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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 16:03
"Il n'y a pas de solution militaire à la crise en RCA" Mankeur Ndiaye RSSG ONU

 

https://www.dw.com 11.09.2019

 

Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

***

DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 16:03
"Il n'y a pas de solution militaire à la crise en RCA" Mankeur Ndiaye RSSG ONU

 

https://www.dw.com 11.09.2019

 

Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

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DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

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DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

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DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

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DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 16:03
"Il n'y a pas de solution militaire à la crise en RCA" Mankeur Ndiaye RSSG ONU

 

https://www.dw.com 11.09.2019

 

Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

***

DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

 

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 12:18
Centrafrique, la visite prometteuse de Touadera à Paris

 

Lu pour vous

 

https://mondafrique.com By Nicolas Beau  9 septembre 2019

 

La visite du Président Faustin-Archange Touadera à l’Élysée, jeudi 5 septembre 2019, semble avoir été plus féconde que sa précédente rencontre avec Emmanuel Macron, qui datait du 25 septembre 2017. La situation actuelle en Centrafrique n’incite-t-elle pas la France à soutenir davantage le régime en place afin de prévenir un nouvel embrasement du pays ?

Le Président Faustin-Archange Touadera semblait réconforté par sa rencontre avec Emmanuel Macron, le 5 septembre 2019, alors qu’il avait été déçu lors de sa précédente visite à l’Élysée, qui datait du 25 septembre 2017. A l’époque, la Feuille de route pour la paix et la réconciliation de l’Union africaine, du 17 juillet 2017, n’avait suscité chez Emmanuel Macron que des encouragements polis et des soutiens hypothétiques, notamment en matière de livraison d’armes. On connaît la suite, avec la visite du Président Touadera et de Firmin Ngrebada, son chef de cabinet et futur Premier ministre, à Sotchi le 7 octobre 2017.

Les mauvaises appréciations de la diplomatie française avaient permis à la Russie de s’engouffrer dans cette ouverture inespérée pour le Kremlin.

Vers un réinvestissement de la France

La relance de la coopération française a certes pour objectif de contenir l’influence grandissante de la Russie, mais c’est surtout la situation actuelle, sept mois après la signature de l’Accord de Khartoum et quinze mois avant les élections générales, qui motive ce réengagement multisectoriel. A certains égards, la situation actuelle rappelle celle qui prévalait en 2011-2012, alors que Faustin-Archange Touadera était le premier ministre du président Bozize. Il est toujours plus facile de prévenir que de guérir.

Outre les appuis traditionnels indispensables et irremplaçables auprès du FMI, des institutions financières internationales, de l’ONU, notamment du Conseil de sécurité, et de l’Union européenne, la France pourrait accroître la coopération bilatérale multisectorielle. Si la coopération militaire passe surtout par l’Union européenne et l’EUTM, où un général français a pris le commandement, la coopération pour le développement du pays ne passera plus principalement par le Fonds européen Békou. La formation, comme celle des fonctionnaires avec le renforcement de l’ENAM de Bangui et l’accroissement significatif des bourses, les appuis à la restauration et à la modernisation des administrations, l’aide au secteur de santé et à la protection civile, l’appui aux fonctions régaliennes et l’aide alimentaire sont à l’agenda.

Ce réinvestissement de la France en Centrafrique n’est pourtant pas un chèque en blanc pour le Président Touadera. Outre les  échéances électorales de 2020-2021, qui commencent à susciter des inquiétudes, le chef de l’État français a probablement rappelé à Faustin-Archange Touadera les attentes de la France pour le retour de la paix. En ce domaine également, les inquiétudes se multiplient notamment en provenance des pays voisins de la République centrafricaine, comme l’a probablement rappelé le président congolais Denis Sassou Nguesso, dans sa rencontre avec Emmanuel Macron, le 3 septembre 2019. 

La fragilité de l’accord de Khartoum

L’accord de Khartoum connaît de grandes difficultés d’application, surtout dans les zones sous contrôle des groupes armés, jadis alliés dans la Séléka. Les quatorze groupes armés signataires ont chacun leurs propres intérêts opportunistes et n’ont pas une stratégie convergente pour une gouvernance du pays. Comment peut-on concilier dans un accord global ce patchwork d’intérêts peu compatibles ? Le chef de l’État et son Premier ministre, grand organisateur de l’Accord de Khartoum, veulent la paix pour leur réélection en 2020-2021. Chacun des quatorze groupes armés souhaite avoir la paix pour continuer leur implantation territoriale et l’exploitation des ressources locales, en toute impunité. 

