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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 16:23




 

Ouest France samedi 10 octobre 2009

Marie-Reine Hassen a été l'une des nombreuses épouses de cet empereur de la démesure, mariée sans avoir son mot à dire. Revanche d'une femme ? Aujourd'hui ministre, Marie-Reine Hassen briguera la présidence de la République centrafricaine, l'an prochain. Et confie cet épisode, qu'elle a longtemps voulu oublier.

Clément Hassen, mon père, était Français et administrateur de la France d'Outremer. Il a été envoyé en Centrafrique, comme beaucoup d'autres, pour encadrer les nouveaux pays d'Afrique. Il est devenu un ami proche de David Dacko, le futur président, qui en a fait son conseiller. Jean Bedel Bokassa, qui était un cousin de Dacko, était jaloux de cette relation. Il a eu sa revanche en 1965 : il a renversé Dacko et fait emprisonner mon père à Ngaragba.

La première fois que j'ai vu Bokassa, c'était à Bangui, la capitale, lors d'une sorte de festival de théâtre dans l'école où j'étais. Il a demandé à savoir qui étaient les enfants de Clément Hassen. J'avais une haine pour lui. Il nous avait privés de notre père. À ce moment-là, mon père avait été libéré et s'était réfugié en France. Nous, sa famille, on était sous le coup d'une interdiction de sortie de territoire.

La seconde fois que j'ai rencontré Bokassa, je travaillais dans une banque durant les vacances. Quelqu'un est venu me dire : « Papa veut te voir. » Je pensais à mon père. Mais c'était Bokassa. À Bangui, tout le monde l'appelait comme ça.

Une voiture m'a emmenée au palais. Bokassa lui-même est venu m'accueillir. Il m'a pris par la main et m'a emmené dans un appartement. Il s'est assis sur un lit et m'a parlé longuement de lui, de mon père, de leur prétendue amitié... Puis il a pris un collier de perles qu'il m'a remis. J'avais 14 ans, je n'ai pas percuté. Mais ma mère elle, elle a compris tout de suite...

Elle a décidé qu'on allait fuir. Mais nous avons vite été arrêtés et conduits à la prison de Ngaragba. Nous y sommes restés deux ans. Maman et moi chez les femmes ; mes frères, des gamins, chez les hommes.

Deux années ont passé. Jusqu'à ce qu'une nuit, on vienne appeler « Mlle Hassen ». Rebelote, on m'a emmené au palais. De la geôle à ce qui allait être une autre prison, dorée cette fois. Bokassa lui-même m'a fait couler un bain, m'a lavé... C'est ce jour où j'ai perdu ma virginité. J'étais son otage. Une semaine plus tard, les miens étaient libérés et on organisait mon mariage. Je devenais la femme de mon tortionnaire, de celui qui avait saccagé notre famille... C'était clairement une vengeance vis-à-vis de mon père. Il avait sa fille ; sa fille dans ses draps. Une manière de lui dire : « J'ai une partie de toi ».

« Quatre années de vide derrière moi »

Durant deux ans, je suis restée ainsi la petite prisonnière de l'aile gauche du palais de la Renaissance. Je ne sortais jamais et n'avais pas le regard politique que j'ai aujourd'hui. D'ailleurs, je ne savais rien de ce qui se passait. J'étais interdite de lectures. Je n'avais rien à faire. Juste un petit jardin à entretenir. Mon seul objectif était de ne pas tomber enceinte. J'avais trouvé un moyen d'obtenir la pilule. Je ne savais même pas comment ça marchait. Je la prenais n'importe comment. À force, je pensais être devenue stérile.

J'ai tenté de me suicider. De fuir, plus d'une fois. J'ai aussi simulé la folie. On m'a alors exilée à la villa de Marbre, hors de la capitale. Bokassa a fini par me remettre à mes oncles qui m'ont éloignée à Paris où j'ai rejoint mon père. J'ai étudié à l'université d'Assas. J'ai dû cravacher dur. J'avais quatre années de vide derrière moi.

Bokassa était alors encore dans sa période de splendeur. Jusqu'à ce que l'histoire ne se refasse à rebours. En 1979, il est renversé après l'opération Barracuda. C'est le retour de Dacko. Mon père redevient son secrétaire général, lui à Bangui et nous en France.

L'Afrique, je n'aurais pas pensé y retourner. Pas plus à la politique, mais les hasards de la vie m'y ont ramenée. Après un long épisode aux États-Unis, je me suis retrouvée ambassadeur de la Centrafrique au Sénégal en 2003. En 2006, je suis revenue au pays avec l'avantage de trois cultures : africaine comme « yakoma » - « la tribu des mangeurs de poissons » - une culture européenne et une bonne connaissance des États-Unis.

Le président Bozizé m'a confié le ministère de la Coopération internationale. Depuis 2008, je suis chargée du développement régional. Je suis une femme dans un pays misogyne qui ne compte que quatre femmes dans son gouvernement, mais je crois à une femme présidente. Comme au Liberia, avec Ellen Johnson Sirleaf. Le Liberia, pays diamantaire et chaotique, comme nous, a eu le courage de remettre tout à plat. Il faut faire pareil en Centrafrique. Le pays est en train de mourir entre le sida, le paludisme, la paupérisation, la corruption, les bandes rebelles... Il faut ramener l'ordre dans ce pays pour protéger la population. C'est moi, une femme, qui le dit et veut le faire. 

