils lors d’attaques antérieures, comme lorsqu’ils ont rasé un camp pour personnes déplacées à Kaga-Bandoro en octobre, tuant au moins 37 civils et en blessant 57 autres. Lors des derniers combats à Bakala, toutefois, Human Rights Watch n’a pas documenté de décès de civils causés par le FPRC ou le MPC, même s’il est possible qu’il y en ait eu quelques-uns.



Attaque contre Bakala et exécutions sommaires


De nombreuses mines d’or sont situées autour de la ville de Bakala, ce qui en fait un poste stratégique pour tout groupe armé. Depuis que les combats entre les deux forces Seleka ont commencé, la ville est passée alternativement sous le contrôle du FPRC et de l’UPC.



Le 11 décembre, l’UPC s’est emparée temporairement de la ville après une attaque importante. Les combattants de l’UPC ont rapidement commencé à tuer des civils, les associant soit à des sympathisants du FPRC soit à des anti-balaka. Un habitant, âgé de 55 ans, a déclaré :

 

L’attaque menée par l’UPC a duré au moins trois heures. J’ai attendu dans la brousse près de la ville jusqu’à ce que ça se calme. Quand tout a été tranquille, je suis revenu. C’était la fin de la journée. J’ai vu des corps de combattants partout, mais j’ai aussi vu des Peuls tuer deux civils. Ils avaient établi une base près du marché et ils arrêtaient les hommes revenant des mines. Ils ont pris leurs affaires puis ils les ont pendus à un arbre jusqu’à ce qu’ils meurent. Ensuite ils ont jeté les corps dans la rivière [Ouaka].

 

D’autres habitants ont affirmé que des combattants de l’UPC avaient ligoté au moins deux autres hommes, leur avaient tranché la gorge puis qu’ils avaient jeté leurs corps dans la rivière Ouaka. Un chercheur de Human Rights Watch a vu un corps en décomposition dans la rivière le 22 janvier 2017.



Le lendemain, des combattants de l’UPC ont tué au moins sept hommes qui revenaient en ville depuis la mine proche. Human Rights Watch a mené des entretiens avec un témoin et avec un autre homme, qui a été contraint ainsi que le témoin d’aider à jeter les sept corps dans un puits.



Plus tard ce matin-là, des combattants de l’UPC ont envoyé un message selon lequel ils allaient tenir une réunion dans l'École Sous-préfectorale où le groupe détenait déjà des hommes capturés la veille. Lorsque les personnes se sont rassemblées près de l’école, les combattants de l’UPC se sont saisis d’au moins 24 hommes et un garçon, et les ont abattus. Certains ont été tués de l’autre côté de la rue, devant le poste de gendarmerie.



Une femme de Bakala âgée de 40 ans, « Claudette », a dit s’être cachée avec son mari et six enfants dans le quartier de Mangoléma pendant les combats. Le 12 décembre, ils ont entendu un message selon lequel il y avait une réunion à l’école entre les habitants de la ville et la Seleka :

 

Nous ne savions pas si c’étaient les Ghoulas [FPRC] ou les Peuls [UPC] qui avaient gagné la veille. Mon mari a dit : « Bon, s’il y a une réunion je vais y aller pour voir ce qu’ils ont à dire. » Il y est allé avec deux voisins, Edgar et Romain, et mon beau-fils Arnaud [âgé d’une vingtaine d’années]. Peu de temps après, j’ai entendu de nombreux coups de feu venant de l’école. Des gens qui étaient allés à la réunion sont alors arrivés en courant pour me dire que mon mari et Arnaud avaient été tués.

 

Une femme de Bakala âgée de 35 ans, « Odette », a déclaré avoir vu les combattants de l'UPC emmener des hommes à l'école, et a ensuite entendu des tirs :

 

Le 12 décembre, quelques-unes d’entre nous les femmes avons décidé d’essayer de traverser la rivière pour aller à Bambari. Tandis que nous marchions, nous avons vu des Peuls qui nous ont dit de ne pas partir. L’un d’eux a dit : « Rentrez chez vous, vous êtes toutes des femmes des anti-balaka. » Mais nous avions peur, alors nous sommes allées à l’église catholique, où se cachaient de nombreuses personnes. Peu de temps après, des Peuls sont arrivés. Ils ont dit qu’ils cherchaient des hommes pour les emmener à l’école pour une réunion. Ils ont dit qu’ils cherchaient des anti-balaka mais je sais que certaines des hommes qu’ils ont pris étaient des civils. Ils ont emmené des hommes et peu de temps après j’ai entendu de nombreux coups de feu. Ensuite les Peuls sont revenus et ils ont dit à un homme dans l’église qu’il devait s’occuper de faire enterrer les corps.

 

Un responsable local a expliqué comment il a entendu les tirs et a ensuite vu de nombreux corps à l'école :

 

C’était le matin du 12, vers 9h. j’étais descendu près de la rivière quand j’ai entendu de nombreux coups de feu venant de l’école. J’ai demandé à un combattant de l’UPC qui se trouvait à proximité s’il allait me tuer aussi, mais il a répondu : « Non, nous tuons seulement les anti-balaka. » Ils m’ont emmené jusqu’à l’école et j’ai vu des corps partout sur le sol. Les Peuls m’ont dit qu’ils connaissaient ces hommes et ils ont justifié le massacre en disant que c’étaient tous des anti-balaka. Mais je savais que certains d’entre eux ne l’étaient pas. Ils m’ont donné l’ordre de les aider à les enterrer.

