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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 01:17
Michel Adama Tamboux a tiré sa révérence
Michel Adama Tamboux a tiré sa révérence
Michel Adama Tamboux a tiré sa révérence

 

 

 

Il s'est éteint dans sa 90e année. Il est en effet né le 3 décembre 1928. Michel Adama Tamboux est un instituteur diplômé de l’école normale de Mouyondzi  au Moyen-Congo. Il préside l’Assemblée territoriale de l’Oubangui-Chari à partir du 9 mai 1960. Il est le premier président l'Assemblée Législative de la République centrafricaine indépendante, jusqu'au coup d'État de la Saint-Sylvestre de  1965.

 

Après le coup d’état du colonel Jean-Bedel Bokassa il est arrêté le 4 février 1966 et libéré le 1er janvier 1970 puis est nommé ambassadeur de Centrafrique aux Nations-Unies et ensuite en République arabe d'Égypte de 1970 à 1979.

 

il est nommé par le Président de la République Ange-Félix Patassé le 28 mai 1998 centrafricaine à la présidence de la commission électorale mixte et indépendante (CEMI). Considéré comme une personnalité indépendante, on ne lui a jamais connu une affiliation politique déclarée et reconnue. 

 


 

Un ex-dirigeant lie la mort de Boganda à un complot international

 

Bangui- Centrafrique (PANA) 07 Octobre 2003 18:52:00 -- La disparition de Barthélémy Boganda, premier président de la République Centrafricaine, dans un accident d'avion le 29 mars 1959 était le résultat d'un "complot international", a affirmé mardi l'ancien président de l'Assemblée nationale, Michel Adama Tamboux. 

  

S'exprimant devant le dialogue national, M. Adama Tamboux, ancien compagnon du père de la nation centrafricaine, a indiqué que l'avion avait explosé en plein vol, après avoir été plastiqué, dans le cadre d'un complot impliquant les responsables ivoiriens, congolais et gabonais du Rassemblement démocratique africain (RDA), organisation panafricaine très puissante avant l'indépendance de plusieurs pays francophones. 


  Il a nommément cité les présidents Félix Houphouët-Boigny et Fulbert Youlou, censés ne pas voir d'un bon oeil la suprématie exercée alors en Oubangui-Chari (actuelle République Centrafricaine) par le parti de Boganda, le Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (Mesan). 


En dépit de l'insistance de plusieurs délégués, M. Adama Tamboux a remis à plus tard la suite de ses révélations, qui constituent incontestablement une première en Centrafrique, où les principaux témoins de l'histoire ont toujours gardé le silence sur les circonstances de la disparition du premier chef de l'Etat.

 

 Président de l'Assemblée nationale de 1960 à fin 1965, date du coup d'Etat qui porta au pouvoir feu l'empereur Jean-Bedel Bokassa, M. Adama Tamboux a été ensuite ambassadeur de son pays au Soudan puis en Egypte, avant d'être tiré de sa retraite en 1999 par le président déchu Ange-Félix Patassé, qui le nomma président de la Commission électorale mixte indépendante (Cemi). 

 

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 00:50
Lu pour vous : Centrafrique : les groupes armés tendent leurs péages
Lu pour vous : Centrafrique : les groupes armés tendent leurs péages
Lu pour vous : Centrafrique : les groupes armés tendent leurs péages

 

 

DÉCRYPTAGE

 

Centrafrique : les groupes armés tendent leurs péages

 

Par Célian Macé -  Libération — 12 février 2018 à 19:46

 

 

Les rackets routiers sont la principale source de revenus des milices combattantes qui maintiennent le pays dans l’insécurité et entretiennent l’économie de guerre. Un rapport détaille ce fléau.

 

A Bangui, les pétards, les figurines de soldats et les pistolets en plastique ne sont plus autorisés à la vente afin de ne pas «renforcer la culture de la violence en Centrafrique», a très sérieusement annoncé le maire de la capitale. Interdire des jouets, geste dérisoire dans un Etat qui a perdu le contrôle de l’essentiel de son propre territoire, livré aux groupes armés qui s’affrontent pour en piller les moindres ressources. En ce début d’année 2018, la moitié de la population centrafricaine a besoin d’une aide humanitaire et une personne sur quatre a fui son foyer pour se réfugier dans une région ou un pays voisin.

 

Quatre ans après que les forces de la Séléka (la coalition de groupes rebelles qui s’était emparée du pouvoir en renversant le président François Bozizé) ont été chassées de la capitale, et un an et demi après la fin de l’opération française «Sangaris», «la détérioration des conditions de sécurité en République centrafricaine se poursuit», estiment les experts de l’ONU dans leur dernier rapport, publié en décembre. Ils identifient trois zones de tension : le Sud-Est, le Nord-Ouest et le Nord-Est (voir infographie).

 

«Asphyxie économique»

 

Ces régions sont administrées par des mouvements armés qui tirent profit de l’exploitation des matières premières (diamant, or, bois…), mais surtout des voies de circulation sous leur contrôle, relève un rapport de l’Ipis (International Peace Information Service). «En maîtrisant les axes routiers, les groupes armés peuvent imposer des taxes, contrôler les activités commerciales rentables et les acteurs économiques qui y participent, pointe l’étude, qui a porté sur 284 barrières routières recensées à travers le pays. La contribution des ressources naturelles à l’économie politique du conflit est souvent mal comprise. Au lieu de se focaliser exclusivement sur les sites de production, les groupes armés concentrent leurs efforts le long des chaînes d’évacuation et commercialisation des ressources naturelles, suivant la coutume bien enracinée en Centrafrique de taxer l’usage de la route.»

 

Selon les calculs de l’Ipis, effectués d’après les tarifs pratiqués aux barrières et le volume du trafic, ces taxes rapportent environ 6 millions d’euros par an aux combattants de l’ex-Séléka, majoritairement musulmans. Bien que moins organisés, les groupes anti-balaka, à dominantes chrétienne et animiste, pratiquent aussi ce racket routier. «Jusqu’à la crise de 2013, les activités commerciales et le transport étaient assurés par les Centrafricains de confession musulmane, avec une implication notable de musulmans d’autres nationalités. D’ailleurs, le sentiment d’être exclue des affaires commerciales ressenti par la communauté chrétienne a alimenté les violences de 2013. L’enjeu de la participation dans l’usage de l’espace routier était donc déjà une des premières causes de la crise actuelle, note l’institut de recherche. Le système de taxation de la circulation routière a pris aujourd’hui une telle ampleur qu’on peut parler d’asphyxie économique.» Il assure à chaque faction une rente qui lui permet d’entretenir sa petite armée, d’acheter clandestinement de l’armement et des véhicules, et d’enrichir ses dirigeants.

 

Livraison d’armes russes

 

De son côté, l’Etat centrafricain est empêché d’équiper ses troupes par l’embargo sur les armes décrété par les Nations unies en 2013 (et reconduit jusqu’en 2019), se plaignent certains responsables politiques et militaires. Pour la première fois cependant, l’ONU a consenti à une exception en décembre : la Russie a été autorisée à livrer à Bangui 900 pistolets, 5 200 fusils d’assaut, 140 armes de précision, 840 mitrailleuses, 270 lance-roquettes et 20 armes antiaériennes. De quoi équiper deux bataillons de 1 300 hommes au total.

 

Soit le nombre de soldats qui ont achevé leur formation auprès de la Mission de l’Union européenne en Centrafrique. La première cargaison d’armes russes est arrivée à la fin du mois de janvier. Washington a également promis un don de 12,7 millions de dollars (10,3 millions d’euros) à Bangui pour des programmes de formation militaire. L’armée nationale ne s’aventure guère, jusqu’à présent, hors de la capitale. Quant aux 12 000 Casques bleus déployés dans le pays, ils se montrent régulièrement incapables d’empêcher les brusques flambées de violence.

 


 

Dans le nord-ouest : la bataille du bétail

 

Les axes de circulation entre la Centrafrique, le Tchad et le Cameroun - et les troupeaux de bétail qui les empruntent - sont convoités par des groupes armés qui s’affrontent pour en garder le contrôle. Les cycles de transhumance rallument périodiquement le conflit. Le circuit global fonctionne dans le sens nord-sud, les bêtes étant acheminées vers la capitale, Bangui. «Dans le nord du pays, un bœuf coûte autour de 50 000 francs CFA (76 euros). A Bangui, il sera vendu environ 500 000 francs CFA, soit dix fois plus cher», rappelle l’Ipis (International Peace Information Service). Entre les deux, les mouvements armés tentent de capter la part la plus importante possible de cette valeur ajoutée.