Recueilli par Véronique ESCOLANO


NDLR : Comme on le dit : "Lorsque le calife est insignifiant, nombreux sont les vizirs qui prétendent au trône". La mauvaise gouvernance chronique de Bozizé à la tête de ce pays entraîne forcément une prolifération de candidats aux prochaines présidentielles si tant est qu'elles puissent avoir lieu. Mais il ne faut pas se méprendre. La multiplication d'ambitions présidentielles ne peut que faire les affaires de Bozizé qui se pourlèche les babines et se prépare à rempiler. Il faut que tout le monde en soit conscient, à moins que ce ne soit Bozizé qui suscite certaines de ces canditatures farfelues pour diviser l'opposition. Les prétentions et ambitions de cette ancienne victime de Bokassa sont certes louables mais réussira -t-elle à vaincre la mysogynie ambiante de ce pays qu'elle dénonce elle - même ? Il est permis d'en douter.

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 16:20




Marre d’en avoir marre de ces tartufferies et autres impostures qui nous sont servis presque quotidiennement à l’approche des élections générales de 2010 dans la galaxie politicienne centrafricaine. Elles ont  pour seul inconvénient de profiter à un régime honni des centrafricains.

Avant que l’encre de nos stylos déjà  bien entamée ait séché complètement  à force de dénoncer le régime suranné du général président Bozizé. Avant que nos cordes vocales aient retrouvé leur sonorité originelle tant nous les avons sollicités en criant au scandale. A peine que nos larmes semblent tarir au point de ne plus coulées sur nos jouent pâles tant nous les avions versés à l’annonce  des exactions commises contre la veuve et l’orphelin, contre la nation centrafricaine toute entière. A peine que la guerre de succession « dynastique » et combien dommageable  s’il en est continue d’empoisonner le Front Patriotique pour le Progrès sitôt son président fondateur disparu.  A peine  que  le vent du renouveau qui a failli avoir raison de la résistance du président fondateur du Rassemblement Démocratique Centrafricain s’est dissipé, faisant néanmoins percevoir désormais de profondes fissures dans le rassemblement. A peine que les sons discordants de l’Union des Forces Vives de la Nation ne parviennent à nos oreilles devenues alertes. A peine que les en-dessous des soubresauts de l’Union des Autres Partis  ne s’étalent au grand jour.  A peine que les démissions de dernière minutes de leur parti respectif de quelques opportunistes pour se repositionner  au cas échéant en KNK ne soient enregistrées. A peine que les querelles de chiffonniers entre fondateurs et non fondateurs du grand MLPC se consument encore au mépris de la souffrance des centrafricains...

Voilà que l’honorable député Luc Apollinaire Dondon Konamabaye, député de l’opposition, membre influent du grand MLPC par excellence, associé à son homologue l’honorable Paul fidèle Abouka, député de l’ADP en qui jusqu’alors nous avions placé une lueur d’espoir jouent  à leur tour les troubles fêtes. Ce, au grand dam de la majorité de nos compatriotes en concoctant une « proposition de loi relative à la prorogation des mandats du Président de la République et des Députés issus des Elections de Mars et Mai 2005 ».

Faut-il comprendre par là qu’il existe un autre centre d’intérêt qui unie ces deux hommes au régime ? Qu’en pense leur parti politique respectif de cette escapade solitaire  et préjudiciable ? Doivent-ils ou peuvent-ils s’affranchir de leur parti politique respectif ? A moins que le MLPC et l’ADP se cachent derrière ce projet combien machiavélique.

INOPPORTUNE  ET SCANDALEUSE PROPOSITION DE LOI

La proposition de loi relative à la prorogation des mandats du Président de la République et des Députés issus des Elections de Mars et Mai 2005  est une proposition de loi inopportune et scandaleuse.

 Elle propose ni plus ni moins au peuple centrafricain déjà meurtri  d’accepter leur souffrance en prolongeant le mandat d’un régime honni et impopulaire. Ce n’est ni le moment, ni l’occasion de proposer une telle loi, quand bien même il n’appartient pas à un membre de l’opposition démocratique ni à un parti politique de surcroit influent de la proposer. Décidément on aura tout vu en république centrafricaine. Les opposants réfléchissent et proposent des solutions au parti au pouvoir ! N’appartient t-il pas au parti politique de l’opposition de faire pression sur le régime  afin que les conditions acceptables soient remplies dans les plus brefs délais, selon les termes définis dans la constitution et en rapport aux recommandations du dialogue politique inclusif pour organiser ces élections ? Et ce, jusqu’au dernier moment. En proposant  cela, cette loi ne fera t’elle pas que renforcée le régime dans sa volonté à trainer les pas et à ne pas vouloir organiser finalement ces élections ?  Le régime  en place sait que dans des conditions normales avec une opposition unie et déterminée, il n’a aucune chance de remporter ces élections en 2010.  A quoi jouent donc les députés  DONDON et ABOUKA ? A quoi jouent  donc le MLPC  et l’ADP ?

