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  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 00:52

 

 

Boz-et-sa-soldatesque.jpg

 

Suite au lourd bilan infligé à deux reprises dans les alentours de la ville de Ndélé par la rébellion de la CPJP aux éléments de Faca la semaine dernière, nous apprenons d’une source crédible désirant conserver l’anonymat que plusieurs soldats Faca dont nous n’avons pas de précisions sur le nombre, auraient déserté leur base de Ndélé pour rentrer chez eux à Bangui mais auraient été rattrapés et arrêtés et ramenés sous bonne escorte dans la capitale. Ils seraient actuellement en train d’être interrogés par la police politique de Bozizé.

Le pouvoir de Bangui a été déjà confronté plusieurs fois par le passé à des situations de désertion de nombreux soldats envoyés au front sans ravitaillement ou qui ne voulaient tout simplement  pas se faire trouer la peau pour le régime de Bozizé. En général, les soldats déserteurs sont jetés en prison puis font purement et simplement l’objet de radiation des effectifs des Faca.

Les éléments dernièrement envoyés au front de Ndélé pour combattre la rébellion sont essentiellement de très jeunes adolescents, à la limite des enfants soldats, formés à la hâte à Bouar et dépourvus de toute expérience mais envoyés comme chair à canon. Ils se font évidemment massacrer pendant que le vrai faux colonel Francis Bozizé et son général d’armée de père savourent confortablement leurs galons factices à Bangui. Ils n’osent jamais mettre pieds dans les zones de combat ni au Nord ni au Sud Est où sévit la LRA.

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Nation
2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 00:27

 

 

Bozize-Y.jpg

 

Tout dans le comportement de Bozizé et de sa clique montre que non seulement ils souhaitent maintenant et font tout pour que les élections aient lieu le plus tard possible, le mandat de Bozizé ayant été prorogé de façon anticonstitutionnelle par les députés, mais, et c’est ce qui est plus préoccupant, celui qui est candidat à sa propre succession compte s’imposer de toute façon par la violence et la force des armes. Rien ne dit non plus qu’il acceptera de se soumettre au verdict des urnes s’il était battu.

Incapable d’éradiquer les différentes rébellions armées qui occupent la moitié du territoire national, Bozizé entretient exprès l’insécurité dans les zones dont le contrôle lui échappe pour en prendre prétexte et justifier ainsi la nécessité de pacifier préalablement le pays avant la tenue des élections. Comme il ne fait rien pour cela, c’est un peu le serpent qui se mord la queue.  

Le financement par Bozizé, en réalité par le Trésor public, d’une association dénommée Bozizé doit rester (BDR), au-delà du côté provocateur, est en soi d’une extrême gravité dont les Centrafricains devraient prendre conscience en se posant quelques questions sur la signification d’une telle méthode. Pourquoi Bozizé doit rester à la tête du pays après sept années si catastrophiques pour le pays et les Centrafricains. Le bilan de sa gestion des affaires du pays est tellement désastreux que plus vite il partira de la présidence, mieux notre pays s’en portera.

Sous Bozizé, la RCA détient tous les plus tristes records mondiaux. Ce n’est pas par le plus pur des hasards qu’elle est classée 179ème sur 182 pays dans le monde pour l’indice de développement humain (IDH) du PNUD de 2009. L’espérance de vie des Centrafricains n’est plus que 39 ans actuellement. Elle est au 10ème rang mondial pour le taux de prévalence du VIH/SIDA et détient aussi le taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde. 176 enfants sur 1 000 meurent avant l'âge de 5 ans. Le pays est en proie à une malnutrition infantile sévère quasi généralisée suite aux incessants rackets et à la spoliation des collecteurs et la fermeture massive des bureaux d’achat de diamant sous de fallacieux prétexte. Récemment encore, la RCA s’est distinguée négativement en défrayant la chronique par le scandale révélé par la presse internationale, celui des malversations au CNLS et du détournement des ARV pour les malades du SIDA. Depuis 2008 et en 2009 et de manière constante, la RCA est placée au dernier rang du classement mondial du climat des affaires par la revue « Doingbusiness » de la Banque Mondiale. Dès lors, quel investisseur osera mettre pied dans un tel pays !

La moitié du territoire est minée et occupée par des rébellions armées et échappe totalement au pouvoir central. La RCA est aujourd’hui un état fantôme, virtuel. Avec un tel bilan, comment peut-on sérieusement imaginer que celui qui est à la tête de ce pays qui affiche ces paramètres doit encore demeurer au pouvoir ! Il devrait même rendre son tablier de lui-même sans qu’il y ait besoin de le lui demander. Quels chantiers Bozizé a initiés qui nécessitent qu’il reste encore au pouvoir un certain laps de temps pour mener à bout ? Mamadou Tandja au Niger avait pris prétexte sur sa volonté de poursuivre des chantiers inachevés pour s’agripper au pouvoir. On connaît la suite.  

Bozizé lui, n’a absolument rien à faire valoir qui puisse convaincre le dernier des Centrafricains à voter pour lui. C’est ce qui prouve que la seule façon de conserver le pouvoir pour Bozizé est d’utiliser l’intimidation des électeurs, la force, la violence armée, les techniques bien connues de fraudes électorales, le bourrage des urnes, l’achat des consciences etc…pour sortir vainqueur des prochaines élections. Bozizé fait la honte du pays et n’est pas à hauteur des responsabilités liées aux fonctions de président de la République. IL NE DOIT PLUS RESTER !

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique
1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 22:40

 

 

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Nous publions ci-dessous le texte de la décision prise par le vrai faux pasteur Binguimalé pour créer un Centre national de Traitement auprès de la Commission Electorale Indépendante afin de gérer la partie informatique des données électorales (liste électorale, données et résultats électoraux, cartes électorales etc…). Naturellement, si une telle structure était mise en place et fonctionnait correctement comme cela est prévu dans cette décision, elle devrait assurer une transparence qui laissera désormais très peu de place aux possibilités de magouilles et autres manipulations des chiffres et des données électorales, bref  à la fraude et au hold-up que Bozizé cherche par tous les moyens à opérer.