 

Quatre groupes principaux sont installés dans la zone, dont le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), ancien membre de la rébellion Séléka dont le quartier général est installé à Paoua, et Révolution et Justice (RJ). Depuis le début de l’année, deux de leurs factions, largement autonomes, s’affrontent «sur presque tous les axes» autour de cette localité. Plus de 65 000 personnes ont fui les violences et les destructions, et s’entassent dans le centre de Paoua, selon le Bureau aux affaires humanitaires des Nations unies. «Si tout se passe bien et que les combats cessent, la crise ne sera pas résolue avant plusieurs mois, prévient Médecins sans frontières. Ils sont souvent plus de 40 déplacés par famille, ce qui va créer très rapidement des problèmes d’approvisionnement en eau et nourriture.»

 

Autre organisation issue de la Séléka active dans la région, Retour, Réclamation, Réhabilitation (3R). Exclusivement peule, elle est dirigée par le général Sidiki, qui se présente comme le défenseur de cette communauté pastorale régulièrement prise pour cible. Les anti-balaka du Nord-Ouest, quant à eux, sont dirigés par les frères Ndalé. «Leur objectif principal est de conserver le contrôle de l’axe routier reliant Bocaranga à Bouar, sur lequel des postes de contrôle ont été mis en place en vue de prélever des taxes et d’empêcher les Peuls d’accéder à Bouar. Entre 2015 et 2017, les frères Ndalé auraient volé 4 000 têtes de bétail dans la région, donnant lieu à une série de représailles visant des civils de la part des 3R», détaille le rapport de l’ONU. Les deux groupes ont signé un cessez-le-feu en décembre.

 

Dans le nord-est : une partition de facto

 

C’est le territoire des anciens chefs de la rébellion Séléka, qui règnent sur toutes les villes et les routes de la région. Et qui se sont entre-tués, aussi, pour le contrôle des minerais et des check-points du «circuit soudanais» décrit par l’étude de l’Ipis : «Il s’agit d’échanges de produits manufacturés du Soudan (de première nécessité mais aussi d’armes) dans un sens, et des ressources naturelles centrafricaines dans l’autre ; principalement le café, mais aussi le bambou et les minerais. Au total, les commerçants soudanais rapportent aux ex-Séléka au moins 2,38 millions d’euros par an.» Dans le Nord-Est, l’Etat centrafricain n’est qu’un lointain souvenir : les groupes armés ont mis en place leur propre administration parallèle.

 

Bria, l’ancienne «capitale du diamant» et la plus grande localité de la zone, est aujourd’hui une ville morcelée. Chaque communauté s’est retranchée dans son quartier ou, dans le cas des chrétiens, dans le camp de réfugiés qui flanque la base des Casques bleus. «On y trouve des factions de presque tous les principaux groupes armés du pays», note le rapport de l’ONU. Le plus puissant est le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), allié au Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et, contre toute attente, à des chefs anti-balaka. Mais, comme à l’échelle nationale, la tendance est à la fragmentation du conflit. Le FPRC s’est notamment divisé, selon des lignes ethniques, sur l’opportunité de pactiser avec les chrétiens et animistes qu’ils ont longtemps combattus.

 

En début d’année, leur chef, Noureddine Adam, a laissé planer la menace d’une offensive en direction de la capitale, estimant que le gouvernement «s’approche de la ligne rouge». «Un jour, on va devoir prendre nos responsabilités pour libérer le pays», a-t-il déclaré depuis son fief de Birao, à la frontière soudanaise. «Nous en sommes au même point qu’en 2012», quand la coalition rebelle de la Séléka - dont il est cofondateur - s’apprêtait à marcher sur Bangui pour prendre le pouvoir.

 

Dans le sud-est : un nettoyage ethnique en cours

 

C’est la zone la plus préoccupante. En 2017, des massacres de grande ampleur ont été commis par les combattants anti-balaka (souvent chrétiens ou animistes), renommés «groupes d’autodéfense», dans les localités qui étaient jusque-là contrôlées par les miliciens peuls de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC, ex-Séléka). Celle-ci répliquerait par des expéditions punitives. Outre les affrontements entre les deux forces, les leaders anti-balaka «appliquent une stratégie de nettoyage ethnique contre les musulmans, au prétexte de libérer la région des groupes de l’ex-Séléka», s’inquiètent les experts de l’ONU, qui évoquent des opérations «soigneusement préparées» avec l’aide d’un «vaste réseau d’appui» dans le cadre d’une «campagne de revanche» encouragée en sous-main par des responsables politiques et militaires à Bangui.

 

Ce camp, désigné sous le vocable de «belliciste» dans le rapport, affiche ouvertement son hostilité aux Casques bleus, jugés trop accommodants - voire protecteurs - avec les membres de l’ex-Séléka. Quatorze soldats de la paix ont perdu la vie en Centrafrique l’an dernier, dont la moitié à Bangassou, la plus grosse ville de la région, passée aux mains des anti-balaka après une offensive meurtrière contre la communauté musulmane, le 13 mai. Depuis, dans les villages de Gambo, Kembé, Béma, Pombolo et Zémio, les combats avec l’UPC et les assauts des groupes anti-balaka ont fait plus de 200 victimes civiles. Près de 100 000 personnes ont fui le pays en franchissant le fleuve Oubangui pour rejoindre la république démocratique du Congo.

 

Les anti-balaka, bardés de gris-gris, parfois déguisés et équipés d’armes traditionnelles, ne constituent pas une troupe organisée. Leurs offensives sont menées avec des centaines d’hommes recrutés ponctuellement sur la route. «Les attaques menées par ces prétendus groupes d’autodéfense et leurs activités de trafic représentent désormais l’une des principales causes d’instabilité dans le pays», pointent les Nations unies.

 

Célian Macé ,

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 00:44
Les "péages" des groupes armés centrafricains sur le fleuve Oubangui

 

 

 

17 mars 2018 (AFP)

 

Sur le fleuve Oubangui, qui longe le sud de la Centrafrique, des groupes armés ont installé des postes de "péage", une véritable manne financière pour ces milices qui contrôlent la majeure partie du pays.

 

"Il suffit d'avoir une arme, tu crées un poste de péage sur le fleuve. Du coup les marchandises sont trop chères, certains ont abandonné le commerce à cause de cela", explique un piroguier sur le fleuve Oubangui.

 

Depuis fin 2014, des miliciens rattachés aux groupes armés occupent des dizaines de petites paillotes sur la rive du fleuve, taxant pirogues et bateaux chargés de marchandises.

 

Entre Bangui et Mobaye (est), sur environ 600 km un seul de ces "péages" est contrôlé par la gendarmerie, car ce sont les antibalakas - milices prétendant défendre les chrétiens pour lutter contre les rebelles de la coalition rebelle Séléka - ou bien les l'UPC (Unité pour la Centrafrique, issus de la rébellion Séléka) qui tiennent la plupart des postes, indique le chercheur Soleil-Parfait Kalessopo, qui a collaboré avec l'institut de recherche belge International Peace Information Service (IPIS).

 

Sur ce trajet, les baleinières, ces bateaux à fond plat d'au moins 10 mètres de long, doivent ainsi s'arrêter à plus de 10 postes, explique le chercheur.

 

Pour les plus petites embarcations que sont les pirogues, 19 "péages" séparent Bangui de Bangassou, ville située après Mobaye, à plus de 700 km à l'est de Bangui, ajoute M. Kalessopo, précisant que les piroguiers ne traversent pas tous ces postes.

 

"Ils ne font que des portions de trajet car sinon ils payeraient trop cher", explique le chercheur.

 

Des milliers d'euros pour les groupes armés

 

A chaque péage, une pirogue doit s'acquitter d'un impôt compris entre 500 FCFA (0,76 euros) et 2.500 FCFA (3,81 euros), selon sa taille, en plus de taxes spécifiques sur chaque marchandise: 500 FCFA par fagot de bois, 100 FCFA (0,15 euros) par sac de manioc, 1.000 FCFA (1,52 euros) par sac de poissons.

Pour les baleinières, qui peuvent transporter plus de marchandises que les pirogues, la taxe générale comprise entre 10.000 FCFA (15,2 euros) et 40.000 FCFA (60.98 euros) en plus des charges spécifiques.

 

Au total, ces bateaux payent plus de 300 euros par poste pour le transport de cargaisons diverses, estime un rapport de l'IPIS daté de décembre et décortiquant l'économie politique des barrières routières en Centrafrique.

 

Le transport du bétail reste le plus onéreux, selon ce même rapport.