 

Un survivant de l’attaque, âgé de 24 ans, « Laurent », a décrit comment les forces de l'UPC ont ouvert le feu sur les hommes détenus :

 

Après l’attaque du 11, nous étions tous cachés dans la brousse. Nous avons été convoqués à une réunion à l’école par des jeunes de la ville. Ils disaient : « Venez à une réunion voir comment les gens peuvent travailler avec la Seleka. » J’ai décidé d’aller à la réunion. Quand j’y suis arrivé j’ai vu mon oncle et mon jeune frère qui étaient là aussi. Toutes les personnes à la réunion étaient des hommes. J’ai compris que quelque chose n’allait pas.

 

Personnellement, j’avais pensé que c’était aune réunion pour le FPRC parce que je ne savais pas encore qui avait remporté les combats la veille. J’ai eu peur quand j’ai vu les Peuls. Après mon arrivée ils m’ont mis dans un petit groupe de neuf personnes et ils nous ont dit d’aller nous asseoir près de la gendarmerie, de l’autre côté de la rue. Mon frère et mon oncle se trouvaient avec moi. Après nous être assis, j’ai entendu quelqu’un crier à l’école « Vous êtes tous des anti-balaka ! » et puis ils ont commencé à nous tirer dessus. J’ai bondi et j’ai réussi à m’échapper, mais tous les autres ont été tués. Mon frère avait 17 ans. J’ai couru me cacher dans la brousse et j’ai juste entendu les coups de feu pendant que je courais. Je pense que tous ceux qui se trouvaient à l’école ont été tués, mais je ne l’ai pas vu.

 

Après le massacre, des habitants ont été contraints d’aider à jeter les corps dans un puits à proximité.



L’un de ces hommes, « Daniel », âgé de 46 ans, a déclaré qu’un combattant de l’UPC lui avait dit : « Nous n’avions pas le choix, nous devions tuer tous les anti-balaka. »



Lorsque Human Rights Watch s’est rendu à Bakala le 22 janvier, l’UPC avait de nouveau perdu le contrôle de la ville. Human Rights Watch a visité l’école où était censée se tenir la réunion et a pu voir des vêtements abandonnés devant le bâtiment ainsi que ce qui semblait des tâches de sang dans l’une des salles de classe.



Human Rights Watch a documenté de précédentes attaques de l’UPC à Bakala et aux alentours, en 2014. Entre avril et juin 2014, des soldats de l’UPC ont tué au moins 20 personnes, dont des enfants, à Bakala et à Mourouba. La plupart de ces personnes avaient été tuées de la même façon que celle qui a été décrite à Human Rights Watch concernant les civils tués en décembre 2016. Les assaillants les ont ligotées, égorgées puis jetées dans la rivière.


Attaques autour de Bakala


En janvier 2017, des combattants de l’UPC ont tué un homme et deux de ses enfants à Mourouba, à 18 kilomètres de Bakala. Deux autres enfants ont survécu. L’un d’eux, un garçon de 15 ans, a expliqué qu’ils avaient été attaqués alors qu’ils tentaient de rentrer chez eux :

 

Lorsque Mourouba a été attaqué nous avons couru nous cacher dans les bois à quelques kilomètres de là. Mais au bout de quelques jours mon père nous a ramenés mes trois frères et moi jusqu’au village pour chercher du manioc. Dans le village ceux de l’UPC nous ont vus. L’un d’eux a demandé : « Avez-vous été envoyés ici par nos ennemis pour connaître notre position ? » Mon père a répondu : « Non, nous cherchons juste de quoi manger. »

 

Mais les Peuls nous ont emmenés et nous ont attachés les mains dans le dos. Ils nous ont emmenés dans la brousse puis ils nous ont noué une corde autour du cou et l’ont attachée à nos mains. Puis ils nous ont donné des coups de pied et frappés à coups de baïonnette. Mon père et mon frère Viviane [âgé d’environ dix ans] sont morts parce qu’ils ne pouvaient pas respirer. Ils ont poignardé à mort mon frère aîné, Charlie [environ 16 ans].

 

Après nous avoir tous poignardés ils ont pensé que nous étions tous morts et ils ont pris nos chaussures et nous ont laissés. J’ai vu que mon père était mort et que l’un de mes petits frères ne bougeait plus. Charlie respirait encore, mais il est mort peu après. Mon plus jeune frère était vivant alors je l’ai pris et nous nous sommes enfuis avant que les Peuls ne reviennent.

 

Les garçons portaient des cicatrices semblant provenir de blessures à l’arme blanche.



Quatre habitants d’Yambélé, un petit centre minier situé à 110 kilomètres au sud-est de Bambari, ont expliqué que des combattants de l’UPC avaient attaqué la ville fin décembre, tuant au moins dix civils. Une survivante, une femme de 39 ans, a déclaré :

 

C’était le soir. Les Peuls [UPC] sont arrivés de la direction d’Alindao. Quand nous avons entendu l’attaque, nous avons essayé de partir en courant dans la brousse, mais des combattants nous ont vus, et ont dit aux femmes de rentrer chez nous, assurant qu’ils ne nous feraient pas de mal. Je les ai regardés rassembler des hommes dans une maison puis j’ai entendu des coups de feu. Ensuite j’ai couru me réfugier dans la brousse. Pendant que je courais, j’ai vu des Peuls qui mettaient le feu aux maisons. J’ai également vu les corps de personnes que je connaissais. Je me suis arrêtée près du corps de Félix Gandaya, mon voisin [âgé de 25 ans], mais il était déjà mort. Il avait reçu une balle et été poignardé dans le cou.