Cette loi est une aberration, elle est scandaleuse parce qu’elle permettra encore à un régime honni par la majorité des centrafricains de perdurer. Les compatriotes avertis de la chose politique dans notre pays savent que quoi qu’il arrive le général Bozizé remportera les élections présidentielles de 2010. Il l’a dit ouvertement et à maintes reprises : « je suis venu par la force, je ne repartirai que par la force ». Ce à quoi ses partisans répondent en écho : « perdu ! Nous reprendrons le pouvoir dans les minutes qui suivent » (sous entendu par les armes). Alors à quoi servira-t-il de proroger  ce mandat ? D’autant plus que l’opposition démocratique est incapable de se rassembler et de désigner un seul chef pour battre le KNK en 2010. Ce que l’opposition démocratique est incapable de faire en 5 ans, pourra t’elle le faire en une ou deux années supplémentaires ? Pourtant, ne disposait-elle pas de 5 années pour s’y préparer depuis les échéances de 2005 ? Au lieu d’exceller et de perdre toute son énergie dans ces chamailleries de leadership. En dehors du fait qu’elle nous présentera à n’en pas douter au dernier moment comme elle a toujours l’habitude de faire, un catalogue de projets démagogique. L’opposition démocratique, a-t’elle vraiment un projet alternatif pour le pays qui s’inscrit en rupture radicale avec le régime de Bozizé ?

RAISONS POUR LESQUELLES CETTE ELECTION DEVRAIT  AVOIR LIEU 

Un calcul tout simple et pour des raisons que nous avions évoqués, l’élection générale en 2010 doit avoir lieu car le risque d’un embrasement existe. Les partis politiques de l’opposition sont impatients, le peuple centrafricain est impatient, la communauté internationale en a marre du cas centrafricain. Un embrasement dont la responsabilité incombera complètement à ceux qui aujourd’hui essaient coute que coute de reporter ces élections. Le calendrier doit être respecté dès lors que les conditions de l’organisation de ces élections sont remplies à 50%. A la date d’aujourd’hui, cela est possible de faire mieux en mettant toute la pression nécessaire et la volonté requise afin que les centrafricains se débarrassent au plus vite du régime criminel du général Bozizé.

1° Dans la première hypothèse soutenue par les députés N’Dondon et ABOUKA. Si l’on devrait proroger à 1 an voir 2 ans le mandat de Bozizé, cela donnerait au total :

(2003- 2005)= 2 ans au pouvoir + (2005- 2010) = 5 ans au pouvoir + (2010 à 2012) = 2 ans de prorogation de mandat + (2012 à 2017)= 5 ans au pouvoir.

Au total les centrafricains auront à supporter en tout 14 années d’un régime déjà impopulaire.

2° Dans la deuxième hypothèse qui est celle de fini kodé. Elle s’inscrit toujours dans un cadre démocratique en se servant de la plume et du verbe pour combattre le régime despotique, criminelle du général Bozizé et  de ses complices. L’élection doit avoir lieu.  Bien que nous sachions que Bozizé confisquera le pouvoir quoi qu’il arrive comme il l’a déjà annoncer. Dans ce cas, il  n’aura à régner  que jusqu’à 2015 au lieu de 2017. Puisque la constitution limite le nombre de mandats à deux (2). Il appartient aux vrais patriotes que comptent encore l’opposition démocratique de ne pas lâcher et de se remobiliser pour veiller scrupuleusement à ce que cette durée ne soit pas modifier d’ici-là.

 L’opposition démocratique n’a qu’à s’en prendre à elle-même dans son impréparation, dans son improvisation et se préparer correctement et rationnellement afin de proposer une véritable alternative en rupture avec le désordre existant.  

 

Franck SARAGBA

   « Fini kodé »

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 21:17




Bangui 09 oct 2009 (C.A.P) - Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabangé a fait une visite éclair ce jour vendredi 9 octobre à Bangui où il a eu un déjeuner de travail avec François Bozizé.

Rien n’a filtré sur les véritables sujets sur lesquels ont porté les entretiens entre les deux personnalités mais d’après la brève déclaration faite en langue nationale le Sango à la presse, le président Bozizé a fait état d’un déjeuner de travail et d’amitié fraternelle.

Les deux chefs d’Etat se seraient bien mis d’accord sur les opérations de ratissage du Sud Est centrafricain frontalier avec la République Démocratique du Congo à la recherche du criminel Joseph Kony de la LRA par l’armée ougandaise.

Bozizé a également mentionné une demande des habitants de la ville de Zongo en RDC qui se trouve face à Bangui de l’autre côté de la rive du fleuve Oubangui dont Kabila s’est fait l’interprète. Ceux-ci voudraient que la société d’énergie électrique centrafricaine (ENERCA), qui a pourtant déjà beaucoup de mal à couvrir les besoins de la capitale Bangui, leur fournisse du courant électrique.

Une délégation de la RDC devrait revenir prochainement à Bangui pour étudier plus sérieusement le sujet dit-on.  

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 18:00




Direct Matin n°536 du vendredi 09 octobre 2009

L’Afrique est en première ligne face au changement climatique. Ses dirigeants doivent ainsi adopter, dans le cadre du 7e Forum mondial sur le développement durable qui débute aujourd’hui au Burkina-Faso, une ligne commune avant le sommet climatique de Copenhague, en décembre. «On observe ces dernières années une augmentation de la fréquence des retards des précipitations, ce qui dérègle les calendriers agricoles, aggravant la situation d’insécurité alimentaire», explique Kian Abbassian, chef de mission pour l’ONG Première Urgence en Centrafrique.

Les pays africains devraient ainsi demander aux pays industrialisés des compensations financières pour leur responsabilité dans le réchauffement climatique. Ils devraient être soutenus par Jacques Chirac, dont la fondation se consacre aux problématiques du développement durable, et qui sera présent.