On comprend donc pourquoi dès qu’il a été informé par une fiche de Jean Bruno Vickos, DG de l’ONI, de la mise en place de cette structure, Bozizé en a tout de suite perçu le danger et immédiatement marqué son refus. Or, mis à part Bozizé et le KNK, tous les autres protagonistes des élections centrafricaines, y compris les bailleurs de fonds de la communauté internationale, ne cessent de réclamer des élections transparentes. Le CNT devrait y contribuer grandement d’où l’impérieuse nécessité qu’il soit effectivement et concrètement mis en place le plus rapidement possible, n’en déplaise à Bozizé.

Rédaction CAP

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE

****************

 

DECISION N° 052 /RCA.CEI.PR.010

*****************

PORTANT CREATION D’UN CENTRE NATIONAL DE TRAVAIL DE LA COORDINATION NATIONALE DE LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE (CEI)

*******************

LE PRESIDENT DE LA COORDINATION NATIONALE DE LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE

*****************

Vu  La Constitution du 27 Décembre 2004 ;

Vu  La Loi N° 09.016 du 02 Octobre 2009, portant Code Electoral de La RCA ;

Vu  Le décret……

 

DECIDE

 

Article 1er : Il est crée au sein de la Commission Electorale Indépendante une structure opérationnelle dénommée « Centre National de Traitement » (CNT).

Article 2 : Le CNT a pour but :

·         De traiter toutes les données relatives aux opérations électorales ;

·         D’informatiser les données sur le processus électoral :

·         D’informatiser la liste électorale ;

·         De traiter les données issues des scrutins ;

·         D’imprimer tous les documents électoraux ;

·         De créer et d’animer le site Web de la CEI ;

·         De fournir du personnel et des données au Centre des Opérations.   

 

Article 3 : Composition :

 

Le CNT est composé d’un Chef de Centre appuyé par des Experts Nationaux et Internationaux en Statistiques, des professionnels en système d’information et de communication et du personnel d’appui (Opératrice de saisie, Agents de Liaison et Technicien de Maintenance). Il bénéficie de l’expertise internationale à travers un expert qualifié mis à la disposition pour l’animation du Centre dans le cadre du Projet d’Appui au cycle Electoral. Il travaille en étroite collaboration avec le Chef de centre.

 

Article 4 : Autorité de supervision

            Le CNT est rattaché à l’autorité du Président de la Commission Electorale    Indépendante (CEI) en personne. Des dispositions internes préciseront le mode et le mécanisme de fonctionnement.

            Le CNT peut faire appel en cas de besoin à des personnes ressources ou à des prestataires de service. Les modalités d’une telle collaboration sont précisées dans des dispositions internes.

Article 5 : Aménagement :

            Le CNT bénéficie d’un cadre aménagé au sein de la CEI. Il héberge les infrastructures  informatiques et de communication de la CEI. Son accès est régi par les dispositions   internes.

Article 6 : Dispositions administratives :

            Le personnel affecté au CNT est assujetti aux mêmes conditions que celle du      personnel attaché au Cabinet de la Commission électorale Indépendante (CEI).

Article 7 : La présente Décision qui prend effet à partir de la date de sa signature, sera   enregistrée et publiée partout ou besoin.

 

Bangui, le 4 mai 2010

 

Le Révérend pasteur Joseph BINGUIMALE

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 19:48

 

 

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NICE (France) (AFP) - mardi 01 juin 2010 - 17h46 - Parmi les dirigeants africains, plusieurs sont issus de coups d'Etats, d'autres ont été élus avec des scores excessivement élevés: leur présence au sommet Afrique-France n'étonne personne, mais, et c'est nouveau, elle peut désormais être mise en cause par leurs pairs.

A l'honneur du 25e sommet franco-africain, présenté comme celui du renouveau et de la rupture avec les vieux réseaux d'influence post-coloniaux, le président sud-africain Jacob Zuma a jeté lundi un pavé dans la mare.

Interrogé sur la présence des chefs des juntes de Guinée et du Niger par la chaîne de télévision France 24, il a déclaré: "Nous souhaiterions que ces gens n'aient pas cette reconnaissance, parce que s'ils sont reconnus ici au même niveau pratiquement que les autres chefs d'Etat, cela pose un problème pour l'Afrique".

Le général Salou Djibo a pris la tête du Niger après avoir renversé, le 18 février, le président Mamadou Tandja, demeuré au pouvoir à l'issue d'une modification contestée de la Constitution. Quant au général guinéen Sékouba Konate, il a participé à un coup d'Etat fin 2008 et assume la présidence de son pays depuis l'automne dernier.

Ces deux militaires, qui foulent aujourd'hui les tapis rouges du Palais de l'Acropolis, siège du sommet de Nice (sud-est), et résident dans les hôtels somptueux de la Côte d'Azur, ne figuraient pas à l'origine sur la liste des invités. Après des "hésitations", ils ont finalement reçu un bristol, l'Elysée estimant qu'ils avaient donné des "garanties".

Interrogée lundi sur la déclaration du président sud-africain, la présidence française a rappelé que ces dirigeants avaient "adopté un calendrier électoral et engagé une transition dans un cadre consensuel". "On a donc considéré qu'il n'y avait aucune raison de ne pas les inviter", a-t-on ajouté.

En revanche, Paris n'a pas convié Madagascar, en pleine crise et sans perspective de déblocage rapide, ni les bannis de la communauté internationale, le Soudanais Omar el-Béchir et le Zimbabwéen Robert Mugabe.

Pour Jacob Zuma cependant, la présence de la Guinée et du Niger "encourage les militaires à renverser les dirigeants en place" et "les inviter signifie une reconnaissance". "C'est ainsi que c'est interprété sur le continent", a-t-il fait valoir.