 

Le 8 décembre, des combattants de l’UPC ont attaqué le village de Piangou, à 40 kilomètres à l’est de Bakala sur la route d’Ippy. Un habitant a déclaré que les combattants du FPRC avaient été basés à Piangou pendant plusieurs jours précédant l’attaque et qu’ils avaient lancé à partir de là les attaques contre Ndassima, à 45 kilomètres de distance. Le 8 décembre, les combattants du FPRC se sont retirés jusqu’à Bakala, et les combattants de l’UPC sont entrés dans le village peu après. L’habitant de Piangou, un homme de 45 ans, a indiqué : « Les combattants de l’UPC sont arrivés vers 10h du matin. Ils ont effectué une patrouille dans le village et ils ont tué quatre personnes. Lorsque j’ai entendu les coups de feu je suis parti en courant. »



Déplacements forcés et besoins humanitaires


Les combats dans la province d’Ouaka ont contraint quelque 10 000 habitants de Bakala et de Mourouba à abandonner leurs foyers. Certains vivent dans des maisons de Mbrés, tandis que d’autres ont cherché refuge dans des camps de personnes déplacées à Bambari. Environ 2 500 personnes se trouvent dans un nouveau camp pour personnes déplacées à Grimali. Plusieurs milliers d’autres au moins campent dans la savane boisée autour de Bakala. En raison de préoccupations constantes de sécurité, les organisations non gouvernementales n’ont pas été en mesure de fournir l’aide nécessaire.



Les déplacements ont séparé les familles. Le 24 janvier, Human Rights Watch a rencontré un homme à Grimali qui était à la recherche de ses six enfants. Ils s’étaient retrouvés séparés lors de l’attaque du 11 décembre de Bakala. Human Rights Watch a aussi trouvé quatre enfants, âgés de 5 à 11 ans, qui avaient été séparés de leurs parents après l’attaque contre Piangou le 8 décembre.



Obligation de rendre des comptes et droit international


Les crimes perpétrés dans la province d’Ouaka relèvent de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI), dont la Procureure a ouvert des enquêtes sur les crimes commis dans le pays en septembre 2014, ainsi que de la Cour pénale spéciale (CPS), un nouvel organisme judiciaire comprenant des juges et des procureurs nationaux et internationaux qui, lorsqu’il sera opérationnel, disposera d’un mandat pour mener des enquêtes et des poursuites sur les graves violations de droits humains commises dans le pays depuis 2003.



La coopération du gouvernement centrafricain avec la CPI est cruciale, mais l’enquête de la CPI, toujours en cours, ne visera probablement qu’un petit nombre de suspects. La CPS offre une opportunité significative de traduire en justice les commandants de toutes les parties au conflit qui sont responsables de crimes de guerre, tels que ceux commis par l’UPC, et elle a besoin d’un appui international soutenu , a déclaré Human Rights Watch. Le 15 février 2017, le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, a signé un décret nommant le colonel Toussaint Muntazini Mukimapa, Procureur général des forces armées de la République démocratique du Congo, en tant que Procureur spécial de la CPS.



Les exécutions extrajudiciaires et les meurtres ciblés de civils violent le droit international humanitaire et peuvent faire l’objet de poursuites en tant que crimes de guerre. Le droit international humanitaire interdit en outre strictement aux parties à des conflits armés non internationaux toutes contre-mesures à l’encontre de civils ou de combattants qui ont cessé de prendre part directement aux hostilités.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 10:20
République centrafricaine : Exécutions perpétrées par un groupe rebelle (HRW)

 

 


Les rebelles de l’UPC ont exécuté 32 civils et capturé des combattants d’un autre groupe
 


(Nairobi, le 16 février 2017) – Un groupe rebelle en République centrafricaine a exécuté au moins 32 civils et capturé des combattants, après des affrontements en décembre 2016 avec un autre groupe rebelle dans la province d’Ouaka, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.



Dans la ville de Bakala, le 12 décembre, des rebelles de l'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) ont exécuté 25 personnes qui avaient été convoquées dans une école pour ce qu’elles croyaient être une réunion. Plus tôt ce jour-là, un groupe de combattants de l’UPC avaient également détenu et exécuté sept hommes qui revenaient d’une mine d’or à proximité. Des récits de ces incidents ont été fournis par un survivant et huit témoins, dont cinq hommes qui ont été contraints d’aider à se débarrasser des corps. Au moins 29 autres civils ont été tués dans des combats autour de Bakala depuis fin novembre.



« Ces exécutions sont des crimes de guerre flagrants commis par des combattants de l’UPC qui se sentent libres de tuer à volonté », a déclaré Lewis Mudge, chercheur auprès de la division Afrique de Human Rights Watch. « Ce groupe commet des meurtres sans crainte de punition malgré la présence de forces de maintien de la paix des Nations Unies. »



La nomination, le 15 février 2017, d'un procureur général de la Cour pénale spéciale - une nouvelle instance judiciaire constituée de juges et de procureurs nationaux et internationaux et chargée de poursuivre les auteurs des violations graves des droits humains commises depuis 2003 - constitue un pas important vers la responsabilité pénale, a déclaré Human Rights Watch. Le tribunal, basé dans la capitale, Bangui, devrait maintenant recruter le personnel supplémentaire sans délai afin qu'il puisse commencer les enquêtes et les poursuites.