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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 15:01




 

APA Bangui 09-10-2009 (Centrafrique) Le président centrafricain François Bozizé a procédé, jeudi à Bangui, à la mise en place de la Commission électorale indépendante (CEI) qui sera chargée, en collaboration avec le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, de la préparation, de l’organisation et de la supervision des élections présidentielle, législatives, régionales et municipales, a appris APA.

La CEI, également chargée d’organiser les consultations référendaires et d’assurer la publication des résultats provisoires des élections sur la base des procès-verbaux provenant des bureaux de dépouillement, a été installée peu après la promulgation de la loi portant code électoral par le chef de l’Etat, lundi dernier.

La coordination nationale de la commission électorale indépendante (CEI) comprend 31 membres, dont un président, personnalité neutre élue par les membres de la coordination nationale dont deux sont choisies sur proposition conjointe du Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale.

L’opposition démocratique, les pouvoirs publics, la majorité présidentielle, les « autres partis », la société civile et les mouvements politico-militaires disposent chacun de cinq représentants au sein de la coordination nationale de la CEI.

En plus du président, le bureau de la coordination de la CEI comprend deux vice-présidents, représentant de l’opposition démocratique et les « Autres Partis », un rapporteur général, représentant de la majorité présidentielle, un rapporteur général adjoint représentant les mouvements politico-militaires, un trésorier général, représentant les pouvoirs publics et un trésorier adjoint représentant la société civile.

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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 14:57




L'Ambassadrice de l'UNICEF, Mia Farrow

 

Youphil.com 09/10/2009

 
Par Pierre Salignon (Ancien directeur général de Médecins Sans Frontières France. Il est spécialiste des questions humanitaires).


Des milliers de Centrafricains souffrent de la faim et de la pauvreté dans une indifférence totale.

  S'il y a des crises dont on ne parle pas, des crises oubliées - comme on dit dans le jargon humanitaire - qui restent loin de l'attention des médias et de l'intérêt de l'opinion publique, la République Centrafricaine est certainement l'une des premières de la liste. Depuis des mois, plusieurs organisations humanitaires internationales ne cessent d'alerter sur le sort des populations civiles de cette ancienne colonie française en Afrique.

Ce pays est l'un des plus pauvres de la planète et l'incurie de son gouvernement est connue de tous. Comme le souligne l'ONG Action Contre la Faim (ACF), "80% de la population y vit avec moins de 2 dollars par jour. L'espérance de vie y diminue en moyenne de 6 mois chaque année depuis 1966 et est passée en dessous des 40 ans. Le taux de prévalence du sida est l'un des plus élevés d'Afrique centrale…". Rien de surprenant à ce que le pays soit classé au 178ème rang sur 179 au classement du PNUD sur l'Indice du Développement Humain (en pdf). Que se passe-t-il dans ce que l'on peut s'aventurer à appeler un enfer sur terre?

Malnutrition aiguë

Au sud du pays, dans les préfectures de Mambéré Kadei, Sangha Mbaéré et Lobaye, l'UNICEF estimait en août dernier que "16% des enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition aiguë et 6,6% de malnutrition aiguë sévère".

L'agence onusienne soulignait alors que ces niveaux de malnutrition sont supérieurs aux seuils d'urgence fixés à 2% pour la malnutrition aiguë sévère et à 15% pour la malnutrition aiguë globale. "Près de 700 .000 enfants de moins de 5 ans sont dans une situation considérée comme inacceptable. Beaucoup d'entre eux glissent vers l'extrême limite de la survie".

Des causes multiples

Des évaluations conduites au courant de l'été 2009 par les équipes d'ACF et Médecins Sans Frontières (MSF) sont venues confirmer la gravité de la situation sanitaire, et les programmes de nutrition ouverts ces derniers mois pour prendre en charge en urgence les cas les plus graves traitent déjà des milliers d'enfants dénutris.

D’après les secouristes, les causes de cette nouvelle crise nutritionnelle sont multiples. "50% des Centrafricains ne mangent qu'une fois par jour une nourriture quasi exclusivement à base de manioc", indiquent-ils. En dépit de conditions agro-écologiques favorables, le régime alimentaire est pauvre et la malnutrition est déjà chronique.

Crise du secteur minier et délabrement du système de santé

"L'activité dominante dans la zone est restée centrée sur l'exploitation minière, à tel point que la population est amenée à importer les produits alimentaires d'autres régions", estime ACF. De son côté, MSF note également que "la crise qui touche le secteur minier, principale source de subsistance pour la majorité de la population" ne permet plus aux familles de faire face. "La crise a privé un grand nombre d'hommes de leur emploi, les laissant sans aucune autre source de revenu; de nombreux bureaux d'achat d'or et de diamant ont dû fermer ces derniers mois".

Si les patients souffrent de malnutrition, ils sont aussi les victimes d'autres maladies meurtrières comme le paludisme, la tuberculose, les diarrhées ou le sida. Le délabrement du système de santé national est tel qu'ils n'ont le plus souvent pas accès aux soins, faute de pouvoir payer, ou "faute de personnel de santé formé et en nombre suffisant", comme le souligne dans une campagne de sensibilisation publique l'ONG britannique Merlin.