Au même titre que le gouvernement et les ministères qui le composent, les groupes armés ne connaissent pas une véritable organisation hiérarchique. Les ordres donnés ne sont plus vraiment exécutés aussi bien dans les administrations comme dans les groupes armés.

Faute de contrôles et des éventuelles sanctions, les petits chefs des groupes armés sont peu ou pas concernés par un accord dont ils ne voient aucune retombée sur leurs conditions de vie. Vont-Ils abandonner leurs moyens de subsistance quotidiens pour un accord politique concernant principalement leurs leaders ?  Quelles seront les compensations financières pour la démobilisation et le désarmement des groupes armés ? 

Deux poids, deux mesures

Le ressentiment d’une grande partie de la population affecte l’appropriation de l’accord. Beaucoup de Centrafricains condamnent la mansuétude accordée aux seigneurs de la guerre de l’ex-Séléka, pourtant passibles de la Cour Pénale Internationale (CPI) ou de la Cour Pénale Spéciale.

Les chefs anti balaka ne bénéficient pas, eux, de la même considération, à l’image de Patrice-Édouard Ngaïssona et de Alfred Yekatom Romhot, emprisonnés à La Haye dans le cadre d’une instruction pour crimes de guerre et contre l’humanité. L’expression « deux poids, deux mesures » revient souvent dans les conversations

Vers un retour vers les années 2011-2012

.Les préparatifs des élections de 2020-2021 commencent à ressembler à ceux des élections de 2011, qui furent qualifiées de hold-up électoral. Le camp présidentiel regroupe déjà les principaux acteurs de cette mystification de 2011 qui risque fort de se renouveler en 2020-2021. Les principaux leaders de l’opposition sont également regroupés dans une plateforme pour s’inquiéter de l’évolution de cette situation pré-électorale.
Plusieurs groupes armés, signataires de l’Accord de Khartoum, reprennent leur liberté d’action et sont menaçants pour le pouvoir de Bangui. Les chefs rebelles Sidiki (3R) et Al-Khatim ( MPC) ont abandonné leur fonction de ministre-conseiller à la primature et Abdoulaye Miskine ( FDPC) a refusé d’exercer les fonctions de ministre chargé de la  » modernisation de l’administration » pour reprendre les armes, cette fois-ci dans le nord-est du pays. Dans cette région de l’extrême nord-est le FPRC ( Rounga) de Nourredine Adam et le MLCJ (Kara) du ministre chargé des relations avec les groupes armés, Gilbert Deya Ntoumou,  s’affrontent autour de Birao. Fin août, Nourredine Adam avait préventivement limogé Abakar Sabone, fondateur du MLCJ, de son poste de porte-parole du FPRC. Quant à Ali Darass ( UPC), adoubé par l’Union africaine et l’ONU,  il « administre » en toute quiétude un territoire de plus en plus vaste en interdisant les « ingérences » de l’État ! La lecture de l’Accord de Khartoum semble bien différente selon les signataires. 

L’ombre menaçante de Bozizé

Y aura-t-il une nouvelle alliance de certains de ces groupes armés, jadis membres de l’ex-Séléka, qui ne se reconnaissent plus dans l’Accord de Khartoum et qui affichent une vive hostilité envers le président Touadera ? Le parti KNK de l’ancien président Bozize va-t-il sortir du jeu électoral pour rejoindre cette nouvelle alliance ?

Au-delà des discours convenus qui saluent une amélioration de la situation et les avancées de l’Accord de Khartoum, il y a les réalités du terrain et les difficultés de concilier des intérêts divergents, peu favorables à la paix et à l’amélioration des conditions de vie de la population. La politique de l’autruche de l’ONU et de l’Union africaine ne peut durer longtemps. Le président Macron, adepte du parler vrai, a probablement assorti le réengagement de la France de conseils, qui pourraient être pris pour des avertissements, au président Touadera. Le respect d’un processus électoral inclusif et transparent et une plus forte implication dans l’application des sanctions figurant dans l’Accord de Khartoum pourraient être des contributions attendues du président Touadera…afin de maintenir le climat de confiance de la rencontre du 5 septembre 2019.

 

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 02:34
Faustin-Archange Touadéra : « Les conflits entre la France et la Russie n’ont pas lieu d’être en Centrafrique »

 

Lu pour vous 

 

https://www.lemonde.fr Propos recueillis par Cyril Bensimon  Publié le 8 sept à 07h00

 

Le président de la République centrafricaine a rencontré Emmanuel Macron pour désamorcer les tensions nées du rapprochement avec Moscou.