Des témoins ont expliqué à Human Rights Watch que les tensions entre l’UPC et le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), un autre groupe rebelle issu des combattants essentiellement musulmans de la Seleka, se sont rapidement accrues fin novembre. Les combats ont commencé le 27 novembre 2016 autour de Mourouba, à 18 kilomètres à l’ouest de Bakala, et l’UPC a attaqué des civils qu’ils soupçonnaient d’appartenir à une milice anti-balaka alliée au FPRC.



Le FPRC s’est lui-même allié à des milices anti-balaka, ses anciens ennemis, pour combattre l’UPC. Les anti-balaka sont apparus en 2013, venant de groupes d’autodéfense existants pour résister aux abus de la Seleka, et ils ont alors commis eux-mêmes de graves abus à l’encontre des civils.



Fin janvier 2017, Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 28 personnes à Balaka et aux alentours, notamment des victimes d’autres crimes commis par l’UPC, des parents des victimes et des commandants de l’UPC. Le nombre total de victimes est probablement plus élevé que les 32 personnes exécutées et les 29 civils tués au cours des affrontements, car des dizaines d’autres personnes sont portées disparues, selon des membres de leurs familles. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer tous les meurtres signalés, en raison d’un accès limité et de problèmes de sécurité.



« Un hélicoptère de l’ONU a tourné au-dessus de la ville quelque temps, aussi nous savions que les choses n’étaient pas normales », a déclaré un homme de 41ans décrivant la façon dont des combattants de l’UPC ont abattu des civils le 11 décembre. « Lorsque l’hélicoptère est parti, les Peuls [combattants de l’UPC] ont attaqué. La ville a été encerclée. J’ai pris mes enfants et je suis parti en courant, mais ils tiraient sur tout ce qui bougeait. »



Vers 5 heures du matin le 12 décembre, un groupe de combattants de l’UPC a détenu et tué sept hommes à Bakala alors que ceux-ci revenaient d’une mine d’or située à proximité.



« Je me cachais dans une maison et j’ai vu les Peuls [combattants de l’UPC] qui rassemblaient les hommes devant la maison d’un voisin et qui les menaient à l’intérieur », a expliqué « Joseph », un résident de Bakala âgé de 55 ans. « Peu de temps après j’ai entendu les hommes crier. Ils hurlaient ‘Pourquoi vous nous tuez ?’ et ‘Je meurs !’ J’ai aussi entendu des coups de feu. Il était 5h du matin. Peu après les Peuls m’ont trouvé et ils m’ont obligé à les aider à jeter les corps dans un puits. »



Un chercheur de Human Rights Watch a inspecté le puits et a noté une odeur putride qui aurait pu provenir de corps en décomposition. Un autre résident local, interviewé séparément, a déclaré que les combattants de l'UPC l’avaient également forcé à aider à jeter des corps dans le puits.



Plus tard ce matin-là, des combattants de l’UPC à Bakala ont exécuté 24 autres hommes et au moins un garçon, les accusant de soutenir les anti-balaka. Des habitants de Bakala ont indiqué que des combattants de l’UPC avaient fait circuler un message dans la ville selon lequel ils allaient tenir une réunion dans une école locale. Quelques hommes étaient déjà détenus dans cette école depuis la nuit précédente et lorsque d’autres hommes sont arrivés les combattants se sont emparés d’eux et les ont abattus.



« J’ai sauté et j’ai réussi à m’échapper, mais tous les autres ont été tués », a déclaré « Laurent », 24 ans, dont le frère de 17 ans a été tué. « J’ai couru me réfugier dans la brousse et j’entendais les coups de feu pendant que je courais. »



Un responsable local a expliqué avoir entendu la fusillade, puis les combattants de l’UPC l’ont obligé à les aider à jeter les corps dans un autre puits, situé de l'autre côté de la ville à quelques kilomètres du puits où les sept autres victimes avaient été jetées. « [Les victimes étaient] des jeunes anti-balaka et des civils », a-t-il indiqué. « Leurs corps étaient éparpillés à l’extérieur de l’école et de la gendarmerie. J’ai compté 25 corps. »



Sous le commandement du Général Ali Darassa Mahamant, l’UPC contrôle la plus grande partie de la province d’Ouaka depuis 2013. L’UPC entretient des liens étroits avec la minorité ethnique Peuhl et des Peuhl armés combattent souvent avec ce groupe.



Le 23 janvier 2017, Darassa a affirmé à Human Rights Watch que ses hommes n’avaient tué aucun civil à Bakala ni dans les villages environnants, et il a nié les allégations de violences. « Les soldats de l’UPC ne peuvent pas exécuter de civils ni de prisonniers », a-t-il assuré. « Ce que vous avez entendu à propos de l’UPC ce sont des mensonges. » Darassa a ajouté qu’il contrôle ses hommes.



Les combats à Bakala et dans la région environnante ont entraîné le déplacement de 9 000 à 10 000 personnes, a indiqué une autorité de la ville. Certaines de ces personnes déplacées se trouvent dans d’autres villes, et des milliers d’autres vivent entre la forêt et la savane dans la province d’Ouaka.



La force de maintien de la paix de l’ONU, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), dispose de 12 870 membres – hommes et femmes – armés. Elle a établi une base temporaire à Mourouba, à 18 kilomètres à l’est de Bakala. En accord avec son mandat, la MINUSCA devrait prendre des mesures concrètes pour protéger les civils, notamment le recours à la force quand c'est nécessaire, selon Human Rights Watch.