"Ils ne devraient pas pouvoir entreprendre des coups d'Etat. C'est contre la culture démocratique que nous essayons de promouvoir en Afrique", a ajouté le chef d'Etat sud-africain, invité d'honneur d'un déjeuner offert par le président français Nicolas Sarkozy.

Pour les organisations de défense des droits de l'Homme, les deux putschistes en question sont loin d'être à Nice les seules personnalités à ne pas être au-dessus de tout soupçon.

"Prenons simplement l'exemple de l'Egypte, dont le président (Hosni Moubarak) co-préside le sommet: ce pays vit sous état d'urgence depuis des décennies et son président se fait élire avec des scores communistes", relève Reed Brody, de l'organisation Human Rights Watch (HRW).

"Parmi les invités, il y a d'anciens putschistes et chefs de guerre, comme les piliers de la Françafrique que sont le Centrafricain (François Bozizé) ou le Congolais (Denis Sassou Nguesso). Et d'autres qui se maintiennent au pouvoir en bourrant les urnes ou en terrorisant l'opposition, comme au Tchad", poursuit-il.

Autour de la vaste table réunissant les 38 dirigeants africains pendant deux jours figure aussi le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, ex-général élu en juillet 2009 un an après avoir renversé un civil, dans un pays devenu "habitué des coups d'Etat".

Pour l'expert de HRW, il est plutôt intéressant de voir "que certains dirigeants africains commencent à se poser la question de la légitimité et de la représentativité des leaders".

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:24

 

 

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(Bakchich 01/06/2010)



1ère journée du fast-sommet Afrique France à Nice. Des journalistes parqués, un Sarkozy fessé et des Africains un peu désabusé par les mic-mac français. Récit de notre envoyé spécial sur la promenade des Anglais.

Attaque d’Israël contre une flottille humanitaire, démission du président allemand, polémique après les propos de Martine Aubry… Si l’actu avait voulu tuer le 25ème sommet Afrique France de Nice, elle ne s’y serait pas pris autrement. Et la rencontre, au moins dans son atour officiel n’a rien de franchement engageant.

Après avoir déjà bloqué Nice durant tout le week-end, procédure d’entraînement oblige, poulets et pandores ont récidivé. Le centre ville bloqué et nettoyé, pas une place sans son lot de CRS et de gendarmes mobiles, pas une artère du Vieux Nice déparé de son cortège de bleus. Les 38 chefs d’Etat et cinq chefs de gouvernement sont bien escortés. Les flics lâchent rarement les Africains…

Au grand dam des si aimables chauffeurs de taxis, débriefés par des confrères en ballade. « Franchement accueillir ces noirs qui viennent mendier alors qu’ils ont plein d’argent, on n’avait pas besoin de ça ». Charmante litanie, comme un écho aux déclarations d’un certain Nicolas Sarkozy en 2006, qui de son fort Intérieur clamait que « la France n’avait pas besoin de l’Afrique ».

Sarko ne connait pas l’Afrique. A croire que le bonhomme a pris quelque hauteur depuis son accession à l’Elysée. Fini le temps des bannis, de l’homme africain qui « n’est pas assez entré dans l’histoire », ce fainéant ! Désormais « l’Afrique est notre avenir », s’est même enflammé Sarko Ier dans son discours inaugural du sommet, avant de plaider- si si- pour que l’Afrique ait un membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Voilà une belle empoignade en perspective entre les géants du continent (Afrique du Sud, Algérie, Nigeria), les egos surdimensionnés (Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, Abdoulaye Wade du Sénégal, Kagame du Rwanda) et les filous toujours bien placés (Bozizé de Centrafrique, Kabila du Congo-Kinshasa ou Ali Bongo du Gabon).

Zuma fesse Sarko

Après les accents limite gaulliens, Sarko Ier a tutoyé les bafouilles de Tonton Mitterrand, glosant sur « le déficit de démocratie et les violations des droits de l’homme ». Satisfecit de Human Rights Watch. L’ONG pond immédiatement un communiqué qui inonde la salle de presse. Fessée publique de la part du président sud africain Jacob Zuma. Chaleureusement accueilli dans la matinée par Sarkozy, Zumajax s’émeut dans l’après midi de la présence des juntes militaires nigériennes et guinéennes au conclave niçois. « les inviter signifie une reconnaissance, c’est ainsi que c’est interprété sur le continent », a-t-il tonné sur France 24. Peut-être a-t-il mal digéré le rapide déjeuner avec Sarko Ier.

Sa déclaration sera le seul piment de la journée pour des journalistes soigneusement parqués. Du centre de presse à l’Acropolis où se déroulent le discours inaugural, seul accessible aux journalistes, deux passerelles ont été érigées. Histoire de pouvoir admirer l’impressionnant parc voiturier des officiels de passages ? D’évoquer librement les ponts à jeter entre l’Afrique et la France. Ou de gentiment saucissonner (maitriser) le boulot des gratte-papiers, étiquetés en pas moins de 7 pools. Comme autant de péchés capitaux ?

Ball-trap médiatique

Pour 24 heures de sommet l’Elysée joue au ball-trap médiatique. Pool A, Pool B, Pool C…et jusqu’à l’écoeurement Pool E. Gare à celui qui rate le départ depuis le point presse, interdit d’entrée sans être dument escorté (surveillé) par le Service de protection des hautes personnalités (SPHP). Au grand étonnement des flics concernés, esbaudi de voir escorter des journalistes. Et au bel amusement des gendarmes mobiles qui tournent sur le Parvis de l’Europe. "Au moins ils vous considèrent comme des hautes personnalités". Maigre consolation pour le confrère allemand, en retard et bon pour trois allers retours sous le soleil entre les deux passerelles avant qu’on daigne lui expliquer que le discours est achevé…

« C’est symptomatique de la méthode médiatique Sarkozy. On saucissonne et on décide de l’info qui sort et à quel moment, témoignent les habitués des rendez-vous françafricains. Pour l’instant c’est black-out ». Et Africa pas encore in…