 

Aux postes contrôlés par l'UPC, la redevance est de 10.000 FCFA (15 euros) par bête, ce qui assure, selon l'IPIS, un revenu de 16.000 euros par semaine à ce groupe.

 

Les milices antibalakas et/ou les forces de l'ordre prélèvent une taxe inférieure, comprise entre 2.000 FCFA (3 euros) et 5.000 FCFA (7,6 euros) par tête de bétail, toujours selon l'IPIS et selon plusieurs témoignages recueillis par l'AFP sur le fleuve.

 

Hausse des prix à Bangui

 

En Centrafrique, où près de 80 % de la population est toujours en situation d'extrême pauvreté selon la Banque mondiale, le coût des denrées alimentaires est un casse-tête du quotidien.

 

"Ce genre de taxation illégale fait grimper le prix des marchandises", soulignait le rapport de 2016 du panel des experts de l'ONU.

 

"Un poisson coûte 2.500 FCFA (3,81 euros) ici", estime un pêcheur travaillant à 980 km de Bangui.

 

Mais dans la capitale, ce même poisson est revendu à un prix variant entre 5.000 FCFA (7,6 euros) et 7.000 FCFA (10,6 euros) "suivant les périodes", déplore-t-il.

 

En novembre 2015 ou en mars 2016, les transporteurs fluviaux ont suspendu leurs activités pour protester contre ces taxations, affectant les stocks de la capitale.

 

Pis, les contrôles se font parfois avec des violences.

 

"Si on ne s'arrêtent pas, c'est une manière d'accepter la mort", explique le chef d'un village au bord du fleuve.

 

"Il y avait aussi des viols de femmes aux postes des antibalakas", déplore-t-il.

 

Aujourd'hui, les violences semblent avoir diminué. "Les antibalakas se sont calmés depuis la condamnation du général Andjilo (un chef antibalaka qui a été condamné aux travaux forcés à perpétuité en janvier)", explique à l'AFP un usager du fleuve.

 

Au poste de Zawara, à plus d'une centaine de kilomètres à l'est de Bangui, en ce début de mois de mars, la taxation se déroule calmement sous la surveillance discrète d'un antibalaka armé d'une kalashnikov.

 

Le chef du poste affirme à l'AFP ne pas taxer les pirogues: "Nous sommes ici simplement pour assurer la sécurité de la population". Les regards tendus des piroguiers qui accostent semblent dire le contraire.

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 00:42
Tchad :149 millions de dollars pour secourir les réfugiés centrafricains (HCR)

 

 

 

APA-N’Djaména (Tchad) 17/03/18 - Le bureau du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad, dans une note remise samedi à APA, évalue à 149 millions de dollars le coût des besoins urgents des milliers de réfugiés centrafricains qui se trouvent au sud du Tchad depuis fin 2017 et sont sous la menace d’un manque de nourriture, d'abris et d'accès aux soins médicaux.

 

Le HCR et les organisations humanitaires se disent dépassés par l’afflux depuis 2014 des réfugiés centrafricains au sud du Tchad.

 

L’insécurité en Centrafrique continue de faire fuir des personnes vers le Tchad dont la dernière vague, selon le HCR, remonte à décembre 2017. A cette date, 22 180 personnes avaient fui les persécutions et la violence pour se réfugier au Tchad voisin.

 

Selon les organisations humanitaires, «les pénuries alimentaires et la hausse des prix menacent directement la vie des réfugiés et de la population d'accueil, qui partage avec les nouveaux arrivants de maigres ressources alimentaires et autres ».

 

« Depuis décembre dernier, plus de 15 réfugiés centrafricains ont été tués des deux côtés de la frontière et au moins 67 autres ont été victimes de violences sexuelles et sexistes alors qu'ils tentaient de retourner en RCA pour aller chercher de la nourriture et compléter leurs maigres ressources en exil», soulignent les organisations humanitaires.

 

La crise alimentaire a été accentuée par de graves inondations qui ont affecté la récolte de cette saison. Les réserves alimentaires au niveau familial et communautaire sont quasiment épuisées, obligeant plusieurs populations à manger des feuilles et des fruits sauvages, qui sont souvent toxiques, regrette le HCR.

 

Au Tchad, on s’approche de la saison des pluies, ce qui, selon le HCR, suscitera le besoin d’hébergement pour environ 5 659 réfugiés dans les camps existants. Pendant ce temps, 16 520 autres réfugiés se trouvent dans des villages d'accueil près de la frontière.

 

« Sans une augmentation de l'aide alimentaire, les réfugiés pourraient être confrontés à des pénuries de vivres pendant plusieurs mois », avertit le HCR, non sans relever que depuis le début de la crise, il s’évertue avec les autres partenaires à assurer aux réfugiés nouvellement arrivés « des soins de santé, de l'eau et des installations sanitaires, des abris, des articles de première nécessité, de la nourriture et une aide nutritionnelle».

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 01:43
Lu pour vous : Centrafrique : la crise s’enlise dans l’indifférence

 

 

 

http://www.afrik.com   VENDREDI 16 MARS 2018 / PAR OLIVER SANTHO

 


Certains pourraient dire que la Centrafrique est un pays maudit, tellement ce qui arrive à ce pays est tellement grave, triste, surtout incompréhensible, car le sang ne cesse de couler depuis bientôt 5 ans, sans qu’il y ait une véritable solution. C’est à se demander si le sang qui coule dans les veines des centrafricains est rouge comme pour tout être humain ?

 

Comment comprendre un tel abandon devant des milliers de morts qui ne cessent de s’accumuler, devant une crise humanitaire sans précédent que vivent ces Centrafricains qui ont dû quitter chez eux, obligés de vivre comme des réfugiés (les déplacés) dans leur propre pays ? Malheureusement cette situation dure depuis bientôt cinq ans. Et pourtant le pays abrite l’une des plus importantes missions de maintien de la paix, la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), la deuxième en termes d’effectifs avec 12 000 hommes, derrière la MONUSCO, en Rd Congo, qui en compte plus de 20 000.

 

La force onusienne, la Minusca qui est placée sous le chapitre VII de la charte des nations unies, est censée protéger la population par tous les moyens, y compris par la force armée comme l’y autorise son mandat. Mais force est de constater que la situation sécuritaire ne s’améliore guère et au contraire, elle tend à devenir encore plus chaotique. Les combats qui ont secoué dernièrement la ville de Paoua, ville située dans l’Ouham-Pendé en sont la parfaite illustration, même si aujourd’hui, une certaine accalmie est revenue dans la ville avec la présence des forces onusiennes accompagnées des forces centrafricaines, la situation sécuritaire reste malgré tout très précaire.

 

Tout le monde tire la sonnette d’alarme, le clergé, les politiques, la société civile, les ONG et non des moindre comme le CICR et l’Amnesty international, tous montent au créneau pour demander des actions énergiques de la part des forces des Nations unies afin qu’elles agissent conformément à leur mandat pour ramener la paix par la force si nécessaire. Certaines personnalités politiques n’hésitent plus à demander la création d’une force d’intervention rapide au sein de la Minusca capable d’agir et de réagir avec force et fermeté face à ces groupes rebelles, car trop c’est trop, le sang a trop coulé.

 

Les groupes armés qui règnent en maîtres

 

Depuis le début du conflit fin 2012, les groupes rebelles occupent et administrent plus de 3/4 du territoire. Sur les 16 préfectures que compte la République Centrafricaine, 14 sont occupées par les groupes armés qui y règnent en maîtres absolus. Percevant taxe, rackettant, pillant, tuant, violant, en somme commettant les pires atrocités imaginables sur la population et tout cela dans la plus grande impunité. Les morts se comptent par milliers et aujourd’hui le nombre de déplacés à l’intérieur du pays est très alarmant.

 

Imposant leur volonté par force et menace dans les zones qu’ils occupent, les groupes rebelles se sont arrogé les prérogatives dévolues en temps normal à l’Etat. Dernièrement, le groupe rebelle du FPRC du tristement célèbre général de la Seleka, Nourredine Adam, avait carrément refusé l’installation des autorités locales dans les préfectures sous son contrôle. Traitant par la même occasion de criminel le nouveau président élu démocratiquement, Faustin Archange Touadéra et menaçant de descendre sur Bangui si le gouvernement tentait d’installer les autorités locales n’ayant pas le quitus du FPRC. Cette attitude belliqueuse n’augure rien de bon et surtout démontre à suffisance, que certains groupes sont dans la logique de la partition du pays.