Instabilité politique

Sans parler de son instabilité politique chronique et des rumeurs continues de coups d'Etat qui secouent régulièrement la capitale Bangui, le nord du pays est, depuis 2005, le théâtre de combats entre forces gouvernementales et divers groupes rebelles, avec les déplacements de population et les souffrances accumulées que cela implique. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) parle de près de 300 000 personnes déracinées et regrette que "la crise humanitaire au nord de la République Centrafricaine (soit) largement éclipsée par la crise au Darfour et dans l'est du Tchad". Depuis, L'UNICEF a conduit d'autres enquêtes qui montrent combien la mortalité des enfants est élevée, tout comme les violences dont ils sont les victimes.

La République Centrafricaine mérite à n'en pas douter une attention plus soutenue des principaux Etats bailleurs de l'aide internationale, pour appuyer les efforts des ONG nationales ou internationales qui tentent de faire face à la situation, et contraindre le gouvernement à une autre gouvernance... Faute de mobilisation internationale digne de ce nom, les Centrafricains risquent de continuer à mourir en silence encore longtemps.

Pierre Salignon



NDLR :
« contraindre le gouvernement à une autre gouvernance... » Voilà qui a le mérite de la clarté ! La gouvernance de Bozizé est désastreuse. Ce n’est pas l’opposition centrafricaine qui le dit, c’est un observateur étranger qu’on ne peut accuser d’anti-bozizisme primaire qui le clame. Le sombre tableau de la situation de la République centrafricaine qu’il dresse doit interpeller tout le monde. La part de responsabilité de Bozizé et son gouvernement dans ce bilan est évidemment écrasante. Comment avec un tel échec, Bozizé peut-il oser vouloir briguer un autre mandat à la tête du pays !

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:40





 

03 Octobre 2009 Par Blandine Flipo Mediapart

 

Quand début septembre, depuis le Brésil, où il était en déplacement, le président de la République a officiellement félicité Ali Bongo pour sa victoire à l'élection présidentielle gabonaise, organisée  le 30 août, la déclaration a jeté un trouble. D'autant plus que Robert Bourgi, officieux conseiller africain auprès de l'Elysée, héritier auto-proclamé de la Françafrique, a une nouvelle fois évoqué son rôle d'intermédiaire de l'ombre entre Paris et quelques capitales africaines. Faut-il croire que la Françafrique, cette hydre diabolique, a-t-elle une fois de plus prévalue sur la «nouvelle» diplomatie française? Pas sûr. Contrairement aux apparences, l’épisode gabonais inaugure une nouvelle ère.

 Robert Bourgi le sait bien. L’homme au verbe truculent (il est avocat), grand admirateur de Jacques Foccart, le monsieur Afrique du gaullisme, a perdu avec Omar Bongo un de ses meilleur relais. Mediapart avait rencontré Robert Bourgi en juin 2008. A l’époque, il venait de défrayer la chronique (il a récemment réitiré au micro de RTL) pour avoir dévoilé les secrets d’alcôve de son client et ami Omar, qui avait obtenu la tête de Jean-Marie Bockel. Le secrétaire d’Etat à la francophonie et au développement avait osé proclamer la mort de la Françafrique. Selon Robert Bourgi, Omar Bongo en avait pris ombrage et réclamé la destitution de l’imprudent. Une requête que Nicolas Sarkozy s’était empressé de satisfaire. Belle histoire, n’est-ce pas? Excellent conteur, Robert Bourgi avait su captiver son audience. Il s’était fait un plaisir d’évoquer ses souvenirs. Ceux qui réclamaient la mort de la Françafrique avait trouvé là une cible, un nom. Et la preuve de la permanente collusion d’intérêt entre la France et ses anciennes colonies.

 Aussi fascinant et médiatique qu’il soit, Robert Bourgi ne saurait représenter la Françafrique. Bien que proche de Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, il n’a en fait pas survécu à l’arrivée du sarkozysme. Trop bavard, trop proche de Dominique de Villepin, même s’il dit avoir «rompu» avec lui. Sa place n’est pas  restée vide pour autant. Patrick Balkany s’y est vite intéressé. Le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) s’est illustré dans quelques «coups» typiques de la méthode «françafricaine». Il a notamment mis sur orbite Areva en République démocratique du Congo, grâce à l’aide du businessman belgo-congolais Georges Forrest. Mais il est plus exact de dire que Georges Forrest s’est servi de Patrick Balkany pour rendre service à Joseph Kabila, le président congolais, emmenant Areva dans son sillage. Ce petit jeu à trois bandes, mêlant intérêts politiques, économiques et discussion feutrée a lancé Patrick Balkany sur les traces de ses illustres prédécesseurs, Foccart et compagnie.

Les nouveaux «messieurs Afrique»

 Cependant, le contrat d’Areva en République démocratique du Congo ne saurait se réduire aux manoeuvres de la paire Balkany-Forrest. L’entreprise d’Anne Lauvergeon n’a besoin d’aucun émissaire pour faire valoir ses intérêts auprès de la France. La compagnie française a pu en effet bénéficier de bons coups de pouce de la part du pouvoir. Ces derniers mois, la France s’est particulièrement illustrée par son silence quant aux écarts démocratiques du président nigérien Mamadou Tanja, notamment quand celui-ci a organisé le 4 août un référendum lui garantissant un mandat à vie. Francafrique ou realpolitik? Il en va avec le Niger comme avec la Chine: quand les affaires sont en jeu, la France de Nicolas Sarkozy sait se faire discrète sur les entorses à la démocratie.