Les ministres africains rencontrés ne font guère montre d’enthousiasme à l’égard de ce sommet. « La France n’a pas de ligne, une vision à court terme et ne pense pas, si ce n’est dans les déclarations, à un partenariat stratégique, peste un ouest-africain. Que l’on parle au Quai d’Orsay, à la cellule Afrique, ou à l’Elysée, le message n’est jamais le même. S’ils veulent laisser le continent à l’Inde, au Brésil ou à la Chine qu’ils continuent. Mais ce n’est pas vraiment leur intérêt de voir nos ressources exploités par d’autres. »

Si l’homme africain se met à comprendre le sens de l’histoire…


mardi 1er juin par Xavier Monnier

Twitter

© Copyright Bakchich

 

Le dernier président de la "Françafrique"


(Le Monde 01/06/2010)



IL y a toutes les chances pour que le testament africain de Jacques Chirac, au final, se limite à une liste de noms. Ceux de dirigeants, d'"amitiés" cultivées avec soin et souvent décriées. Gnassingbé Eyadéma, El Hadj Omar Bongo Ondimba, Félix Houphouët-Boigny, Mobutu Sese Seko... La galerie de portraits porte de plus en plus de crêpes, et les derniers aux affaires, le Tchadien Idriss Déby ou le Camerounais Paul Biya, plus alliés qu'amis, sont assis sur des trônes branlants.

Portée par les relations personnelles mais vieillissantes du président et de ses émissaires sur le continent, la politique africaine de la France a continué, depuis 1995, de se faire à l'Elysée. Au risque de brouiller le sens de son "amour de l'Afrique", porté en bannière, et susceptible d'être confondu, pour ses adversaires, avec un opportunisme néocolonial mâtiné d'esprit de bande, au mépris des peuples. Les gages de fidélité donnés jusque dans sa mort au président togolais Gnassingbé Eyadéma, en entérinant le "coup d'Etat" amenant son fils aux affaires, ont fâché, pour longtemps, la rue togolaise avec la France et son président.

Il est une amitié africaine qui a compté, de l'avis général, pour M. Chirac, et celle-ci est morte également. Elle l'unissait à un homme qui fut ministre d'Etat en France avant d'être président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Pour M. Chirac, "le Vieux" constituait un authentique objet d'affection, et le pilier de granit du dispositif complexe liant la France et ses anciennes colonies, pour lequel il avait du reste forgé un néologisme promis à un bel avenir, la "Françafrique". Dans la Côte d'Ivoire d'Houphouët, M. Chirac, maire de Paris, pouvait, en 1990, déclarer que "le multipartisme est une sorte de luxe que les pays en voie de développement (...) n'ont pas les moyens de s'offrir".

La dévotion aux "rapports personnels qui, en Afrique, sont tout", comme il le rappelle volontiers, aura été l'un des mauvais génies de sa politique sur le continent, alors que ses rapports avec le président ivoirien Laurent Gbagbo passaient du médiocre à l'exécrable. Un ambassadeur en poste à Abidjan se souvient d'une conversation téléphonique entre les deux hommes. "C'était très embarrassant. Chirac le tutoyait et n'arrêtait pas de lui dire : "Mais qu'est-ce que tu as fait du pays magnifique que le Vieux a laissé, hein, qu'est-ce que tu en as fait ?"."

Jean-Philippe Rémy


Article paru dans l'édition du 13.03.07

© Copyright Le Monde

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:19

 

 

Sarko-a-Nice.jpg

 

 

De Sofia BOUDERBALA

NICE 1er juin — (AFP) La France a ébauché mardi, à l'occasion de son 25e sommet avec l'Afrique à Nice, une nouvelle stratégie pour maintenir ses positions commerciales et en gagner sur le continent africain, de plus en plus convoité par les géants chinois ou indien.

"La France et l'Afrique débordent de projets, pas des projets les uns contre les autres mais les uns avec les autres", a fait valoir le président Nicolas Sarkozy à la clôture de ce sommet de deux jours à Nice.

La place de l'Afrique dans les échanges commerciaux de la France s'est recroquevillée autour de 2%, après avoir occupé plus de 40% dans les années 60, et le président Nicolas Sarkozy avait choisi d'associer à cette rencontre plus de 200 entreprises françaises et africaines.

Si les positions du pétrolier Total au Gabon ou au Congo, du groupe nucléaire Areva au Niger ou des industriels Bolloré ou Bouygues en Côte d'Ivoire ne sont pas directement menacées, Paris veut être compétitif au-delà de ses anciennes colonies.

"Ces dernières années, on a beaucoup réduit les risques pour les investisseurs en travaillant sur la gouvernance", souligne pour l'AFP Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD). La croissance en Afrique "est restée positive malgré un ralentissement" lié à la crise économique mondiale, relève-t-il.

L'arrivée massive des Chinois, qui ont décuplé leurs échanges commerciaux avec le continent en dix ans pour atteindre plus de 108 milliards de dollars fin 2008, mais aussi d'autres pays émergents comme le Brésil ou l'Inde, a poussé Paris à réagir.

Total, qui a réalisé en Afrique sa "plus grosse croissance en terme de production et de réserves" en 2009, veut "veiller à ce que les Chinois ne soient pas seuls à venir en aide" au continent, a expliqué au journal Les Echos le PDG du groupe, Christophe de Margerie.

L'idée est aussi d'adopter une approche pragmatique, "décomplexée", avait insisté lundi Nicolas Sarkozy, en aidant le privé pour doper les secteurs de croissance et en encourageant partenariats et transferts de technologie.

"En Afrique, à chaque fois que j'investis un dollar, le retour sur investissement est de 5 dollars. Ce qui est important, c'est le climat des affaires", martèle Donald Kaberuka.

Les entreprises réunies à Nice ont adopté à ce sujet une charte visant à bannir la corruption et louant la transparence. "Des attitudes vertueuses naissent des dynamiques heureuses", a souligné à la clôture du sommet la dirigeante du patronat (Medef) Laurence Parisot.