 

Au fond, les groupes armés n’ont pas de revendications politiques à faire valoir, sinon aujourd’hui, après le forum de Bangui et différentes médiations, le pays serait en paix si vraiment les revendications politiques étaient leurs soucis premiers. Et d’ailleurs, qui se bat avec qui en Centrafrique sachant que le gouvernement ne dispose pas d’une armée nationale opérationnelle ? La réponse est toute simple, ce sont les mêmes groupes armés qui se battent entre eux, pour le contrôle des zones minières, sans se soucier le moins du monde des populations dont ils sont pourtant censés défendre les revendications. Nous nous trouvons dans une crise qui n’est certainement pas identitaire ni ethnique mais seulement, dans une sorte de pillage, de captation des richesses du pays par une minorité des barbares assoiffés de sang.

 

Cette situation ne peut plus durer, ces groupes rebelles qui ne vivent que de l’économie de guerre et du racket, ne peuvent plus continuer à prendre en otage la vie toute entière de tout un peuple.

 

En signe d’apaisement et de la main tendue, le Président Touadéra a cru bon d’intégrer dans son gouvernement remanié et dans des postes à responsabilités, les membres des groupes armés. Mais cela aussi semble n’avoir eu aucun effet sur la situation actuelle car les combats continuent et les populations meurent. Que veulent réellement les groupes armés ? Il est très urgent qu’il y ait des actions fortes pour que la paix revienne dans ce beau pays par tous les moyens.

 

Un gouvernement fragile

 

Malheureusement la fragilité observée du gouvernement actuel n’est pas un fait nouveau en Centrafrique. Les élites politiques ayant inexorablement échoué depuis pratiquement une trentaine d’années, cela a conduit à la faillite de l’Etat, ce qui a amené à cette situation que les Centrafricains vivent aujourd’hui. L’élection du nouveau Président Touadéra avait suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes, tant son discours de rupture avait séduit. Qualifié d’homme honnête, d’intellectuel, le nouveau Président a été vite rattrapé par les méandres de la politique banguissoise. Elu en tant que Candidat indépendant, sa marge de manœuvre était limitée. Et cela se reflète malheureusement dans les gouvernements qu’il a eu à former, l’actuel n’y faisant pas exception.

 

Un gouvernement caractérisé par une absence de cohésion, certains membres du gouvernement s’illustrant par leur absence sur le terrain, d’autres préoccupés par les affaires plutôt que de gérer leur ministère, sans parler de ceux qui jouent contre le gouvernement auquel ils appartiennent. Comme le rapportait la chercheuse Nathalia Dukhan, de l’ONG Enough project « la classe dirigeante soucieuse de protéger son pouvoir instrumentalise la violence et manipule les groupes armés et les groupes d’autodéfense au gré de ses intérêts  ». Tout cela ne peut que nuire et rendre difficile le travail du gouvernement, et aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale, le gouvernement actuel ne semble pas à la hauteur des enjeux.

 

Ajouter à cela que le gouvernement se trouve démuni face à des rebelles mieux équipés, car sous embargo depuis quatre ans, même si dernièrement cela a pu être allégé afin que la Russie puisse fournir quelques armes et munitions destinés aux nouveaux soldats en formation, force est de reconnaître qu’un gouvernement ne disposant pas encore d’une armée digne de ce nom aura du mal à faire face à ses prérogatives sans le concours des forces onusiennes. Tout cela ne fait qu’affaiblir l’autorité de l’état. Comme le disait un ambassadeur en poste à Bangui : « il faut sauver le soldat Touadéra, sinon le risque de somalisation est réel  ».

 

La communauté internationale semble regarder ailleurs

 

La récente critique sévère du Président Alpha Condé lors de son allocution au sommet de l’Union Africaine, concernant l’inefficacité des forces onusiennes en Afrique, plus particulièrement en RD Congo et en Centrafrique, est plus que fondée et tombe sous le sens. En Centrafrique, leur inefficacité est telle que même le Secrétaire général Antonio Guterres l’a reconnu, « La communauté internationale ne s’engage pas suffisamment, ne mobilise pas suffisamment ses ressources et ses capacités pour aider la République centrafricaine » lors de son passage à Bangui en octobre 2017.

 

Plusieurs fois, les populations ont été prises à partie dans certaines zones, sans que la Minusca ne réagisse et même quand elle réagissait, elle n’arrivait qu’en retard. Il est quand même inconcevable qu’avec autant de troupes dont les Nations unies disposent sur place et autant de moyen mis à leur disposition, avec un mandat clair sous chapitre VII, que les forces onusiennes ne puissent pas protéger les populations à défaut de ramener la paix. Par contre certains contingents onusiens se sont illustrés dans les affaires, trafics de tout genre, y compris de ventes d’armes, voire même pour certains, accusés de viols sur mineurs. Ce même constat est appuyé par le dernier rapport commandé par le Secrétaire général des Nations unies : réalisé par le général Amoussou suite aux investigations menées sur la MINUSCA, il pointe des manquements dans la protection des civils, notamment des déficiences dans la planification civile-militaire-policière et dans les opérations, en particulier sur le terrain.

 

Les sanctions onusiennes ne semblent pas inquiéter outre mesure les personnes visées, et d’ailleurs les mêmes personnes voyagent au vu et au su de tout le monde sans être inquiétées. Bref, avec la Centrafrique, la Communauté internationale semble agir au compte-gouttes au regard de l’activisme dont elle fait preuve en RD Congo. Et pourtant, la crise centrafricaine est l’épicentre d’un risque d’effondrement pouvant contaminer toute la région, si les mesures adéquates ne sont pas prises pour y mettre fin de manière radicale.

 

Au-delà de la communauté internationale au sens large, regardons la communauté sous régionale, les pays voisins. On peut se poser la question légitime de savoir : à quoi jouent certains pays voisins dans le conflit centrafricain ? Des groupes rebelles vont et viennent dans certaines contrées des pays frontaliers sans en être inquiétés ? Depuis plus de trois ans, certaines personnalités sont sous sanctions onusiennes et européennes mais continuent de circuler sans être inquiétées ? Cela soulève les questions de complicité réelle ou supposée que certains pays de la sous-région entretiendraient avec les groupes rebelles. Autant de questions que les Centrafricains se posent sans qu’on leur apporte des réponses claires.

 

Conclusion

 

Le lien de sang qui unit les Centrafricains entre eux et l’usage unique de la langue sango qui caractérise la RCA, sont autant de facteurs déterminants qui devraient favoriser le règlement de la crise et la réconciliation nationale. Au fond les centrafricains s’entendent, la crise actuelle n’est pas une crise entre musulmans et chrétiens comme certains ont voulu le faire croire, mais c’est une crise qui découle de plus de dix ans de mauvaise gouvernance, de la faillite de l’Etat, de l’économie de la débrouille, du clivage entre groupes socio-ethniques, mais surtout de la pauvreté considérée comme l’une des causes principales de la crise actuelle mais aussi l’une des raisons fondamentales de sa perpétuation.

 

Les pays de la sous-région ont un grand rôle à jouer dans la crise centrafricaine, et il est encore temps pour qu’ils agissent, sinon toute la sous-région risque d’être déstabilisée.

 

Comme le disait le chercheur Thierry Vircoulon dans son analyse parue en décembre dernier, « pour l’heure, on ne voit ni sortie de crise proche ni solution durable pour la crise centrafricaine. Tant qu’il n’y aura pas de forte pression sur le gouvernement et les groupes armés et que le Conseil de sécurité continuera d’opter pour l’impuissance volontaire, la Centrafrique subira un conflit de basse intensité avec des pics de violence tous les quatre ou cinq mois  » et malheureusement son analyse parait tout à fait juste à l’heure actuelle, car pour l’instant les actes posés par la communauté internationale, ne semblent pas à la hauteur des attentes des populations qui souffrent.

 

Le peuple centrafricain ne demande qu’une chose dans l’immédiat c’est la paix et la sécurité, et ce n’est certainement pas trop demander. Evitons de regarder ailleurs alors que nous entendons les cris d’alarme. La résignation et le renoncement ne sont pas une solution, la crise actuelle n’est pas une fatalité. Nous avons tous une obligation d’aider ce peuple pour qu’enfin cesse de couler le sang des civils innocents.


http://www.afrik.com/centrafrique-la-crise-s-enlise-dans-l-indifference#REdbOUxbg5marvAD.99

 

 

Centrafrique : suspension des activités humanitaires à Bangassou

 

https://afrique.tv5monde.com   14 MARS 2018 Mise à jour le15 mars 2018 à 9:42par AFP @ 2018 AFP

 

Les activités humanitaires à Bangassou ont été suspendues en raison du pillage des équipements et des installations de quatre ONG dans cette ville du sud-est de la Centrafrique, a annoncé mercredi à Bangui le bureau des Nations unies pour la coordination humanitaire (Ocha).