 

Si Areva semble jouir de sa position d’entreprise stratégique pour la France, il n’en va pas de même pour d’autres compagnies, qui ont pourtant par le passé jouit des privilèges du lien entre l’Afrique et la France. On connait beaucoup de choses des pratiques de Vincent Bolloré, entre autres sa façon d''utiliser ses media au service de ses intérêts sur le continent noir. Les critiques semblent avoir éclaboussée l’entrepreneur breton. On peut se demander si ce n’est pas ce vent-là qui a poussé Michel Roussin, le monsieur Afrique du Medef, à quitter le navire Bolloré. Selon les rumeurs, l'ex-lieutenant de Jacques Chirac ne s’entendait plus avec Dominique Lafont, directeur général de la division Afrique du groupe, qui lui disputait des prérogatives trop proches. Quoi qu’il en soit, Michel Roussin officie désormais chez Veolia, sous la houlette d’Henri Proglio (parti tout récemment à EDF).

 Spécialisée en informations exclusives franco-africaines (d’aucuns dirait Françafrique), la Lettre du Continent s’est amusée, dans son édition du 14 mai, à faire le tour des nouveaux «messieurs Afrique » en poste dans les grandes entreprises françaises. Outre Michel Roussin, le journaliste Antoine Glaser évoque Claude de Peyron, 84 ans, qui officie pour Thalès International depuis 1979. En voilà un qui ne dépareille pas avec le mythe «françafricain». Dans cette liste, on croise aussi Jacques Marraud des Grottes, 56 ans, qui a démarré sa carrière au Gabon, et fut Président d’Elf Gabon ou Philippe Bohn chez EADS. Les autres sont parfois des novices du secteur.

 En tout, ils sont une dizaine d’habitués des raouts «Afrique» organisés par le Medef. A noter que pour les entreprises familiales, présentes sur le continent africain depuis plusieurs générations, les patrons traitent leurs affaires eux-mêmes avec le pouvoir africain. Tel est le cas d’Alexandre Villegrain, de Somdiaa (agroalimentaire), ou de Francis Rougier pour le groupe éponyme (bois tropicaux et exotiques).

L'Afrique n'est plus un continent à part

 Mais le plus intéressant dans l’enquête de la Lettre du Continent, c’est que la plupart des autres «monsieurs Afrique» des grandes entreprises françaises sont désormais des Africains. La Lettre du Continent cite les noms d’Amadou Kane (BNP-Paribas), Zephirin Diabré (Areva) et Mahamadou Sako (Deloitte France). Ce changement illustre parfaitement l’évolution en cours dans les relations franco-africaines. Courtisés de toutes parts, en proie à des jeux politiques de plus en plus complexes, les chefs d’Etats africains deviennent des partenaires moins accessibles pour les entreprises françaises. Celles-ci s’étaient habitués, par le passé, à se nourrir des liens privilégiés que la France entretenait avec ses anciennes colonies. Petit à petit, ce lien s’est distendu et ne subsiste que la realpolitik. Jusqu’à présent, le cas gabonais faisait mentir sérieusement ce constat.

 Il reste encore quelques pays où les émissaires de l’ombre peuvent encore agir directement, comme au Cameroun ou en Guinée-Equatoriale. Cependant, là aussi, il demeure de plus en plus difficile de faire fonctionner le téléphone rouge et de se passer des intermédiaires locaux. La Françafrique n’est donc pas morte avec Omar Bongo. Mais il n'est pas certain qu'elle survive à l'accession au pouvoir d'Ali Bongo.

 

 

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:14




03 Octobre 2009 Par Blandine Flipo Mediapart

 

Le 15 septembre dernier, à l’occasion de la journée internationale de la démocratie, s’est tenue au Botswana une conférence parlementaire sur la démocratie en Afrique. Le choix de fêter cette journée dans ce petit pays d’Afrique australe n’était pas anodin. Le Botswana est souvent cité en exemple pour son respect des institutions sur le continent. Il n’est pas le seul: le Bénin, et le Ghana, qui a récemment permis une alternance sans heurts (voir l’article que Mediapart lui avait consacré), font eux aussi honneur aux principes démocratiques.

 Cependant, les parlementaires africains en visite au Botswana avaient sans doute autre chose à faire que de s’en féliciter. Les événements en Guinée-Conakry survenus peu de temps après cette rencontre, les élections contestées au Gabon, le référendum abusif auquel s’est livré le président nigérien Mamadou Tandja en août dernier ou le coup d’Etat en Mauritanie sont dans toutes les têtes. La démocratie, clairement, est malmenée sur le continent.

En effet, si on fait le bilan, il n’y a pas de quoi se réjouir. La dérive autoritaire semble toucher de nombreux pays, tout comme la tendance à la préservation du pouvoir autour d’un homme ou de sa famille. En Afrique de l’Ouest d’abord: si le Sénégal semble résister tant bien que mal aux tentatives multiples de la part du président Abdoulaye Wade pour se maintenir – lui ou sa progéniture – au pouvoir, le président Mamadou Tandja a de son côté obtenu un référendum lui permettant de s’asseoir sur la Constitution au Niger. Sans que la communauté internationale ne s’en offusque.