"Un enthousiasme nouveau, régénéré, est né de ce 25e sommet", a-t-elle estimé en annonçant la création d'une association entre les patronats d'Afrique et de France.

A Nice, la France a défendu aussi son rôle de "moteur" pour un développement durable, avec la volonté de créer une dynamique avec les Africains sur les questions climatiques et la recherche de sources d'énergie propres.

"Nous voulons le partage des technologies, notamment sur les énergies renouvelables et solaires", a souligné le président français. "C'est bien plus intéressant de partager la technologie" plutôt que favoriser "des budgets d'aide au développement qui n'ont pas toujours tenu leurs promesses", a-t-il dit.

De son côté, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, qui est le négociateur en chef du continent sur le climat, a rappelé que l'Afrique n'était "pas la cause mais la victime du changement climatique" et qu'elle voulait "voir la couleur de l'argent" promis à Copenhague fin 2009 pour lutter contre la déforestation.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:17

 

 

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(Le Monde 01/06/2010)

Décodage. Vestige du colonialisme pour les uns, outil de stabilité pour les autres, le franc CFA reste, cinquante ans après les indépendances, la monnaie de 15 Etats d'Afrique subsaharienne. Cette "zone franc" correspond aux anciennes possessions françaises, à l'exception de la Mauritanie, de la Guinée et de Madagascar. La Guinée équatoriale (ex-espagnole) et la Guinée-Bissau (ex-portugaise) l'ont rejointe. Alors que des monnaies indépendantes ont cours dans les anciennes colonies britanniques, le franc CFA apparaît comme une faille dans la souveraineté des pays concernés. Son acronyme, qui se lit aujourd'hui "Communauté financière d'Afrique", ne signifiait-il pas "Colonies françaises d'Afrique" entre 1945 et 1958 ?

Le système est simple : Paris s'engage à assurer la convertibilité de cette monnaie avec le franc (l'euro depuis 1999) en contrepartie du dépôt de 50 % des avoirs en devises des Etats adhérents sur un "compte d'opération" ouvert auprès du Trésor français par les deux banques centrales de la zone : celle d'Afrique de l'Ouest, basée à Dakar (Sénégal), et celle d'Afrique centrale, située à Yaoundé (Cameroun). Des représentants de la France siègent dans chaque conseil d'administration.

Le reproche d'"infantilisation" des régimes africains. Les contempteurs du franc CFA soulignent que cette exigence de dépôt - d'ailleurs rémunéré - prive des pays pauvres de précieuses liquidités et que le taux fixe avec l'euro encourage les entreprises françaises et les expatriés à rapatrier leurs capitaux et revenus. Jusqu'à la crise de l'euro, sa surévaluation - et donc celle du franc CFA -, était aussi considérée comme un boulet pour les exportations africaines. Mamadou Coulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne, va jusqu'à parler de "nazisme monétaire " à propos de la zone franc, par référence au rattachement monétaire de la France au mark sous l'occupation. Il s'en prend à la "gestion opaque par l'Elysée des fonds déposés" et à "l'infantilisation" des régimes africains induite par ce système. "Le franc CFA confisque une partie de notre souveraineté nationale", dénonce-t-il.

En Côte d'Ivoire comme dans d'autres pays francophones, l'acceptation ou le refus du FCFA est devenu un marqueur politique. Au point que le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui a longtemps partagé la position radicale de Mamadou Coulibaly, vient de faire volte-face. Dans un livre récent destiné à présenter son programme pour une élection présidentielle qu'il tarde à organiser depuis... 2005, Laurent Gbagbo estime que le franc CFA, "malgré ses limites", permet aux économies africaines de "résister aux chocs extérieurs et intérieurs". "Fort de cette expérience, écrit-il, je soutiens que rien ne devrait être entrepris pour saborder la monnaie commune ou l'affaiblir."

L'instrument d'un marché commun sur le continent. Il rejoint ainsi, probablement pour redorer son image à l'égard de la France, les défenseurs du CFA, qui le considèrent comme un facteur de discipline contre l'inflation et un élément de stabilité. En offrant une monnaie commune à des pays voisins, le "franc africain" facilite en outre, à leurs yeux, la création de marchés communs régionaux, et donc la croissance économique. Quant à la baisse actuelle de la monnaie européenne et donc du franc CFA, elle est présentée comme une bonne nouvelle pour les pays exportateurs non seulement de pétrole, mais de matières premières agricoles comme le coton ou le cacao.

L'année 2010, celle de la crise monétaire mais aussi du jubilé des indépendances ne peut que raviver un débat extrêmement sensible. Nicolas Sarkozy l'a bien perçu. Dans un entretien publié par l'hebdomadaire financier Les Afriques à la veille de l'ouverture du sommet Afrique-France, lundi 31 mai à Nice, le président français qualifie la zone franc d'"acquis précieux". "Ce n'est pas à la France de déterminer si le système actuel est conforme aux attentes (des Etats africains)", poursuit-il cependant, avant d'affirmer qu' "il n'y a pas de tabou" en la matière.


Philippe Bernard


Article paru dans l'édition du 01.06.10

© Copyright Le Monde

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 00:28

afrique

 

 

LE MONDE | 31.05.10 | 14h16  •  Mis à jour le 31.05.10 | 16h38

Débat


Considérez-vous les indépendances africaines comme une réalité ?

Formellement, les Etats ont accédé à la souveraineté internationale en 1960. Mais ce changement juridique ne signe pas la fin de la colonisation, c'est-à-dire d'une exploitation économique doublée d'une soumission à une autre culture.

Après 1945, le rapport colonial ne pouvait plus se maintenir car la participation des Africains à la seconde guerre mondiale l'avait radicalement transformé : ils avaient pris conscience que l'égalité était possible, d'autant que d'autres territoires colonisés réclamaient leur émancipation.

Pourquoi la France a-t-elle cependant gardé la main ?