La paix est l’objectif déclaré de Faustin-Archange Touadéra. Dans un entretien accordé jeudi 5 septembre au Monde Afrique, le président de la République centrafricaine aura prononcé ce mot à de multiples reprises. De passage à Paris pour une rencontre avec Emmanuel Macron, M. Touadéra se félicite par ailleurs que la France reprenne sa place de partenaire historique de son pays.

La France était particulièrement investie en Centrafrique avant votre élection en 2016. Avez-vous eu le sentiment d’un délaissement après votre accession au pouvoir ?

Il faut reconnaître que nous avions souhaité que la force « Sangaris » [l’opération militaire française déployée en Centrafrique entre décembre 2013 et octobre 2016] poursuive sa mission et avons regretté son retrait. Mais aujourd’hui, nous voyons qu’un certain nombre de programmes ont été rétablis, notamment dans le renforcement et la modernisation de l’administration centrafricaine. Depuis notre dernière rencontre avec le président Macron, il y a un véritable réengagement de la France aux côtés de la Centrafrique, que ce soit diplomatiquement, sur les actions de terrain ou les projets humanitaires.

Mais avant que la France revienne, la Russie s’est considérablement investie. Ne craignez-vous pas que votre pays devienne un terrain d’affrontements entre grandes puissances ?

« Tous les pays amis qui veulent apporter leur soutien pour ramener la paix et la stabilité sont les bienvenus. »

Je ne le pense pas. La coopération avec la Russie ne date pas d’aujourd’hui, elle existe depuis les années 1960. Aujourd’hui, la Russie fournit à la Centrafrique des moyens létaux pour nos forces de défense et il n’y a pas de raison qu’il y ait des affrontements avec la France. Ce n’est pas notre ambition. Aujourd’hui, la Centrafrique a de nombreux défis et tous les pays amis qui veulent apporter leur soutien pour ramener la paix et la stabilité sont les bienvenus. Les conflits qu’on évoque entre la France et la Russie n’ont pas lieu d’être. Les deux pays doivent travailler en Centrafrique en toute synergie pour que la paix revienne. La presse en a fait beaucoup et a donné l’impression qu’il y avait des conflits entre ces deux pays, mais les autorités centrafricaines font en sorte qu’il y ait la transparence. La France, qui est le partenaire historique de la Centrafrique, a sa place. La Russie, qui apporte quelques éléments de soutien dans la fourniture d’armes, a également sa place pour nous aider à obtenir la paix et la stabilité.

Les Nations unies ont fait état d’une diminution des violences depuis un an, mais votre pays demeure le théâtre d’affrontements réguliers entre groupes armés, comme dimanche à Birao. L’accord de paix de Khartoum signé en février avec quatorze groupes armés est-il en danger ?

Nous continuons de travailler pour que cet accord puisse nous profiter. Pour l’instant, c’est le seul instrument que nous avons pour aller à la paix et la réconciliation. Nous invitons donc tous nos partenaires à le soutenir. Cet accord suppose des défis quotidiens pour le renforcer. Depuis sa signature, il y a eu des accalmies. Les mécanismes prévus dans le cadre de cet accord sont mis en œuvre par le gouvernement et ses partenaires. Cela fonctionne. Il y a quelques défis en ce qui concerne les groupes armés qui traînent les pieds. Il y a des violations qui ont été identifiées et reconnues et nous travaillons pour que toutes les dispositions de l’accord soient mises en œuvre. C’est vrai qu’il y a quelques problèmes, mais l’accord n’est pas en difficulté.

Mais deux chefs de guerre, Mahamat al-Khatim puis Sidiki Abbas, viennent d’annoncer leur démission des fonctions officielles qui leur avaient été octroyées par cet accord. Cela ne traduit-il pas un malaise ?

C’est une question d’appréciation. Je pense que le comité de suivi a pris à bras-le-corps ce problème. Nous regrettons évidemment que Mahamat al-Khatim et Sidiki Abbas démissionnent de leurs fonctions parce qu’ils estiment qu’un certain nombre de clarifications n’ont pas été données sur leur poste, mais ils ne remettent pas en cause l’accord. Nous allons travailler à ce qu’ils reviennent pour qu’on aille vers le désarmement. C’est l’intérêt de tous.

L’accord de Khartoum ne vous soumet-il pas au bon vouloir des groupes armés, qui jouent le jeu de la paix quand cela leur profite et relancent les hostilités dès que les décisions ne leur conviennent pas ?