 

"Compte tenu de la détérioration de la situation sécuritaire à Bangassou, nos partenaires humanitaires dans la ville ont été relocalisés à Bangui", a déclaré mercredi à l'AFP Joseph Inganji, chef de bureau Ocha pour la Centrafrique.

 

"Il y a beaucoup de rumeurs d'attaques sur Bangassou, cela créé de la peur, et fait peser le risque d'avoir un mouvement massif de population vers la République Démocratique du Congo", a-t-il ajouté.

 

Vendredi dernier, des éléments armés, "vraisemblablement des antibalakas", avaient attaqué les entrepôts de l'ONG Cordaid, selon la Mission des Nations unis en Centrafrique (Minusca).

 

"Les Casques bleus de la Force et de la Police ont été dépêchés sur place. Pendant l'intervention, ces éléments armés ont ouvert le feu sur les Casques bleus qui ont riposté, faisant fuir les assaillants. Les Casques bleus ont évacué le personnel humanitaire et sécurisé les locaux et équipements de l’ONG. Aucune victime n’a été enregistrée", avait déclaré vendredi à l'AFP Uwolowulakana Ikavi-Gbetanou, porte-parole de la Minusca.

 

Des voitures, des motos et des panneaux solaires appartenant à plusieurs ONG ont été volés au cours de cette journée, selon le chef de bureau d'Ocha.

 

"La Centrafrique est devenue l'un des pays les plus dangereux pour les humanitaires. C'est une horreur, quand on pense que la majorité des Centrafricains ont besoin de cet appui", avait déclaré le chef de la Minusca, Parfait Onanga-Anyanga, après le meurtre, le 25 février, dans le nord ouest du pays, de six travailleurs humanitaires.

 

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 01:42
Après avoir fui la guerre, des Sud Soudanais perdus en Centrafrique

 

 

 

Mise à jour 16.03.2018 à 10:00 Par Charles BOUESSEL (AFP)

 

A son âge, Justin, un Sud-Soudanais n'avait pas d'autre choix pour fuir la guerre civile dans son pays que de se réfugier en Centrafrique voisine, minée elle aussi par les conflits entre groupes armés.

 

Ce vieux monsieur de 72 ans reste hanté par la mémoire de ces "hommes du gouvernement sud-soudanais" qui ont "tué des civils et brûlé des maisons" dans son village de Source Yubu au Soudan du Sud. "Ils pensent que les rebelles sont dans la brousse et que la population les ravitaillent en nourriture", dit-il.

 

A Obo, ils sont 2.000 Sud-Soudanais comme lui à avoir franchi la frontière pour gagner le camp de réfugiés de la ville avec l'espoir de trouver la paix en Centrafrique. Mais ils ont découvert un pays ravagé par la pauvreté, les conflits et où plus de la moitié de la population dépend de l'aide humanitaire.

 

Au total, plus de 4.000 personnes ont fui la région d'Equatoria-occidental, dans le sud-ouest du Soudan du Sud, vers l'est de la Centrafrique depuis 2015, selon l'ONU.

 

En 2016, l'ONU a mis en place un camp à Obo, qui accueille la moitié de ces réfugiés, alors que certains ont déjà choisi de rentrer chez eux.

 

- Entre hostilité et menaces -

 

Car Obo n'est pas un sanctuaire de paix espéré: les Sud-Soudanais qui y sont restés se disent coincés entre l'hostilité d'une partie de la population et les menaces des groupes armés qui rodent à l'extérieur de la ville.

 

Comme les autres réfugiés, Justin a été rattrapé par la guerre opposant depuis décembre 2013 des clans du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ancienne rébellion ayant mené le Soudan du Sud à l'indépendance en 2011. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, quatre millions de déplacés et provoqué une crise humanitaire catastrophique.

 

"J'habitais à Wau, quand les rebelles de Riek Machar (ex-vice président sud-soudanais et rival du président Salva Kiir) ont attaqué la ville", raconte Nicolas Anthony, arrivé à Obo en octobre 2016.

 

"Beaucoup de Dinkas (ethnie affiliée à l'Armée populaire de libération du Soudan, l'APLS, du président Kiir) ont été tués à Wau.

 

Cette ville du nord-ouest du Soudan du Sud "est devenue le terrain d'une +guerre des ethnies+, les Dinkas ne voulaient plus d'autres ethnies, ils voulaient rester seuls", dit-il.

 

- Réfugiés 'sans droits' -

 

"Vous savez, il y a beaucoup de tombeaux ici", ajoute-t-il en évoquant la vie au camp où de nombreux réfugiés sont morts par manque de soins.

 

Tous ceux interrogés racontent les mêmes difficultés: "on a même dû vendre les ustensiles de cuisine distribués par l'ONU pour s'acheter à manger", abonde Moise Valentino, 39 ans.

 

Cet agriculteur a bien tenté, comme d'autres, de se faire embaucher localement par des Centrafricains pour des travaux agricoles.

 

"Mais ils refusent de nous payer! Ils disent qu'on n’a pas de droit, qu'on a qu'à retourner au Sud Soudan!" s'énerve-t-il.

 

D'autres s'éloignent dans la brousse pour trouver des lopins de terre inoccupés mais, là encore, les problèmes surviennent.

 

"A chaque fois qu'on débroussaille un endroit, un natif d'Obo vient dire que c'est à lui. Donc on doit s'éloigner mais pas trop loin, car il y a la LRA", l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), une des guérillas les plus sanglantes du monde, déplore James Simon Uffo, 32 ans.

 

Cette rébellion ougandaise créée par Joseph Kony continue ses exactions aux alentours d'Obo, malgré une traque de plusieurs années menée par les forces ougandaises et américaines qui l'a considérablement affaiblie.

 

- Rêves de foot -

 

Les réfugiés sud-soudanais doivent aussi composer avec les Peuls, des éleveurs de bétail transhumants. "Nous n'avons pas de bonnes relations avec eux. Quand on fait notre +petit jardin+, ils passent et le détruisent. On ne peut rien dire, ils sont armés (et rôdent) à 8 km de la ville", déplore James Simon.

 

A ces menaces s'ajoute la crainte de voir le conflit centrafricain débarquer à Obo. "Zemio et Mboki ont été attaquées, ça pourrait arriver ici aussi. On est chrétiens donc on pourrait se faire attaquer", redoute James Simon Uffo.

 

De fait, le sud-est de la Centrafrique a été le théâtre de nombreuses violences meurtrières en 2017 entre groupes armés, tantôt pour la conquête territoriale, tantôt pour le contrôle des ressources naturelles.

 

Face à ces difficultés, James Simon a renoncé à tous ses rêves, sauf un: des chaussures de foot et un ballon.

 

"On reste ici à penser à notre pays, à notre famille. Si on pouvait jouer au foot, on pourrait un peu oublier notre malheur", dit-il.

 

© 2018 AFP

 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 23:57

 

 

 INTERVIEW

 

Rwanda : «On était venus empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires»

 

Par Maria Malagardis — Libération 15 mars 2018 à 12:54

 

Guillaume Ancel, capitaine de l'armée française en 1994, a participé à l'opération «Turquoise». Il publie aujourd'hui un livre sur cette intervention qui, d'après son témoignage, visait à protéger le gouvernement rwandais en déroute.

 

C’est un soupçon monstrueux qui ne cesse de ressurgir, depuis près de vingt-cinq ans : la France a-t-elle déclenché une opération humanitaire dans un pays d’Afrique avec comme but inavoué de sauver un gouvernement qui venait tout juste de massacrer près d’un million de personnes ? L’accusation peut paraître énorme. Elle revient pourtant régulièrement, comme un serpent de mer qui interroge, encore et encore, le rôle pour le moins ambigu de la France lors du génocide qui s’est déroulé au Rwanda en 1994.

 

Cette année-là, dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs, une campagne d'extermination est déclenchée contre la minorité tutsie du pays. Pour y mettre un terme, alors que la communauté internationale a vite plié bagage, il n’y aura que l’offensive d’un mouvement rebelle, le Front patriotique rwandais (FPR), formé quatre ans plus tôt par des exilés tutsis. Contre toute attente, le FPR fait reculer le gouvernement génocidaire. Et c’est au moment où le FPR semble proche de la victoire finale que la France décide soudain d’intervenir. Sous label «humanitaire». Guillaume Ancel y était. Officier intégré dans une unité de la Légion étrangère, il a participé à cette opération «Turquoise», dont il raconte la face cachée, dans le livre qu’il publie aujourd’hui (1).