 La Guinée-Bissau, fidèle à ses habitudes, a connu un coup d’Etat cette année (le président Nino Viera a tout simplement été assassiné), tout comme la Mauritanie, qui a renversé son président élu. En Guinée-Conakry, la mort du dictateur Lansana Conté n’a pas chassé les militaires du pouvoir. La sanglante répression du 28 septembre est là pour le rappeler. Les militaires sont également bien représentés aux côtés de Blaise Compaoré au Burkina-Faso, qui jouit cependant d’une relative liberté de presse.

 Toujours en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire, censée organiser des élections en novembre, est toujours au point mort. Le Nigeria fait face à une démocratie clientéliste complètement dévoyée. Il reste néanmoins quelques ilôts de résistance de la démocratie, comme le Bénin, le Ghana et le Mali. Encore que du côté du Mali, quelques dérives quant aux droits de l’homme, sous couvert de lutte contre le terrorisme (Al-Qaida a resserré ses bases sur la bande sahélienne), inquiètent un peu.

 L’Afrique centrale ne peut s’enorgueillir d’être l’exemple même de la démocratie elle non plus. Malgré les millions de dollars reçus pour la “bonne gouvernance”, la République démocratique du Congo peine à sortir de l’ornière de la violence. Le Congo-Brazzaville dirigé par Denis Sassou-Nguesso, ainsi que la Guinée-Equatoriale d’Obiang Nguema, donnent dans les élections contestables depuis des décennies, sans que personne ne trouve à redire. Le constat est à peu près le même concernant le Togo du fils Eyadema et le Cameroun du très contesté Paul Biya. Corruption, manipulations électorales… le constat est sans appel.

La malédiction de l'“homme africain”

 Du côté de l'Afrique de l’Est, ce n'est pas mieux. Le Kenya, jadis montré en exemple, a connu une alternance très violente l’année passée. Le Burundi s’apprête à se rendre aux urnes l’année prochaine dans un climat électrique. Le Rwanda, plus calme, est tenu d’une main de fer par Paul Kagame dans un style très militaire. La Tanzanie et l’Ouganda se débattent dans la corruption généralisée. Dans la corne de l’Afrique, les dictateurs font la loi, sauf en Somalie, où règne uniquement le chaos.

 Un tour d’horizon vers l’Afrique australe redonne un peu espoir avec le Botswana ou, dans une certaine mesure, l’Afrique du Sud. Mais ce serait oublier le Zimbabwe. Dans ce pays semblent perdurer les habitudes du continent, à savoir le maintien au pouvoir grâce à l’absorption des opposants. Enfin, on ne saurait terminer ce tour d'horizon sans évoquer l’Afrique du Nord, où la démocratie relève largement du fantasme.

Comment expliquer ces écueils démocratiques sur le continent africain ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord se débarrasser des explications commodes, voire simplistes, par exemple en se contentant de souligner une certaine “réalité africaine”, ethnique, insoluble avec le principe démocratique synonyme de modernité. Le discours de Dakar, prononcé par le président Nicolas Sarkozy, est issu en droite ligne de cette pensée: l’homme africain, ayant des difficultés à “entrer dans l’Histoire”, est par essence encore trop anti-moderne (sic). Trop ethnique, trop traditionnelle, l’Afrique est condamnée à rater son rendez-vous avec la démocratie. Un raisonnement complètement faux.

 «Il n'y a évidemment aucune incompatibilité génétique entre le continent africain et la démocratie», répond René Otayek, directeur du Centre d’études d’Afrique noire (CEAN) à Bordeaux, référence en matière de recherche sur le domaine en France. Il tient particulièrement à défaire quelques petits a priori bien ancrés, et l’un de ses préférés est la fameuse non-modernité de l’Afrique. «Si on fait le panorama de la démocratie dans le monde, il existe deux régions du monde qui accusent un “retard”, c’est l’Afrique et, encore plus, le monde arabe, commence-t-il, avant d’ajouter: ce n’est pas en raison de l’absence de modernité dans les sociétés africaines, mais bien par cette modernité que s’explique ce déficit démocratique

 En effet, d’un point de vue historique, les Etats-nations en Afrique sont extrêmement jeunes, et portent en eux un lourd passif autoritariste. Les sociétés africaines anciennes étaient fondées sur la domination d’un groupe, rappelle René Otayek. Ensuite, l’Etat colonial s’est résumé moins à un pouvoir politique organisé qu’à la manifestation administrative d’une autre domination. La vague de démocratisation de la fin des années 90 n’a pas eu raison de l’âpre combat pour le pouvoir que se livrent les élites africaines depuis les indépendances. Une construction éminemment moderne, dans laquelle s’inscrit la question de l’ethnicité, considérée, à tort, comme expliquant les difficultés de la démocratie. 

La démocratie, un sport de combat

 «L’Afrique n’a pas le monopole des revendications identitaires», considère René Otayek, rappelant au passage que les ethnies étaient largement des «constructions coloniales» prévues pour mieux identifier les groupes. A cet égard, les guerres ethniques à l'africaine ne sauraient se différencier de ce qui s’est passé dans les Balkans dans les années 90 également en Europe. Largement manipulée politiquement, l’ethnicité, «n’est en aucun cas un obstacle à la démocratie», dit le directeur du CEAN. Lequel s’insurge contre certains intellectuels, occidentaux ou africains, qui s’en servent pour justifier le déficit démocratique de l'Afrique. Un raisonnement d’autant plus absurde, selon lui, que «la plupart des Etats africains n’ont pas connu de problèmes ethniques ! Alors que des dérives autoritaires, si...».