Le 11 février, des hélicoptères de la MINUSCA ont ouvert le feu sur les forces de la FPRC qui se déplaçaient d'Ippy à Bambari, détruisant au moins quatre véhicules et tuant le Général Joseph Zoundeko, l’un des commandants de la Seleka. Les forces de la FPRC avaient franchi la « ligne rouge » établie par la MINUSCA afin de séparer le FPRC et l'UPC, et de protéger les civils.



« La MINUSCA est confrontée à des combats considérables dans le centre du pays, et il est encourageant de voir qu'elle tâche de faire respecter son mandat visant à protéger les civils », a conclu Lewis Mudge. « Des commandants portant la responsabilité d’exactions, comme le Général Darassa de l'UPC, doivent comprendre que les soldats de la paix ne toléreront pas leurs attaques et qu’ils risquent d’être tenus responsables des crimes de guerre commis par leurs troupes. »



Pour plus d’informations sur les violences dans la province d’Ouaka, voir ci-dessous.

 

Pour consulter d’autres recherches de Human Rights Watch sur la République centrafricaine, veuillez suivre le lien :


https://www.hrw.org/fr/afrique/republique-centrafricaine



Pour plus d’informations, veuillez contacter :


À Nairobi, Lewis Mudge (anglais et français): +254-700-657-569 (portable); ou +1-646-637-3801; ou mudgel@hrw.org. Twitter: @LewisMudge


À Paris, Bénédicte Jeannerod (anglais, français): +33-1-43-59-55-31; ou +33-6-74-32-88-94; oujeanneb@hrw.org. Twitter: @BenJeannerod


À New York, Philippe Bolopion (français, anglais): +1-212-216-1276; ou +1-917-734-3201 (portable); ou bolopion@hrw.org. Twitter: @Bolopion

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 23:33
L'ONU exhorte les groupes armés en Centrafrique à cesser les combats
L'ONU exhorte les groupes armés en Centrafrique à cesser les combats

 

 

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé mercredi les groupes armés en Centrafrique à cesser immédiatement les combats et à rejoindre les pourparlers de paix, après des interventions de l'ONU contre des hommes armés qui avançaient vers une ville du centre du pays.

 

Samedi, un hélicoptère de la mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) a dû intervenir pour arrêter des membres d'une faction de l'ex-rébellion séléka qui se dirigeaient vers Bambari.

 

Environ 300 hommes avançaient sur des camions équipés de mitrailleuses, a précisé devant le Conseil de sécurité Hervé Ladsous, chef de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix.

 

Les frappes onusiennes ont détruit quatre des sept camions en route mais le bilan humain n'est pas clairement établi, a ajouté M. Ladsous.

 

Le Conseil de sécurité "exhorte les groupes armés à cesser immédiatement les combats et à rejoindre le dialogue de paix et de réconciliation", a rapporté l'ambassadeur ukrainien à l'ONU Volodymyr Yelchenko, qui préside en février l'organe exécutif des Nations unies.

 

La région de Bambari est en proie depuis plus d'une semaine à des troubles. Au moins 20 combattants ont été tués dans des affrontements entre deux factions rivales de l'ex-rébellion séléka --le FPRC et l'Unité du peuple centrafricain (UPC)--, selon des témoins ayant fui les combats.

 

La Centrafrique, un des pays les plus pauvres au monde, peine à se relever du conflit provoqué en 2013 par le renversement de l'ex-président François Bozizé par la rébellion Séléka, à dominante musulmane.

 

La contre-offensive des anti-balaka, majoritairement chrétiens, a provoqué des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

 

L'intervention de la France en décembre 2013 et des Nations unies --avec 12.000 Casques bleus-- a permis la fin des massacres de masse, l'élection d'un nouveau président et le retour à un calme relatif dans la capitale Bangui.

 

Mais des groupes armés maintiennent une insécurité permanente dans plusieurs régions du pays, ce dont a pris note le Conseil de sécurité mercredi.

 

La France a déployé des drones de surveillance dans le pays pour mieux contrôler ces groupes et prévenir les attaques, selon M. Ladsous.

 

Avec AFP

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:57
Rapport d’Enquête des Nations Unies confirmant la Prévalence d’une Economie de Guerre en République Centrafricaine

 

 

 

 

Dans son rapport final publié en décembre dernier, le Panel d’Experts des Nations Unies sur la République Centrafricaine (RCA) confirme que les trafics d’armes et de ressources naturelles continuent de jouer un rôle central dans la perpétuation de la violence en Centrafrique.

 


Les récentes luttes fratricides entre les factions issues de la Coalition Séléka ont été motivées par une compétition pour le contrôle des revenus issus des ressources naturelles tels que l’or et le diamant et le contrôle des axes stratégiques. Le coordonnateur du Panel d’Experts, Ruben de Koning, a indiqué que : « Des compagnies très lucratives permettent au FPRC de maintenir une posture de confrontation vis-à-vis du gouvernement ». Malgré les différents avertissements qui révèlent les motivations économiques derrière la violence, le gouvernement de la RCA et la communauté internationale n'ont toujours pas pris les mesures appropriées.

 


Le trafic des armes et des ressources naturelles par les groupes armés

 


Depuis août 2016, la violence est devenue plus aiguë et plus répandue partout sur le territoire. Le Panel observe que les récentes violences entre les factions issues de la Séléka et entre Anti-Balaka et Séléka semblaient être localisées et en grande partie motivées par des luttes de pouvoir internes et la concurrence pour le contrôle du territoire.