La métropole a su négocier une sortie la plus favorable possible. Elle a transféré le pouvoir aux segments du mouvement nationaliste les plus à même de préserver le lien colonial. Elle a éliminé les plus radicaux par la répression sanglante comme au Cameroun ou par la manoeuvre politique, comme en Côte d'Ivoire ou au Sénégal.

Vous soulignez la prise de conscience des tirailleurs et les luttes syndicales engagées après la guerre. Les instruments de la contestation ont-ils été transmis par le colonisateur lui-même ?

Oui, et c'est là un des grands problèmes de la décolonisation. Les dominés se réapproprient le discours du colonisateur pour le retourner contre lui, construire leur propre identité et légitimer leur combat. Pour affirmer leur unité, ils se définissent par référence à l'élément le plus simple : la couleur de la peau, ou la négritude chère à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Ce faisant, ils ne sortent pas du système et s'enferment dans le piège d'une identité que j'appelle "chromatique".

Car la couleur de la peau est l'élément qui fondait non seulement l'ordre colonial mais aussi la traite négrière. Réduire les Africains à ce facteur naturel symbolisant leur prétendue sauvagerie servait à les expulser de l'Histoire.

Comment ce piège a-t-il fonctionné ?

Les nationalistes ont récupéré cette identité et l'ont inversée pour démontrer que l'Afrique a une civilisation et une histoire, la négritude. Mais l'acceptation de cette définition chromatique a empêché de voir que les Africains forment des groupes aux intérêts très variés, plus ou moins accommodants avec le pouvoir colonial.

Jusqu'à aujourd'hui cette vision raciale produit des effets pervers : quand un bourreau est africain et noir, on a du mal à le traduire en justice pour peu que les juges soient blancs, alors que ce serait l'intérêt des victimes qui peuvent être noires.

Vous contestez le récit de la traite négrière qui en fait un pur pillage des Africains par les Blancs. Pourquoi ?

La vision "chromatique" de l'Afrique aboutit à une vision fausse de l'esclavage. La traite ne se limitait pas à la vente de Noirs à des Blancs dans des ports africains. Elle englobe la manière dont les esclaves étaient "produits" à l'intérieur du continent et acheminés sur la côte.

Ce système atlantique était une organisation globale, qui mettait en relation, dans un partenariat asymétrique mais intéressé, les compagnies européennes avec des élites africaines. Celles-ci utilisaient la traite pour redéfinir les rapports de pouvoir sur le continent.

En quoi la responsabilité des élites africaines renvoie-t-elle à l'histoire des indépendances ?

Dans n'importe quelle ville africaine, je suis frappé par la coexistence entre le grand nombre de 4 × 4 de luxe, et l'usage d'un moyen de transport qui remonte au néolithique, la tête des femmes.

Cela signifie que les élites, au prix d'une violence extrême exercée sur les populations, s'emparent des ressources du pays, les exportent, et dépensent les recettes ainsi dégagées en achetant à l'étranger des biens d'une totale inutilité sociale autre que symbolique de leur capacité de violence. Ils ruinent les pays en pompant la force de travail des corps subalternes qui sont réduits à la misère.

La réponse de la partie la plus dynamique de ces populations, c'est la fuite, les pirogues vers l'Europe.

Il ne s'agit pas d'esclavage...

En quoi cela se distingue-t-il de la traite ? A l'époque, des compagnies européennes apportaient en Afrique des biens tout aussi inutiles et destructeurs, comme la verroterie, l'alcool et les armes. Elles les remettaient aux élites qui organisaient la chasse aux esclaves. Déjà, le pillage permettait aux élites d'accéder aux biens de consommation importés. Aujourd'hui, le système s'est perfectionné puisque les esclaves se livrent eux-mêmes : ce sont les émigrés.

En quoi ce parallèle éclaire-t-il la question de l'indépendance des Etats africains ?

Si vous voulez comprendre le système de la traite négrière, observez le comportement actuel des élites africaines. Pourquoi nos systèmes de santé et d'éducation sont-ils aussi vétustes ? Parce que les élites ne s'y soignent pas et n'y éduquent pas leurs enfants, ils préfèrent les pays du Nord. Leur système de prédation ruine les campagnes et contraint les populations à s'exiler. Au point qu'aujourd'hui, si vous mettez un bateau dans n'importe quel port africain et proclamez que vous cherchez des esclaves pour l'Europe, le bateau va se remplir immédiatement.

Certes, ce système fonctionne au bénéfice des multinationales, mais il n'existerait pas sans des élites africaines. A l'époque de la traite négrière, l'alcool et les fusils achetés aux Européens leur permettaient de se maintenir au pouvoir. Désormais ce sont les 4 × 4 et les kalachnikovs.

Beaucoup de discours expliquent les malheurs de l'Afrique par la traite négrière et magnifient la résistance des Africains à la colonisation. Vous vous inscrivez en faux ?

Les traites esclavagistes et la colonisation ont certes ruiné l'Afrique. Les Africains qui en étaient les victimes leur ont opposé une farouche résistance. Les discours qui unifient les Africains autour de la couleur de la peau étaient nécessaires pour lutter contre le colonialisme. Ils ne servent plus maintenant qu'à masquer la réalité de notre soumission aux pays occidentaux.

L'Afrique est aujourd'hui convoitée par des puissances (Chine, Inde, Brésil, etc.) sans lien colonial avec elle. Ce contexte nouveau peut-il faciliter une nouvelle émancipation ?

A l'époque de la guerre froide, les leaders africains jouaient déjà l'Occident contre le communisme pour obtenir le maximum. Aujourd'hui, ils peuvent miser sur la Chine, l'Inde, l'Iran, contre l'ancienne puissance coloniale, mais ils conservent leur culture de prédation. Pour les peuples africains, cela ne change rien. Tant que nos élites se contenteront de multiplier leurs partenaires pour leur livrer les matières premières et non développer la production, elles reproduiront le système qui a mis l'Afrique à genoux.