« Depuis ma prise de fonction, je ne fais que cela : discuter pour faire taire les armes. »

Non ! Nous avons signé un accord qui prévoit des engagements de la part des uns et des autres. Le gouvernement a vingt et un engagements, les groupes armés en ont dix. Nous avons mis en place des mécanismes de suivi dont l’article 34 mentionne que si on a des difficultés, on se réunit et on discute. C’est ce qui se fait dans le cadre du comité exécutif de suivi. Evidemment, l’appréciation des uns et des autres varie. Il faut donc faire un travail sur les hommes, sur la compréhension de l’accord. C’est ce que nous faisons. Nous avons signé un accord dont tout le monde a vu l’intérêt et nous travaillons sur cette base pour que chacun mesure ses bénéfices. Depuis ma prise de fonction, je ne fais que cela : discuter pour faire taire les armes.

Le chef antibalaka Maxime Mokom est chargé du programme de désarmement des combattants. Sidiki Abbas, dont le groupe est accusé d’avoir massacré 46 personnes près de Paoua en mai, était, avant sa démission, conseiller du premier ministre. N’est-ce pas une prime à l’impunité ?

L’élément fondamental de cet accord est qu’il respecte la Constitution. Notre Constitution dit non à l’impunité et l’accord prend des dispositions pour lutter contre l’impunité. Il n’empêche pas la justice de faire son travail, et le fait que certains soient au gouvernement ne signifie pas que la place est laissée à l’impunité. Tout le monde, y compris les groupes armés, est d’accord pour dire non à l’impunité et rappeler que nous devons aller à la paix et à la justice. Nous avons mis en place une commission inclusive pour identifier et qualifier un certain nombre de crimes. Nous travaillons dans le sens de la lutte contre l’impunité, mais il faut au préalable qu’il y ait la paix, que tout le monde soit rassuré, pour que nous allions vers la justice. La justice sera là.

Une Cour pénale spéciale a vu le jour il y a près d’un an à Bangui, avec pour mission de juger les exactions les plus graves commises depuis 2003. Pourquoi ne pas avoir transféré devant cette juridiction des chefs antibalaka comme MM. Ngaïssona et Rombhot, qui sont aujourd’hui dans l’attente d’un procès devant la Cour pénale internationale (CPI) ?

Nous n’étions pas informés que la CPI devait arrêter M. Ngaïssona. Il a été arrêté en France. M. Rombhot, lui, a été arrêté dans le cadre de l’accord que nous avons avec la CPI. Je pense qu’aujourd’hui, la Cour pénale spéciale a les moyens de commencer son travail et d’atteindre ses objectifs.

Vous avez été élu à la présidence il y a un peu plus de trois ans. La majeure partie du territoire échappe encore à l’autorité de l’Etat. Jusqu’à quel point pensez-vous avoir les commandes du pays ?

« Nous sommes un Etat en reconstruction. C’est une période difficile qui demande la mobilisation de tout le monde. »

Vous savez quel était l’état de notre pays au moment de l’élection. Nous sortons de crise et les séquelles sont nombreuses. Il y a le problème de l’insécurité, une armée totalement effondrée que nous reconstruisons pour la redéployer, une administration en lambeaux que nous sommes en train de reconstruire. Nous sommes un Etat en reconstruction. Nous sommes en train de reconquérir la paix et la stabilité pour notre pays. C’est une période assez difficile qui demande la mobilisation de tout le monde. C’est ce que nous sommes en train de faire. Nous avons hérité d’une situation et il faut reconnaître le travail qui est fait pour que le peuple puisse retrouver la quiétude.

On a pu croiser Alexandre Benalla dans le hall de votre hôtel. L’avez-vous rencontré ?

L’avez-vous croisé dans ma suite ? Je suis dans un hôtel et je ne sais pas ce qui se passe dehors, dans les couloirs ou ailleurs.

Cyril Bensimon

 

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 02:36
RCA : la mine d’or de Kolo à Mingala annexée par les hommes de l’UPC

 

https://www.radiondekeluka.org vendredi 6 septembre 2019 05:57

 

Le chantier de Kolo situé à 25 Km de Mingala dans la Basse-Kotto a été assiégé ce 3 septembre 2019 par des combattants de l’UPC de Ali Darrassa. Des pertes en vies humaines ont été signalées.

Selon les informations, ce groupe armé signataire de l'accord politique de paix aurait mis en débandade les habitants de la localité. Le député de Mingala, Gabriel Tchima indique que le bilan de cette attaque n'est pas encore connu. Il déplore des pertes en vies humaines et le déplacement massif de population.