 

Depuis que vous avez quitté l’armée en 2005, et même encore récemment, vous avez souvent témoigné sur l’opération Turquoise. Pourquoi publier encore un livre aujourd’hui ?

 

Pour empêcher que le silence ne devienne amnésie, et sur les conseils d’un historien, Stéphane Audoin–Rouzeau, qui m’a aidé à écrire ce livre. C’est le témoignage écrit cette fois-ci, de ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu. En nous envoyant là-bas, personne ne nous a briefés avant le départ. On ne savait rien. C’est totalement inédit dans les pratiques de l’armée. Et ce n’est qu’en arrivant sur place qu’on a compris : en guise «d’action humanitaire», on était d’abord venus pour stopper le FPR, donc empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires. Génocidaires qu’on a tenté de remettre au pouvoir, puis qu’on a aidé à fuir, avant de les réarmer de l’autre côté de la frontière au Zaïre [aujourd’hui république démocratique du Congo, ndlr]. C’est comme si à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le corps expéditionnaire français avait été envoyé aux côtés des nazis pour stopper, par exemple, l’avancée des troupes russes. En aidant les nazis à se réarmer, faute d’avoir pu finalement les réinstaller au pouvoir. L’opération Turquoise a été menée «au nom de la France». Mais vingt-quatre ans plus tard, on refuse toujours d’en ouvrir les archives. Pour quelle raison, si ce n’était qu’une simple opération humanitaire ?

 

Au sein de l’armée il y a d’autres témoignages qui contredisent le vôtre…

 

En réalité, il y a surtout très peu de témoignages. Beaucoup se taisent car il existe une culture du silence dans l’armée française, qu’on ne retrouve pas d’ailleurs chez les Anglo-Saxons. Il y a pourtant cet ancien officier du GIGN qui a raconté l’horreur d’avoir compris qu’il avait formé des troupes qui commettront ensuite le génocide. Parmi les anciens de Turquoise, certains, en revanche, répètent la parole officielle, par peur d’être mis en cause. Mais il y a aussi cet ancien commandant d'un régiment des troupes de marine qui, lui, explique clairement qu’il était là pour aider ceux qui commettent les massacres ! J’ai également des camarades qui avaient écrit au ministre de la Défense, à l’époque de l’opération, pour dénoncer le réarmement des troupes génocidaires en déroute. Ils se sont fait tacler.

 

Mais pour quelle raison la France se serait-elle impliquée dans ce bain de sang ?

 

Aucun responsable ne s’est réveillé un matin, en se disant «tiens je vais aider ceux qui commettent un génocide». Mais il y a eu une part d’aveuglement, dans le cercle étroit autour du président François Mitterrand. Quand le génocide commence, la France vient de passer quatre ans aux côtés du régime rwandais. Sur place, on a vu ce dernier réaliser le fichage des Tutsis, on a su pour l’entraînement des miliciens, les premiers pogroms, simple répétition du «grand soir». Et on n’a pas réagi. En revanche dès le début du génocide, des divergences apparaissent au sein même des services de renseignements : la DGSE pointe tout de suite la responsabilité du pouvoir en place dans l’organisation de massacres et conseille de s’en dissocier. Puis, la direction du renseignement militaire va contredire cette analyse, tenter de détourner l’attention sur la responsabilité du FPR dans l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana [attentat du 6 avril 1994, considéré comme l’événement déclencheur du génocide]avec une photo de missiles qui avait tout d’une manip.

 

Or quand l’avion du président Habyarimana est abattu, après des mois de tensions, ce dernier venait justement d’accepter de partager le pouvoir avec le FPR. Au fait, pourquoi n’a-t-on jamais retrouvé la boîte noire ?

 

L’un des premiers sur les lieux du crash, c’est un officier français: Grégoire de Saint Quentin. Mais quand je l’ai rencontré et que je lui ai demandé ce qu’était devenue la boîte noire, il s’est brusquement refermé comme une huître. Il n’est pas en cause, on lui a ordonné de se taire.

 

Vous refusez d’accuser vos anciens compagnons d’armes, qui n’auraient fait qu’«obéir aux ordres», mais vous évoquez aussi ce prisonnier qui aurait été jeté d’un hélicoptère pendant l’opération Turquoise. Est-ce que l’armée n’est pas parfois hors contrôle dans ces opérations ?

 

C’est un cas particulier. Une équipe qui, je pense, a disjoncté toute seule. Pour le Rwanda, ce qui est inquiétant, c’est ce lourd silence qui continue à s’imposer, et la gravité des faits qui pourrait impliquer une complicité de génocide. Mais aujourd’hui, alors que les questions sécuritaires sont de plus en plus fortes, on est de moins en moins informé sur les opérations militaires, en Afrique notamment. Sur le moment c’est parfois périlleux de dévoiler les détails d’une opération. Mais après coup ? Si l’opinion, les médias, ne se montrent pas plus exigeants sur ce qui est fait en notre nom à tous, c’est la démocratie qui est en péril.

 

(1) Rwanda, la fin du silence (éditions les Belles Lettres), 21 euros.

 

Maria Malagardis

 

Lu pour vous : Rwanda : «On était venus empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires»

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 23:41
Lu pour vous : L’étonnant suspect français du « putsch » manqué en Guinée équatoriale
Lu pour vous : L’étonnant suspect français du « putsch » manqué en Guinée équatoriale

 

 

ENQUÊTE

 

L’étonnant suspect français du « putsch » manqué en Guinée équatoriale

 

Selon Malabo, un retraité parisien, Dominique Calace de Ferluc, serait l’un des personnages clés du « coup d’Etat » déjoué de décembre 2017.

 

Par Joan Tilouine LE MONDE Le 15.03.2018 à 10h46 • Mis à jour le 15.03.2018 à 13h22

 

Etrangement, il ne s’est pas décomposé lorsque son nom a été publiquement lâché, le 10 mars, sur les ondes de la Radio-Télévision de Guinée équatoriale. Ce jour-là, le Français Dominique Calace de Ferluc, 72 ans, est désigné par le procureur général de ce pays pétrolier d’Afriquecentrale comme l’un des personnages clés de la tentative déjouée de « coup d’Etat » menée en décembre 2017.

 

N’importe quel Parisien aurait sursauté, pris peur ou la fuite, se serait empressé de se rapprocher des autorités françaises. Lui se contente de se défendre« Je n’ai pas vraiment été informé du coup d’Etat, mais je savais que des opposants préparaient des manifestations, affirme depuis la capitale française Dominique Calace de Ferluc, joint au téléphoneA la suite de mes rencontres fréquentes avec des opposants en exil à Paris, ils ont estimé pouvoir me salir. Mais je ne connais pas les autres accusés. »

 

Deux autres « putschistes » présumés sont également cités : Mahamat Kodo Bani, un ancien membre de la garde présidentielle tchadienne, radié de l’armée et passé par diverses rébellions au Soudan et en Centrafrique, ainsi qu’un militaire centrafricain, Ahmed « Dada » Yalo, frère d’un proche du président Faustin-Archange Touadéra.

 

« Tentative d’invasion de mercenaires »

 

Les faits remontent à Noël 2017. Le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, se trouve dans son somptueux palais de Koete, construit dans sa ville natale de Mongomo, non loin des frontières du Gabonet du Cameroun. A moins de 80 kilomètres de là, dans la dense forêt équatoriale, des « mercenaires » tchadiens venus de l’Extrême-Nord du Cameroun et des Centrafricains dépêchés des environs de Bangui sont repérés.

 

Dès le 24 décembre, les services de sécurité camerounais signalent des mouvements suspects à la frontière. Les « mercenaires » disposent de complicités au sein des communautés de Mongomo, selon les relevés d’interceptions téléphoniques. L’objectif de cette opération est désormais clair pour Yaoundé et pour Malabo : éliminer le président équato-guinéen et prendre le pouvoir. Mal ficelé, le projet échoue. Plusieurs cargaisons de fusils, de lance-roquettes et de munitions sont interceptées. Des dizaines de suspects sont arrêtés, dont le chef présumé de l’opération, Mahamat Kodo Bani, et Ahmed Yalo, au Cameroun.

 

 « C’était une tentative d’invasion de mercenaires. C’est très grave et inadmissible que des mercenaires cherchent à déstabiliser un pays africain », avait déclaré au Monde le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, alors président de l’Union africaine. Les tentatives de coup d’Etat rythment l’histoire récente de la Guinée équatoriale. La dernière en date remonte à 2004, cornaquée par le mercenaire britannique Simon Mann et le Sud-Africain Nick du Toit.