Pourquoi la France a-t-elle tant de mal à lâcher la bride à ses anciennes colonies ?

La colonisation avait fondé un empire qui incluait la métropole. En 1960, la France a cru que seule l'Afrique était à décoloniser alors que les Français et leur mentalité devaient l'être également. Rappelez-vous le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007 ! Il dissertait sur "l'homme africain" comme s'il se trouvait encore dans la capitale de l'Afrique occidentale française !

Regardez à Paris les rues qui portent le nom de colonisateurs ! Les Français les ignorent, mais pas nous ! L'image de l'Afrique coloniale n'a jamais été déconstruite en France. Elle sert les intérêts des tenants de la Françafrique. Cela entretient des rapports très conflictuels avec les populations des anciennes colonies qui ne comprennent pas l'attitude de la France, notamment en matière d'immigration.

N'est-il pas contradictoire de réclamer l'indépendance et le droit à émigrer ?

On ne peut pas avoir soumis par la violence des populations qui ne demandaient rien, permettre encore aux capitaux et aux citoyens français de s'implanter facilement dans ces territoires et, un beau jour, décider que la France n'est faite que pour les Français de France. Il faut tirer les conséquences de l'histoire de la France et des relations très particulières qu'elle a nouées avec ses colonies. Le slogan "La France aux Français" a un corollaire : "les Français en France".

En quoi cette histoire fonde-t-elle aujourd'hui un droit à l'immigration ?

Mais les capitaux et les hommes continuent de circuler librement du Nord au Sud ! Pourquoi la plupart des banques du Sénégal sont-elles des filiales de banques françaises, alors que les Sénégalais n'ont pas le droit d'aller travailler en France ? Pourquoi la remise en cause de la libre circulation des biens est-elle considérée comme un scandale, alors que la fermeture des frontières aux hommes est perçue comme normale ?

Les stratégies de développement affichées par les Etats au moment des indépendances ont échoué. Pourquoi ?

On était parti de l'idée que la toute-puissance de l'Etat appuyée sur un parti unique allait assurer le développement. On allait rattraper l'Europe en 2000 ! Par référence à la toute-puissance de l'Etat colonial, on a fétichisé l'Etat. Cela s'est avéré totalement inefficace parce que le groupe qui s'est emparé de l'Etat s'est servi de son pouvoir pour accumuler des richesses en étouffant l'initiative privée. Dès la fin des années 1970, le système a capoté. Les anciennes métropoles ont délégué le soutien financier au FMI et à la Banque mondiale qui ont disqualifié les Etats et promis le développement par le marché. Cela a produit des catastrophes encore plus graves que l'Etat.

L'émergence des sociétés civiles ne constitue-t-elle pas une conquête ?

Avec l'austérité imposée dans les années 1990, il était difficile de continuer à étouffer l'espace public. L'abandon des subventions agricoles a provoqué l'exode rural et les villes surpeuplées sont devenues des espaces de contestation.

On a "ONGisé" les sociétés pour suppléer les services publics. Ces organisations ont structuré la société civile, mais elles ont été récupérées par les élites. Les groupes qui détournaient l'argent de l'Etat accaparent désormais les ressources des ONG pour financer d'inutiles colloques ainsi que des flottes de 4 × 4, symboles de la néocolonisation de l'Afrique et agents actifs de détérioration de son environnement.

Des mouvements de contestation existent...

Certains intellectuels contestent radicalement le fonctionnement des Etats, mais c'est pour mieux négocier leur place. Du jour au lendemain, ils se retrouvent ministres du pouvoir qu'ils vilipendaient la veille. L'idée selon laquelle on accède aux ressources non par le travail mais par la simple posture politique est profondément ancrée.

Avec leurs limites, les vraies luttes de la société civile sont le fait des syndicats de travailleurs, des associations de base qui ciblent les conditions concrètes de vie. Ils arrachent toujours plus de liberté de manifester, de protester, de contester, relayés par la presse et les artistes.

En cinquante ans, les libertés d'expression et de la presse ont tout de même énormément progressé...

Dans beaucoup de pays, on a réussi à construire une presse indépendante grâce au courage physique de certains journalistes. Les gens sont si attachés à la liberté de la presse et des ondes qu'ils protestent à chaque menace de régression. Il sera de plus en plus difficile de revenir en arrière.

Quelles pistes proposez-vous pour une véritable indépendance ?

La priorité consiste à rompre, grâce à l'éducation, avec la logique qui nous conduit à survaloriser tous les produits venant de l'extérieur y compris les diplômes, et à tourner le dos à la production. L'Afrique est le seul continent où la majorité de la population n'a pas envie de rester.

Cette situation est liée au choix des élites africaines qui, au moment de la traite, ont détruit l'artisanat et la métallurgie, préférant acheter le fer venu d'Europe, soumettre et vendre ceux qui auraient pu assurer la production.

Ce mépris des productions locales reste flagrant. Quand le président sénégalais Abdoulaye Wade reçoit le khalife des mourides, il lui offre non pas des chaussures fabriquées au Sénégal, mais un tableau fabriqué en Iran, son chef du protocole insistant devant les caméras sur ce point.

La vitalité de la population n'est-elle pas un immense atout ?

Nous avons toutes les ressources pour nous en sortir. Allez dans n'importe quel marché à 5 heures du matin, vous verrez des centaines de femmes qui suent sang et eau pour nourrir leur famille. Nous n'avons rien à apprendre du point de vue du courage physique. Notre problème, c'est ce groupe qui a militarisé les sociétés africaines à partir de la traite atlantique en connivence avec les compagnies européennes pour insuffler cette culture de prédation. Rompre avec cette situation est un très vaste programme.

Cela passe-t-il par l'unité du continent ?

Contrairement à ce que l'on prétend, le colonisateur ne nous a pas divisés, il nous a unifiés, mais sur des territoires découpés en fonction de ses seuls intérêts : l'évacuation des richesses via les ports. A notre époque, il s'agit de construire de nouvelles territorialités tournées vers nos besoins.