 


L’autorité de l’Etat a constamment été défiée par les différentes factions rebelles, en particulier par le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), le Rassemblement Patriotique pour le Renouveau de la Centrafrique (RPRC), l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) et le groupe ‘Retour, Réclamation, Réhabilitation’ (3R). Ces groupes armés ont mis en place une autorité de fait et une administration parallèle en extorquant la population, en détenant des personnes illégalement, en imposant des taxes, des couvre-feux et des barrières de contrôle. L'UPC contrôle les itinéraires de trafic d'armes entrant dans le pays en provenance de la République démocratique du Congo et le FPRC contrôle les routes venant du Tchad et du Soudan. Dans la région de l’est de la RCA, l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) a poursuivi « le pillage de l’or, du diamant et le braconnage des éléphants pour l’ivoire ».

 


Dans les régions contrôlées par les anti-balaka, particulièrement dans la partie est de la capitale Bangui, les milices ont maintenu des points de contrôle illégaux afin de taxer les pêcheurs et les bateaux transportant des marchandises et des passagers sur la rivière Oubangui. Le Panel a noté que « de telles taxes illégales font monter les prix des marchandises et sont associées à des agressions physiques, des actes de torture et des viols de passagers ». Dans l'ouest du pays, « les anti-balaka extorquent de l'argent à des musulmans qui souhaitent revenir de leur exile en leur imposant des services de sécurité ».

 

Le business des leaders des groupes armés

 


Les business de l'ancien président Michel Djotodia à Bangui: Dans son rapport final de 2015, le Panel a cité le rôle de Mahamat Nour Binyamine qui est chargé de percevoir les loyers des immeubles et des maisons appartenant à Michel Djotodia, qui fut président du FPRC jusqu'en octobre 2016. En juillet 2016, Binyamine a négocié la vente d'un terrain à Bangui appartenant à Djotodia à un entrepreneur privé. Le 29 août, l'entrepreneur a envoyé un montant de 25 millions de FCFA (50 000 $) au compte de Binyamine. Le Panel a noté que « Les États-Unis ont gelés les avoirs de Djotodia depuis le 13 mai 2014, et Binyamine, en tant que résidant américain, pourrait bien faire des transactions ou détenir des fonds appartenant à Djotodia aux USA », en violation du régime de sanction.

 


Le business de l’or d’Abdoulaye Hissène: le Panel a révélé que Abdoulaye Hissène, l’un des principaux leaders du FPRC et ancien collecteur de diamants et d'or, a repris ses activités commerciales alors qu'il était Conseiller Ministre de la Jeunesse et des Sports sous l'ancienne présidence de Catherine Samba Panza. En septembre 2014, Hissène aurait conclu un contrat de vente avec un investisseur indien pour 300 kilogrammes d'or pour un montant total de 9,9 millions de dollars. Le Panel mentionne n’avoir pas de preuve de la livraison, mais il a souligné que « Hissène n'avait pas d’autorisation d'exportation de minerais - ni en tant que coopérative, ni en tant que maison d'achat ».

 


La licence artisanale d'un chef anti-Balaka: Nice Demowance, qui demeure sous le commandement de Maxime Mokom, un des chefs notoires des anti-Balaka, a renouvelé sa licence d'exploitation artisanale. Le Panel note que Demowance est toujours le commandant anti-balaka dans la sous-préfecture d'Amada Gaza « où le combat entre anti-balaka et Fulani armés se poursuit, y compris sur les sites miniers ».


 

Commerce licite et illicite de diamants

 


En septembre 2016, le Processus de Kimberley (PK) a déclaré que les sous-préfectures de Boda, Carnot et Nola étaient des zones conformes pour l’exportation de diamants. Le PK considérait qu'il y avait une présence suffisante de l'autorité de l'État, la libre circulation des personnes et des marchandises et que les groupes armés n’étaient pas systématiquement présents. Depuis la levée partielle de la suspension des exportations de diamants, trois colis ont été exportés, pour des diamants originaires des sites miniers localisés dans la sous-préfecture de Berberati, qui a été la première zone déclarée conforme en mars 2016.

 


Dans le même temps, le commerce illicite de diamants s’est poursuivi. Le Cameroun demeure le principal centre de commerce de diamants pour les diamants illicites des régions de l’ouest de la RCA. Dans les régions contrôlées par des groupes armés à l'est, comme par exemple à Bria, pratiquement aucune pierre n'atteint officiellement les entreprises exportatrices basées à Bangui. Pourtant, de nombreux collecteurs sont enregistrés et se revendent des diamants entre eux, de sorte que ce commerce puisse paraître légitime mais pendant ce temps, l’essentiel des lots est commercialisé illégalement à l’étranger. Le Panel recommande que les licences soient retirées puisque cette pratique va à l'encontre du code minier.


 

L’exploration de pétrole

 


Dans son rapport à mi-parcours de 2016, le Panel révélait la signature d’un accord financier entre une société appelée FIT Protection (FIT-P) et le groupe armé MPC. La société FIT-P a recruté des agents de sécurité des factions de la Séléka pour protéger les investissements et l'exploration pétrolière menée par la société chinoise PTIAL International Petroleum.

 


Ruben De Koning a déclaré que « FIT-P a engagé des chefs du FPRC, qui font toujours partie de la rébellion, et les salaires de gardiens versés ont été récupérés par ces chefs ». Il affirme aussi que « bien que le président Touadera a remis en cause ces accords de sécurité dans les médias, dans les faits, le Ministre de la Défense n’a toujours pas révoqué l’autorisation de port d’armes donnée aux éléments recrutés par la compagnie FIT P et qui avait été délivrée en avril de l’année dernière ».