 

Cette fois, l’opération aurait été en partie préparée depuis la France. Les services de sécurité équato-guinéens disent en avoir acquis la certitude, après des enquêtes menées avec leurs homologues camerounais et tchadiens et étayées par des interceptions téléphoniques ainsi que par des interrogatoires de « mercenaires » arrêtés à la frontière. C’est là que Dominique Calace de Ferluc entre en scène.

 

Du pouvoir à l’opposition

 

 

Le monsieur conserve un ton, une voix et un certain style « ORTF ». En bon disciple du célèbre producteur Jean Thévenot (1916-1983), il est resté l’un de ces « chasseurs de son », du nom de la mythique émission radiophonique et de l’association d’amateurs chevronnés d’enregistrements insolites qu’il préside aujourd’hui. Avec son air patelin, ses cheveux gris-blanc soigneusement peignés et ses petites lunettes aux verres fumés, Dominique Calace de Ferluc cultive son allure de paisible ingénieur du son à la retraite, nostalgique de ses belles années au service de ce qui est devenu Radio France.

 

Ce Parisien ordinaire n’est pourtant pas inconnu du pouvoir équato-guinéen. Celui-ci a eu recours à ses services dans le passé, mais pas pour ses compétences radiophoniques. Egalement à la tête d’un obscur think-tank « fondé en 1976 », l’Institut social de France et de l’Union européenne, Dominique Calace de Ferluc admet sans louvoyer avoir autrefois cru à la volonté de changement affichée par le régime de Malabo, au point d’avoir réalisé un publireportage agrémenté d’un entretien avec le chef de l’Etat. Le tout a été publié en mars 2008 dans la revue de son institut, une coquille vide qui dépend de donations et du bon vouloir de bénévoles.

 

Cela lui vaudra d’être recruté par l’ambassade de Guinée équatoriale à Paris. Il se dit et se pense missionné en personne par le président Obiang Nguema Mbasogo pour négocier le retour d’opposants en exil. A Paris, il fait fonction, quatre ans durant, de conseiller pour les médias et de rédacteur en chef de la revue de l’ambassade. Une expérience qui se soldera par un litige devant les prud’hommes.

 

Jusque-là, M. Calace de Ferluc ne trouvait rien à redire à la gouvernance de ce pays dont les richesses sont accaparées par la famille au pouvoir depuis 1979. Soudainement lucide sur la nature de ce régime broyant les dissidents, qu’il a servi de bonne grâce, le voilà qui se jette dans les bras de l’opposition en exil et se met à la conseiller dans l’espoir de la structurer.

 

« Réunions préparatoires à Paris »

 

Fils de magistrat, lui-même diplômé en droit, il dit avoir contribué à la rédaction des statuts de la Coalition pour la restauration d’un Etat démocratique en Guinée équatoriale (Cored), une coalition d’opposants et de partis politiques en exil menée par le virulent Salomon Abeso Ndong, qui a passé deux ans en prison à Malabo au début des années 2000. Ce dernier dément toute implication de M. Calace de Ferluc dans la création de la Cored : « On lui a parfois demandé des conseils, rien de plus. »

 

Dès le 23 janvier 2018, des premiers éléments ont été transmis aux autorités françaises dans le cadre de la demande d’entraide judiciaire dont Le Monde Afrique a pris connaissance. Ce document de six pages livre un pan de la version équato-guinéenne sur cette « invasion mercenaire et terroriste », qui se base notamment sur les interrogatoires d’Onofre Otogo Ayecaba, 40 ans, et de Hector Santiago Ela Mbang, 36 ans.

 

Tous deux ont été interpellés le 29 décembre après avoir été en contact téléphonique régulier avec, entre autres, Salomon Abeso, le leader de la Cored. « Le contenu des conversations ne laisse aucun doute sur son implication », peut-on lire dans le document. « Je suis même en contact avec des ministres. Cet Hector s’occupe de jeunes, il est de ma région – la même que le président – et, oui, on échange », balaie M. Abeso.

 

Selon le récit des services de sécurité, à prendre avec prudence car les déclarations ont probablement été obtenues sous la contrainte, M. Otogo Ayecaba et M. Santiago Ela Mbang ont admis avoir participé à « au moins deux réunions préparatoires […] durant les mois de septembre et de novembre 2017 » à l’hôtel Pullman de Paris-Bercy, où ils ont séjourné. Parmi les personnalités présentes, figurerait un mystérieux « conseiller »français à qui auraient été remis 500 000 euros en espèces destinés à financer le « coup d’Etat », selon le procureur de Guinée équatoriale, qui n’apporte pas de preuves pour l’instant. M. Calace de Ferluc reconnaît avoir participé à ces « réunions politiques » mais dément « avoir vu ou perçu »une telle somme.

 

Le courrier qui intrigue

 

Etonnant personnage que ce septuagénaire jeté dans les eaux troubles d’une opposition opprimée sur place et contrainte à l’exil, où tous les coups, même tordus, sont permis. Est-il l’un de ces farfelus français épris de politique africaine, l’un de ces vieux intrigants déclinants qui tentent d’exister et de s’occuper dans un univers de manipulation masquée par une atmosphère de fraternité feinte ? Ou cache-t-il assez bien son jeu pour dissimuler une face plus sombre ? « Je n’exclus pas que certains membres de l’opposition se soient servis de moi »se contente-t-il de répondre.

 

Dominique Calace de Ferluc a peut-être fait une erreur. Le 26 décembre, alors que la tentative de « coup d’Etat » a échoué, il adresse par DHL à Onofre Otogo Ayecaba et à Hector Santiago Ela Mbang une lettre à en-tête de son institut destinée à l’ambassade de France en Guinée équatoriale. Il y exhorte le Consul de France à leur délivrer, dans l’urgence, des visas pour participer à un « séminaire de formation de cadres dirigeants » prévu à Paris le 4 janvier. Il joint au courrier des billets d’avion Air France et une réservation d’hôtel.

 

Ce pli est intercepté par les services de sécurité équato-guinéens qui détiennent les deux hommes, soupçonnés d’avoir œuvré pour les « putschistes » sur place. « Ça prouve que je suis de bonne foi, car si j’avais su qu’ils avaient été arrêtés je ne leur aurais pas envoyé cette lettre », se défend le Français. Il renvoie vers une note écrite qu’il transmet par e-mail et qui reprend la rhétorique de l’opposition radicale fustigeant le régime, évoquant des « charniers » et des « crimes contre l’humanité » en Guinée équatoriale, comparant cette « tentative de déstabilisation » à un complot ourdi pour « éradiquer l’opposition ».

 

Pour le moment, Dominique Calace de Ferluc assure ne pas avoir été approché par les autorités françaises. La demande de coopération adressée par la Guinée équatoriale à la France n’a pas encore donné lieu à une quelconque transmission d’informations. Contacté, le Quai d’Orsay n’a pas souhaité réagir. Les relations entre les deux pays se sont encore un peu détériorées avec la condamnation du vice-président et fils du chef de l’Etat, Teodorin Obiang, dans l’affaire dite des « biens mal acquis » en octobre 2017. C’est dans ce contexte de tensions diplomatiques exacerbées que Malabo réclame des enquêtes, entre autres, sur cet étonnant « conseiller » qui semble tout droit sorti d’une autre époque.

 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 23:39

 

 

CHRONIQUE

 

« La détribalisation de nos sociétés doit être une priorité des gouvernements réformateurs en Afrique »

 

Pour notre chroniqueur, « le tribalisme fige les individus dans un corset identitaire et érige des barrières infranchissables ».

 

Par Yann Gwet (chroniqueur Le Monde Afrique)

 

LE MONDE Le 16.03.2018 à 17h41 • Mis à jour le 16.03.2018 à 17h43

 

Chronique. Le tribalisme reste une plaie béante au cœur de nombreuses sociétés africaines. Il entretient les divisions, atrophie nos économies, alimente l’instabilité. En Ethiopie, la persistance de tensions politico-ethniques a conduit à la démission récente du premier ministre Hailemarian Desalegn. Au Kenya, depuis l’instauration du multipartisme en 1991, quasiment chaque élection présidentielle s’est soldée par un cycle de violences « ethniques » meurtrières.

 

Au Cameroun, la gouvernance tribale de Paul Biya a amplifié la fracture communautaire. Avec la crise anglophone et la perspective de la présidentielle, le thermomètre est au plus haut. Le pays vacille. Malgré tout, il y a comme un consensus autour de l’inévitabilité du tribalisme dans nos sociétés.