Le problème est que les gens qui veulent détruire l'Afrique sont unis, tandis que ceux qui veulent la construire ne le sont pas. Dès que nous cherchons à nous rassembler, on nous divise entre tidjanes et mourides, entre musulmans et chrétiens, entre Diolas et Sérères... On nous ramène à notre identité de "Noirs".

Ce sont autant de pièges que je combats. Tant que nous resterons atomisés, nos futurs resteront bloqués.


Ibrahima Thioub est historien.

Propos recueillis par Philippe Bernard


A propos de l'interviewé

Ibrahima Thioub, 54 ans, est sénégalais et professeur d'histoire à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Spécialiste des traites négrières, de l'esclavage et de la décolonisation, il a participé à l'ouvrage L'Afrique de Sarkozy, un déni d'histoire (Karthala, 2008). Il est actuellement résident à l'Institut d'études avancées de Nantes. M.Thioub a participé au débat sur l'Afrique organisé par Le Monde le 20avril, dont la vidéo peut être consultée sur Lemonde.fr.

 Article paru dans l'édition du 01.06.10

 

 

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Centrafrique-Presse.com - dans AFRIQUE
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 23:48

 

 

vote d'une femme en Afrique

 

 

Radio Ndéké Luka Lundi, 31 Mai 2010 15:17

L’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN)  dénonce la loi votée par l’assemblée nationale et la cour constitutionnelle prorogeant le mandat du président de la République et des députés au-delà du terme constitutionnelle, fixée au 11 juin prochain.

 

Les partis politiques affiliés à l’UFVN exigent du pourvoir de Bangui une transition consensuelle avec les six entités qui ont pris part aux travaux du  Dialogue Politique Inclusif. Ceci selon l’Union, permettrait au président de la République de conduire cette transition à bon port.

 

C’est lors d’un point de presse tenu le 29 mai 2010 au siège du parti politique Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) à Bangui.

 

Maitre Henri Pouzère Coordonateur de l’UFVN, propose quant à lui un débat politique entre l’opposition, la majorité et le président de la République pour qu’en fin découle un consensus qui guidera le processus électoral en Centrafrique.

 

Pour lui, les textes de la loi prorogeant le mandat du président de la République par les députés et  la cour constitutionnelle est une fausse note d’acceptation. Car, poursuit-il, ces textes ne sont pas conformes à l’article 39 de  la loi organique de cette même cour.

 

L’Union des Forces Vives de la Nation  se propose de tenir dans les prochains jours une conférence débat publique pour éclaircir la lanterne de l’opinion nationale et internationale sur l’acceptation de cette loi par les députés et la cour Constitutionnelle.

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 23:35

 

 

Joseph Kony et un de ses adjoints

 

 

Source: United Nations Country Team in Central African Republic


Bangui- 28 mai 2010: Depuis le mois de février, les multiples attaques perpétrées par la rébellion ougandaise de l'Armée de Resistance du Seigneur (LRA) sur l'axe Rafaï-Zemio-Bangassou ont provoqué le déplacement de 20.000 nouvelles personnes dans les préfectures du Mbomou et Haut-Mbomou situées dans le sud-est du pays. Le sort de ces personnes déplacées et les communautés hôtes suscite de grandes inquiétudes au sein des Nations Unies en RCA.

« Je suis extrêmement préoccupé par la situation humanitaire dans cette partie du pays sur les déplacés et populations hôtes. La réponse humanitaire d'urgence est rendue très difficile par la situation sécuritaire qui ne cesse de se dégrader dans la région. La plupart des personnes affectées compte fortement sur l'aide humanitaire pour survivre », a déclaré Bo Schack, le Coordonnateur Humanitaire des Nations Unies en RCA. Depuis le début de l'année, 13 attaques attribuées à la LRA ont causé la mort de 45 personnes, l'enlèvement de 90 personnes et des centaines de maisons brulées. Terrorisée, la quasi totalité des habitants des villages des deux préfectures ont trouvé refuge dans les localités de Bangassou, M'Boki, Rafai et Zemio. Au mois de mai, 15.000 nouveaux déplacés ont été enregistrés.

Du 10 mars au 2 avril, une mission conjointe des Nations Unies a effectué une première mission de distribution de vivres et produits non alimentaire. Dans les prochains jours, une mission semblable repartira dans la région pour réévaluer la situation et apporter une réponse afin de soulager les conditions de vie précaire de ces personnes déplacées internes.

A présent, 5 organisations internationales et l'ONG nationale JUPEDEC essaient tant bien que mal d'assister ces déplacés.

Répondant à l'appel d'une population désemparée, le Gouvernement a renforcé la présence des Forces Armées Centrafricaines (FACA) sur place en envoyant 250 éléments supplémentaires pour sécuriser les populations et la région en collaboration avec les Forces Armées Ougandaises, chargées de traquer les éléments de la LRA. Très peu de ces déplacés sont auto-suffisants. Une assistance minimale en vivres, médicaments, eau potable et abris doit leur être urgemment fournie.

« Malgré les pressions internationales et nationales croissantes pour mettre fin aux violences perpétrées par les éléments de la LRA, nous craignons que ces déplacements ne durent plusieurs mois, tant ces populations sont traumatisées. Nous collaborons avec les autorités centrafricaines afin d'apporter une réponse rapide et adéquate à moyen terme », a déclaré Jean-Sébastien Munié, le Chef de Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) en RCA.

Il y a actuellement plus de 180.000 personnes déplacées internes en RCA, un chiffre qui ne cesse de croitre malgré les tentatives de retour de millier d'entre eux. L'Appel Consolidé (CAP) pour la RCA pour l'année 2010 estime les besoins financiers à 113.634.358 dollars pour répondre aux besoins humanitaires urgents, en Centrafrique. Cette nouvelle crise interpelle à nouveau le soutien de la communauté internationale envers la RCA.

Le Groupe de Communication du SNU/RCA

 

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