 


La prédation économique est au cœur du système d'instabilité permanente en Centrafrique. La libre circulation des armes et des munitions a permis toutes sortes de trafics et a alimenté les tensions et la compétition entre les groupes armés. Les chefs des groupes armés peuvent toujours s’enrichir en menant des affaires en toute impunité, qu’il soit physiquement présent sur le territoire ou non. Reconnaître la prédation économique comme une motivation centrale dans la perpétuation de la violence est indispensable pour commencer à répondre aux causes profondes du conflit armé.

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:11

 

 

 

Le Tribunal de Grande Instance de Bangui vient de condamner le journal L'EXPANSION pour diffamation dans une affaire où un torrent de mensonges a été déversé gratuitement sur des personnalités politiques de renom dans notre pays. C'est un exemple à méditer par certains apprentis journalistes dont les écrits n'honorent point la profession. 

 

La rédaction de CAP

Centrafrique : Condamnation judiciaire pour diffamation d'un "journal"
Centrafrique : Condamnation judiciaire pour diffamation d'un "journal"
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:05

 

 

 

NOTE D’INFORMATION

 

 

 

Bangui, 15 février 2017 – Le Gouvernement de la République centrafricaine et la MINUSCA réaffirment l’importance du dialogue avec les groupes armés alors que les deux parties et la communauté internationale tentent de mettre fin aux affrontements entre la coalition dirigée par le Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC) et le Mouvement pour l’Unité et la Paix en Centrafrique (UPC) dans la Ouaka et la Haute-Kotto. Les porte-parole du Gouvernement, Théodore Jousso, et de la MINUCSA, Vladimir Monteiro, faisaient face aux journalistes mercredi lors de la conférence conjointe des deux institutions.

 

 

 

Selon Théodore Jousso, le Gouvernement poursuit le dialogue avec les groupes armés afin de les persuader à abandonner les violences, à prendre le chemin de la paix et à adhérer au processus du DDRR. « Tant que nous avons un petit espoir pour mettre nos frères autour de la table, nous allons le saisir et nous allons utiliser toutes les cartes possibles de la paix. La force n’est que le dernier recours et nous continuons de sensibiliser nos frères à choisir le chemin de la paix, du dialogue et de s’engager dans le processus du DDRR », a-t-il souligné, en appelant tous les groupes armés à saisir la main tendue du Président de la République.

 

 

 

De son côté, Vladimir Monteiro a indiqué que « la Mission poursuit ses contacts avec les représentants du FPRC et de l’UPC pour qu’ils donnent une chance à la paix », avant de saluer les appels lancés aux deux groupes armés par le Gouvernement centrafricain, la CEEAC, l’Union Africaine et la France pour que cessent les combats. Monteiro a néanmois souligné que la Force « utilisera tous les moyens, y compris la force, pour empêcher le pire à Bambari ». Dans ce cadre, la Force de la MINUSCA a effectué des vols de reconnaissance mercredi après-midi au-dessus des zones concernées des préfectures de la Ouaka et la Haute Kotto.

 

 

 

Monteiro a rappelé l’impartialité qui caractérise les actions de la MINUSCA ainsi que l’appui de la mission aux autorités et à la population, conformément à son mandat. « La MINUSCA est en RCA pour appuyer les efforts du Gouvernement et aider à protéger les populations et ne peut être aux côtés de quelque groupe armé que ce soit, car ils constituent tous une menace pour la RCA”, a-t-il martelé. Le porte-parole de la Mission a dit que les mesures prises à Bambari se justifient par le fait qu’une guerre « augmenterait la souffrance des populations civiles innocentes, entraverait le travail des humanitaires et constituerait un obstacle à la restauration de l’autorité de l’Etat ». « Cependant, la MINUSCA ne protège pas que cette ville. Nous avons une trentaine de bases opérationnelles temporaires et permanentes sur tout le territoire national pour protéger les populations et contribuer à la restauration de l’autorité de l’Etat », a-t-il ajouté.

 

 

 

Le porte-parole du Gouvernement a également annoncé la nomination du juge congolais Toussaint Muntazini comme Procureur de la Cour Pénale Spéciale de la RCA et précisé que « la machine judiciaire est déjà en marche, l’impunité n’a plus sa place dans les nouvelles procédures judiciaires de la Centrafrique ». Tout en appelant les Centrafricains à la patience « car le chemin de la justice est long », il a souligné que « les auteurs de crimes finiront par payer de leur forfait ». « C’est un grand jour dans la lutte contre l’impunité en RCA », a pour sa part dit le porte-parole de la MINUSCA, à propos de la nomination du Procureur.

 

 

 
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NOTE D’INFORMATION

 

 

DON DES NATIONS UNIES AU MINISTERE DE LA JUSTICE

 

 

 

Bangui le 15 février 2017- La MINUSCA et le PNUD ont remis mercredi un lot de matériel  d’un coût global de 42.000.000 frs CFA au Ministère de la Justice, dans le cadre d’un projet conjoint de lutte contre les violations des droits de l’homme ainsi qu’à la relance du secteur de la justice, un des maillons essentiels de la lutte contre l’impunité en République centrafricaine.

 

 

Le ministre de la Justice, des Droits de l’Homme, Garde des sceaux, Flavien Mbata, s’est réjoui de cet appui indéfectible de la communauté internationale, le jour de la publication de décret de nomination du procureur  de la Cour Pénale Spéciale, « décret qui marquera la volonté du Gouvernement à lutter contre l’impunité et les crimes graves qui ont été commis ».