« Il y a tuerie d’hommes à Kolo mais le bilan n’est pas connu. Des détonations d’armes lourdes et légères des éléments de l’UPC ont été entendues du matin au soir », a indiqué Gabriel Tchima relevant que « pendant qu’on cherche la paix, Ali Darrasa a annexé les chantiers pour s’enrichir». Le chantier de Kolo a été annexé par des hommes armés remorqués à trois sur des motos en provenance de Bambari (Ouaka) et d’autres sur des chevaux venant de Bria (Haute Kotto).

Selon les informations, ces éléments sur place, vont attendre les renforts. « Nous sommes enclavés » s’est plaint le député Tchima, soulignant qu’un contingent népalais de la Minusca dépêché sur les lieux n’a pas pu atteindre son objectif à cause de la dégradation d’un pont.

Contacté par Radio Ndeke Luka, le chef de Bureau de la Minusca à Bambari indique que la ville de Mingala étant enclavée, empêche une intervention rapide des soldats de la paix.

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 02:22
« Il faut frapper les capacités militaires des groupes armés », selon Martin Ziguélé   

 

Lu pour vous

 

Par Ulrich Mamenleya , Journaliste rédacteur (CNC) Publié le 6 septembre 2019 

 

Le député de Bocaranga 3 et Président du parti MLPC, Martin Ziguélé, grand défenseur de l’accord politique pour la paix et réconciliation signé entre le gouvernement et les groupes armés, très remonté contre certains de ces groupes signataires dudit accord qui continuent de prendre les centrafricains en otage. Selon lui, leurs capacités militaires doivent être frappées une fois que ces derniers ne respectent leur engagement.

 La colère de Martin Ziguélé s’intensifie davantage contre certains leaders des groupes armés, en l’occurrence Abass Sidiki, patron du mouvement 3R, et Ali Darassa, chef militaire de l’unité pour la paix en Centrafrique (UPC), tous les deux signataires de l’accord de Khartoum et qui ont les mains misent sur une grande portion du territoire centrafricain.

« Une fois que les masques sont tombés sur les visages des chefs rebelles qui violent l’accord », Ziguélé souhaite que les garants et les facilitateurs  doivent utiliser des mesures répressives  pour anéantir leur capacité militaire.

«Première mesure de force, il faut que les structures de suivi de l’accord de paix continuent à fonctionner, mais il faut qu’elles intègrent obligatoirement les chefs des groupes armés pour qu’ils viennent dire ce qu’ils font sur le terrain, ensuite, les capacités militaires soient réduites donc il faut des frappes », a précisé Martin Ziguélé, député de Bocaranga 3.

Durant les trois semaines que Ziguélé est passé dans l’Ouham-Péndé, lui a permet de révéler plusieurs cas qui illustrent que Abass Sidiki continue de narguer la population civile de cette zone avec ses 17 bases militaires et véhicule qui portent des canons, « Sidiki a 17 bases militaires dans l’Ouham-pende et des véhicules qui portent des canons. Il a retiré ses éléments des barrières à Létélé, Makonzi houla et à Bokaya et à 100m de la brousse, il a ses mêmes gens avec les armements en civiles dans la ville. Il recrute aussi des mercenaires peuls de Niger Tchad, Soudan, etc. », a révélé Martin Ziguélé.

« Sidiki est un mercenaire, entrepreneur de guerre et il n’a pas d’autres objectifs que l’argent donc il ne bougera pas si c’est capacité militaire ne soit pas réduite », une manière pour Ziguélé de demander aux garants de frapper  Sidiki qui règne en maître dans cette localité.

Ce dernier  profite de l’occasion pour plaider par rapport à la gradation des sanctions contre ceux qui violent l’accord en évoquant que l’accord est un cadre juridique qui permet de voir ceux qui ne veulent pas respecter les engagements prescrits, « les sanctions doivent être définies parce qu’en face, nous avons des mercenaires sans foi, maintenant il y a un accord, il y a une clarification de la situation. C’est comme une voie et maintenant si vous  êtes dehors de cette voie, on voit clairement que telle personne n’a pas respecté ça », a- t il conclut.

13 jours après la réunion de suivi et l’évaluation de l’accord politique pour la paix et réconciliation, le communiqué final promu par l’Union africaine et par la Communauté économique des États de l’Afrique Centrale permettant la reformulation  de l’Article 35 dudit accord qui prévoit des mesures répressives subies encore un blocage dont seuls les garants connaissent.

 

Copyright2019 CNC.

 

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