 En réalité, la plus simple explication du déficit démocratique en Afrique pourrait se trouver dans ce qui constitue la démocratie elle-même. Etymologiquement, la démocratie signifie l’exercice de la souveraineté par le peuple. Cette souveraineté, si elle n’est pas directe, est synonyme de combat pour l’obtenir. Or ce combat n’a jamais été aussi fort sur le continent noir.

 «Ce qu’on appelle la société civile, considérée par les différentes ONG comme garante de la démocratie, ne représente pas grand-chose, analyse René Otayek. Mais les remises en cause des pouvoirs, que ce soit via la presse, l’opposition, les syndicats, n’ont de cesse de se multiplier.» Au Mali, au Sénégal, les gens n’ont pas hésité à s’en prendre à l’Etat lors des émeutes de la faim en 2008. Ali Bongo s’est largement fait chahuter au Gabon, pour avoir bourré les urnes. Les différents peuples africains, s’ils tolèrent leurs “chefs”, ne leur donnent plus carte blanche. Les combats indépendantistes des années 90 ont laissé leur place aux revendications directes envers l’Etat.

 A cet égard, ce qui s’est passé le 28 septembre dernier en Guinée est tout à fait révélateur de ce que vit, d’un point de vue politique, l’Afrique contemporaine. Dans un article daté du 29 septembre, le journal burkinabé Le Pays en fait une excellente synthèse. Avec ce carnage, le président Dadis Camara, au pouvoir depuis à peine un an, annonce clairement la couleur: comme ses prédécesseurs, il entend conserver le pouvoir sans partage. En manifestant leur désaccord, et en bravant les militaires, les opposants ont également signifié au Président que l’avenir politique du pays, et par là-même le sien, ne se fera pas sans les Guinéens. «Une nouvelle ère commence en Guinée», écrit Le Pays. Une nouvelle ère certes, loin des guerres de pouvoir des années 80/90, mais qui, hélas, s’écrit elle aussi dans le sang. 

 

 

 

 

 

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 18:30




APA Bangui 2009-10-08 12:54:34 (Centrafrique) Le président centrafricain François Bozizé vient de promulguer le code électoral en vue des élections prévues dans son pays en 2010, a appris APA.

Ce projet de loi, déjà adopté par l'Assemblée nationale, est très controversé par la classe politique centrafricaine.

Avant la promulgation qui a eu lieu lundi dernier, le chef de l’Etat avait demandé à la cour constitutionnelle de vérifier si le projet de loi était conforme à la Constitution.

Après avoir statué sur la question, la haute juridiction a indiqué que deux articles du projet étaient anticonstitutionnels et d’autres l’étaient partiellement.

Dès lors, il fallait expurger le texte des deux articles jugés anticonstitutionnels ou le renvoyer pour relecture à l’assemblée nationale.

Le 3 août dernier, le même projet de loi portant code électoral a fait l’objet d’une première promulgation par le chef de l’Etat, en violation de la Constitution et au mépris de la décision de la Cour constitutionnelle qui avait relevé l’anti-constitutionnalité de certaines dispositions du texte.

Tout en réaffirmant sa ferme détermination à aller aux élections de 2010, pourvu que les conditions de leur transparence soient réunies, le collectif de l’opposition avait sa participation au processus de mise en place de la Commission électorale indépendante (CEI), en attendant la décision de la Cour constitutionnelle.

Le collectif de l’opposition avait introduit une requête auprès de la haute juridiction demandant l’annulation de la loi portant code électoral en vue de d’aller aux élections de 2010 dans la transparence.

Lors de son audience du 25 septembre dernier, la Cour constitutionnelle a invité le gouvernement à s’en tenir à l’exécution de la décision rendue le 30 juillet 2009 dans toute sa rigueur, à défaut de toute promulgation des articles censurés et sanctionnés par les dispositions de l’article 2 de l’alinéa 2 de l’article 77 de la Constitution qui dispose que tout texte déclaré inconstitutionnel est nul et de nul effet, et ne peut être ni promulgué ni appliqué».

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 18:28




APA Bangui 08-10-2009 (Centrafrique) Le vice-président du Comité de suivi des recommandations du dialogue politique inclusif (CSRDPI), Pascal Koyaméné, a invité le gouvernement centrafricain à mettre à exécution certaines recommandations de ce forum qui a regroupé la classe politique centrafricaine du vendredi 20 au samedi 21 février 2009.

Au cours d’un point de presse, mercredi à Bangui, au terme à la 3ème session ordinaire d’évaluation du CSRDPI, M. Koyaméné a assuré que l’application de certaines recommandations ne nécessitait pas des moyens financiers colossaux.

« Sur 68 recommandations confondues, le degré d’applicabilité est loin des réalités », a-t-il dit, déplorant notamment la non prise en compte de la recommandation relative à l’organisation des élections municipales et l’inexistence d’un cadre de concertation permanent des acteurs politiques et sociaux.

Selon M. Koyaméné, l’état d’avancement de l’opération Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) laisse planer des inquiétudes sérieuses sur sa réussite, avant les élections de mars 2010, tout comme la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) qui piétine depuis sa mise en place il y a deux ans.

 « Le Comité de suivi des accords de paix global de Libreville qui devrait se tenir assez régulièrement pour évaluer les forces et faiblesses de la mise en œuvre des Accords et y apporter des solutions idoines tend à disparaître », a-t-il encore fait observer.

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