 

 

Pour sa part, le chef adjoint de la section Justice de la MINUSCA, Fortuné Dako a réitéré l’engagement et l’attachement que portent les Nations Unies  au secteur depuis plus d’une décennie, en mettant en place plusieurs programmes pour développer le secteur de la justice. «  Pour les Nations Unies,  il ne peut y avoir de paix sans une justice efficace et crédible et aussi sans la paix, il n’y a pas de développement, la justice est essentielle dans un pays pour le rétablissement et la consolidation de  paix », a dit Dako.

 

 
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LE GOUVERNEMENT ET LA MINUSCA REAFFIRMENT L’IMPORTANCE DE DIALOGUER AVEC LES GROUPES ARMES
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 21:57
Nouvelles nationales sur RJDH
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Centrafrique : Front commun des politiques face à la recrudescence des violences

 

PAR SYLVESTRE SOKAMBI LE 15 FÉVRIER 2017

 

BANGUI, 15 février 2017 (RJDH)—Dix partis politiques ont dénoncé la recrudescence des violences occasionnées par les combats fratricides qui opposent l’UPC et la coalition FPRC-MPC, trois groupes armés issus de l’ex-Séléka. Ils l’ont fait savoir dans une déclaration commune publiée le mardi 14 février dernier.

 

Tous les grands partis politiques sont signataires de cette déclaration dans laquelle ils font état de leur inquiétude suite à la flambée de violences dans plusieurs villes de l’arrière-pays. Ces formations politiques expliquent que « des foyers de violences d’une extrême gravité provoqués (…) se sont allumés presque sur toute l’étendue du territoire centrafricain ».

 

Dans leur communication, les leaders politiques craignent un embrasement généralisé qui, pourrait conduire à une possible déstabilisation de nouvelles institutions issues des élections de janvier-février 2016.

 

Le bloc de ces dix partis politiques engage le nouveau pouvoir et la Minusca à déployer les efforts nécessaires pour éviter ce qu’il appelle « la bataille de Bambari » dont les conséquences, selon la déclaration, pourraient être désastreuses.

 

Alexandre Ferdinand Nguendet, président du Rassemblement Pour la République (RPR), un des partis signataires pose la neutralisation de Ali Daras comme solution à ce regain de violence. Il souhaite l’usage de la force pour arrêter le leader de l’UPC. « Le problème de Bambari et de toute la région, c’est Ali Daras qui n’est pas Centrafricain mais qui, fort des 2000 hommes à sa disposition, créé le désordre. La solution aujourd’hui, c’est la neutralisation de ce Nigérien. Qu’il pleuve qu’il neige, Ali Daras doit être neutralisé par la force sinon, l’insécurité va continuer » a-t-il expliqué dans une interview au RJDH.

 

Les régions de la Haute Kotto et de la Ouaka sont en proie depuis trois mois à des violences liées aux combats qui opposent la coalition MPC-FPRC à l’UPC. Il y a cinq jours, le général Joseph Zoundeko, ancien chef d’Etat-major de la Séléka, est tué dans un raid de la Minusca à l’entrée de la localité de Ippy, à moins de 80 Km de Bambari où sont retranchés Ali Darass et ses combattants. La situation est confuse pour l’heure à Ippy et très précaire à Bambari où aucun combat n’est encore signalé même si les informations font état de tirs sporadiques.

 

 

Centrafrique : Le FPRC déterminé à chasser Ali Darass de Bambari

 

PAR BIENVENUE MARINA MOULOU-GNATHO LE 15 FÉVRIER 2017

 

BANGUI, 15 Février 2017(RJDH) — Le Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC), a réaffirmé sa détermination à déloger l’UPC et son chef, Ali Darass, de Bambari. L’annonce a été faite hier mardi 14 février par son sous-chef d’Etat-major, Azor Khalit.

 

Après la mort du chef d’état-major du FPRC, le général Joseph Zoundéko dans un raid de la Minusca dimanche dernier, ce mouvement armé est toujours déterminé à bouter l’UPC qui a fait de Bambari sa place forte.

 

Interviewé par le RJDH, Azor Khalit a déclaré que le FPRC a dépassé la ville de 10 Km. Et le décès de leur commandant militaire ne change pas leur objectif qui est toujours la prise de Bambari. « Si la Minusca n’était pas intervenue, nous aurions déjà conquis Bambari. Notre ennemi n’est pas la Minusca mais Ali Darass afin qu’il puisse regagner son pays, le Niger et arrête de manipuler la ville de Bambari». D’une voix ferme, il a martelé « nous ne nous battons pas contre la Minusca, mais notre seul objectif est de déloger Ali Darass de Bambari. Que la Minusca arrête avec son double jeu ».

 

Sur les circonstances de la mort de son compagnon d’armes Zoundeko, le N° 2 de l’aile militaire du FPRC a rapporté que « le général Zoundeko a été atteint par la balle de la Minusca au moment où il alertait les femmes et les enfants à se cacher ».

 

Depuis trois mois, les anciens alliés de la Séléka se livrent un combat fratricide au centre de la RCA. Le FPRC a franchi dimanche dernier la ligne rouge tracée par la Minusca, ce qui a couté la vie au général Joseph Zoundéko, l’un des leaders de ce mouvement. Sur cette recrudescence de la violence, 10 partis politiques ont réagi pour condamner le regain des hostilités qui portent atteinte à la vie des populations civiles.

 

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