 

« Invention »

 

Pourtant, les spécialistes sont unanimes sur la question : la notion de tribu est en grande partie une construction historique. Dans Qu’est-ce qu’une tribu ?, l’universitaire ougandais Mahmood Mamdani explique que celle-ci est « très largement un corpus de lois créées par un Etat colonial qui impose des identités de groupe sur des individus et par conséquent institutionnalise la vie de groupe ». Certes, la réalité de communautés humaines partageant, notamment, la même langue précède l’époque coloniale. Mais l’ethnie était alors un fait culturel. Les identités ethniques étaient fluides – les individus pouvaient naviguer de l’une à l’autre. Les ethnies n’étaient pas rattachées à des régions particulières ; elles n’avaient pas d’identité exclusive, ni aucune idée de souveraineté politique. Selon Mamdani, c’est l’expérience coloniale qui a « conçu arbitrairement » la tribu au sens moderne du terme. L’historien britannique Eric Hobsbawm parle même « d’invention » : la tribu comme « unité administrative qui distingue les autochtones des allogènes n’existait certainement pas avant la colonisation, nous explique-t-il. C’est avec l’expérience coloniale que la tribu est devenue une identité unique, exclusive. Par-dessus tout, l’identité tribale a acquis une dimension politique totalisante. »

 

Dans une étude intitulée Ethnicity and Politics in Africa, l’anthropologue Crawford Young rappelle ainsi que les Yoruba et les Igbo, deux ethnies majeures au Nigeria« n’avaient pas une conscience collective significative durant la période précoloniale ». En clair, elles n’existaient pas en tant que tribus. Il en est de même des Ankole en Ouganda, des Ovimbundu en Angola, des Luhya au Kenya, des Ngala en République démocratique du Congo, etc. L’économiste Paul Collier date la naissance, dans le sillage d’un programme de radio !, de l’ethnie Kalenjin au Kenya à 1942. Pourtant, en 2017, l’identité ethnique de ce groupe est devenue si vive qu’il était en pointe dans les violences post-électorales qui ont ensanglanté le Kenya. Tant de massacres commis à travers l’Afrique au nom d’identités souvent artificielles.

 

De multiples identités

 

Contrairement à ce que pensent les fondamentalistes de la tribu, nous sommes traversés de multiples identités : ethniques, par la force des choses, mais aussi religieuses (pour les croyants), familiales, politiques, de classe, de genre, etc. Ces identités s’entremêlent. Elles sont parfois en tension, d’autrefois elles coexistent harmonieusement. Mais aucune d’elles ne nous définit en tant que tel. Nos choix et nos actions quotidiens sont plus significatifs à cet égard. Surtout, jusqu’à un certain point, nous restons libres de choisir ce que nous sommes. Cette liberté constitue notre humanité.

 

Officiellement, je suis de l’ethnie Bassa au Cameroun. Mais cette identité est contingente. Je lui accorde une importance relative. Dans une autre vie, j’ai créé une entreprise agroalimentaire dont les activités me conduisaient souvent dans mon village. J’étais entouré de jeunes bassa. Je vivais et travaillais avec eux. Tous étaient nés et avaient grandi sur place. Ils étaient pauvres et peu éduqués. Nous étions de la même ethnie, mais notre vision du monde, notre conception de la vie, nos idées étaient souvent opposées. La nature ne faisait pas le poids face à la culture. Notre communauté ethnique était insignifiante.

 

Un corset identitaire

 

Le principal danger du tribalisme est l’essentialisation. Il considère que l’ethnie est l’identité constitutive de l’individu. Cette identité est par ailleurs figée, et elle est associée à une série de caractères qui nous définiraient fondamentalement. Dès lors que je suis né bassa, je suis bassa, je ne suis que bassa, et je porte nécessairement les défauts et qualités supposés des Bassa. Je n’ai pas de libre arbitre. Mes expériences, mon parcours de vie, mes actions, mes idées, ne comptent pas. Seule mon ethnie témoignerait de ce que je suis, et surtout de ce que je ne suis pas et ne serai jamais. En ce sens, le tribalisme est un totalitarisme aussi dangereux que les autres. Il fige les individus dans un corset identitaire, érige des barrières infranchissables entre eux, semant ainsi les graines de la violence.

 

La persistance de réflexes tribaux dans la plupart de nos sociétés et l’instrumentalisation constante (et naturelle) des solidarités tribales par les élites politiques africaines témoignent de ce que nos pays demeurent fortement imprégnés de l’expérience coloniale. La détribalisation de nos sociétés doit figurer au rang des priorités des gouvernements réformateurs en Afrique. Mais autant l’idée de race précède et fonde le racisme, autant l’idée de « tribu » fonde le tribalisme. Par conséquent il faudra éliminer la tribu pour en finir avec le tribalisme. Et parce que la tribu est un héritage colonial, sa suppression passera nécessairement par le démantèlement d’Etats coloniaux, la redéfinition de nos systèmes politiques, et la rénovation du contrat social. Sans un effort de cette nature, l’Afrique restera le continent des grands désordres.

 


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/03/16/la-detribalisation-de-nos-societes-doit-etre-une-priorite-des-gouvernements-reformateurs-en-afrique_5272246_3212.html#oAB5qBpJIsbvLTaC.99

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 23:38

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

ARRESTATION A BRIA D’UN LEADER ANTI-BALAKA AU COURS D'UNE OPERATION DE LA MINUSCA

 

 

Bangui, le 16 mars 2018 – La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a mené ce matin à Bria (préfecture de la Haute Kotto) une opération qui a abouti à l'arrestation du leader anti-Balaka surnommé ‘Ramazani’, de son vrai nom Jean Francis Diandi, en application d’un mandat d’arrêt émis par les autorités centrafricaines.

 

‘Ramazani’ a été, durant plusieurs mois, responsable de plusieurs violations graves du droit humanitaire international dans le camp des personnes déplacées de Bria, parmi lesquelles l’attaque, le 4 décembre 2017, de casques bleus de la MINUSCA qui avait causé la mort d’un policier mauritanien et blessé trois autres.

 

La MINUSCA invite tous les détenteurs d’armes de participer dans le programme réduction de violences communautaires en cours.

 

La MINUSCA et les autorités nationales travaillent ensemble pour amener les criminels qui opposent à la paix et la sécurité en République Centrafricaine à répondre de leurs actes devant la justice.

______________________________________________________________________________

 

Division de Communication Stratégique et d'information publique

 

MINUSCA | Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine 

https://minusca.unmissions.org  | @UN_CAR |

 

 

Arrestation d'un chef antibalaka à Bria en Centrafrique

 

Un chef antibalaka accusé d'être impliqué dans une attaque meurtrière contre des Casques bleus en décembre a été arrêté vendredi par la force des Nations unies en Centrafrique (Minusca), selon le porte-parole de la mission onusiennes.

 

"La Minusca confirme l'arrestation par ses éléments ce vendredi 16 mars en milieu de matinée à Bria (Haute-Kotto, centre) d'un leader antibalaka surnommé +Ramazzani+", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Minusca, Hervé Verhoosel.

 

"De son vrai nom Jean Francis Diandi, il a été l'un des leaders antibalaka dans le camp de déplacés de PK3 à Bria depuis plusieurs mois", précise le porte-parole.

 

Il est "responsable d'une série de violations des droits de l'homme y compris des meurtres. Il est aussi accusé d'une attaque le 4 décembre contre des Casques bleus, dont l'un a trouvé la mort. Il existait un mandat d'arrêt contre cet individu", ajoute M. Verhoosel.

 

Le 4 décembre 2017, un Casque bleu mauritanien avait été tué dans l'attaque d'un poste de police de la Minusca à Bria, devenant le quatorzième Casque bleu tué en Centrafrique depuis le début de l'année 2017. Trois autres Casques bleus avaient été légèrement blessés dans l'assaut.

 

Bria, ville diamantifère, est l'un des épicentres des tensions entre groupes armés en Centrafrique. Sont présents dans la région les groupes armés de l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), les deux branches du Front populaire pour la renaissance en Centrafrique (FPRC) et des antibalakas.

 

La Centrafrique est embourbée dans un conflit meurtrier depuis 2013. L'Etat n'a de contrôle que sur une maigre partie du territoire national. Les groupes armés s'affrontent dans les provinces pour le contrôle du diamant, de l'or et du bétail dans ce pays qui est l'un des plus miséreux au monde.

 

Avec AFP

 

ARRESTATION A BRIA D’UN LEADER ANTI-BALAKA AU COURS D'UNE OPERATION DE LA MINUSCA

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